Tag: Industrie

  • À Istres, un « jeu d’acteurs » au service du bénéficiaire

    À Istres, un « jeu d’acteurs » au service du bénéficiaire

    Attirer, former et recruter. C’est l’objectif poursuivi par la Halle immersive, inaugurée en novembre dernier au sein du Centre de formation des apprentis (CFAI) istréen de l’Union des industries et métiers de la métallurgie. Depuis l’ouverture, plus de 1 000 visiteurs sont passés dans ce lieu. Derrière, les Missions locales et France Travail se mobilisent pour présenter les parcours proposés par les organismes partenaires.

    Dans la région, les enjeux sont grands : 15 milliards d’euros d’investissements publics et privés sont annoncés d’ici 2030-2040, soit, possiblement, 10 000 emplois supplémentaires dans l’industrie. Sans oublier 60 000 recrutements pour remplacer les départs à la retraite.

    Pour relever le défi, le « jeu d’acteurs qu’on a réussi à mettre en place avec l’ensemble d’un collectif qui réunit les branches, l’État, le rectorat, France Travail, les Missions locales » est essentiel, confie le directeur du CFAI d’Istres, Jean-Pierre Dos Santos. « Il faut se focaliser sur ce que veut le demandeur, sinon, on passe à côté. » À propos de la visite de Sabrina Roubache, le directeur affirme : « C’est important d’avoir un relais au plus haut niveau de l’État qui comprend ces mécanismes-là et qui va être capable d’encourager l’ensemble des acteurs à continuer de faire ce travail de concertation, de collaboration au service du bénéficiaire. »

    Du côté des formations en alternance, « l’offre n’est pas un problème », assure-t-il. D’autant que « le secteur, particulièrement la chaudronnerie et la soudure, recrutent énormément » d’après la chargée de mission Céline Longobardi.

    Un point d’interrogation subsiste néanmoins pour la rentrée prochaine : les effets de la baisse des aides à l’apprentissage allouées aux entreprises. La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la formation professionnels précise : « Les aides à l’apprentissage ont été diminuées pour les entreprises de plus de 250 employés, passant de 6 000 à 2 000 euros. (…) On a réajusté. Je pense que les grandes entreprises qui ont besoin de recruter sont capables de le faire et n’ont pas besoin de l’aide de l’état pour investir dans les compétences. » Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l’aide est maintenue à 5 000 euros pour la première année, contre 6 000 auparavant.

  • [1er-Mai] À Martigues, les regards tournés vers la pétrochimie en lutte pour sa survie

    [1er-Mai] À Martigues, les regards tournés vers la pétrochimie en lutte pour sa survie

    Martigues est une ville ouvrière, populaire, profondément attachée à la solidarité et à la défense de l’industrie, de l’emploi et des services publics », lance Gaby Charroux, maire (PCF) de Martigues, au moment d’entamer la manifestation du 1er-Mai organisée par l’Union locale CGT de Martigues sur l’esplanade Félix-Ziem.

    La journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs prend une dimension particulière sur ce territoire industriel. Si les industries martégales et du bassin d’emplois sont citées par le maire, c’est qu’elles arrivent à un tournant. Le secrétaire du syndicat CGT Kem One Lavéra Geoffrey Del Baldo, dans le cortège, l’illustre. « Il faut maintenir cette date de lutte, particulièrement quand on voit l’industrie qui s’appauvrit de plus en plus. Chez nous, les fonds de pension qui ne mettent pas d’argent dans nos outils les transforment en mini-bombes ! », ose le syndicaliste, en référence aux propriétaires de Kem One, 1er producteur français de PVC. Il précise son propos : « La moindre fuite chez nous aura un impact sur les salariés, mais aussi sur la population. On parle de composés volatils cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques CMR. » Alors pour Geoffrey Del Baldo, « la première priorité est de maintenir et pérenniser les outils, donc les emplois et la richesse de la région », à l’heure des grandes annonces de nouveaux projets industriels et de décarbonation.

    « Lavéra a été payé par les impôts des Français »

    Le secrétaire général de l’UL CGT Daniel Bretonès, originaire du syndicat de Naphtachimie, abonde en ce sens. « Toutes les industries du bassin sont vieillissantes. Il faut qu’elles transitionnent car on ne peut plus polluer et consommer autant qu’avant. On jette de l’énergie, cramée à la torche alors que des idées de recyclage ont été abandonnées faute d’investissements », explique-t-il. Avant de parler décarbonation, le syndicaliste est catégorique : « La première condition est que l’outil soit fiable et sécurisé face aux risques de feu, d’explosion ou autres. »

    Daniel Bretonès rappelle que « Lavéra a été payé par les impôts des Français, mais depuis que le privé a racheté, il encaisse les ronds mais n’investit pas dans l’outil vieillissant, datant des années 1960-1970 », déplore-t-il. Pire, « ces fonds de pension qui rachètent tout sont des vampires : ils font des montages financiers pour racheter une boîte sans investir, les mettent en déficit et l’État ne fait rien », en référence à la situation de Kem One. Ce n’est pas un hasard : « Kem One est le premier client de Naphtachimie et LyondellBasell. S’ils ferment, c’est toute la chimie locale et les 20 000 emplois induits qui tombent avec », avertit le responsable.

    ArcelorMittal est aussi source d’inquiétudes. Jean-Luc Ruffin, secrétaire CGT du comité d’entreprise européen présent dans le cortège, affirme que « le redémarrage du 2e haut-fourneau est court-termiste. On sera le 11 juin devant l’Assemblée pour défendre la niche parlementaire du PCF sur la nationalisation d’ArcelorMittal » proposée par la CGT. Martigues donne sa raison d’être à la journée de lutte des travailleurs.

    « Si Kem One tombe, toute la chimie locale tombe avec les 20 000 emplois concernés »

  • Pas de fatalité aux sols contaminés

    Pas de fatalité aux sols contaminés

    Métal lourd naturellement présent dans les roches à l’origine de la formation des sols, le cadmium a proliféré à cause des activités agricoles intensives (les engrais en sont porteurs). Son taux est désormais anormalement haut dans l’organisme humain et son caractère cancérogène avéré.

    Ce constat très documenté dressé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) doit être suivi de décisions collectives. Il est indispensable que les pouvoirs publics prennent à bras-le-corps cet enjeu de santé publique au risque d’une véritable catastrophe sanitaire. Or, depuis la publication de ce rapport implacable de l’Anses, les mesures annoncées sont minimales à l’instar du remboursement (60% par la Sécu, 40% par les complémentaires) des analyses pour mesurer le taux de cadmium et encore pas pour tous.

    S’attaquer au mal à la racine

    Il convient de s’attaquer au mal à la racine en musclant les réglementations. L’urgence est là : près de la moitié de la population générale adulte en France est concernée par un taux critique de cadmium dans l’organisme. Les mesures quand elles sont prises sont suivies de résultats. L’exemple de l’industrie est à ce titre très parlant : « Les émissions de cadmium par les sources industrielles ont fortement diminué en dix ans, de 48% dans l’air et de 69% dans l’eau, grâce au renforcement de la réglementation », souligne l’Anses dans son rapport. Des progrès également constatés dans la zone de Fos. Les normes et les réglementations protègent !

  • À Toulon, des abeilles à l’écoferme pour piquer la curiosité des citoyens

    À Toulon, des abeilles à l’écoferme pour piquer la curiosité des citoyens

    Le Département poursuit son ambition de valorisation de la biodiversité et de sensibilisation du public aux enjeux environnementaux. Mercredi matin c’est sur le site de l’écoferme de la Barre que la presse était invitée à la présentation du rucher pédagogique mis en place en partenariat avec l’Union nationale de l’Apiculture française (Unaf). L’objectif étant à travers la sensibilisation du public, et notamment des plus jeunes , d’initier des acteurs de demain à la préservation de la flore et de la faune. Et ici, tout particulièrement, des abeilles : ces insectes indispensables mis à mal par l’agro-pétrochimie.

    L’Espace naturel dans lequel ont été introduites ces ruches bénéficie d’un cadre très favorable à l’épanouissement des abeilles, avec une diversité florale propice à leur développement. Le projet s’intègre pleinement à la démarche éducative prônée par le Département du Var, « au croisement des enjeux écologiques, agricoles et alimentaires ».

    « Elles sont en train de démarrer tranquillement, puisqu’on les a installées là, au mois de novembre », explique Thierry Abello, l’apiculteur en charge du rucher. Le berger des abeilles les accompagne et essaie de les protéger de la prédation des frelons asiatiques, par du piégeage notamment. « L’année dernière, j’ai détruit un nid sur la piste cyclable qui faisait 90cm de diamètre », explique-t-il. Mieux vaut en effet être vigilant, parce que « 20-30 frelons, peuvent suffire à liquider une ruche et ses 40 000 abeilles en seulement un ou deux jours ».

    En revanche, elles combattent assez bien la chaleur de l’été et les dégringolades de température de l’hiver, apprend-on. « Toute l’année, le milieu de la ruche est à 37 degrés pour protéger les larves qui sont pondues en permanence », ajoute l’apiculteur. Les abeilles, tantôt s’agglutinant ou battant des ailes selon l’effet recherché.

    Former des citoyens éclairés

    L’un des messages passés aux enfants, c’est que « les abeilles pollinisent à peu près 30% à elles toutes seules de ce qu’on mange, entre fruits et légumes ». Ce qui donne l’ambleur du désastre que serait leur disparition.

    « Le premier souci d’un apiculteur c’est de savoir ce que ses abeilles vont manger », commence Félix Gil, administrateur de l’Unaf, en ajoutant qu’ici il y a de quoi être plus que rassuré.

    L’occasion de rappeler qu’il y a 2 000 ruches installées sur les toits parisiens qui trouvent alentour suffisamment de quoi butiner (lire page 19).

    Le militant engagé insiste ensuite sur l’ambition de ce partenariat, qui est, dit-il, « de communiquer, faire passer un message ».

    Et de poursuivre : « Parce que, vous savez, on est face aux pesticides. Et seul le public peut nous aider. » L’implication du plus grand nombre pouvant permettre de faire pression et de résister au poids des profits colossaux en jeu, dans cette industrie comme dans les autres.

    Le président (LR) du Conseil départemental Jean-Louis Masson a lui aussi insisté dans sa prise de parole sur l’importance pédagogique des ruches.

    « Dans le contexte actuel de déclin des populations d’abeilles, je souhaite que ce rucher puisse devenir un véritable outil pédagogique », lance-t-il.

    Le patron du Département a ensuite plus largement mis en avant les efforts fournis par la collectivité pour préserver les espaces naturels et la biodiversité aux travers des espaces naturels sensibles, notamment. « Nous œuvrons sans relâche pour maintenir ces précieux corridors écologiques sur tout le territoire », insiste Jean-Louis Masson.

    Et l’écrin de verdure protégé niché en plein Toulon que représente l’écoferme de la Barre témoigne de cette volonté, explique-t-il.

    Et de conclure : « Notre ambition est claire : développer une conscience collective autour de la nécessité de préserver ces insectes indispensables et former des citoyens éclairés, conscients des enjeux écologiques et acteurs de leur préservation. »

    Si sa parole pouvait aussi atteindre et convaincre les camarades de son propre parti LR, ça ne serait pas piqué des hannetons. Et ça ferait avancer la cause des abeilles.

  • Pays d’Aix : les entreprises du territoire ouvrent leurs portes

    Pays d’Aix : les entreprises du territoire ouvrent leurs portes

    Face à un parterre de chefs d’entreprise, d’élus et de partenaires, Fanny Nadeau, directrice de l’office de tourisme de Gardanne, rappelle les enjeux derrière les Indus’3Days, lancés en 2016. L’édition 2026 vient d’être inaugurée ce mercredi, à la Société du Canal de Provence, l’un des partenaires historiques d’Indus 3’Days. « Pour nous, visiter une entreprise ce n’est pas uniquement du tourisme industriel, c’est plonger dans le cœur battant de notre économie, déroule Fanny Nadeau. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 130 entreprises mobilisées sur près de 5 000 km², des centaines d’heures de visite et près de vingt thématiques explorées, on peut le dire, c’est une véritable prouesse collective. »

    Sous la bannière de ce rendez-vous, des centaines d’entreprises, de la station d’épuration Aix-Ouest, à la Centrale de Provence, en passant par la confiserie du Roy René, au site Arcelor Mittal de Fos-sur-Mer, les directions et équipes de petites, moyennes, grandes entreprises du territoire, ses ateliers, ses galeries et ses usines, inviteront le public à découvrir le quotidien entre les murs « de lieux devant lesquels nous passons régulièrement, mais derrière lesquels nous ne savons absolument pas ce qu’il se passe », glisse, à l’issue des discours, Fanny Nadeau.

    Plus loin, plus longtemps

    Les visites, organisées en nombre limité -les places sont à réserver au plus tôt sur le site de l’événement-, sont ouvertes à tous, adaptées aux familles. « C’est aussi la plus belle façon d’inspirer les vocations de demain », estimait la directrice de l’office de tourisme. Lancé en 2016 avec la participation de neuf entreprises mobilisées sur une durée de trois jours, cette édition s’étend sur une durée de trois semaines. Et s’exporte sur le territoire. De métropolitain, Indus’3 Days devient régional. « Nous avons pris notre envol pour nous étendre au pays de Manosque et à la Provenceverte », se félicite Fanny Nadeau, non sans rappeler qu’Indus’3 Days est né sur une terre de mineurs. « Ce n’est pas quelque chose de folklorique, c’est quelque chose d’utile, ajoute Arnaud Mazille, élu à la culture dans la majorité d’Hervé Granier, maire de Gardanne. Il est utile en ce qui concerne la connaissance et donc l’acceptabilité de nos opérateurs économiques. Tout le monde est d’accord pour consommer local, avoir des entreprises locales, pour avoir des investisseurs locaux, mais jamais à côté de chez soi. À Gardanne, on en est parfois le triste exemple. »

    Mathilde Benedetto, déléguée régionale pour l’antenne sud de l’association Entreprises et Découvertes, rappelle que : « La Région Sud occupe une place exceptionnelle en matière de tourisme de savoir faire, avec 4,2 millions de visiteurs sur un total national de 22 millions. » Soit « près de 20% de la fréquentation ». Eva Bonnet-Gonnet

  • Une nouvelle usine Haribo à Uzès pour 2029

    Une nouvelle usine Haribo à Uzès pour 2029

    Haribo, le leader du bonbon en France, a annoncé le 1er avril le lancement d’un investissement majeur : la construction d’une nouvelle usine sur le site d’Uzès, dans le Gard. Les travaux débuteront début 2027, pour une mise en service prévue en 2029. « Ils vont abattre le dépôt actuel pour construire la nouvelle usine, tandis que l’usine actuelle sera convertie en dépôt, précise Guillaume Brante, délégué syndical CGT Haribo à Uzès. C’est une très bonne nouvelle dans l’ensemble, parce que l’usine était vieillissante et qu’ils vont remplacer presque toutes les machines. »

    Dans son communiqué, l’entreprise promet bien des technologies de production de dernière génération : « La nouvelle unité d’Uzès intégrera notamment de nouvelles lignes de fabrication et de conditionnement et permettra d’augmenter certaines capacités, notamment sur les dragées. » L’objectif affiché est aussi de réduire l’empreinte carbone de Haribo France, puisque la nouvelle usine devrait avoir un impact carbone réduit de 90% par rapport à l’actuelle et qu’elle sera conçue « selon les standards les plus avancés en matière d’efficacité énergétique et de performance environnementale ».

    Dans son communiqué, l’entreprise déclare également que le futur site d’Uzès concentrera les nouvelles capacités de production modernisées, tandis que le site de Marseille « continuera de jouer un rôle essentiel en se spécialisant sur la fabrication de produits emblématiques tels que les Schtroumpfs, Croco, PIK ou Rotella, renforçant ainsi sa performance opérationnelle et son savoir-faire historique ».

    Un mauvais présage pour l’usine de Marseille ?

    Sur ce dernier point, Guillaume Brante reste nuancé, puisque cela signifie que la nouvelle usine d’Uzès doit récupérer une partie de la production de l’antenne située à Marseille. « Nous allons passer de 26 000 à 40 000 tonnes de production, ce qui enlève une partie du tonnage de Marseille, explique le syndicaliste. Il y aura des possibilités de mutation, mais notre crainte est que cela engendre quand même des suppressions de postes à Marseille. Nous devons donc rester vigilants. »

    Par ailleurs, l’usine d’Uzès embauche actuellement 260 personnes et, contrairement à ce que promet l’entreprise, ce projet ne devrait pas permettre de créations directes d’emplois : « La direction parle d’une trentaine de nouveaux emplois, poursuit Guillaume Brante. Or c’est l’équivalent des départs en retraite d’ici 2029, donc l’effectif restera identique. La construction de l’usine devrait cependant permettre de faire travailler indirectement des entreprises locales, ce qui est une bonne chose pour le département du Gard et nous nous en réjouissons. » Il conclut : « Depuis 2016, nous réclamons du capacitaire en France. Avec cette nouvelle usine, le tonnage total produit à Uzès et Marseille restera le même, il sera juste fabriqué différemment. »

  • Quand les amandiers refleurissent

    Quand les amandiers refleurissent

    Leurs fleurs poétisent le bord des chemins et l’amandier est devenu un arbre rare, un ornement des paysages provençaux alors qu’il fut une des productions les plus importantes du sud de la France. Aujourd’hui plus de 70 ans après la disparition de sa culture à grande échelle pour cause de gel historique, les amandiers refleurissent en nombre en régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie sous l’impulsion de la Compagnie des amandes, cofondée par l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg.

    Ce lundi 13 avril est une nouvelle étape de cette entreprise de relocalisation d’une production emblématique avec l’inauguration à Brignoles, dans le Var, de la casserie de la Compagnie des amandes. Un outil industriel au service de tous les producteurs d’amandes.

    Le symbole d’une méthode

    C’est aussi le symbole d’une méthode solide et rigoureuse pour réussir une relocalisation et la réindustrialisation d’une production. Une méthode basée avant tout sur une volonté de fer car les obstacles sont nombreux. Au premier rang, la frilosité des banques plus attirées par la financiarisation et l’argent facile que le soutien à l’économie réelle, celle qui crée de l’emploi, fait vivre les communes, des familles, un pays.

    C’est la raison pour laquelle l’inauguration de la casserie de la Compagnie des amandes est à la fois une leçon de persévérance et un message d’espoir : le déclin de l’industrie n’est pas inéluctable. Son renouveau tient à la volonté de toutes les forces vives des territoires. C’est cette volonté qui a permis que les amandiers refleurissent.

  • « On a créé une entreprise filièrequi relocalise une production »

    « On a créé une entreprise filièrequi relocalise une production »

    La Marseillaise : Présentez-nous cette casserie et la genèse du projet…

    Arnaud Montebourg : C’est un projet que nous avons conçu il y a 7 ans de relocalisation partielle d’une filière qui a disparu, ou quasiment, dans les années 1950. Pour donner un ordre d’idée et quelques chiffres : aujourd’hui, on consomme 51 mille tonnes d’amandes en France mais on n’en produit que 2 000. En 2018, quand on a créé la Compagnie des amandes, on était à 40 000 tonnes de consommation pour 800 tonnes produites. Voyez un peu la croissance : 25% d’augmentation. L’amandier est un arbre qui trouve sa place naturelle dans le bassin méditerranéen mais qui a disparu pour plusieurs raisons : gel des années 50, préférence pour une plantation de vignes car l’amandier est long à venir… Puis c’est un savoir-faire qui s’est perdu. D’abord, notre projet consistait à réintéresser les agriculteurs à cette culture en les dérisquant financièrement, techniquement et commercialement.

    Comment « dérisquer » les agriculteurs ?

    A.M. : Techniquement d’abord : on a l’Inrae [Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, Ndlr] dans notre capital. On a embauché des ingénieurs en agronomie de haut niveau et des techniciens de vergers, qui sont capables de maîtriser la culture, de partager l’expérience et de disposer du savoir scientifique de l’institut. Notre directeur scientifique est Henri Duval, qui était chargé de la recherche sur l’amandier, c’était le dernier des Mohicans, à Avignon Montfavet. Tout cela a permis de réhabiliter l’implantation de variétés françaises, sélectionnées par l’Inra dans les années 50. On ne peut pas les mettre à l’abri sur le gel. Mais il y a un choix d’emplacement grâce à une connaissance historique du parcellaire qui peut limiter les risques. Il y a aussi une répartition des vergers entre Occitanie et Paca. Tout cela fait qu’on a de bons résultats agronomiques. Financièrement ensuite : on s’associe avec les agriculteurs. Ces derniers, au début, ne comprenaient pas : on leur disait « on veut s’associer avec vous », et ils répondaient « vous allez nous les acheter combien les amandes ? ». On leur expliquait ensuite que ce n’était pas notre raisonnement. On propose une association, sur des terres qui restent aux agriculteurs, dans votre verger qui reste conduit par des agriculteurs. Mais on va élever nos arbres ensemble, et vendre le produit de la récolte ensemble, le plus cher possible. L’intérêt pour eux, c’est que la Compagnie des amandes est une compagnie agricole, alignée sur les intérêts des agriculteurs. On a d’ailleurs décidé de les payer avant qu’ils ne récoltent quoi que ce soit.

    C’est assez rare de payer avant la récolte…

    A.M. : Ça n’existe pas ! Depuis le néolithique, l’agriculteur est payé après la récolte. Mais si on leur dit : On plante, et dans 6 ans on verra, tu bosses gratos d’ici là… C’est normal qu’il n’y ait plus d’amandiers ! À l’inverse, si on propose un paiement en fonction des besoins, des hectares… Cela permet d’augmenter les surfaces cultivées en amandiculture. De cette manière, on a planté 230 hectares à Aix, Narbonne… C’est en lien avec le fait de les dérisquer commercialement : sur les 2 000 tonnes produites d’amandes par les vergers français, la moyenne du parcellaire est de 2,2 hectares. Ils se retrouvent donc avec 2 tonnes d’amandes sur les bras et ne savent pas quoi en faire, à qui les vendre… D’où la casserie : on va les casser, les transformer, les vendre et maîtriser le marché. Elle est très performante, aux normes technologiques. Et permet de relocaliser la casse, qui allait en Espagne via des camions, tout en étant compétitif. Et surtout d’avoir nos propres vergers à casser, nos propres tonnages et on offre un débouché pour tous les agriculteurs indépendants. Pour la campagne de 2025, on a cassé 120 tonnes, ça augmente tous les jours. Car on a créé une entreprise filière : on fédère les agriculteurs producteurs et on assure leurs revenus en concentrant les discussions avec les acheteurs, sur nous.

    Comment êtes-vous compétitif dans ce marché mondialisé qu’est l’amande ?

    A.M. : Si l’on veut de l’amande française, traçable, aux normes, qui répond aux cahiers des charges des artisans chocolatiers, nougatiers ou calissoniers, on est les seuls. C’est ce qui nous permet de défendre les revenus des agriculteurs. Sur le plan agronomique, notre amande est meilleure : on n’épuise pas les arbres, on respecte la nature… Notre parcours est agroécologique. Cela fait qu’on a moins de rendement que les Américains mais on a un goût phénoménal. Tout le monde le salut, tout le monde en veut. Nos ventes sont en décollage vertical : on n’a pas assez d’amandes pour satisfaire la demande, les prix montent, la croissance aussi, le marché continue de grossir… On peut aller jusqu’à 3 000 tonnes avec cette casserie, s’il y a la production. C’est notre objectif, et ça ne serait que 5-6% du marché national.

    Vous démontrez que le « fabriquer en France », c’est possible avec cette casserie qui ouvre à Brignoles ?

    A.M. : Oui, on montre que, sur toutes les filières endommagées, quand on craque le modèle, on peut relocaliser. Tout en servant les agriculteurs, qui doivent recevoir un revenu raisonnable, et les consommateurs, qui demandent du local. On vient de signer un contrat de 5 ans avec Système U. C’est du jamais vu un contrat de 5 ans !

    La ministre de l’Agriculture vient pour l’inauguration de la casserie, ce lundi. Quel regard portez-vous sur les politiques de relocalisation du gouvernement actuel ?

    A.M. : Elle nous fait l’honneur de venir, on l’a aussi invitée. Sur le plan agricole, Annie Genevard construit des plans de souveraineté. Elle m’a d’ailleurs confié une partie d’entre eux sur les productions végétales, car elle a vu que ce que nous faisions avec la Compagnie était intéressant. Je le fais d’une manière tout à fait bénévole et désintéressée, dans l’intérêt national. On essaie donc de faire ce travail dans d’autres filières agricoles. Pour le reste, la réindustrialisation n’est pas au rendez-vous. Pourquoi ? On n’a pas mobilisé l’ensemble de la société en ce sens. Pas les banques, pas le système financier… On n’a même pas mobilisé le Parlement pour, par exemple, simplifier la réindustrialisation. Aujourd’hui, construire une usine est un enfer, un parcours du combattant. Alors qu’on a besoin de nouvelles usines si l’on veut donner du pain quotidien à nos concitoyens ! Et si on laisse fermer les anciennes et que l’on n’en crée pas de nouvelles, on a un vrai problème. La bataille pour défendre les outils productifs en France ne fait que commencer.

    Ce que vous faites sur les amandes, on peut le faire sur d’autres productions ?

    A.M. : On peut le faire sur le plan agricole car les agriculteurs sont seuls. Ils ont besoin d’être dérisqués, ils ne peuvent pas y arriver seuls : ils n’ont pas de capitaux, plus de capacité d’endettement, ils n’ont pas de débouché eux-mêmes pour les produits… Nous, on propose un système coopératif mais privé. On le fait financer par du capital. On a fait une alliance capital-travail. La Compagnie est la force d’équilibre, on évite que le capital soit trop gourmand, on protège l’agriculteur contre ses abus. Si elle marche, tout le monde est gagnant : l’investisseur y trouve son compte, l’agriculteur gagne sa vie, le consommateur trouve un produit que le marché ne faisait pas…

    Vous ne craignez pas que le capital prenne trop de place ?

    A.M. : Non car on maîtrise ça, c’est notre travail de faire cet équilibre. Et regardez, dans le capital de la Compagnie : il y a Daco Bello, leader du fruit sec en France, Arterris, la première coopérative du midi de la France avec 25 000 agriculteurs et l’Inrae… On est fier d’avoir fait ça. Mais c’était très difficile, on n’a pas toujours eu des nuits paisibles. Il fallait trouver l’argent, on a quand même levé pas loin de 17 millions !.

  • Une « semaine décisive » pour la survie de Fibre Excellence

    Une « semaine décisive » pour la survie de Fibre Excellence

    L’étau se resserre sur la filière papetière française et l’usine de pâte à papier de Fibre Excellence à Tarascon. Toujours en grande difficulté financière, l’entreprise reste menacée de mise en redressement judiciaire d’ici le 15 avril.

    Et ce malgré des discussions qui durent depuis des mois entre l’État et le groupe, dont une proposition du ministre de l’industrie d’aide de 150 millions d’euros sur des mesures au moyen-long terme (lire notre article du 28/02). « Le discours de la direction reste le même : il faut des engagements concrets et directs, des garanties écrites de court terme pour permettre au groupe de passer 2026 », explique Laurent Quinto, représentant de la Filpac-CGT sur le site tarasconnais. En bref, la main tendue du ministre ne répond pas totalement aux attentes du groupe, qui réclame notamment une revalorisation rapide de son prix de vente de l’électricité produite sur ses sites. Une revalorisation qui permettrait de passer ses comptes dans le vert, compensant la hausse du coût de sa matière première, le bois, et un prix de vente de la pâte à papier pas folichon. Mais cette question de l’électricité reste un point de blocage persistant avec l’État, pour lequel Fibre Excellence a lancé un recours administratif, à la fin mars.

    « Sans action directe, on est en redressement judiciaire le 15 avril. C’est une semaine décisive, l’attente est très angoissante pour les salariés », s’inquiète Laurent Quinto. L’intersyndicale des sites se rend, à nouveau, à Bercy pour une réunion avec le Ciri (Comité interministériel pour la restructuration industrielle), ce vendredi. La veille, c’est la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), qui a rendez-vous avec le Premier ministre sur le sujet. « Il serait incompréhensible que l’État reste inactif », dénonce-t-elle.

    Un coût « social

    et territorial »

    La chambre de commerce et d’industrie du Pays d’Arles a aussi lancé un « appel à une décision urgente de l’État », le 2 avril dernier, dans un courrier à l’adresse du Premier ministre. Elle alerte sur le coût « économique, social et territorial » qu’aurait une liquidation de l’entreprise. Un coût qui serait « bien supérieur à l’effort demandé aujourd’hui pour rétablir une situation viable et un impact immédiat et massif pour le territoire du Pays d’Arles ». Comme la CGT, la chambre consulaire met en exergue les conséquences potentielles locales : « La disparition du site de Tarascon entraînerait la perte de 20% de l’activité du port d’Arles et un manque à gagner direct estimé à 1 million d’euros par an pour les collectivités locales. »