Tag: lecture

  • Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Vingt-quatre auteurs de livres jeunesse invités, des illustrateurs, des scénaristes de bande dessinée, de mangas… Après deux jours consacrés aux scolaires, Grains de sel ouvre ses portes au public*. Avec un beau plateau d’auteurs et dessinateurs jeunesse. Et cette année, Jean-Claude Mourvelat pour invité d’honneur. Né en 1952 à Ambert, en Auvergne, l’auteur commence à écrire des livres jeunesse en 1997. Le Combat d’hiver, L’enfant Océan « sont reconnus comme des classiques de la littérature de jeunesse », renseigne le site Fabula. Ses romans se caractérisent « par des valeurs humanistes ». En 2021, il a été lauréat du plus important prix de littérature jeunesse, le prix Astrid-Lindgren. Pour Grains de sel, l’auteur viendra avec, sous le bras, son dernier livre, Jefferson se fâche, troisième enquête de son « hérisson timide ». Samedi après-midi, à la salle de spectacles, il lira à voix haute des extraits choisis parmi ses nouvelles, textes courts ou romans jeunesse ou adultes.

    Lectures, ateliers collaboratifs ouverts aux enfants et animés par exemple samedi après-midi par Loïc Clément, scénariste et auteur de bande dessinée, illustration avec Gaëtan Doremus, auteur et illustrateur, dimanche matin ; atelier manga dimanche en milieu d’après-midi avec Daniel Ballin, mangaka et illustrateur… À 15h samedi, à l’Espace Rencontres, le public a rendez-vous avec Isabelle Simler, autrice et illustratrice pour l’édition et la presse. Elle a réalisé l’affiche de Grains de sel. Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, son univers est un hommage à la nature dont elle pousse l’observation jusqu’au plus infime détail. Son dernier ouvrage paru est l’illustration d’Alice aux pays des merveilles, de Lewis Carroll (2025). La Partie, maison d’édition de livres illustrés pour tous les âges, créée en 2021, dévoilera son catalogue. « Nous souhaitons donner à lire des textes et des images qui questionnent et offrent à rêver », décrit-elle. De belles promesses de lecture.

    * Av. Antide-Boyer. Ouvert sam. 9h à 19h, dim. 9h à 18h.

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.

  • La scène méditerranéenneà l’honneur d’une biennale

    La scène méditerranéenneà l’honneur d’une biennale

    Mettre les arts méditerranéens à l’honneur. Tel est le credo de la Biennale des arts de la scène en Méditerranée, qui s’ouvre dès le 6 novembre dans une pluralité de lieux héraultais : Montpellier, Sète, Juvignac, Villeneuve-lès-Maguelone. Théâtre, danse, musique, lecture, une diversité d’arts est représentée. Tout comme un subtil équilibre géographique : la plupart des pays du bassin méditerranéen seront présents pendant ces trois semaines de manifestations culturelles.

    Un travail de longue haleine opéré par les 14 structures organisatrices de l’événement comme le théâtre des 13 Vents de Montpellier, le théâtre Molière à Sète ou encore la scène conventionnée d’intérêt national juvignacoise L’atelline. « Chaque structure a des missions particulières, des disciplines auxquelles elle s’attache, donc la programmation dans son aspect pluridisciplinaire reflète aussi la diversité des partenaires », souligne Olivier Saccomano, codirecteur du théâtre des 13 Vents.

    Dialoguer entre artistes

    Ainsi, en fonction des disciplines et des pays, des artistes sont sélectionnés et ont carte blanche pour présenter leurs projets. « Le travail artistique nous intéresse et après les artistes sont parfaitement libres -heureusement- de travailler sur le sujet qui leur importe. Parfois, c’est assez proche de l’actualité, parfois c’est beaucoup plus lointain. La Méditerranée n’est pas une thématique de travail. C’est une situation géographique, politique, historique dans laquelle des artistes travaillent », reprend Olivier Saccomano. Et le codirecteur d’insister sur le dialogue offert entre les artistes, qui pourront partager leurs expériences. Le public n’en est pas oublié pour autant puisque plusieurs rencontres avec les artistes sont organisées tout au long de la Biennale.

    Certains axeront ce dialogue sur la question des migrations – tragiquement importante en Méditerranée – notamment la compagnie italienne Kepler-452, venue présenter « A place of safety, voyage en Méditerranée centrale » (13/11 à 19h et 14/11 à 21h au théâtre des 13 Vents). Une pièce documentaire s’inspirant de l’expérience des metteurs en scène Enrico Baraldi et Nicola Borghesi, qui ont suivi des humanitaires à bord du Sea-watch 5 et ont pu recueillir des témoignages de migrants ou de sauveteurs en mer. Dans cette période de troubles internationaux, le Proche-Orient n’est jamais bien loin. C’est le cas dans la pièce « Dans l’ombre du martyr », écrite par le fondateur du théâtre palestinien François Abu Salem juste avant son suicide, qui sera jouée pour la première fois en France (15/11, à 21h au théâtre des 13 Vents). Retraçant le témoignage du frère d’un martyr de la seconde intifada, la pièce « est rejouée par l’acteur orignal, Waseem Khair, en respectant la mise en scène d’origine, les costumes, c’est une espèce d’archive vivante », détaille Olivier Saccomano.

    D’autres font le choix de délaisser l’actualité internationale, comme Nicolas Heredia qui présentera « On fera mieux la prochaine fois » (12/11 à 21h, 13/11 et 14/11 à 19h à la Bulle bleue), pièce dans laquelle les comédiens de la Compagnie de la Bulle bleue réinterprètent des interviews d’acteurs de cinéma. En somme, une programmation éclectique qui reflète la diversité de la culture méditerranéenne.

    * Programme complet à retrouver sur : www.13vents.fr/basm-2025/le-programme25.

  • [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    [Le coin du polar] « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance… »

    L’ex-inspecteur Sadorski, traqué par les autorités et les communistes, mais protégé par un de ses anciens commissaires et la sécurité relative et fragile d’un nom d’emprunt, vit dans la hantise d’être reconnu par d’anciens déportés échappés de l’enfer des camps qui ont été ses victimes. Désargenté, un coup de chance l’introduit dans l’entourage d’un juif polonais exilé aux États-Unis en 1937, revenu en France chargé par des organisations juives de la mission de récupérer, à tout prix, les chefs-d’œuvre spoliés de prestigieuses collections de peinture. L’occasion pour Sadorski, devenu « détective d’art », de se blanchir et de découvrir un milieu qui lui était totalement étranger, rencontrant ainsi Picasso et Paul Éluard, mais surtout de renouer avec ses méthodes effroyables, sa violence et son sadisme. Parallèlement, ses retrouvailles avec un ancien collègue aussi ignoble que lui le font participer à un coup audacieux et lucratif, où ils doublent un gang d’ex-collabos, qui rançonnent et assassinent certains de leurs semblables. Parmi eux, un certain Joseph Damiani, qui deviendra plus tard l’écrivain et réalisateur José Giovanni.

    Une exceptionnelle maîtrise

    Si, une fois encore, le récit est haletant, truffé de péripéties et de retournements de situations, en même temps que dépourvu des anachronismes, y compris de langue, de tant de romans historiques, si Slocombe déploie une érudition historique époustouflante, qui ne phagocyte cependant jamais l’intrigue, si sa documentation, immense, est parfaitement digérée, s’il jette une lumière crue sur les trafics honteux orchestrés par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de l’État pétainiste et la complicité des marchands d’art « aryens », le mérite le plus éclatant de l’auteur c’est d’avoir conçu une fresque d’une complexité historique et narrative d’une telle ampleur. Pas d’ateliers de scénaristes ici, mais un écrivain d’une puissance de travail sidérante, capable d’élaborer un projet digne d’un Zola et, chaque année, d’ajouter une pierre à son édifice.

    « Les Revenants de l’inspecteur Sadorski » Romain Slocombe Robert Laffont 521 pages 21 euros 90

  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Procès encore reporté

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.

  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.

  • Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Il y a de la folie chez Guillaume Chérel et ce Retour à Marseille, où l’on retrouve son héros Jérôme Beauregard, le « Batman du pauvre », perdu de vue à la fin de Last Exit to Marseille, ne nous fera pas changer d’avis. Toujours aussi désargenté, le voilà de nouveau sur la brèche, bouleversé par l’assassinat sordide de la fille d’une de ses ex qu’il se jure de venger en débarrassant la ville de ses exécuteurs juvéniles avec tant de violence qu’« en comparaison Hannibal Lecter, le serial killer du Silence des agneaux passerait pour Benny Hill ». Mais le commanditaire, un chef narco, est désormais intouchable. Pire, influenceur en prison (sic), il a lancé un contrat sur sa tête ! C’est Péra, son copain flic corse qui l’a averti et lui a donné littéralement l’ordre de quitter Marseille illico.

    Nostalgie, nostalgie
    quand tu nous tiens…

    Beauregard, comme le personnage incarné par Henry Fonda dans Mon nom est Personne, en moins doué au revolver, file se faire oublier à Issoire, au fin fond du Puy-de-Dôme. Mais on n’arrête pas une fatwa. Un besoin pressant le fait échapper à une rafale de kalachnikov et, même planqué à la citadelle de Buron, il est victime d’une nouvelle attaque. Paris l’attend. On recrute des agents de sécurité pour les Jeux olympiques. Perdu dans la foule, il n’y risquera rien. Croit-il…

    Le regretté Henri-Frédéric Blanc, évoquant Last Exit to Marseille avait conclu : « Chérel décrit cette ville outrancière comme un entomologiste qui serait tombé amoureux de ses insectes. Du brutal mais rempli d’une vitalité contagieuse. » Un jugement de connaisseur. Chérel est lucide qui taxe son intrigue de « foutraque », mais qu’importe ! Renouant avec les méthodes du roman picaresque, faisant de lui-même le sujet de son livre, il nous offre, outre une peinture haute en couleur de la ville, beaucoup plus profonde que son ton caustique et persifleur ne le laisse paraître cependant, des tranches de vie d’un auteur brouillon et impétueux, bourré de talent, nourri de ses propres expériences de vigile détective privé, de ses amours et de ses goûts d’enfance, sous le signe de Pagnol, de Pif le chien, du couteau de Rahan et l’ombre tutélaire de Jack London. Un récit rocambolesque et tonitruant, d’où la tendresse n’est jamais absente. Un régal.

    Roger Martin

    « Retour à Marseille » Guillaume Chérel Éditions Gaussen 255p. 20€

  • [Lecture] Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    [Lecture] Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Il y a de la folie chez Guillaume Chérel et ce Retour à Marseille, où l’on retrouve son héros Jérôme Beauregard, le « Batman du pauvre », perdu de vue à la fin de Last Exit to Marseille, ne nous fera pas changer d’avis. Toujours aussi désargenté, le voilà de nouveau sur la brèche, bouleversé par l’assassinat sordide de la fille d’une de ses ex qu’il se jure de venger en débarrassant la ville de ses exécuteurs juvéniles avec tant de violence qu’« en comparaison Hannibal Lecter, le serial killer du Silence des agneaux passerait pour Benny Hill ». Mais le commanditaire, un chef narco, est désormais intouchable. Pire, influenceur en prison (sic), il a lancé un contrat sur sa tête ! C’est Péra, son copain flic corse qui l’a averti et lui a donné littéralement l’ordre de quitter Marseille illico.

    Nostalgie, nostalgie
    quand tu nous tiens…

    Beauregard, comme le personnage incarné par Henry Fonda dans Mon nom est Personne, en moins doué au revolver, file se faire oublier à Issoire, au fin fond du Puy-de-Dôme. Mais on n’arrête pas une fatwa. Un besoin pressant le fait échapper à une rafale de kalachnikov et, même planqué à la citadelle de Buron, il est victime d’une nouvelle attaque. Paris l’attend. On recrute des agents de sécurité pour les Jeux olympiques. Perdu dans la foule, il n’y risquera rien. Croit-il…

    Le regretté Henri-Frédéric Blanc, évoquant Last Exit to Marseille avait conclu : « Chérel décrit cette ville outrancière comme un entomologiste qui serait tombé amoureux de ses insectes. Du brutal mais rempli d’une vitalité contagieuse. » Un jugement de connaisseur. Chérel est lucide qui taxe son intrigue de « foutraque », mais qu’importe ! Renouant avec les méthodes du roman picaresque, faisant de lui-même le sujet de son livre, il nous offre, outre une peinture haute en couleur de la ville, beaucoup plus profonde que son ton caustique et persifleur ne le laisse paraître cependant, des tranches de vie d’un auteur brouillon et impétueux, bourré de talent, nourri de ses propres expériences de vigile détective privé, de ses amours et de ses goûts d’enfance, sous le signe de Pagnol, de Pif le chien, du couteau de Rahan et l’ombre tutélaire de Jack London. Un récit rocambolesque et tonitruant, d’où la tendresse n’est jamais absente. Un régal.

    Roger Martin

    « Retour à Marseille » Guillaume Chérel Éditions Gaussen 255p. 20€

  • [Le coin de la bande dessinée] Plongée dans les nouvelles luttes féministes, face aux violences et au déni

    [Le coin de la bande dessinée] Plongée dans les nouvelles luttes féministes, face aux violences et au déni

    On ne peut plus ne pas savoir, ni ne rien faire ! Féminicides, viols, harcèlement sexuel… Malgré des avancées majeures, les violences faites aux femmes persistent. Cette somme signée Géraldine Grenet et Marie-Ange Rousseau permet d’aborder la question des violences sexistes et sexuelles de manière pédagogique par le biais d’une vaste étude socio-historique. L’objectif, atteint, était d’inscrire ces faits longtemps masqués et même excusés dans un contexte social, d’éclairer la perception de ces violences pour en comprendre les mécanismes et les dimensions politiques et juridiques. Mais aussi de montrer l’engagement et les résultats obtenus par les mouvements féministes dont le rôle est toujours indispensable.

    Leur travail des autrices transforme cette BD en un outil de transmission et de réflexion, capable de toucher un large public pour mieux comprendre ces questionnements et de donner de la voix aux femmes souvent réduites au silence.

    À travers des exemples concrets et des rencontres d’acteurs de terrain, cette BD, qui est à la fois un reportage et une encyclopédie, est complétée par de multiples notes pour aller plus loin et s’impose comme un ouvrage essentiel face à un système patriarcal de plus en plus contesté. Instructif, vulgarisant des notions parfois complexes et documenté, ce livre est aussi une arme destinée à un large public dans ce combat.

    Chez le même éditeur, il existe par ailleurs d’autres bandes dessinées qui touchent à des sujets d’actualité tels que « Tant pis pour l’amour », « IVG, A nos corps libre », « Amours » ou « Cher corps ».

    ET AUSSI

    Emma Goldman, femme et anarchiste

    Voici la première biographie dessinée d’Emma Goldman qui au tournant des XIXe et XXe siècle fut qualifiée de « femme la plus dangereuse d’Amérique ». Militante anarchiste originaire de l’empire tsariste, « Emma la rouge » a participé à tous les combats de la classe ouvrière tout en étant une pionnière du féminisme. Léa Gauthier et Hélène Aldeguer mettent à l’honneur cette figure d’une incroyable actualité. Le parti pris narratif, entre les années 1930 où elle vit à Saint-Tropez, et son parcours militant, permet d’aborder tous les aspects de ses luttes.

    Chez Futuropolis, 23 euros

    Une obsession

    Autrice à part, Nine Antico explore le désir féminin, le sien en l’occurrence, en replongeant dans son histoire et ses souvenirs. Rares sont celles et ceux qui arrivent à toucher à l’universel à partir d’eux-mêmes et Nine Antico en fait partie, parlant d’elle en évitant les écueils du voyeurisme ou de l’exhibitionnisme, le tout servi par un graphisme personnel et délicat. Le pitch ? Au lendemain d’une séparation douloureuse, elle embarque pour Venise afin de comprendre les schémas qui ont structuré ses relations sexuelles et amoureuses…

    Chez Dargaud Charivari, 29,95 euros

    Ces lignes qui tracent mon corps

    Vivant en France depuis 2011, Mansoureh Kamari se penche dans cet album magnifique, son premier !, sur son enfance et sa jeunesse en Iran, un pays où le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants et a les pleins pouvoirs sur les femmes de sa famille. Interdictions multiples, peur permanente, impuissance et incapacité à maîtriser son destin… Un témoignage indispensable de quelqu’un qui a fui cette prison pour femme et rappeler que le mouvement « Femme, vie, liberté » se poursuit là-bas malgré une répression féroce.

    Chez Casterman, 24 euros

    Rojava

    Premier volume d’un diptyque signé Aurélien Ducoudray et Sébastien Morice, cette BD suit les pas de Rojava, jeune kurde syrienne engagée dans les bataillons féminins des YPJ pour mener la lutte contre Daesh. Portant le nom de l’entité automne kurde de Syrie qui a mis en place la constitution la plus démocratique et égalitaire du Moyen-Orient, l’héroïne de cette fiction montre la complexité de la guerre, entre solidarité, humour et désespoir… Et rappelle que le conflit est aussi une bataille intérieure pour préserver son humanité.

    Chez Grand Angle, 15,90 euros

    Semmelweis, le médecin des femmes

    Isabelle Bauthian et Eva Rossetti redonnent vie au médecin qui dans la plus grande clinique de Vienne au XIXe siècle s’est véritablement préoccupé de l’état de santé des femmes venant d’accoucher et de l’incroyable mortalité qui les frappait alors, 10% en moyenne, considérée par tous les pontes comme une fatalité. Face à l’entêtement et au conservatisme de ses supérieurs, il va mener seul une lutte pour la diffusion de l’asepsie, un combat qui lui coûtera sa carrière et sa santé mentale. 30 ans après sa mort, ses préconisations seront devenues des évidences !

    Chez Steinkis, 22,50 euros

    La mère vénère

    Cru et drôle ! Camille Besse rappelle dans cette petite BD faites de strips d’une page que la maternité est un sport de combat, surtout quand elle est solo. Car le quotidien d’une mère célibataire est une course semée d’embûches. Sans tomber dans le moralisme, cet album féministe évoque les affres de la parentalité, entre quotidien, transmission des valeurs et liberté laissée à sa progéniture. Une suite de scènes succulentes et vengeresses dans un album à l’humour corrosif d’une autrice qui dessine également beaucoup pour la presse.

    Chez Glénat, 14 euros

  • [Le coin du roman] Les folles aventures d’une femme commise à un étrange sauvetage

    [Le coin du roman] Les folles aventures d’une femme commise à un étrange sauvetage

    Vous n’êtes pas sans savoir, chers lecteurs, qu’un O.L.N.I. est un Objet Littéraire Non Identifié. Si vous l’ignoriez, il vous suffit de lire La Corporation des Fabulistes de Mikaël Hirsch. Écrivain extraterrestre descendu de la planète Mars pour semer la littérature de graines qui perturbent les habitudes des lecteurs, davantage accoutumés à l’expression, plus ou moins fidèle, de la réalité qu’à l’errante imagination, dont on dit qu’elle se repaît (et c’est tant mieux) de bizarreries et d’excentricités. La seule certitude, c’est que vous êtes bien en présence d’un personnage, fictivement réel : Florence Teller, chercheuse en littérature antique, et chargée de protéger de précieux ouvrages menacés d’autodafé par des guerriers que nous qualifierons de belliqueux. Y parviendra-t-elle ? That is the question, comme disait l’autre.

    Mystérieuse liasse

    Pour l’heure, Florence s’occupe comme elle peut, jusqu’au jour où elle trouve d’étranges feuillets reliés par le même cuir. Les uns signés par un lettré malien, un autre par un compagnon de cellule de Marco Polo, et un dernier par Pythéas de Massalia, premier homme à avoir franchi les frontières d’une île mythique, et dont la statue figure sur le palais de notre Bourse phocéenne, à deux pas du Vieux-Port. Ne sautez pas la page 216, et bouchez-vous les oreilles, car un vacarme va déchirer le ciel. Fermez aussi les yeux afin d’éviter les tourbillons de poussière… Pour un roman qui reste, des milliers d’autres vivent un jour, des centaines font quelque bruit à leur apparition, puis disparaissent six mois après, sans qu’un seul lecteur puisse en dire le titre. Celui-ci restera.

    Le Dilettante, 20 euros

    ET AUSSI

    Le Carnet de Ludwig X

    Primo : nous sommes en 1944, sur le front de l’Est. Ludwig X, étudiant brillant, engagé dans la Résistance, disparaît, et sera retrouvé mort sous un uniforme allemand. Secundo : le roman est une narration, vraie ou feinte, où l’auteur cherche à susciter notre intérêt. Tertio : l’histoire racontée dans le nouvel ouvrage de Pierre Fiastre est-elle authentique, car tout est fait pour y voir un document d’archives, ou des plus incertaines ? Quarto : les lecteurs s’en contrefichent, puisqu’ils auront pris du bon temps. Parfaitement exécuté. Succès assuré.

    Melmac, 12 euros

    La délivrance de Tolstoï

    Premier écrivain russe à recevoir le prix Nobel de littérature, Ivan Bounine, mort à Paris en 1953, nous offre, vingt ans après la disparition de Tolstoï, et grâce à la traduction de Marc Slonim, la biographie d’un écrivain qui passa une grande partie de sa vie à comprendre l’incompréhensible, à savoir le sens de la vie. Biographie où se mêle l’autobiographie de Bounine tant l’auteur s’identifie aux obsessions de celui qui voyait du mystique jusque dans l’aboiement d’un chien. Une écriture élégamment discrète qui nous change des romans tapageurs.

    Les Syrtes, 12 euros

    Jacques- Louis David

    Ami des Jacobins et admirateur de Napoléon, d’où les sympathies et les antipathies qu’il excita, celui qui voulut peindre l’Histoire en marche, et que l’on surnomma L’Empereur des Peintres, a trouvé en David Chanteranne son Biographe (la majuscule est mise pour donner sa pleine valeur au spécialiste de la Révolution et du Premier Empire). Lisez la vie de cet homme dont on commémore le bicentenaire de la mort, dont les tableaux prouvent qu’il prit part à tous les événements de son temps, et qu’une congestion cérébrale privera de l’usage de ses mains.

    Passés/Composés, 24 euros

    L’appel des odeurs

    Née à Tokyo, Ryoko Sekiguchi vit à Paris. Depuis 2001, elle est devenue une écrivaine de langue française, même si ses livres continuent de faire honneur à la littérature japonaise, dont on dit qu’elle est une des plus riches du monde. Tout au long de son nouveau livre, nous parvient, comme par enchantement, l’odeur d’une personne, d’un animal, d’une plante, d’un souvenir, d’une citation, d’un tableau, d’une présence, qui est, ou qui s’est enfuie. Laissez-vous tenter par des phrases harmonieuses, mises au service des bouffées de parfums répandues sur les pages.

    Folio, 9 euros