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  • À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    En 2018, la fermeture de la librairie L’ivraie, dans le quartier des Beaux-Arts, à Montpellier, provoque des remous chez les fidèles clients. « Comme il n’y avait pas de reprise, un collectif réunissant des riverains des Beaux-Arts et des lecteurs a été créé. Ils trouvaient dommage de perdre un lieu de culture, de rencontres, ce commerce de quartier. Ils ont donc décidé de créer une librairie », raconte Claire Chanvry, coopératrice et salariée à la Cavale, librairie créée, donc, par le collectif.

    Car la Cavale a un modèle un peu particulier : c’est une coopérative. En choisissant de devenir une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), la librairie n’est plus détenue par des actionnaires mais par les coopérateurs eux-mêmes. Chacun a une seule voix donnant les mêmes droits. « L’adhésion est de 20 euros, il est possible de donner plus mais cela ne donnera pas plus de voix. Il y a une vraie volonté de rendre accessible la part sociale à tous », détaille Claire Chanvry. Preuve que le modèle fonctionne : de 14 en 2018 au lancement du projet, les coopérateurs sont maintenant 530.

    Une force collective

    L’ensemble des décisions sont prises de manière collégiale. Un conseil coopératif composé de 14 membres – renouvelé en partie tous les deux ans – se retrouve tous les 15 jours afin de décider des décisions à prendre pour la librairie. « Nous avons ensuite plusieurs comités avec différentes délégations : les ressources humaines, la politique des animations, la vie coopérative, la lecture jeunesse et les travaux. D’autres bénévoles viennent ponctuellement pour donner un coup de main sur un événement », complète Claire Chanvry.

    Une force collective mise en avant par les coopérateurs. « Le fait d’être nombreux nous permet d’avoir des idées multiples, c’est ce qui fait notre force. Alors qu’en étant seul, on peut parfois être saturé. Aussi, les gens qui s’investissent pleinement dans le projet viennent régulièrement. Que ce soit pour les animations ou faire des achats, on crée de la proximité », poursuit la libraire. Des rencontres sont organisées une fois par mois afin de favoriser le lien entre les coopérateurs. « Là, on ne parle pas de boulot », sourit Claire Chanvry.

    Si la Cavale est la seule librairie coopérative de l’Hérault, il en existe une soixantaine à l’échelle de l’Hexagone. « Avec nos huit ans d’expérience, on fait partie des plus vieux », note la libraire. Preuve que le modèle attire ? « La librairie coopérative se répand car il y a un fort intérêt citoyen pour la lecture et en général la culture. Et ce n’est pas évident d’être un libraire seul, qui travaille dans son coin. C’est plus facile d’être plusieurs. »

  • Le secteur du livre occitan toujours debout

    Le secteur du livre occitan toujours debout

    Les études le confirment d’année en année : les Français lisent moins. La dernière enquête du Centre national du livre (CNL), publiée en avril 2025, le confirme. 63% des Français ont lu cinq livres au cours de l’année, un chiffre en baisse de 6 points par rapport à 2023. Un indicateur que la filière est mal en point. Il semblerait toutefois qu’en Occitanie, le livre fasse de la résistance. En effet, selon les chiffres de 2025 publiés par l’Agence unique Occitanie culture – portée par le Conseil régional – on compte 1 294 auteurs et autrices dans la région, un chiffre en progression de 5,63% sur deux ans. L’Hérault et la Haute-Garonne caracolent en tête, avec respectivement 411 et 314 écrivains.

    Néanmoins, 44% d’entre eux déclarent avoir perçu moins de 500 euros issus de leurs œuvres, témoignant d’une fragilité du secteur. « Il y a une accélération de cette précarité car il y avait eu un appel d’air à un moment donné du côté des solutions d’auto-édition et d’auto-publication qui laissait suggérer qu’embrasser ces carrières-là était plus simple que ça ne l’est en réalité », observe Adeline Barré, directrice du pôle livre à l’Agence unique Occitanie culture. À cela s’ajoute une baisse des ventes en librairie. « On voit aussi que la typologie des ventes est en train de changer. Auparavant, le chiffre d’affaires global se fondait sur un nombre de références plus important, aujourd’hui, les ventes se concentrent sur des best-sellers. Il y a un phénomène de concentration dans les ventes », poursuit Adeline Barré.

    Bien que les ventes baissent, des librairies ouvrent. Six établissements héraultais se sont ainsi lancés dans l’aventure entre 2023 et 2025 et on ne dénombre pas moins de 278 librairies en Occitanie. « Lors du Covid, le métier de libraire a été vu comme une valeur refuge, il y a eu un grand cri d’amour de la population pour la filière. Cela a suscité des vocations, pas mal de réorientations professionnelles. C’était une période idyllique », fait valoir la directrice du pôle lecture. Le livre s’était même retrouvé quasiment en situation de monopole dans le secteur culturel. C’était le seul commerce considéré comme « essentiel » alors que les salles de spectacles et les cinémas étaient fermés.

    278 librairies en Occitanie

    Ainsi ont germé plusieurs établissements, notamment en zone rurale. « Nous avons une assez forte densité des librairies par rapport au nombre d’habitants dans la Région », fait valoir Adeline Barré. Si cette parenthèse enchantée semble se refermer, d’autres facteurs permettent aux librairies de se maintenir à flot. « Nous sommes une région accordéon, nous bénéficions chaque été de la fréquentation touristique et par endroits, cela peut apporter un chiffre d’affaires supplémentaire, ce qui permet de maintenir un maillage territorial. Nous avons également une politique volontariste à l’égard de ce réseau de librairies avec des budgets plus élevés que dans d’autres territoires », reprend Adeline Barré.

    Les libraires ne sont pas les seuls acteurs de la chaîne à bénéficier de ce coup de pouce. Entre 200 et 300 publications sont également aidées chaque année par la Région. « On a la chance d’avoir un écosystème du livre en Occitanie qui est dense et divers. Nous avons beaucoup d’acteurs et on couvre beaucoup de champs. Notre rôle est de préserver au maximum ces acteurs, de les faire coopérer, de les valoriser, de les porter à la connaissance du public », insiste la représentante de l’Agence unique Occitanie culture. Une aubaine pour plus d’un dans cette période où la culture est souvent sacrifiée sur l’autel de l’austérité.

    « Une forte densité des librairies
    par rapport
    au nombre d’habitants »

  • Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    La Marseillaise : Le secteur du livre est particulièrement fragilisé ces derniers temps…

    Régis Penalva : Oui. On observe un double phénomène : d’une part des fermetures de librairies plus nombreuses que les ouvertures en 2025, ce qui ne s’était pas vu depuis très longtemps ; et d’autre part une augmentation importante du nombre de librairies à céder. Cela montre que beaucoup de gens qui s’étaient lancés dans l’aventure, souvent au sortir du Covid, jettent l’éponge ou envisagent une reconversion professionnelle, ce qui n’est pas non plus un bon signal. Le Centre national du livre (CNL) n’avait pas connu de situation comparable ces dernières années.

    Le secteur est également confronté
    à une série de placements en redressement judiciaire…

    R.P. : Plusieurs grands groupes de librairies sont en effet en difficulté : Gibert, le groupe Le Furet du Nord-Decitre et localement, Sauramps. Ce sont de gros groupes, ce qui interroge la capacité à s’en sortir de ces modèles de grandes librairies, qui pèsent lourd en charges : loyers en centre‑ville, effectifs importants… c’est forcément plus handicapant que pour une structure plus légère.

    Qu’en est-il du prix du livre, qui a très peu bougé malgré l’inflation ?

    R.P. : Il a en effet très peu augmenté ces dernières années, contrairement à tout le reste. Il a été régulé, les éditeurs l’ont maintenu à des niveaux assez bas, même si certains trouvent que le livre coûte cher. Résultat : quand les loyers, les fluides et parfois les salaires augmentent, la marge des libraires ne suffit plus à couvrir ces dépenses.

    Les librairies reçoivent moins d’aides de l’État que d’autres commerces comme les cinémas.
    Ne faudrait-il pas les soutenir davantage ?

    R.P. : C’est vrai que les librairies, pourtant infiniment plus nombreuses que les cinémas d’art et d’essai, touchent 4 millions d’euros d’aides de l’État contre 20 millions pour ces derniers. On peut certes interroger cette différence, mais l’idée n’est pas de placer tout un secteur sous perfusion. L’aide publique ne peut pas tout, et sûrement pas pallier le manque de fréquentation et l’envie de lire. Le meilleur moyen de le soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres.

    Parlez-nous de la lecture en France aujourd’hui : y a-t-il vraiment un recul ?

    R.P. : Oui. On observe un recul global. Tout le monde lit moins : les jeunes, les actifs, les retraités, les lecteurs occasionnels… Même les grands lecteurs lisent moins. C’est une question d’économie de l’attention, sans cesse captée par des médias plus puissants et souvent addictifs, en particulier le téléphone portable. Des études prouvent que l’attention change dès le moment où on se trouve dans la même pièce que son téléphone. À cela s’ajoute une culture des contenus courts et du zapping permanent : la lecture de fictions ou d’essais, qui se déploie sur un temps moyen ou long, devient un effort pour la plupart d’entre nous.

    Quels leviers activer pour lutter contre ce désamour ?

    R.P. : C’est d’abord une question de discipline et de volonté, comme le sport. C’est dur quand on s’y met, mais après ça procure des joies et un bien‑être exceptionnels. Il faut ralentir et redonner collectivement du temps à la lecture. Ça passe par une prise de conscience : chacun doit s’interroger sur la place qu’il veut accorder à la lecture, dont on connaît les bienfaits quand on sait la nocivité des écrans. Mais il ne faut pas attendre une solution miracle de l’extérieur : chacun doit se responsabiliser, un peu comme pour l’écologie.

    Sur le plan professionnel, comment les libraires peuvent‑ils se réinventer ?

    R.P. : Je pense qu’ils ont déjà tout inventé. Ils ne cessent de proposer de nouveaux espaces, avec des cafés, des lieux de vie… Le travail hors les murs est important, la capacité à travailler avec des acteurs locaux comme des médiathèques, par exemple, ou des associations. Il faut également multiplier les formats d’animation, en particulier auprès des jeunes publics. Beaucoup de librairies le font déjà. Bref il faut aller gagner les lecteurs un à un… Les libraires ont été amenés, ces dernières années, à devenir de véritables acteurs culturels, des acteurs de quartier et de terrain. C’est un gros effort pour eux, qui travaillent en général avec des équipes réduites. Il y a une dimension militante qui est demandée à la librairie, avec le risque d’un épuisement.

    Comment les collectivités peuvent-elles soutenir les librairies ?

    R.P. : Des leviers existent, comme l’exonération de la CFE (cotisation foncière des entreprises), votée par la Ville de Montpellier il y a déjà une quinzaine d’années pour un certain nombre de librairies disposant du label LIR. Beaucoup de mairies et de communautés de communes accompagnent également des librairies dans des projets de déménagement ou dans la recherche de locaux à loyer modéré. Il y a aussi le soutien aux festivals littéraires. En organisant la Comédie du Livre chaque année, la Métropole de Montpellier offre une extraordinaire vitrine aux librairies, un surcroît de visibilité qui leur permet de rencontrer de futurs clients. C’est aussi un soutien financier, puisque le chiffre d’affaires réalisé par l’ensemble des librairies sur la Comédie du livre depuis 2 ans a dépassé les 250 000 euros.

    Le tableau est sombre mais la France conserve toutefois le réseau de librairies indépendantes le plus dense du monde…

    R.P. : En effet, grâce à au moins deux dispositifs que le RN attaque frontalement et menace de supprimer : le prix unique du livre, qui garantit le maintien d’un réseau structuré et diversifié dans les villes et grandes métropoles comme dans les communes rurales ; et le CNL et ses dispositifs de soutien, dont une partie de la droite et le RN remettent violemment en cause l’utilité.

    Le métier de libraire est-il en voie de disparition ?

    R.P. : On peut se demander si on n’est pas en train de refermer la parenthèse Gutenberg, c’est-à-dire la civilisation du livre et de l’écrit, puissamment liée au développement de nos démocraties modernes. Avec tous les dangers que cela comprend, car ce n’est pas uniquement le livre qu’on attaque, c’est une manière d’être ensemble, de débattre, de converser, de réfléchir.

    « Il faut ralentir
    et redonner collectivement du temps à la lecture »

  • [Chroniques méditerranéennes ] Là où vivent les mots – Le refuge d’Erri De Luca

    [Chroniques méditerranéennes ] Là où vivent les mots – Le refuge d’Erri De Luca

    Un trésor de mots au cœur de la ville. C’est une petite librairie, le refuge d’Erri De Luca lorsqu’il revient à Naples. L’odeur du papier, les volumes, dont beaucoup sont introuvables, dressent un rempart silencieux contre le tumulte de notre époque. Raimondo Di Maio est là depuis des décennies. Et il a toujours utilisé les livres comme armes pour défendre la liberté.

    Il me montre une vitrine où sont exposés les textes d’Erri. Non seulement ceux que nous connaissons tous, mais aussi des livres qu’il a publiés sous l’égide de « Dante Descartes », le nom de la librairie.

    Depuis le 25 mai, De Luca est la cible d’un harcèlement en ligne orchestré par un activiste, suite à la publication d’un article dans un journal qui republiait un de ses textes paru dans le quotidien Israel Hayom. Dans cet article, l’auteur se déclarait sioniste, affirmant que ce qui se passe à Gaza ne peut être qualifié de génocide. Deux mots qui ont déclenché une véritable tempête. Entre ceux qui ont promis de brûler ses livres et ceux qui l’ont traité de traître, De Luca se trouve au cœur d’une tempête cauchemardesque.

    Que se passe-t-il ? « Nous sommes amis avec Erri depuis toujours », explique Raimondo. « Nous connaissons tous ses positions, ses idées. C’est un homme qui a toujours pris le parti des plus faibles. Il a même été jugé pour avoir soutenu le mouvement No TAV, qui s’opposait à la ligne ferroviaire à grande vitesse Turin-Lyon. »

    Les mots « incriminants » : sionisme et génocide.

    « Le sionisme revêt de nombreuses formes, la plus répandue étant l’idée de deux peuples, deux États. Erri s’est donc déclaré sioniste. Le mot génocide exprime un concept complexe. Appelons-le horreur, massacre. Erri, fort de son vocabulaire, a employé un terme qui nécessite une reconnaissance officielle de l’ONU pour être valide. C’était de sa part une tentative de perfectionnisme linguistique inadaptée à une masse qui se forge ses propres vérités pour se ranger du bon côté. »

    Ce qui se passe en Italie avec l’affaire De Luca est tout simplement kafkaïen. Un lynchage où une partie du monde culturel s’est ralliée à une vérité indiscutable.

    « Un monde incapable de s’attarder sur le particulier. Emprisonné dans une intolérance et un narcissisme qui le coupent de toute discussion, de tout débat et de toute circulation des idées. »

    Raimondo me montre quelques textes d’Erri publiés sous son label. Il doit y en avoir une douzaine.

    « Ce sont ses hommages à ce lieu », me dit-il en feuilletant Napòlide, un livre qui relate la condition philosophique de ceux qui sont nés à Naples et qui prennent leurs distances avec la ville tout en conservant ses traits au plus profond d’eux-mêmes.

    Il existe une Fondation Erri De Luca, créée en 2011. Pouvez-vous m’en parler ?

    Erri n’a pas d’enfants ; il a donc créé la fondation pour gérer les archives et son œuvre. Mais ce n’est pas tout. Entièrement financée par lui, cette organisation promeut des initiatives culturelles, des interventions humanitaires et la solidarité sociale, notamment par le biais de bourses d’études pour jeunes migrants. Je me demande maintenant si un homme comme lui devrait subir une telle vague de violence.

    Son exclusion d’un festival littéraire à Salerne pour « propos inappropriés » suite à ses commentaires témoigne de la passion qui existe en Italie pour la confrontation et les idées.

    Au point d’affirmer, à tort, qu’on n’est pas ce qu’on écrit. Certes, la littérature exige de la créativité narrative ; pourtant, écrire ne se résume pas à des éclairs de génie au service de la fiction. Au cœur de chaque page se trouve l’auteur : une âme faite d’histoire, d’expérience et de sensibilité. Un monde entier vit dans les mots. Un peu comme ici, dans cette petite librairie napolitaine, où le sens profond de la vie se cache parmi des milliers de livres. Où Erri De Luca aime se réfugier.

    Journaliste et

    romancière,

    Stefania Nardini vit

    entre Naples et

    Rome

  • Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    L’heure est grave, chez Sauramps. Voilà plusieurs mois, maintenant, que les rayons sont clairsemés et que les tables d’exposition se vident sous les yeux désolés et impuissants des clients fidèles et des salariés. « On n’achète quasiment plus rien depuis le mois de mars », confie une salariée sous le sceau de l’anonymat. « On continue à accueillir le public, mais on ne reçoit plus de nouveautés. Or on sait combien c’est important dans un commerce de livres, puisqu’il en sort chaque semaine. On ne peut plus non plus commander les livres que les gens recherchent. Le fait de durer dans ce fonctionnement nous inquiète. »

    Alors qu’elle fête cette année ses 80 ans, la librairie historique de Montpellier, qui fut l’une des librairies indépendantes les plus importantes de France, est plus que jamais menacée. Les pertes cumulées s’élèveraient à 3,5 millions d’euros, en lien avec la crise du secteur et, semble-t-il, un loyer trop élevé. L’actionnaire et propriétaire du groupe, l’architecte François Fontès, pourrait rapidement, si aucune autre piste n’aboutit, demander que l’entreprise soit placée en redressement judiciaire.

    Pour la première fois en 40 ans d’existence de la manifestation, Sauramps n’a pas été, cette année, en mesure de participer à la Comédie du livre, signe supplémentaire que les voyants sont au rouge.

    « Des risques majeurs sur l’emploi »

    Ce n’est toutefois pas la première fois que Sauramps rencontre de graves difficultés financières. En mars 2017, le groupe avait été placé en redressement judiciaire avant d’être racheté par la société Ametis, appartenant à François Fontès. L’entité comptait alors cinq sites : Sauramps Comédie, Polymômes, Sauramps Odyssée et un espace au musée Fabre à Montpellier ainsi que Sauramps Cévennes à Alès. Il ne reste aujourd’hui que deux sites : Sauramps Comédie à Montpellier et la librairie d’Alès, les effectifs étant passés de plus de 90 salariés en 2020 à 54 aujourd’hui (47 à Montpellier et 7 à Alès).

    « Depuis de nombreux mois et de manière beaucoup plus alarmante depuis début mars, nous subissons une dégradation continue de la situation économique, financière et sociale du groupe », alertent publiquement les salariés de Sauramps dans une lettre ouverte distribuée le 4 juin aux passants. « Malgré nos sollicitations, nous n’avons obtenu aucune communication directe avec notre actionnaire unique et propriétaire de notre entreprise. De ses décisions dépend notre avenir », déplorent les salariés qui disent vivre ce « silence prolongé » comme « une profonde marque de mépris et d’incompréhension, alors que les équipes continuent, chaque jour, à faire vivre l’entreprise avec professionnalisme et engagement malgré des conditions considérablement dégradées ».

    « La conjoncture actuelle du monde du livre nous fait craindre le pire », confie un salarié montpelliérain. Après Gibert en avril, le groupe Nosoli, qui réunit les enseignes Furet du Nord et Decitre, a été placé à son tour en redressement judiciaire fin mai, posant la question de l’avenir des librairies. Ces dernières années en effet, la concurrence du commerce en ligne s’est intensifiée tandis que les habitudes de lecture ont évolué. Pour la première fois, le bilan annuel du Centre national du livre (CNL) recense davantage de fermetures (85) de librairies en France que de créations (83) en 2025.

    « La situation actuelle fait peser des risques majeurs sur l’emploi, sur notre entreprise à laquelle nous sommes profondément attachés », insistent les salariés qui « appellent à la responsabilité de l’actionnaire » et « demandent des réponses claires, concrètes et immédiates concernant notre avenir ».

    Amélie Goursaud

  • Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Animée par Aquilina, de la librairie Goulard, la rencontre entre Gisèle Pelicot et Judith Perrignon s’est déroulée, ce jeudi 21 mai, dans l’amphithéâtre de la Manufacture d’Aix-en-Provence. Gisèle Pelicot, victime des viols de Mazan. Son ex-mari, Dominique Pelicot, a été reconnu coupable de l’avoir droguée et fait violer par une cinquantaine d’autres hommes. Tous ont été condamnés à des peines de prison, fin 2024.

    Elle est revenue sur son histoire et le récit dont elle témoigne dans son livre Et la joie de vivre, paru le 17 février 2026, aux éditions Flammarion.

    Une salle pleine attendait Gisèle Pelicot, souriante, accueillie par des applaudissements nourris aux côtés de Judith Perrignon, romancière qui a coécrit Et la joie de vivre. Gisèle Pelicot a retracé, au cours de cette conférence, sa rencontre avec Judith, son enfance, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants. Elle a évoqué le procès, mais a surtout porté un message d’espoir. Le public a été témoin de sa force, de son courage à continuer de vivre dans ce qu’elle appelle « la lumière ». Son récit se veut comme « une réconciliation entre le passé et le présent, les hommes et les femmes, la joie et la douleur » , a souligné Aquilina.

    « N’ayez pas peur de parler »

    Gisèle Pelicot rencontre Judith Perrignon par le biais de Sophie de Closets, qui est l’éditrice du livre. Un ouvrage qu’elle n’avait pas l’intention d’écrire au départ. « Réflexion faite, je me suis dit que ce livre pouvait être utile, que mon histoire pouvait servir aux autres », raconte Gisèle. Pour Judith Perrignon, « il fallait ce texte, il fallait qu’on connaisse Gisèle, personne ne savait qui c’était ».

    Gisèle Pelicot a été confrontée au deuil, la mort de sa mère, très jeune, mais se rappelle également de l’amour : « ça m’a permis d’être la femme que je suis aujourd’hui. » Son livre ne revient pas seulement les violences extrêmes qu’elle a subies. Il s’agit aussi de l’histoire d’une vie où la joie est un mécanisme, un moyen de se relever face aux difficultés. Judith Perrignon souligne, lors de cette conférence, que ce livre est « un récit de vie qui alterne le déroulé de l’affaire et les souvenirs, la jeunesse, la rencontre ».

    Au moment d’évoquer le procès et le moment où elle a visionné les vidéos tournées par son ex-mari, Gisèle Pelicot : « C’était une violence inouïe, de la barbarie. Comment ces individus pouvaient commettre ces horreurs sur un corps inerte ? C’est un corps mort… »

    Elle dit se reconstruire, sa famille aussi. Pour Gisèle Pelicot, ce livre parle à toutes les générations de femmes et d’hommes. « N’ayez pas peur de parler parce que vous serez entendues, je pense que ce procès a libéré la parole des femmes. Je l’ai fait pour les autres, pour qu’elles osent parler. Faites-vous confiance et avancez. »

  • Fragilisée, la librairie Sauramps sera absente de la Comédie du livre

    Fragilisée, la librairie Sauramps sera absente de la Comédie du livre

    C’est la note triste de cette Comédie du livre. Alors qu’elle fête cette année ses 80 ans d’existence, Sauramps, librairie historique de Montpellier qui fut l’une des plus importantes librairies indépendantes de France, voit son avenir menacé par de graves difficultés financières. D’après ses chiffres, les pertes cumulées s’élèveraient à 3,5 millions d’euros, en lien avec la crise du secteur. Ce n’est hélas pas la première fois que l’entreprise rencontre des difficultés. En 2017, elle avait été placée en redressement judiciaire, avant d’être rachetée par la société Amétis pour 5,3 millions d’euros.

    Cette année, pour la première fois depuis l’existence de la Comédie du livre, Sauramps ne sera pas représentée parmi les 15 librairies indépendantes accueillant des auteurs en dédicace lors du salon du livre des 22, 23 et 24 mai sur la promenade du Peyrou. « On est très heureux chaque année d’y participer, mais il faut savoir que cela représente 60 000 euros de commandes, un engagement dont le retour n’est forcément jamais garanti. Au vu de nos difficultés actuelles, c’est trop lourd », confiait récemment David Lafarge, directeur de Sauramps, dans Midi Libre.

    « On espère les retrouver dès 2027 sur le festival », déclare Régis Pénalva. « En attendant, pour cette année, les autres librairies se sont mobilisées pour se répartir la cinquantaine d’auteurs qui devaient être accueillis par Sauramps. Les invitations ont donc pu être maintenues », informe le directeur artistique de la Comédie du livre. « Nous serons tant que nous le pouvons aux côtés de la librairie Sauramps », assure de son côté Michaël Delafosse.

  • Les associations marseillaises s’unissent contre l’embargo sur Cuba

    Les associations marseillaises s’unissent contre l’embargo sur Cuba

    Installés entre les quelques bouquins de la librairie l’île aux mots (2e), les représentants de six associations marseillaises se sont réunis pour présenter leur plan d’action en soutien à Cuba. « Grâce à la mobilisation de médecins et infirmiers des 4e et 5e, nous avons commencé à collecter du matériel médical à envoyer mi-juin en direction de l’île. Il y a aussi des appareils d’échographie, des fauteuils roulants et même des déambulateurs, mais ce n’est pas suffisant. Afin de remplir le container, il nous faut davantage de fonds », insiste Jean-José Mesguen, représentant de l’association France Amérique Latine Marseille.

    Pour financer le projet, les collectifs appellent les citoyens à se mobiliser. à Toulouse, deux containers ont pu être financés dernièrement grâce au soutien des habitants.

    Plusieurs événements organisés

    C’est dans ce cadre qu’ils organisent une soirée le jeudi 28 mai. « Un concert du trio cubain Ahinamo suivi d’un buffet caribéen et d’une tombola », précise Nicole Giraudi, présidente de l’association France Cuba Marseille 13. D’autres événements sont prévus dans le mois de mai pour réunir les fonds nécessaires. Parmi eux, les films d’Alain Sabathier La Camargue et La Cinega de Zapata seront projetés dans une salle du PCF à Marseille, le 15 mai.

    Des actions que Nicole Giraudi estime « essentielles ». Avant de préciser : « Aujourd’hui, se payer une boîte de Doliprane à 10 euros, c’est impossible avec un salaire cubain, cela doit changer », déplore-t-elle. L’envoi de matériel médical n’est pas le seul dispositif mis en place par les organisations. « Nous avons mené une campagne lors du cortège du
    1
    er-Mai pour financer 1 000 panneaux solaires en direction de Cuba », ajoute Mireille Faure, membre du secrétariat du Secours populaire.

    Des installations qui pourraient faciliter l’accès au gaz, mais aussi aux transports et aux hôpitaux. « Lors de la mobilisation du 1er-Mai, nous avons réussi à récolter 1 000 euros. Nous avons l’attention des syndicats et brigades des énergéticiens qui nous aideront dans l’acheminement de ces panneaux photovoltaïques », se réjouit la membre du Secours populaire, qui s’inquiète malgré tout : « Un panneau solaire coûte 8 000 euros. Il faut les trouver… »

    « Le travail collectif

    sans soutien est difficile »

    « Les pouvoirs publics français doivent reconnaître leur dette envers Cuba, à savoir l’envoi de médecins durant la pandémie de Covid et la participation des Cubains durant la Première Guerre mondiale », souligne Jean-José Mesguen, représentant de l’association France Amérique Latine Marseille.

    Entre les entraves financières des États-Unis sur l’acheminement de l’aide humanitaire et l’absence de mobilisation des élus en Europe visés par la pétition portée par France Amérique Latine Marseille, les associations ne se sentent pas entendues par les pouvoirs publics. « Le travail collectif sans soutien est difficile », ajoute Nicole Giraudi, représentante de France Cuba Marseille 13.

    Les associations ont également rapporté les blocages de l’acheminement de l’aide humanitaire depuis le port de Marseille. Par conséquent, le conteneur financé par le Secours populaire devrait prendre le départ, à la mi-juin, depuis un port espagnol et non pas depuis Marseille.

    « La CMA CGM a subi des restrictions de la part de Donald Trump. On réalise à quel point les États-Unis contrôlent tout, jusqu’à ce qui part de nos ports, et ce n’est pas normal, il faut se mobiliser », estime Bernard Eynaud de la Ligue des droits de l’homme.

  • À Montpellier, Le Grain des mots déménage : cap sur une nouvelle page

    À Montpellier, Le Grain des mots déménage : cap sur une nouvelle page

    C’est acté. La librairie indépendante et généraliste Le Grain des mots, située sur le Jeu de Paume, va déménager prochainement à quelques encablures de son adresse actuelle, dans les locaux de l’ancien cinéma Diagonal Saint-Denis (fermé depuis 2007), situé face de la brasserie Le Dôme.

    Un heureux dénouement pour Romain et Tristan Demante, les deux frères cogérants du lieu, confrontés en août 2022 à un sérieux dégât des eaux qui les avait contraints à quitter leurs locaux historiques du 13 boulevard du Jeu de Paume pour s’installer, de façon provisoire, à quelques pas de là, au numéro 15, dans un local appartenant à la Ville.

    Cette solution prévue pour être transitoire aura finalement duré plusieurs années… « Ça fera 4 ans cet été qu’on a été contraints de déménager dans ce local. C’était bien pour 6 mois, mais ça a été dur et pénible de tenir aussi longtemps ici. On a eu 7 dégâts des eaux, le carrelage s’est effondré, sans compter qu’on n’a pas de vitrine, si bien qu’on est très peu visible », confie Tristan Demante, qui ne cache pas son soulagement de pouvoir enfin tourner la page de ce trop long chapitre. Non pas, comme c’était prévu, en réintégrant le local historique du Jeu de Paume ravagé par le sinistre de 2022, mais en acquérant un lieu tout proche.

    « Un pari sur l’avenir »

    Jusqu’ici locataire, le Grain des mots devient donc propriétaire. « C’est un pari sur l’avenir, mais on est confiants. On a une super équipe, une clientèle fidèle, un super lieu. Cette fois ce sera la bonne, on n’a pas vocation à déménager tous les 4 ans ! », plaisante Tristan Demante. « On ne remerciera jamais assez nos clients, qui nous ont aidés à tenir dans ces conditions difficiles. C’est la raison pour laquelle on a eu envie de les associer à l’annonce de la bonne nouvelle », poursuit le libraire.

    Ce dimanche 12 avril à 15h, tous ceux qui le veulent sont donc invités à participer, munis d’un carton symbolique, à une chaîne humaine reliant l’adresse actuelle à la nouvelle. « L’idée est de montrer qu’on ne va pas loin. Car c’est la grosse inquiétude qui est formulée quand on dit qu’on va déménager », relate Tristan Demante. Un clip vidéo de cette chaîne humaine sera réalisé, « qui nous servira le moment venu pour communiquer sur la date d’ouverture ». Elle reste en effet inconnue pour l’instant, même si on peut l’espérer pour la rentrée de septembre. Avant cela, des travaux, qui devraient débuter rapidement, doivent avoir lieu dans ces nouveaux locaux de 270 m², dont l’aménagement sera confié à un architecte. « On va être plus praticable, plus visible et lisible dans les rayons. » Davantage d’ouvrages seront également proposés, la librairie gagnant 50 m² sur son espace actuel. L’esprit, lui, restera le même, promettent les frères Demante : « celui d’Aline » [Aline Huille, leur mère, qui a fondé Le Grain des mots en 2003, Ndlr].

  • Escale littéraire au Rojava à l’occasion du Newroz

    Escale littéraire au Rojava à l’occasion du Newroz

    Troisième et dernier rendez-vous de la 4e édition de Newroz Marseille organisée par le collectif Solidarité Kurdistan 13 et l’association Solidarité Liberté Provence pour célébrer le Nouvel an kurde. Ce samedi, dans les rotatives de La Marseillaise, cette séquence se penche sur la littérature avec une rencontre organisée à partir de 17h autour du livre Nous vous écrivons depuis la révolution : Récits de femmes internationalistes au Rojava publié en 2021 aux éditions Syllepse.

    Composé de textes de réflexion, poèmes, contes, extrait de journaux intimes, lettres, interviews… « L’ouvrage a été pensé collectivement et écrit par des femmes : internationalistes, mères, journalistes, militantes, principalement françaises, qui ont passé de quelques jours à plusieurs années au cœur de la plus jeune révolution du Moyen-Orient », résume l’éditeur. « Avec ce récit, elles invitent à découvrir le projet et la réalité des femmes du Rojava et du nord-est syrien, qui depuis 2012 travaillent minutieusement à la création de leurs structures autonomes : autodéfense armée et civile, éducation, coopératives, démocratie de base… » Pour en discuter, Sarah Marcha, Marie et Mireille Court, co-autrices du livre, et Yasmina Touaibia, docteure en Science politique.

    « Emblème

    de la résistance »

    Fête ancestrale de la culture kurde, le Newroz célèbre l’équinoxe du printemps le 21 mars. C’est un « symbole identitaire, d’unité, de diversité » et « l’emblème de la résistance », précise Annick Samouelian, présidente de Solidarité Liberté Provence qui orchestre l’événement avec le Collectif Solidarité Kurdistan 13 et le soutien de la mairie 2-3, de la Ville de Marseille… et de La Marseillaise.

    Cette manifestation permet d’attirer l’attention sur cette communauté bien implantée dans la région mais aussi sur le combat mené par ces résistants et combattants de la liberté au Moyen-Orient. La première soirée organisée en mairie des 2-3 a focalisé sur le sort réservé aux femmes dans la prison de Mardin en Turquie. La seconde étape a conduit en Iran. Direction le Rojava avec cette dernière rencontre à l’occasion de laquelle la librairie l’Ile aux mots tiendra un stand littéraire.