Tag: Industrie

  • Une terre d’images et d’avenir

    Une terre d’images et d’avenir

    Certains symboles qui ne vieillissent pas. Cent trente ans après les frères Lumière et leurs premières projections à La Ciotat, la Provence demeure l’une des terres majeures du cinéma tricolore. D’Antoine Lumière à Marcel Pagnol, des studios de Marseille aux plateaux de Martigues, notre territoire n’a jamais cessé de raconter des histoires au monde. Aujourd’hui encore, les caméras s’y installent pour des longs-métrages ou des séries diffusées sur diverses plateformes en ligne. Preuve que la révolution numérique n’a pas effacé cet héritage, mais lui a donné de nouveaux horizons.

    Des savoir-faire à préserver

    Cette place n’est pas seulement culturelle. Elle est économique, sociale et industrielle.

    Derrière chaque tournage, il y a des techniciens, décorateurs, menuisiers, costumiers, régisseurs, restaurateurs ou encore des hôteliers. Des milliers d’emplois dépendent directement ou indirectement de cette filière. Soutenir la production audiovisuelle française, c’est donc défendre l’exception culturelle, mais aussi préserver des savoir-faire et des emplois non délocalisables.

    À l’heure où l’intelligence artificielle, les plateformes mondiales et la concurrence internationale rebattent les cartes, la France doit continuer à investir dans la création. Car produire des œuvres françaises, ce n’est pas seulement alimenter une industrie. C’est faire vivre une langue, une mémoire et une vision du monde.

    Le Sommet Lumière le rappelle : dans la bataille mondiale des images, la Provence n’a pas seulement un passé glorieux à célébrer.

    Elle a un avenir à construire.

  • Fibre Excellence : à Tarascon, l’expertise des salariés sacrifiée

    Fibre Excellence : à Tarascon, l’expertise des salariés sacrifiée

    Tout se précipite autour de l’avenir de l’industrie de la pâte à papier en France. Alors que l’entreprise de Haute-Garonne du dernier fabricant français doit trouver 90 millions d’euros d’ici le 8 septembre, la présidente de Région Occitanie, Carole Delga (PS), demande à l’état d’entrer temporairement au capital (lire ci-contre) et de ne pas démanteler. Sur le site de Tarascon, liquidé fin juillet, la question de la mise en sécurité du site inquiète de plus en plus.

    À peine l’usine prise en main par le mandataire désigné par le liquidateur, que de mauvaises manipulations font craindre le pire pour l’environnement. Du côté des riziculteurs et des ostréiculteurs, on s’alarme également et justement des rejets toxiques dans le Rhône, alors que, jusque-là, l’usine rejetait de l’eau plus propre que celle qu’elle puisait. Le PCF 13 fustige : « L’état a refusé de soutenir et d’aider financièrement l’offre de reprise qui aurait pu sauver l’usine. Quant au Conseil régional Paca à majorité de droite, il n’est pas intervenu sur ce dossier, contrairement au Conseil régional d’Occitanie à majorité de gauche ». Dénonçant « une catastrophe économique, sociale et écologique », il « soutient les exigences de la CGT ». La France insoumise (FI) 13 condamne également « l’inaction de l’État » et demande « la nationalisation des deux sites ». Le maire RN de Tarascon, Alexandre Ducouret, a quant à lui vu dans ces incidents l’occasion d’un coup d’agitation en arrivant sur le site avec des pompiers.

    Mais à Tarascon, ce sont ces salariés qu’on laisse sur le carreau qui sont les mieux placés pour prévenir les dégâts. Depuis des mois qu’on leur souffle le chaud et le froid, soutenus par la CGT et FO, ils n’ont eu de cesse d’alerter sur les risques d’une fermeture bâclée et de continuer à surveiller les installations. Depuis le 28 août, on leur demande de rendre leur tablier et de transmettre en quinze jours leur expertise et leur savoir-faire sur ce site complexe pour laisser la main à une équipe de Realtec, missionnée par le liquidateur. « Même moi qui suis sur cette usine depuis 10 ans, je n’ai pas la prétention de tout connaître sur le réseau électrique », indique Jean-Michel Bulinge, délégué CGT et technicien de maintenance.

    Dernière veillée

    Il en tient pour évidence les premiers jours de délais pour cette « passation » accordés par un arrêté préfectoral d’urgence pris le 28 août au soir, suite à la situation de blocage et de crise sur le site de Fibre Excellence. Un nouveau rendez-vous en urgence le 31 août, tenu sous l’égide de la sous-préfète d’Arles, actait d’une mise en sécurité « avec une équipe hybride composée d’anciens salariés de Fibre Excellence Provence ainsi que du personnel de la société Realtec mandatée par le liquidateur. Cette organisation pourra ainsi bénéficier de la connaissance, du savoir-faire et de la compétence des anciens salariés afin d’évacuer les principaux produits et déchets sur site tout en prenant soin de l’outil industriel pour le laisser dans le meilleur état de conservation possible et favoriser la reprise d’une activité sur site ».

    Une présence de neuf personnes était requise. « Pas de quoi permettre de garantir la sécurisation lors des opérations de vidange et de nettoyage », regrettait amèrement Jean-Michel Bulinge à la sortie de la réunion. La CGT estimant également, en se reportant à une note interne de l’usine, que la présence de 24 salariés était nécessaire sur une durée de six mois.

    Dès le 1er septembre, des opérations ont été réalisées avec cette équipe mixte et devaient se poursuivre durant un mois. « En quelques heures, trois événements inquiétants se sont produits, pollution alcaline, liqueurs noires déversées dans un bac de rétention, équipements de sécurité privés d’alimentation, liste le syndicaliste. Une situation potentiellement beaucoup plus grave a été évitée grâce à la surveillance des ex-salariés. » Alors que leurs contrats prennent fin, ces derniers restent, ce 2 septembre, « en attente des résultats des courbes de déversement des produits ».

    Pour sa part, Fibre Excellence dénie toute gravité : « Un écoulement imprévu d’un effluent industriel a été intégralement contenu dans le dispositif de rétention prévu à cet effet. Environ 6 m³ ont été dirigés vers la station de traitement des effluents. Aucun rejet dans le milieu naturel ni aucune pollution n’ont été constatés ».

  • Sortir du fatalisme

    Sortir du fatalisme

    La situation de Fibre excellence est un scandale à plus d’un titre.

    Dernière entreprise productrice de pâte à papier en France avec ses deux sites majeurs, Tarascon et Saint-Gaudens, elle a été abandonnée par le gouvernement qui a refusé d’apporter les garanties nécessaires au plan de reprise présenté, cet été, au tribunal de commerce de Toulouse. Et cela, en dépit des grandes déclarations sur l’importance des relocalisations d’usines et de la souveraineté industrielle après le covid.

    Fibre excellence a ensuite été disloquée : à la différence de l’usine de Saint-Gaudens, celle de Tarascon a été liquidée et ses salariés licenciés.

    Malgré les alertes lancées par les salariés et leur intersyndicale sur la dangerosité de l’arrêt de ce site classé Seveso, plusieurs incidents ont eu lieu, laissant craindre des conséquences environnementales en plus de la casse sociale et industrielle. Des peurs dans la population sur lesquelles la mairie RN de Tarascon, très discrète lorsqu’il s’agissait de défendre l’avenir de l’usine, n’a pas manqué de surfer.

    Nationalisation temporaire

    Dans ce contexte, Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, et sa majorité de gauche ont raison de se battre pour sortir du scénario de la catastrophe annoncée.

    En demandant au président de la République une nationalisation temporaire, elle ouvre une brèche dans le fatalisme ambiant et montre un autre chemin que celui que les dogmes libéraux infligent au monde du travail.

    Oui, Fibre excellence est une entreprise stratégique. Oui, des milliers d’emplois sont en jeu. Oui, il est temps d’agir. À Saint-Gaudens et à Tarascon !

  • [Occitanie] Carole Delga veut une nationalisation temporaire pour Saint-Gaudens

    [Occitanie] Carole Delga veut une nationalisation temporaire pour Saint-Gaudens

    La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), ne lâche pas le morceau pour sauver l’usine sœur de Fibre Excellence Tarascon, située à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Lors d’une conférence de presse, ce mercredi, l’élue a notamment appelé l’État à procéder à une « nationalisation temporaire » pour l’aider dans sa quête d’un repreneur pour le site occitan. Le tout, alors que le tribunal de commerce de Toulouse doit se prononcer, le 8 septembre prochain, sur son avenir.

    Concrètement, Carole Delga réclame « une prise de participation de l’État pour laisser le temps à un partenariat industriel de se former ». Avant de développer : « Je demande une participation de l’État à hauteur de 15 millions d’euros en capital et en trésorerie, sachant que la Région Occitanie a prévu 13 millions d’euros ». Si elle explique que l’Aris (Agence régionale des investissements stratégiques), a déposé une offre de reprise de 90 millions d’euros, il faut encore la consolider avec l’apport d’un « investisseur étranger » qui reste à trouver.

    Avec la nationalisation temporaire, Carole Delga espère donc gagner du temps. Concernant le site de Tarascon, elle ne baisse pas les bras non plus : « Nous avons demandé à ce qu’il n’y ait pas de démantèlement de l’outil industriel de Tarascon pour qu’il puisse y avoir de nouveau un projet ».

  • À Fibre Excellence, déjà des incidents inquiétants

    À Fibre Excellence, déjà des incidents inquiétants

    Suite à la situation de blocage et de crise sur le site de Fibre Excellence, une réunion s’est tenue lundi soir en préfecture, où l’on précise : « L’accord trouvé lundi soir à 22h entre le liquidateur et les représentants syndicaux permet d’engager la mise en sécurité de l’usine de Tarascon avec une équipe hybride composée d’anciens salariés de Fibre Excellence Provence ainsi que du personnel de la société Realtec mandatée par le liquidateur. »

    Et de préciser : « Des opérations de vidange et de nettoyage pourront également être réalisées en s’appuyant sur les capacités internes de traitement de l’usine ». Le travail devrait se poursuivre sur un mois. Ce mardi 1er septembre, les nouvelles équipes ont démarré leur travail. Or, « plusieurs incidents se sont produits lors des interventions demandées par l’entreprise prestataire par des personnes insuffisamment formées », déplore le syndicat CGT dans un communiqué. Les salariés réitèrent leur demande d’embauche d’une quarantaine de salariés éperonnés sur le site le temps de sa mise en sécurité. Les ouvriers encore présents sur le site témoignent d’une manipulation qui « a provoqué une pollution alcaline dont une partie pourrait se déverser dans le Rhône dès ce soir ». Mais, aussi, que la réduction de la consommation électrique a « privé d’alimentation les sprinklers, destinés à la sécurité ». Et, enfin, lors d’une vidange, « 50 m3 de liqueur noire se sont déversés dans un bac de rétention ». Ce qui fait beaucoup pour une première journée de prise en main.

  • Face aux pollutions persistantes, bras de fer autour du tunnel du Soulat à Marseille

    Face aux pollutions persistantes, bras de fer autour du tunnel du Soulat à Marseille

    Il n’y a plus aucune pollution créée par la production de Satys, nous avons fait des investissements importants pour étanchéifier le site », insiste le directeur général de Satys Coatings, Thierry Cotelle. Un mois après le nouvel arrêté préfectoral encadrant la gestion des pollutions du site du chemin de la Madrague-Ville dans le 15e arrondissement de Marseille (notre édition du 22/08), le dirigeant de l’entreprise de peinture aéronautique a tenu à présenter l’action menée face à la présence persistante de chrome VI, cancérigène, issue de l’ancienne activité industrielle. Un dossier dont a hérité l’entreprise qui, en 2023, a fait le choix de conserver cette implantation dans les quartiers Nord avec 120 emplois à la clé, au lieu de délocaliser en Hongrie. Les actions de pompages ont ainsi été lancées, 200 mètres cubes de terre excavés après la démolition en juillet du bâtiment où était présent le chrome.

    Mais les fuites persistent à l’extérieur. Des investigations vont donc être lancées pour capter le ruissellement de la fontaine encore polluée de la résidence voisine du Fil de lin, même si « le filet d’eau qui s’en va vers les Aygalades est tellement fin qu’on n’y constate aucune augmentation de pollution ».

    Surtout, du côté du tunnel du Soulat, une concentration de 6 mg/L, soit 60 fois la norme, est encore mesurée dans les résurgences. « La concentration a baissé, mais nous sommes maintenant sur une asymptote, il doit y avoir une poche dans la roche où il y a encore du chrome », avance Thierry Cotelle. Les eaux sont toutefois drainées et traitées avant d’être rejetées dans l’assainissement. « Tout est sous contrôle », assure-t-il. Alors que le tunnel doit accueillir le fret ferroviaire en provenance du terminal de Mourepiane, il assure qu’il est désormais exploitable. « Nous avons fait une étude sanitaire qui montre qu’il est possible de travailler à l’intérieur », explique le directeur général. Sans convaincre la SNCF Réseau, qui a dressé une contravention de grande voirie à l’encontre de l’ancien propriétaire du site ainsi qu’à l’actuel, et l’exploitant Satys. « Nous avons fait ce que nous avions à faire », confirme le gestionnaire du réseau qui refuse de s’exprimer davantage. Face à la « somme importante » réclamée, qui « mettrait à mal l’activité », l’industriel a refusé de payer, et la conteste en justice. « Puisque la pollution perdurera, la solution alternative est celle mise en place », insiste le directeur général.

  • Les dossiers de rentrée sur le bureau du préfet des Bouches-du-Rhône

    Les dossiers de rentrée sur le bureau du préfet des Bouches-du-Rhône

    Une saison des incendies pour le moment maîtrisée

    La saison n’est pas terminée, le front des incendies est resté stable dans le département, note Jacques Witkowski avec 512 feux recensés depuis le 1er juin, soit 67 de plus qu’en 2025, une augmentation de 15%. S’il y a eu « beaucoup de départs de feux », ils ont été « éteints très vite », mis à part celui de Rognac et de Lançon-de-Provence. Outre la prévention, la préfecture mise aussi sur le répressif avec le respect des obligations légales de débroussaillement. Des communes ont été mises en
    demeure, un camping à Beaurecueil fermé le temps d’agir. Les gendarmes missionnés dans les massifs ont interpellé 350 personnes pour comportements dangereux. Le représentant de l’État se prépare désormais aux épisodes cévenols qu’il appréhende.

    Accompagner les consommateurs de crack

    Face à l’augmentation de la consommation de crack dans le centre-ville qu’il juge « préoccupante », le préfet a mis en place des actions. D’abord répressives pour éviter « les enkystements » mais il mise aussi sur la prise en charge médicale des consommateurs. « Co-porté » avec la Ville, un site d’accueil de 17 places a ouvert mi-août, un autre de 10 places va suivre. Soit 500 000 euros investis par l’État pour leur fonctionnement. Un coordinateur médical a été mis en place. Le développement des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues, deux seulement à Marseille, est souhaité, et à long terme, l’installation d’une halte soins addictions plus que soutenue. Reste à trouver le site…

    Métropole : la balle renvoyée aux politiques

    Prévu le 10 septembre, le vote de la décision modificative du budget métropolitain marque une nouvelle étape. Pour le préfet, « budgétairement, l’affaire est réglée ». Et de réaffirmer le strict rôle de conseil et de contrôle de la légalité de l’État. « Je souhaite que la Métropole sorte de cette ornière », assure-t-il. La mission Bussereau-Debat devant permettre d’entamer des « discussions politiques » sur ses compétences ou limites géographiques.

    Vigilance sur Fibre excellence

    Alors qu’à Tarascon les salariés de l’usine de pâte à papier restent mobilisés après la fermeture du site ce vendredi 28 août (lire aussi page 5), le préfet indique avoir saisi le liquidateur pour s’assurer de sa mise en sécurité. Et si les lieux doivent être dépollués, ils le seront par le repreneur, ou, à défaut, par le propriétaire actuel, assure-t-il. Mais pas question pour autant de laisser la CGT le bloquer, s’il le faut, « on interviendra par contrainte », promet-il.

    Des économies sur l’hébergement d’urgence

    Une « dépense de 117 millions d’euros dans le département », permet de financer 6 000 places dans deux types d’hébergement d’urgence, l’un dans le diffus, l’autre provisoire à l’hôtel rappelle le préfet. Sur ce dernier, 1 562 places, « on a décidé de reprendre en main budgétairement les choses », indique-t-il, avec un nouveau contrat au 1er octobre avec des hôteliers. Et la réalisation d’un « état zéro », le préfet dénonçant « des situations irrégulières », avec « des gens à l’hôtel depuis 6 ans » Et de marteler : « Je suis comptable des deniers publics, je ne peux pas engager ce que le Parlement n’a pas voté. » Or au 1er janvier, le dépassement « était de 8 millions, là encore à 3 millions », déplore-t-il.

    Parallèlement en 2025, 1 400 logements ont été récupérés auprès des bailleurs, 991 cette année. « Presque 2 500 places, un effort notable », estime-t-il.

  • [Entretien] Daniel Bretonès, CGT : « L’industrie est menacée par la crise et la financiarisation »

    [Entretien] Daniel Bretonès, CGT : « L’industrie est menacée par la crise et la financiarisation »

    La Marseillaise : La rentrée sociale va être dense. Quelles sont les dates à ne pas manquer ?

    D.B. : Il va y avoir pas mal de journées d’action : le 15 septembre dans la santé et l’énergie, puis le 29 septembre dans la fonction publique. Dans notre périmètre, on a l’industrie qui est menacée par la crise mais aussi par la financiarisation. Avec la Fédération de la Chimie et la Ville, on organise des assises de l’industrie à Martigues le 1er octobre, parce que Kem One est très menacé.

    Quelle est la problématique ?

    D.B. : C’est une entreprise qui est en difficultés financières seulement à cause de son montage financier. C’est une LBO, donc un système où l’entreprise qui reprend fait payer le crédit qu’elle a elle-même engendré par le site lui-même. Kem One a été rachetée en 2021 par le fonds de pension américain Apollo quasiment sans dette. Pourtant, on parle aujourd’hui de 700 millions d’euros de dette, et ce sont les salariés qui remboursent. Kem One fait plus de 60 millions de bénéfices mais a un budget de fonctionnement (hors salaire et maintenance) qui est au-delà de ce qu’elle gagne. C’est une gestion purement financière de l’économie. La LBO mise en place par Maastricht sert juste à engraisser la finance et à détruire notre industrie.

    Aujourd’hui on craint une revente de Monarch Alternative Capital, qui a pris le contrôle de l’entreprise en juin après qu’Apollo lui a cédé. Le groupe Apollo accepte de s’asseoir sur une partie de la dette, mais demande à l’État de compenser. Il y a une menace sur l’emploi, il y a quand même plus de 1 300 salariés concernés. C’est un groupe qui a un impact important sur la France et qui est primordial pour l’industrie. Il fait du PVC, du chlore et de la soude, qui est utilisée dans les centrales nucléaires et dont la production doit être locale parce qu’elle ne peut pas être transportée. Si Kem One tombe, aucun acteur en France ne sera capable de prendre le relais. C’est aussi un des premiers clients de Naphta Chimie, de LyondellBasel à Berre…

    Pour nous, il y a urgence de dénoncer ce genre de choses mais aussi proposer des solutions comme la nationalisation, ou un principe qui permet à l’État de devenir actionnaire quand il met de l’argent. Quand Kem One était en redressement, l’État a investi 300 millions d’euros. Aujourd’hui, il aurait pu être gestionnaire de cette boîte.

    Quel regard portez-vous sur
    la décarbonation après que
    le Carbon, qui était présenté comme l’une des locomotives,
    a finalement été abandonné ?

    D.B. : On met la lumière sur des projets qui n’arrivent jamais. Tout tombe à l’eau pour la simple et bonne raison que l’État français est créditeur et dépendant des banques. À l’époque, on empruntait à la banque de France avec un taux d’intérêt de 0, donc on ne payait pas de dette. Aujourd’hui, si on veut une vraie planification écologique ou industrielle, il faut sortir de la loi Pompidou-Giscard-Rothschild de 1973.

    Comment va se poursuivre la lutte pour le redimensionnement de l’hôpital ?

    D.B. : On est très inquiets, avec toutes les maladies professionnelles et les expositions, de savoir l’état de l’hôpital de Martigues. On se dit qu’en cas d’incident majeur, il n’y aura pas de service de santé puisqu’on est même pas capables de gérer des épidémies saisonnières. Les soignants sont maltraités par l’État, par leur direction, qui leur demande de travailler plus pour compenser le manque de personnel, mais aussi par les patients, qui sont en colère. Et puis, on a un gros souci au niveau du respect du droit de grève, avec des soignants qui sont systématiquement assignés. On a déjà interpellé la direction, les salariés en ont marre, ils peuvent même plus s’exprimer. Jeudi prochain il y aura une assemblée générale pour coordonner des journées de grève, mais aussi pour interpeller la population, parce que c’est notre hôpital à tous en tant que citoyens. C’est un bien commun.

    La campagne pour l’élection présidentielle va aussi rythmer l’année. Comment préparez-vous cette échéance ?

    D.B. : On a une réflexion pour rentrer dans une campagne contre les idées d’extrême droite, que même les politiques libéraux récupèrent. Pour nous, le gros combat à mener c’est de faire comprendre que le RN ne s’attaque pas qu’aux étrangers mais aussi aux personnes handicapées, aux services publics, à l’écologie, aux salariés… Les premières lois que passe l’extrême droite au pouvoir c’est pour réformer le droit du travail pour asservir les travailleurs. Parce que l’extrême droite travaille pour le grand capital.

  • La réutilisation des eaux usées traitées arrive à Sète

    La réutilisation des eaux usées traitées arrive à Sète

    Face à la raréfaction de la ressource en eau, Sète passe à la vitesse supérieure. Depuis le début du mois de juillet, les eaux usées traitées par la station d’épuration des Eaux Blanches sont réutilisées pour des usages communaux qui jusque-là nécessitaient de l’eau potable.

    Un arrêté préfectoral fixe les conditions de la réutilisation des eaux usées traitées (Réut) et permet à Sète Agglopôle d’économiser pas moins de 20 000m3 chaque année. « L’autorisation concerne l’hydrocurage des réseaux d’assainissement, l’arrosage du ballast (lors d’une construction d’une route, on arrose afin de compacter un petit peu les cailloux et la terre) et bien sûr les laveuses de la Ville de Sète et potentiellement celles de Frontignan et La Peyrade », énumère Vincent Sabatier, vice-président de Sète agglopôle Méditerranée, délégué au cycle de l’eau.

    La collectivité dirigée par le socialiste Loïc Linarès met également en avant la technologique du dispositif, permettant d’avoir une eau de haute qualité. « C’est une eau de qualité A+, une des rares eaux en France à avoir ce label [la première dans l’Hérault, Ndlr.] puisque la technicité de la station d’épuration nous permet de sortir une qualité très supérieure à l’eau de baignade », poursuit le vice-président. En effet, l’eau usée subit dans un premier temps un procédé d’ultrafiltration membranaire avant d’être désinfectée par rayons UV. Du chlore est également ajouté pour assurer un effet durable et ainsi permettre de la stocker dans une cuve de 20 000 litres. Une réutilisation des eaux usées qui empêche également de rejeter cette eau dans la mer.

    La perspective d’usages industriels de la Réut

    Cette nouvelle économie d’eau vient s’ajouter à celle de 110 000m3 issus de la récupération d’eau de lavage des filtres de la station de potabilisation sétoise. « Potentiellement, cette eau économisée pourra servir pour les “usages nouveaux” de la ressource. Nous sommes de plus en plus confrontés à des conditions météo extrêmes, nous obligeant à arroser plus. Cette eau pourrait subvenir à ces besoins, en particulier l’irrigation », souligne Vincent Sabatier. Seul hic, sa salinité. « Le réseau est au niveau zéro des cartes [zéro hydrographique, Ndlr.], donc nous avons un petit peu d’intrusion d’eau salée. Mais il est toujours moins compliqué d’enlever 3g de sel que 30 comme dans l’eau de mer. »

    Ce nouveau dispositif n’est qu’une première étape dans la réutilisation des eaux usées traitées. En effet, l’Agglo prévoit de développer ses usages, notamment industriels. « Le second projet est de venir alimenter l’usine Saipol, premier consommateur d’eau municipal de la ville de Sète. Là, on vise une économie de 350 000m3 », soutient Vincent Sabatier. Notamment pour refroidir les installations et produire de la vapeur pour cette usine dédiée à la transformation de colza d’import.

    Une démarche qui montre le fort potentiel de cette technologie encore peu développée en France, contrairement à l’Espagne voisine, où l’eau réutilisée peut être consommée par la population. Mais à la vue du dérèglement climatique, il est sûr que la question de la Réut va se poser dans le débat public français.

  • La Région Occitanie veut sauver l’usine Saint-Gaudens

    La Région Occitanie veut sauver l’usine Saint-Gaudens

    « Nous avons fait la moitié du chemin et allons poursuivre le travail jusqu’à la prochaine audience du Tribunal de commerce, le 8 septembre. Rien n’est gagné. Mais une dynamique est engagée. J’irai jusqu’au bout pour donner un avenir industriel durable à Saint-Gaudens, à ses salariés et à la filière pâte à papier française ». Déterminée à ne pas voir s’éteindre l’emploi industriel, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), a déposé lundi, via l’agence régionale des investissements stratégiques de la collectivité (Aris), une « offre consolidée » de reprise pour la deuxième usine du groupe Fibre Excellence située à Saint-Gaudens en Haute-Garonne.

    Le groupe Soprema

    autour de la table

    Contrairement au site provençal de Tarascon, le tribunal de commerce de Toulouse a laissé un sursis aux quelque 300 travailleurs occitans. L’offre pilotée par la Région Occitanie comprend « 90 millions d’euros d’investissement bouclés, un business plan solide et plusieurs industriels autour de la table », précise Carole Delga. Parmi eux, l’entreprise Soprema, un groupe indépendant alsacien au chiffre d’affaires de 5,2 milliards d’euros en 2025, spécialisé « dans le domaine de l’étanchéité, mais également comme un spécialiste de la couverture, des sous-couches phoniques et de l’isolation », comme l’indique le site de l’entreprise dont le siège est à Strasbourg. Soprema emploie 5 700 salariés en France, plus de 13 000 dans le monde.

    « Je garde aussi pour ambition d’offrir des perspectives pour le site de Tarascon » a aussi déclaré la présidente de la Région Occitanie.