Tag: librairie

  • Un festival fait fourmiller les initiatives contre l’extrême droite

    Un festival fait fourmiller les initiatives contre l’extrême droite

    Le nom résume l’esprit de la manifestation : les Fourmilières veulent fonctionner de manière collective, horizontale et décentralisée. Durant 17 jours, du 25 septembre au 11 octobre, des collectifs indépendants vont faire vivre, de Montpellier aux Cévennes en passant par l’Aude, l’Aveyron, la Lozère ou les Bouches-du-Rhône, un festival placé sous le signe de la solidarité et de l’antifascisme.

    Une initiative impulsée par le Quartier généreux, café associatif montpelliérain. « L’idée était de fédérer un certain nombre d’acteurs autour de la défense d’un héritage : les conquis sociaux, de prendre de la place sur des sujets progressistes et d’ouvrir vers d’autres imaginaires », explique Thibaut, membre de la coordination du festival et de la batucada militante La Battante. L’appel a rencontré un écho au-delà des espérances : plus de 100 collectifs sont désormais impliqués et près de 200 événements recensés. Une dynamique qui prend une résonance particulière à l’approche d’une élection présidentielle où l’extrême droite est donnée favorite. « L’idée est également de sortir de nos entre-soi militants pour reprendre un peu de terrain face à l’extrême droite dans un territoire, le sud de la France, où elle est très présente », insiste Thibaut. « L’enthousiasme des collectifs investis vient aussi du fait que cette initiative prend un peu d’ampleur et que ça permet de peser sur cette année particulière. » Un espace de riposte qui fourmille de propositions dessinant un autre projet de société face à cette menace « réelle autant que croissante ».

    « Un formidable moyen de convergence des luttes »

    Pour participer, chaque collectif doit adhérer à une charte commune, qui laisse toutefois chacun libre du choix de la thématique abordée : antinucléaire, féminisme, antiracisme, lutte contre les violences policières, écologie, solidarité avec la Palestine, critique du masculinisme ou encore questions carcérales. Une diversité qui se retrouve aussi dans les formats : conférences et rencontres littéraires côtoient ateliers d’éducation populaire, concerts, théâtre, cinéma, expositions, mobilisations dans l’espace public… « Cette charte et cette initiative des Fourmilières constituent un formidable moyen de convergence des luttes, qui est toujours appelée à gauche mais jamais atteinte », estime Thibaut.

    De Montpellier

    aux Cévennes

    À Montpellier, l’un des temps forts aura lieu le 30 septembre à la Halle Tropisme. Le Quartier Généreux y proposera une journée familiale avec lectures jeunesse engagées, ateliers et kermesse antifasciste. Un arpentage autour de Décoloniser le dancefloor, d’Habibitch, précédera une rencontre avec l’autrice, avant une soirée musicale avec Planète Boum Boum et Habibitch.

    Le débat d’idées aura également sa place. Le sociologue Ugo Palheta interviendra notamment le 9 octobre à la Carmagnole, à Montpellier, autour de son travail consacré à la progression de l’extrême droite. La Carmagnole accueillera également trois formations – des conférences en ligne – proposées par StreetPress autour de la lutte contre l’extrême droite (les 1er, 7 et 15 octobre). Pauline Ferrari, autrice de Formés à la haine des femmes, sera pour sa part à La Mauvaise Réputation le 2 octobre pour parler des réseaux masculinistes et le théâtre Pierre Tabard proposera pour sa part Boxeur, une histoire antifasciste. Le cinéma sera également mobilisé, avec notamment à Sète, le 29 septembre, une projection consacrée au terrorisme de l’ultra-droite suivie d’un débat avec le journaliste d’investigation Ricardo Parreira et Sophie Mazas (LDH 34), puis, le 11 octobre, un rendez-vous autour du documentaire Main basse sur l’eau.

    Du côté de Ganges, la programmation du 6 au 11 octobre mêlera lecture publique, théâtre, parade populaire et banquet autour d’un couscous préparé avec des légumes de récupération. À Lodève et sur le Larzac, la programmation sera particulièrement dense, avec 40 à 50 rendez-vous sur les trois week-ends : tables rondes, théâtre, concerts et conférences, dont une avec l’historienne Ludivine Bantigny (à Marcillac-Vallon) et une autre avec le sociologue Ugo Palheta (à Millau) le 10 octobre.

    « L’éventualité

    d’une seconde édition »

    Les Fourmilières essaimeront également dans le Gard. À Alès, un stage d’autodéfense féministe est prévu les 26 et 27 septembre. À Bagnols-sur-Cèze, où l’extrême droite réalise des scores importants, un pique-nique solidaire et antiraciste sera organisé le 3 octobre. À Sauve, une journée antifasciste est organisée par la librairie le même jour dans la cour des artisans. Au Vigan, les 29 et 30 septembre, les organisateurs misent sur l’éducation populaire dans le quartier des Arènes : football avec des équipes mixtes, bouturage, scène ouverte, expression artistique et réappropriation de l’espace public, avec également un four à pizza itinérant.

    Les mobilisations dans l’espace public ne seront pas oubliées : marche pour le climat, la paix et les solidarités le 26 septembre, week-end de mobilisation contre le centre de rétention administrative (CRA) de Béziers les 3 et 4 octobre ou encore Fiertés vénères, la Pride radicale de Nîmes, le 10 octobre.

    Au-delà de cette première édition, la coordination réfléchit déjà à la suite. « On fera d’abord le bilan, mais il y aura deux axes pour l’après : faire vivre ces réseaux, car ce sont des dizaines de collectifs qui ont travaillé ensemble, donc plein de rencontres et de partages, et l’éventualité d’une seconde édition. »

    *Tout le programme sur : https://les-fourmilieres.org

  • Un auteur nationaliste pour la Semaine provençale d’Avignon

    Un auteur nationaliste pour la Semaine provençale d’Avignon

    La lecture d’un texte de Charles Maurras, auteur d’extrême droite nationaliste, xénophobe et antisémite du XXe siècle, lors d’une conférence organisée ce vendredi 2 octobre à la bibliothèque municipale Ceccano d’Avignon, en collaboration avec l’association l’Oustau de la Culturo Prouvençalo d’Avignoun, interroge.

    Un nom que la librairie avignonnaise Youpi n’a pas manqué de noter. « Il nous paraît opportun de rappeler que Charles Maurras, antisémite antidreyfusard et xénophobe notoire, est à l’origine du mouvement politique français d’extrême droite nationaliste et royaliste qu’est l’action française », rappelle-t-elle dans un mail adressé à la direction des bibliothèques. Et insiste que « l’étude de ses écrits, dont certains sont certes rédigés en provençal, mérite sans doute un petit peu de précautions dans le cadre d’un événement grand public dans un établissement municipal ».

    Contactée, la municipalité affirme qu’elle « n’a pas vocation à censurer les œuvres ni les auteurs présentés dans le cadre d’une programmation culturelle ». Mais que « compte tenu de la nature » des positions de Charles Maurras, « une contextualisation claire de cette lecture nous paraît en revanche indispensable ». Et que l’association en charge de la programmation « indique elle-même vouloir garantir le pluralisme des œuvres présentées et s’est engagée à contextualiser l’œuvre auprès du public présent ».

    Vive réaction chez la section locale de la France insoumise qui estime que « présenter Maurras par sa seule prose provençale, sans contextualiser ce qu’il fut politiquement, ce n’est pas faire œuvre de pluralisme ».

  • [Cinéma] À Frontignan, des spectateurs bluffés, des objectifs dépassés

    [Cinéma] À Frontignan, des spectateurs bluffés, des objectifs dépassés

    Un scénario parfaitement huilé. Au 12, quai Voltaire, au cœur des anciens chais Botta, Priscilla Schneider n’en croit pas ses yeux. À peine 8 mois après son ouverture en remplacement de l’ancien CinéMistral, son cinéma Quai des lumières cartonne.

    « Cette année, on en est déjà à 119 523 entrées alors qu’on tablait sur ce chiffre en fin d’année », calcule la directrice et associée. Ce n’est pas la seule à avoir le sourire. « Les gens sont bluffés. Ils nous disent qu’ils n’auraient jamais cru avoir cela à Frontignan. »

    Il faut dire qu’ils n’ont pas lésiné sur les moyens. Quatre salles pour un total de 600 places avec une qualité de son optimale (Dolby Atmos en salle 1), des écrans premium (jusqu’à 14 mètres) et une assise confortable. « Nous avons des fauteuils qui s’inclinent. On s’approche de la qualité de l’offre des multiplexes à des tarifs attractifs (de 4,5 à 9,5 euros) », se félicite Priscilla Schneider.

    Côté programmation, cette ancienne salariée du Diagonal à Montpellier est fière d’allier le cinéma d’auteur aux blockbusters. « J’aime bien l’idée de ne pas être dans un entre-soi, que tous les milieux sociaux se croisent. » Cette année c’est régulièrement le cas avec le succès de grosses machines (Avatar, Marsupilami, l’Odyssée…) mais aussi de films français (De la Comédie française, De Gaulle…) et d’art et d’essai à succès (Fjord, Soudain…).

    Un vrai pôle culturel

    Cette mixité se retrouve aussi lors des soirées débats. « On va parler de l’alcoolisme avec Garance [sortie le 23 septembre] mais un prof d’économie nous a aussi proposé un débat sociétal sur des films comme Spiderman ou Dune », illustre la directrice.

    Phénomène inattendu, Quai des lumières attire au-delà du bassin de Thau. « On a des Biterrois ou des Montpelliérains [avec la fermeture du Diago pour travaux, Ndlr] qui viennent. » Grâce au parking de 160 places, le lieu est facilement accessible. « On peut venir passer la journée en se baladant dans les salins ou sur les quais. »

    L’intégration du cinéma au pôle culturel des Chais du canal peut même ouvrir d’autres perspectives aux fins gourmets ou aux amoureux des lettres. Le complexe comprend la brasserie haut de gamme La cave à Nico et la librairie indépendante Les choses de la vie. Sans oublier l’école de documentaires Explore Academy d’où sortiront les réalisateurs de demain.

  • Un nouveau chapitre s’ouvre pour la librairie le Grain des mots à Montpellier

    Un nouveau chapitre s’ouvre pour la librairie le Grain des mots à Montpellier

    Certes, un vent mauvais souffle sur le monde de la librairie ces derniers temps : depuis avril, Gibert puis Furet du Nord et Decitre ont été placés en redressement judiciaire ; plus près de nous, à Montpellier et Alès, la librairie Sauramps a été liquidée début juillet ; sans compter de nombreux libraires indépendants qui tentent de diversifier leurs activités pour tenir. Néanmoins, certains veulent y croire, s’accrochent à leur histoire et créent un peu d’optimisme dans ce marasme.

    C’est le cas des frères Demante, Tristan et Romain, cogérants du Grain des Mots, à Montpellier. Créée en 2003 par leur mère, Aline Huille, la librairie, historiquement implantée sur le Jeu de Paume, est devenue, au fil du temps, une référence incontournable des amoureux des livres. Mardi 1er septembre, une nouvelle page de son histoire s’ouvrira en bas du boulevard Gambetta*, près de la place Saint-Denis, dans ce qui fut le cinéma Rex puis le Diagonal, avant d’être laissés à l’abandon.

    Confrontés en août 2022 à un sérieux dégât des eaux qui les a contraints à quitter leurs locaux historiques du Jeu de Paume, les frères Demante s’étaient installés, de façon provisoire, à quelques pas de là, dans un local appartenant à la Ville. Une transition qui s’est éternisée (4 ans) dans des conditions tout sauf idéales.

    Un lieu repensé
    par un architecte

    C’est donc avec soulagement que le Grain des mots emménage, enfin, dans un nouvel écrin refait à neuf*, dont la librairie s’est rendue propriétaire. « Il restera quelques finitions, mais on se tient à la date du 1er septembre pour la réouverture. C’était une friche industrielle quand on a récupéré les clés il y a 3 mois, il y avait énormément de travaux. C’est déjà un exploit d’avoir fait tout ça dans ces délais », estime Tristan Demante. De 200m², la surface de la librairie passe à 260m². Surtout, les frères Demante ont fait appel à un architecte, qui a pensé les lieux pour qu’ils soient le plus fonctionnels et agréables possible. « Sur le Jeu de Paume, on avait une petite rampe en fer qu’on sortait pour les personnes à mobilité réduite, là on a construit une rampe en dur. Les tables sont à bonne hauteur, il y a entre 90 cm et 1,2 m entre chacune pour que ce soit confortable de circuler. Il y a également un réseau de LED incorporé dans les bibliothèques, dont l’éclairage permettra une mise en avant du fonds. Car on se prévaut d’être une librairie de fonds depuis toujours », insiste Tristan Demante. « On pourra présenter davantage de livres sur des tables ou des tablettes, ce ne sera pas que du rayonnage. Cela permettra de mettre en valeur, outre les nouveautés, des coups de cœur et des choses un peu moins récentes qu’on a envie de continuer à porter. »

    « C’est un pari audacieux, on en est bien conscients », confie le libraire. « On le sait, le monde du livre va mal, que ce soit les librairies, l’édition, la distribution… mais on est confiants. On a une super équipe, une clientèle fidèle – ce qui économiquement comme moralement est inestimable – et un super lieu. On a eu un coup de cœur incroyable pour ce local, pour l’emplacement aussi, qui offre une autre dynamique que celle du Jeu de Paume : le Jeu de Paume c’est passant, le quartier Saint-Denis – Gambetta, c’est vivant. »

    Le Grain des Mots sera donc dans les starting-blocks pour la rentrée littéraire de septembre, moment crucial pour toute librairie. L’inauguration officielle, quant à elle, aura lieu un peu plus tard, mi-octobre, pour fêter ce beau pari sur l’avenir.

  • [C’est l’été] Journée jeux à Château-Arnoux

    [C’est l’été] Journée jeux à Château-Arnoux

    Le soir, un apéro est proposé pour poursuivre ce moment de partage.

    Mardi 11 août à partir de 15h.

    Gratuit.

  • [C’est l’été] À Banon, une programmation riche pour la librairie Le Bleuet

    [C’est l’été] À Banon, une programmation riche pour la librairie Le Bleuet

    Samedi, à 20h, l’acteur André Marcon y rendra hommage à l’auteur, metteur en scène et peintre Valère Novarina, disparu en janvier 2026. Mardi, à 17h, une sieste littéraire y sera proposée avec deux libraires qui liront un ouvrage de Maylis de Kerangal. Mercredi, à 19h, le vernissage de l’exposition de photographies « Le Trièves et Giono » et du diaporama « portraits inédits et insolites de Giono » aura lieu, en ouverture des Rencontres Giono 2026. L’exposition Monts et merveilles est par ailleurs toujours visible jusqu’à mardi, dans le cadre du festival « Trouver Refuges, montages et transitions ».

  • [C’est l’été] Un livre pour tous les comédiens

    [C’est l’été] Un livre pour tous les comédiens

    L’Acteur face à son jeu est un condensé de méthodes diverses pour travailler intelligemment son « métier » d’acteur. Le propos est clair, judicieusement agencé. Chacun peut y puiser ce qui lui manque, ce qu’il recherche sans le savoir. Brigitte Fossey, Isabelle Adjani le cautionnent. Un ouvrage qui devrait figurer dans toute bibliothèque de « théâtreux ».

    L’acteur face à son jeu, 220 pages, Éditions Glyphe – 26€

    En vente à la Librairie du Spectacle, 82 rue Bonetterie à Avignon

  • Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Le silence a remplacé le bruissement des pages. Ce vendredi 3 juillet, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Sauramps, refermant une histoire commencée en 1946 et transmise de génération en génération de lecteurs. Dans les couloirs du tribunal, comme devant les vitrines désormais figées, la stupeur avait pourtant quelque chose d’attendu : depuis des mois, la grande librairie du Triangle se vidait, ses rayons se clairsemaient, ses salariés travaillaient dans l’incertitude et les clients cherchaient en vain les nouveautés qui ne pouvaient plus être commandées.

    Placée en redressement judiciaire à la mi-juin, l’enseigne n’aura bénéficié que d’un court sursis. Aucun repreneur crédible ne s’est manifesté. Les pertes, évaluées autour de 4 millions d’euros, ont emporté les derniers espoirs d’un plan de continuation. À Montpellier, 48 salariés sont concernés. À Alès, six autres voient disparaître une librairie ouverte depuis vingt-quatre ans. Derrière le mot froid de « liquidation », il y a des métiers, des visages, des conseils donnés entre deux étagères, des paquets cadeaux de fin d’année, des livres glissés entre deux générations.

    Dans un message d’adieu publié par les équipes, l’émotion affleure à chaque ligne. « Après 80 ans d’existence au cœur de Montpellier et 24 ans au cœur d’Alès, les librairies Sauramps tournent une page avec beaucoup d’émotions », écrivent les salariés, remerciant « lectrices, lecteurs de tous âges, de tous horizons » pour leur fidélité, et saluant « le travail formidable des libraires » qui ont partagé leurs coups de cœur « avec passion ».

    Un gâchis social et culturel

    Sauramps n’était pas seulement un commerce. C’était une adresse populaire du livre, un lieu où l’on venait flâner, choisir un roman, chercher un manuel, discuter d’un auteur, croiser la ville. Sa disparition dit quelque chose de la fragilité d’une culture de proximité quand les charges explosent, quand les locaux vieillissent, quand les grandes plateformes imposent leur rythme et quand les pouvoirs économiques laissent les salariés porter seuls l’angoisse de l’effondrement.

    Après la décision du tribunal, la Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole ont assuré rester « plus que jamais mobilisées pour l’avenir de Sauramps ». Carole Delga, Michaël Delafosse et Christian Assaf disent apporter leur « soutien renouvelé » à la direction comme aux salariés « durement touchés ». Surtout, les collectivités veulent maintenir une perspective : « l’histoire de Sauramps n’est pas terminée », affirment-elles, en indiquant travailler depuis plusieurs semaines à un nouveau projet porté par David Lafarge, directeur général du groupe, en lien avec l’actionnaire principal François Fontès.

    L’enjeu est désormais de construire, « dans les prochaines semaines », une offre de reprise autour d’un projet « largement repensé et économiquement viable ». Plusieurs scénarios seraient en cours. La Région et la Métropole promettent d’accompagner cette reprise si elle se concrétise, au nom d’une marque jugée « emblématique » de la politique du livre à Montpellier et du rayonnement culturel régional. Une lueur, donc, mais qui ne doit pas masquer la violence du jour : 54 salariés se retrouvent au bord du vide.

    Le commerce fragile des idées

    La chute n’est pas née d’hier. Déjà sauvée en 2017 après un précédent redressement judiciaire, la librairie avait été reprise par l’architecte montpelliérain François Fontès, via Amétis. Depuis, plusieurs tentatives de relance n’ont pas suffi. Ces derniers mois, l’absence de trésorerie, les difficultés d’approvisionnement, le poids du magasin du Triangle et la perte progressive de confiance ont transformé l’institution en navire à quai. Même la Comédie du livre, rendez-vous historique du paysage littéraire montpelliérain, s’est déroulée sans elle cette année : un symbole de trop.

    Cette liquidation s’inscrit dans un secteur déjà secoué : Gibert, Furet du Nord, Decitre… les grandes enseignes du livre physique traversent une zone de tempête. Mais à Montpellier comme à Alès, la blessure est singulière. Sauramps faisait partie du décor mental des villes, de ces lieux où la culture se feuillette sans rendez-vous. Une librairie n’est jamais seulement une caisse enregistreuse : c’est un service public sans statut, tenu par des salariés passionnés, souvent peu payés, mais essentiels à la circulation des idées.

    Ce vendredi de juillet, l’année des 80 ans de Sauramps s’achève donc sur une liquidation. Peut-être pas sur une disparition totale, si le projet de reprise annoncé par les collectivités aboutit. Mais la page qui se tourne aujourd’hui, elle, est bien réelle : écrite non par les lecteurs, mais par les comptes, les loyers, les choix de gestion et l’impuissance collective à préserver, à temps, un bien commun. À Sauramps, les livres n’ont jamais manqué d’histoires. En espérant que la sienne puisse encore trouver une fin heureuse.

  • Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Après avoir été sauvée, en 2017, d’un premier placement en redressement judiciaire, la librairie historique de Montpellier, en proie depuis plusieurs mois à une lente agonie, pourrait bien, cette fois, ne pas en réchapper.

    Placée en redressement judiciaire le 15 juin à la demande de son propriétaire, l’architecte François Fontès, Sauramps, qui emploie 54 salariés (47 à Montpellier et 7 à Alès), a rendez-vous avec son avenir ce 3 juillet au tribunal de commerce de Montpellier, au terme d’une période d’observation de 3 semaines.

    « L’administrateur n’a pas communiqué grand-chose, mais il confirme que la situation financière est catastrophique. Vu que nous n’avons plus d’actifs, plus de stocks, geler la dette ne suffira pas à relancer l’entreprise s’il n’y a pas de réinvestissement. Comme M.Fontès ne réinjecte pas et que personne, à ma connaissance, ne s’est manifesté de l’extérieur pour investir dans la boîte, on court tout droit à la liquidation », assure un salarié qui a souhaité rester anonyme. « Il y a 95% de chances qu’elle soit demandée à l’audience ce 3 juillet au matin. Si elle est prononcée, ça va être violent dans le timing : le magasin n’ouvrira pas, les salariés seront priés de rentrer chez eux et c’est fini », confie-t-il.

    La Métropole

    et la Région en soutien

    « Dans le projet présenté au tribunal de commerce, François Fontès avait fait une demande de redressement judiciaire en parlant d’un projet de relance avec uniquement 15 employés [sur 54 Ndlr], sur la partie basse du magasin. Mais je crois qu’il est revenu dessus, qu’il ne demandera pas la prolongation de la période de redressement et qu’il prendra acte de la situation », livre le salarié.

    Sauramps disparaîtrait alors bel et bien du paysage du livre à Montpellier comme à Alès. Implantée depuis 1946, cette librairie indépendante, qui fête cette année ses 80 ans, était pourtant devenue un repère, une institution à Montpellier. Elle n’échappe hélas pas à une crise plus large qui frappe le secteur, à l’instar des enseignes les plus illustres de la librairie en France, comme Gibert, Decitre ou Le Furet du Nord, elles aussi placées en redressement judiciaire.

    Il n’est toutefois pas interdit d’espérer encore. D’autant que dès l’annonce du placement en redressement judiciaire, la Métropole de Montpellier comme la Région Occitanie ont fait savoir qu’elles étaient « pleinement engagées » pour la sauvegarde de Sauramps. « Plus que jamais, face aux assauts des populismes et des dogmatismes aveugles, nous avons besoin dans nos villes de ces véritables “commerces des pensées” que sont les librairies indépendantes », déclarent dans un communiqué commun les deux collectivités, qui « travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable ». Si seulement…

    Amélie Goursaud

  • « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    Au 3, rue Crémieux, l’Agora porte un nom qui a du sens pour ses créateurs. « On voulait redonner son sens littéraire à un mot pleinement ancré dans l’histoire nîmoise », explique Jordan. Amoureux de la littérature, il a repris avec sa compagne Lavinia un espace en plein cœur de la ville dans l’idée de le transformer en une librairie qui se construit avec ses lecteurs. « Il faut qu’il y ait un échange, les clubs de lecture sont obligatoires. On ne peut pas seulement être une centrale d’achat » défend le couple de guides qui prend en compte les lectures favorites de chacun.

    Critique, Lavinia ne cache pas que la stabilité financière du lieu repose principalement sur le coffee shop. « Si j’avais ouvert une simple librairie, j’aurais fermé en 2 semaines. » Après avoir essuyé un refus de financement de la Direction régionale des affaires culturelles pour approvisionner ses rayons, le couple a dû réfléchir à un modèle pérenne dans une économie du livre aujourd’hui en équilibre fragile.

    Le projet, en réflexion depuis 2017, a fait le pari de réunir librairie, salon de thé et rétrogaming (pratique des jeux vidéo anciens) en un lieu unique. « Il fallait qu’on ait un endroit qui nous ressemble et qui puisse survivre par lui-même », appuie Lavinia pour qui « le modèle classique de la librairie est complètement obsolète. » Si l’idée d’allier livres et sucreries n’est pas nouvelle, l’initiative unique à Nîmes a séduit les habitants. C’est d’ailleurs grâce à eux que certains rayons existent à l’Agora. La boutique se divise en deux pôles : l’occasion, pôle généraliste qui offre un large panel d’ouvrages, côtoie une sélection de livres neufs mûrement réfléchie, centrée sur la science-fiction et la fantasy. Les deux passionnés les connaissent sur le bout des doigts : « On les maîtrise tous et on sait qu’on peut les vendre. »

    Une alternative

    inédite pour les Nîmois

    L’avenir de la librairie, le jeune couple ne l’appréhende pas encore. « On n’a pas pris le temps d’être inquiet parce qu’on vient de se lancer » confie Lavinia. Le salon de thé appâte des visiteurs venus renouer avec la lecture et Jordan est optimiste : lors des événements et des rencontres d’auteurs, la majorité du public est étudiante. Pour cela, l’Agora est très active sur les réseaux sociaux. « Ce qui porte préjudice aux librairies traditionnelles aujourd’hui, c’est leur déconnexion avec les réseaux », estime Jordan. L’Agora suit les tendances, les nouvelles sorties qui animent le monde du livre et du jeu vidéo, en s’appuyant notamment sur le BookStagram, ce fil d’actualité et d’échange entre les passionnés de lecture. Connaître les intérêts des jeunes lecteurs d’aujourd’hui a permis à Lavinia et Jordan d’inviter des personnalités-phare au sein des rayons. Début juin, ils accueillaient Adeline Chetail, doubleuse célèbre pour la série Arcane et le jeu vidéo montpelliérain récompensé aux Game Awards Clair Obscur, une première pour une librairie nîmoise. L’Agora remet le couvert pour une nouvelle rencontre ce vendredi 26 juin, avec l’autrice « feel good » à succès Carène Ponte, pour une séance de dédicaces.