Tag: Livres

  • [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    Qui dit cinéma, dit acteur principal, réalisateur, et public. Pourtant, ces trois inséparables n’existeraient pas si un homme n’avait pas assuré le financement d’un film. Robert Evans fait partie de ces hommes, et sans lui vous n’auriez jamais pu voir Le Parrain, ou Chinatown. Si vous voulez connaître l’homme derrière le producteur, et voir à quel point ils se superposent, alors lisez son autobiographie, traduite par Marianne Véron, préfacée par Fabrice Gaignault et Peter Bart. En la lisant, vous découvrirez que Evans n’a pas seulement lu des scénarios et tiré des billets verts de sa bourse, mais qu’il a aussi été un maître dans l’art de se raconter, de faire revivre des souvenirs personnels, de nous régaler d’anecdotes.

    Il voulait nous surprendre avec de l’inattendu, lâcher sa plume sur le papier avec la rudesse du grognement de l’homme des cavernes, le ronronnement du chat, le sifflement du serpent à sonnette, le son d’un oiseau qui s’abat du ciel… c’est réussi !.. Un livre exact, sincère et complet, qui nous fait revivre une époque où les stars n’étaient pas la création d’une intelligence artificielle. Époque qui a permis à un homme, distributeur de dollars (auxquels il confère le titre de meilleurs associés) de mettre des images en mouvement. Le 26 octobre 2019, à Beverly Hills, la Faucheuse ordonna le Clap de fin, mais sur les écrans, qu’ils soient petits ou grands,
    les films qu’il a produits
    continuent d’être au programme, et de tenir le haut de l’affiche.

    Séguier, 24,90 euros

  • [Le coin du roman] Il y a cent ans mourait un peintre-écrivain suisse naturalisé français

    [Le coin du roman] Il y a cent ans mourait un peintre-écrivain suisse naturalisé français

    Dans son Journal, celui dont les biographes saluèrent le refus des conventions, et dont ceux qui le connaissaient disaient qu’il avait des gestes sobres, des paroles mesurées qui firent de lui un observateur aigu et exercé, écrivait : « La vie est une fumée ; on se débat, on s’illusionne, on s’accroche à des fantômes qui cèdent sous la main, – et la mort est là… » Quatre ans plus tard, il décédait des suites d’une opération. Il avait soixante ans. Peu savent pourtant que l’artiste aux mille sept cents peintures, parmi lesquelles La Bibliothèque, Le Concierge, Étude de fesses ou Soir sur le Léman, fut aussi romancier et dramaturge. Ce sont ses fictions, et ses pièces de théâtre, annotées par d’éminents spécialistes, qui vous sont données à lire.

    Le pinceau pour la plume

    Est-ce parce que le romancier Octave Mirbeau le tenait pour un des artistes les plus personnels de sa génération, et voyait en lui un homme qui réfléchit, qu’il changea le pinceau pour la plume ? Nous ne saurions le dire, même s’il nous arrive de le penser. Quatorze œuvres figurent dans cet ouvrage, aussi nous est-il difficile de les présenter toutes. Nous nous limiterons à sa plus célèbre La Vie meurtrière qui met en scène un peintre suicidé qui laisse un manuscrit au commissaire chargé de l’enquête. Inutile de vous dire que les pages ne sont pas décorées avec des pétales de roses. Qu’importe ! puisqu’elles dégagent un véritable talent d’écrivain. Le parfait cadeau de Noël pour ceux qui préfèrent le spectacle des faiblesses humaines, au « feel-good » qui nous invite à partager sa vision positive de la vie.

    Zoé, 39 euros

  • [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    Des États-Unis et de l’Amérique du Sud jusqu’au point stup en bas de chez soi, alors que le narcotrafic devenu un sujet médiatique majeur explose partout, cette vaste enquête signée Jean-Pierre Pécau au scénario et Nicolas Otero au dessin retrace l’histoire des drogues depuis la nuit des temps et leur impact sur nos sociétés. De l’utilisation par les chamanes de champignons hallucinogènes à l’Angleterre victorienne véritable narco-état qui a mené les guerres de l’opium à la Chine pour écouler sa production de pavot qui y avait été interdite jusqu’à la crise actuelle du Fentanyl aux USA, où cette drogue miracle utilisée comme antidouleur est cent fois plus puissante que la cocaïne devenue la première cause de mortalité chez les moins de 30 ans et est le plus important scandale sanitaire de ce siècle, les auteurs démontent à la fois les mécanismes du trafic et l’utilisation de ces drogues… Chez les hommes comme chez les femmes, dans toutes les classes sociales. Pécau et Otero montrent comment chaque nouvelle substance découverte s’installe et se propage, non sans rappeler l’importance des corso-marseillais de la French Connection dont le modèle d’organisation a été repris par tous les cartels actuels. Ils démontrent également que le trafic de drogue est devenu un fait géopolitique majeur, la Chine voyant par exemple dans l’exportation des précurseurs du Fentanyl une revanche sur l’opium qu’on l’a forcée à consommer au XIXe.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    L’avez-vous vu, ce petit bonhomme au chapeau pointu ? Si ce n’est pas le cas, les enfants de l’école maternelle Font Sarade ont en tout cas reçu sa visite ce mardi matin, pour recevoir sous le sapin quelques cadeaux peu anodins.

    C’est en compagnie de Bidule et Craquotte, deux lutins « du département du livre du père noël » comme elles se présentent, que la classe de petite section découvre Hector le Magichien, de Sophie Ledesma. Un chien qui, « abracadatchoum ! », se change en chat ou en paon lorsqu’il éternue. À l’aide de leur kamishibai, ce théâtre illustré de poche japonais, les deux lutins racontent des histoires à partir d’illustrations, comme le Noël des animaux où l’on trouve les rennes des neiges, un chat-pin de noël félin, et des kangourous qui n’ont pas besoin de hotte pour les cadeaux.

    Des thèmes et des histoires qui pourraient prêter à sourire, mais qui revêtent une grande importance pour le développement des enfants, selon l’adjointe à l’éducation (PCF) Annie Kinas, qui tend les livres aux enfants en leur expliquant que « ce cadeau là, c’est le maire qui l’a mis sur la liste, ce sont de jolis livres avec des belles histoires que vous regarderez avec la maîtresse en classe et avec vos parents ».

    Près de 2 300 livres offerts par la Ville aux enfants

    Hector le magichien est l’un des trois livres offerts aux enfants dans toutes les écoles maternelles et établissements d’accueils de jeunes enfants de la ville. Au total, ce sont près de 2 300 livres qui sont offerts aux enfants martégaux, pour un budget de 30 000 euros. « La tradition se poursuit car il n’est pas question d’enlever ce moment de rêve et de bonheur aux enfants », insiste Annie Kinas, qui parle de « permettre l’accès et encourager la lecture en classe et à la maison », comme de « rêver à travers un livre lu en famille ».

    Mais cela va plus loin. « Ça contribue aussi à faire les petits champions de la lecture de demain », complète l’adjointe, ce concours de lecture à voix haute que la Ville a accueilli l’année dernière et dont un élève martégal avait remporté la finale départementale. L’élue pense aussi que « lire dès le plus jeune âge repousse l’utilisation abusive du téléphone et des écrans », mais aussi « suggère l’idée d’aller feuilleter d’autres livres à la médiathèque ».

    Nul doute que les livres et le théâtre kamishibai stimuleront l’imagination des enfants, captivés par les lutins racontant l’histoire du loup voulant manger le petit chaperon rouge et que « le père noël prend par la peau des fesses », pour le gronder.

  • Noël de la culture, marque-page du progrès

    Noël de la culture, marque-page du progrès

    Au 17 cours d’Estienne d’Orves, des oriflammes rouges et blanches indiquent le Noël de la culture. Sitôt le seuil franchi de ce lieu de « la promotion du livre progressiste », qui prend ses quartiers dans l’espace des anciennes rotatives du journal La Marseillaise, comme un parfum d’histoire et de conquêtes sociales arrachées de haute lutte. Autant de senteurs provenant des étals de ce marché aux livres où figurent des centaines d’exemplaires éloquents : de Martha Desrumaux, une ouvrière féministe d’avant-garde de Pierre Outteryck, à Ambroise Croizat, justice sociale et humanisme en héritage d’Emmanuel Defouloy. De quoi donner des idées de cadeaux intelligentes à l’approche des fêtes de fin d’année, qui plus est nécessaires dans l’époque actuelle, comme viennent entre autres le rappeler de nombreuses références de la collection Les propédeutiques aux éditions Sociales, qui guident le lecteur pour Découvrir Marx, Le programme du CNR, Gramsci ou encore Frantz Fanon. Le public présent vendredi soir a également pu assister à la présentation du livre de l’historien Guillaume Roubaud-Quashie Haro sur les jacobins !.

    Polars et « Aragon pop »

    Le Noël de la culture élit encore domicile samedi 13 décembre à partir de 10h30 à La Marseillaise. Au menu, une rencontre-débat autour du polar marseillais intitulée Massilia noire dès 14h30. Elle réunira des auteurs de romans noirs locaux comme Florence Brémier, Jean-Paul Delfino, Gilles Del Pappas, Jean-Claude Di Ruocco, Maurice Gouiran et Pierre Dharréville. Ancien député communiste des Bouches-du-Rhône, ce dernier viendra offrir un « moment musical » extrait d’Aragon pop, album dans lequel il réinterprète 13 textes du poète Louis Aragon en compagnie du musicien Christian Vaquette : d’Une nuit à Et le roman s’achève en passant par La nuit de Moscou ou Les yeux d’Elsa.

    Parmi les autres écrivains présents tout au long de la journée, Martine Gärtner, Bernard Ghirardi, Edmond Purguette, Marine Saint-Persan, Laetitia Vivaldi, et même un fidèle du Noël de la culture, en la personne du leader du groupe de rock Quartiers Nord, Robert « Rock » Rossi qui viendra présenter Le chasseur de figues.

    Samedi 13 décembre, ouverture entre 10h30 et 18h au 17 cours Honoré d’Estienne d’Orves

  • Le Noël de la culture déploie ses bonnes feuilles à La Marseillaise

    Le Noël de la culture déploie ses bonnes feuilles à La Marseillaise

    Pour quiconque se dit « progressiste », c’est l’endroit idéal pour faire des cadeaux à l’approche de Noël. Au lieu d’acheter une bouteille d’alcool frelaté ou quelconque autre présent qui finira au fond du placard, pourquoi ne pas venir, vendredi et samedi, à l’espace des anciennes rotatives de La Marseillaise, 17 cours d’Estienne-d’Orves, afin d’y dénicher un beau livre ? Parmi la liste des nombreuses références en vente lors du Noël de la culture, initié par la fédération des Bouches-du-Rhône du PCF, des essais qui éclairent l’actualité à la lueur de l’histoire tels que Les irresponsables : qui a porté Hitler au pouvoir ? de Johann Chapoutot ou encore Gaza, génocide annoncé : un tournant dans l’histoire mondiale de Gilbert Achcar.

    Rendez-vous est donné au public vendredi 12 décembre dès 16h30 pour l’ouverture des portes du Noël de la culture. Avant tout, un marché aux livres, mais aussi un espace de rencontres et d’échanges avec certains auteurs. Ce jour-là, à 18h, l’historien Guillaume Roubaud-Quashie viendra présenter Haro sur les Jacobins ! Essai sur un mythe politique français : XVIIIe-XXIe siècle. Écrit avec Côme Simien, un ouvrage qui recontextualise l’histoire des Jacobins, qui « vaut mieux que les caricatures qui en sont faites. Les révolutionnaires d’aujourd’hui ont toujours intérêt à connaître les révolutionnaires d’hier », rappelait-il à La Marseillaise il y a quelques mois.

    « Cet enrichissement collectif est une façon de contrecarrer l’info nauséabonde dans les grands médias », estime Pierrette Forest, parmi les chevilles ouvrières du Noël de la culture. Avant que sa camarade Micheline Abours ne développe le menu de samedi, à partir de 10h30 : « L’après-midi, des auteurs sont invités à participer à une rencontre-débat autour du polar marseillais : Gilles Del Pappas, Maurice Gouiran, Florence Bremier, Jean-Paul Delfino ou Pierre Dharréville. » La présence d’autres auteurs comme Martine Gaertner, Bernard Ghirardi, Edmond Purguette, Robert Rossi, Marine Saint-Persan, Laetitia Vivaldi est également annoncée.

  • [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    Jesmyn Ward avait fait irruption dans la littérature états-unienne avec Bois sauvage et Le Chant des revenants, des romans où l’Histoire, la tragédie et la poésie se mêlaient inextricablement, avant que des deuils personnels et le Covid ne l’aient contrainte à se taire. Avec Nous serons tempête, la double lauréate du National Book Award revient avec un récit remarquable, très noir et en même temps porteur d’espoir, dont des femmes sont les protagonistes douloureusement marquées par des destinées tragiques. Annis, la narratrice, n’est qu’une enfant lorsque sa mère est vendue à un autre propriétaire, comme l’avait été, avant elle, la sienne, et disparaît à tout jamais, sauf dans le cœur et les pensées de sa fille, qui ne fait face qu’en les invoquant, à travers toutes ses épreuves, comme des protectrices invisibles. La petite fille, puis l’adolescente, se raccroche à la vie, alors qu’a commencé une longue marche vers les plantations de La Nouvelle-Orléans, pleine d’épreuves et de douleurs, en tentant d’appliquer leurs leçons de vie, de courage et de combat qui, bien plus avant dans le temps, avaient été celles de leurs ancêtres, les guerrières des rois du Dahomey. Les coups, les sévices, les viols, la torture des fers et des cordes, les marches harassantes, les noyades dans des rivières en crue ou dans les sables mouvants du grand marais maudit qu’Harriet Beecher Stowe avait déjà évoqué dans son roman Dred, autant de raisons de désespérer et de se laisser périr.

    Dante n’avait rien vu

    S’il n’est jamais nommé autrement que L’Italien, Dante hante le récit d’Annis, dont chacun des tourments lui fait pénétrer un nouveau cercle de l’enfer. Pourtant, l’héritage de sa mère, qui lui a appris la nature, ses secrets, ses plantes, les champignons qui tuent et ceux qui guérissent, les animaux, dont les moindres ne sont pas les abeilles, lui permet de surmonter la lassitude et le désespoir, en quête d’une liberté, incertaine certes, mais qui ne s’accommode d’aucun renoncement. Nous serons tempête est un roman exigeant, lyrique, écrit dans une langue riche, pleine d’images et de poésie, comme si, privée de tout, réduite à un état d’esclave auquel elle ne se résout pas, son héroïne n’avait d’autre issue que s’inventer un monde imaginaire et quasi féerique qui dynamitera la tragédie.

    « Nous serons tempête » Jesmyn Ward Belfond 237 p. 22 €

  • My name is Orson Welles

    My name is Orson Welles

    Rappelons qui était Orson Welles (1915-1985). Né dans le Wisconsin, il s’était tout d’abord manifesté comme peintre, musicien, écrivain, acteur, avant de conquérir la célébrité en organisant son émission de radio sur le débarquement des Martiens, qui provoqua une panique dans tout le pays. Quelques années plus tard, sortait Citizen Kane. Film culte dans lequel l’argent et les moyens de l’acquérir font d’un petit garçon aimant de jadis, un vieillard au cœur froid. Pour cela, il choisit la vie et les amours de W.-R. Hearst, trusteur de la presse américaine, et plus sûr soutien du fascisme aux États-Unis ; puis utilisa, écrivit un journaliste de l’époque, le muet, le sonore, le parlant, le chantant, les caméras, les projecteurs, déborda d’idées et bombarda les spectateurs d’une encyclopédie des anciennes techniques.

    Pour un autre de ses collègues, le génie de Welles est d’avoir su se servir de ces trouvailles pour les faire siennes. Le livre que nous vous proposons de mettre dans la hotte du père Noël, et intitulé My name is Orson Welles, est un collectif, publié sous la direction de Frédéric Bonnaud, afin de commémorer le cent dixième anniversaire de sa naissance, et le quarantième anniversaire de sa disparition. Voilà pourquoi la Cinémathèque française lui consacre une exposition, dont les portes se sont ouvertes le 8 octobre pour se refermer le 11 janvier 2026. C’est ce collectif, enrichi de 320 illustrations, que nous vous conseillons d’acquérir. Rendez-vous au 51, rue de Bercy, au cas où vous monteriez à Paris. Vertigineusement magistral.

    La Table Ronde, 44,50 euros

  • Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Vingt-quatre auteurs de livres jeunesse invités, des illustrateurs, des scénaristes de bande dessinée, de mangas… Après deux jours consacrés aux scolaires, Grains de sel ouvre ses portes au public*. Avec un beau plateau d’auteurs et dessinateurs jeunesse. Et cette année, Jean-Claude Mourvelat pour invité d’honneur. Né en 1952 à Ambert, en Auvergne, l’auteur commence à écrire des livres jeunesse en 1997. Le Combat d’hiver, L’enfant Océan « sont reconnus comme des classiques de la littérature de jeunesse », renseigne le site Fabula. Ses romans se caractérisent « par des valeurs humanistes ». En 2021, il a été lauréat du plus important prix de littérature jeunesse, le prix Astrid-Lindgren. Pour Grains de sel, l’auteur viendra avec, sous le bras, son dernier livre, Jefferson se fâche, troisième enquête de son « hérisson timide ». Samedi après-midi, à la salle de spectacles, il lira à voix haute des extraits choisis parmi ses nouvelles, textes courts ou romans jeunesse ou adultes.

    Lectures, ateliers collaboratifs ouverts aux enfants et animés par exemple samedi après-midi par Loïc Clément, scénariste et auteur de bande dessinée, illustration avec Gaëtan Doremus, auteur et illustrateur, dimanche matin ; atelier manga dimanche en milieu d’après-midi avec Daniel Ballin, mangaka et illustrateur… À 15h samedi, à l’Espace Rencontres, le public a rendez-vous avec Isabelle Simler, autrice et illustratrice pour l’édition et la presse. Elle a réalisé l’affiche de Grains de sel. Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, son univers est un hommage à la nature dont elle pousse l’observation jusqu’au plus infime détail. Son dernier ouvrage paru est l’illustration d’Alice aux pays des merveilles, de Lewis Carroll (2025). La Partie, maison d’édition de livres illustrés pour tous les âges, créée en 2021, dévoilera son catalogue. « Nous souhaitons donner à lire des textes et des images qui questionnent et offrent à rêver », décrit-elle. De belles promesses de lecture.

    * Av. Antide-Boyer. Ouvert sam. 9h à 19h, dim. 9h à 18h.

  • [Le coin idée] Naissance de l’engagement

    [Le coin idée] Naissance de l’engagement

    Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui disait rien. Il devrait suivre les consignes et, sous surveillance, paierait toute tentative d’échapper à son destin.

    Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? Nous est-il si étranger ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux. Les rencontres vont réveiller sa sensibilité.

    Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de ce personnage qui hante le contemporain. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »

    Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.

    Le Sursis

    par Bernard Fauconnier

    Héliopoles, 138 p.
    17,90 euros