Tag: Intelligence artificielle

  • Chez Orange, l’intelligence artificielle inquiète les salariés

    Chez Orange, l’intelligence artificielle inquiète les salariés

    « Rien ne nous confirme que l’IA ne va pas nous remplacer. » À Avignon, l’inquiétude grandit chez les conseillers clients d’Orange. Depuis décembre 2025, deux outils d’intelligence artificielle (IA) y ont été testés, avant d’être généralisés partout en France. Or, d’après le syndicat FO Com, les résultats de cette expérimentation n’ont jamais été communiqués aux salariés.

    Pour Sandra Dubois, déléguée syndicale FO Com Orange Grand Sud-Est, ces nouveaux dispositifs marquent un tournant : « L’IA s’alimente du discours des conseillers, ce qui n’était pas le cas avant. » L’un des outils juge la manière de conduire un appel, tandis que l’autre assiste en temps réel le conseiller dans ses échanges avec les clients. Les salariés redoutent les conséquences de ces dispositifs sur l’emploi. « On doit alimenter l’IA qui peut nous remplacer. On scie la branche sur laquelle on est assis », fustige Sandra Dubois.

    FO Com alerte aussi sur la dégradation des conditions de travail. Selon le syndicat, la moitié des appels sont enregistrés et analysés par l’IA, sans que les conseillers sachent à quel moment ils le sont. Les résultats, matérialisés par des croix rouges ou vertes, seraient ensuite repris pour évaluer le travail des salariés. « Les conseillers se disent fatigués, stressés et ont l’impression d’être surveillés en permanence », dénonce la syndicaliste.

    Pas d’impact sur l’emploi selon la direction

    Cette situation intervient dans un contexte de réduction des effectifs. « À Gap, on était 200 en 2014, contre 50 aujourd’hui, précise Sandra Dubois. Avec l’IA, ça va s’intensifier et des services, comme à Avignon, Aix, Toulon ou Nice, vont disparaître. »

    FO Com réclame à l’entreprise un accord pour encadrer l’usage de l’IA. Une demande restée sans réponse jusqu’à présent. Contactée par La Marseillaise, la direction d’Orange assure, de son côté, que ces outils n’ont « pas d’impact sur l’emploi ». Elle indique utiliser l’intelligence artificielle « dans le respect du dialogue social et de l’utilisation des données personnelles, conformément à la réglementation de la CNIL ».

    FO Com conteste cette lecture et indique avoir saisi la CNIL, il y a deux mois. « On veut obliger Orange à se justifier et à poser un cadre pour éviter les pratiques abusives, notamment sur l’enregistrement d’appel », insiste Sandra Dubois. L’instance ne s’est pas encore prononcée. « Le dialogue avec Orange sera possible si, grâce à la CNIL, on arrive à avoir un vrai rapport de force », conclut Sandra Dubois.

  • Un « sommelier de poche » développé grâce à une IA

    Un « sommelier de poche » développé grâce à une IA

    Laurent Vagharchak, créateur de cette intelligence artificielle (IA), est parti d’un constat simple : « La plupart des gens ne sont pas experts, ni même initiés en vin, mais aiment en boire. Malheureusement, souvent, le commun des mortels se heurte à la centaine voir le millier de références disponibles, et repart les mains vides ou avec un vin choisi au hasard. »

    Selon lui, 73% des clients se disent « perdus » face au rayon vins. Pour résoudre ce problème, cet ancien restaurateur a eu une idée : proposer une application aux grandes surfaces, magasins spécialisés ou restaurants. « Dans l’exemple d’une grande surface, vous avez de petites languettes dans les rayons, il suffit soit de scanner un QR code, soit de faire un contact avec votre téléphone, comme pour payer. Ensuite, une page web arrive directement sur le téléphone du client, et, à partir de là, un parcours est mis en place. En une quinzaine de secondes, il permet de suggérer le bon vin selon les préférences, un accord avec un plat, ou une occasion. »

    Nommé Leboncru.app, cet outil s’appuie sur plus de 265 000 références. Cette base œnologique comprend cépages, régions, profils aromatiques et accords mets-vins. Le tout est croisé en temps réel avec l’assortiment effectif du point de vente et ses prix réels. Chaque recommandation est proposée sur trois paliers de prix, avec un argumentaire rédigé, comme le ferait un sommelier. « Une fois le choix du client fait, l’IA peut même le guider dans le rayon via un plan 2D ou 3D pour mettre la main sur la référence », ajoute l’Aubagnais.

    À partir de la semaine prochaine, la borne devrait même proposer des idées de recettes à accorder avec les vins, ou à composer autour d’un ingrédient.

  • En Occitanie, « l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup »

    En Occitanie, « l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup »

    L’Insee prévoit une évolution de la croissance économique française similaire à l’année passée malgré l’instabilité géopolitique ambiante. « Le commerce mondial a progressé de 2,3 % grâce à la vigueur des exportations asiatiques, stimulée par les échanges de biens technologiques liés à l’intelligence artificielle », avance Katia Le Goaziou (Insee). Mais l’Occitanie peine à rattraper la dynamique nationale. L’activité technologique est principalement portée par l’aéronautique dans la région et l’évolution mensuelle des heures rémunérées dans l’industrie y est d’ailleurs en progrès. Cependant l’activité globale est en baisse de 0,3%, une diminution entraînée par les difficultés que rencontre le secteur de la construction. Comme toujours, la région observe des disparités entre ses territoires et si l’activité économique augmente dans l’Aveyron, l’Ariège et la Lozère, elle baisse nettement dans l’Aude et le Tarn qui font preuve d’une évolution négative de 1,5% comparé à 2025.De la même manière, là où l’emploi chute de 0,6% dans le secteur de la construction, il se rattrape dans le segment industriel de la filière aérospatiale(+0,4%). L’emploi piétine néanmoins dans la région et le taux de chômage (9,5%) surpasse de plus d’un point le niveau national (8,1%). Les défaillances d’entreprises atteignent un niveau historique(6 300 depuis janvier 2025) que les créations d’entreprises en nette hausse tentent de surpasser. Malgré une saison hivernale fournie sur le plan neigeux, la fréquentation touristique s’enlise(-0,8%). Les touristes en provenance de l’étranger affluent et redresseront peut-être la barre cet été, spécialement en Haute-Garonne, locomotive de la région quand les Pyrénées en sont le dernier wagon.

    Oriane Castan

  • [Passerelle interculturelle] La vision et les actions de la Chine pour la gouvernance mondiale de l’IA

    [Passerelle interculturelle] La vision et les actions de la Chine pour la gouvernance mondiale de l’IA

    L’intelligence artificielle ouvre une nouvelle étape dans le développement de l’humanité. Elle renforce notre capacité à comprendre et à transformer le monde, tout en devenant un moteur majeur du progrès scientifique, technologique et industriel.

    Mais l’IA présente aussi des risques, notamment en matière de sécurité, d’éthique et d’inégalités technologiques. La communauté internationale doit donc trouver un équilibre entre innovation, prévention des risques et partage équitable des bénéfices de l’IA. Dans ce contexte, la Chine défend une gouvernance mondiale de l’IA centrée sur l’être humain et fondée sur le principe d’une « IA au service du bien commun ». Elle soutient l’égalité entre les pays, la coopération, le développement inclusif et un meilleur équilibre entre développement et sécurité.

    La Chine accorde une grande importance au développement et à la gouvernance de l’IA. Elle soutient le multilatéralisme et appelle à une coordination internationale plus forte.

    Aujourd’hui, les pays ont encore des positions différentes sur la sécurité, l’éthique, les responsabilités, les règles de gouvernance et les normes techniques.

    Réduire les inégalités technologiques

    En 2023, la Chine a proposé l’Initiative mondiale pour la gouvernance de l’intelligence artificielle. Celle-ci défend une IA au service du bien commun, sûre, contrôlable, inclusive et équitable. Elle appelle aussi à la création de mécanismes de gouvernance ouverts, efficaces et applicables.

    Tous les pays doivent pouvoir développer et utiliser l’intelligence artificielle. Pourtant, de nombreux pays en développement, notamment dans le Sud global, manquent encore de technologies, de compétences et de capacités de gouvernance.

    La Chine place donc le renforcement des capacités et l’accès aux technologies au centre de son action. Elle a proposé plusieurs initiatives, dont un plan d’action pour une IA au service de tous et l’Initiative de coopération internationale « IA+ ». Elle a également contribué à l’adoption de la première résolution de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée au renforcement des capacités dans le domaine de l’IA, ainsi qu’à la création d’un réseau mondial soutenu par l’ONU. À travers des échanges et des formations, la Chine aide les pays en développement à renforcer leurs compétences et à réduire la fracture numérique.

    Transformer les principes

    en actions

    La communauté internationale a déjà adopté de nombreux principes sur la gouvernance de l’IA, mais ceux-ci doivent encore être transformés en actions concrètes.

    La Chine souhaite renforcer la coopération dans les stratégies de développement, les règles de gouvernance et les normes techniques. Son objectif est de fournir davantage de biens publics dans le domaine de l’IA et de contribuer à un système mondial de gouvernance plus ouvert, plus inclusif et plus équitable.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • Préfecture et Sdis mettent les bouchées doubles contre les feux

    Préfecture et Sdis mettent les bouchées doubles contre les feux

    « Notre département compte 470 000 hectares de forêt, soit un taux de boisement de 60%. Cette richesse est vulnérable. L’année 2025 a marqué une aggravation sensible du risque avec 196 incendies recensés, contre 120 en 2024. Et depuis le 1er janvier 2026, dix feux ont déjà été déclarés, sans compter ceux de ce week-end », a rappelé, lundi, la directrice de cabinet de la préfète, Fabienne Monmarson, avant de présenter le dispositif de prévention et de lutte contre les feux de forêt aux côtés du Sdis. « Notre climat devient plus sec et chaud chaque année », a complété Jean-Claude Castel, président du Sdis 04.

    « Les premières patrouilles ont été mises en œuvre dès ce matin, compte tenu du niveau de danger et de l’analyse qui a été faite hier soir », a annoncé le colonel Sylvain Besson, directeur départemental du Sdis. Il estime que « deux feux sur trois pourraient être évités » dans le département, entre « jets de mégots et travaux réalisés dans de mauvaises conditions ».

    Les pompiers ont ensuite mis en œuvre une démonstration d’intervention sur un feu en temps réel, à Cruis, sur la montagne de Lure, particulièrement sujette aux incendies. Ce sont les patrouilles de l’ONF qui sont les premières à intervenir sur le terrain, avant de passer le relais aux pompiers, qui ont des véhicules avec une capacité de stockage d’eau plus importante et des tuyaux beaucoup plus longs. Des renforts aériens peuvent également être demandés. Pendant ce temps-là, au poste de commandement, un tableau recense les victimes et les personnes confinées identifiées.

    Des drones équipés d’intelligence artificielle et de caméras thermiques permettent d’identifier des départs de feu et des points chauds résiduels parfois invisibles à l’œil nu, car enfouis à 20 ou 30 centimètres sous terre. Les pompiers peuvent donner des instructions très précises aux drones, comme trouver un véhicule d’une couleur bien précise, comptabiliser les piétons ou les voitures de manière automatique. Le drone mesure l’intensité et la température du feu en temps réel. Il envoie les coordonnées GPS précises du feu aux patrouilles, ce qui peut leur faire gagner 20 ou 30 minutes dans des secteurs difficiles d’accès. « L’usage de drones permet aujourd’hui d’envisager des solutions techniques pour détecter encore plus rapidement ces départs de feu », résume le colonel Besson. Ces dispositifs de la société toulousaine Menaps, surnommés Fire Eagle, seront expérimentés dans le département cet été.

    Les gendarmes interviennent ensuite sur place pour investiguer et trouver la cause du départ de feu. Ils cherchent à identifier le sens de propagation et cherchent des traces d’hydrocarbures. Ils grattent le sol et inspectent tout sur leur passage : végétation, insectes, escargots ou encore tissus imbibés d’hydrocarbures.

    Les pompiers de Manosque ont par ailleurs fait l’acquisition, il y a quinze jours, d’un véhicule « nouvelle génération avec près de 10 tonnes de charge pour la lutte » contre le feu.

    « Neuf feux sur dix d’origine humaine »

    « Neuf feux sur dix sont d’origine humaine, dont la moitié est liée à l’imprudence. Plus préoccupant encore, la malveillance est en forte progression et a représenté 16% des départs de feu en 2025. Les investigations de la gendarmerie, notamment par l’exploitation des indices et de la vidéoprotection à Forcalquier et à Riez, ont permis d’identifier et d’interpeller des auteurs. Tout acte de mise en feu volontaire sera recherché, identifié et poursuivi », a martelé Fabienne Monmarson.

    « Débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour des habitations situées à proximité des massifs n’est pas qu’une obligation réglementaire. C’est le geste vital pour protéger sa famille et ses voisins », a rappelé la sous-préfète.

    Dans le département, ce sont les zones autour de Manosque et de Valensole qui sont les plus à risque.

  • Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    « Marianne, La Montagne, L’Yonne républicaine, Capital, Géo, Je Bouquine, La Croix, Femme actuelleOn assiste, ces derniers mois, à une avalanche de plans sociaux ou de menaces de plans sociaux », déplore Cathy Rocher, journaliste déléguée du SNJ (syndicat national des journalistes) à Midi Libre. Au côté du Club de la presse Occitanie et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le SNJ a impulsé un rassemblement place de la Comédie afin de relayer l’appel national des syndicats de journalistes et des métiers de la presse à manifester à Paris ce 18 juin « pour combattre les dangers qui menacent l’information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ».

    Selon Agnès Briançon-Marjollet, co-secrétaire générale du SNJ, 638 suppressions de postes auraient été annoncées depuis mars. Une véritable hécatombe qui touche l’ensemble des métiers de l’information : journalistes rédacteurs, mais aussi infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, personnels administratifs…

    L’IA, prétexte à la suppression d’emploi ?

    « Tout ça s’emballe et l’essor de l’intelligence artificielle (IA) nous met en très grande difficulté », assure Cathy Rocher. Début mai, les syndicats du groupe Infopro Digital, qui regroupe 26 titres de presse professionnelle (Le Moniteur, L’Usine nouvelle…) ont protesté contre la volonté de leur direction de supprimer tous les postes (19) des journalistes secrétaires de rédaction – dont le travail est de corriger et d’éditer les articles – pour les remplacer par cinq « chefs d’édition » assistés par l’IA. Un exemple qui illustre bien le risque d’une lame de fond qui décimerait la profession… « Nous refusons que l’intelligence artificielle serve de prétexte à la suppression de métiers et d’emplois. Par ailleurs il faut encadrer l’utilisation de l’IA, qui pose des problèmes déontologiques. L’honnêteté serait de signaler les articles qui ont été faits avec l’IA et que ces articles soient relus par un journaliste avant publication, pour vérifier l’information », insiste la représentante du SNJ-Midi Libre.

    « Ces difficultés doivent inquiéter l’ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l’information de qualité que tout un chacun est en droit d’attendre dans une démocratie », alertent les syndicats mobilisés.

  • Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Au Pharo, face aux professionnels de l’information venus du monde entier, c’est un milliardaire qui a clos les grandes plénières, ce mercredi. Xavier Niel, fondateur de Free et actionnaire du Monde, s’est prêté au jeu du « coin du feu », un entretien animé par Lisa McLeod, directrice éditoriale de FT Strategies.

    Xavier Niel entame la discussion en parlant, en anglais, de ses investissements dans les médias : « J’ai commencé à investir dans tous les services en ligne, y compris Mediapart, où j’ai fait cinq fois mon argent. » Sa version de l’entrée au capital du Monde, en 2010, semble presque altruiste : « Ils ont un énorme problème, ils vont finir en faillite. » Depuis, assure-t-il, il n’interfère jamais dans la ligne éditoriale. La preuve, selon lui : Le Monde Diplomatique, « très à gauche, contre le capitalisme », reste libre.

    Sur l’IA, Xavier Niel se veut pragmatique : il faut vivre avec son temps et les technologies qui vont avec. Il dit avoir vite signé un accord (sur l’entraînement des modèles et les services) avec le géant américain, OpenAI, sans attendre ses confrères éditeurs. « Nous ne sommes peut-être pas de bons partenaires pour les autres éditeurs français », note-t-il, dans un sourire. Interrogé sur ce qui le « garde éveillé la nuit », le milliardaire répond la « polarisation » des médias. Il regrette que le New York Times ait été « trop contre » Donald Trump. Concentration des médias, précarité dans les rédactions et désinformation n’ont pas été évoquées.

  • Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    L’intelligence artificielle (IA) utilisée comme outil au service des journalistes et des médias. C’est le thème évoqué lors d’une conférence organisée, ce mercredi au Pharo, au troisième et dernier jour du 77e congrès mondial de l’Association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), organisé avec CMA Media. Un rendez-vous animé par Pia Rehnquist, directrice éditoriale du groupe Bonnier News Local, avec deux interlocuteurs : le Dr Rainer Esser, conseiller exécutif du groupe d’édition Holtzbrinck et membre du conseil de surveillance de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, et Goli Sheikholeslami, PDG du site d’information Politico.

    L’usage de l’IA était au cœur de ces trois jours d’échanges. Les avis diffèrent sur cette question : certains se disent inquiets, d’autres veulent s’adapter à cette évolution. Lors de cette conférence, les intervenants adoptent une attitude d’acceptation face à un monde qui change. Ils prônent l’utilisation de l’intelligence artificielle, mais au profit des humains.

    « Si l’on ne peut pas l’éviter, il faut l’adopter », affirme Rainer Esser. Selon lui, « elle [l’IA] peut résumer, synthétiser, reproduire des styles d’écriture et rédiger dans une grammaire irréprochable. Mais elle ne peut pas aller sur le terrain pour enquêter. L’IA ne connaît pas la vérité. (…) Elle ne tuera pas le journalisme, car elle est un outil d’automatisation, tandis que le journalisme est, dans son essence même, un acte de connexion humaine ».

    « La ressource rare sera

    la confiance »

    Un avis partagé par Goli Sheikholeslami. Selon elle, il faut utiliser l’intelligence artificielle comme outil et dispositif au service du journalisme. « Au lieu de faire des coupes à l’ère de l’IA, “Politico” renforce ses investissements dans le journalisme et les combine à des technologies de transformation qui renforcent les capacités de ses journalistes. »

    Elle prend l’exemple de l’Affordable Care Act (ACA), la réforme de l’assurance maladie surnommée « Obamacare », l’un des textes législatifs les plus complexes de l’histoire des États-Unis : « Les personnes qui avaient besoin de comprendre cette politique publique – les lobbyistes, les dirigeants d’hôpitaux, les entreprises pharmaceutiques et les responsables des États – avaient besoin de quelqu’un capable de traduire et d’expliquer ces décisions en temps réel. Cette nécessité, à laquelle répondait “Politico”, s’étendait à tous les domaines touchés par le Congrès, qu’il s’agisse des marchés publics de la défense ou de la politique technologique. En 2015, nous avons étendu ce modèle à Bruxelles et aux institutions de l’Union européenne. » En effet, pour Goli Sheikholeslami, « malgré les perturbations engendrées par l’IA, cette période est porteuse de nombreuses opportunités ».

    Si l’intelligence artificielle est utilisée comme outil, la PDG du site Politico rappelle que « les informations originales, enregistrées et vérifiées, prennent une valeur croissante. (…) L’offre de contenus devient infinie. La ressource rare ne sera pas l’information, mais la confiance ».

    Rainer Esser souligne de concert : « Le journalisme est sous pression aujourd’hui. Nous faisons face à un public de plus en plus épuisé, perdu et méfiant. » À ses yeux, l’IA représente bel et bien un outil, non un remplacement : « C’est une profession essentielle. Sans journalistes, et notamment sans journalistes indépendants, la démocratie ne peut s’épanouir. Sans un espace où les idées sont échangées, circulent librement et font l’objet de débats, la démocratie ne peut pas prospérer. Il nous faut donc des journalistes, des journalistes fiers de leur métier et justement rémunérés. »

    LES DÉFIS DES MÉDIAS À TRAVERS LE MONDE

    Ben Ho, Shuxian – rédacteur en chef adjoint de Mediacorp Pte Ltd (Singapour)

    « Ce congrès était une belle opportunité, car il nous a réunis des quatre coins du monde et nous a permis de voir comment l’IA impacte différemment les rédactions : certains l’utilisent et d’autres craignent d’être remplacés par elle. Nous avons développé nos propres outils. ChatGPT Enterprise est accessible à tous les rédacteurs, pour les aider à écrire, mais c’est toujours l’humain qui a le dernier mot. Mais, en parallèle, trop de rédactions font encore face aux mêmes problèmes qu’avant, comme la question de savoir si l’on trouve encore suffisamment de gens qui veulent faire ce métier. »

    John Rahim – directeur éditorial du Media Stack (Royaume-Uni)

    « Le vrai défi, c’est la tempête parfaite entre trouver un modèle économique viable pour les éditeurs et ce que veulent les lecteurs. Quand ChatGPT cite Le Monde, les gens font confiance à la source, mais ne cliquent pas. On leur vole le contenu sans même leur ramener du trafic. Ce contenu, ce n’est pas de la data, c’est du journalisme produit par des professionnels qui doivent être payés. Au congrès, une session présentait un rapport sur l’état du marché, montrant que l’industrie des médias n’est pas vraiment prête pour la révolution de l’IA. Ce qui m’a fait penser aux jeunes journalistes. Comment les faire grandir ? »

    Waseem Shahzad Quatri – journaliste multimédia et réalisateur (Pakistan)

    « Je suis venu à Paris rencontrer la Fédération internationale des journalistes pour expliquer la réalité amère de la liberté de la presse au Pakistan. Rien qu’en 2025, plus de 600 plaintes ont été enregistrées contre des journalistes. Seize d’entre eux ont disparu. Pour le gouvernement, nous sommes des traîtres qui complotons, car nous avons osé exposer des violations de droits humains au Pakistan. Après mon témoignage, j’ai été menacé de toutes parts et, depuis, je dois rester en France. Ce qui me déçoit profondément, c’est que lors du congrès, tout le monde ne parle que de l’IA, qui menace les éditeurs, moins les journalistes. »

    Propos recueillis par Carmen Vollenweider

  • La région face aux conséquences de l’IA

    La région face aux conséquences de l’IA

    « Grâce à nos centrales nucléaires, nous avons la capacité d’ouvrir des data centers et d’être au cœur du défi de l’IA », célébrait déjà Emmanuel Macron, le 10 mars. Car cette nouvelle révolution industrielle nécessite toujours plus d’infrastructures, avec des besoins en énergie qui doivent être multipliés par 3,7 en dix ans, selon l’Ademe. Porte d’entrée des câbles sous-marins en Méditerranée, la région est en première ligne. Dans le même temps, alors que 5 millions d’emplois pourraient être menacés en France, selon une étude publiée début avril, de premières mobilisations alertent sur ses conséquences en Provence, comme chez Orange, il y a deux semaines. « L’IA va être utilisée pour accompagner les suppressions d’emploi », alerte le secrétaire général de la CGT Télécoms dans les Bouches-du-Rhône, Olivier Néri.

    Digital Realty poursuit son implantation

    Tandis que s’achève la construction du cinquième centre de données de Digital Realty sur les emprises du Grand port maritime de Marseille, le long de l’A55, le géant mondial des data centers poursuit son implantation dans le département. Le dernier et plus grand de ses projets, le MRS6, a passé plusieurs caps cruciaux, en début de l’année. Le 22 janvier, la commune de Bouc-Bel-Air lui a accordé son permis de construire, tandis que le 12 février, la préfecture a signé son autorisation environnementale. « On change véritablement d’échelle », se réjouissait le président de Digital Realty France, Fabrice Coquio, auprès du site d’information Gomet. Solidement implanté à Marseille, il réalise là son plus gros projet dans le département, avec un investissement chiffré à 700 millions d’euros. Soit le double du chiffre d’affaires réalisé en France en 2025. Sur le foncier de l’ancien entrepôt logistique de Decathlon, le centre de données s’étalera sur 26 000 m². La pétition des opposants recueille près de 2 000 signatures.

    Y.S.

  • Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    De quoi se nourrit l’intelligence artificielle (IA) dont les chabots (ChatGPT, Claude, etc.) font partie de notre quotidien ? De l’activité humaine. Deux chercheurs en sociologie de Télécoms Paris, Clément Le Ludec et Maxime Cornet, ont étudié la chaîne de travail de la donnée francophone. Leur démonstration est implacable : pour fonctionner, l’IA a besoin de données fiables et vérifiées en très grand nombre. Cela, seul l’être humain sait le faire. L’étiquetage des données devant être massif, il a été délocalisé dans le Sud global, notamment à Madagascar et sur le continent africain. Un travail à la tâche, peu payé et pas du tout valorisé ; Ces travailleurs invisibles sont la face cachée et très sombre de l’IA. Ce n’est pas la seule.

    Data centers partout, emploi nulle part

    Car la collecte de données et leur stockage dans de vastes data centers sont le nerf de la guerre des multinationales de l’IA qui n’ont qu’un but : amasser des profits. Ces sites, dont le président Emmanuel Macron a vanté l’implantation en France lors du sommet « Choose France » à Versailles, ont le terrible défaut de créer très peu d’emplois (gardiennage essentiellement).

    En plus de monopoliser cette nouvelle technologie, les multinationales de l’IA imposent un discours aux citoyens, celui d’une nouvelle révolution postindustrielle qui vise en fait à servir leurs intérêts financiers. Peut-on sérieusement leur laisser la main ? La réponse est évidemment non. La résistance s’impose pour construire une IA sous contrôle démocratique et au service de l’humain et non l’inverse.