Tag: humour

  • [Grand entretien] Yves Pujol : « La culture ne doit pas être le parent pauvre »

    [Grand entretien] Yves Pujol : « La culture ne doit pas être le parent pauvre »

    La Marseillaise : Vous êtes parrain depuis la première édition de ce festival, en quoi est-ce important ?

    Yves Pujol :

    Le but premier, c’est d’aider à récupérer des sous pour une association qui s’occupe des enfants ou des gens malades, là en l’occurrence l’association UJM Clarté. Ça c’est le premier but. Le deuxième, c’est que cela permet à des artistes de se faire découvrir, pour ceux qui ne sont pas connus dans notre région, et puis à d’autres de pouvoir avoir un petit peu de temps de scène.

    C’est une manière aussi de donner ce qu’on a reçu ? D’aider de jeunes talents, comme les Chevaliers du Fiel ou Patrick Sébastien l’ont fait pour vous ?

    Y.P. : Oui, sauf que la différence cette fois, c’est que les artistes qui vont passer là ne sont pas de jeunes talents. Ce sont des artistes confirmés qui sont de la région.

    Nous ne sommes pas dans l’optique d’un tremplin pour des jeunes. C’est plutôt des artistes confirmés qui viennent faire 20-25 minutes chacun pour la bonne cause. Après, dès que j’ai l’occasion de donner du temps de jeu à des jeunes artistes qui se lancent, je le fais, oui, parce que des gens comme Patrick Sébastien ou les Chevaliers du Fiel l’ont fait pour moi et d’autres l’ont fait pour eux.

    Justement les baisses des dotations mettent en difficulté scènes, théâtres, troupes… Vous portez quel regard sur cette situation ?

    Y.P. : Je ne fais pas trop de politique… Après, je pense que la culture, il ne faut pas la délaisser, quoi qu’il se passe. On a vu avec le Covid, qu’on a été les premiers à s’arrêter et les derniers à reprendre… Ce qui s’explique et ce qui se comprend aussi. Mais la culture c’est ce qui reste quand on n’a plus rien, il ne faut pas qu’elle serve de variable d’ajustement, notamment quand nous sommes dans une crise mondiale, comme lors de la pandémie. Il ne faut pas que ce soit le parent pauvre. C’est trop important.

    Concernant votre chronique, « demande-moi quand tu sais pas » sur France 3 Paca, où en êtes-vous ?

    Y.P. : ça fait maintenant 5 ans et on en est à plus de 250 mots, on va s’approcher des 300 cette année. C’est une belle réussite, c’est une chronique qui plaît bien. On est à près de 60 millions de vues cumulées sur les réseaux sociaux. Les gens dans la rue m’arrêtent en me disant « demande-moi, si tu sais pas ! ». C’est une belle surprise !

    C’est une nécessité de diversifier les supports, de varier les médias aujourd’hui ?

    Y.P. : On continue de tourner avec le groupe Aïoli, j’ai fait du cinéma, du théâtre, du one-man-show… tout ça c’est une grande commode qui appartient à l’artistique. Et dans cette commode-là, il y a plein de tiroirs, le vecteur, le prisme change, mais le but est le même : donner des émotions. C’est quasiment pour moi le même métier.

    On a vu ces dernières années une explosion des propositions de stand-up, de one-man-show, on a même l’impression que le rire est partout. Comment vous positionnez-vous par rapport à ce phénomène ?

    Y.P. : Personnellement, je suis plutôt plus vers la fin que vers le début ! Donc je regarde ça avec un petit peu de recul. Mais c’est vrai que, comme on dit, trop d’humour, tue l’humour. C’est vrai que maintenant on met l’humoriste partout, dans des magazines de santé, à la radio, à la télé, bientôt au JT, ça va arriver… Sauf qu’à moment donné, quand on a trop d’humour, même si c’est bien fait, on passe à côté. On rigole, on sourit, alors qu’il y a dix ans on aurait éclaté de rire. Après c’est la nouvelle forme d’humour des jeunes et c’est tant mieux, parce qu’il faut un renouvellement, créer des styles, donc de ce point de vue là, c’est impeccable.

    Après, il y aura un effet comme à l’époque de la Star Ac’ beaucoup de gens voulaient chanter, puis peu sont restés. Je pense que dans le stand-up, c’est pareil, après le pic que nous sommes en train de connaître, certains qui ont du talent, qui excellent dans leur art vont rester.

    Il y a aussi des différences de formations, vous êtes allé au conservatoire d’art dramatique de Toulon, puis au cours Florent…

    Y.P. : Moi, à mon époque, pour monter sur scène en solo, il fallait être comédien, parce c’est de la comédie. Maintenant, plus besoin de passer par les cours de théâtre ou avoir fait du théâtre pour monter sur scène pour raconter des blagues et faire des vannes, on fait 2-3 vannes, elles marchent, elles marchent pas, c’est pas grave, on passe à autre chose. C’est une façon différente de travailler, dans la tradition du stand-up américain. Et c’est parfait, je trouve ça très bien.

    Mais je pense que la vie va faire que certains vont rester, ceux qui développent des personnages par exemple, comme Jérome Commandeur ou Laura Felpin, et d’autres vont partir…

    Et votre actu ?

    Alors, nous faisons pendant tout l’été, avec Aïoli, une tournée mondiale dans le Var ! Et puis je vais poursuivre avec mon dernier spectacle, Parce que Pujol, avec notamment une date le 31 décembre, au théâtre Colbert, à Toulon.

    Propos recueillis par Sylvain fournier

  • [C’est l’été] Spectacle à Gap

    [C’est l’été] Spectacle à Gap

    Le conteur musicien Abdellatif Targhaoui entraîne le public avec humour dans sa vie rocambolesque.

    De 16h30 à 17h30. Gratuit dès 7 ans.

    Réservations au 04.86.15.31.80

  • Le festival Lol et Lalala trace sa route à Anduze

    Le festival Lol et Lalala trace sa route à Anduze

    En cinq ans, le festival Lol et Lalala est devenu un incontournable de la programmation estivale dans le Gard. Les billets sont d’ailleurs pris d’assaut et le festival qui allie humour et chanson affiche complet depuis plusieurs semaines. Un succès qui rappelle celui de la Radio Nova – à laquelle participe Pierre-Emmanuel Barré et plus occasionnellemen GiedRé – qui enregistre 2,1 millions d’auditeurs quotidiens soit + 137 % en un an. Après le confinement, le couple installé dans les Cévennes avait « envie de créer un événement durable et surtout bien implanté localement, en travaillant avec toutes les personnes du territoire », précise Charlotte Gach, cheffe de projet du festival.

    Avant d’investir Anduze, la 5e édition du festival démarre mercredi 29 juillet à Saint-Jean-du-Gard par le spectacle Opération Brezel. Ensuite, le parc des Cordeliers ouvrira dès 15h pour proposer des animations et des spectacles gratuits tout l’après-midi. Puis la soirée s’ouvrira avec Esteban Rosa, un humoriste originaire d’Anduze, suivi du plateau du comedy club avant de terminer la soirée en musique avec Mambo Chick.

    Vendredi, le Belge déjanté François Bijoux animera la grande scène, avant le plateau humour (avec Doully, Audrey Baldassare, Greg Duth, Jean-Benoît Diallo, Camille Fievez et Babor) qui sera présenté par le duo Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret. Planète Boum Boum clôturera ensuite la soirée en musique. La soirée de samedi sera consacrée uniquement à la musique avec au programme David Lafore, Ditter, Raimundaaaaaa, Supersobre (le groupe de Thomas VDB) et surtout un grand duel aux platines entre Giedré et Aymeric Lompret.

    Avec ce succès grandissant, le festival pourrait ajouter une journée à son programme l’an prochain mais il n’envisage pas d’augmenter sa jauge de 2 000 personnes pour rester dans le parc des Cordeliers d’Anduze et surtout afin de respecter l’engagement écologique qu’il porte depuis sa création.

  • [C’est l’été] Lecture : « Le Journal de Brigitte M. »

    [C’est l’été] Lecture : « Le Journal de Brigitte M. »

    Quant à l’éditeur, il tient à signaler qu’il assume tout, quoi qu’il lui en coûte… même les images, brillamment truquées. Pour ce qui est de la chroniqueuse, elle avoue avoir bien ri. Enfin du délassement, au milieu de tous ces livres qui foutent le cafard, ou qui se reproduisent par calque.

    Éditions Le Rocher, 14,90 euros

  • [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    Imaginez aussi deux époux (le mari de l’une n’étant plus de ce monde) qui commencent à être gênants, lorsque leurs chères et tendres apprennent qu’ils ont contracté des assurances-vie. Imaginez enfin un tueur à gages, non encore averti que les messieurs de ces dames risquent fort de lutter pour sauver leur peau. Humour et suspense garantis pour ce « soap » littéraire. Sue Hincenbergs peut se féliciter d’avoir Françoise-Anne Laporte pour traductrice.

    Editions Cherche Midi, 22,90 euros

  • [Disparition] Isabelle Zaragoza nous a quittés

    [Disparition] Isabelle Zaragoza nous a quittés

    L’épouse de notre « expert » pétanque, Robert Zaragoza, avec qui elle avait eu un enfant, Thomas, était âgée de 67 ans. Ces deux compagnons de route de La Marseillaise s’étaient rencontrés à la RTM, où ils travaillaient comme chauffeurs de bus. Délégués syndicaux CGT, en première ligne lors du grand conflit social qui avait secoué la régie en 2005, ils avaient, cette année-là, scellé leur amour en se mariant sur le piquet de grève.

    Jusqu’en 2024, alors trop affaiblie par la maladie, Isabelle avait été une des plumes de la rédaction engagées à Borély pour couvrir Le Mondial. Sa gentillesse, son énergie débordante, son humour et son franc-parler vont nous manquer.

    à sa famille, à Robert, à ses enfants, Elodie, Nathalie, Christophe et Thomas, la rédaction et la direction du journal adressent leurs plus sincères condoléances.

    Les obsèques auront lieu le mercredi 1er juillet à 17h15 au crématorium du cimetière de Saint Pierre au 380 Rue Saint-Pierre, 13005 Marseille
  • Le roman noir prend le parti d’en rire

    Le roman noir prend le parti d’en rire

    « Rira bien qui rira le dernier ! », avertit l’affiche. En ces temps de désordre mondial, le Festival international du roman noir (Firn), porté par la Ville de Frontignan, a décidé de miser sur l’humour. Vache, sarcastique, désopilant, noir, pince-sans-rire… « L’humour sous toutes ses formes est un outil de critique formidable très usité dans le roman noir, qui se caractérise par un regard porté sur la société et une critique sociale », explique Camilla Bailbe, directrice de la culture et du patrimoine de Frontignan la Peyrade.

    C’est donc l’humour qui fera le lien entre les 15 auteurs (8 femmes, 7 hommes) de 6 nationalités différentes (Italie, Maroc, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, France) invités les 29 et 30 mai pour cette 29e édition. Un plateau international, donc, composé de Gianni Biondillo, Manu Causse, Zainab Fasiki, Pascale Ferroul, Koé, Anouk Langaney, Hicham Lasri, Iain Levison, Melvina Mestre, Nadine Monfils, Michèle Pedinielli, Mabrouck Rachedi, Christophe Siebert et David Torres.

    Comme l’an dernier, la manifestation se déroulera à la médiathèque Montaigne et sur la place du Contr’un, juste en face. Les auteurs et autrices, mêlant littérature jeunesse, bande dessinée, science fiction, roman noir, proposeront des séances de dédicace vendredi (9h-19h) et samedi (9h-19h) sur le stand des librairies partenaires.

    Nouveauté cette année, le festival propose, le vendredi matin (9h-12h), une journée professionnelle (mais ouverte également au grand public) dédiée au polar arabe autour de deux figures tutélaires : Driss Chraïbi, créateur de la série de l’inspecteur Ali, dont on commémore en 2026 le centenaire de la naissance et Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature et auteur du premier roman noir moderne en arabe (Le voleur et les chiens), mort il y aura 20 ans. L’occasion d’échanger avec des universitaires et des auteurs de la nouvelle scène marocaine.

    Comme chaque année, des rencontres thématiques seront proposées avec les auteurs, toute la journée du vendredi et du samedi. Par exemple : « Rire de tout, c’est sérieux », avec Manu Causse, « Mourir(e) dans la ville sourde », avec Gianni Biondillo et Michèle Pedinielli, « Le rire du désespoir » avec Iain Levison, « Guignol’s Band » avec Nadine Monfils et Mabrouck Rachedi ou encore « À chacun(e) ses armes », avec Melvina Mestre et David Torres. Des formats de rencontre plus courts et plus conviviaux appelés « apérobook », seront également au rendez-vous : « On se retrouve autour d’un verre pour un échange un peu plus rapide entre un éditeur et un auteur, suivi d’un temps de questions avec le public. »

    Le festival fera aussi la part belle à la lecture à voix haute, avec des performances offertes par les membres de la Brigade d’action livre et lecture engagée (Balle), qui liront des extraits de romans. « On a aussi des auteurs qui se prêtent au jeu, avec par exemple une lecture dessinée [ le retour de l’Inspecteur Ali, par Hicham Lasri et Zainab Fasiki, Ndlr] et une lecture musicale [Karnaval par Christophe Siébert, Ndlr] prévues pendant le festival », précise Camilla Bailbe.

    Deux remises de prix, une brasucade inaugurale, une exposition et un escape game dans les années 50 sont également au programme, sans oublier, le samedi, la traditionnelle « dictée noire » durant laquelle 200 enfants, adolescents, adultes tenteront de déjouer les subtilités orthographiques concoctées par l’autrice Anouk Langaney.

    * Tout le programme sur : www.frontignan.fr/firn-2026

  • Les lycéens lauréats du prix Elie-Kakou contre la grossophobie

    Les lycéens lauréats du prix Elie-Kakou contre la grossophobie

    Plus qu’un concours d’humour, le prix mobilise les lycéens contre les préjugés, par la création de sketchs en hommage à Élie Kakou, figure marseillaise emblématique connue et reconnue pour ses imitations. Cette année, le thème exploré était « la grossophobie ». Deux lycées professionnels se sont fait face dans cette finale : le lycée Charlotte-Grawitz (13e) et le lycée Jacques-Dolle d’Antibes. Les élèves ont su relever le défi en proposant l’imitation d’une modèle Victoria Secret en surpoids, le portrait d’une tante un peu trop proche du buffet et une visite médicale quelque peu décalée. Un spectacle scruté par un jury composé de Jean-Michel Jisphan, neveu d’Élie Kakou, Virginie Foucault, productrice, Emmanuel Fell de Ladurance, directeur artistique, auteur et metteur en scène de Dans la cour des grands et David Galtier, conseiller régional. Le lycée marseillais a finalement remporté la première place et un chèque de 1 500 euros destiné à des cours de théâtre et un prix personnellement remis par Brigitte Kakou, la sœur de la légende de l’humour. Pour Kyllian, grand gagnant du prix : « La grossophobie est devenue banale. Faire passer cette sensibilisation sur le ton de l’humour ça peut faire passer un message plus impactant que des rappels éducatifs et sérieux », estime-t-il.

    Rire pour comprendre

    Au-delà du rire, c’est le message d’Élie Kakou qui résonne. L’humoriste qui influence aujourd’hui encore les plus grands du métier savait imiter le Beauf, le Kabyle ou le Marseillais. Des figures du quotidien, souvent issues de l’immigration, qu’il incarnait avec une tendresse désarmante plutôt qu’une moquerie blessante. Pour Lionel Stora, président régional du Fonds social juif unifié : « On ne se rappelle pas de sa taille, de sa tête ou de ses origines. On se rappelle qu’il cultivait le goût des autres. » Un héritage que Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région, résume ainsi : « Il incarnait une manière de voir la société en tant que juif, pied noir, tunisien. Il faisait rire la France entière avec son humour fin, pas toujours décalé et bien adapté. L’utiliser comme exemple pour la jeunesse, c’est leur montrer que l’humour permet de se faire écouter, comprendre, accepter et permet de lutter contre l’intolérance. » C’est précisément cette direction artistique qu’Amine Othmani, professeur au lycée Jacques-Dolle, a transmise à ses élèves : « Ils ne connaissaient pas Élie Kakou. Alors que moi c’était toute mon enfance. Donc, on a essayé de comprendre ses personnages, comme madame Sarfati : un cliché qui cachait une morale. » Lionel Stora a conclu solennellement, en s’adressant aux jeunes : « Vous avez le choix de répéter les préjugés ou de prendre du recul, les comprendre et d’éviter d’être perméable aux clichés. » Les protagonistes de ce prix auront la lourde tâche de décliner les thématiques en lien direct avec le harcèlement scolaire, au fil des éditions.

  • « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    Quatrième édition, et déjà l’allure d’un rendez-vous bien installé. Du mercredi 6 au samedi 9 mai, le festival Uzès Seul en scène revient dans la cité ducale avec une programmation resserrée, populaire et ambitieuse, portée par son directeur artistique Patrick Timsit. Théâtre, danse, humour, stand-up, musique : l’événement veut faire dialoguer les formes et les publics, sans réserver la scène aux seuls initiés.

    Une nouvelle dimension solidaire

    Les premières têtes d’affiche annoncées sont déjà complets : Alex Lutz ouvrira le bal le 6 mai avec Sexe, grog et rocking chair, finalement présenté à l’Ombrière pour des raisons techniques. Suivront Marie-Claude Pietragalla avec Barbara, Philippe Caverivière avec Tu crois que c’est une bonne idée ?, puis Bernard Lavilliers et Le comptoir des voyageurs.

    Trois nouveautés viennent compléter la programmation. Le vendredi 8 mai à 11h, la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson donnera une masterclass au cinéma Capitole, animée par Karim Ghiyati, directeur d’Occitanie Films. Le soir même, place au Comedy Club avec Amandine Lourdel, Yacine Belhousse, Adel Fugazi, Ethan Lallouz et Denise.

    Enfin, samedi 9 mai à 21h30, Philippe Corti clôturera le festival avec un DJ set à l’Ombrière. Cette soirée, comme la masterclass, aura aussi une dimension solidaire : les recettes seront reversées à la Banque alimentaire du Gard. « C’est vraiment local et les gens savent où ça va. C’est important de le savoir. C’est concret », insiste Patrick Timsit.

  • [Le grand entretien] Mathieu Madénian : « L’être humain est égoïste par essence »

    [Le grand entretien] Mathieu Madénian : « L’être humain est égoïste par essence »

    Mathieu Madénian : L’être humain est égoïste par essence. En plus, je fais un métier du spectacle. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que les comédiens sont des gens centrés sur eux-mêmes. Et là, la seule personne pour qui tu as envie d’avoir de la valeur, c’est ton enfant. Je dis pas que je me fous du public maintenant, au contraire. Mais maintenant, mon enfant d’abord.

    Quelles certitudes la paternité a-t-elle ébranlées chez vous ?

    M.M. : Qu’il ne fallait pas que je meure. C’est con car on ne s’en rend pas compte, mais avant, quand je partais à vélo, je ne mettais pas de casque. Maintenant, oui. Il ne faut pas que je tombe et que je finisse paralysé. Car maintenant, il y a quelqu’un qui compte sur moi. Je ne suis plus seul, j’ai des responsabilités. Mon enfant n’a rien demandé et il faut que j’assure pour lui.

    Dans le spectacle, l’arrivée de votre fils
    est surtout un prétexte pour parler de l’air du temps. Sur quoi sa naissance
    vous a-t-elle ouvert les yeux ?

    M.M. : Ça ne m’ouvre pas les yeux mais ça m’inquiète de plus en plus. Avant, ça me faisait marrer d’allumer BFM. Maintenant, je rigole beaucoup moins quand je vois qu’on est au bord de la troisième guerre mondiale, que dans 100 ans, la terre ne sera plus habitable…

    Au siècle dernier, votre grand-père arménien a fui les persécutions en Turquie pour se réfugier à Marseille. Alors que l’on vient de commémorer
    le 111
    e anniversaire du génocide arménien, que vous inspire la perpétuation du négationnisme
    de la Turquie ?

    M.M. : Cela m’inspire du dégoût car tout le monde s’en fout. En Arménie, il n’y a pas de pétrole, donc forcément, c’est moins intéressant. Il y a trois ans, il y a eu un
    déplacement de 100 000 Arméniens [du Haut-Karabagh, Ndlr] par l’Azerbaïdjan et personne n’en avait rien à foutre. Pour le génocide, le pire, c’est que ça n’a même pas servi à quelque chose car le « plus jamais ça » n’existe même pas. Ce qu’il s’est passé avec l’Holocauste, le Rwanda, l’Arménie n’a même pas servi de leçon. On continue à fermer les yeux sur des crimes de guerre. En réalité, les hommages ne servent que si on en tient compte.

    À la différence du génocide des juifs ou des Tutsis, celui des Arméniens n’est toujours pas reconnu par les bourreaux. C’est hélas en réalité
    le dernier génocide réussi avec des millions de personnes tuées, un vol des terres manifeste et aucune réparation…

    M.M. : Regarde, l’Azerbaïdjan accueille l’Eurovision, un grand prix de Formule 1 et tout le monde est content. Leur équipe de foot joue contre la France et tout le monde s’en fout, comme si c’était normal. Évidemment que c’est chiant que la Turquie ne reconnaisse toujours pas le génocide. C’est horrible ce que je vais dire, mais c’était il y a 111 ans. À part les Arméniens, plus personne n’en parle. On en parle une fois par an et c’est le 24 avril. Hormis les Arméniens, ça importe juste les politiques au moment des élections. Ils se servent d’une communauté quand ils en ont besoin. Mais après, quand ils ont besoin de pétrole, de gaz, plus rien d’autre ne compte.

    Pour revenir à un sujet plus léger,
    l’un de vos sports favoris consistait
    à taquiner les supporters parisiens. Malgré le succès de leur équipe et nos chèvres qui gambadent au Vélodrome, ça les fait encore bisquer
     ?

    M.M. : Malheureusement, je crois qu’ils sont passés à autre chose. Même moi, je ne vais plus les insulter. Ils sont en passe de devenir à nouveau champions d’Europe, ont une équipe de malade, une stabilité, qu’est-ce que je vais leur dire ? Encore à jamais les premiers ? Et non. À un moment donné, fermons notre gueule, essayons de construire un club stable. On est passés de De Zerbi à Beye. Il y a encore deux mois, le triumvirat Longoria-Benatia-De Zerbi nous disait : « on est encore là pour des années ». L’autre, il a éternué, il est déjà à Tottenham. Et que dire des joueurs ? Est-ce qu’il faut leur réserver encore une bronca dimanche ? En fait, ils s’en foutent. Ils sont déjà ailleurs et ont déjà leurs agents en train de prévoir ce qu’ils vont faire au mois d’août. Et nous, on est là, comme des crétins, à penser qu’ils vont nous sauver.

    Vous qui avez assisté à votre premier match au Vélodrome lors d’un OM – Rodez en coupe de France en 1991, au cours de la dernière période dorée du club, comment allez-vous transmettre votre passion à votre fils pour cette équipe et ses dirigeants en carton-pâte ?

    M.M. : En fait, ils n’ont rien compris. L’OM, ce n’est pas des joueurs, on s’en fout. C’est ce que ça représente, c’est la tradition. Mon fils sera élevé là-dedans et même s’il arrivait qu’on descende en Ligue 2, on sera toujours pour le club et anti-PSG. On se rappellera qu’on a été champion d’Europe une fois dans notre vie, que l’OM est un club qui peut tenir la dragée haute au Real Madrid en début de saison et finir 7e en championnat sans directeur sportif ni président. C’est ça l’OM.

    Mais n’est-ce pas trop compliqué pour
    un minot pour démarrer un amour ? En général, un enfant est attiré par le beau…

    M.M. : Le beau, ça sera quand je l’amènerai au stade Vélodrome. Et quand tu y mets les pieds, c’est dur de ne pas tomber amoureux de l’OM.