Tag: International

  • L’accord commercial avec le Mercosur revient au galop

    L’accord commercial avec le Mercosur revient au galop

    « Viande contre voitures ». Le collectif stop CETA/Mercosur, dont fait notamment partie l’association altermondialiste Attac, qualifie ainsi l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique latine du Mercosur. Le 6 décembre 2024, il dénonçait la signature de ce traité commercial entre la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen et les chefs d’États des pays concernés (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Un accord « pensé pour satisfaire l’appétit des entreprises multinationales et non les besoins des populations ».

    Neuf mois plus tard, mercredi 3 septembre, la Commission européenne a approuvé le traité et appelé les 27 pays de l’UE à donner leur feu vert rapidement en promettant des garanties « robustes » aux agriculteurs.

    Jusqu’ici, la France menait la fronde au sein des 27. Pour la convaincre et rassurer les agriculteurs européens, la Commission promet désormais de compléter l’accord par un « acte juridique » renforçant les mesures de sauvegarde pour « les produits européens sensibles ». L’exécutif européen s’engage à intervenir en cas d’impact négatif des importations sur certaines filières, comme le bœuf, la volaille, le sucre et l’éthanol. Des mesures immédiatement saluées à Paris. La porte-parole du gouvernement Sophie Primas s’est réjouie que l’Union européenne « ait entendu les réserves » françaises. Le gouvernement a encore « besoin d’analyser cette clause de sauvegarde », a-t-elle toutefois nuancé. Bruxelles ne cesse de marteler la nécessité de diversifier les partenariats avec des « alliés fiables », alors que la concurrence est féroce avec la Chine et que les taxes douanières sur les produits européens augmentent dans les États-Unis.

    Manif des agriculteurs ce jeudi à Bruxelles

    Cet accord doit notamment permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures, de machines, de vins et de spiritueux en Argentine, au Brésil, en Uruguay et au Paraguay. En retour, il faciliterait l’entrée de viande, sucre, riz, miel ou soja sud-américains, au risque de fragiliser certaines filières agricoles européennes. Depuis la conclusion des négociations en décembre, les syndicats agricoles européens sont vent debout. « Le combat se poursuit », a prévenu le premier syndicat agricole français, la FNSEA, en appelant au chef de l’État Emmanuel Macron. Une mobilisation d’agriculteurs est annoncée ce jeudi à Bruxelles. L’exécutif européen remet le dossier du Mercosur sur la table au moment où la France est plongée dans une nouvelle tempête politique. Le gouvernement pourrait tomber lundi lors d’un vote de confiance très mal engagé pour le Premier ministre François Bayrou. LFI réclame une « mobilisation générale » contre le traité. Au Parlement européen, le centriste Pascal Canfin promet une initiative transpartisane pour tenter de « suspendre l’adoption » de l’accord, « en l’absence de transparence et de garanties claires ». L’un des sujets sensibles concerne les normes sanitaires et environnementales. Les agriculteurs européens accusent leurs concurrents latino-américains de ne pas respecter les normes de l’UE.

  • Le couple Macron-Merz parle d’une seule et même voix

    Le couple Macron-Merz parle d’une seule et même voix

    Dans un contexte international très tendu et avec un des deux gouvernements en sursis, le couple franco-allemand a tenu à montrer vendredi, au terme d’un Conseil des ministres commun qui s’est déroulé dans le salon de la résidence du préfet maritime, une image d’unité. Seul l’avenir nous dira, assez vite d’ailleurs, si elle n’était que de façade ou si la machine vient réellement de redémarrer.

    Pour booster cette image, la volonté exprimée a été celle de bâtir de concert une vingtaine de projets phares. Une stratégie présentée comme profitable, bien sûr, aux deux économies. Et cela autant au niveau de l’industrie, de la recherche que de la défense.

    En matière d’énergie, par exemple, il a été en mis en avant « une avancée majeure ». Avec pour ambition de « diminuer les coûts, garantir la sécurité d’approvisionnement et atteindre nos objectifs climatiques ».

    La paix à l’agenda

    Emmanuel Macron a également mis en avant, au cours de cette conférence de presse, les efforts pour « parvenir à une paix juste et durable » en Ukraine, au cœur de l’agenda commun.

    « Je le dis avec autant de force et de solidarité après ces derniers jours, où les attaques ont repris avec force et où, à nouveau, des civils ukrainiens ont été touchées », a-t-il insisté, pointant l’écart qu’il existe entre les positions prises, avec les autres dirigeants dans les sommets internationaux, par le Président Poutine et la réalité sur le terrain. Et de poursuivre, au cas où les engagements du président russe ne seraient pas tenus : « Nous continuerons d’exercer des pressions pour que des sanctions supplémentaires soient prises par nous-mêmes ainsi que par les États-Unis d’Amérique. »

    Concernant la situation au Proche-Orient, le chef de l’État a condamné « le désastre humain dans la bande de Gaza » qualifié d’« intolérable ». « L’état de famine qui a été déclaré par les Nations unies est très clairement le résultat du blocage de l’aide humanitaire », a-t-il souligné, en appelant en urgence à l’arrêt des combats et à l’ouverture des accès humanitaires et de l’aide aux populations civiles. Mais, aussi, à construire « un chemin de paix, un chemin politique de discussion avec toutes les parties ». Une solution politique, insiste-t-il, « pour une paix durable pour les Israéliens comme pour les Palestiniens ». Bien sûr dans le cadre d’une solution à deux états.

    Parmi les solutions à court terme, il a salué « la décision très courageuse du chancelier de cesser toute exportation d’armements susceptibles d’être utilisées à Gaza ».

    Au sujet des solutions « pour augmenter la compétitivité de l’Europe », ambition partagée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz, les recettes apportées, sans surprise, reposent une nouvelle fois sur une baisse des charges pour les entreprises, ainsi que sur une « synchronisation de l’agenda économique et social », une notion encore floue dans ses applications concrètes.

    Pas de démission

    Interrogé sur la barre franchie des 3 millions de chômeurs en Allemagne, le chancelier a brandi le sempiternel remède libéral : « Il faut réformer le marché du travail ». Sur ce point aussi, les deux dirigeants parlent d’une même voix, au risque d’inquiéter les syndicats et les salariés des deux côtés du Rhin.

    Titillé sur la crise politique que traverse notre pays et sur la chute annoncée du gouvernement, le Président français a affirmé que, quoi qu’il advienne, il ne démissionnerait pas. Un mandat qu’il entend « exercer jusqu’à son terme ».

  • La défense européenne, thématique principale du 28e conseil des ministres franco-allemand ce vendredi

    La défense européenne, thématique principale du 28e conseil des ministres franco-allemand ce vendredi

    Pour son premier Conseil des ministres franco-allemand depuis son élection, le 6 mai, le chancelier Friedrich Merz va avoir droit à un baptême du feu. Et pour cause : dans un contexte international particulièrement explosif depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, le sentiment de menace pesant sur l’Europe ne cesse de croître. D’autant plus qu’un trublion est venu complexifier ce grand jeu de positions et remettre en question les allégeances historiques stabilisatrices : Donald Trump. Revenu à la Maison Blanche en janvier, il ne cesse depuis d’ébranler les certitudes géopolitiques au gré de ses déclarations et décisions à brûle-pourpoint.

    L’Union européenne va donc devoir revoir sa stratégie. Car ses relations avec son allié historique sont soumises à la versatilité du magnat de l’immobilier, notamment sur la question russe, qu’il estime tantôt pouvoir régler par voie diplomatique, tantôt par le biais de sanctions économiques, promises au Kremlin mardi, s’il ne conclut pas d’accord de cessez-le-feu avec l’Ukraine. Si cela va dans le sens des Vingt-Sept, ceux-ci ne sont pas pour autant exemptés des pressions américaines, notamment sur la question des tarifs douaniers. Mais aussi en matière de défense, Trump ayant obtenu de l’Otan une augmentation des budgets militaires à 3,5% des PIB respectifs d’ici 2035, dont 1,5% supplémentaires dédiés aux infrastructures.

    La coordination

    comme ligne directrice

    Il est donc venu le temps de reconstruire des certitudes à long terme. Pour cela, si satisfaire les exigences de l’Otan reste une priorité affichée, il va d’abord falloir compter sur soi-même. Le propos principal de ce Conseil des ministres franco-allemand sera ainsi celui de la constitution d’une défense européenne plus indépendante, à laquelle l’Élysée et le Bundestag, en tant que leaders de l’Union européenne, souhaitent donner un élan significatif, déjà lancé lors de la tribune conjointe des deux chefs d’États, le 7 mai. Même s’il ne s’agit pas du seul ressort, Paris et Londres ayant conclu des accords de rapprochements sur leurs doctrines nucléaires, en juillet.

    Au-delà des enjeux, la relance du couple franco-allemand tient « à la nécessité de convergence sur les enjeux de réarmement technologique, stratégique et militaire. Il faut une Europe plus efficace, capable d’être dans la compétition internationale via l’allègement des contraintes normatives », appuie l’Élysée. Après un dîner à Brégançon entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz jeudi, ce thème sera au cœur de la première des trois sessions plénières prévues vendredi, auxquelles participeront dix ministres de part et d’autre, chacun sur ses sujets respectifs.

    Les projets industriels et politiques de sécurité seront discutés, avec comme mots d’ordre la coordination, l’efficacité et la complémentarité dans une logique dite du « meilleur athlète » : diminuer le nombre de systèmes d’armes au sein de l’Union, pour se concentrer sur l’efficience. Les agendas des États membres en matière de commerce, d’énergie, de numérique, d’intelligence artificielle, d’espace et d’industrie seront à l’ordre du jour, sous le prisme de la souveraineté.

    Après la rencontre des partenaires sociaux franco-allemands à Berlin, le 1er juillet, la seconde session visera, d’après les objectifs affichés, à synchroniser et faire converger réformes économiques et sociales respectives. « On travaille sur les sujets de productivité, de marché du travail, d’emploi des jeunes et des seniors », détaille l’Élysée, qui précise qu’un point sera fait « sur la coopération bilatérale en matière de migration, protection civile, culture et coopération transfrontalière ».

    La dernière session, en format « 3+3 » (les chefs d’États avec les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Économie), portera directement sur les sujets de sécurité et de défense, suivant la logique des deux dirigeants. Avec en filigrane la guerre en Ukraine (cessez-le-feu et garanties de sécurité), mais aussi les questions liées au nucléaire iranien (possible réinstauration des sanctions qui doit être décidée d’ici octobre) et de la Palestine (cessez-le-feu et de solution à deux États). L’occasion de traiter ensemble les sujets industriels et stratégiques.

    Ces trois sessions auront pour base les documents de travail résultant de la tribune de mai dernier. à leur issue, chaque ministre présentera « des plans d’actions et projets concrets sur les sujets évoqués », explique l’Élysée, sans que ne soit prévue de déclaration conjointe.

    Ce rendez-vous sur la scène internationale représente un enjeu majeur pour Emmanuel Macron, une nouvelle fois confronté à une instabilité politique dans le pays. La chute du gouvernement est attendue après l’annonce par le Premier ministre, François Bayrou, d’un vote de confiance à l’Assemblée, le 8 septembre.

    « Il faut une Europe plus efficace, capable d’être dans la compétition internationale
    via l’allègement des contraintes normatives. »

  • SOS Méditerranée dénonce une attaque « délibérée » des garde-côtes libyens contre l’Ocean Viking

    SOS Méditerranée dénonce une attaque « délibérée » des garde-côtes libyens contre l’Ocean Viking

    La situation empire et pas qu’un peu, avec cette « attaque » armée contre l’Ocean Viking qui n’a heureusement fait aucun blessé parmi l’équipage, l’équipe de sauvetage et les naufragés à bord. « Au moment de l’attaque, l’Ocean Viking se trouvait dans les eaux internationales, à 40 milles marins au nord des côtes libyennes », indique l’association dans un long communiqué très détaillé, publié lundi après-midi. « 87 personnes, secourues lors de deux sauvetages menés dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 août, étaient à bord et notre navire était activement engagé dans la recherche d’une autre embarcation en détresse », précise la structure.

    Des tirs continus pendant 20 minutes

    « Alors que l’Ocean Viking était en pleine recherche, il a été approché par un navire des garde-côtes libyens, qui nous a ordonnés – de manière illégale – de quitter la zone et de mettre le cap au nord. L’instruction nous a d’abord été transmise en anglais, puis en arabe avec la traduction de notre médiateur culturel à bord, qui a ensuite informé les gardes-côtes que l’Ocean Viking quittait la zone », décrit-elle avant de rendre compte de l’attaque : « sans aucun avertissement ni ultimatum, deux hommes à bord du patrouilleur ont ouvert le feu sur notre navire humanitaire, nous soumettant à des tirs incessants pendant au moins 20 minutes. Le patrouilleur a encerclé l’Ocean Viking, visant délibérément les membres d’équipage sur la passerelle, la partie du navire où se trouvent les postes de navigation et de pilotage. L’attaque a causé des impacts de balles à hauteur de tête, la destruction de plusieurs antennes, quatre fenêtres brisées sur la passerelle et plusieurs balles ont touché et endommagé les trois bateaux de sauvetage rapides (Rhibs), ainsi que d’autres équipements de sauvetage ».

    Et de souligner que « les équipes de SOS Méditerranée et de la Ficr ont heureusement pu mettre en sécurité les 87 personnes rescapées avant de se réfugier à leur tour à l’intérieur du navire. Personne n’a été blessé. Cet incident n’est pas seulement un acte scandaleux et inacceptable. Les méthodes, les circonstances et la dynamique démontrent clairement une attaque délibérée et ciblée contre notre équipage mais aussi contre nos capacités de sauvetage. »

    « Ce n’est pas un acte isolé », rappelle l’association. « La Garde-côtière libyenne a un long passé de comportements irresponsables qui mettent en danger des vies humaines en mer, violent de façon flagrante les droits humains et témoignent d’un mépris total pour le droit maritime international ». Cela n’empêche pas l’Europe et particulièrement l’Italie de les soutenir.

    « Nous exigeons une enquête complète sur les événements d’hier après-midi et que les responsables de ces attaques mettant nos vies en danger soient traduits en justice », déclare Sophie Beau, Directrice générale de SOS Méditerranée France. « Nous exigeons également la fin immédiate de toute collaboration européenne avec la Libye. Un acteur qui agit illégalement dans les eaux internationales, entrave délibérément les opérations de sauvetage de personnes en danger de mort et cible des humanitaires désarmés ainsi que des personnes rescapées, ne peut être considéré comme une autorité compétente. Nous ne pouvons pas accepter qu’une Garde-côtière reconnue internationalement commette ce type d’assauts illégaux. Par ailleurs, nous appelons à mettre fin à la criminalisation du sauvetage en mer qui ne fait que créer un terrain favorable à ces attaques d’une brutalité inouïe ».

    Le navire fait désormais route vers le nord. « Le capitaine de l’Ocean Viking a pris la décision, en vertu de son autorité, de mettre le cap sur Syracuse, son port d’attache, afin de débarquer les 87 personnes rescapées et d’effectuer les réparations indispensables nécessaires. Les autorités italiennes ont confirmé cette destination », stipule SOS Méditerranée.

    « Soutien total »

    « Soutien total à SOS Méditerranée et à son équipage après les tirs contre l’Ocean Viking », écrit Michelle Rubirola, la première adjointe écologiste au maire de Marseille. « Voilà le vrai visage des politiques européennes actuelles : financer et armer les garde-côtes libyens pour sous-traiter la violence plutôt que protéger des vies », dénonce-t-elle. « Le droit international, maritime et humanitaire doit changer pour que ces attaques soient enfin criminalisées ! », conclut l’élue.