Tag: humour

  • Le roman noir prend le parti d’en rire

    Le roman noir prend le parti d’en rire

    « Rira bien qui rira le dernier ! », avertit l’affiche. En ces temps de désordre mondial, le Festival international du roman noir (Firn), porté par la Ville de Frontignan, a décidé de miser sur l’humour. Vache, sarcastique, désopilant, noir, pince-sans-rire… « L’humour sous toutes ses formes est un outil de critique formidable très usité dans le roman noir, qui se caractérise par un regard porté sur la société et une critique sociale », explique Camilla Bailbe, directrice de la culture et du patrimoine de Frontignan la Peyrade.

    C’est donc l’humour qui fera le lien entre les 15 auteurs (8 femmes, 7 hommes) de 6 nationalités différentes (Italie, Maroc, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, France) invités les 29 et 30 mai pour cette 29e édition. Un plateau international, donc, composé de Gianni Biondillo, Manu Causse, Zainab Fasiki, Pascale Ferroul, Koé, Anouk Langaney, Hicham Lasri, Iain Levison, Melvina Mestre, Nadine Monfils, Michèle Pedinielli, Mabrouck Rachedi, Christophe Siebert et David Torres.

    Comme l’an dernier, la manifestation se déroulera à la médiathèque Montaigne et sur la place du Contr’un, juste en face. Les auteurs et autrices, mêlant littérature jeunesse, bande dessinée, science fiction, roman noir, proposeront des séances de dédicace vendredi (9h-19h) et samedi (9h-19h) sur le stand des librairies partenaires.

    Nouveauté cette année, le festival propose, le vendredi matin (9h-12h), une journée professionnelle (mais ouverte également au grand public) dédiée au polar arabe autour de deux figures tutélaires : Driss Chraïbi, créateur de la série de l’inspecteur Ali, dont on commémore en 2026 le centenaire de la naissance et Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature et auteur du premier roman noir moderne en arabe (Le voleur et les chiens), mort il y aura 20 ans. L’occasion d’échanger avec des universitaires et des auteurs de la nouvelle scène marocaine.

    Comme chaque année, des rencontres thématiques seront proposées avec les auteurs, toute la journée du vendredi et du samedi. Par exemple : « Rire de tout, c’est sérieux », avec Manu Causse, « Mourir(e) dans la ville sourde », avec Gianni Biondillo et Michèle Pedinielli, « Le rire du désespoir » avec Iain Levison, « Guignol’s Band » avec Nadine Monfils et Mabrouck Rachedi ou encore « À chacun(e) ses armes », avec Melvina Mestre et David Torres. Des formats de rencontre plus courts et plus conviviaux appelés « apérobook », seront également au rendez-vous : « On se retrouve autour d’un verre pour un échange un peu plus rapide entre un éditeur et un auteur, suivi d’un temps de questions avec le public. »

    Le festival fera aussi la part belle à la lecture à voix haute, avec des performances offertes par les membres de la Brigade d’action livre et lecture engagée (Balle), qui liront des extraits de romans. « On a aussi des auteurs qui se prêtent au jeu, avec par exemple une lecture dessinée [ le retour de l’Inspecteur Ali, par Hicham Lasri et Zainab Fasiki, Ndlr] et une lecture musicale [Karnaval par Christophe Siébert, Ndlr] prévues pendant le festival », précise Camilla Bailbe.

    Deux remises de prix, une brasucade inaugurale, une exposition et un escape game dans les années 50 sont également au programme, sans oublier, le samedi, la traditionnelle « dictée noire » durant laquelle 200 enfants, adolescents, adultes tenteront de déjouer les subtilités orthographiques concoctées par l’autrice Anouk Langaney.

    * Tout le programme sur : www.frontignan.fr/firn-2026

  • Les lycéens lauréats du prix Elie-Kakou contre la grossophobie

    Les lycéens lauréats du prix Elie-Kakou contre la grossophobie

    Plus qu’un concours d’humour, le prix mobilise les lycéens contre les préjugés, par la création de sketchs en hommage à Élie Kakou, figure marseillaise emblématique connue et reconnue pour ses imitations. Cette année, le thème exploré était « la grossophobie ». Deux lycées professionnels se sont fait face dans cette finale : le lycée Charlotte-Grawitz (13e) et le lycée Jacques-Dolle d’Antibes. Les élèves ont su relever le défi en proposant l’imitation d’une modèle Victoria Secret en surpoids, le portrait d’une tante un peu trop proche du buffet et une visite médicale quelque peu décalée. Un spectacle scruté par un jury composé de Jean-Michel Jisphan, neveu d’Élie Kakou, Virginie Foucault, productrice, Emmanuel Fell de Ladurance, directeur artistique, auteur et metteur en scène de Dans la cour des grands et David Galtier, conseiller régional. Le lycée marseillais a finalement remporté la première place et un chèque de 1 500 euros destiné à des cours de théâtre et un prix personnellement remis par Brigitte Kakou, la sœur de la légende de l’humour. Pour Kyllian, grand gagnant du prix : « La grossophobie est devenue banale. Faire passer cette sensibilisation sur le ton de l’humour ça peut faire passer un message plus impactant que des rappels éducatifs et sérieux », estime-t-il.

    Rire pour comprendre

    Au-delà du rire, c’est le message d’Élie Kakou qui résonne. L’humoriste qui influence aujourd’hui encore les plus grands du métier savait imiter le Beauf, le Kabyle ou le Marseillais. Des figures du quotidien, souvent issues de l’immigration, qu’il incarnait avec une tendresse désarmante plutôt qu’une moquerie blessante. Pour Lionel Stora, président régional du Fonds social juif unifié : « On ne se rappelle pas de sa taille, de sa tête ou de ses origines. On se rappelle qu’il cultivait le goût des autres. » Un héritage que Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région, résume ainsi : « Il incarnait une manière de voir la société en tant que juif, pied noir, tunisien. Il faisait rire la France entière avec son humour fin, pas toujours décalé et bien adapté. L’utiliser comme exemple pour la jeunesse, c’est leur montrer que l’humour permet de se faire écouter, comprendre, accepter et permet de lutter contre l’intolérance. » C’est précisément cette direction artistique qu’Amine Othmani, professeur au lycée Jacques-Dolle, a transmise à ses élèves : « Ils ne connaissaient pas Élie Kakou. Alors que moi c’était toute mon enfance. Donc, on a essayé de comprendre ses personnages, comme madame Sarfati : un cliché qui cachait une morale. » Lionel Stora a conclu solennellement, en s’adressant aux jeunes : « Vous avez le choix de répéter les préjugés ou de prendre du recul, les comprendre et d’éviter d’être perméable aux clichés. » Les protagonistes de ce prix auront la lourde tâche de décliner les thématiques en lien direct avec le harcèlement scolaire, au fil des éditions.

  • « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    Quatrième édition, et déjà l’allure d’un rendez-vous bien installé. Du mercredi 6 au samedi 9 mai, le festival Uzès Seul en scène revient dans la cité ducale avec une programmation resserrée, populaire et ambitieuse, portée par son directeur artistique Patrick Timsit. Théâtre, danse, humour, stand-up, musique : l’événement veut faire dialoguer les formes et les publics, sans réserver la scène aux seuls initiés.

    Une nouvelle dimension solidaire

    Les premières têtes d’affiche annoncées sont déjà complets : Alex Lutz ouvrira le bal le 6 mai avec Sexe, grog et rocking chair, finalement présenté à l’Ombrière pour des raisons techniques. Suivront Marie-Claude Pietragalla avec Barbara, Philippe Caverivière avec Tu crois que c’est une bonne idée ?, puis Bernard Lavilliers et Le comptoir des voyageurs.

    Trois nouveautés viennent compléter la programmation. Le vendredi 8 mai à 11h, la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson donnera une masterclass au cinéma Capitole, animée par Karim Ghiyati, directeur d’Occitanie Films. Le soir même, place au Comedy Club avec Amandine Lourdel, Yacine Belhousse, Adel Fugazi, Ethan Lallouz et Denise.

    Enfin, samedi 9 mai à 21h30, Philippe Corti clôturera le festival avec un DJ set à l’Ombrière. Cette soirée, comme la masterclass, aura aussi une dimension solidaire : les recettes seront reversées à la Banque alimentaire du Gard. « C’est vraiment local et les gens savent où ça va. C’est important de le savoir. C’est concret », insiste Patrick Timsit.

  • [Le grand entretien] Mathieu Madénian : « L’être humain est égoïste par essence »

    [Le grand entretien] Mathieu Madénian : « L’être humain est égoïste par essence »

    Mathieu Madénian : L’être humain est égoïste par essence. En plus, je fais un métier du spectacle. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que les comédiens sont des gens centrés sur eux-mêmes. Et là, la seule personne pour qui tu as envie d’avoir de la valeur, c’est ton enfant. Je dis pas que je me fous du public maintenant, au contraire. Mais maintenant, mon enfant d’abord.

    Quelles certitudes la paternité a-t-elle ébranlées chez vous ?

    M.M. : Qu’il ne fallait pas que je meure. C’est con car on ne s’en rend pas compte, mais avant, quand je partais à vélo, je ne mettais pas de casque. Maintenant, oui. Il ne faut pas que je tombe et que je finisse paralysé. Car maintenant, il y a quelqu’un qui compte sur moi. Je ne suis plus seul, j’ai des responsabilités. Mon enfant n’a rien demandé et il faut que j’assure pour lui.

    Dans le spectacle, l’arrivée de votre fils
    est surtout un prétexte pour parler de l’air du temps. Sur quoi sa naissance
    vous a-t-elle ouvert les yeux ?

    M.M. : Ça ne m’ouvre pas les yeux mais ça m’inquiète de plus en plus. Avant, ça me faisait marrer d’allumer BFM. Maintenant, je rigole beaucoup moins quand je vois qu’on est au bord de la troisième guerre mondiale, que dans 100 ans, la terre ne sera plus habitable…

    Au siècle dernier, votre grand-père arménien a fui les persécutions en Turquie pour se réfugier à Marseille. Alors que l’on vient de commémorer
    le 111
    e anniversaire du génocide arménien, que vous inspire la perpétuation du négationnisme
    de la Turquie ?

    M.M. : Cela m’inspire du dégoût car tout le monde s’en fout. En Arménie, il n’y a pas de pétrole, donc forcément, c’est moins intéressant. Il y a trois ans, il y a eu un
    déplacement de 100 000 Arméniens [du Haut-Karabagh, Ndlr] par l’Azerbaïdjan et personne n’en avait rien à foutre. Pour le génocide, le pire, c’est que ça n’a même pas servi à quelque chose car le « plus jamais ça » n’existe même pas. Ce qu’il s’est passé avec l’Holocauste, le Rwanda, l’Arménie n’a même pas servi de leçon. On continue à fermer les yeux sur des crimes de guerre. En réalité, les hommages ne servent que si on en tient compte.

    À la différence du génocide des juifs ou des Tutsis, celui des Arméniens n’est toujours pas reconnu par les bourreaux. C’est hélas en réalité
    le dernier génocide réussi avec des millions de personnes tuées, un vol des terres manifeste et aucune réparation…

    M.M. : Regarde, l’Azerbaïdjan accueille l’Eurovision, un grand prix de Formule 1 et tout le monde est content. Leur équipe de foot joue contre la France et tout le monde s’en fout, comme si c’était normal. Évidemment que c’est chiant que la Turquie ne reconnaisse toujours pas le génocide. C’est horrible ce que je vais dire, mais c’était il y a 111 ans. À part les Arméniens, plus personne n’en parle. On en parle une fois par an et c’est le 24 avril. Hormis les Arméniens, ça importe juste les politiques au moment des élections. Ils se servent d’une communauté quand ils en ont besoin. Mais après, quand ils ont besoin de pétrole, de gaz, plus rien d’autre ne compte.

    Pour revenir à un sujet plus léger,
    l’un de vos sports favoris consistait
    à taquiner les supporters parisiens. Malgré le succès de leur équipe et nos chèvres qui gambadent au Vélodrome, ça les fait encore bisquer
     ?

    M.M. : Malheureusement, je crois qu’ils sont passés à autre chose. Même moi, je ne vais plus les insulter. Ils sont en passe de devenir à nouveau champions d’Europe, ont une équipe de malade, une stabilité, qu’est-ce que je vais leur dire ? Encore à jamais les premiers ? Et non. À un moment donné, fermons notre gueule, essayons de construire un club stable. On est passés de De Zerbi à Beye. Il y a encore deux mois, le triumvirat Longoria-Benatia-De Zerbi nous disait : « on est encore là pour des années ». L’autre, il a éternué, il est déjà à Tottenham. Et que dire des joueurs ? Est-ce qu’il faut leur réserver encore une bronca dimanche ? En fait, ils s’en foutent. Ils sont déjà ailleurs et ont déjà leurs agents en train de prévoir ce qu’ils vont faire au mois d’août. Et nous, on est là, comme des crétins, à penser qu’ils vont nous sauver.

    Vous qui avez assisté à votre premier match au Vélodrome lors d’un OM – Rodez en coupe de France en 1991, au cours de la dernière période dorée du club, comment allez-vous transmettre votre passion à votre fils pour cette équipe et ses dirigeants en carton-pâte ?

    M.M. : En fait, ils n’ont rien compris. L’OM, ce n’est pas des joueurs, on s’en fout. C’est ce que ça représente, c’est la tradition. Mon fils sera élevé là-dedans et même s’il arrivait qu’on descende en Ligue 2, on sera toujours pour le club et anti-PSG. On se rappellera qu’on a été champion d’Europe une fois dans notre vie, que l’OM est un club qui peut tenir la dragée haute au Real Madrid en début de saison et finir 7e en championnat sans directeur sportif ni président. C’est ça l’OM.

    Mais n’est-ce pas trop compliqué pour
    un minot pour démarrer un amour ? En général, un enfant est attiré par le beau…

    M.M. : Le beau, ça sera quand je l’amènerai au stade Vélodrome. Et quand tu y mets les pieds, c’est dur de ne pas tomber amoureux de l’OM.

  • Jouer l’amour et le sexe de façon sûre au Théâtre Joliette

    Jouer l’amour et le sexe de façon sûre au Théâtre Joliette

    Je rends le sexe réaliste. Pas réel. Tout est chorégraphié », résume dans sa note d’intention Ben Kidd. Sur un texte écrit par Emilie Pine, et avec son alter ego de la compagnie Dead Centre, Bush Moukarzel, qui en assure la dramaturgie, il met en scène Good sex. Le point de départ de cette création originale qui prend ses quartiers du mardi 24 au vendredi 27 mars au Théâtre Joliette, dans le cadre de la programmation hors les murs du Gymnase : « Deux comédiens et comédiennes qui ne se connaissent pas, reliés par une oreillette à un souffleur qui leur dicte leur texte, jouent une histoire d’amour. » En cette époque où les cas de harcèlement et d’agressions sur les femmes se multiplient aussi sur les planches comme sur les tournages, ce collectif irlandais manie à la fois humour, tendresse et bienveillance.

    Coordinatrice d’intimité

    Chaque soir, en plus des comédiens Emilie Maquest, Nicolas Payet et Josépha Sini, « deux nouveaux interprètes racontent une histoire de désir, de trahison et de solitude. Ils n’ont jamais répété ensemble, ni même lu le scénario. Ils ne savent presque rien et sont étrangers », écrit encore Ben Kidd, au sujet de ces deux acteurs d’un soir qui n’auront pour répétition, quelques heures auparavant, qu’un « atelier avec une coordinatrice d’intimité qui encadre les scènes de sexe simulées, entièrement chorégraphiées pour donner l’illusion, au public ». Dans Good sex, les interprètes « s’embrassent, se touchent avec un désir auquel nous devons croire. Comment faire pour que des gestes naturels dans la vraie vie se répètent sur scène avec la même aisance ? ». Tel est, selon les mentions du programme, la mission dévolue au Dead Centre. Avec un rôle pivot occupé par cette coordinatrice d’intimité qui va « les aider et les guider ». Un métier répandu dans le monde anglosaxon, et beaucoup moins en France, qui devient encore plus nécessaire à l’ère post #Metoo. Good sex illustre ainsi à quel point le sexe simulé à la scène comme à l’écran, « n’est pas toujours une partie de plaisir ».

    Mardi 24, jeudi 26 et vendredi 27 mars à 20h et mercredi 25 mars à 19h. Entre 10 et 24 euros. www.lestheatres.net

  • [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    La Marseillaise : De quoi parle votre spectacle « En rodage » ?

    Justine Le Pottier : C’est un spectacle qui est venu au fur et à mesure. J’ai commencé à faire des plateaux de quelques minutes en comedy club et un thème se dégageait, celui de raconter des anecdotes et mon parcours d’artiste. Comment j’ai commencé à être comédienne, les cours Florent, mon arrivée à Paris, mais aussi mes galères… jusqu’à la fin du spectacle, sur scène. C’est du stand-up, donc très autobiographique.

    Pourquoi avoir fait le choix
    de raconter votre vie
     ?

    J.L.P. : Je pense qu’il faudrait un psy pour répondre à cette question ! (rires). C’est venu assez naturellement parce que je voulais parler de quelque chose que je connais bien. Et comme mon métier me passionne, il y a beaucoup de choses à raconter.

    Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédienne ?

    J.L.P. : J’allais très souvent au cinéma avec ma mère et ça me faisait rêver, j’avais envie d’être dans les films. C’est un univers qui me fascinait et je crois que la meilleure manière d’être, moi aussi, dans les films, c’était tout naturellement de devenir actrice !

    Au-delà d’être actrice, vous avez de nombreuses casquettes. Théâtre, web-séries, séries télé… Comment arrivez-vous à passer d’une casquette à l’autre ?

    J.L.P. : ça reste le même métier, le même milieu, c’est de l’interprétation. Sauf le théâtre, c’est plus compliqué que les tournages, parce que les techniques pour faire porter sa voix, par exemple, sont différentes.

    Le stand-up fait aussi partie de votre vie puisque vous avez ouvert votre propre comedy club, à Paris, et que vous êtes sur scène. Comment est née cette envie ?

    J.L.P. : C’est un milieu qui m’intéressait bien avant que j’ouvre Le Cartel. Un jour, une copine du cours Florent m’a appelée en me disant qu’elle avait un restaurant dont elle ne voulait plus et m’a proposé que l’on ouvre un comedy club ensemble. Au départ, je ne voulais pas, mais en voyant le lieu, j’ai eu un coup de cœur et nous nous sommes lancées dans l’aventure. Aujourd’hui, nous en sommes très fières puisque nous avons à la fois des artistes émergents, mais aussi des humoristes confirmés comme Roman Frayssinet ou Camille Lellouche.

    Vous faites aussi des vidéos sur Instagram qui racontent la vie un peu chaotique d’une comédienne. Sont-elles également inspirées de votre vie ?

    J.L.P. : Totalement. D’ailleurs, ça rejoint un peu le thème général du spectacle et les anecdotes sont complètement réelles ! (rires)

    Dans le spectacle, il y a une question centrale : comment arrive-t-on à se faire une place dans ce milieu. Avez-vous aujourd’hui la réponse ?

    J.L.P. : Selon ma propre expérience, je pense qu’il ne faut pas attendre qu’on nous appelle. C’est assez paradoxal, parce que c’est quand même notre quotidien, attendre que le téléphone sonne et qu’on nous propose des rôles. Mais je pense que c’est important de faire ses propres trucs, d’oser, d’écrire son propre spectacle, faire ses vidéos et se lancer sans avoir peur, même si ce n’est pas facile. Je pense d’ailleurs que c’est commun à pas mal de domaines professionnels.

    Vous jouez le 8 mars à Marseille, une date symbolique, dans le cadre d’une semaine dédiée à l’humour féminin. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

    J.L.P. : Je suis très contente parce que pendant très longtemps, le stand-up n’a été réservé qu’aux hommes. Or maintenant, il y a une émergence des femmes dans ce milieu. Elles prennent enfin leur place et ça fonctionne. C’est une avancée exceptionnelle et je suis ravie que des gens payent pour aller voir ces femmes sur scène.

    Vous notez un progrès dans le milieu mais le stand-up reste-t-il misogyne ou patriarcal ?

    J.L.P. : L’égalité sur les plateaux est de plus en plus présente. Ce n’est pas parfait, mais il y a une évolution. D’ailleurs, je compare souvent ça à l’égalité salariale. Les mentalités et l’humour ont évolué grâce aux femmes avec des sujets intimes et trash sur la sexualité par exemple, dont notre mère à tous est Blanche Gardin, bien que ce ne soit pas mon créneau.

    Est-ce une nécessité pour vous de faire rire les gens dans cette période politique et sociale compliquée ?

    J.L.P. : Je crois oui ! ça me fait du bien à moi d’abord, assez égoïstement, mais ce qui est génial, c’est de pouvoir rire ensemble. Le stand-up, d’ailleurs, est propice à ça parce qu’il y a beaucoup d’échanges avec le public qui, lui, sait parfois être très drôle aussi. Donc arriver à ce niveau de connivence, c’est trop bien.

    Justement, quel regard portez-vous sur la situation politique en France à un mois des municipales ?

    J.L.P. : Ce n’est pas un sujet que j’aborde, je fais juste des blagues sur les gens de gauche versus les gens de droite, mais le climat est vraiment très inquiétant. Je ne suis pas une spécialiste, mais ce que je trouve bien avec l’humour, c’est qu’il fédère, peu importe son bord politique.

  • Festi’femmes ou le rire conjugué au féminin pluriel à Auriol

    Festi’femmes ou le rire conjugué au féminin pluriel à Auriol

    « Je suis dans l’humour depuis trente-six ans », revendique, avec drôlerie, Eliane Zayan. Fondatrice, en 1993, de Quai du rire, à Marseille, elle a créé Festi’femmes, festival accueilli depuis quatre éditions à Auriol. Véronique Miquelly, la maire (DVD) a souligné combien ce rendez-vous avait du sens « dans une commune dirigée par les femmes depuis plus de cinquante ans ».

    Sosie d’Amy Winehouse

    Eliane Zayan, qui dit avoir découvert de jeunes talents comme Nicole Ferroni ou Élodie Poux, a très tôt souhaité, « alors que l’humour au féminin était décrié, le mettre à l’honneur, non pas pour être dans le féminisme, mais le féminin ».

    Festi’femmes accueillera, en deuxième partie, le spectacle Les Imitatueurs. Emma Gattuso et Thibaud Choplin, remarqués en 2022 au festival d’Avignon par Régis Mailhot, s’affrontent dans un show politique, au cours duquel ils imitent une soixantaine de voix. Juste avant, Festi’femmes donnera à découvrir diverses artistes. Charlotte Ferrato, dont Mère et Fils Thérapie a atteint 3 millions de vues sur Instagram ; Z’elle, peintre performeuse ; Emma Gattuso Sandy, « sosie officielle de Amy Winehouse », prêtera sa voix à la chanteuse britannique. Pour Sandy, « Amy était quelqu’un de passionné, libre, hypersensible. Moi, je suis comme ça, une tête brûlée de la passion. J’ai aussi des démons, mais je les exorcise autrement que par la drogue et l’alcool ». Vêtue d’un sweat rouge, Marguerite Gauthier a de la vivacité tant dans la voix que dans ses propos. « Marguerite Gauthier est une amoureuse. Elle aime la vie. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Elle est sans filtre, comme la cafetière. Elle a créé une méthode pour produire du bonheur à volonté », promet la comédienne. Une excellente raison d’aller à Festi’femmes, non ?

  • [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    Durant trois week-ends d’affilée, du 30 janvier au 13 février, les Hivernales du rire et du vin sont de retour dans l’arrière-pays héraultais pour une 35e édition. Organisé par la communauté de communes des Avants-Monts, ce festival original marie, comme son nom l’indique, l’humour et la viticulture. Un beau programme pour réchauffer le cœur de l’hiver, « à une période où il y a très peu d’événements sur notre territoire, qui est plutôt touristique donc s’anime davantage aux beaux jours », explique Olivia Losse, responsable du service culturel de la communauté de communes des Avants-Monts.

    Murviel, Roujan et Laurens

    « Sur chaque commune où nous allons, on invite un vigneron qui y est domicilié à venir présenter ses vins. Le spectacle se déroule et à la fin de la représentation, nous organisons un moment convivial avec dégustation et rencontre avec les artistes et les vignerons », détaille Olivia Losse. « Notre but est que tout le monde puisse accéder à la culture, même en ruralité. On n’a pas de salle dédiée sur le territoire, donc on transforme les salles polyvalentes ou les salles des fêtes des différentes communes pour accueillir les spectacles, afin que les habitants s’y sentent comme dans un vrai théâtre. On favorise aussi l’accès à la culture en pratiquant des tarifs accessibles* », poursuit la responsable du service culturel.

    Pour cette édition 2026, quatre spectacles seront proposés dans trois communes différentes. Entre sketch, stand-up, danse et musique, le Montpelliérain Kevin Levy assurera l’ouverture du festival vendredi 30 janvier à Murviel-lès-Béziers avec son premier seul en scène, « Cocu ». « À la fois drôle et authentique, il séduit un public toujours plus large. Dans son spectacle en solo, il retrace la désillusion amoureuse et en profite pour croquer notre époque. »

    Le lendemain, toujours à Murviel-lès-Béziers, c’est « Madame Fraize » qui investira la salle multi-activités. « Clown lunaire à contre-courant des lois de l’humour et des diktats de l’efficacité, Monsieur Fraize est un personnage culte dans l’univers du one man show. Cette fois, il rend hommage à Madame, avec un spectacle délicieusement drôle et absurde. »

    Le week-end suivant, 6 février, cap sur Roujan avec Amor à mort, de la compagnie Boulègue Production. « Un spectacle d’humour noir cathartique, audacieux. Amor à mort, c’est une série de tableaux féroces, drôles, grinçants et résolument transgressifs sur des histoires d’amour. »

    Enfin, en clôture du festival le 13 février, Bernard Mabille, qu’on ne présente plus, se produira à Laurens avec « Loin des cons », « un spectacle incisif et intimiste démontant politiques et société avec humour et liberté. » Le tout en présence, à chaque représentation, des vignerons du territoire invités pour la soirée.

  • Les pêcheurs partagent leurs souvenirs de Nana avant l’hommage à Marseille

    Les pêcheurs partagent leurs souvenirs de Nana avant l’hommage à Marseille

    La Ville de Marseille rend hommage à cette figure populaire en scellant sur le port une plaque commémorative pour saluer le parcours exceptionnel d’une femme dont la vie se confond avec l’histoire du Vieux-Port.

    Marie-Christine fille et femme de pêcheurs, à la vente sur le Vieux-Port depuis 44 ans
    Boris, toujours à la vente au coté de Marie-Christine
    Daniel palangrier, sur le port depuis une dizaine d’années
    Sandrine vend le poisson péché par son fils Kyllian depuis 6 ans.
    Arashf, 38 ans aujourd’hui, sur le port avec sa mère depuis l’âge de 10 ans.

    La recette de l’aïoli du bonheur de Nana par Christian Qui.

  • Aymeric Lompret : « En spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux »

    Aymeric Lompret : « En spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux »

    La Marseillaise : Vous avez débuté le théâtre au lycée, avant de découvrir le one man show. Comment cette passion est-elle née ?

    Aymeric Lompret : C’est en allant voir Franck Dubosc en one man show. Mon père m’avait emmené le voir au Zénith de Lille, j’avais trouvé ça fou. Le théâtre, je m’y étais seulement inscrit pour séduire une fille. Je faisais partie d’une troupe qui s’appelait « Les Farfadets de Tourcoing ». Et ça a grave marché. J’ai fait mon premier one man show en 2010, sur une scène ouverte, au Moonlight Café de Lille. On faisait un sketch contre une pizza. Si le sketch était bien, on avait droit à toute la pizza. J’ai réussi à l’avoir en six mois.

    Après votre bac, vous avez entamé une prépa HEC (hautes études commerciales), dont on vous a exclu. Vous avez ensuite enchaîné les petits boulots, notamment comme ouvrier à la chaîne. Est-ce là le socle de votre engagement politique ?

    A.L. : Tout à fait, car j’étais apolitique avant cela, sinon, je n’aurais pas fait de prépa HEC. C’est le fait de bosser à l’usine qui m’a fait m’intéresser aux inégalités et aux questions de société. Je n’étais quand même pas syndiqué, car pour ça, il faut avoir plus de 50 ans et une moustache, que je n’avais pas à l’époque.

    Votre début de carrière s’est notamment joué dans le milieu des médias, avec une participation à l’émission « On ne demande qu’à en rire » de 2011 à 2013. douze ans plus tard, quel regard portez-vous sur cette aventure ?

    A.L. : Ça m’a apporté une rigueur de travail, mais c’était hyperstressant, hypercompliqué. Ça m’a fait avancer un peu plus vite, mais le problème, c’est que les sketchs n’étaient pas terribles et sont restés sur internet, donc ça m’a fait baisser en notoriété. Mais je ne regrette pas. Je ne regrette rien sauf mon ex.

    En juin 2024, en soutien à Guillaume Meurice (*), vous quittez « Le grand dimanche soir » sur France Inter. Cela vous attriste-t-il d’avoir dû vous détourner de l’audiovisuel public ?

    A.L. : Oui, c’est hyperdommage qu’on ne soit plus sur le service public, je pense qu’on aurait tous préféré y rester. Mais bon, tel qu’il est maintenant… C’est compliqué. Il y a plein de gens qui continuent d’écouter France Inter par réflexe et par conviction, mais après, on est bien à Nova aussi, et ça marche bien notre petit truc. Heureusement d’ailleurs, sinon, on aurait été un peu dégoûtés de ne plus avoir d’auditeurs, les médias étant aujourd’hui majoritairement à droite.

    Qu’est-ce que ça dit du métier d’humoriste ? Avez-vous la sensation de pouvoir l’exercer comme vous l’entendez ?

    A.L. : Il y a des choses qu’on ne peut plus dire, mais c’est tant mieux. C’est bien qu’on ne puisse plus faire des blagues homophobes, racistes, sexistes. Je pense que l’humour évolue très bien. Je ne sais pas trop si la liberté d’expression est bridée. Peut-être dans les médias, mais en tout cas, en spectacle, je me permets de faire les blagues que je veux.

    Vous êtes aujourd’hui sur Nova, dans l’émission « La Dernière », chaque dimanche, où vous défrayez l’actualité avec engagement et humour. Est-ce pour vous un bastion de liberté d’expression ?

    A.L. : On se censure quand même un peu, car il faut que ce soit drôle, et puis il faut que ce soit un peu intéressant et engagé, un peu politique quoi. C’est la seule contrainte qu’on se pose. De faire rire et de dire des choses.

    Depuis 2023, vous êtes en tournée avec votre spectacle « Yolo », dans lequel vous vous glissez dans la peau d’une personne sans domicile fixe. De quoi traite-t-il ?

    A.L. : J’y joue un sans-abri qui a perdu son chien dans la ville dans laquelle je joue. Il va donc le chercher et traiter de plusieurs sujets comme la solitude, la malbouffe, la montée du fascisme, de la solitude… C’est un spectacle social plus que politique. Je travaille avec la Fondation pour le logement, dont je suis parrain. Le mal logement est un sujet qui m’intéresse, donc c’était très cohérent de parler de ça.

    Au-delà de cette question d’engagement, comment l’idée vous est-elle venue ?

    A.L. : Je l’ai écrit avec Pierre-Emmanuel Barré, je suis arrivé avec cette idée de marginal qui a perdu son chien. Ça marchait bien avec le côté seul en scène, car souvent, ils sont seuls dans la rue. Et puis, c’est un personnage qui n’est pas très éloigné de ce que je peux composer sur les chroniques, où je suis un peu à l’arrache, où je parle de fait, d’abus… C’est un personnage qui me ressemble un peu.

    Comment rend-on drôle une thématique aussi lourde ? Y avait-il l’idée de sortir le public de sa zone de confort ?

    A.L. : Au-delà d’être un sans-abri, le personnage est un marginal. J’ai essayé de faire en sorte que toute la première heure soit rigolote. Mon personnage est en pleine montée, il rigole avec les gens. Ce n’est que lors des dix dernières minutes qu’il commence à bader un peu (sic). On n’a pas voulu faire un sans-abri cliché avec sa canette.

    Guillaume Meurice a été licencié « pour faute grave » par Radio France après avoir réitéré le 28 avril 2024 sur France Inter, une blague du 29 octobre 2023 sur le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qu’il qualifiait de « sorte de nazi mais sans prépuce ».