Tag: France

  • Trois Spartiates en stage cette semaine avec l’équipe de France

    Trois Spartiates en stage cette semaine avec l’équipe de France

    La Ligue Magnus est à l’arrêt, cette semaine, puisque l’équipe de France joue dans les prochains jours la Coupe des Nations. Qualifiée pour les Jeux Olympiques de Milan-Cortina d’Ampezzo 2026, avec l’interdiction de participer des Russes, les Bleus sont dans la dernière ligne droite, avant l’échéance italienne du mois de février.

    Ils sont trois Marseillais choisis pour ce stage express, se déroulant en Hongrie : Enzo Cantagallo, Flavian Dair et Paul Joubert. Yohan Coulaud était également présent, mais a dû déclarer forfait.

    La France sera sur la glace vendredi, samedi et dimanche, à Budapest. Les joueurs du sélectionneur Yorick Treille affronteront respectivement la Pologne, la Hongrie et l’Italie lors de ce sommet à quatre. Les trois Spartiates dans le groupe vont devoir prouver leur valeur, puisque plusieurs places sont encore à prendre dans l’effectif olympique. L’espoir est mince, mais il existe. Yorick Treille a justement fait ce choix de sélectionner des hockeyeurs plus jeunes, pour préparer le futur de l’équipe de France.

    Donner du temps de jeu

    à la nouvelle génération

    « Cette sélection est composée d’un effectif beaucoup plus jeune, avec une majorité de joueurs nés après 2000. Ce sont des joueurs qui ont un bon potentiel pour l’avenir de l’équipe de France dans les futures grandes compétitions, donc c’est aussi l’occasion d’une revue d’effectif. D’autant qu’il reste encore quelques places à aller chercher pour les Jeux Olympiques. »

    L’espace d’un week-end, les trois Marseillais vont donc devoir prouver qu’ils ont leur place, pour porter à nouveau la tunique bleue.

  • L’Assemblée valide le budget de la Sécu

    L’Assemblée valide le budget de la Sécu

    À 247 voix pour et 234 contre, l’Assemblée nationale a adopté, mardi soir, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. Une nouvelle étape franchie pour le gouvernement de Sébastien Lecornu qui, jusqu’à la dernière minute, a travaillé au corps les oppositions.

    Comme annoncé, Liot et le PS ont voté en faveur de ce texte. Le président du groupe socialiste, Boris Vallaud, se félicite d’avoir « nettoyé le musée des horreurs » qu’« était le projet du gouvernement » en listant les mesures abandonnées, parmi lesquelles la « suppression de deux jours fériés, la réforme de l’assurance chômage, le gel des minima sociaux, des pensions et du barème de la CSG », sans oublier, évidemment la suspension de l’emblématique réforme des retraites.

    Dans les heures précédant le vote, l’hémicycle valide un amendement du gouvernement qui acte une hausse de 3% des dépenses de l’assurance maladie (Ondam). L’ultime tentative d’arracher l’abstention des Écologistes. Et d’y parvenir. « Si j’écoutais mon cœur et mes tripes, je vote contre ce texte », entame la cheffe du groupe, Cyrielle Châtelain, avant d’en venir au fait. « C’est un petit texte dans lequel nous avons évité la casse », justifie-t-elle. C’est ainsi que les 26 abstentions écolos (sur 38 députés) ont fait basculer le vote.

    Pour les Insoumis, qui ont tous voté contre, c’en est trop. « Ce soir marque le moment de vérité sur l’avenir de la Sécu, mais aussi sur les alliances que les différents groupes ont pu nouer », annonce la députée LFI Ségolène Amiot. Son collègue Hadrien Clouet fustige, lui, les arrangements de couloir, les « magouilles ». « Il n’y aura rien [dans ce texte] pour répondre à la détresse la plus vive de millions de Françaises et de Français », prévient-il.

    Pour le groupe communiste, dont la majorité s’est opposée au texte, « ces débats ont permis de faire évoluer le texte initial », fait valoir Yannick Monnet, tout en réaffirmant l’impérieuse nécessité « de rétablir l’équilibre de la Sécurité sociale en lui donnant les moyens de son existence », pousse le député PCF qui s’est, pour sa part, abstenu.

    Le socle commun définitivement enterré ?

    Si ce texte ne convient à personne – et les orateurs l’ont martelé à chacune de leurs prises de parole – le scrutin qui en découle bouleverse les alliances à la gauche comme à la droite de l’hémicycle. Car, si Renaissance et le Modem se sont unanimement prononcés en faveur du texte, ce n’est pas le cas d’Horizons. Le parti d’Édouard Philippe, le premier de la longue liste de Premiers ministres d’Emmanuel Macron, s’est majoritairement abstenu (25 abstentions sur 34 députés). Et critiqué un texte « qui ne prépare rien, n’anticipe rien et affaiblit même la France », estime le député Paul Christophe. Le socle commun vit bien.

    Quant aux députés LR, seuls trois d’entre eux ont écouté les consignes de leur patron, Bruno Retailleau, en votant contre le budget de la Sécu, 28 se sont abstenus et 18 ont voté pour. Un camouflet. L’extrême droite elle, s’est massivement opposée au texte, après une abstention surprise lors du vote de la seule partie « dépenses » adoptée à 227 voix pour et 86 contre. Le PLFSS est désormais transmis au Sénat.

    Réactions

    Olivier Faure, député, Premier secrétaire du PS

    « Ce budget n’est le budget de personne. Si nous avions été majoritaires seuls, nous aurions fait différemment. Nous avons cherché à être utiles aux Français et nous n’avons trahi personne. »

    Stéphane Peu, député, président du groupe communiste

    « La vision politique qui existe dans ce budget n’est pas la nôtre. »

    Eric Coquerel, député LFI, président de la commission Finances à l’Assemblée nationale

    « Honte aux opposants qui n’ont pas voté contre le PLFSS 2026. Depuis février 2025 et la non-censure de Bayrou, le PS sauve la Macronie. »

    Gabriel Attal, député, président du groupe Ensemble pour la République

    « Ce que le Parlement a fait ce soir, c’est juste son travail. Le considérer comme un exploit historique en dit long sur la crise profonde de nos institutions. »

    Marc Fesneau, député, président du groupe Modem

    « Quelque chose de nouveau s’est construit. Le Parlement a pris l’habitude un peu dans ce texte, et c’est une bonne nouvelle, de prendre ses responsabilités ».

    Paul Christophe, président du groupe Horizons

    « Nous avions annoncé que majoritairement, nous nous abstiendrions sur le vote de ce budget et c’est ce que nous avons fait. »

    Bruno Retailleau, président de LR

    « Ce budget emmène la France dans le mur et je le regrette profondément. »

    Laurent Wauquiez, député, président du groupe LR

    « Ce texte n’est ni parfait, ni idéal. C’est un moindre mal. »

    Eric Ciotti, député, président du groupe UDR

    « Le PLFSS socialiste invotable selon Bruno Retailleau passe avec les 18 voix du groupe de Laurent Wauquiez Un naufrage. Quelle tristesse. ».

  • Ça passe mais il y a de la casse

    Ça passe mais il y a de la casse

    Le budget de la Sécurité sociale a été adopté lors d’un vote serré des députés malgré la crise politique induite par la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron.

    La mise en œuvre de la réforme des retraites à 64 ans est stoppée et on estime à 650 000 le nombre de personnes qui pourront partir plus tôt dès 2026. C’est une bonne nouvelle et la confirmation que les Français comme leurs représentants n’ont jamais digéré ce recul social imposé par la méthode antidémocratique du 49.3. Ce texte reste à abroger définitivement.

    Contrairement au budget de l’État d’autres inflexions positives ont été obtenues, justifiant un vote pour des socialistes et une abstention des écologistes. Il s’agit notamment de l’abandon du doublement des franchises médicales, du renoncement à geler les pensions et les minima sociaux ou encore d’augmenter les cotisations des apprentis.

    Une grande Sécu

    Mais le « musée des horreurs » dénoncé par les syndicats lors de la présentation par le gouvernement de son projet initial n’a pas été vidé de ses mesures répulsives.

    Le budget des hôpitaux et des Ehpad reste très en dessous des besoins réels et pourrait aboutir à de nouvelles fermetures de lits. Les mutuelles et donc leurs adhérents seront taxés à hauteur d’un milliard d’euros. Une mesure particulièrement injuste, en décalage avec l’aspiration à la justice sociale et fiscale qui s’exprime partout dans le pays.

    Le budget passe mais la casse de la Sécurité sociale se poursuit. Elle est une conquête fondamentale, un bien commun précieux. Il est possible de faire autrement. Pour une grande Sécurité sociale, à la hauteur de besoins de notre temps, le dogme des exonérations de cotisations patronales doit être abandonné et toutes les richesses doivent être mises à contribution.

  • Le budget de la Sécurité sociale est adopté

    Le budget de la Sécurité sociale est adopté

    À l’issue d’un scrutin extrêmement serré et d’explications de vote aux allures de règlements de comptes, les députés ont adopté l’ensemble du budget de la Sécurité sociale pour 2026.

    Les voix du PS et l’abstention in extremis des Écologistes ont changé la donne. Le texte est désormais transmis au Sénat.

  • [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    [Entretien] Lisa Ribeaud : « Ce budget de la Sécu inverse les solidarités »

    La Marseillaise : L’instabilité politique conduit, cette année, à une élaboration du projet de loi de financement de la Sécurité sociale assez chaotique. Est-ce que cela vous inquiète en tant que responsable mutualiste ?

    Lisa Ribeaud : Oui, on assiste à des allers-retours incessants entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Des mesures sont annoncées puis retirées. Des parties de textes sont créées puis supprimées puis réintroduites, des compromis de dernière minute sont passés… Encore à l’heure où on se parle. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. On ne parle pas d’ajustement technique, mais de l’accès aux soins, de l’hôpital, des restes à charge… Bref, de la vie quotidienne de millions de personnes. Je suis outrée que le budget de la Sécurité sociale fasse l’objet d’un marchandage permanent.

    Plusieurs acteurs du mouvement social ont qualifié ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale de « musée des horreurs ». Partagez-vous ce constat ?

    L.R. : Totalement. S’agissant du texte initial qui a posé le cadre de la discussion, l’analyse que je fais, c’est qu’il inverse les solidarités fondées par la Sécurité sociale il y a 80 ans. On passe d’un système où la maladie était prise en charge collectivement, à un système où – de plus en plus – on demande aux personnes fragiles, aux personnes malades de payer pour générer des recettes qu’on n’est pas capable de trouver par ailleurs. C’est insupportable et c’est d’une grande violence. Il y a plusieurs mesures qui méritent leur entrée au musée des horreurs. Premièrement, le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires. Ce sont ces petites sommes qui restent à la charge des patients lorsqu’ils vont chez le médecin ou à la pharmacie. On sait que ces franchises, qui ne sont pas d’un montant spectaculaires, constituent néanmoins des barrières financières à l’accès aux soins, surtout lorsque les personnes malades doivent s’en acquitter de manière répétitive. Ça va finir par peser très très lourd.

    Le gouvernement parle de responsabiliser les patients. Vous n’êtes pas d’accord ?

    L.R. : Par ailleurs, politiquement, le message est assez détestable : on parle de responsabiliser les patients, mais les patients ne sont pas responsables de leurs maladies. On ne choisit pas d’être malade. Les patients ne sont pas responsables de ce qu’un médecin met sur l’ordonnance. Pour moi, en revanche, c’est le gouvernement et les décisions politiques qui ont été prises ces dernières années qui sont responsables de la situation actuelle de la Sécurité sociale et du manque de financements pour combler son déficit. Plutôt que d’aller chercher de nouvelles recettes, on pointe les personnes malades, je trouve assez insupportable d’inverser les responsabilités de cette manière.

    On pourrait vous dire que des restes à charge importants, c’est plutôt un argument pour développer des mutuelles.

    L.R. : Ce n’est pas du tout notre conception. Nous, aux Mutuelles de France, on se positionne en complémentarité de la Sécurité sociale. Plus elle transfère des charges sur les mutuelles, plus on est obligé d’augmenter les cotisations et notre vocation, c’est que la population puisse être couverte pour une Sécurité sociale de haut niveau et par des mutuelles qui restent accessibles financièrement. Le combat de Solimut et des Mutuelles de France, c’est que la santé soit un droit pour tout le monde. Pour cela, il n’y a rien de mieux que la Sécurité sociale, qui a une base de mutualisation extrêmement forte puisqu’elle couvre l’ensemble de la population. En tant que mutuelle héritière des mutuelles ouvrières, on n’a aucun intérêt à rembourser de plus en plus de dépenses. Ce n’est pas soutenable financièrement pour nos adhérents. La seule chose qui se passe avec ce type de logique, c’est que les personnes ne prennent plus du tout de mutuelle.

    Au-delà du doublement des franchises médicales, quelles sont les mesures qui vous choquent dans le projet de budget de la Sécurité sociale ?

    L.R. : Il y a une mesure qui peut sembler administrative sur le papier, c’est de pousser les personnes qui ont une maladie chronique qu’on appelle « stabilisée » à sortir du dispositif des affections de longue durée. Il faut être extrêmement vigilants à la façon dont cela va se mettre en place. Il y a 14 millions de personnes en affection de longue durée. Une personne qui a un diabète stabilisé, elle reste diabétique. De même, une personne qui a le VIH et dont la charge virale est indétectable, reste porteuse du VIH. Si leur maladie est stabilisée, c’est parce que ces personnes ont pu avoir un accès aux soins, remboursés à 100%. Le risque, c’est que sans cela, elles recourent de moins en moins aux soins et donc que leur maladie chronique soit aggravée. À titre individuel c’est dramatique et à titre collectif, on sait qu’une maladie mal prise en charge ensuite coûtera plus cher et contribuera à désorganiser le système de soins.

    Encore une fois, plutôt que d’aller chercher des recettes supplémentaires, on s’en prend à des personnes malades qui sont considérées comme « plus assez malades ». C’est une logique très dangereuse. Ensuite, pour moi, le dernier élément qui mérite son entrée au musée des horreurs, c’est l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). C’est le chiffre qu’il ne faut pas dépasser. Son augmentation était fixée dans le texte à 1,6%, alors qu’on sait que l’augmentation naturelle des besoins de santé est de 4 à 5% avec le vieillissement de la population, les maladies chroniques et l’innovation médicale. Donc, si on applique ce taux-là, on va demander un effort insoutenable à notre système de santé. On décide de volontairement sous-financer la Sécurité sociale et, ensuite, on se sert de cela pour fermer des lits voire des services à l’hôpital…

    Après avoir été supprimée en première lecture, les députés ont réintroduit en séance, vendredi 5 décembre, la taxe d’un milliard d’euros sur les cotisations mutualistes. Vous vous y opposez, mais les mutuelles n’ont-elles pas leur part d’effort à faire ?

    L.R. : Répétons-le : quand une taxe augmente, elle finit inéluctablement par peser sur le bénéficiaire final. Au-delà de la mesure financière lourde pour les adhérents, ce sont les « arguments » invoqués avec désinvolture qui nous alertent et nous révoltent. Plus d’une heure durant, nous avons entendu, de la part des députés en séance, des propos fallacieux, insensés, insultants, qui remettent en cause l’intégrité du mouvement mutualiste. Mettre en cause l’intégrité des mutuelles, c’est attaquer le système de protection sociale solidaire que nous défendons. Nos entreprises relèvent de l’économie sociale et solidaire, sont à but non lucratif et à gouvernance démocratique. Ce sont les adhérents, élus par leurs pairs, qui ajustent les tarifs au strict nécessaire pour garantir les équilibres, payer les prestations et assurer les services aux populations que nous protégeons. Nous ne pouvons pas laisser s’installer ce discours. Nous ne pouvons laisser sans rien dire les mutuelles se faire insulter avec leurs adhérents, leurs militants, leurs salariés. Nous ne pouvons pas accepter que les mutuelles deviennent les boucs émissaires de décisions prises par les mêmes députés depuis des années, comme les transferts de dépenses vers les complémentaires, ou le définancement organisé de la Sécurité sociale, qui sont les véritables causes du niveau des cotisations mutualistes. Personne n’est dupe sur les jeux politiques en cours. Une partie des députés a sacrifié délibérément le pouvoir d’achat des ménages au profit d’un accord tactique pour faire passer un texte quel qu’en soit le contenu.

    Votre prédécesseure avait déjà lancé une carte-pétition contre la taxation « habituelle » des mutuelles en expliquant que les hamburgers étaient moins taxés que les cotisations mutualistes. Où en êtes-vous ?

    L.R. : Cette campagne produit ses effets auprès d’une partie des députés, nous continuons à dire que ces taxes sont profondément injustes parce qu’elles visent la santé et pénalisent les personnes âgées, fragiles ou qui ne sont pas salariées et qui ne bénéficient pas de l’aide de leur employeur. Nous poursuivons ce combat en mobilisant nos militants mutualistes pour interpeller les pouvoirs publics et aussi expliquer les enjeux dans la population avec un message fort : stop à la casse de la Sécurité sociale et stop à la taxation des mutuelles. Dans le cadre des 80 ans de la Sécurité sociale, nous avons mené plusieurs initiatives à Marseille, en Île-de-France, à Nice… qui ont été des moments de rassemblement populaire pour penser ensemble un autre avenir pour la Sécurité sociale.

    Comment faire autrement ? Quand on dit qu’il n’y a pas d’argent, vous n’y croyez pas ?

    L.R. : De l’argent il y en a ! Il y a beaucoup de déconstruction de discours à faire autour du financement de notre système de Sécurité sociale. Il y a tout un discours gouvernemental qui consiste à dire que la dépense sociale est trop élevée en France et du coup qu’il faudrait la maîtriser pour « sauver notre modèle ». Des économistes qui travaillent à évaluer notre dépense sociale, comme Anne-Laure Delatte, démontrent que quand on compare avec d’autres pays européens, on est dans la moyenne par habitant d’autres grands pays comparables. C’est un premier élément important à rappeler. Deuxième élément fondamental : ce n’est pas la dépense le sujet. L’augmentation des dépenses est inévitable, l’enjeu, c’est comment la financer. Qui contribue  ? À quelle hauteur ? Sous quelle forme ? Notre système de Sécurité sociale souffre d’un sous-financement chronique. Pourquoi ? Parce qu’on parle de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations imposées par le gouvernement à destination des entreprises. Le gouvernement fait ce choix politique, mais il demande à la Sécurité sociale de le financer puisqu’il ne compense pas les montants. Il y a aussi toute une part des richesses produites qui ne contribue pas au financement de la Sécurité sociale. Ce serait aussi un levier important pour financer correctement notre modèle de protection sociale.

    Si on vous suit bien, vous appelez les parlementaires à rejeter le projet de budget de la Sécurité sociale dans son état actuel. N’y a-t-il pas un risque de chaos ?

    L.R. : Moi, j’appelle surtout les parlementaires à construire un budget à la hauteur des besoins, qui finance correctement notre Sécurité sociale, qui protège les plus malades et ne les pénalise pas, qui fasse fonctionner la solidarité collective. Je pense que c’est cela qu’on attend d’un débat parlementaire de haut niveau. La Sécurité sociale est trop importante pour être l’objet de marchandages. C’est ce qui permet à notre société de rester unie, c’est un socle de cohésion. Il faut aussi avoir cela à l’esprit quand on est parlementaire et que l’on vote sur l’avenir de la Sécurité sociale.

    Une campagne offensive contre la taxation des cotisations mutualistes

    Solimut et les Mutuelles de France poursuivent leur campagne de cartes-pétition contre la taxation des cotisations mutualistes. Vous pouvez y prendre part en vous rendant sur le site https://pas-de-taxe-sur-ma-sante.fr qui vous permettra de calculer vos économies si la taxe est supprimée et d’interpeller vos parlementaires.

  • [Entretien] Pierre Ouzoulias : « La loi de 1905 est menacée par des forces réactionnaires »

    [Entretien] Pierre Ouzoulias : « La loi de 1905 est menacée par des forces réactionnaires »

    La Marseillaise : La laïcité est-elle menacée aujourd’hui ?

    Pierre Ouzoulias : Profondément. Il faut se replonger dans le contexte de 1905. On dit aujourd’hui que c’est une loi qui permet la liberté de conscience, de culte, etc. C’est aussi une loi qui permet de libérer les esprits du dogme religieux qui pèse sur eux. Dans les discours et surtout les articles de Jean Jaurès, il explique qu’on ne peut pas libérer le prolétariat s’il reste complètement enchaîné dans ses traditions. Pour lui, l’émancipation devait concerner toute la sphère sociale, à la fois le domaine économique mais aussi intellectuel avec la religion. On voit bien qu’en ce moment, montent chez les musulmans et les catholiques, partout, des pensées politiques qui utilisent la religion pour faire avancer une forme de néo-conservatisme, ayant pour conséquence le recul des libertés individuelles, des femmes surtout et la promotion d’un ordre social conservateur. Finalement, je trouve que 120 ans après, la situation que nous vivons n’est pas aussi éloignée que ça de celle de 1905.

    Cette notion est instrumentalisée ?

    P.O. : C’est un principe qui n’est plus compris, utilisé par les uns et les autres, à gauche comme à droite, avec des objectifs qui n’ont pas été ceux de 1905. Cette loi arrive très peu de temps après l’affaire Dreyfus, qui a été le moment paroxysmique où l’armée et l’Église se sont entendues pour faire avancer une vision très nationaliste de la Nation et antisémite. C’est l’époque où on explique que les juifs ne seront jamais de bons Français, qu’ils sont des Français de papier. On retrouve parfois aujourd’hui, dans la façon dont les Français de confession musulmane sont montrés du doigt, quelque chose de similaire. En 1905, c’est au contraire le moment où la République affirme que tous les Français sont des citoyens de plein exercice, indépendamment de leur origine, de leur couleur de peau, de leur confession ou de leur non-confession. La loi de 1905 donne sa pleine puissance au projet républicain d’émancipation du citoyen. Elle est, à ce titre, tout à fait d’actualité car on sent monter des forces réactionnaires avec le développement d’un islam politique très inspiré de ce qui se passe au Proche-Orient, notamment de la pensée religieuse du wahhabisme ou du Qatar, avec des éléments profondément rétrogrades et conservateurs. De la même façon, il y a une forme de catholicisme identitaire comparable à celui de Trump, qu’utilisent tous les moyens de Bolloré et de Stérin, qui est profondément conservateur et anti-républicain. Par rapport à ces deux mouvements la loi de 1905 est menacée, et donc, essentielle.

    Quel rôle joue l’éducation ?

    P.O. : Il est fondamental. La loi de 1905 arrive après les grandes lois de Jules Ferry sur l’école publique, laïque et obligatoire. Le principe est le même : émanciper les esprits, donner une éducation qui permette à chacun et à chacune de se faire sa libre opinion sur tous les sujets qui le concerne, y compris la religion. La loi de 1905 permet la critique de la religion. Il n’y a pas de blasphème en France et c’est quelque chose de fondamental. On voit bien en relisant Jaurès qu’en 1905, il avait l’ambition de libérer l’Église contre elle-même, ayant conscience que les forces progressistes qui visaient à plus d’égalité sociale entre les individus étaient sous la domination d’un épiscopat extrêmement rétrograde. Aujourd’hui, c’est la même chose. Il y a dans le catholicisme, l’islam et le judaïsme des voies progressistes, modernistes, qui sont critiques par rapport à un certain nombre de pratiques religieuses.

    Quel est le cadre législatif à rebâtir autour de cette loi ?

    P.O. : La loi de 1905 n’est pas allée jusqu’au bout de ce qu’elle devait réaliser. Un certain nombre de territoires qui étaient à l’époque des colonies n’ont pas eu le droit à son application. Je pense notamment à la Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Le concordat d’Alsace-Moselle est une incongruité, une espèce de fossile qui n’a plus de sens. La première chose, ça serait qu’elle puisse s’appliquer partout, dans les territoires ultramarins et métropolitains. Nous devons trouver une façon pour que le principe de laïcité soit plus affirmé, plus précisé dans la Constitution, donc à un niveau supérieur de celui de la loi.

  • Un riche débat sur la laïcité face aux fractures du présent, 120 ans après, organisé à Nîmes

    Un riche débat sur la laïcité face aux fractures du présent, 120 ans après, organisé à Nîmes

    Ce lundi, La Marseillaise réunissait universitaires, enseignants et acteurs de terrain pour dresser un état des lieux d’une laïcité plus débattue que jamais. En introduction, Nicolas Leroy, vice-président de l’Université de Nîmes, a rappelé que la laïcité reste un principe constitutionnel solide, « une règle qui oblige à la tolérance ». Mais les écarts se multiplient : cérémonies religieuses en présence d’élus, régime concordataire d’Alsace-Moselle, financement d’écoles privées sous contrat… Michel Viala (Libre Pensée du Gard) s’est montré alarmiste, évoquant ces « coups de canif » qui fragilisent, selon lui, l’esprit de la loi.

    Le débat s’est ensuite resserré sur les tensions actuelles : retour du religieux dans la jeunesse, crispations autour de l’islam, confusion dans le débat public. Sherif Toubal, formateur à la laïcité, insiste sur l’enjeu de compréhension : beaucoup perçoivent la loi comme punitive, faute d’une pédagogie claire. L’historien Gilles Roumieux rappelle alors le rôle de l’école : « Rendre les élèves acteurs de leur émancipation. » Plusieurs intervenants, dont Jacques Venuleth (Mrap), ont dénoncé l’instrumentalisation politique de la laïcité, souvent utilisée « contre » une religion plutôt qu’au service de la liberté.

    La conclusion a appelé à reconstruire une culture commune : défendre la laïcité, oui, mais dans le cadre plus large de l’appartenance républicaine.

  • La laïcité face à de grands dangers

    La laïcité face à de grands dangers

    La loi concernant le principe de séparation des Églises et de l’État est promulguée le 9 décembre 1905. Cette loi d’initiative parlementaire, est, à l’époque soutenue par un grand mouvement populaire, libres-penseurs, associations laïques et partis de gauche. Elle inscrit noir sur blanc, dans la loi, la liberté de conscience, l’égalité de droit des croyants et des non-croyants, la neutralité de l’État et de ses agents. Un an plus tôt, dans un contexte politique tendu, Jean Jaurès, l’un des rédacteurs de ce texte fondateur de notre République, estimait que la « laïcité et démocratie sont deux termes identiques. La démocratie doit fonder en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, nation, propriété, souveraineté », déclare-t-il lors d’un discours, le 30 juillet 1904, dans sa ville natale à Castres. Cent vingt ans plus tard, comme à l’époque, la laïcité reste menacée par des forces réactionnaires.

    « La principale menace émane de l’extrême droite et des droites qui développent l’idée d’une laïcité identitaire contre, disons essentiellement, les musulmans », accuse l’historien Jean-Paul Scot. Et cite des partis de Reconquête à LR, en passant par le RN, dont les postures sont relayées médiatiquement par des milliardaires comme Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin, catholiques ultra-conservateurs d’extrême droite. Il développe : « Cette laïcité qui marquerait le caractère propre de l’identité de la France est une imposture, il n’y a pas d’autre mot. C’est une façon astucieuse de masquer la xénophobie et surtout l’hostilité à l’islam et à tous les ressortissants de culture arabo-musulmane vivants en France, en particulier les femmes », fustige-t-il.

    En ce sens, le député LR Laurent Wauquiez a déposé, le 24 novembre, une proposition de loi pour interdire le port du voile par des mineures dans l’espace public. « Ces propositions sont totalement contre-productives puisqu’elles ne font que stigmatiser davantage cette population, ce qui ne peut qu’aboutir à son repli encore plus net », estime Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité et cofondateur de Vigie-Laïcité (lire La Marseillaise – Hebdomadaire d’Occitanie du 5 décembre). « Si ces responsables politiques étaient véritablement fidèles à la laïcité, ils s’assureraient par exemple qu’il y ait des offres publiques laïques partout sur le territoire », rétorque-t-il.

    Un deux poids, deux mesures

    Ainsi, tous deux fustigent la loi confortant le respect des principes de la République, dite loi séparatisme, portée par Gérald Darmanin en 2021, alors qu’il logeait encore place Beauvau. Ce texte renforce la police des cultes et confère aux préfets le pouvoir de décerner des « labels républicains » à des organisations religieuses, rappelle Jean-Paul Scot : « Il n’y a pas eu de modification plus importante de la loi de 1905 depuis l’époque de Vichy ! », s’emporte-t-il, estimant qu’il s’agit là « d’un retour de fait au gallicanisme concordataire et autoritaire d’avant 1789 ! ». Ce dernier dénonce, par ailleurs, « une laïcité à géométrie variable » au plus haut de l’État, faisant référence ici à la célébration de la fête juive de Hanoukka à l’Élysée, en décembre 2023. « C’est intolérable », juge-t-il, estimant que le président de la République a ainsi « violé la neutralité de l’État ».

    Jean-Paul Scot vise aussi la gauche, en particulier LFI et ses « accointances », selon lui avec « un certain nombre de groupes qui peuvent faire aussi bien de la surenchère au niveau de la laïcité que du laxisme à l’égard de ceux qui pourraient effectivement avoir des vues contraires à la laïcité », estime l’auteur de L’État chez lui, l’Église chez elle.

    Les rendez-vous

    Marseille

    La deuxième édition du Prix départemental de la laïcité décernera ses prix à partir de 17h30 au siège de l’institution à Saint-Just (4e).

    Martigues

    Le hall de l’hôtel de ville de Martigues accueille jusqu’au 15 décembre une exposition à l’occasion des 120 ans de la laïcité.

    Toulon

    L’Union des familles laïques (Ufal) de Toulon donne rendez-vous à 12h30 au square du Champ de Mars pour une cérémonie au pied de l’arbre de la laïcité, en présence de la maire SE de la ville Josée Massi.

    Carpentras

    Un arbre de la laïcité sera planté à 10h à l’école élémentaire des Garrigues, par le maire de Carpentras, Serge Andrieu (DVG).

  • Les journalistes provençaux exigent la libération de Christophe Gleizes

    Les journalistes provençaux exigent la libération de Christophe Gleizes

    Liberté pour Christophe Gleizes », peut-on lire sur des dizaines de pancartes, ce lundi matin, sur le Vieux-Port. à l’appel de la section de Provence de l’Union des journalistes sportifs en France (UJSF), une quarantaine de journalistes sont venus apporter leur soutien à Christophe Gleizes, incarcéré depuis un an et demi en Algérie,

    Le journaliste sportif a été arrêté dans le nord du pays le 28 mai 2024, alors qu’il réalisait un reportage sur le club de football Jeunesse sportive de Kabylie. Il est condamné, en juin 2025, à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme ». La justice algérienne lui reproche de s’être entretenu avec le président du club de foot qui est également responsable du mouvement de l’autodétermination de la Kabylie (MAK), considéré comme terroriste par l’Algérie depuis 2021. La cour d’appel de Tizi-Ouzou a reconfirmé sa condamnation mercredi dernier.

    Face à cette nouvelle décision judiciaire, l’UJSF a appelé à une mobilisation nationale en soutien à Christophe Gleizes. Un appel auquel a répondu la section de Provence. « Cette action est symbolique pour marquer notre désapprobation, car cet emprisonnement est en contradiction avec la liberté de la presse », explique Gérard Poncié, président de la section Provence de l’UJSF.

    Défendre le métier

    Un rassemblement qui ne se limite pas aux journalistes sportifs, mais qui a mobilisé toute la profession. Eric Miguet, journaliste au service podcast de La Provence tenait à être présent : « En tant que journaliste, c’est important de prendre part à cette mobilisation pour témoigner notre soutien à un confrère, emprisonné pour avoir fait son travail. »

    Une entrave à la liberté de la presse qui, d’après Dine Gazoul, journaliste franco-algérien présent au Vieux-Port, n’est plus si rare en Algérie. « Il y a d’autres journalistes qui sont incarcérés simplement pour avoir dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec le gouvernement, explique le journaliste. Il faut que les instances internationales et françaises bougent pour exiger que la liberté d’expression soit garantie. »

    Le 27 novembre dernier, un journaliste algérien, Saâd Bouakba, a été condamné à 3 ans de prison pour « insulte et diffamation des symboles de la Révolution », après une émission accusant d’anciens membres du FLN (Front de libération nationale) d’avoir pris le contrôle d’une partie du « trésor du FLN ».

    Noa Thevenin, photojournaliste en formation, est aussi venu pour protéger son futur métier. « L’incarcération de Christophe Gleizes ne fait que confirmer que c’est de pire en pire pour la liberté de la presse, en Algérie, mais aussi partout dans le monde, se désole-t-il. Il faut se mobiliser maintenant pour défendre le métier. »

  • [Passerelle interculturelle] 10e anniversaire de l’Accord de Paris : rencontre avec Laurent Fabius

    [Passerelle interculturelle] 10e anniversaire de l’Accord de Paris : rencontre avec Laurent Fabius

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

    À l’occasion du dixième anniversaire de l’Accord de Paris, nous avons rencontré Laurent Fabius pour revenir sur ce moment historique et sur la décennie qui a suivi. Laurent Fabius demeure l’un des artisans essentiels de la diplomatie climatique mondiale. L’image de lui frappant le petit marteau vert, le 12 décembre 2015, est restée gravée dans la mémoire du monde entier, en Chine aussi, ce geste a suscité une immense émotion. En se remémorant cette scène, Laurent Fabius raconte « Il y avait près de 200 ministres. Lorsque j’ai vu qu’il n’y avait aucune opposition, j’ai dit : L’Accord de Paris est adopté. Il y a eu une explosion de joie dans la salle. Même les ministres très posés, très calmes, s’embrassaient. Je me souviens particulièrement de la délégation chinoise, avec M. Xie Zhenhua, qui m’a beaucoup aidé à obtenir cet accord. »

    Un monde transformé, de nouveaux défis

    Dix ans plus tard, le contexte international a profondément changé. Les crises géopolitiques se multiplient, les événements climatiques extrêmes deviennent plus fréquents, et l’intelligence artificielle introduit de nouveaux défis énergétiques. Laurent Fabius prévient « Le développement de l’IA exige des data centers, qui consomme énormément d’électricité. On estime que, d’ici quelques années, la consommation d’électricité nécessaire sera équivalente à celle de l’ensemble de l’Europe. À l’époque, on n’en parlait pas, donc la situation est plus compliquée. Et surtout, ce qui me frappe, c’est que les pays agissent en ordre dispersé. »

    La Chine, un acteur clé et moteur de la transition

    Dans ce contexte complexe, Fabius tient à souligner le rôle déterminant de la Chine dans la lutte contre le changement climatique. Il rappelle que « Au mois de septembre dernier, le président Xi Jinping a présenté aux Nations unies le plan en matière climatique de la Chine. Nous voyons donc qu’il va y avoir un effort continue, et c’est une chose très importante. Alors bien sûr, beaucoup disent qu’il faudra en faire encore plus ; et souvent, la Chine d’ailleurs fait plus que ce qu’elle annonce, donc ça c’est de ce point de vue là une bonne chose ».

    Il insiste aussi sur les contributions concrètes de la Chine surtout dans les technologies vertes, les véhicules électriques, les moteurs électriques et les panneaux solaires. Ces progrès accélèrent la transition énergétique mondiale et rendent accessibles des solutions indispensables pour réduire les émissions. Les performances chinoises suscitent parfois des inquiétudes, notamment en Europe, où certains secteurs se sentent fragilisés. L’inquiétude face aux déséquilibres commerciaux est compréhensible, mais chaque grande révolution industrielle crée des tensions avant de générer de nouvelles coopérations. L’ancien premier ministre insiste néanmoins « Les problèmes sont faits pour être surmontés. »

    Alors que le président français vient d’achever sa visite en Chine, un nouveau cycle de dialogue s’ouvre entre les deux pays. À ce moment charnière, les enjeux du climat, de l’économie et de la technologie appellent une vision à long terme. C’est désormais l’heure de mettre à l’épreuve la sagesse des dirigeants et de redonner à l’Accord de Paris l’élan collectif qui avait ému le monde entier il y a dix ans.

    Par Dong Qiao, correspondante de China Media Group à Paris