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  • Le mur de la peste ausculté par les géomètres-experts

    Le mur de la peste ausculté par les géomètres-experts

    Ne touchez pas les pierres à la main. Camus disait que la peste dort et qu’elle se réveille si on les retourne », lâche à moitié sérieuse Danièle Larcena, présidente de l’association Pierre Sèche en Vaucluse et géographe, en s’engageant dans les premiers mètres des 28 kilomètres du mur de la peste ce vendredi 5 juin sur les hauteurs de Lagnes.

    Elle présentait à une cinquantaine de géomètres-experts et des apprentis l’ouvrage historique, construit en 1720, pour empêcher la peste d’atteindre le Comtat Venaissin qui était alors indépendant. La maladie venait de réapparaître à Marseille et la papauté, à qui appartenait ce territoire, voulait mieux contrôler les passages de la Provence à ses terres.

    Cette visite s’est faite dans le cadre de la semaine de réunion de géomètres-experts, qui lors de cette matinée ont effectué des prises de vues par drone, des géoréférencements ou encore des relevés de terrain. Quelques-uns d’entre eux avaient déjà réalisé plusieurs mesures en avril dernier. « L’objectif est de redéfinir avec précision ce lieu sur 8 kilomètres. Ce travail va sans doute être transmis aux Archives départementales. Cela peut aussi avoir une valeur foncière car il délimite aussi plusieurs communes », explique Jean-Baptiste Aubert, membre de l’Union nationale des géomètres-experts (Unge). Une démarche qui était dans le thème de cette semaine, à savoir « préserver le patrimoine » et « mesurer » l’histoire, appréciez le jeu de mots, « en mettant les nouvelles technologies au service de la mémoire et du patrimoine ».

    Querelles de clocher

    Danièle Larcena a, au pied du début de l’édifice, rappelé l’histoire de cette construction qui a duré une centaine de jours seulement. Ce qui n’a pas manqué de créer la discorde au sein des quelques communes du coin. La papauté, qui dirigeait l’enclave, avait demandé à chaque commune d’envoyer leurs meilleurs maçons pour construire l’édifice. Mais ceux-ci étaient déjà employés pour renforcer les fortifications… de ces mêmes communes. « Les différentes communes, toutes assez pauvres, ont envoyé des personnes peu qualifiées ce qui a fait traîner le chantier. Puis, les villages se sont querellés entre eux pour savoir qui devait construire quelle portion du mur », détaille Danièle Larcèna. Mais les 1 000 soldats du Comtat Venaissin chargés de garder la muraille n’y seront postés que 20 jours. « Des cas de peste avaient été signalés à Avignon. En ayant cette information, les autorités françaises ont décidé que ce serait à eux de garder les fortifications. Ce qui avait à nouveau agacé les dirigeants du Comtat », poursuit la responsable associative. Un quart de la population de l’enclave va finalement mourir de la peste en 3 ans…

    À noter que le mur de la peste avait été longtemps oublié. Et ce serait Jean Garcin, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et ensuite président du conseil général de Vaucluse, qui a soufflé l’idée de rappeler son existence. « Il m’a incité à défendre cet endroit car il y a passé son enfance. On s’y est penché en 1985 et c’était complètement recouvert par la végétation », explique la présidente de l’association des pierres sèches. À quelques dizaines de mètres de là, se trouve d’ailleurs le repaire du maquis du Chat où de nombreuses actions contre l’occupant nazi ont été organisées.

    En espérant qu’aucun géomètre n’a osé retourner l’une des roches lors de la randonnée. Une pandémie de peste noire se cache peut-être sous ces pierres blanches.

    « Les villages
    se sont querellés entre eux pour savoir qui devait construire quelle portion »

  • Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Mardi matin, la rue Paul-Baptistin Lombard s’éveille. Les volets métalliques des commerces se relèvent, les habitants claquent leur porte d’entrée pour filer au boulot. Tout semble ordinaire. Pourtant, la veille, des équipes de la police scientifique s’affairaient dans un appartement du deuxième étage, situé à deux pas du cours du 4-Septembre, jusque tard dans la soirée. « Il y avait des rubalises pour bloquer la rue et énormément de forces de l’ordre », témoigne une voisine, encore sous le choc.

    Lundi, aux alentours de 16h, les pompiers ont été appelés pour secourir une jeune femme de 25 ans. Ils ont trouvé la victime en arrêt cardiorespiratoire dans son appartement du deuxième étage. Lardée de « plaies transperçantes », elle n’a pas pu être réanimée. Son compagnon, qui avait donné l’alerte affirmant l’avoir retrouvée dans cet état en rentrant du travail, a été placé en garde à vue. L’homme, âgé de 39 ans et au casier judiciaire vierge, s’y trouve toujours. Le procureur d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, précise néanmoins : « À cette heure, je ne peux pas dire que nous avons des éléments suffisants pour affirmer qu’il s’agit d’un homicide conjugal. »

    La Ville appelle

    à la retenue

    Walid, jeune vendeur de la supérette située au rez-de-chaussée du bâtiment, ne comprend pas ce qu’il a pu se passer, mais il veut rendre hommage à la victime. « On entend plein de rumeurs. Moi, je verrai plus ma voisine et ça me déchire. Je l’aimais beaucoup, c’était une femme pleine de vie, souriante, toujours en train de passer la tête pour dire bonjour. »

    Dans ces « circonstances douloureuses », le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, appelle à « la retenue », « au recueillement et à la solidarité ». « Alors que de nombreuses informations, commentaires et interprétations circulent déjà sur les réseaux sociaux et dans certains médias, nous nous refusons à toute spéculation, écrit-il. Contrairement à ceux qui se précipitent pour tirer des conclusions ou attribuer des responsabilités, nous considérons qu’il est de notre devoir de respecter le travail des enquêteurs et de la justice. »

    S’agissant de la détection des situations de violences, Éric Florentino, directeur adjoint de Solidarité Femmes 13, souligne : « On est dans un département plutôt bien doté en termes de structures de proximité de soutien social, psychologique ou juridique. La Ville de Martigues est très impliquée sur le sujet, il y a beaucoup de permanences sur le territoire. L’Apers et notre association sont, par exemple, à la Maison de la justice et du droit, l’hôpital a développé un service spécifique qui s’appelle Sofa, le commissariat de Martigues est très sensibilisé. On comprend la mécanique la peur, mais il y a des interlocuteurs pour recevoir la parole et organiser une prise en charge. »

  • La presse régionale face au défi du pluralisme

    La presse régionale face au défi du pluralisme

    La presse quotidienne régionale (PQR) traverse une crise structurelle profonde. Retard dans le virage numérique, modèles économiques fragilisés, concentration accélérée des groupes de presse et pressions politiques : c’est dans ce contexte que le Club de la presse Marseille-Provence a réuni, mardi au Palais du Pharo, plusieurs acteurs du secteur pour débattre de l’avenir de l’information de proximité et de ses enjeux démocratiques. Cet événement s’est tenu en marge du 77e congrès mondial de l’Association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), organisé avec CMA Media.

    Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, a apporté l’éclairage d’un titre en position de force. Il a chiffré le « coût de la rédaction à 76 millions d’euros », compensé à hauteur de « 70 millions par les seuls abonnements numériques ». Louis Dreyfus a attribué le succès de ce modèle à un investissement constant dans les effectifs de journalistes. « Plus de la moitié des journalistes du “Monde” ont rejoint la rédaction il y a moins de quinze ans. » Le président du directoire a toutefois reconnu l’existence d’un écart croissant entre quelques médias dominants et ceux qui ne parviennent pas à rattraper leur retard numérique. Le directeur explique que « sans les milliardaires, beaucoup de médias n’existeraient plus. On ne peut pas systématiquement renoncer aux subventions publiques et aux financements d’acteurs importants ».

    Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise, a défendu le modèle du titre d’opinion indépendant : « La Marseillaise a toujours fait le choix de son indépendance vis-à-vis des puissances d’argent. Cela donne de la liberté, mais une fragilité aussi. » Il a aussi alerté sur le retrait progressif des collectivités territoriales dans le financement du pluralisme de la PQR. « C’est lié à leur propre baisse de moyens. Certains peuvent voir ces financements comme un moyen d’imposer une volonté à la presse. Mais nous, nous pensons que l’argent public local doit contribuer au pluralisme, c’est d’intérêt général, c’est lui qui empêche toute chape de plomb sur l’information locale. » Léo Purguette a terminé son intervention en dénonçant l’attitude des municipalités d’extrême droite vis-à-vis de notre journal et le projet de privatisation de l’audiovisuel public porté par le RN. Pour autant, ce positionnement assumé a valu à La Marseillaise un regain de popularité. « Ce qui constituait un handicap pour les titres d’opinion – refus de la neutralité et difficultés à publier des informations pratiques généralistes – devient aujourd’hui un facteur de différenciation », observe Léo Purguette, à l’heure où ce type d’informations circulent gratuitement sur les réseaux sociaux.

    Coralie Bonnefoy, corédactrice en chef du site Marsactu, a présenté un modèle différent, fondé exclusivement sur l’abonnement. Positionnée dès le début en complémentarité de la presse régionale installée, la rédaction s’est spécialisée dans l’investigation locale. « L’ADN de Marsactu, c’est tout ce que le pouvoir politique, institutionnel ou culturel ne veut pas que l’on révèle », a-t-elle résumé. Cette ligne éditoriale, selon elle, est possible grâce à leur indépendance financière. « Notre travail ne sera jamais de faire plaisir à quelque politique que ce soit », lance-t-elle. La corédactrice en chef considère que les pressions politiques sur les rédactions locales sont une réalité quotidienne, « certains personnels politiques régionaux » n’hésitant pas à « retirer leurs financements lorsqu’un article ne lui plaît pas ».

    Hervé Nedelec, journaliste de PQR aujourd’hui à la retraite, a rappelé ce qui fait l’essence du métier : « Aller au plus près des territoires, là où l’AFP ne se déplace pas. » Pour lui, « le journalisme, c’est de la résistance. » Une formule qui a résonné dans la salle comme un rappel de ce qu’un désert médiatique local fait perdre aux territoires, à savoir un rôle démocratique essentiel.

    Guilhem Ricavy, directeur délégué de Var-Matin, a tenu a exposé les difficultés persistantes de la PQR à réussir sa transition numérique : « Aujourd’hui, en numérique, pour beaucoup, il y a cette inacceptabilité de payer pour des contenus d’actualité. Donc, les abonnements ne sont pas forcément au rendez-vous. »

    Denis Philippe, le président de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire, a rappelé l’importance qu’il accorde à l’indépendance des médias et à la recherche d’un modèle qui garantit leur indépendance.

    L’un des fils rouges du débat a été la corrélation observée entre la disparition de journaux locaux et la montée du vote extrémiste dans les territoires privés de presse de proximité. Un constat partagé par l’ensemble des intervenants, qui ont appelé à maintenir des leviers publics de soutien au pluralisme, tout en reconnaissant que les modèles économiques viables restent encore largement à inventer.

    LES DÉFIS DES MÉDIAS À TRAVERS LE MONDE

    Nihar Kothari, rédacteur en chef et directeur du « Rajasthan Patrika » (Inde)

    « Le défi auquel la plupart d’entre nous sommes confrontés provient de l’intelligence artificielle (IA). Après les réseaux, c’est un nouveau challenge financier qui se dresse face à nous, au moment où les annonceurs se retirent du print. Il n’existe même pas [en Inde, Ndlr] d’obligation légale de faire la distinction entre le contenu généré par l’IA et le contenu humain. Il est de notre devoir de, sans cesse, rappeler aux lecteurs que l’IA n’utilise que ce que les humains ont déjà créé. Que se passera-t-il quand les gens ne seront plus sur le terrain, qu’ils ne feront plus de journalisme d’investigation ? » Laureen Piddiu

    Sara Okuoro, rédactrice numérique du « Willow Health Media » (Kenya)

    « Nous sommes contraints de nous tourner vers le digital, mais cela entraîne son lot de problèmes. Au Kenya, il y a par exemple, en ce moment, beaucoup d’informations erronées ou de désinformation en ce qui concerne l’épidémie d’Ebola qui sévit dans la région. Les gens préfèrent s’informer sur Twitter ou TikTok, où tout circule très vite, plutôt que de se tourner vers des médias “mainstream”. Nous passons donc notre temps à corriger ces fausses informations plutôt que d’en créer. »

    Vincent Chang, président et directeur du contenu du « World Journal » (États-Unis)

    « J’ai été très inspiré par le discours d’Arthur Gregg Sulzberger, le patron du New York Times, sur l’intelligence artificielle. Mais on parle de l’un des plus grands journaux du pays, qui doit dépenser plus de 20 millions de dollars en frais de justice dans son procès contre Open AI. Quid de nous autres ? C’est vraiment un travail difficile. Les médias des minorités aux États-Unis, comme le nôtre, sommes en quelque sorte un journal local qui s’adresse à un lectorat bien précis. Nous ne sommes pas seulement confrontés aux défis liés à l’IA, mais aussi à l’évolution du marché. » L.Pi.

  • Sébastien Delogu dénonce des ingérences étrangères

    Sébastien Delogu dénonce des ingérences étrangères

    « Des personnes sont même allées faire des affiches, dans la deuxième ville de France, avec des QR codes renvoyant à des sites où il était écrit que j’étais accusé de viol ! » Ce mercredi matin, dans une conférence de presse, Sébastien Delogu, député LFI de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, aux côtés de François Piquemal, son homologue de Haute-Garonne, a sonné la riposte face à ce qu’ils qualifient de « campagne de dénigrement et diffamation ». Laquelle a eu lieu pendant les élections municipales, où les deux étaient candidats dans leurs villes respectives. Le tout, orchestré, a priori, par une entreprise israélienne spécialisée dans l’influence sur internet.

    Sébastien Delogu énumère la « création de sites internet, création de faux comptes et de faux journalistes » à son encontre. Quand François Piquemal, ex-candidat à Toulouse, liste la « création de pages diffamantes colportant des rumeurs ou la divulgation de mon adresse personnelle sur internet ». Ce dernier évoque un exemple parlant : « La veille du 2d tour avec diffusion de fausses publicités sur plusieurs sites, dont celui de “La Dépêche du Midi”. » Des publicités haineuses reprenant la charte graphique des insoumis où l’on voyait, par exemple, un homme torse nu avec un tatouage « LFI », frappant un autre homme à terre.

    L’affaire est notamment documentée par Viginum, dispositif créé par Emmanuel Macron qui contrôle les opérations électorales sur internet, comme le relatent nos confrères du Canard Enchaîné. Selon eux, Viginum a largement documenté les fausses informations, publications haineuses et autres tromperies à l’égard des deux candidats et est remonté jusqu’à ladite entreprise israélienne. Problème : Le Canard Enchaîné révèle, ce mercredi, que le rapport s’appuyant sur le travail de Viginum, « consacré aux opérations de déstabilisation constatées », n’a toujours pas été rendu public. De quoi faire monter au créneau François Piquemal avec une question à l’Assemblée nationale. En réponse, Laurent Nuñez a annoncé, mercredi 20 mai à l’Assemblée, qu’une « action judiciaire [était] engagée ». Et d’assurer que le rapport serait bien rendu public. Le candidat toulousain saisit le tribunal administratif pour faire annuler l’élection.

  • Le 5, rue des frères Perez à Marseille, un ex « hôtel social » à vau-l’eau

    Le 5, rue des frères Perez à Marseille, un ex « hôtel social » à vau-l’eau

    Depuis quatre mois, une famille vit dans une chambre d’hôtel relogée en urgence à la suite de menaces. Le couple dénonce depuis plusieurs années l’indignité de leur logement suite à des fuites actives d’eaux qui ont entrainé des interventions des marins-pompiers, des fissurations des murs, des infestations de souris et de punaises, des courts-circuits et des surtensions qui détruisent l’électroménager, une ventilation insuffisante, un manque d’entretien générale des parties communes, une dégradation importante de la cage d’escaliers.

    La veille, le 5 février 2026, trois inconnus s’étaient présentés à leur domicile pour une expulsion sauvage. « Tu as jusqu’à lundi pour quitter les lieux sinon on met le feu à ton appartement et on te tue avec ta famille » consigne le dépôt de plainte. Le matin même, une audience s’était tenue devant le tribunal de proximité avec leur bailleur pour dénoncer l’indignité du logement.

    Après avoir déjà connu la difficile copropriété du Gyptis, la famille emménage en février 2014 dans un studio au 4e étage du 5 rue des frères Perez (3e) un immeuble ancien et dégradé en contrebas de la tour Bel Horizon, cette copropriété privée de grande hauteur dont un réseau de drogue a investi des parties communes. Le 5, rue Pérez compte 24 studios issus de division d’appartements sur 5 étages dont une grande partie sont à présent squattés. A noter que depuis janvier 2025, le « permis de louer » s’applique dans le secteur Hoche-Versailles.

    « Depuis trois ans, les problèmes se sont aggravés. J’avais monté un dossier à l’ADIL et porté plainte contre l’ancien propriétaire qui a fait ensuite des travaux mais de camouflage » raconte Djamila, la mère. « Le 6 février au soir, deux types armés et un troisième qui se tenait en bas sont venus frapper à la porte. Je vais te butter, je sais où ta fille va à l’école. Je leur ai répondu que je n’avais pas peur. Les policiers qui sont venus m’ont répondu « on n’est pas payé pour vous protéger ». La mère qui milite à la France insoumise, obtient l’intervention des députés LFI Sébastien Delogu et Manuel Bompard. La préfecture le trouve un refuge d’urgence. « On était en danger. C’est trop de peur. J’avais préparé de quoi partir rapidement. Mais même à l’hôtel, on n’est pas tranquille. Un gars en trottinette est venu il y a trois semaines à la laverie me menacer. On n’est pas en Colombie pourtant… »

    Leur immeuble appartenait jusqu’en juillet dernier à Louis Dalbert, 89 ans, qui l’a revendu à la société I.A 2022 dirigée par le marchand de biens Chouki Hedhiri pour la somme de 326 000 euros. Les baux et quittance de loyer étaient tamponnés par une obscure association dénommée « Un abri pour tous » que gérait l’octogénaire. Un montage singulier qui explique que huit locataires soient titulaires de baux de sous-location de six mois à un an pour un loyer mensuel, charges comprises, de 450 euros, que trois studios sans loués sans bail, le restant étant squatté.

    Suite à cette vente, la SPLA-IN a visité l’immeuble et repéré des « désordres extrêmement importants » dans cet immeuble aux « logements très dégradés » et procédé à un signalement immédiat à la Ville, laquelle a déclenché des visites les 10, 15 octobre et 20 novembre et engagé une procédure contradictoire avant mise en sécurité, faute de travaux. Le document a été un temps affiché à la porte de l’immeuble.

    La semaine dernière, la situation s’est accélérée. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un commando d’une quinzaine d’individus cagoulés aurait fait irruption à 1h50 du matin dans l’immeuble, terrorisant les occupants, brisant les serrures pour les pousser au départ. « Ils étaient très nombreux. Ils ont cassé les serrures des logements. Mon appart est squatté alors qu’on a encore le bail. Ils ont frappé une personne » raconte Djamila sur la foi de contact gardé sur place. Une patrouille de policiers aurait alors interpellé 4 individus dont un jeune de 18 ans, les autres prenant la fuite vers la tour Bel Horizon Trois interventions policières ont eu lieu dans l’immeuble vendredi et dimanche pour des tentatives de squat. Contactés, ni le propriétaire, ni le syndic D’Agostino n’ont donné suite à nos requêtes.

    David Coquille

  • À Port-de-Bouc, un nouveau journal pour les habitants de la Presqu’île créé avec les jeunes

    À Port-de-Bouc, un nouveau journal pour les habitants de la Presqu’île créé avec les jeunes

    Ils sont deux journalistes en herbe. Islem et Zakaria, âgés respectivement de 13 et 15 ans, ont passé des vacances pour le moins atypiques pour des adhérents d’un centre social. Et pour cause : ils ont participé à la collecte d’informations et à l’élaboration d’un nouveau magazine de quartier, à parution trimestrielle, destiné aux habitants de la Presqu’île de Port-de-Bouc.

    Le périmètre couvert par ce nouveau « canard » ne doit rien au hasard. Le quartier est en pleine mutation dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), qui prévoit la démolition de la barre de la Lèque et de plusieurs bâtiments des Aigues-Douces, ainsi que la rénovation des logements et des espaces publics. C’est dans ce contexte que le centre social Fabien-Menot, les services de la Ville, l’État et 13 Habitat se sont associés afin de mieux informer les habitants sur l’avenir de leur quartier, au plus près du terrain.

    En cinq matinées, les deux jeunes reporters ont posé leurs questions au maire (PCF) Laurent Belsola sur les modalités de concertation avec les habitants. Ils ont aussi rencontré Céline Félices, du service patrimoine de la Ville, afin de revenir sur les grandes étapes de l’histoire du quartier, de la fermeture de l’usine Saint-Gobain en 1958 jusqu’aux prémices du projet de renouvellement urbain, lancé en 2016. Enfin, ils se sont entretenus avec l’entreprise chargée de la démolition des logements.

    Le premier numéro de La Gazette de la Presqu’île paraîtra en juin et sera distribué directement aux habitants « Il faut que les gens lisent ce journal, car il donne des infos qu’on n’a pas à la télé », vante Zakaria.

  • La bataille juridique continue pour les syndicats de Free

    La bataille juridique continue pour les syndicats de Free

    On n’est pas contre la fusion, mais on veut que les salariés soient représentés. C’est pour eux notre combat aujourd’hui. » Au sortir de l’audience, ce mardi 21 avril, du recours en référé engagé par la CGT Telecoms, suivie de la fédération SUD Telecoms et de la CFDT S3C Provence Alpes, les représentants du CSE (comité social économique) de Certicall à Marseille, un des trois centres d’appels de Free, devenu marque du groupe Illiad, restent inquiets. Ils dénoncent la décision de leur direction de fusionner ces entités puis de les absorber dans une filiale, Protelco, renommée « Free assistance », au détriment du nombre de représentants du personnel.

    « Illiad a décidé de fusionner, c’est son droit. Mais le faire sans consultation du personnel, en affirmant que les mandats disparaissent… », argumente leur avocate, Mathilde Fruton-Létard. Et de dénoncer l’attitude de l’entreprise, qui fait « tout pour gagner du temps », alors que la fusion doit être effective début mai. L’audience devait se tenir la semaine dernière, mais la partie adverse a obtenu un renvoi. Pour l’avocate, la requête des syndicats est légitime quand la fusion va avoir « indéniablement des impacts au niveau local ».

    « Pas de magouille »

    Elle revient sur la position de la direction selon laquelle rien ne change pour les salariés. « Ce sont les mêmes effectifs, le même périmètre, alors pourquoi la représentation du personnel doit-elle changer ? » avance-t-elle. Elle s’interroge sur la démarche entamée, un prétexte à « se débarrasser des représentants du personnel », estime-t-elle, soutenue dans sa demande par l’avocate du syndicat SUD.

    Mais, pour la partie adverse, le recours est tardif. « La consultation a commencé le 18 décembre, l’ensemble des CSE ont reçu les informations et trois mois après, ils viennent plaider l’urgence. Il y a un délai pour agir », estime une des avocates de la direction. Quant à la caducité des mandats des représentants du personnel, « c’est un effet juridique automatique », assène-t-elle. Et le processus de fusion en deux temps, « ce n’est pas une fraude, mais c’est le Code du commerce, il n’y a pas de magouille », assène maître Pellequer, intervenant pour Protelco. Pour elle, vouloir bloquer la fusion est même « une atteinte à la liberté d’entreprendre des sociétés ».

    Un argumentaire qui agace les représentants des salariés. Ils dénoncent des conditions de travail déjà détériorées avec aussi la mise en place de mini-centres d’appels, les « Free proxi ». Des structures légères au plus près des clients, estime la direction. Un moyen d’isoler les salariés, rétorque la CGT, qui évoque de forts risques psychosociaux. Et le rachat de SFR par Bouygues, Orange et leur entreprise, annoncé le 17 avril, ne les rassurent pas franchement non plus.

    Délibéré les 28 et 29 avril.

  • Baumettes : l’ex-directrice témoigne de son calvaire

    Baumettes : l’ex-directrice témoigne de son calvaire

    Elle est arrivée à l’audience de la 7e chambre de Marseille escortée par ses gardes du corps, visages masqués comme elle. Figure longiligne compressée dans son uniforme de l’Administration pénitentiaire, coiffée du tricorne, elle a retiré son épais gilet pare-balles pour s’entretenir avec ses trois avocats.

    Depuis que l’organisation criminelle DZ Mafia a mis un contrat pour l’assassiner, l’ancienne directrice du centre pénitentiaire des Baumettes est sous protection. La Marseillaise avait révélé, le 3 décembre 2024, sa suspension et son exfiltration après la diffusion, sur des réseaux sociaux, de sa mise à prix. « Marseille. 120 000 euros pour la tête de la directrice des Baumettes. » Le post sur TikTok affichait la marque DZ Mafia avec la mention « On vous parle gentiment, vous ne voulez pas comprendre. » Des menaces d’autant prises au sérieux qu’étaient interpellés, la veille, deux jeunes armés et cagoulés à proximité du domicile d’un de ses adjoints. Tout serait orchestré par un des chefs de la DZ Mafia écroué aux Baumettes après un différend sur ses conditions de détention.

    Ce mardi, la fonctionnaire aux 30 ans d’ancienneté a pris la parole au procès de deux détenus accusés d’« apologie de crime » et d’« acte d’intimidation envers un dépositaire de l’autorité publique ». Ils ont relayé en mars 2015, sur leur compte Snapchat, l’appel à l’éliminer. « Ce que vous avez publié a bouleversé ma vie », a-t-elle lancé à Othmane, 30 ans, en visioconférence depuis la prison de Nantes. « Ma vie a complètement changé. C’est un appel à l’assassinat réel avec pour moi un risque majeur de mourir », ajoute la quinquagénaire. « Depuis un an, je suis protégée. Je prends énormément de risques à être là. Je suis partie précipitamment pour un poste que je n’ai pas choisi. Je suis partie seule pour sauver ma vie. Un an que je suis à l’isolement. Vous avez brisé ma vie. » Son avenir professionnel ? « L’Administration pénitentiaire, je l’ai aimée, mais je vais la quitter. J’avais travaillé trois ans sur le projet des Baumettes 3. J’ai été arrachée en plein vol à six mois de l’ouverture. »

    « Je suis désolé d’avoir relayé cette info. J’ai fait le con », se repent Othmane, 11 mentions au casier, dont le viol d’une prostituée, et libérable en 2033. Il jure n’avoir rien à voir avec la DZ Mafia. « J’ai repris ça sur TikTok. J’ai vu que c’était problématique, mais j’ai tellement rien à voir avec tout ça. Je ne connais pas Marseille, je n’ai jamais été aux Baumettes. » Pour le confondre, les Renseignements pénitentiaires, dont les informations sont couvertes par le secret-défense, ont produit des captures d’écran de son compte « Cellule frappe » orné d’un émoji de Kalachnikov. « Vous participez indirectement au recrutement d’un tueur et ça banalise l’offre d’emploi pour venir tuer un représentant de l’état », lui lance la présidente.

    Sabrina, 30 ans, détenue à Rennes, a refusé de comparaître. Avec 17 mentions au casier pour de nombreux vols, la délinquante marseillaise, un temps sous surveillance pour radicalisation, a dit en garde à vue avoir « fait circuler cette story à titre informatif » sur son compte « LibérezmoiDZ », se disant « effarée à tel point qu’on était des fous à Marseille ».

    Pour le parquet, « cette affaire s’inscrit dans un contexte de déstabilisation de l’Administration pénitentiaire par le crime organisé », précédée « d’attaques concertées révélatrices d’une volonté d’intimider l’administration et la République française pour imposer sa loi ». à ses yeux, « ils sont prêts à monter dans le train du crime organisé avec l’objectif de faire une administration faible et permissive ». De requérir 2 ans dont 6 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans, indemnisation de la partie civile, 5 ans d’interdiction de séjour à Marseille et de port d’armes.

    « C’est un compte privé, il n’y a pas d’apologie, pas d’intimidation », oppose Me Flore Nanchino, qui plaide la relaxe. « C’est stupide, immoral, débile, mais pas pénal. » Délibéré le 28 janvier.

  • Un atelier pour trouver de bonnes sources sur internet

    Un atelier pour trouver de bonnes sources sur internet

    Comment se cultiver ou s’informer de manière fiable sur internet ? La multitude de résultats d’une recherche Google peut décourager, parfois perdre, souvent induire en erreur. Les Espaces publics numériques (EPN) de Martigues proposent plusieurs ateliers à différentes thématiques pour répondre à ce besoin. Avec plusieurs médias et ressources à partager.

    L’animateur de l’atelier de ce lundi après-midi, Frédéric Magaud, part de la plateforme Youtube. « Il existe beaucoup de chaînes à but éducatif ou de vulgarisation scientifique », explique-t-il, parmi lesquelles on peut citer Fouloscopie, créée par le docteur en sciences cognitives Mehdi Moussaïd. Ce dernier explique entre autres la densité d’une foule au mètre carré à partir… de tomates cerises dans une caisse en bois.

    Dans un autre registre, Frédéric Magaud propose Nota Bene, une chaîne qui traite d’histoire, ou encore le Collège de France et ses centaines d’heures de cours d’universitaires en libre accès par thématique. « J’ai tendance à proposer des sources officielles pour être sûr de l’info, même si certains créateurs sont tout à fait respectables », justifie l’animateur.

    Fatia, la cinquantaine et ancienne secrétaire en quête de bonnes sources, a trouvé son bonheur. « J’utilise beaucoup Youtube pour mes différentes recherches », reconnaît-elle. Mais il n’y a pas que cette plateforme et Frédéric Magaud passe en revue d’autres ressources comme Gallica, le versant numérique en libre accès de la Bibliothèque nationale de France (BNF) où l’on peut lire Balzac ou Hugo. « C’est intéressant ! », remarque la participante, intéressée par la littérature plus que par les podcasts ou par Wikipédia.

    Que faire de l’IA ?

    Une question que se pose Fatia est celle de que faire de l’IA et de ses réponses. « J’ai Gemini sur mon téléphone pour poser des questions », indique-t-elle. « Mieux vaut utiliser Mistral », répond Frédéric Magaud, argumentant qu’il s’agit d’« une IA européenne protégée par RGPD et non soumise à la loi américaine, qui peut permettre à Google de donner des infos sur nous à tout le monde autrement ». « Et ChatGPT sait déjà tout sur nous ! », renchérit une autre participante.

    Après deux ans d’existence, les ateliers grand public des EPN sont encore source de découverte et d’étonnement à mesure qu’évolue le paysage numérique. Qu’il s’agisse de question d’intelligence artificielle, ou de mise à jour de Windows.

  • Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Une jeunesse en lutte contre le chômage

    Six semaines pour provoquer l’engagement chez les jeunes éloignés de l’emploi, c’est l’objectif du « Lab de l’engagement », dispositif de l’antenne du Vieux-Port de la mission locale de Marseille. Autour de la table se trouvent Amir, Achraf, Félix, Maëlle, Jenna, Carlla-May et Kassim, aux côtés de leurs accompagnatrices, Coraline et Louna. Ils ont entre 16 et 24 ans et sont dans la cinquième semaine du dispositif, fruit d’un partenariat entre plusieurs associations – Citizen Campus, les Têtes de l’Art, Appel d’Aires – et financé par la Ville de Marseille.

    Au rythme de trois à quatre ateliers par semaine, ils pratiquent divers exercices en lien avec l’engagement au sens large et rencontrent des associations. « On a vu beaucoup de choses, un travail sur les médias, les informations actuelles et historiques… On a rencontré des intervenants intéressants », témoigne Amir. Son parcours résume bien l’objectif du Lab : « Au début, je me demandais ce que je faisais là. Et, au bout d’une semaine, je me suis dit que c’était trop bien. Sans le Lab, je ne me serais pas autant ouvert. » Achraf abonde : « J’ai acquis de l’expérience avec les ateliers sur la politique. On n’aurait pas eu ces informations sans le Lab, c’était bénéfique. »

    De quoi réellement les pousser vers le travail. Par exemple, Carlla-May bénéfice d’une allocation au titre de « l’engagement jeune ». « Ça me permet de mettre des sous de côté pour m’acheter du matériel et faire le métier que j’aime. Et me payer la formation adéquate », explique-t-elle. Un engagement « donnant-donnant ». Même principe pour Kassim, qui a « postulé pour être ambassadeur de la vie collégienne » suite au Lab de l’engagement. Et Amir entend redoubler d’efforts dans l’association, dont il est déjà membre.

    En bref, l’objectif du Lab est jugé atteint par la plupart des jeunes présents. « J’étais vraiment pas rassuré de faire des choses en groupe, je suis venu à reculons. J’ai appris à reprendre confiance en moi, à m’exprimer en situation de groupe alors que je n’étais pas habitué », témoigne Kassim. Il se dit même « fier » d’être sorti de sa zone de confort. Et les effets sont concrets : Si ces jeunes sont la deuxième promotion du Lab, les membres de la première « ont tous trouvé un emploi ou une formation ».

    Découverte des métiers de Twitch

    Au programme ce jour, ils découvrent le studio Twitch, service de diffusion vidéo en direct, de l’émission de la mission locale Lab’On-ID. Paul Ordonneau, co-animateur, présente les grandes lignes du format : « Notre but est d’éveiller la curiosité chez les jeunes. On a aussi des formats qui nous tiennent à cœur, avec des émissions plus axées sur le divertissement. Ça permet de parler de la mission locale d’une autre manière. » Il propose à Kassim de co-construire une future émission. Les deux échangent longuement pour établir un plan, avec l’optique de lui laisser la main. « Quel concept tu veux voir ? Tu verrais comment cette séquence… », questionne-t-il. Kassim rebondit, en proposant des variantes de concepts qu’il connaît : « Cyril Gane [combattant de MMA, Ndlr.] fait des vidéos comme ça. Faire une discussion autour du sport, j’aime bien. »

    Rapidement, il prend la main : « On pourrait faire ça avec des invités en plateau, j’animerais et je poserais des questions si nécessaire. » Les autres jeunes écoutent Rayima Ammad qui expose son travail sur la gestion du tchat et la participation des auditeurs, la création des relais de l’émission en temps réel sur les réseaux sociaux… Mathieu Jonquières s’occupe de la régie et présente les aspects techniques et les micros : « Notre objectif est de donner la parole aux jeunes sur les sujets qui les intéressent. On essaie d’avoir une approche qui amène naturellement les jeunes à la mission locale. » Présentation de métiers avec des formats vidéos qui parlent aux jeunes, pendant que les jeunes accompagnés mettent la main à la patte. C’est tout le concept de Lab’On ID : « Ça les aide à découvrir des métiers et voir qu’il y a des opportunités à la mission locale. »

    EN CHIFFRES

    +6,3%

    De jeunes de moins de 25 ans sont inscrits à France Travail et tenus de chercher un emploi (catégories A, B et C) dans la région, au 3e trimestre 2025, portant leur nombre à 63 370, dont 41 870 (+8,7%) sans aucune activité (catégorie A). Sur un an, la hausse est de 21,4%, soit 11 170 jeunes de plus.

    +7,1%

    De jeunes inscrits en catégorie A, B et C dans les Bouches-du-Rhône, soit 26 850 personnes, dont 17 950 en catégorie A (+9,3%). +6,3%Dans le Var, soit 12 920 jeunes inscrits, dont 8 630 en catégorie A (+8,8%).

    +5,3%

    En Vaucluse, soit 8 550 jeunes inscrits, dont 5 500 en catégorie A (+8,1%).