Tag: Hommage

  • Le Rove élit son maire Paul Sabatino

    Le Rove élit son maire Paul Sabatino

    Les 29 conseillers municipaux du Rove ont élu samedi à une écrasante majorité leur maire, Paul Sabatino, vainqueur dès le premier tour avec près de 80% des voix. C’est un premier mandat complet qui s’ouvre pour l’élu communiste qui a endossé l’an dernier les fonctions suite au départ de Georges Rosso, 95 ans, le légendaire maire de la commune depuis 1971.

    C’est très symboliquement qu’est revenu d’ailleurs à Viviane Rosso, doyenne du conseil municipal de proclamer Paul Sabatino maire. Sous les applaudissements de la population rassemblée dans la salle des fêtes, l’épouse de Georges Rosso lui a remis l’écharpe tricolore avec ses mots : « J’ai dit à Jo qu’on a été élu avec un score digne d’un Maréchal comme aurait dit Jean-Claude Gaudin. Jo, j’installe dans ses fonctions de maire Paul que tu as choisi ! »

    « Solidarité, respect

    et vivre-ensemble »

    Une fois effectuée la désignation de ses huit adjoints et après avoir satisfait aux désignations et lectures réglementaires, le maire s’est adressé aux Rovenains et Rovenaines, rappelant « l’unité et la proximité qui est l’âme du Rove et le cœur battant de notre village ». « Avec ce résultat clair, sans appel, nous avons l’exigence d’être à la hauteur de votre confiance, d’être digne de votre engagement, d’être fidèle aux valeurs que vous avez choisies de soutenir » a dit Paul Sabatino, entouré d’une « équipe rassemblée, expérimentée, renouvelée, engagée et profondément attachée à l’avenir du village ». Ce vote est pour lui « un message fort de rassemblement et d’unité, de responsabilité citoyenne, un message qui dit clairement que Le Rove reste fidèle à son identité à son histoire et à ses valeurs de solidarité, de respect et de vivre-ensemble ».

    Regrettant la politisation de ce scrutin local par l’opposition RN qui a introduit dans la campagne « des préoccupations relevant de stratégies nationales éloignées du quotidien de nos habitants », Paul Sabatino a souligné combien « cette démarche ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons de l’action municipale tournée avant tout vers l’intérêt général et le service des habitants, loin des instrumentalisations politiques. Non, notre village n’a pas besoin d’être réveillé. Notre village est bien éveillé par celles et ceux qui le font vivre ».

    Paul Sabatino a rendu un hommage appuyé à l’ancien maire dont il était l’adjoint depuis 1983, « Georges Rosso qui a tant œuvré pour ce village. Merci mon camarade Jo ! Nous continuerons à avancer dans le sillon qu’il a tracé avec humilité, détermination, fidélité car le sens de notre engagement tient en un mot : continuons ! Continuons dans l’intérêt de la commune et de ses habitants ! »

    Le maire a dit sa reconnaissance au personnel communal, « les visibles et les invisibles de la commune, celles et ceux qui chaque jour font vivre le service public auquel nous sommes tant attachés dans nos écoles, nos services techniques, à la police municipale, dans la culture, dans le sport, dans l’administration. Vous êtes au cœur du fonctionnement de notre commune ».

    David Coquille
  • Barnes rejoint Giuitta au paradis de la balle orange

    Barnes rejoint Giuitta au paradis de la balle orange

    Il était l’un des grandes figures du sport fosséen. Jean-Pierre Barnes, président de Fos Provence Basket pendant 27 ans, est décédé lundi à l’âge de 83 ans, quelques jours après avoir encore assisté à la victoire de son club vendredi à domicile contre Tarbes-Lourdes (74-73). Aux côtés d’Henri Giuitta, parti un an plus tôt, il a été l’un des artisans essentiels du développement et du rayonnement des BYers, accompagnant leur évolution jusqu’au plus haut niveau professionnel, notamment avec l’accession en Pro A.

    Hommage rendu vendredi

    « C’était un gars extraordinaire, qui avait beaucoup d’abnégation », souligne Jean-Pierre Bruyère, président de la Ligue Sud de Basketball et fils du créateur de Fos Provence Basket, Paul Bruyère. « C’était un bâtisseur, il a conduit ce club aux plus hautes destinées. On pouvait même penser à certains moments qu’il était visionnaire. Il pensait plus vite que les autres, ça c’est sûr. Il aura marqué de son empreinte ce club, où il a formé un binôme efficace avec Rémi Giuitta en faisant venir des joueurs qui ont réussi des exploits avec un budget très restreint par rapport aux autres équipes », poursuit-il. L’actuel président fosséen, Rémi Giuitta, a évoqué sa relation avec le dirigeant historique. « Tant de moments partagés, d’émotions et de complicité, tu étais devenu comme un père ! Celui sans qui je ne serai peut-être jamais devenu coach professionnel, celui qui m’a accordé sa confiance aveugle et son soutien pendant 25 ans ! Celui grâce à qui j’ai pu réaliser mes rêves les plus fous, celui qui était toujours là à mes côtés avec bienveillance et amitié », a-t-il publié sur les réseaux sociaux. Un hommage lui sera rendu vendredi soir à l’occasion du match face à Toulouse à la Halle Henri-Giuitta.

  • De vibrants hommages aux victimes du terrorisme

    De vibrants hommages aux victimes du terrorisme

    C’est sur ce parvis que Laura et Mauranne ont été assassinées il y a 9 ans. L’ambiance est pesante en haut des escaliers de la gare Saint-Charles. Les voyageurs s’arrêtent pour assister à la commémoration qui regroupe une centaine de personnes dont familles des victimes, élus et agents du service public. C’est la 6e année que se déroule cette journée nationale instaurée par l’Union européenne à la date de l’attentat de la gare de Madrid-Atocha le 11 mars 2004. La cérémonie est présidée par Corinne Simon, préfète déléguée de la région et du département.

    Des larmes sur la joue de Marianne

    La chanson Évidemment de France Gall, dont la voix résonne à travers la foule en silence amorce la commémoration. Des jeunes de l’Établissement public d’insertion (Epide) sont présents et lisent des poèmes et des citations poignantes : « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente », écrivait Albert Camus. Notamment. Et de citer aussi Des larmes sur la joue de Marianne : « Quand de nos différences naissent la peur, la méfiance, coule une larme sur la joue de Marianne », récite une jeune fille. Parmi les élus présents, Didier Jau, le maire sortant écologiste des 4-5, Yannick Ohanessian, adjoint au maire (PS) à la sécurité ou encore le député Sébastien Delogu. La Marseillaise retentit pour clôturer cette cérémonie, après cet hommage aux victimes de la terreur.

  • À Marseille, Jean-Luc Mélenchon appelle à résister à la « vague brune »

    À Marseille, Jean-Luc Mélenchon appelle à résister à la « vague brune »

    La salle de spectacle de la Friche Belle de Mai a fait le plein, ce samedi 7 mars, pour le meeting de Sébastien Delogu, candidat insoumis à la Ville de Marseille, avec en guest-star le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon. Plus de 2 500 personnes selon l’organisation étaient au rendez-vous.

    Logement, jeunesse, santé, écoles… La tête de liste à la mairie centrale a ouvert le bal, égrenant les grandes lignes de son programme sans oublier d’insister sur le courage du combat des Insoumis, rendant hommage « aux personnes emprisonnés, frappées, éborgnées, mortes pour défendre nos idées et l’intérêt général. » Il promet : « Chaque élu insoumis fera renaître l’espoir d’un avenir meilleur dans cette ville » quand « Marseille se meurt ».

    L’heure est bien vite venue d’accueillir son médiatique patron : « Jean-Luc, tu es chez toi ! » Ce dont ce dernier convient volontiers, avec les « immenses meetings de 2012 et 2017 » sur les plages du Prado. « Marseille c’est un refrain dans ma vie », pose le chef de file de LFI. Il est venu « participer à la démonstration de force » car « Marseille ne sera pas emportée par la vague brune ».

    Jean-Luc Mélenchon harangue un public conquis : « Nous sommes des enfants du peuple, nous venons d’en bas », « vous voterez par enthousiasme pour un programme, nous ne sommes pas du bétail électoral », estime-t-il, soulignant les mérites de Sébastien Delogu qui a su rassembler.

    « Nous ne sommes pas des antisémites »

    Il revient sur la récente polémique qu’il a déclenché dans des meetings précédents , ironisant que la prononciation du pédo-criminel Jeffrey Epstein. « Je me vois insulté chaque jour quotidiennement. Ils me traitent d’antisémite. Nous ne le sommes pas. Nous ne sommes pas des anti-racistes à géométrie variable », balance-t-il.

    Et de s’en prendre au candidat du Printemps marseillais et maire sortant, Benoît Payan (DVG), dont il souligne l’inaction. « Quand je demande les milliards [du plan Marseille en grand], qu’est-ce qu’il en a fait ? On me répond rien », raconte Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, « cet homme est l’inventeur de la liste municipale pochette surprise. Y marqué pochette Rubirola, vous l’ouvrez et coucou, y a Payan », se marre-t-il.

    De la Chine au Liban

    S’en suit une longue leçon de géopolitique dans un contexte où « l’ordre du monde est en train de s’écrouler. » Il pointe « l’autoritarisme de Trump, signe de l’échec de son autorité », se considère un peu devin, LFI ayant compris avant les autres que « l’ère qui s’ouvre sera celle où la puissance centrale sera celle de la Chine, ce sera le pôle de stabilité du monde. C’est pourquoi la France ne doit pas être alignée sur les États-Unis d’Amérique. »

    Venu « parler de paix », Jean-Luc Mélenchon dénonce le génocide en Palestine, prône le retrait de l’Otan, dénonce une guerre illégale qui a embrasé le Moyen Orient. « L’annexion du Sud Liban est une vieille idée de monsieur Netanyahou », balance-t-il, appelant au « désarmement nucléaire général. » Pour lui, la guerre est « un désastre humain, économique, écologique. Cessez le feu, vous n’avez pas le droit de tirer. »

    Plus inquiétant : « Istres, c’est à côté, c’est une cible dorénavant puisque les avions américains s’y ravitaillent. La seule décision d’avoir accepté que les avions se posent donne ce résultat », s’indigne le leader des insoumis, qui appelle à « construire un front du refus avec les nations qui ne veulent pas la guerre ».

    L’extrême droite, des violents et des voyous

    Autre ennemi : l’extrême droite. « Et voilà le RN et ses brebis galeuses, une brebis même galeuse ce n’est pas dangereux voyons, mais ce sont des néonazis, des sexistes, des racistes. Un sur dix des candidats du RN est un ou une voyou », pointe Jean-Luc Mélenchon.

    Dans ce contexte, la « division de la gauche est un désastre » s’indigne-t-il s’en prenant au Parti socialiste qui « met tout le monde en grand danger », en ostracisant les Insoumis. Pour barrer la route au RN, il ne faut pas se désister, estime-t-il. Et de proposer, si Sébastien Delogu arrive en tête, un accord de fusion technique comme un « front anti-fasciste. « Halte au feu, arrêtez de nous tirer dessus, envoie-t-il. Vous vous mettez dans la main de la droite. »

    S’adressant « aux classes moyennes de Marseille », il leur demande : « C’est le moment de nous aider. Nous avons un enfant du peuple de Marseille à notre tête. »

    Et d’insister sur l’importance de la deuxième ville de France dans un scrutin qu’il estime préalable à la présidentielle : « Ce que nous sommes en train de comparer, c’est la grande confrontation de 2027, Marseille doit résister à la vague brune, car c’est de là, alors, que partira la victoire. »

  • Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Considérés comme « racialement inférieurs », 500 000 Tsiganes ont été assassinés sous le IIIe Reich. Berlin a son mémorial depuis 2012. La Hongrie depuis 2014. En France, en dehors de quelques plaques sur certains camps, seul un monument, œuvre du sculpteur Serge Carvalho installée en 2016 à Saint-Sixte dans le Lot-et-Garonne, commémore ces victimes de la barbarie nazie. Mais « il n’existe aucune stèle spécifiquement dédiée au génocide », déplore Sacha Zanko, délégué national au Forum européen des Roms et des Gens du voyage.

    Samudaripen ou Porajmos, en langue rom. Resté dans les oubliettes de l’Histoire durant 80 ans, le fait historique est désormais établi : il y a eu un génocide perpétré par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. « Rom, Gitan, Manouche, Sinti, Yéniche, Bohémien, Gens du voyage, quel que soit son nom », c’est tout un peuple qui a été ciblé qualifié de « nomade, vagabond, asocial », rappelle Sacha Zanko. « Il y a 15 ans, le 2 février 2011, précisément, le Parlement européen officialisait enfin cette reconnaissance », complète Michel Ficetola, président de Massaliote Culture. Mais pour les deux associatifs, il manque une pierre à l’édifice.

    Une histoire marseillaise

    De 1933 à 1936, des Roms sont internés dans les camps de concentration de Dachau et Buchenwald pour « insociabilité ». Au total, ils seront 500 000 à être exterminés, « dont 150 000 à 200 000 enfants », souligne Michel Ficetola. « Plus que n’importe quel autre peuple, ils ont dû servir de cobayes pour les expérimentations scientifiques », témoigne, dans Les Cahiers du Rhône de 1946, la résistante Germaine Tillion. Déportée au camp de Ravensbrück, elle évoque sa « pitié profonde » pour les femmes : « À Ravensbrück, les stérilisations furent pratiquées sur les Tsiganes, y compris sur les petites filles. » Et on trouvera dans le procès de Nuremberg les plus abjectes et inhumaines descriptions des crimes médicaux que le SS Josef Mengele leur a réservé, dans le Zigeunelager d’Auschwitz-Birkenau, qu’il avait spécialement conçu pour les familles roms et sintés.

    Une histoire dont un pan est aussi marseillais et que Michel Ficetola s’est évertué à faire émerger des archives et de l’oubli. Le régime de Vichy « interdit la circulation du Tsigane assimilé à un étranger, un ennemi, et en 1940 les camps d’internement commence à se remplir en France. Il y en aura 27. » L’Association nationale des Gens du voyage et citoyens en dénombre quant à elle une quarantaine. « La préfecture des Bouches-du-Rhône apporte sa contribution à la déportation des Tsiganes en Allemagne, en pointant les vagabonds », indique Michel Ficetola, un communiqué à l’appui. À Marseille, autour du Vieux-Port, la « Petite Naples », où les Tsiganes exercent toute sorte de petits métiers par intermittence, est la cible de la police de Vichy, qui y organise une rafle avant de dynamiter le quartier. « Parmi les 2 440 déportés à la suite de l’opération Sultan, les Juifs ont été acheminés via Drancy en Pologne, à Sobibor, et les chrétiens et les Tsiganes transportés via Compiègne en Allemagne, au camp de Sachsenhausen », relève Michel Ficetola.

    « Une histoire méconnue », regrette Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, qui a donné son aval le 22 août 2024, confirmé le 21 janvier 2026, aux deux associations pour l’installation d’une stèle commémorative au carré 8 du cimetière Saint-Pierre. La place est réservée, la stèle est taillée et gravée dans du marbre de comblanchien. Il ne reste qu’à prendre date pour son installation officielle et solennelle. Un geste important « pour fédérer ce peuple et lutter contre les discriminations, qui persistent, comme la proposition de loi contre les installations illicites », soulignent les deux militants.

  • L’hommage républicain à Missak Manouchian

    L’hommage républicain à Missak Manouchian

    Portée par des associations d’anciens combattants, le Mouvement Missak Manouchian, l’UCFAF et les Scouts arméniens apostoliques de France, la cérémonie commémorait le 82e anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian en 1944, mais aussi du second anniversaire de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian et de Mélinée accompagnés de la mémoire de l’ensemble des 22 martyrs de l’Affiche rouge fusillés par les nazis, y compris Olga Bancic, guillotinée à Stuttgart en mai 1944.

    Prenant la parole pour tous devant de nombreux élus locaux du spectre républicain et en présence du consul général d’Arménie Ara Mkrtchian, Simon Azilazian du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCOAF) a dit combien ce jardin inauguré en 1984 où trône le buste de Manouchian depuis 2010 rappelle que « l’histoire de la France s’est aussi écrite grâce à ces exilés venus de différents horizons ». « Survivant du génocide des Arméniens, Missak Manouchian était un travailleur, un poète qui avait connu le déracinement et le deuil ». Face au nazisme et à la collaboration de Vichy, il a choisi la résistance avec les FTP-MOI. « Le groupe Manouchian rassemblait des femmes et des hommes venus de toute l’Europe. Leur diversité était leur force. Ils puisaient à la fois dans leurs cultures d’origine et dans l’héritage universaliste de la Révolution française. Pour eux, la Marseillaise était un hymne national autant qu’un chant universel de liberté ».

    Puis l’œuvre de transmission de la mémoire s’est faite avec Hélène Gazarian, une jeune danseuse qui a rendu un hommage remarqué à Missak Manouchian, « ce héros qui n’était pas français et pourtant qui a choisi la France. Il a choisi ses valeurs comme il a choisi la résistance ». « On voulait faire taire leurs noms, faire peur aux vivants. Mais on n’éteint pas une idée en tuant des hommes innocents », a dit cette membre de la Jeunesse arménienne de France qui s’emploie à « faire vivre notre culture et à garder la mémoire qui brille comme un rayon de soleil. La jeunesse arménienne de France porte ses valeurs ».

    « Certains tentent

    de réhabiliter Pétain »

    Une chorale a interprété le Chant des Partisans puis des gerbes ont été déposées par les représentants des collectivités et des associations. Interrogé par La Marseillaise, le maire Benoit Payan a confié que cette cérémonie revêtait une dimension différente cette année. « On assiste à une telle inversion des valeurs dans ce pays. Manouchian a été un antifasciste qui s’est battu et qui est mort sur le poteau d’exécution pour des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, contre le joug de Pétain et ses séides quand certains tentent de le réhabiliter ou d’en être l’héritier ou simplement de ne pas savoir qui c’est ». D’ajouter : « A Marseille, ça nous fait du bien de nous rappeler où on se situe et qui on est. Et l’Affiche rouge avec ces apatrides de tous les pays qui se sont battus pour une certaine idée de la liberté et qui en sont morts nous rappelle que le prix du sang ne peut pas être oublié, ni avec le temps, ni avec les absences de mémoire, ni avec les petits arrangements avec l’histoire. On ne s’arrange pas avec le régime nazi ».

  • Christian Ducasse, inconditionnel du jazz et de la photo

    Christian Ducasse, inconditionnel du jazz et de la photo

    Au milieu des années 1970, Christian Ducasse avait suivi des études d’Histoire-Géo à Aix « pour mieux voyager ». Des amis, entre autres Yves Sportis, futur rédacteur en chef de Jazz-Hot, l’avaient emmené écouter depuis le poulailler de l’Opéra de Marseille l’infatigable batteur Max Roach. Un autre jour, avec son ami Claude Vesco il prenait le train de Venise pour la rétrospective de Cartier-Bresson qu’il vénérait.

    Ducasse était tenace, revenait au Prado pour ses cours de photojournalisme dans l’école créée par Pape Diouf. On l’apercevait pendant les manifs autour de la rue d’Aubagne, pour ses expositions de photos du Festival de Nîmes et ses portraits de musiciens à l’Alcazar. Il faisait signe à ses amis de Forum 92, du Pêle-mêle, de Viva de Jean-Claude Izzo et de La Marseillaise de Jacques Roger, Michel Cassel et Jacques Corot.

    Élue écologiste, Christine Juste se souvient très fort qu’elle était son interprète en anglais pour des fous rires et des nuits, du côté du bar Stop de l’Opéra ou bien en voiture, en compagnie de Don Cherry et de Didier Lockwood. Avec Christian, elle avait rencontré chez Toursky Barbara, Ferré et Lavilliers. Jean-Louis Pacull veut très fort qu’une autre passion de Ducasse, le football permette un jour de réunir un livre et une exposition de ses photos de l’OM. Cours Julien, Varoujan Arzoumanian et les éditions Parenthèses publièrent ses noirs et blancs à propos des Batteurs de Jazz, préfacés par Jacques Réda.

    Humour, engagements et gravité

    Il était parti vivre vingt ans à Paris où il avait rencontré sa compagne, iconographe à l’Événement du Jeudi, Joséphine Pannard. Ensuite ils s’étaient fixés en Normandie, leur fils se prénomme Henri. Pierre Ciot lui voue une immense gratitude : pour la reconnaissance des droits des photographes, Christian s’impliquait en première ligne.

    Depuis la Maison Rouge de Sainte Baume, autrefois journaliste à France-Inter, Sylvie Coulomb se rappelle de son goût pour les polars, Manchette et Chester Himes ainsi que pour son homonyme Isidore. Ensemble, ils ont tourné avec des chansons de Jacques Menichetti des bouts de films foutraques comme Cinq gars pour Zacharie.

    Christian Ducasse prenait son temps, les portes les plus difficiles s’ouvraient. On avait confiance, on affectionnait la loyauté, l’humour et la gravité de Pistou for ever. Début février un cancer a vaincu son amour de la vie, la bataille contre l’oubli de ses images s’engage sans lui. Ses merveilles, entre autres ses portraits de Miles Davis, Claude Lanzmann, Michel Petrucciani et Franck Ribéry sont déjà entrés dans la légende du XXe siècle.

  • Roger Martin, un grand homme de la littérature, s’en est allé

    Roger Martin, un grand homme de la littérature, s’en est allé

    Il était une figure locale du Parti communiste français et du monde littéraire. Roger Martin, homme passionné et engagé, est décédé jeudi 29 janvier à l’âge de 75 ans, après avoir été percuté par une voiture dans la ville où il vivait.

    Né d’un père professeur et d’une mère institutrice, Roger Martin avait quatre frères et sœurs. Très tôt, à l’adolescence, il adhère aux Jeunesses communistes d’Aix-en-Provence. Une ferveur qui ne le quittera jamais puisque dès 1977, il devient adjoint au maire communiste de Mont-Saint-Martin et le restera jusqu’en 1992.

    Militantisme et antifascisme chevillés au corps

    Antifasciste de la première heure, Roger Martin s’est employé, durant des années, à contrer la montée du Front national (puis du Rassemblement national) lors des différentes campagnes électorales, qu’elles soient nationales ou locales. à Pernes-les-Fontaines, mais aussi à Carpentras en 2014, où il s’était engagé pour faire barrage à la Ligue du Sud et au FN. Il fait également partie des fondateurs du réseau Ras’l’front et publia le roman Main basse sur Orange, Une ville à l’heure Lepéniste.

    Mais, au-delà de son militantisme chevillé au corps, Roger Martin était un professeur de Français et écrivain passionné. Reçu au Capes de lettres modernes en 1973, titulaire d’une licence d’anglais, il devient professeur de lettres en 1974, en Lorraine, puis il exerce, à partir de 1992, à Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse, au collège Charles-Doche, où une plaque à son nom a été installée de son vivant. Tout au long de sa carrière, et jusqu’à sa retraite, il exerça également des responsabilités syndicales au Snes, auquel il resta syndiqué.

    Il publia de nombreux ouvrages à la portée nationale et internationale, sur des sujets historiques tirés de faits réels et tous poignants comme les camps de concentration, l’Amérique fasciste ou le Ku Klux Klan, entre autres.

    Une chronique sur les romans noirs

    Il a également créé une série BD, AmeriKKKa, dont il a été le scénariste aux côtés du dessinateur Nicolas Otéro. Celle-ci présente des faits authentiques et actuels mettant en scène Ku Klux Klan et néonazis. Neuf volumes ont paru, dont le dernier, Cauchemar californien, explore l’univers violent de bandes de motards néonazis impliqués dans le trafic de drogue, la traite d’enfants et la pornographie, thèmes qui, tout au long de sa vie, l’ont profondément interpellé.

    En 2008, il publie un roman noir ambitieux, Jusqu’à ce que mort s’ensuive, dans lequel il révèle des faits totalement inconnus de la Seconde Guerre mondiale et l’existence d’un cimetière clandestin américain, en Picardie, qu’il appelle le « Cimetière des hommes perdus ».

    Plus récemment, et depuis plusieurs années, cet auteur prolifique, aussi passionné que passionnant, contribuait très régulièrement à notre supplément magazine week-end avec sa chronique « Le coin du polar », dans laquelle il donnait à lire et à voir des thrillers qui avaient retenu son attention.

    L’ensemble des équipes de La Marseillaise présente ses condoléances à sa famille.

    Réactions

    Fédération PCF de Vaucluse

    « Roger était un homme debout, aux convictions affirmées, membre de notre direction départementale. Il était un militant communiste engagé, un ancien professeur de lettres et un écrivain de roman noir. Antifasciste de la première heure, il était un des signataires de “l’Appel des 250”, qui a vu la fondation du réseau Ras l’front. »

    Pierre Dharréville, ancien député PCF

    « Immense tristesse en apprenant la disparition brutale de Roger Martin. Roger était un militant courageux et tenace. Dans ses textes, il déployait une langue vivante et tranchante. Il sut aussi marier ses mots à l’image, à travers la bande dessinée. Il a mis des mots sur les plaies du monde et de l’humanité. Il nous a aidés à vivre et à lutter et l’écho de son œuvre continuera de résonner. Roger va terriblement nous manquer. »

    Serge de Carli, maire de Mont-Saint-Martin

    « Roger Martin, un ami, un camarade, un professeur de français au collège Anatole-France, un élu, adjoint au maire à la culture, initiateur de la fête de la vieille Église, un écrivain, romancier, un combattant infatigable contre les forces du fascisme… »

  • Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Dans les années 70, cette jeune femme bien dans son temps est d’abord une chanteuse et compositrice occitane, aux côtés des Marti et autres Mans de Breish. Mais interpréter « Lous esclops »* ne suffira pas à celle qui, née d’une famille modeste – son père était mécanicien – est devenue professeure de lettres classiques. Quand elle s’engage en 1977 sur la liste du communiste Paul Balmigère, c’est aussi – surtout ? – pour défendre la culture occitane qui peu à peu s’éteint. Elle poursuivra son mandat de déléguée au patrimoine avec le maire socialiste Alain Barrau jusqu’en 1989, puis restera dans l’opposition.

    Marie Rouanet est de celles et ceux qui ont redonné ses lettres de noblesse à la langue occitane, qui, interdite dans les écoles au début du XXe siècle, risquait de disparaître. Une noblesse et un lieu fabuleux pour lequel, avec son mari, le grand écrivain occitan Yves Rouquette disparu en 2015, elle s’est battue bec et ongles : le Cido, centre international de documentation occitane (il a changé depuis son nom en Cirdoc).

    Une femme libre

    et combattante

    Marie Rouanet avait infiniment de tendresse pour les petites gens et la capacité d’écrire leur vie, comme on peint. Elle était une sorte d’ethnologue poétique. Du Béziers populaire qu’elle connaissait si bien à Camarès dans l’Aveyron, où le couple s’était installé il y a une trentaine d’années, elle a tiré de nombreux ouvrages. Sur la cuisine, notamment, pour celle qui raconte comme personne les goûts et les odeurs. C’est à Camarès qu’elle écrit La cuisine amoureuse, courtoise et occitane (Ed Loubatières), première version du Petit traité romanesque de la cuisine. La flore, la musique et la culture occitane sont au menu de ses œuvres. Elle écrira aussi sur ses compagnons de la « nova cançon » en les présentant comme des « chanteurs de la décolonisation » des pays occitans.

    Dans les années 90, Nous les filles (Payot) lui amène une reconnaissance nationale. Mais d’autres de ses ouvrages ont dressé un panorama fin et poétique du XXe siècle dans le Midi. Du côté des hommes (Albin Michel), par exemple, où elle s’interroge sur cette fraternité qui les unit, sans les femmes. Marie Rouanet avait une connaissance profonde de la vie et des idées des petites gens. Ici c’était Les enfants du bagne (Payot), qui montre sa profonde sollicitude pour ceux qui souffrent. Elle y raconte la vie des petits martyrisés d’Aniane, dans l’Hérault, en puisant dans les archives du pénitencier pour enfants. Là, c’était Apollonie, reine du monde » (Plon), qui rapporte avec pudeur le rôle des veuves de 14-18 à travers la vie d’un hameau de l’Aubrac à partir des souvenirs d’un petit-fils d’Apollonie, Henri Jurquet.

    Marie Rouanet laisse les Occitans orphelins d’une femme libre, progressiste et combattante, chanteuse engagée, écrivaine prolifique, éternelle amoureuse de la vie. Ses obsèques auront lieu vendredi 30 janvier à 10h30 en l’église de Camarès, puis au cimetière de ce village où elle sera inhumée aux côtés d’Yves son mari et de son fils cadet.

    À son fils Laurent Rouquette, à sa famille, à toutes les personnes que ce deuil afflige, La Marseillaise présente ses plus sincères condoléances.

    Annie Menras

    * Les sabots

  • Une journée sur les traces d’Anne Frank pour des collégiens et lycéens d’Avignon

    Une journée sur les traces d’Anne Frank pour des collégiens et lycéens d’Avignon

    Ton grave, guitare acoustique en fond et texte historique en main : dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville d’Avignon, quelques dizaines d’élèves des établissements scolaires du Vaucluse ont participé à un exercice théâtral de mémoire en hommage à Anne Frank.

    Cette journée citoyenneté était organisée par la municipalité à l’occasion du 81e anniversaire de la libération des camps nazis, et plus particulièrement de celui d’Auschwitz en 1945. Les jeunes de la 2e5 du lycée René-Char ont ainsi, pendant une bonne heure, lu des passages du journal intime d’Anne Frank devant des élus de la Cité des Papes et des représentants d’associations comme les Amis de la fondation pour la mémoire des déportés du Vaucluse (AFMD 84). Un projet porté par les enseignantes de l’établissement Anne-Marie Goulay, professeure d’histoire-géographie, et Nicole Sander, professeure de lettres.

    Dans le hall d’entrée, une exposition sous la forme d’une longue frise chronologique retraçant la vie d’Anne Frank, la montée du nazisme en Allemagne et la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les exactions du régime fasciste, accueillait les jeunes visiteurs.

    Devant une classe de 3e du collège La Salle, un représentant d’association échangeait brièvement avec les élèves, offrant un cours d’histoire express, notamment sur « l’instauration d’un système de peur après une arrivée légale au pouvoir de l’extrême droite ». L’après-midi, une projection du film Elle s’appelait Sarah s’est tenue au cinéma Vox, suivie d’un débat animé par Daniel Cling, président de l’AFMD du Vaucluse.