Tag: France

  • [Entretien] Florentin Millour : « Nous vivons une période exaltante au VLTI »

    [Entretien] Florentin Millour : « Nous vivons une période exaltante au VLTI »

    La Marseillaise : Vous publiez de nouveaux résultats issus de l’instrument Matisse, installé sur l’interféromètre du Very Large Telescope (VLTI), au Chili. Il observe dans l’infrarouge moyen – entre 3 et 5 micromètres. Le télescope spatial James Webb (JWST) le fait aussi…

    Florentin Millour : Oui mais le diamètre du JWST (6,5 mètres) limite sa résolution. Il fait des mesures excellentes sur des exoplanètes orbitant très près de leur étoile, ou très loin. Entre les deux, c’est plus difficile. Or, c’est là que les exoplanètes sont les plus intéressantes car plus semblables à celles de notre système solaire. Le VLTI comble ce vide.

    Vous revenez du Chili où vous avez installé sur le VLTI une version améliorée de l’instrument Gravity.
    Que va-t-elle permettre ?

    F.M. : Avec Gravity+, nous pourrons distinguer les isotopes du carbone dans l’atmosphère des exoplanètes. C’est-à-dire savoir combien d’atomes de carbone ont douze ou treize neutrons dans leur noyau. C’est important pour connaître la composition initiale du nuage de gaz et de poussière à l’origine de la planète. Nous vivons une période exaltante au VLTI car les instruments atteignent une maturité particulièrement intéressante. Ils permettent de faire ce qui sera possible d’ici 5 ou 10 ans avec l’Extremely Large Telescope (ELT).

    Dans ce cas, quel sera l’intérêt de l’ELT ?

    F.M. : Son miroir de 39 mètres de diamètre offrira une sensibilité extrême permettant d’observer des objets 10 000 fois moins lumineux que ce que permet aujourd’hui le VLTI. Il est en cours de construction au Chili.

  • [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

    Ses mains sont ridées. Des taches de vieillesse fleurissent ici et là sur sa peau tavelée. L’âge aime à marquer les corps. C’est le tatoueur non-officiel de chaque être humain. L’homme ne vient pourtant que d’atteindre la cinquantaine. Ses cheveux ont disparu en même temps que ses rêves d’une société plus juste. L’homme écoute distraitement les voix qui surgissent du transistor posé non loin. Des chroniqueurs s’époumonent sur la question de la retraite. Les mots productivité, espérance de vie, équité se succèdent, sans véritable contradiction entre les intervenants. Pour lui, tout cela reste abstrait. Il connaît seulement le froid du matin, les morsures voraces du soleil en été, les ampoules qui éclatent au creux des paumes, les reins endoloris, la poussière qui s’insinue jusque sous les paupières. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des jours répétés, des saisons qui ont passé sans prévenir.

    Il regarde les jeunes du chantier. Ils plaisantent en fumant une clope. Leurs rires ricochent loin. Ils ont cette souplesse qu’il a perdue, cette inconscience du corps encore neuf. Lui sent ses articulations se plaindre au moindre geste. Parfois, il déconne avec eux, pour ne pas paraître vieux (hors) jeu, pour cacher que certains matins il a du mal à lever les bras. La radio se fait silence, couverte par le mistral. Le vent soulève des nuages de ciment et froisse ses pensées assombries.

    Il se demande ce qu’il lui reste à bâtir dans sa propre existence, après tant d’années à élever des murs pour d’autres. Les immeubles grimpent, les grues tournent, mais lui ne possède que sa force de travail et ses souvenirs. Même sa maison, il la loue. On se crée ses propres cages. Le soir, il passe devant ces façades impeccables de résidences haut de gamme qu’il a aidées à façonner, sans jamais pouvoir y accéder. Chaque chantier terminé, il a laissé un peu de lui-même dans ce béton.

    L’heure de la retraite n’a pourtant pas encore sonné. Le gouvernement imposera une énième réforme. Il éteint la radio de colère. L’homme ne veut pas que son corps soit coulé dans les fondations du prochain projet immobilier où il va bosser. Il a décidé d’en parler avec les jeunes. L’avenir leur appartient.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    Les progrès de la droite au détriment notamment d’une SFIO qui avait tout misé sur les négociations de Washington, inséparables de ce contexte économique, attestaient par ailleurs la fragilité de l’alliance classe ouvrière – classes moyennes qui avait fondé sur le plan intérieur « la bataille de la production ».

    Les secondes qui attendaient tout de « l’aide américaine » n’étaient guère tentées par la stratégie d’indépendance. Un exemple concluant : à Marseille, les classes moyennes (commerçants et artisans) avaient pris leurs cartes à la CGT et comme les statuts ne le permettaient pas, nous leur avions donné une carte « Amis de la CGT ». Ils étaient 10 200 qui, petit à petit, s’éloignaient de nous. C’est sur la base d’une telle analyse que nous avons amorcé le retour à des formes plus traditionnelles de lutte.

    Dissensions internes perceptibles

    Mai-juin 1946 marque une première césure du point de vue du contenu des revendications. Le changement des méthodes de lutte était encore différé. Les perspectives radieuses s’obscurcissaient. La tactique du contournement était considérée comme insuffisante et le blocage des salaires ouvertement mis en cause.

    Fin mai-début juin 1946, la CGT réclama une augmentation générale de 25%. Les dissensions internes commençaient à être perceptibles. Les minoritaires avaient commencé à diffuser, dans notre UD comme dans tous les départements, les franches réserves de la SFIO vis-à-vis du projet constitutionnel qui offrait aux travailleurs de solides garanties : du droit au travail et à l’expression en passant par l’extension du secteur nationalisé.

    À Marseille, les entreprises réquisitionnées faisaient partie de leurs analyses. Les tracts de soutien au « oui » dans une campagne électorale que la SFIO avait catégoriquement refusé de mener en commun avec le PC étaient parfois restés dans les tiroirs au sein des sections syndicales dans les secteurs non directement productifs. Mais la marge de manœuvre de Babau, futur secrétaire de l’UD FO et dirigeant de cette minorité de la tendance Jouhaux, demeurait étroite. Après avoir, pendant quelques mois, adopté des accents gauchistes et tempêté contre des salaires que nous étions accusés de cautionner, comment critiquer ouvertement la revendication de 25% d’augmentation ? Comment la SFIO aurait-elle pu être vivement hostile à cette revendication ?

    La minorité préféra se taire ou ironiser sur « le virage » à 180% de mai et juin, malgré la campagne du Provençal et du Méridional qui avaient la même attitude : elle était cependant trop faible pour que son opposition pèse d’un poids différent.

    A suivre la semaine prochaine…

  • [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    Alors que les combats font rage en Ukraine, Au loin, les montagnes dorées évoque de façon magistrale les stigmates de la guerre russe en Tchétchénie qui a précédé le conflit actuel. Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray livrent un récit poignant et âpre qui peut s’appliquer à toutes les guerres, montrant que toutes les blessures ne sont pas physiques et que les conflits armés détruisent toute humanité. Un chef-d’œuvre intemporel autant par le scénario que par le graphisme noir et blanc sibérien tacheté de quelques couleurs.

    Quelque part en Sibérie dans les années 1990, Dima, un enfant du pays déclaré officiellement mort par l’armée russe sur le front de Tchétchénie, est pourtant de retour parmi les siens, son petit frère et sa grand-mère. Il va falloir réapprendre à vivre dans ce village loin de tout et dont l’approvisionnement dépend d’un pauvre train régulier envoyé de Moscou. Mais aussi reprendre des relations humaines tout en combattant les visions surgissant d’un passé traumatique alors qu’un policier suspicieux s’intéresse d’un peu trop près à son cas, estimant qu’il s’agit sans doute d’un déserteur. Car si Dima a été déclaré mort, c’est qu’il y a une raison. Pourtant sur fond blanc, cet album extrêmement sombre évoque de façon magnifique les traumatismes et les horreurs de la guerre, quelle qu’elle soit. Salutaire au moment où le conflit armé est de retour en Europe et où les discours guerriers appelant au sacrifice se multiplient. Déjà remarqués pour l’adaptation de « Il ne devra plus y avoir d’orphelin sur cette terre » d’après Curzio Malaparte, Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray signent une œuvre aussi universelle qu’indispensable sur ce que produit la guerre sur la jeunesse, les corps et les âmes. En Russie comme ailleurs !

  • [Le coin du roman] Le dernier roi de Marettimo, ou l’interrogation sur le statut des héros

    [Le coin du roman] Le dernier roi de Marettimo, ou l’interrogation sur le statut des héros

    Marettimo… petite île sur la côte occidentale de Sicile. À en croire certains, c’est sur elle que la flotte romaine aurait vaincu l’armée navale des Carthaginois. Si nous nous fions à l’écrivain Samuel Butler, elle serait l’Ithaque, où Pénélope tissait sa tapisserie, en attendant le retour d’Ulysse. Qu’importe. L’essentiel est de savoir qu’elle a été choisie par Grégoire Domenach afin que naisse l’amitié entre deux hommes issus d’un milieu différent : le Génois Lorenzino, dit Zino, et l’insulaire Cesare.

    Un pion sur les cases

    Tour à tour, ils prendront la parole. Pourquoi se sont-ils rencontrés à Marettimo ? Parce que la famille du premier y vient passer ses vacances d’été. Comment est née leur fraternité ? Le jour où un dignitaire local les a initiés aux règles du jeu d’échecs.

    Le rideau des pages s’ouvre sur Cesare, convaincu qu’il est le seul à pouvoir raconter l’histoire de Zino, retourné à Marettimo après cinquante ans d’absence. Parti en France, dans des circonstances étranges, alors qu’il était adolescent, son ami avait rejoint la Résistance, avant de devenir homme d’affaires après la guerre. Cesare, lui, continuait de pêcher, de gravir les montagnes et de se livrer à sa passion : la sculpture. C’est lui qui réapparaîtra à la chute du rideau. Entre-temps, vous aurez écouté Zino vous raconter comment des circonstances, indépendantes de notre volonté, peuvent transformer un homme, le déplacer tel un pion sur les cases d’un échiquier, jusqu’à ce que la mort s’abatte et lui inflige le mat. Une œuvre audacieuse, composée avec un art sûr, écrite en une langue vigoureuse, d’un accent très personnel.

    Bourgois, 20 euros

  • [Sciences] Dans l’atmosphère d’exoplanètes, à la recherche du secret de leur formation

    [Sciences] Dans l’atmosphère d’exoplanètes, à la recherche du secret de leur formation

    Bêta Pictoris b est une exoplanète bien connue. Découverte en 2008, c’est l’une des plus étudiées. « Elle est dans un système planétaire similaire au nôtre, mais bien plus jeune », justifie Florentin Millour. Intéressant pour se figurer la jeunesse de notre système solaire. « De plus, elle émet encore beaucoup de chaleur, ce qui facilite son observation », ajoute l’astronome adjoint à l’Observatoire de la Côte d’Azur. Alors quand il a fallu braquer pour la première fois les instruments Matisse et Gravity du VLTI (voir Repères) sur une exoplanète, c’est vers elle que le choix s’est porté. Et les scientifiques n’ont pas été déçus : « Ces nouvelles mesures de son atmosphère, avec une précision inégalée, rebattent les cartes de ce qu’on pensait de sa formation », poursuit le chercheur, coauteur d’une des deux études parues dans Astronomy & Astrophysics autour de ces travaux.

    L’hypothèse généralement privilégiée pour expliquer la formation d’une exoplanète
    –et donc de Bêta Pictoris b– est celle de l’accrétion sur noyau planétaire : dans un disque de poussières entourant l’étoile, la matière s’agrège par endroits, formant des mini-planètes, qui s’assemblent à leur tour pour former une planète. L’autre hypothèse, celle de l’effondrement de la matière sous son propre poids, est jugée moins probable. « Nos nouvelles mesures ne l’excluent pas, juge Florentin Millour. Les deux scénarios sont en fait envisageables. »

    Nouveau catalogue

    Ces nouvelles mesures concernent principalement la température de la planète et la composition de son atmosphère, notamment la présence de monoxyde de carbone et le rapport entre la quantité de carbone et d’oxygène. « Il est important pour savoir comment la planète s’est formée, insiste Florentin Millour. Nous l’avons obtenu avec une précision bien plus élevée que précédemment. »

    Un résultat important, certes. Mais pas aussi excitant que ce qu’il annonce. « En réalité, les mesures sur Bêta Pictoris b sont assez ennuyeuses », sourit Florentin Millour. Elles ne révèlent pas une composition chimique particulièrement riche. « C’est dû à la température élevée de la planète », ajoute-t-il. Mais les instruments ont montré leur potentiel. « Nous observons d’autres systèmes planétaires », glisse le chercheur.

    Cette année, la publication du nouveau catalogue Gaia devrait également désigner de nouvelles étoiles intéressantes pour observer des exoplanètes. « Aujourd’hui, seules une dizaine d’exoplanètes sont observables avec Matisse et une trentaine avec Gravity », précise Florentin Millour. Celles qui sont connues et orbitent dans des conditions particulières par rapport à leur étoile. « Ce nombre devrait être multiplié par trois ou quatre avec le futur catalogue Gaia », ajoute-t-il. De quoi faire des statistiques et, peut-être, en déduire des généralités sur la formation des systèmes planétaires, y compris le nôtre.

    Repères

    Bêta Pictoris

    Cette étoile à 63,4 années-lumière de notre système solaire est accompagnée de deux planètes : Bêta Pictoris b et c. Elles forment un système planétaire très jeune : autour de 20 millions d’années, alors que notre système solaire a 4,6 milliards d’années.

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    C’est, en degrés Celsius, la température à la surface de l’exoplanète Bêta Pictoris b, soit 1 529 Kelvin. D’une masse d’environ onze fois celle de Jupiter, elle orbite autour de son étoile à une distance égale à huit fois la distance Terre-soleil.

    VLTI

    Pour Very Large Telescope Interferometer (ou interféromètre du Très Grand Télescope). C’est un mode de fonctionnement combinant les télescopes de l’Observatoire européen austral installés à 2 635 mètres d’altitude dans le désert d’Atacama (Chili). Matisse et Gravity sont deux instruments qui peuvent être exploités par le VLTI.

  • Le grand JT des territoires du 17 janvier

    Le grand JT des territoires du 17 janvier

    Cette semaine dans le Grand J.T. des Territoires de Cyril Viguier sur TV5 Monde :

    – Témoignage des habitants de Crans-Montana en Suisse sous le choc après l’incendie mortel du bar Le Constellation le soir du Nouvel An.

    – Le Mercosur agite encore les débats. Le monde agricole craint un naufrage de l’agriculture française. Les mouvements de soutien naissent partout dans le pays. Exemple dans la Meuse.

    – Le célèbre magazine américain « Time » débarque en France ! La version française est déjà disponible en kiosque. Rencontre avec Dominique Busso, entrepreneur de presse et homme de défi à la tête de Time France.

  • Trump plutôt que Bloch, une étrange défaite

    Trump plutôt que Bloch, une étrange défaite

    C’est un singulier lièvre que le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a levé mardi lors de la séance des questions au gouvernement. L’entrée au Panthéon de Marc Bloch le 16 juin 2026 a été reportée parce que le président Trump a demandé le report du G7 à Evian afin de pouvoir organiser un combat de boxe à l’occasion de son anniversaire. Et Emmanuel Macron a accepté, devant reporter la panthéonisation prévue le jour anniversaire de l’exécution par les nazis du résistant français.

    « Le cirque de Trump impose donc l’ajournement de la cérémonie en l’honneur de Marc Bloch, l’historien, l’auteur de “L’étrange défaite”, le résistant, le héros mort pour la France », résume Pierre Ouzoulias. Rappelant que « honorer Marc Bloch le jour anniversaire de son exécution le 16 juin aurait été une façon de rappeler l’actualité de la leçon donnée par un homme qui a vécu la débâcle de 1940 et qui en tirait des enseignements d’une cruelle actualité sur la faillite des élites », il interroge : « Entre Trump et Marc Bloch, nous aurions choisi Marc Bloch. Et vous madame la ministre ? »

    Catherine Vautrin, ministre des Armées et des anciens combattants prend le micro d’évidence mal à l’aise. Mais nulle infirmation ne sortira de sa bouche. Ni réelle réponse à la question. Brodant sur le « grand historien », le « grand résistant », le « grand Français exemple pour chacun d’entre nous »… Elle conclut par un « oui bien sûr Marc Bloch sera panthéonisé et bien évidemment ce sera cette année ».

    « Où est la souveraineté de la France quand Emmanuel Macron ne parvient même pas à faire respecter son propre calendrier ? », interroge encore Pierre Ouzoulias. Et le petit-fils du résistant et FTP Albert Ouzoulias de lâcher : « Il n’est de défaite que celle que nous acceptons. »

  • Apollonia : prison ferme et mandat de dépôt pour une ribambelle d’escrocs

    Apollonia : prison ferme et mandat de dépôt pour une ribambelle d’escrocs

    « Vous êtes le corps et la tête pensante avec votre épouse de l’escroquerie en bande organisée », a lancé la présidente Azanie Julien-Rama à Jean Badache, 71 ans, serein voire décontracté dans la salle de la caserne du Muy, où plus d’une centaine de victimes se pressaient.

    Plus de vingt ans après les faits, l’escroc hors norme a été condamnée jeudi, avec son épouse Viviane, 69 ans, à la même peine de 7 ans d’emprisonnement ferme – contre dix ans requis – assortie d’un mandat de dépôt à effet différé et pour chacun 2,5 millions d’euros d’amende. Leur fils adoptif Benjamin, 48 ans, écope de 4 ans dont un an sous bracelet et 100 000 euros d’amende. Ce qui a pu être saisi à hauteur de 20 millions d’euros de leur immense patrimoine est confisqué, ainsi de leur villa luxueuse à Cassis, d’un palais à Marrakech. Le tribunal reste convaincu qu’ils ont lessivé à l’étranger une grande partie de leur fortune accumulée de 1997 à 2009 en vendant 5 305 biens immobiliers pour un montant phénoménal de 1,239 milliard d’euros.

    Le tribunal reste convaincu que Jean Badache « continue de tirer une certaine fierté » de ses agissements, mû qu’il était par « une volonté de revanche sociale et d’enrichissement hors-norme ». Le couple a organisé la dissimulation des revenus avec des montages financiers complexes entre la Suisse, le Luxembourg et le Maroc, preuve encore du « caractère extraordinairement lucratif » de leur escroquerie.

    Le tribunal a décortiqué le système Apollonia, société aixoise de conseil en investissements immobiliers qui s’est attachée le concours « d’hommes de loi pour donner une apparence de légalité et de respectabilité à ses opérations » qui aboutiront à la plus grande escroquerie immobilière et financière jamais commise en France. Apollonia, dissoute par le jugement, a soutiré 35 millions d’euros de dividendes en plumant 762 victimes ficelées – surtout des médecins – puis étouffées sous les empilements de crédits, même si selon le tribunal, rien n’établit que les banques savaient. Un de ses meilleurs commerciaux a dit que Jean Badache les poussait en leur disant « tous les matins un pigeon se lève et il faut aller chercher ».

    « Un enrichissement

    hors-norme »

    Les quatre commerciaux sont lourdement condamnés. Jusqu’à 5 ans ferme, 300 000 euros d’amende, confiscation de biens et interdiction définitive de gérer contre François Melis, le commercial qui a généré le plus gros chiffre d’affaires, s’assurant 1 million d’euros par an de revenu.

    Le système consistait à déposséder l’acquéreur du contrôle du déroulé des opérations organisées pour être opaques afin de prévenir tout contact entre les emprunteurs et les banques. Dès le départ, chacune des opérations allait être « forcément déficitaire quels que soient les aléas économiques » et « conduire nécessairement à la ruine des acquéreurs ».

    Quant aux notaires, si le Lyonnais Philippe Rambaud est relaxé « faute d’établir qu’il avait eu connaissance du processus délictueux », deux autres sont reconnus coupables d’avoir fait allégeance à Apollonia « par aubaine financière » : l’Aixois Jean-Pierre Brines, 77 ans, écope de 5 ans de prison dont 2 ans sous bracelet vu son âge, et 700 000 euros d’amende. « Sans vous, Apollonia n’aurait pas pu prospérer. Vous avez détourné votre office par volonté d’enrichissement. » Le Marseillais Philippe Jourdeneaud, 65 ans, qui a agi « de manière servile », écope de 5 ans dont 18 mois ferme sous bracelet, 300 000 euros d’amende. Pour les deux, une même interdiction définitive d’exercer.

    Complice de l’escroquerie et de blanchiment en bande organisée, l’avocat d’Apollonia, Me René Spadola, 61 ans, qui avait en main les éléments sur le processus frauduleux mis en place, écope de 5 ans de prison dont 2 sous bracelet, 300 000 euros d’amende et l’interdiction définitive d’exercer dans l’immobilier.

    « Les personnes condamnées sont entièrement responsables. Il nous incombe de réparer intégralement le préjudice », dit le tribunal, qui a fixé des dates d’audiences pour les intérêts civils.

  • La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    « Nous sommes prêts », affirme le chef de l’État sous le hangar de la base aérienne 125 d’Istres, ce jeudi. Emmanuel Macron a prononcé ses vœux aux armées dans un contexte international tendu marqué par le « retour des forces de déstabilisation ».

    Le président a cité parmi les sources d’inquiétude « la Russie sur le sol européen », des discours « qui sèment le doute, y compris chez les alliés », ou encore « un nouveau colonialisme à l’œuvre chez quelques uns ». Avec, pour éléphant dans la pièce, le sujet Groenlandais, pour lequel le chef des armées considère que « la France et les Européens doivent être là partout où leurs intérêts sont menacés, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », de la même manière que pour l’Ukraine.

    « Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des efforts à la mesure de notre rude époque », a déclaré Emmanuel Macron. Il avait promis en 2017, lors de sa première visite sur la base, d’atteindre 2 % du PIB dédié à la Défense.

    64 milliards d’euros

    pour la Défense en 2027

    L’objectif de 64 milliards d’euros de budget annuel de la Défense, initialement prévu pour 2030, a déjà été avancé à 2027, comme annoncé par le Président le 13 juillet dernier. La loi de programmation militaire 2024-2030 va être actualisée en conséquence, avec un renfort de 36 milliards d’euros, dont 3,5 milliards en 2026 « pour préserver notre crédibilité et faire face, si nous y étions confrontés, à un engagement majeur d’ici trois à quatre ans », précise le locataire de l’Élysée.

    La base aérienne 125 d’Istres en est « l’illustration même ». Avec ses 15 Airbus de ravitaillement et de transport stratégique, elle constitue « un vecteur polyvalent de projection de puissance » aux yeux d’Emmanuel Macron, notamment nucléaire, comme l’a démontré le récent déploiement nordique et celui à venir par le biais de ce « hub des armées ».

    Plus généralement, ces crédits serviront trois priorités. La première, au plan technique, à savoir augmenter les stocks de munitions, se doter d’une alerte avancée spatiale comme terrestre et renforcer l’ambition spatiale. « La France organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial », annonce le président, qui souhaite « améliorer la résilience et la protection » dans ce domaine.

    Une ambition liée au deuxième objectif, celui visant à faire face au missile très longue portée russe Orechnik. « Nous sommes à portée de ces tirs affirme le chef de l’État. Nous devons nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme. » Même logique pour le système de défense aérienne SAMP/T nouvelle génération, « la meilleure au monde », selon le président, qui souhaite « accélérer la production et la capacité à déployer », cette arme.

    Enfin, le chef de l’État souhaite « améliorer et accélérer la capacité des armées à s’engager », notamment via l’utilisation des drones pour les trois armées, ainsi que par l’investissement dans « les innovations de rupture : le quantique, l’intelligence artificielle ».

    In fine, le président Macron place la France au centre de l’« Europe de la Défense », tant sur le plan des moyens, du complexe militaro-industriel que sur le plan décisionnel. La volonté répétée d’indépendance de la France entre en contradiction frontale avec les affirmations répétées d’unité européenne. La question se pose si le chef de l’Etat ne ferait pas de l’œil, en filigrane, à l’idée d’être le chef militaire de l’Europe entière.