Tag: Hérault

  • Un appel citoyen pour en finir avec le sans-abrisme dans l’Hérault

    Un appel citoyen pour en finir avec le sans-abrisme dans l’Hérault

    Ils sont une soixantaine venant de tous horizons : médecins, éducateurs spécialisés, artistes ou encore journalistes. Se joignent à eux des associations et des syndicats. Ensemble ils viennent de signer un appel pour en finir avec le sans-abrisme. « Que quelqu’un puisse mourir de froid à deux pas d’un lieu d’hébergement saturé à Montpellier, c’est inadmissible. Nous appelons les pouvoirs publics […] à ouvrir au plus vite suffisamment d’hébergements d’urgence pour que plus personne ne soit contraint de dormir à la rue », écrivent les signataires.

    La genèse de cet appel remonte à début janvier, à la suite du décès d’un jeune SDF à Montpellier en face d’un hébergement d’urgence qui ne pouvait l’accueillir. Une première pétition est lancée pour demander l’ouverture d’un gymnase. La réponse des pouvoirs publics jugée insuffisante, l’idée d’un second appel fait son cheminement. « On voulait dire notre colère et faire connaître cette situation insupportable. Cet appel ne concurrence pas du tout le travail réalisé sur le terrain par les associations mais vient en complément », détaille Claude Dubois, membre du NPA héraultais.

    48 ans d’espérance de vie

    Car l’urgence est là. Selon les estimations, 2 800 personnes dorment à la rue dans la capitale héraultaise. « On veut informer sur les conditions de survie dans la rue. En 2025, 34 personnes sont décédées à Montpellier. L’espérance de vie pour ceux qui ont connu la rue à un moment dans leur vie est de 48 ans », soutient Gilles, du collectif citoyen contre le sans-abrisme. Des familles, des mineurs non accompagnés, des femmes seules, des personnes en situation de handicap, beaucoup de publics sont touchés. « J’ai rencontré une jeune fille à la rue qui venait d’arriver à Montpellier. Elle ne trouvait pas de place d’hébergement, elle est partie à Grenoble. Elle est décédée là-bas, à l’âge de 21 ans », soupire Samuel Forest, président de l’association Solidarité Partagée.

    Ce dernier espère « une prise de conscience et qu’on mette la pression aux politiques pour qu’ils en fassent une priorité. » D’autant que les logements vacants foisonnent à Montpellier, que la municipalité pourrait réquisitionner. Mais face à la faible volonté des pouvoirs publics, dont l’État, premier responsable du sans-abrisme, l’action pourrait venir des militants. Le 16 avril, le porte-parole du Droit au logement d’abord (DAL) viendra donner une formation sur la réquisition de logements vides. « Une des autres missions est de nous fédérer », reprend Gilles. En ce sens, les signataires viennent de se regrouper au sein d’une « coordination plus personne à la rue ». Aussi, la pétition de janvier* vient d’être réactualisée dans l’espoir de bouger les lignes. Car les signataires sont clairs : « Si aucune solution n’est trouvée, nous soutiendrons toutes les initiatives en faveur du logement ».

    * change.org.

  • Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Si le Rassemblement national (RN) ne réussit pas le raz-de-marée qu’il s’était fixé, force est de constater que ce dernier – et plus largement l’extrême droite – s’ancre un peu plus dans l’Hexagone. De 17 villes en 2020, il se retrouve à la tête de 62 municipalités en 2026. « Il y a aussi toutes ces villes où des listes sans étiquette l’ont emporté et on voit que certaines penchent à l’extrême droite  », analyse Sophie Mazas, avocate et membre de la LDH. L’Occitanie n’échappe pas à la règle : Agde, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne, toutes sont tombées dans les griffes de l’extrême droite. « Le RN profite de circonstances particulières pour être élu : soit du contexte local, comme à Agde avec les affaires judiciaires de l’ancien maire, ou du maintien des listes au second tour comme à Castres », tempère Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    En effet, le front républicain ne sort pas grandi de ces élections. « Certaines listes n’appellent pas à faire barrage. Si on veut éviter que l’extrême droite soit élue, il faut se retirer. Ne pas le faire participe à sa banalisation », poursuit Serge Ragazzacci. Une banalisation qui témoigne également de la porosité entre la droite et l’extrême droite. À l’instar d’Agde, où le maire sortant Sébastien Frey, arrivé troisième au premier tour, s’est retiré mais sans appeler à voter contre le RN, qui s’est imposé. Une douche froide pour les progressistes agathois. « Pour certains, ce second tour a fait l’office d’une claque. Ils ont été choqués. Nous allons nous rassembler et surveiller les projets de la majorité et s’y opposer en fonction », avance Arthur Labatut (PRG). Tête de liste de gauche éliminée au premier tour, ce dernier annonce la constitution d’un collectif citoyen « sur des thématiques sociales et environnementales » fin avril.

    Tambouille politique

    D’un autre côté, l’abstention progresse fortement. Avec 42,18% au second tour, celle-ci progresse de quatre points par rapport à 2014. Inquiétant pour des élections réputées mobilisatrices. « On constate que les partis politiques n’arrivent plus à répondre aux enjeux démocratiques, aux attentes des citoyens, à débattre du fond et à apporter des solutions », se désole Sophie Mazas. Les tambouilles politiciennes participent également à cette désillusion. « Il y a une responsabilité des politiques. Cette division et ces accusations entre les partis de gauche qui durent depuis des mois et qui semblent continuer ne créent pas de dynamique positive en termes de vote. Ça obère toute discussion sur les projets et le débat ne porte pas sur les choses du quotidien. Les potentiels électeurs de gauche n’y ont pas trouvé leur compte et ne se sont pas déplacés », observe Serge Ragazzacci, regrettant que « les partis passent plus de temps à se taper dessus que sur le capital. » Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, elles, gagnent en visibilité – notamment sur la sécurité – et participent à fracturer l’État de droit. « Le travail de sape réalisé par l’extrême droite a atteint nos institutions, notamment la justice et le fait de ne pas respecter ses décisions. Or, envisager un monde sans justice est très dangereux, il va falloir y faire face  », soutient Sophie Mazas, qui a publié une tribune en ce sens dans L’Humanité.

    Alors pour contenir la vague brune et remobiliser les déçus, le syndicaliste appelle notamment la gauche à se ressaisir des questions sociales, à retrouver des marqueurs : « Nous, on continuera à faire ce qu’on fait : former nos militants, descendre dans la rue pour lutter contre l’extrême droite. Mais il faut aussi qu’il y ait des mesures de progrès social. On ne peut pas être moralisateurs sur l’extrême droite si de l’autre côté on n’a pas d’intentions politiques d’établir la justice sociale  ». Des intentions politiques qui doivent être portées par les citoyens eux-mêmes, pour Sophie Mazas. « On appelle tout le monde à rejoindre des syndicats, des associations et à participer à cette réflexion pour repenser notre mode de fonctionnement et ensuite porter nos revendications.  »

  • Pour Michaël Delafosse à Montpellier, les quartiers plutôt que les grands chantiers ?

    Pour Michaël Delafosse à Montpellier, les quartiers plutôt que les grands chantiers ?

    En 2020, il s’était imposé face à Philippe Saurel en tant qu’outsider. Six ans plus tard, Michaël Delafosse a brillamment transformé l’essai dans le costume du favori. En remportant haut la main (50,13%) la triangulaire, dimanche 22 mars, face à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), le sortant socialiste n’a pas seulement multiplié par 1,6 le nombre de ses voix (38 668 contre 24 046) lors de ce scrutin à la participation certes un peu moins faible. Michaël Delafosse a d’abord écarté, sans doute définitivement, deux adversaires politiques coriaces. Philippe Saurel éjecté du conseil municipal où il siégeait depuis 1995. Et Mohed Altrad, 78 ans, qui, s’il annonce créer l’association « Montpellier, notre fierté », va sans doute s’éclipser rapidement de la scène politique. Reste la députée insoumise Nathalie Oziol qui prépare clairement la suite et ne fera pas de cadeau à la majorité avec ses sept colistiers de l’opposition.

    Qu’importe. À bientôt 49 ans, le professeur d’histoire géographie dont le profil fait écho à son homologue nîmois Vincent Bouget, 46 ans, a désormais du temps (sans doute sept ans) et le champ libre (sans crise Covid à gérer en début de mandat). Premier maire de Montpellier à être réélu depuis Georges Frêche en 2001 (élue en 2008, Hélène Mandroux, maire depuis 2004, n’avait pas été élue sur son nom la première fois), Michaël Delafosse va pouvoir suivre le fameux « cap » qu’il a en tête pour la septième ville de France et sa Métropole.

    La première étape, samedi 28 mars (10h), ne sera qu’une formalité. Avec 53 élus acquis sur 69, le conseil municipal le réélira maire sans encombre. Quelques jours plus tard, la seconde étape pour la présidence de la Métropole ne devrait pas être un énorme casse-tête. Cependant, avec l’élection de 13 nouveaux édiles sur 30 autour de Montpellier, le socialiste va devoir ménager les susceptibilités, trouver le savant équilibre et donc travailler avec la droite, dans une Métropole qui pourrait se politiser davantage si des groupes venaient à se former. Plus que les postes d’adjoints au maire, l’attribution des vice-présidences sera scrutée à la loupe. À voir par exemple qui récupérera le dossier compliqué des déchets dont s’occupait René Revol, battu.

    Le pouvoir d’achat aidé

    Si l’alchimie prend, M. Delafosse pourra alors dérouler. Son premier mandat visait à réveiller Montpellier l’endormie. Ce fut chose faite avec la plupart des promesses tenues (gratuité des transports, 5e ligne de tramway, mutuelle communale…) au prix de nombreux chantiers qui riment forcément avec perturbations. La carte de « l’apaisement » jouée par le maire avec les territoires voisins, vaudra-t-elle aussi pour Montpellier ? C’est ce que M. Delafosse a promis durant la campagne. Après le tramway ou l’Esplanade, le maire a l’intention de réparer et d’équiper les quartiers, les uns après les autres. En prenant soin « des parcs, des écoles, des rues, des places, des trottoirs ». Ainsi l’avenue de Toulouse, la place des Beaux-Arts ou le chemin de l’Aqueduc vont être repensés après concertation. À terme, l’esplanade de Gaulle sera reliée à Antigone. Parmi les premières mesures pour faire faire des économies, la gratuité des médiathèques fera son apparition, un office pour le pouvoir d’achat et une agence du logement seront aussi créés.

    Mais attention, plus de proximité dans les quartiers ne signifie pas la fin des grands chantiers. Le Contournement routier ouest (COM) et le Service express régional métropolitain (Serm) sont sur les rails. Mené avec l’État, l’indispensable projet de rénovation urbaine (Anru) va, durant ce mandat, transformer des quartiers populaires comme la Paillade. De nouveaux quartiers vont naître à l’instar de Montpellier Sud entre Saint-Martin et les Prés d’arènes. Pour M. Delafosse, le nouveau challenge ne fait que débuter.

  • Les grands voiliers débarquent à Sète

    Les grands voiliers débarquent à Sète

    Regroupant plus de 2 000 participants du monde maritime, 15 pays différents défileront pour cette Escale à Sète 2026. En 2024, lors de sa dernière édition, plus de 300 000 personnes s’étaient rendues au cœur de l’île Singulière pour assister au spectacle. Au programme cette année, des animations, des expositions et des jeux. En ouverture, dès le 31 mars, la parade navigante avec l’arrivée des grands voiliers et des flottilles dans le port débutera cette nouvelle édition. En tête d’affiche de cette neuvième édition côté voiliers, il sera possible de retrouver l’Étoile, Nave Italia, Sudarshini, Belem, Vera Cruz, Florette, Phœnix, El Galeón, Pascual Flores, Nao Victoria et le dernier bateau bœuf de Méditerranée « Espérance ». Toujours le mardi 31 mars à 15h30 sur le quai d’Alger, « L’Escale assiette » prendra place. Mêlant talent et cuisine traditionnelle, des équipes composées d’un pêcheur, d’un chef et d’un vigneron présenteront les spécialités locales. Pendant toute la durée du festival, les différentes délégations animeront aussi l’événement (mardi 31 mars présentation délégation Japon et Roumanie, mercredi 1er avril présentation Catalans, Inde, Croatie et Italie, jeudi 2 avril Slovénie, vendredi 3 avril présentation Tunisie, Mauritanie et Corse). Une visite guidée gratuite est aussi organisée pour découvrir le Port de Commerce de Sète tout au long de l’événement. Pour terminer cette Escale à Sète 2026, la parade de clôture des navires en mer devant le port aura lieu le 6 avril à partir de 17 heures.

  • Un conseil municipal renouvelé de moitié à Montpellier

    Un conseil municipal renouvelé de moitié à Montpellier

    Il y a ceux qui siégeaient depuis longtemps (Philippe Saurel, Max Lévita, Jacques Domergue, Mustapha Majdoul…) et qu’on ne verra plus. Et il y a ceux qui vont connaître leur baptême du feu.

    Si les électeurs montpelliérains ont joué la continuité avec Michaël Delafosse, le conseil municipal va changer de visages. Sur les 69 nouveaux élus qui siégeront pendant au moins 6 ans (probablement 7), 33 vont faire leurs premiers pas. 22 sont issus de la liste Delafosse, 7 de chez Oziol et 4 de la liste Altrad.

    Dans la majorité municipale, on connaissait déjà Muriel Ressiguier pour avoir été députée LFI avant de se fâcher avec Jean-Luc Mélenchon. À ses côtés, siégeront le doyen de la fac de droit Guylain Clamour, la médecin biologiste Tal Anahory, l’ancienne candidate PS aux législatives Fatima Bellaredj, l’ex-Verte Jacqueline Markovic (Place Publique) ou Stéphane Hernandez, voix de la communauté gitane. On peut ajouter la jeune Émilie Biondi (PRG), la militante du collectif de la 5e ligne Éliane Urtado ou l’écolo Grégoire Delforge. À noter que Jean-Louis Gély, l’ex-adjoint d’Hélène Mandroux ainsi que la directrice de la SPA, Annie Benezech, font leur retour. Et que Serge Guiseppin était jusqu’ici élu dans l’opposition.

    Côté LFI, seule Alenka Doulain siégeait déjà. Font leur entrée : Nathalie Oziol, Antoine Bertrand, l’ex-chef de cabinet de René Revol, l’ex-écolo Julia Mignacca, l’enfant de Saint-Martin Rhany Slimane, Livia Jampy, suppléante du député Sylvain Carrière, Kamel Moufid et Nicolas Hillaire. Enfin, chez Mohed Altrad, vont faire leurs gammes Marie-France Boisbault, Lilit Aghajanyan, David Nocca et Jérémy Orzechowski. Stéphanie Jannin et Patricia Mirallès étaient jusque-là élues sur la liste de Philippe Saurel.

  • [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    [Entretien] Matthijs Gardenier : « La participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité »

    La Marseillaise : Comment définiriez-vous le vigilantisme ?

    Matthijs Gardenier : C’est un phénomène où des personnes non rémunérées et volontaires se substituent aux forces de l’ordre. Nous vivons une période historique marquée par l’extension des logiques sécuritaires et par la participation croissante d’acteurs non étatiques à la sécurité. Le vigilantisme est l’une des modalités de cette extension du champ sécuritaire.

    Où situez-vous la frontière entre participation citoyenne à la sécurité et basculement dans le vigilantisme ?

    M.G. : Le basculement se situe très clairement dans l’intervention. C’est le fait d’agir directement, de menacer, d’utiliser la violence ou d’administrer des sanctions, c’est-à-dire de s’ériger en juge.

    Dans une ville comme Montpellier, quelles formes concrètes de « vigilance » ou de mobilisation sécuritaire observez-vous aujourd’hui ?

    M.G. : Je peux citer deux exemples. Le premier est ponctuel. En 2018, lors de l’occupation de la faculté de droit par des étudiants grévistes, le doyen, après le refus du préfet d’intervenir, a constitué un groupe qui a procédé lui-même à l’expulsion des étudiants par la force. Des images ont circulé et des étudiants ont même été blessés. C’est un exemple de citoyens qui se substituent à l’autorité de l’État pour faire œuvre de police. Le second exemple est d’une autre nature. Il s’agit d’un groupement de sécurité inter-bailleurs, une sorte de police des HLM, délégation de service public confiée à une entreprise privée, habilitée à intervenir dans les différents ensembles HLM de Montpellier. Ce n’est pas du vigilantisme à proprement parler, mais cela illustre la privatisation de missions qui relevaient auparavant du travail policier. À cela s’ajoute, bien sûr, la montée en puissance des technologies de surveillance.

    En quoi l’idéologie de la sécurité transforme-t-elle notre rapport
    à la police, à la justice et à la punition ?

    M.G. : Nous assistons à une bascule profonde. Dans la conception moderne de l’État, héritée notamment de Beccaria, la sécurité et la sanction relevaient de fonctions régaliennes. La police et la justice étaient assurées par l’État, et les peines obéissaient à une logique de proportionnalité et de réintégration de l’auteur dans la société. Ce rapport a changé. Des chercheurs comme Didier Fassin, qui parle de populisme pénal, ou David Garland, qui théorise l’idéologie de la loi et de l’ordre, ont documenté ce glissement. L’État serait désormais perçu comme inefficace, et les sanctions ne seraient jamais assez fortes. On passe d’un modèle de justice réintégrative à un modèle rétributif, où l’auteur ne doit pas se réformer pour revenir parmi nous, mais souffrir et être puni durement.

    Pourquoi avoir choisi d’associer « vigilantisme » et « idéologie de la sécurité » dans le titre de votre ouvrage ? À qui s’adresse-t-il ?

    M.G. : Cet ouvrage s’adresse aux chercheurs, mais aussi à toutes les personnes qui s’interrogent sur notre rapport à la sécurité et à la délinquance, à celles et ceux qui, face aux débats et polémiques, cherchent une approche factuelle. L’ambition est d’alimenter un débat public sur la reconfiguration de ce rapport. Nous sortons d’une vision régalienne où l’État assure seul la sécurité, pour entrer dans un modèle où des acteurs privés et citoyens jouent un rôle croissant. Ce sont des évolutions difficiles à mesurer, difficiles à documenter, qui méritent d’être mises en lumière.

    Comment analysez-vous le rôle
    du sentiment d’insécurité dans la légitimation de ces politiques ?

    M.G. : Le sentiment d’insécurité est toujours très difficile à quantifier, mais ce qui est certain, c’est qu’il existe une demande sociale de sécurité qui se perçoit comme insatisfaite, indépendamment du fait que la délinquance augmente ou non objectivement. Et cette demande s’auto-alimente. Le sociologue britannique Steven Spitzer l’a bien formulé. La sécurité est un bien économique dont la demande ne peut jamais être pleinement satisfaite. Prenons un exemple simple : quelqu’un qui installe une alarme chez lui sécurise objectivement son domicile, mais se fragilise subjectivement car l’alarme lui rappelle quotidiennement l’existence de potentiels cambrioleurs. Dans l’espace urbain, c’est identique, les caméras, les blocs de béton antiterroristes renforcent peut-être la sécurité réelle, mais rappellent en permanence la potentialité de l’agression et alimentent ainsi le sentiment d’insécurité.

    Si vous deviez résumer en une formule ce que cette actualité dit du rapport contemporain à la liberté ?

    M.G. : Je reprendrais une phrase de Robert Castel : une demande absolue de sécurité est rarement compatible avec les libertés publiques garanties par un État de droit. La vraie question, au fond, est, est-il souhaitable d’atteindre une sécurité absolue, si c’est au prix du renoncement à l’essentiel ?

  • Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Avec l’assise des 40,73% de J-L. Mélenchon à la dernière Présidentielle, Nathalie Oziol apercevait une porte entrouverte vers la mairie de Montpellier. Fort de sa notoriété et de sa réussite insolente dans les affaires, Mohed Altrad s’imaginait déjà régner sur le Clapas, tel un Georges Frêche de droite. Mais les municipales et les scrutins nationaux répondent à des logiques différentes et on ne gère pas la 7e ville de France comme une multinationale.

    Telle est la leçon que les électeurs ont donnée à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), sèchement battus dimanche 22 mars dans la triangulaire qui les opposait au maire socialiste sortant, Michaël Delafosse (50,13%).

    Peut-être que les réseaux socialistes tissés par Georges Frêche et que Mohed Altrad rêvait de court-circuiter sont toujours solides à Montpellier. Peut-être qu’en dépit de certains couacs, le bilan de M. Delafosse était suffisamment convaincant pour rendre impossible un scénario dégagiste dont avait été victime Philippe Saurel en 2020. Il n’en demeure pas moins que Nathalie Oziol et Mohed Altrad ont, chacun à leur façon, loupé leur campagne.

    La députée Insoumise a mis du temps a asseoir sa légitimité dans son propre camp, au départ coupé en trois, avant de faire front. Ensuite, l’angle très agressif, parfois caricatural choisi par N. Oziol contre le maire n’a pas permis d’élargir son potentiel électoral ni de réveiller les quartiers populaires. D’aucuns ont eu le sentiment qu’elle menait une campagne nationale anti-PS pour préparer le terrain à Mélenchon. Côté Altrad, la crédibilité a clairement fait défaut après 6 ans à déserter les bancs de l’opposition puis à esquiver les débats publics. Sa liste agglomérat des déçus de P. Saurel ou du macronisme avait tout d’un règlement de comptes personnel dans le conflit qui oppose le milliardaire à M. Delafosse pour son refus de vente du stade de rugby. Le signe qu’en politique l’argent ne suffit pas.

    Avec 7 de leurs colistiers, N. Oziol et M. Altrad siégeront donc sur les bancs de l’opposition. Enfin, pour M. Altrad, rien n’est moins sûr. R.C

  • Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Perceptible dès le soir du 1er tour où Aurélien Lopez-Liguori était arrivé largement en tête (38,44%), la catastrophe a bien eu lieu, dimanche 22 mars en Agde. Le sage retrait du maire sortant Sébastien Frey (3e avec 20,74%) n’y a rien fait. La « perle noire de la Méditerranée » s’est fait emporter par une vague brune. Dans son duel qui l’opposait au médecin agathois divers droite Thierry Nadal (45,13%), Aurélien Lopez-Liguori (54,87%) l’a emporté avec 1 652 voix d’avance et une participation correcte (64,75%) qui ne laisse aucune place au doute.

    Quatrième ville la plus peuplée du département, Agde est donc la première ville héraultaise à basculer aux mains du RN. Terrible pour les habitants de ce territoire sinistré qui compte l’un des taux de chômage les plus élevés de France (17,6%). Mais est-ce bien étonnant ? Dès 2007, Agde avait massivement plébiscité N. Sarkozy (62,47% au 2e tour). Aux deux dernières Présidentielles de 2017 et 2022, M. Le Pen est chaque fois arrivée en tête contre E. Macron (54,37% puis 60,14%).

    Si bien qu’aux législatives 2022, l’élection du député RN Aurélien Lopez-Liguori (59,19%) au 2e tour contre le communiste Gabriel Blasco n’avait surpris personne. Pas plus que sa large réélection aux législatives anticipées de 2024. Ce qu’on n’aurait pas imaginé en revanche, c’est que le député RN soit reconduit dès le 1er tour (51,66%).

    A. Rivière (PS) contre le RN ?

    Nul besoin de se remémorer le score famélique de la gauche au 1er tour de ces municipales (Arthur Labatut 6,52%) pour savoir que depuis longtemps Agde penche très à droite. Mais jusqu’ici, Les Républicains gardaient la main localement. La folie des grandeurs de l’ancien maire démissionnaire (31 mai 2024) Gilles d’Ettore, mis en examen dans l’affaire de la voyante Sophia Martinez, a provoqué la bascule. Comptable aux yeux des électeurs de cette politique favorable aux promoteurs, son successeur depuis près de 2 ans, Sébastien Frey, n’a pas réussi à incarner le renouveau à droite. Du pain béni pour Lopez-Liguori qui laisse son siège de député à son suppléant, Bernard Chaumeil.

    Reste à savoir si l’ombre de l’extrême droite peut s’étendre jusqu’à l’Agglo Hérault Méditerranée. Brillamment réélu au 1er tour à Pézenas et en réflexion, Armand Rivière pourrait avoir des ambitions. Mais le socialiste n’a que 5 sièges à l’Agglo plus les 3 de son homologue PS Vincent Gaudy reconduit à Florensac contre 13 acquis au RN avec Agde. D’autant que le maire DVD de Bessan (4 sièges), Stéphane Pépin-Bonet, a de bonnes relations avec Lopez-Liguori. Sachant qu’il faut 30 sièges pour prendre l’Agglo, le choix des maires de Portiragnes, Lézignan ou Saint-Thibéry (…) sera prochainement décisif.

  • M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après votre réélection ?

    Michaël Delafosse : Je veux d’abord exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance en direction des Montpelliérains qui nous ont accordé leur confiance et les remercier. Durant cette campagne, ils nous ont fait part de leur grande fierté d’avoir tenu nos promesses, rendu les transports gratuits, s’attaquer à la rénovation des quartiers populaires. Une campagne qui s’adresse à l’intelligence des gens, où nous avons porté un projet global pour la ville, dans chaque quartier, avec une envie de poursuivre la transformation de Montpellier. Ils nous ont également beaucoup salué dans une campagne qu’ils ont pour beaucoup trouvé très violente, comme si notre vie démocratique était en train de se trumpiser. Si ça ne s’était vu qu’à Montpellier, ce ne serait pas grave. Mais dans plein d’endroits dans notre pays, la violence s’est déchaînée dans le débat démocratique.

    Plus de la moitié des inscrits ne sont pas allés voter au second tour, comment les mobiliser ?

    M. D. : La crise démocratique ou l’abstention se passe partout en France, d’élections en élections. Je ne vais pas m’en réjouir, c’est un phénomène qui est préoccupant. À Montpellier, sans doute beaucoup de gens ont dit « l’élection est jouée » et s’en sont peut-être un peu détournés. Mais je ne veux pas tirer d’analyse hâtive sur la cause de cette abstention. Cela montre que la défiance à l’endroit de la politique est forte, comme la capacité de la politique à changer les choses. Nous nous efforçons d’y répondre. Quand on promet la gratuité des transports, on donne la date, le jour et l’heure de sa mise en œuvre. Oui, la politique peut changer les choses. Et donc, ça ce sont des éléments. Beaucoup de nos concitoyens sentent qu’aujourd’hui il y a des leaders politiques qui déclament, mais qu’à la fin les réalités sont inexistantes. Et de ce point de vue, l’action du Président Macron est assez révélatrice. Moi j’ai souvent cette phrase, la France des procédures obère la France des projets.

    Et donc la question de la perception du choix apparaît très souvent difficile et je pense que ça joue aussi dans cette abstention. Après, ça dit aussi qu’il y a des gens qui ont des problèmes et tout ça leur apparaît parfois très loin, notamment dans les quartiers populaires. Alors je le dis, je suis élu par une majorité mais je serai évidemment respectueux de tous et de toutes.

    LFI a été votre principal adversaire à Montpellier mais on a vu à l’œuvre des alliances entre insoumis et socialistes. Comment va se passer la cohabitation ?

    M. D. : C’est à eux de le dire. Ce que je constate, c’est que LFI, depuis le premier jour en conseil municipal [en 2020], combat l’action d’une des villes qui a mené l’une des politiques les plus à gauche et les plus écologistes de France. J’ai toujours dit qui était mon adversaire et mon ennemi : l’extrême droite. Et d’ailleurs je n’ai pas fait des tracts contre les autres, j’ai fait des tracts pour Montpellier et pour les gens. Moi j’ai été caricaturé, attaqué par une composante qui se réclame de la gauche. Le respect de la parole, ça compte. Quand on prend une position nationale de clarté, il faut s’y tenir. On peut prendre une position autre, mais dans ce cas-là, on s’y tient. Je constate, dans des villes où l’alliance a eu lieu, alors qu’elles apparaissaient imperdables pour la gauche, une partie des électeurs se sont détournés. À Brest, à Clermont-Ferrand, etc.

    Nous sommes très différents du style : l’outrance contre la pondération, la constance des convictions face à parfois des cheminements douteux quand on vote contre la gratuité des transports. D’ailleurs, les élus LFI au conseil municipal auront un premier test puisque c’est dans le budget que figurera la gratuité des transports. Et donc s’ils ne le votent pas, ils seront cohérents avec leur position passée, mais qu’ils ne viennent pas ensuite nous faire la leçon.

    Quels sont les premiers projets que vous allez lancer ?

    M. D. : N’espérez pas de pause dans l’action. Il y a plusieurs choses. Mais évidemment, l’installation de l’antenne du CHU à la Mosson est un sujet prioritaire pour moi. Nous allons commencer à travailler sur le plan infrastructures sportives 2035 et nous présenterons le premier gymnase qui va être rénové pour répondre à la pratique amateure. Nous allons travailler sur le musée Fabre en lançant les travaux pour son bicentenaire d’extension, ça va être le symbole de l’engagement de la ville en faveur de la culture. Nous allons travailler sur les enjeux des projets qu’on va mettre en concertation : la mise en œuvre du plan trottoir, sur le sujet des bus tram. Et d’ailleurs il y aura beaucoup de temps de participation.

  • Michaël Delafosse réélu à la mairie de Montpellier

    Michaël Delafosse réélu à la mairie de Montpellier

    Michaël Delafosse a lui-même annoncé sur les réseaux sociaux la victoire de sa liste « Demain Montpellier ».

    « Nous sommes très largement en tête, avec près de 51% des suffrages selon les premières tendances. N. Oziol (LFI) 25% et M. Altrad 24%, la victoire est acquise, elle est celle de la cohérence, de la clarté et du sérieux », a déclaré le maire sortant, réélu ce dimanche soir. Le résultat définitif le crédite en fait de 53,61% soit 20 points de plus qu’au premier tour. « Merci à toutes et tous de votre confiance, nous allons continuer à affirmer Montpellier comme une ville plus solidaire, plus écologique, plus innovante et plus fraternelle. Une ville qui porte avec résolution et sans concession les valeurs de la République. Ce soir, cette victoire de la gauche et de l’écologie est une belle nouvelle pour une gauche en grande difficulté dans le pays. Le laboratoire montpelliérain doit inspirer l’indispensable remise en mouvement des forces progressistes face à la vague conservatrice et réactionnaire », a développé Michaël Delafosse.

    Ses deux concurrents en lice pour cette triangulaire ont amélioré leur score du premier tour. Nathalie Oziol pour la France insoumise a obtenu 23,6%. La députée de l’Hérault avait réalisé 15,35% au premier tour et le milliardaire Mohed Altrad avait recueilli 11,31% et a obtenu 22,79% au second tour.

    Agde bascule au RN

    Dans l’Hérault, le taux de participation s’établissait à 17h à 54, 93%. Si la ville de Montpellier reste ancrée bien à gauche, l’extrême droite déloge la droite en perdition à Agde, sa première commune dans l’Hérault avec l’élection de Aurélien Lopez Liguori (54,87%) face au divers droite Thierry Nadal (45,13%).