Tag: grève

  • « Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux »

    « Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux »

    La Marseillaise : Les énergéticiens sont en grève depuis près de deux semaines. Quel état des lieux faites-vous de la mobilisation ?

    Fabrice Coudour : On est partis sur un mouvement dans la durée, sans recherche fondamentale de taux de grévistes explosifs dès le 2 septembre. Ce qu’on cherche, c’est l’impact sur le fonctionnement de l’outil, et donc l’impact sur l’économie des employeurs. On est sur un préavis de grève un peu particulier puisqu’il concerne les 157 entreprises de notre branche professionnelle des industries électriques et gazières [IEG, Ndlr]. Et il porte sur 3 axes majeurs : l’abrogation de la réforme des retraites, la revalorisation de nos salaires et la baisse des factures des usagers. Ce dernier point est une autre particularité de notre mouvement puisqu’on demande l’abaissement de la TVA sur la facture. Notre message s’articule autour de la compatibilité d’une hausse des salaires pour les travailleurs et une baisse de facture pour les usagers. On agit donc contre nos employeurs et les pouvoirs publics. Et ça s’inscrit pleinement dans la colère citoyenne qui s’exprime en ce moment. On a eu jusqu’à 250 piquets de grève en simultané, et plus de 60 000 grévistes, la semaine dernière.

    Justement, votre mouvement est passé par la date du 10 et doit durer jusqu’au 18 a minima, vous êtes le lien entre ces deux dates ?

    F.C : On n’a pas la prétention, ni la volonté, de nous réapproprier la colère actuelle. Mais celle qu’on porte fait écho à ce qui est posé par le mouvement citoyen. Sauf que nous créons les conditions pour que le monde du travail rejoigne cette colère citoyenne. D’où notre combat en interne, dans nos entreprises, mais aussi en externe avec la question du pouvoir d’achat des usagers. Dès le départ, notre participation au 10 et au 18 n’était même pas une question. On est clairement inscrits dans ce processus, la détermination et la colère sont là. La première semaine, on était sur une grève reconductible. La deuxième, on avait comme mot d’ordre d’être sur de l’information, le lundi et le vendredi, et de l’action du mardi au jeudi. Tout en ne s’interdisant rien en dehors de ça, et c’est pour cela qu’il y a un piquet de grève tous les jours à Marseille. À partir de la semaine prochaine, on va durcir le ton, avec peut-être un peu moins de piquet de grève mais des piquets beaucoup plus stratégiques et symboliques. Par exemple, sur les centrales nucléaires, hydrauliques, les terminaux méthaniers… Notamment car on demande des réponses à nos employeurs, on veut du concret, et pour l’heure, nous n’en avons pas.

    Vous faites le parallèle entre l’attitude du patronat dans les IEG et celle du pouvoir en place dans son approche du dialogue social ?

    F.C : Sur la question des salaires, on attend des réponses des employeurs des IEG, sur la question des factures, on attend des réponses du gouvernement. Notons que le gouvernement pilote à 100% une des grosses entreprises de notre branche : EDF. Et il y agit comme un actionnaire plutôt qu’un stratège…

    Vous évoquez la convergence entre usagers et énergéticiens. À Marseille, pour le 10 septembre, il y a eu des formes de convergence entre le mouvement « Bloquons tout » et la CGT. Est-ce que votre mouvement participe à ça ?

    F.C : Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux. J’estime qu’on est un feu assez représentatif pour embraser les choses. Nous avons nos propres initiatives et les actions qu’on organise ne peuvent pas être ouvertes aux citoyens systématiquement. Car on travaille avec de l’électricité et du gaz, ce n’est pas rien, il y a des process industriels, notamment sur des sites sensibles. Du reste, nous n’avons pas de dogme sur les modalités d’initiatives. Mais évidemment qu’il y a une convergence, notre mouvement est d’ailleurs un combat pour les usagers.

  • 80 ans après sa création, le combat pour la Sécu continue

    80 ans après sa création, le combat pour la Sécu continue

    Constat sans appel pour les participants au débat « 80e anniversaire de la sécurité sociale et alternative à l’austérité » : notre système de soins et notre protection sociale vont mal. « La France a reculé au 23e rang sur 27 des pays de l’OCDE en matière de mortalité infantile », souligne Caroline Chevé de la FSU. « Par exemple, il y a 14 médecins aux urgences de Perpignan alors qu’il en faudrait 45 », surenchérit Laurent Brun (CGT).

    Pour Yannick Monnet, député communiste de l’Allier, c’est la conséquence des logiques qui éloignent la Sécu de ses principes fondateurs. « De 1945 jusqu’à maintenant l’évolution du rapport de force à modifier des choses, notamment sur la gouvernance », analyse-t-il, vivement opposé à la fiscalisation des ressources de la Sécu introduite par la CSG et à l’objectif national de dépenses de l’assurance maladie (Ondam). « Le pouvoir politique définit quelle va être l’enveloppe Ondam et ensuite on essaye de répartir selon les besoins, c’est le contraire qu’il faut faire : il faut partir des besoins pour ensuite définir les ressources », avance le député PCF.

    Selon Caroline Chevé, l’affaiblissement de la Sécu provoque l’explosion du secteur assurantiel et lucratif « où chacun cotise selon ses besoins : on paye plus cher si on est plus vieux, plus malade, et on reçoit selon ce qu’on a eu les moyens de se payer », résume-t-elle. Une logique totalement contraire à celle de la Sécu. De même, la dirigeante syndicale insiste sur le principe d’universalité de la Sécurité sociale qui « doit valoir pour tous » y compris les assurés sociaux aisés car « une Sécu réservée aux plus démunis, c’est la petite musique des libéraux pour ensuite développer tout un discours sur les “assistés” ».

    Constitutionnalisation

    Laurent Brun veut renouer avec la gestion démocratique de la Sécurité sociale : « La cotisation appartient aux salariés, c’est une part de leur salaire. On n’imagine pas que les employeurs nous disent comment on utilise notre salaire. On refuse la fiscalisation de la Sécu qui justifie que l’État s’en mêle. Est-ce que si on propose le paritarisme pour gérer les profits, les patrons réagiraient bien ? On entendrait parler de spoliation ». En attendant, la priorité de la CGT « c’est de dégager le lucratif ».

    Les trois intervenants s’accordent sur l’importance de porter avec force une ambition pour la Sécurité sociale du XXIe siècle à l’occasion des manifestations anti-austérité du 18 septembre.

    Sur le plan institutionnel, Yannick Monnet annonce pour conclure qu’il s’apprête à présenter une proposition de loi, travaillée avec Pierre Dharréville lorsqu’il était député, pour constitutionnaliser l’existence de la Sécu. Une manière de la sanctuariser mais aussi d’inscrire le principe de sa gestion par les premiers intéressés et de son financement par la cotisation.

  • Au collège F.-Bazille, une mobilisation victorieuse

    Au collège F.-Bazille, une mobilisation victorieuse

    C’est ce qu’on appelle une rentrée sur les chapeaux de roues. Telle est celle vécue par le collège Frédéric-Bazille à Castelnau-le-Lez. Face au manque de personnels et de professeurs, les parents et enseignants ont appelé à une journée de mobilisation, le 3 septembre. « Lors de notre pré-rentrée, le 29 août, notre chef d’établissement nous annonce que l’on n’a plus de principal adjoint. Aucun de nos collègues n’a voulu prendre la fonction car les conditions de travail sont plus dégradées », détaille Jordan Homps, professeur de physique-chimie et co-secrétaire Snes-FSU du collège.

    À cela s’ajoute l’absence d’un professeur de français et un autre d’histoire-géographie. Une position délicate pour les deux classes de troisième impactées qui doivent passer leur diplôme du brevet à la fin de l’année. « Le problème, c’est que l’an dernier, ces deux mêmes classes qui étaient en quatrième n’avaient pas eu de prof de français jusqu’à fin novembre. Ce qui représente un trimestre. De plus, quatre autres classes n’avaient pas eu non plus de cours de français, de décembre jusqu’à mars. Le collège avait fait appel à un prof de français à la retraite qui a bien voulu prendre ses heures pour nous dépanner », soupire Pernille Kongstad, déléguée FCPE de l’établissement.

    Pour ne rien arranger, le collège Frédéric-Bazille est également victime de la pénurie nationale d’Accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) que connaît tout l’Hexagone. Deux d’entre eux manquent à l’appel. « C’est problématique pour les élèves qu’ils accompagnent mais également pour la classe entière car quand les élèves en situation de handicap ne sont pas suffisamment encadrés, cela peut perturber la classe entière », reprend Pernille Kongstad.

    Des moyens débloqués

    La goutte de trop pour les parents, le personnel et les élèves qui sont donc montés au créneau, le 3 septembre, en se mobilisant dans le collège. Les collégiens ont d’ailleurs réalisé des pancartes afin de s’exprimer sur la situation. « Nous sommes obligés d’établir un rapport de force. Les moyens sont tellement limités pour tout le monde que, c’est triste à dire, mais c’est celui qui parle le plus fort qui se fera entendre », soupire Jordan Homps.

    Et il semblerait que le message ait été reçu par le rectorat puisque deux jours plus tard, de nouveaux moyens ont été débloqués pour le collège. Contacté, le rectorat assure que « des solutions rapides et concrètes ont été trouvées. Un principal adjoint a été recruté et a pris ses fonctions [le 5 septembre]. Il a d’ailleurs rencontré, mercredi, le principal de l’établissement et découvert son futur lieu d’exercice. Il manquait un professeur en histoire-géographie. La situation est désormais réglée. Un enseignant qualifié a été nommé. Le recrutement d’un professeur de lettres est également confirmé afin de couvrir les quelques heures d’enseignement encore manquantes. » Un AESH aurait également été recruté via le Pôle inclusif d’accompagnement localisé (Pial) du lycée Georges-Pompidou et la seconde embauche serait en cours.

    Des manques de postes criants illustrant la crise de vocation que connaît le monde enseignant. Une problématique vieille de quelques années déjà mais qui ne cesse de s’aggraver malgré les dispositifs mis en place par les services de l’Éducation nationale. La dernière en date, baisser le recrutement des professeurs à partir de la licence, laisse les professeurs sceptiques. « Ce n’est pas en diminuant le niveau de qualification des personnels qu’on améliore la qualité de travail et le taux d’engagement des enseignants. Cela ne va pas créer des vocations car les premières causes de ces départs sont une perte de sens et le décrochage salarial », souligne Jordan Homps.

  • [Mouvement social] À Marseille, ça gaze sur le piquet de grève

    [Mouvement social] À Marseille, ça gaze sur le piquet de grève

    Soirée DJ, concert des Baydon’s, projections ciné, parties de contrée… et un débat au programme de la semaine prochaine, « où les usagers sont invités à participer, leurs factures d’énergie à l’appui », indique le secrétaire général CGT de l’énergie de Marseille. Sur le site des IEG, au bout du boulevard Guidon dans le 13e arrondissement, une logistique impeccable est à l’œuvre pour tenir jusqu’au 18 septembre.

    Fer de lance du mouvement social, c’est à se demander à quoi carburent les énergéticiens. « à la motivation ! », répond sans enjambe Renaud Henry. Le leader CGT a pris la main en cuisine, sous la pergola, pour préparer une sauce tomate maison. Il manque « une louche et du sel ». Un militant du secteur pétrochimie part faire la course. Une bonne dose de solidarité vient s’ajouter à la recette de ce remarquable piquet de grève.

    Sur les canapés, les travailleurs en lutte se repassent la vidéo de la manifestation du 10 en boucle. « Énorme ! C’est génial tout ce soutien », commente Max, le sourire jusqu’aux oreilles. Certains énergéticiens posent une, deux ou trois heures pour tourner sur la grève. Le jeune gazier n’a pas quitté le piquet depuis le 2 septembre. Si Max se languit de revoir sa fille, sa détermination est intacte : « Quand on commence, on va jusqu’au bout. Avec ce gouvernement, on sait qu’on a encore beaucoup à perdre. Avec la lutte, on sait qu’on a tout à gagner ». Ce vendredi, il avait troqué le tablier de cuistot contre la serviette-éponge : son coiffeur est venu sur le site pour une coupe. Le matin, il nettoyait le frigo, attirant la curiosité des employés de bureau des entreprises du site, attroupés au balcon. Quant au manque à gagner sur les prochaines fiches de paie ? « on fera les comptes plus tard. On se débrouillera entre nous. C’est notre force cette solidarité », tranche Clément.

    Exemplaires

    Après plusieurs nuits passées sur un des lits de camp, Géraldine, se sent aussi revigorée par « l’effet du 10. C’était fou de voir des jeunes qui dansent devant les CRS. Marseille a fait la démonstration que la lutte peut être festive. On a un super service d’ordre, capable d’éviter que ça dégénère ». La militante se sent d’attaque pour continuer la lutte. D’autant plus que « la caisse de grève a bien fonctionné. Comme la cagnotte Leetchi lancée en ligne. Au-delà de l’aide matérielle, ça fait chaud au cœur ». Une palette qui a échappé au feu sert de porte-revues et les unes des journaux du 11 attestent de la réussite marseillaise.

    Dans la même veine, Charlotte, cheminote, enchaîne les tours de garde sur le piquet de ses camarades énergéticiens. « C’est fou ce qu’ils font », reconnaît la jeune femme, qui passe ici ses congés. « L’avantage, c’est que je ne partais pas en vacances. Du coup, je passe de très bons moments sur ce camping de lutte. C’est important de savoir revendiquer dans la joie. Sans quoi, ça plombe tout le mouvement », estime-t-elle.

    La météo s’invite au débat du jour : un électricien installe des gouttières pour renforcer la pergola. Mais peu importe la pluie. « on tiendra jusqu’au 18 et autant qu’il le faudra », assure Martine Durand, de l’UD CGT 13.

    Parmi les visiteurs, une délégation des communistes du 15e, aussi venue apporter « un soutien physique, moral et matériel aux camarades qui se battent, une fois encore, pour défendre notre pouvoir d’achat, les salaires », précise Ibrahim Mzé. Chef de file de la section, il est également convaincu « qu’il n’y a rien à attendre de bon de ce gouvernement. Le budget étrangle encore les hôpitaux et tous les services publics. C’est dans la rue que l’avenir doit se construire ».

    Roland, retraité des IEG, arrive en demandant : « Vous avez un congélateur ? J’ai des barquettes de viande… » La veille, un agriculteur du Var s’est déplacé pour leur proposer des cagettes pleines de grappes de raisins, qui n’ont pas fait un pli. « On a déjà fait du poisson en papillote, du sanglier, une fondue savoyarde… Parce que les grillades et les merguez, on saturait », explique Géraldine, en se posant dans le hamac. Quitte à inscrire le menu social dans la durée, autant soigner la recette.

    « On va au bout. On sait ce qu’on a encore à perdre avec ce gouvernement. Avec la lutte, on a tout à gagner »

  • Production à l’arrêt à l’usine de chimie Arkema de Saint-Menet

    Production à l’arrêt à l’usine de chimie Arkema de Saint-Menet

    Le jour s’est levé. Du site de l’usine clos, on n’aperçoit que des bâtiments, et une structure métallique complexe éclairée par des néons. Ici, le géant de la chimie Arkema produit du monomère, matière première servant à la fabrication des plastiques de haute qualité. 300 salariés travaillent dans l’usine, dont plus de 130 à la production, en horaires décalés.

    « Qu’est-ce qu’on mange ce midi ? », blague Nico, au volant de sa voiture. Depuis l’installation du piquet de grève à 6h du matin, Rémi Thuaire, délégué syndical CGT Arkema, arrête un instant chaque automobiliste qui pénètre sur le site, et l’incite à « venir boire un café et montrer son mécontentement par la grève ». Il embraye : « Cette journée va au-delà de la lutte syndicale. Il faut un changement politique et sociétal. » Il évoque « des dirigeants politiques complètement déconnectés de la réalité, qui n’écoutent pas la volonté du peuple sortie des urnes ». Il insiste : « Mais surtout, le problème, c’est le partage des richesses. Il faut aller chercher l’argent là où il est, plus chez les travailleurs, c’est fini, on paie déjà assez. »

    « On travaille pour payer »

    Quentin, 26 ans, opérateur chimie acquiesce : « On a un salaire pour payer l’électricité, le manger, la vie de tous les jours, et une fois que tout ça est payé, on survit jusqu’à la fin du mois. Le salaire ici est correct, mais l’État prend trop. On travaille pour payer. » Wilfrid Gautier, 44 ans, ouvrier en production, ajoute : « On n’est pas à plaindre ici, sauf que la part du gâteau pour les travailleurs est très maigre. » Rémi Thuaire rappelle qu’Arkema, 13 sites et environ 7 000 salariés en France, groupe largement bénéficiaire, touche une partie de la manne de 211 milliards d’aide aux entreprises donnés par l’État sans conditions. « Moi citoyen, qui paie des impôts en France, je ne suis pas là pour gaver les actionnaires », proteste-t-il.

  • À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    Il est 6h30 du matin ce mercredi. Sur le rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet qui mène à l’A50, ils sont une trentaine à ralentir la circulation et à tracter pour faire connaître le mouvement du 10 septembre aux automobilistes. Les profils sont variés : retraités, enseignantes, libraires ou personnes au RSA, tous ont fait le déplacement pour montrer leur ras-le-bol face à la politique actuelle.

    « On se fait traiter n’importe comment par le gouvernement. On travaille comme des acharnés et ils ne veulent même pas nous aider. On est en colère », s’indigne une salariée de la mairie de Marseille. Jean-Marc, photographe, ne mâche pas non plus ses mots contre le gouvernement : « la classe dirigeante est une bourgeoisie boulimique. Plus ils ont d’argent, plus ils en veulent. Et ils continuent à aller chercher l’argent chez les plus pauvres, pendant que les grandes fortunes n’ont jamais fait autant de bénéfices. »

    Un barrage filtrant est plutôt bien accueilli par les automobilistes, dont beaucoup récupèrent le tract et manifestent leur soutien. Certains poids lourds s’arrêtent même pour bloquer la circulation et klaxonner au rythme du chant des militants : « Macron démission ». Un accueil qui s’explique facilement selon l’un des manifestants sur place : « les gens sont super réceptifs. Quand on leur parle de la vie chère, tout le monde se reconnaît ».

    Après quelques heures au rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet, le groupe se déplace pour tracter au rond-point d’entrée de l’A50, puis celui devant le centre commercial de la Valentine.

    Une action sans violence tout de même encadrée par la police. Dès le début du barrage, une quinzaine d’agents étaient présents avec casque et bouclier anti-émeute. « Au moins, ils sont bloqués ici et ils ne sont pas dans le centre », plaisante une participante. à partir de 11h30, l’effectif policier diminue, mais ils commencent à menacer de verbaliser les automobilistes qui s’arrêtent trop longtemps pour échanger avec les manifestants. « C’est un moyen pour eux de décourager les gens de faire grève ou de manifester. Un des automobilistes s’est pris une contravention de 640 euros pour entrave à la circulation », se désole l’un des grévistes.

    Vers 12h30, le groupe a décidé, en votant à mains levées, d’aller prêter main-forte au blocus de l’entreprise de vente d’armes Eurolink. Certains sont allés rejoindre les cortèges aux Réformés.

  • À Martigues, une vingtaine de contestataires barrent un grand axe

    À Martigues, une vingtaine de contestataires barrent un grand axe

    L’appel des manifestants du mouvement « Bloquons-tout » donnait rendez-vous ce mercredi matin, dès six heures, sur le quai Brescon de l’Île, tandis que l’Union locale CGT appelait à participer à la manifestation de Marseille.

    Les plus ponctuels ont à peine le temps de prendre un café qu’un messager informe que le point de rendez-vous est en réalité à la piscine municipale, pour 6h30. Sur place, rebelote, une autre direction est donnée face au centre Norauto, dans un jeu du chat et de la souris avec les redoutées forces de police.

    Le temps d’un court briefing, l’un des leaders du mouvement explique la stratégie du groupe. « On pensait créer des leurres de blocages dans Martigues, mais on n’est pas assez donc ça sert à rien de se diviser » détaille-t-il, « mais on va tenter de bloquer Auchan vers 8h après le tractage ». À 7 heures, devant Norauto, un peu plus d’une vingtaine de bloqueurs tentent de barrer l’avenue du Docteur Fleming à la circulation, aidés des poubelles de la zone commerciale.

    Vers le 18 septembre

    Une affiche « Macron dégage » de la France insoumise est fixée au feu de circulation, tandis que les tracts distribués dénoncent « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises par an ».

    « La dernière fois que j’étais là, c’était pendant les Gilets jaunes » se rappelle un participant, tracts à la main. À midi, le groupe se disperse.

    La perspective de la grève intersyndicale nationale du 18 septembre motivera peut-être les indécis à faire mieux.

  • À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    « Faire remonter la colère pour bloquer ces choix budgétaires et en imposer d’autres ». Jessica Jadé, secrétaire de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône, ne laisse aucun doute sur les objectifs de l’organisation pour la mobilisation de ce 10 septembre, la veille, lors d’une conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille. « Depuis plusieurs années, les gouvernements utilisent les budgets pour imposer des politiques de casse sociale. Cette année, celui prévu par notre ex-Premier ministre a sûrement été la goutte de trop. Là, la population s’est bien rendu compte de l’injustice sociale qui était prévue », constate la syndicaliste.

    Entourée de représentants et secrétaires généraux de syndicats locaux, l’organisation vient délivrer son plan d’attaque pour ce mercredi. « À la CGT, on a nos modes d’actions, on a la possibilité de bloquer l’économie par la grève. Ce 10 septembre, nous nous dotons de moyens pour converger avec tous les travailleurs mobilisés contre ce budget », développe Jessica Jadé. Elle cite les 211 milliards d’aides annuelles distribués aux entreprises sans contrepartie, à l’heure où le gouvernement Bayrou entendait prendre deux jours fériés aux travailleurs : « C’est ce qu’on refuse collectivement et qu’on a tous intérêt à combattre ». Concrètement, la CGT n’appelle pas aux différents blocages prévus par les collectifs citoyens (voir rendez-vous ci-dessous), mais plaide pour une convergence grâce à la manifestation qui partira des Réformés à 10h, en direction de la préfecture. « Rien ne s’oppose dans l’action collective et l’action syndicale. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force, les travailleurs qui rejoindraient les points de blocage ont besoin d’être couverts par un préavis dans leurs entreprises, et c’est ce que la CGT fait », analyse Jessica Jadé, insistant sur l’importance de la grève dans les entreprises.

    La CGT des territoriaux a effectivement posé un préavis du 10 au 30 septembre, permettant la tenue de grèves dans de nombreuses collectivités du territoire.

    « À la CGT Éduc’action, on appelle à faire des assemblées générales dans tous les établissements pour convaincre d’aller à la grève et de participer au mouvement », abonde Magali Hidalgo. Les organisations étudiantes prévoient aussi des blocages dans les établissements scolaires. Robin Matta, pour la CGT des cheminots de Miramas, note que les travailleurs du rail seront aussi dans la bataille. D’où des perturbations au programme au niveau des trains. Mais aussi du côté de la RTM, à Marseille, avec un appel à la grève de la CGT de la régie. Tout un programme.

    « Rien ne s’oppose dans les modes d’actions. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force »

  • À Aubagne, première grève à La Gauthière

    À Aubagne, première grève à La Gauthière

    « Pour la première fois de l’histoire de la Gauthière, les travailleurs en situations de handicap de l’Esat se mettent en grève, à plus de 40 % », annonce Bernard Cresta, délégué syndical central CGT de l’Association régionale d’aide aux infirmes moteurs, cérébraux et aux polyhandicapés (Araimc) et délégué syndical de l’Esat. Les raisons de leur colère : « une politique budgétaire qui va impacter leurs conditions de travail », dans un Esat sous tension.

    Le secteur médicosocial, déjà au bord de la rupture, n’est pas épargné par les coupes budgétaires du gouvernement. Dans l’établissement aubagnais, les travailleurs craignent de voir s’amplifier leur malaise. « Les restrictions annoncées vont encore plus nous atteindre, cela aura inévitablement des conséquences sur nos conditions de travail et sur les embauches à La Gauthière, où l’on souffre déjà d’un problème de renouvellement et de remplacement des postes » note le délégué CGT.

    Travail à flux tendu

    Ainsi, ils ont décidé de venir participer à la manifestation marseillaise, à partir de 10 heures. Mais, pour porter des revendications auprès de la direction de leur Esat, ils seront préalablement rassemblés devant La Gauthière. La CGT liste : « La remise en place des séances de kiné et d’orthophonie pendant le temps de travail, la signature d’un accord sur la non prise en compte des journées non travaillées dans la pose de congés, des embauches, le remplacement systématique poste pour poste pour toutes les absences, l’augmentation des salaires… »

  • Le collège Éluard en grève pour garder sa surveillante

    Le collège Éluard en grève pour garder sa surveillante

    Collègues, cheffe d’établissement et même inspection académique s’accordent sur un point : Delphine Guiraud, assistante d’éducation (AED) au collège Paul-Éluard de Bollène, remplit parfaitement sa mission. Le rectorat, contacté par nos soins, parle de « bons états de service ». Le gros hic, c’est qu’au bout de six années de contrat à durée déterminée au sein du même collège, la surveillante s’est vu refuser un CDI à Éluard.

    Une décision incompréhensible pour l’ensemble de ses collègues, cheffe d’établissement et parents d’élèves, dont une centaine a signé la pétition pour que Delphine Guiraud puisse être titularisée. Une grève a donc été menée, ce lundi, impliquant l’ensemble de la vie scolaire et une quinzaine de professeurs. Devant l’établissement, une trentaine de personnes s’est réunie à l’appel des syndicats Snes-FSU et CGT Éduc’action, en présence également d’Anthony Zilio, maire (SE) de Bollène et conseiller départemental qui a adressé un courrier de soutien.

    « Le 14 mars, le rectorat a refusé ma demande de CDI par une réponse non officielle, en prétextant que mon établissement comptait déjà “trop de CDI”. Après de très nombreuses relances, je reçois enfin une réponse officielle le 11 juillet : un refus sans aucun motif inscrit », retrace Delphine Guiraud, dépitée. Avec l’appui de la CGT, la justice a été saisie, le 1er août, afin de forcer le rectorat à revoir sa décision. Une requête qui a abouti le 21 août, puisque le tribunal administratif a suspendu en urgence le non-recrutement en CDI, enjoignant le rectorat à « réexaminer la situation ». Ce qui est fait puisqu’un « contrat à durée indéterminée à temps complet, au sein du collège Joseph-d’Arbaud de Vaison-la-Romaine, lui a été remis en main propre, prenant effet le 1er septembre », nous répond le rectorat, estimant qu’il s’agit du « poste non pourvu le moins éloigné de son domicile ».

    Cela reste « une injustice » pour Delphine Guiraud, qui a jusqu’au 13 septembre pour répondre à la proposition, située à 40 minutes de son domicile. « Rien ne justifie ce poste. En attendant, le collège Éluard, qui avait gelé son poste, va devoir embaucher quelqu’un d’autre en CDD », s’étrangle la CGT, qui ne comprend pas le soi-disant quota de CDI à respecter. « Le rectorat désorganise tout un établissement et une vie personnelle », ne décolère pas le syndicat, qui compte, à nouveau, sur la justice.