Tag: justice sociale

  • La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    Les colères ne sont pas près de s’éteindre sur le terrain social et les interdictions de manifester et autres couvre-feux n’y font rien. Les jeunes sont décidés à maintenir la pression sur le gouvernement et le chef de l’État, Emmanuel Macron.

    Ce dernier a fini par vaciller : Après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé lundi 26 octobre plusieurs mesures pour tenter d’éteindre le mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, dont le remplacement en 2028 de la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Insuffisant pour l’organisation syndicale Mouvement lycéen : « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas », a-t-elle réagi mardi 27 octobre dans un communiqué. C’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays. » Interviewé mercredi 28 octobre sur la chaîne Youtube du média HugoDécrypte, le chef de l’État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » lors de la rentrée de ce lundi 2 novembre, après plus d’un mois de mobilisation qui s’est élargie à d’autres revendications sociales. Et il a eu, pour la première fois, un mot de « compassion » pour les jeunes manifestants blessés par les forces de l’ordre, alors que le niveau de répression a passé un cap .

    Les organisations de jeunesse seront aux côtés de l’intersyndicale qui organise, jeudi 5 novembre, une journée de grèves et de manifestions dans tout le pays à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa et de la FSU. Cinq organisations représentants l’essentiel des travailleurs du public et du privé. Pour la CGT, « le projet de budget tourne le dos à la jeunesse et à ses revendications légitimes ». Plus largement « les choix du gouvernement vont encore peser sur nos vies et nos droits : se soigner correctement, vivre dignement de son salaire ou de sa pension, compter sur des services publics accessibles sur tout le territoire… ce sont des droits essentiels à garantir, pas des économies à réaliser ». Pour les syndicats, il s’agit de proposer un contre-récit à celui distiller par la macronie, la droite et l’extrême droite notamment sur la dette publique. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais des milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », réplique la CGT. Et de mettre l’accent sur la répartition des richesses. « D’un côté, les aides publiques aux entreprises ont fortement progressé et atteignent plus de 200 milliards d’euros par an. De l’autre, les sommes versées aux actionnaires battent des records, avec plus de 60 milliards d’euros ces 6 premiers mois pour le CAC 40. La question est de savoir à quoi il sert car seul notre travail crée les richesses, elles doivent profiter à toutes et tous pour vivre » argumente la centrale de Montreuil. Pour la CFDT « l’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas, il est temps de remettre la justice sociale au cœur des choix économiques ». Dans l’Hérault et le Gard, plusieurs manifestations sont prévues notamment à Montpellier, Sète, Béziers, Nîmes et Alès.

    Les manifs du 31 octobre et du 5 novembre

    Samedi 31 octobre

    Hérault : Montpellier, sit-in 14h devant la mairie. Béziers, 10h30 manif départ place David-d’Angers, sit-in devant la mairie. Gard : Nîmes, sit-in 14h devant la mairie, manif 14h Jardins de la Fontaine.

    Jeudi 5 novembre

    Gard : Alès 10h devant la sous-préfecture, Nîmes 14h, bas de l’avenue Jean-Jaurès. Hérault : Montpellier, 14h, place Albert-Ier, Béziers, 10h30, Bourse du travail, Lunel, 11h30, place de la République, Sète, 10h30, place de la mairie.

  • [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    Françoise Verna : Vous organisez la Journée mondiale du refus de la misère à Montpellier, Pézenas et Béziers ce samedi 17 octobre. C’est une première cette coorganisation sur ses trois villes de l’Hérault ? En quoi ces liens sont importants ?

    Bernard Morin : Pézenas, cela fait plus de quinze ans qu’ils agissent ensemble en collectif. Béziers c’est la première année qu’ils le font sur les Allées Paul-Riquet et la Colonie Espagnole. Et à Montpellier cela fait 25 ans que cela existe. Pourquoi ce lien cette année entre les trois communes ? Parce qu’il y a vraiment le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix, de la société. On s’est dit qu’il serait judicieux de faire savoir à Béziers, à Pézenas et à Montpellier, aux trois coins de l’Hérault, que nous sommes reliés.

    Olivier Nottale : Justement nous sommes en ligne avec Serge Pesce depuis Béziers membre du pacte civique et du Pacte du Pouvoir de vivre biterrois. Comment construisez-vous cette journée ?

    Serge Pesce : C’est un collectif qui s’est constitué à Béziers dans le cadre du Pacte pour le pouvoir de vivre, une initiative lancée par de nombreuses associations et ONG au niveau national. Il y en a une quarantaine qui agissent dans le secteur social, citoyen, caritatif le plus divers. Sur Béziers, ce groupe a associé différentes structures : ATD-Quart Monde, la Ligue des Droits de l’Homme, la CFDT, le Pacte civique et un acteur très local, la Colonie espagnole qui est implantée en plein de Béziers dans un quartier touché par la problématique de la pauvreté.

    Françoise Verna : Où peut-on vous retrouver ?

    Serge Pesce : Nous serons présents sur les Allées Paul-Riquet de 14h à 17h pour échanger avec les Biterrois et rappeler la situation de la pauvreté sur la ville. La pièce de théâtre So so Sobriété sera jouée le soir à 18h à la Colonie espagnole.

    Olivier Nottale : Le thème, cette année, de la Journée mondiale du refus de la misère est, je cite : « Défendons la paix, pour un monde habitable : justice sociale et environnementale ». C’est fondamental de lier justice sociale et environnementale ?

    Serge Pesce : Malheureusement, la situation de misère, de pauvreté, elle s’additionne, se cumule. Le premier degré de la misère, c’est la misère financière, bien sûr. Mais, ces personnes sont aussi les premières à être victimes d’une misère culturelle, d’une misère sociale, dans la qualité de la vie, le logement. Ce sont les personnes qui sont le plus nombreuses dans les passoires thermiques où l’on crève de chaud l’été et de froid l’hiver. Elles ont moins accès aux soins, aux médecins. Les personnes fragiles vivent cela dans tous les domaines de la vie.

    Olivier Nottale : L’objectif est d’être force de proposition ?

    Bernard Morin : Il faut savoir de quoi on parle en premier. Sur Montpellier, cela fait six ans que nous existons. On a commencé par bredouiller mais depuis maintenant deux ans on travaille, on agit sur le logement en lien avec la mairie, dans des commissions. Nous allons travailler avec tout le réseau de l’éducation populaire sur Montpellier en lien et avec le soutien technique de la Ville.

    Françoise Verna : Vous avez fait un travail de fond sur la pauvreté à Béziers, une des villes, si ce n’est la ville, la plus pauvre de France. Quelles en sont les grandes lignes ?

    Serge Pesce : Le seuil de pauvreté, c’est 50% du revenu median qui lui est d’environ 1 500 euros par mois. En France, 14% de la population est à ce niveau [750 euros/mois], soit 9 millions de personnes. Et bien à Béziers, nous sommes à 36%. Si l’on regarde de plus près, cela concerne une population de moins de 30 ans où il est de 48%. La situation de famille monoparentale conduit à la pauvreté presque inéluctablement. C’est une situation qui a beaucoup évolué en France : Il y avait 10% de familles monoparentales en 1968, nous avons dépassé 26% en France au début des années 2020. Et cette fois encore, spécificité à Béziers, il y a 40% de familles monoparentales.

    Olivier Nottale : Bernadette Chamouton vous êtes membre du collectif du pouvoir de vivre de Pézenas. Samedi, la Journée du refus de la misère se déroule au lycée agricole. Il y aura notamment un stand de Territoire Zéro Chômeurs. Pourquoi ce projet est en difficulté ?

    Bernadette Chamouton : Nous sommes en galère après pourtant six ans de travail sur ce projet. Tout était prêt mais le gouvernement a demandé au fonds d’investissement de bloquer l’argent et de stopper le projet qui devait démarrer début septembre. Nous avons fait signer une pétition sur le marché de Pézenas. Une lettre a été envoyée au ministre du travail et même au président, monsieur Macron. Le projet est prévu, budgété. C’est une volonté de ne pas le réaliser. Des salariés attendent un travail depuis des années.

    Nous sommes dans l’incertitude sur ce projet important mais on ne baisse pas les bras car la création du collectif a créé une ambiance citoyenne à Pézenas.

    Consultez le programme complet et écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • À Martigues, la justice sociale comme boussole contre la violence

    À Martigues, la justice sociale comme boussole contre la violence

    « Ne laissons personne étouffer nos revendications : refusons la violence, rejetons l’austérité et faisons entendre la voix de la justice sociale », clame le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, au milieu du hall de l’Hôtel de Ville, lundi midi.

    L’édile condamne « sans détour les dégradations, les pillages et les violences ». Mais il insiste : « Condamner la casse n’a jamais constitué une politique, se cantonner à la sidération sans regarder d’où vient la colère est une hypocrisie. Cela fait dix ans […] que les salaires et les retraites sont bloqués alors que les factures et les prix s’envolent. Se loger est un luxe, l’hôpital craque, l’école est sans moyens, tous sacrifiés au nom de l’austérité aveugle ». « Les gouvernements n’ont répondu que par le mépris, la surdité et le passage en force face à la détresse sociale […]. Il est donc illusoire de feindre l’étonnement face à cette rancœur qui explose », poursuit-il.

    Le piège fasciste

    Pour le maire, « le risque est de voir ce désespoir récupéré par l’extrême droite, avec son lot de divisions haineuses et de reculs sociaux ». Un « piège évident » face à « l’impasse de la colère destructrice sans lendemain » et « l’instrumentalisation du désordre par le pouvoir ». « On ne combat pas l’injustice par l’émeute ou le repli sur soi, mais par le collectif, la grève et le vote », développe l’édile, tout comme « la République ne se protège pas avec des postures et de la communication. Elle se défend et se construit en s’attaquant à la racine des inégalités et en redonnant un sens concret à l’Égalité et à la Fraternité ».

  • À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    Lundi 19 octobre, midi pile. Sur le parvis de l’Hôtel de ville de Nîmes, le ciel se vide sur une forêt de parapluies. Le Gard est en vigilance orange inondations et c’est sous les trombes que le maire Vincent Bouget (PCF) prend le micro, entouré de ses élus et du sénateur Denis Bouad (PS). Une cinquantaine de Nîmois ont fait le déplacement : pas la foule des grands jours, mais une assistance attentive.

    Deux jours plus tôt, pourtant, tout avait commencé comme une fête. Samedi 17 octobre, à 14h, le cortège s’élançait des Jardins de la Fontaine : 5 000 personnes selon les organisateurs, 1 500 selon la préfecture. Lycéens au terme d’un mois de mobilisation, enseignants, gilets jaunes, salariés, retraités. Des chants, de la musique, et une colère commune : la vie chère, des salaires à l’arrêt, un avenir qui se ferme. « Je bosse depuis vingt ans, je me lève à 4 heures du matin et à la fin du mois, il me reste quoi ? Rien. On nous dit de travailler pour vivre, mais aujourd’hui, on travaille juste pour payer les factures », confie une salariée dans la grande distribution, venue assister au discours.

    Puis tout a basculé. Après la dispersion devant la préfecture, un groupe a poursuivi sur un itinéraire non déclaré. Les pancartes ont disparu, de jeunes hommes souvent cagoulés ont pris le relais. Le FootKorner de l’avenue Général-Perrier, le Carrefour Express de la place Montcalm, le Lidl des 7 Collines : vitrines brisées, pillages. Des poubelles ont brûlé, des projectiles ont visé les forces de l’ordre. Policiers et gendarmes ont répondu par des tirs de grenades lacrymogènes et de dispersion, notamment aux abords du Kilomètre-Delta. Bilan : deux policiers légèrement blessés, sept gardes à vue selon la préfecture. « Je suis venu pour manifester, pas pour casser. Mais ça me rend folle qu’on ne retienne que les violences. On était des milliers à marcher tranquillement pour vivre dignement, et tout ça passe au second plan. On leur mâche le travail pour ignorer nos revendications », livre une aide soignante qui manifestait ce samedi 17 octobre, exaspérée et en quête de réponses devant l’Hôtel de Ville, lundi.

    C’est à ce basculement que Vincent Bouget a répondu, une dizaine de minutes durant. D’abord par la condamnation, « sans ambiguïté » : « Quand une mairie est incendiée, c’est bien plus qu’un bâtiment qui est attaqué », a-t-il lancé, en pensant à Limoges. Aux commerçants : « Derrière chaque vitrine abîmée, il y a des femmes et des hommes, du travail, des investissements. On ne répare pas des injustices par d’autres injustices. » Puis il a refusé l’amalgame : « Ne confondons pas les casseurs avec celles et ceux qui manifestent pacifiquement. Ne confondons pas les dégradations avec les revendications. »

    « Une crise bien plus profonde »

    Le maire communiste a surtout plaidé pour que le fracas de samedi ne couvre pas le reste. « Mais écouter ne suffit plus : les revendications légitimes de celles et ceux qui souffrent doivent trouver des réponses concrètes », a-t-il martelé, réclamant « des décisions sur le pouvoir d’achat, les salaires, les services publics ». Et de résumer : « Si la violence ne peut jamais être une réponse à l’injustice, l’injustice, elle non plus, ne peut rester sans réponse politique. » Un ton qui détonne avec l’Élysée, où Emmanuel Macron a dénoncé dimanche 18 octobre au soir des « factieux issus de groupuscules d’ultragauche ».

    La question dépasse la vitrine brisée. La violence d’une nuit de révolte choque le monde parce qu’elle brise le décor, mais elle n’est que l’écho de la violence invisible qui s’exerçait chaque jour en silence : celle des fins de mois qui commencent le 15, du plein d’essence qu’on repousse d’un jour, des salariés debout à 4 heures du matin pour 1 300 € et sans un merci, des étudiants qui voient fondre leurs aides, des rendez-vous médicaux qu’on n’obtient plus, des lycéens à qui l’on demande d’attendre un avenir qui se dérobe, des services publics qui reculent chaque jour un peu plus. Pour le maire de Nîmes, le pays traverse « une crise profonde, à la fois sociale, politique et démocratique », qui appelle « une véritable refondation démocratique ». Sous les parapluies, il avait choisi sa formule : « Refuser les violences sans condamner le mouvement social. Défendre la République sans renoncer à la justice. »

    Ce rassemblement répondait à l’appel national de l’Association des maires de France (AMF), relayé dans le Gard par les associations d’élus. D’Alès en passant par Villeneuve-lès-Avignon, plusieurs communes ont répondu présentes. D’autres ont fixé leur rendez-vous plus tard dans la journée, comme Manduel, Rochefort-du-Gard, Gaujac ou Montfaucon. Même mobilisation dans l’Hérault, à Sète notamment, tandis que Béziers, Frontignan, Mèze et Montaud ont opté pour des horaires décalés. Lodève a déplacé son rendez-vous au mercredi 21 octobre. À Montpellier, aucun rassemblement municipal n’a été annoncé, la Ville privilégiant le soutien aux commerçants sinistrés. Les intempéries ont toutefois contrarié certains rendez-vous : à Sommières, le rassemblement a été annulé, tandis qu’Anduze a renoncé à l’organiser face au risque d’inondation. Une pluie qui finira par cesser. Pas forcément la colère.

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  • [Rue de la République] Pascaline Lécorché : « Un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant »

    [Rue de la République] Pascaline Lécorché : « Un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie du territoire.

    Raphaël Glucksmann

    Didier Gesualdi : Pourquoi selon vous Raphaël Glucksmann serait le mieux placé pour tenter de relever la gauche ?

    Je crois que Raphaël Glucksmann a déjà pu montrer son expérience, la force de rassemblement qu’il pouvait avoir autour de sa vision politique, d’un cap clair. Les élections européennes ont vu émerger un nouvel horizon politique pour la gauche démocratique, sociale, républicaine, européenne en 2024. Cela montre que cette force de rassemblement a su trouver un premier écho dans la population française.

    Léo Purguette : Donc pour vous le stage est réussi ?

    Il est complètement réussi, je dirais même qu’il est terminé.

    Léo Purguette : Au-delà de la vacherie de Ségolène Royal, il lui est reproché de ne pas avoir beaucoup d’expérience. Il n’a jamais été en gestion d’une collectivité, ministre… En quoi l’estimez-vous crédible ?

    Évidemment. En quoi être député européen ne donnerait pas cette légitimité ? Cela fait maintenant deux mandats qu’il est élu au Parlement européen avec un certain nombre de victoires obtenues sur les ingérences étrangères, la taxation aux frontières, un ensemble de politiques publiques qui parlent du quotidien des Français.

    Didier Gesualdi : Il a été félicité par François Hollande qui risque de le remplacer si ça ne décolle pas dans les sondages. Vous y croyez ?

    Pas du tout. Peut-être peut-il se le dire mais aujourd’hui cette victoire à la primaire sociale-démocrate montre un socle. Tout le monde prédisait l’échec de la primaire mais ce sont 130 000 personnes qui se sont rendues aux urnes électroniques et ont donné la victoire dès le premier tour à Raphaël Glucksmann à 66%. C’est un score qui veut dire beaucoup, qui assoit sa légitimité. François Hollande peut espérer autre chose mais maintenant, toute la famille sociale-démocrate est derrière Raphaël Glucksmann. Notre ambition est désormais de rassembler plus largement que cette famille.

    Didier Gesualdi : On prédit pourtant un duel RN-LFI…

    Je ne crois pas. On est très loin de cette élection. Le sondage publié après la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire montre bien la dynamique qui est derrière lui et le projet qu’il propose. L’Everest nous attend. Je crois qu’il n’y a pas de chemin de victoire pour Jean-Luc Mélenchon, qu’un second tour face à Marine Le Pen serait perdant. En revanche je crois fermement qu’un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant.

    Les rapports avec le PS et La FI

    Léo Purguette : Vous citez le score très important recueilli par Raphaël Glucksmann. Il est presque humiliant pour les socialistes qui concouraient. Les conditions sont-elles réunies pour vous rassembler localement avec par exemple Yannick Ohanessian qui était porte-parole d’Olivier Faure ?

    Il a été sans ambiguïté dans la presse pour dire que cette primaire avait donné de la force à Raphaël Glucksmann et que chacune et chacun s’est engagé en signant une charte, à soutenir le gagnant. Aujourd’hui, je vois les faits, celles et ceux qui sont autour de nous. Je vois le député Laurent Lhardit qui a apporté son soutien, Yoan Levy, à la mairie de Marseille, Loïc Gachon, le maire de Vitrolles…

    Didier Gesualdi : Raphaël Glucksmann prône la rupture avec la France insoumise. C’est le principal argument qui fait qu’il est sorti vainqueur de cette primaire ?

    Non je ne crois pas. Évidemment ça ne suffit pas. Il y a la rupture avec la France insoumise, il y a aussi la rupture avec le macronisme. Cela fait maintenant deux ans que nous travaillons à un projet avec des experts et des expertes. Ce projet c’est une ambition pour la France, pour la réveiller. Une ambition qui repose sur le renforcement des services publics, sur la volonté de prendre enfin en compte la transformation écologique. J’ai lu un post d’Emmanuel Macron disant que c’était le « combat du siècle » mais pourquoi ne l’a-t-il pas mené pendant ses deux mandats où rien ne s’est passé ? Il est vraiment temps de changer de méthode, d’en finir avec cette verticalité du pouvoir.

    L’orientation politique

    Léo Purguette : On voit bien quelle est la différence avec Jean-Luc Mélenchon. Pouvez-vous nous préciser la différence avec Emmanuel Macron puisque vous parlez de rompre avec son bilan ?

    Là où lui a détricoté les services publics, démantelé notamment l’Éducation avec toute une série de suppressions de postes d’enseignants, nous nous prévoyons non seulement la revalorisation mais aussi de permettre, grâce à la baisse démographique, de diminuer le nombre d’enfants par classe. On a aussi ces cadeaux qui ont été faits aux riches durant les deux mandats d’Emmanuel Macron, nous, on dit qu’il faut plus de justice fiscale pour plus de justice sociale. Par exemple en disant comment on va pouvoir taxer notamment les héritages et augmenter les salaires des travailleurs.

    Léo Purguette : Dans une présidentielle, il s’agit de faire plus de 50%. C’est possible sans rassembler la gauche ? Est-ce que ça veut dire tendre la main à quelqu’un comme Gabriel Attal ?

    Pas du tout. Vous savez à qui nous avons tendu la main dès le soir de la victoire à la primaire : à nos amis écologistes, à toutes celles et tous ceux de la grande famille de la gauche républicaine, sociale, démocrate, européenne. C’est évidemment eux nos partenaires légitimes.

    Marseille et La Métropole

    Léo Purguette : Vous êtes vice-présidente de la Métropole Aix Marseille Provence. C’est une institution en souffrance. A-t-elle un avenir ?

    J’en suis convaincue. Aujourd’hui l’histoire se fait dans la solidarité des territoires. Que ce soit l’histoire européenne ou métropolitaine. Les Villes vont pouvoir coopérer sur la question de la mobilité qui est le premier sujet de ce territoire. C’est une question qui ne peut être prise qu’à l’échelle métropolitaine.

    Léo Purguette : Sur les transports, attaque contre la gratuité, augmentation des tarifs, ce n’est pas vraiment une politique de gauche qui y est menée.

    Quand on fait une tarification juste et sociale, oui je trouve que c’est une politique de gauche. Nous avons besoin de cette mobilité pour développer le territoire d’un point de vue économique, pour que les jeunesses puissent avoir une formation, trouver un travail. Développer les transports, c’est ce à quoi s’attelle Mme Samia Ghali avec le vice-président en charge des transports, Frédéric Vigouroux. Cette tarification permet que les familles les plus modestes puissent se déplacer dans les meilleures conditions et que l’on puisse continuer à investir pour désenclaver les pôles économiques et d’enseignement supérieur.

    Didier Gesualdi : La gouvernance partagée pourra-t-elle tenir ?

    Je crois. Un État qui pratique des coupes budgétaires injustes, ça génère aussi de la solidarité territoriale. Elle s’est manifestée cette semaine avec le vote du budget métropolitain qui a en effet été difficile parce qu’il ne revenait pas à une commune plutôt qu’une autre de supporter ces coupes budgétaires. Nous avons trouvé une voie de sortie collective. C’était celle que souhaitait le maire de Marseille. Nous sommes donc très satisfaits.

    Léo Purguette : Tout cela nous renvoie au budget de l’État. Faut-il censurer le gouvernement ?

    Cette semaine, il y a un vote de rejet de ce budget. Je crois qu’il fallait voter ce rejet. Le décalage est immense entre ce que dit le RN à l’Assemblée et son projet.

    Léo Purguette : Avez-vous parlé avec Benoît Payan des prochaines échéances ? Il a récemment déclaré à La Marseillaise que la primaire ne l’intéressait pas.

    Je crois que le maire de Marseille s’occupe de la Ville de Marseille, il s’occupe des politiques publiques que mène notre large majorité qui s’appelle le Printemps marseillais et qui est composite. Je comprends la préoccupation qui est la sienne de préserver cette majorité et s’occuper en priorité du sort de la Ville dans une période budgétaire difficile.

    L’éducation

    Léo Purguette : Contrairement aux lycéens, les écoliers ne sont pas en mesure de manifester. Où en sommes-nous du plan écoles ?

    J’étais dans une école il y a quelques jours et c’est la période d’élection des délégués de classe. Il y avait toute une série d’affiches où certains candidats portaient l’ambition d’écouter leurs camarades notamment pour lutter contre le harcèlement, d’autres faisaient des rimes, étaient un peu poètes. Donc je crois que sans manifester, dès le plus jeune âge on se saisit de ces questions. La démocratie s’apprend très tôt. Sur le plan écoles dont ma collègue Mme Nasséra Benmarnia a la charge, il y a 81 écoles qui vont sortir durant ce mandat. Toutes les deux, sur toutes les questions qui concernent les écoles, elle sur le bâti, moi sur la communauté éducative, nous nous mobilisons pour faire en sorte que chaque enfant puisse s’émanciper et devenir un citoyen de demain.

    le RN

    Léo Purguette : Avez-vous été surprise par l’éviction du collaborateur de Franck Allisio pour des écrits jugés racistes, antisémites ou misogynes mis en lumière par une enquête de Libération ?

    Surprise ? Pas du tout.

    Le vernis du Rassemblement national a encore craqué. Mais pas seulement sur des posts Facebook. On l’entend dans l’hémicycle, où le RN montent les uns contre les autres, parle de la solidarité comme si elle supposait un acte de naissance, parle de « submerssion migratoire », des mots qu’on ne voudraient plus entendre. Vous savez, ça ne me surprend pas. J’étais candidate aux législatives contre Monique Grisetti qui a supprimé de Facebook tous les propos racistes qu’elle pouvait avoir tenus. Franck Allisio non plus ne doit pas être surpris. C’était son collaborateur principal qui travaillait avec depuis des années. Je suis élue des 11-12 où le RN est en gestion et va jusqu’à prendre le micro à l’un de mes collègues pendant qu’il parlait.

    La République c’est quoi ?

    Pascaline Lécorché : « La République c’est laïc, c’est social, c’est une et invisible, c’est l’école. L’école de la République est le berceau de notre société, elle doit permettre à chaque enfant, quelle que soit la famille dans laquelle il grandit, quel que soit son code postal, d’avoir les mêmes possibilités de construire son avenir. »

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Gérard :

    Je trouve que c’est très bien d’entourer les lycéens pour leurs manifs mais ce sont des travailleurs en formation, il faut leur proposer quelque chose pour être acteurs de leur vie

    Pour moi, l’éducation ce n’est pas encore un travail. On vient plutôt recevoir une formation, un savoir. Je crois qu’ils sont déjà acteurs de leur vie quand ils vont dans la rue et qu’il faut leur faire confiance, écouter ce dont ils ont envie. La crispation qu’il y a dans la rue, la tension avec cette répression policière qui est très politique, il faut dire les termes, c’est une forme de mépris, un manque de confiance. Il leur a fallu 10 jours pour être reçus par le ministre.

    Je trouve que ce mouvement lycéen est très dur et aussi très beau dans la manière dont les lycéennes et les lycéens s’emparent de leur avenir. Ça dit beaucoup de la manière dont nous nous préoccupons du sort des jeunes. Je les soutiens pleinement. J’étais avec eux mardi, nous les avons accueillis avec le maire de Marseille Benoît Payan et les autres élus en charge des politiques publiques de la jeunesse. En tant qu’adjointe à l’Éducation, je soutiens leurs revendications : plus de moyens humains qui sont à la charge de l’État mais aussi des conditions d’accueil dignes. La Région Sud finance à peu près deux fois moins par an et par lycéen que la Région Bourgogne-Franche-Comté. On est avant-dernier. Nous croyons à cette jeunesse, il lui faut des moyens.

  • Un collectif lance une pétition pour un train direct entre Rognac et Aix

    Un collectif lance une pétition pour un train direct entre Rognac et Aix

    Nombreux sont les voyageurs à descendre du train en gare de Rognac, jeudi soir. Parmi eux, des travailleurs de retour de Marseille, qui pourraient être bien plus nombreux à emprunter cet équipement public. C’est en tout cas le message porté par les syndicalistes de la CGT et les militants de plusieurs organisations politiques, venus présenter aux usagers du rail une pétition lancée le jour même.

    « Un train direct pour aller à Aix » : le mot d’ordre est simple. La secrétaire de la section de Miramas du PCF, Natacha Malet, rappelle que cette campagne à pour origine la jeunesse de Miramas : « Pour étudier à Aix, notre jeunesse fait face à un mur. Le logement y est inabordable et le Crous ne peut pas répondre à tous les besoins. Il n’y avait pas de bus, sauf à faire un changement à Salon-de-Provence ou Marseille pour 1h15 à 2h de trajet. »

    Lors d’un premier débat public sur la question, fin juin (notre édition du 24/06), l’ouverture d’une ligne de bus directe entre Miramas et Aix-en-Provence avait été présentée comme une « première victoire ». Cette pétition s’inscrit donc dans « le prolongement », selon Natacha Malet. Car « un bus au départ de Miramas ne répond pas aux besoins de tout le terrain », estime la militante communiste, qui dit vouloir faire émerger une « volonté politique de relier les territoires », notamment l’ouest du département sans passer par Marseille ou Salon, « quand on sait que 25 km de ligne ferroviaires sont fermées aux voyageurs entre Rognac et Aix ».

    À la croisée des enjeux

    Le « droit fondamental à la mobilité », cette « question de classe » évoquée par Natacha Malet comme outil de « justice sociale », rejoint d’autres enjeux. Au-delà de la meilleure connexion de l’ouest du département, la réouverture permettrait aussi de favoriser le report modal, qui « suppose une offre ferroviaire financée par le versement mobilité, la taxe poids lourds ou bureaux », avance la militante.

    Pascal Surcouf, cheminot CGT de Rognac, indique que « la ligne a été remise à neuf avec plusieurs dizaines de millions d’euros investis pour faire circuler les trains de marchandises, notamment pour la centrale de Gardanne ». Un projet où « techniquement, tout est là », donc, « rien n’empêche la circulation, sinon le politique », affirme Pascal Surcouf.

    Les défenseurs du projet invoquent également l’argument environnemental. Jean-François Gast, du Mouvement national de lutte pour l’environnement, souligne que « le transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises est un moyen concret de réduire ses émissions, à l’heure du dérèglement climatique et de l’augmentation hors-norme des gaz à effets de serre ». « Il faut inverser les investissements » de la route vers le rail, selon le militant écologiste, rejoint par Karina Chiri (LFI Miramas) et Caroline Ville (Les Écologistes Berre) sur ce point. Cette dernière souligne aussi l’intérêt d’un développement du fret pour desservir les activités logistiques à Saint-Martin-de-Crau, à Clésud (Miramas) et du Port de Fos. « Développer le rail, c’est protéger le climat et la santé des citoyens », résume Natacha Malet, rappelant que le transport représente 31% des rejets de CO2 au niveau national.

    Cette initiative n’en est « qu’à son démarrage », assure l’organisatrice. La reprise annoncée du trafic de fret en janvier constitue désormais un marqueur dans cette mobilisation.

  • Vers une tarification sociale et un ticket à deux euros pour la RTM

    Vers une tarification sociale et un ticket à deux euros pour la RTM

    Trois semaines après l’annonce, par le président (LR) de la Métropole Aix-Marseille, Nicolas Isnard, de l’abandon des différents dispositifs de gratuité des transports, la présidente (DVG) de la RTM Samia Ghali doit dévoiler ce mardi les nouvelles grilles tarifaires de la régie. Des tarifs qui ont déjà été présentés lors de la conférence métropolitaine des maires qui s’est tenue le 8 octobre, et qui seront soumis au vote de l’hémicycle ce jeudi. Pour entrer en application dès le 1er novembre.

    « Nous allons repenser les tarifs de nos transports, qui n’ont pas bougé depuis 2017, annonçait ainsi depuis son fief salonais Nicolas Isnard, à la veille du salon des maires des Bouches-du-Rhône . Nous allons passer à une tarification sociale, au détriment de la gratuité, ce qui laissera la place à un système plus juste. » De quoi tourner la page de ces gratuités étendues par sa prédécesseure, Martine Vassal (DVD), aux moins de 11 ans et au plus de 65 ans imposables, le 1er septembre 2025. Le président de la Métropole reconnaissait une position de principe : « Il est inacceptable que des populations ne participent pas à un service public qui est rendu. Vous avez des retraités aisés qui ne paient pas alors que des salariés au Smic paient plein pot ! » En reconnaissant que les difficultés budgétaires métropolitaines avaient accéléré l’application d’une nouvelle grille tarifaire. « Si nous n’avions pas été pris à la gorge, nous aurions décalé dans le temps cette mise en œuvre », expliquait alors l’édile salonais.

    « Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y aura un bouclier mobilité pour les jeunes en précarité », expliquait Samia Ghali à la sortie de la conférence des maires jeudi 8 octobre. Un « bouclier » que le président de la Métropole a présenté le même jour au Forum des entrepreneurs. Ainsi les collégiens, lycéens, étudiants et apprentis pourront bénéficier d’un pass annuel à 20 euros, « au prix de fabrication du badge », pour tous les transports en commun sur l’ensemble du territoire métropolitain, avec une tarification sociale pour les boursiers non imposables et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. La gratuité doit également être maintenue, pour les enfants âgés de moins de 11 ans.

    Au-delà de cette annonce, d’autres pistes sont évoquées en coulisses. Les personnes âgées de plus de 65 ans non imposables, qui bénéficiaient déjà de la gratuité avant le 1er septembre 2025, pourraient bénéficier du même tarif à 20 euros, tandis que les autres auraient une réduction de moitié sur leur abonnement. Les personnes percevant l’allocation adulte handicapé (AAH) auraient droit à la gratuité, tandis que les familles bénéficieraient d’un quotient familial.

    « Une régression sociale »

    Mais revers de la médaille, une augmentation de 14% sur l’abonnement est évoquée pour les salariés. Et le ticket à l’unité doit augmenter de vingt centimes, pour passer à 2 euros. Si elles sont confirmées ce mardi, ces pistes apporteraient à la RTM environ 20 millions de recettes supplémentaires sur une année pleine.

    Avant même les annonces, l’union syndicale des retraités CGT dénonçait l’abandon de la gratuité pour les seniors, « une régression sociale et environnementale inacceptable » alors que la mesure « a fait la preuve de son efficacité ». Les retraités CGT rejettent ainsi la tarification sociale, « car elle est discriminatoire et stigmatise les retraités les plus démunis qui devront sans cesse se justifier ». Et prévoient de se rassembler jeudi devant l’hémicycle métropolitain.

  • Deux jours de congrès à Port-de-Bouc pour changer le monde

    Deux jours de congrès à Port-de-Bouc pour changer le monde

    On veut changer le monde, et ça urge », résume Pierre Villard en introduction de la conférence de presse du Mouvement de la paix, vendredi midi, présentant les enjeux du congrès national de l’organisation qui se tient à Port-de-Bouc, vendredi et ce week-end. « L’Homme a la capacité de disparaître plus rapidement que les dinosaures et on propose de ne pas essayer », reprend le coordinateur régional du mouvement. « La paix est un moteur des transformations sociales du monde et c’est en construisant la culture de paix qu’on répondra aux conflits mondiaux », affirme Pierre Villard.

    En plein mouvement lycéen, cet aspect moteur se révèle. « Cela interpelle sur la capacité des lycéens à pouvoir s’exprimer pacifiquement. » La professeure de droit Raphaëlle Maison, invitée du Forum, relève qu’« il y a une forte conscience politique dans ce mouvement », citant des pancartes vues comme « financez nos facs, pas des génocides ».

    Une illustration concrète de cette culture de paix que Pierre Villard appelle « boussole de la convergence des aspirations ». Celles des femmes, enfants, racisés, Lesbienne-Gay-Bi-Trans (LGBT), handicapés… « Toutes les minorités sociales ont intérêt et droit à la paix. Les oppressions auxquelles ils font face servent le même objectif de faire régner l’ordre par la force et non la loi. Nous, on voudrait l’inverse : au lieu de la loi de la force, la force de la loi. »

    Question démocratique

    La culture de paix revêt un caractère particulier en Paca, région clé du complexe militaro-industriel de la France. « Nous avons décidé, localement, de nous inscrire dans le congrès et dans la campagne pour le désarmement nucléaire », indique Michel Dolot, porte-parole du Mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône. L’organisation d’une grande manifestation régionale devant la base aérienne 125 d’Istres est envisagée le 20 mars 2027 « pour témoigner du refus des armes nucléaires », d’après le responsable.

    Michel Dolot pointe aussi « une question démocratique », celle « du poids de ce qu’on met dans la défense au détriment de la sécurité humaine », considérant que « quand vous êtes militaire, vous n’avez pas de souci de logement ou de santé, tandis qu’à Aubagne, on n’a pas les moyens de rénover l’hôpital ».

    Alors que la France vient de faire une nouvelle démonstration de son missile nucléaire M51, le Mouvement de la paix dénonce un « acte politique qui va à contre-pied total de l’évolution du monde, selon Pierre Villard. Dans un des pires moments de la guerre froide, l’URSS et les USA ont réussi à dépasser la défiance a priori des autres. » D’où l’idée que « si l’ONU n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Comme la paix.

  • À Toulon, une nouvelle organisation pour les conseils de secteur

    À Toulon, une nouvelle organisation pour les conseils de secteur

    C’est un élément peu connu des habitants, et pourtant obligatoire dans toutes les communes de plus de 80 000 habitants depuis 2002. Instance consultatives et participatives, ni organes exécutifs, ni réunions d’information, les conseils de secteur ont été conçus à Porto Alegre, au Brésil, dès 1989, pour favoriser la justice sociale. Exportés au début des années 2000 en Europe et en France, ils ont vocation à créer du dialogue entre élus et citoyens. Ils offrent à ces derniers la possibilité de s’impliquer dans leur vie de quartier, en proposant et débattant des projets. « De la même façon que nous demandons aux enfants de rêver leur cour de récréation, nous invitons les Toulonnais à imaginer leur quartier », illustre la maire de Toulon Josée Massi.

    Cette dernière a désiré repenser intégralement la constitution de cet outil. Dès avril, elle a chargé son adjointe à la démocratie de proximité, Corinne Jouve, de tabler là-dessus. Premier changement : un redécoupage des secteurs, passés de dix à cinq (nord-ouest, nord-est, ouest, centre et sud), avec des quartiers « regroupés par cohérence de projets mais aussi par rapport aux besoins spécifiques des habitants », détaille la maire de Toulon.

    Un budget de « plusieurs millions d’euros »

    Un appel citoyen a ensuite été lancé. 807 habitants, associations et commerçants y ont répondu. Les conseils ont ensuite été déterminés par tirage au sort, chacun d’eux étant dirigé par un adjoint de secteur, avec, en leur sein, un élu (y compris d’opposition), un habitant, un membre d’un comité d’intérêt local (CIL) et un représentant associatif ou commerçant.

    Ils démarreront leur mission dès janvier, et ce jusqu’à la fin du mandat municipal en cours, et se réuniront a minima deux fois par an, en janvier et en juin. Leur fonctionnement sera régi par une charte. « Chaque membre s’engage à œuvrer pour et dans l’intérêt général de la ville, du quartier et de ses habitants. Il doit faire preuve de civisme, d’exemplarité et d’assiduité », explique Corinne Jouve. Les conseils de secteur disposeront d’un budget global de « plusieurs millions d’euros » sur la durée du mandat, afin « de réaliser des projets proposés et débattus au cours des séances de travail annuelles après études de faisabilité technique, juridique et financière », ajoute l’adjointe à la démocratie de proximité.

  • Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Sur le camion garé devant la préfecture de région à Marseille, ce sont les clowns Tak tak et Tik Tik qui mettent l’ambiance. «Un plan d’urgence climatique, écoutez les scientifiques», reprend après eux la foule rassemblée. Ce samedi matin à Marseille, ils étaient environ 2 000 selon les organisateurs (500 selon la préfecture de police) à marcher jusqu’à la porte d’Aix, pour «le climat, le vivant, la paix et la justice sociale», à l’appel d’une large coalition de plus de 1 200 organisations, dont Alternatiba et Greenpeace, Attac, la Confédération paysanne, la FSU, la CGT…

    «La séquence de cet été illustre les enjeux pour la Provence : des suites de vagues de chaleurs, de canicules, de feux de forêts, qui seront bientôt suivis par des épisodes méditerranéens», témoignait avant la manifestation Joël Guiot, le coprésident du groupe régional d’experts sur le climat en région Sud (Grec Sud). «Le pire reste à venir, explique-t-il.

    D’ores et déjà, les conséquences de cet été sont connues, avec une surmortalité de 8 000 décès. «J’en connaissais un, il s’appelait Denis, il avait 67 ans, et c’était mon père », témoigne, particulièrement émue, Laure, qui se présente comme citoyenne marseillaise engagée. «Il arrosait son jardin, pour réguler sa température son cœur a battu plus fort, trop fort. Il s’est arrêté.» D’autres ont connu les conséquences des feux, comme Coralie Mirguet, dont la maison à l’Estaque a entièrement brûlé le 8 juillet 2025. «Plus d’un an après l’incendie, nous commençons tout juste à entrevoir une possible reconstruction, mais pour nous, plus rien ne sera comme avant», souffle-t-elle. Au-delà du déploiement des pompiers et des Canadair, «le véritable coupable est notre inadaptation».

    Plan d’urgence

    «La question que vous avez tous au bout des lèvres et la seule qui vaille, c’est que faire ? », pose parmi les organisateurs la militante Margot Jacq. «La protection des salariés devrait être une priorité», répond la secrétaire départementale de la FSU, Virginie Akliouat. «Nos organisations syndicales s’emparent de ces questions, et ont déjà mené campagne pour adapter le bâti scolaire, pour le développement des transports publics», explique-t-elle. Et d’énumérer les revendications d’un seuil maximal de températures pour travailler, le renforcement de la médecine du travail, un chômage canicule pris en charge à 100%. «Le progrès social et environnemental sont intimement liés», complète Alice Richard, porte-parole de Solidaires dans les Bouches-du-Rhône.

    Le constat est le même pour la Confédération paysanne, d’autant que les agriculteurs sont en première ligne. «Les canicule ont tué deux paysans dans les Bouches-du-Rhône cet été», atteste le syndicat qui alerte sur la disparition des exploitations face à la perte de rendements et appelle à un autre modèle agricole, une autre gestion de l’eau.

    «Nous exigeons un plan d’urgence climatique», relaie parmi les organisateurs l’écologiste Jean-Christophe Agnel. Un plan sur trois piliers, d’adaptation, d’atténuation et d’arrêt des énergies fossiles. «Nous avons besoin d’un budget dans une logique de justice sociale», complète Margot Jacq, tandis que les militants d’Attac se lancent dans un «fiscal fitness» pour «taxer les riches».

    «Les candidats à la présidentielle doivent s‘emparer du sujet, arrêter de proposer des mesures obsolètes», réclame pour sa part le vice-président du Grec Sud. Mais si plusieurs élus sont présents, les drapeaux restent rares au milieu des pancartes, tandis que les organisateurs reconnaissent qu’ils s’attendaient à une meilleure affluence.