Tag: Festivals

  • Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    La Région Sud est le point culminant français en matière culturelle et artistique. Nous ne voyons pas la culture comme une dépense mais comme une identité, notre force », amorce Sophie Joissains. « Du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence à Marsatac, en passant par le Festival d’Avignon ou les Chorégies d’Orange », « la culture est un ferment d’espoir et un lien entre tous », estime la vice-présidente de la Région en charge de la culture lors d’une conférence de presse organisée vendredi 29 mai. En dépit d’une baisse de 4% de son budget alloué à la culture, 52,5 millions en 2026, et à l’approche de la saison des grandes manifestations de l’été, l’occasion est donnée de faire un point sur les gros festivals que la collectivité territoriale soutient.

    Primeur de la parole à Richard Galy, président de la Société publique locale (SPL) des Chorégies d’Orange, qui note d’emblée la « nécessité de passer à un autre statut plus adapté, l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC), déjà voté par la Région, le Département et la Ville. Nous attendons l’arrêté qui nous permettra d’y associer l’État ». Directeur démissionnaire de la manifestation, Jean-Louis Grinda annonçait il y a quelques mois une « saison 2026 light », divaguant du 19 juin au 18 juillet de La Traviata de Verdi avec Jessica Pratt dans le rôle-titre, à un concert symphonique de Philippe Katerine. « Un nouveau directeur artistique des Chorégies sera nommé la semaine prochaine. Avec l’objectif de proposer ce qui fait l’ADN des Chorégies, le lyrique et la mise en scène », annonce avec soulagement Richard Galy.

    Successions et bougies

    Nommé à la suite de Pierre Audi, décédé il y a un peu plus d’un an, Ted Huffman, nouveau directeur du Festival d’Aix-en-Provence qui se tiendra du 2 au 22 juillet, réaffirme quant à lui que « l’opéra doit demeurer un art vivant. Il faut sortir de l’idée selon laquelle l’art lyrique est un musée. C’est le moment d’aller vers des choses inattendues », souligne le metteur en scène américain. Parmi les « 250 festivals et manifestations » soutenus par la Région sur le millier existant, certains sont présents comme Marsatac, dont la date du 13 juin réunissant Théodora et Disiz est « bientôt sold out », annonce sa directrice Béatrice Desgranges, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon dont la 80e édition s’élance le 4 juillet, ou encore Michaël Dian, directeur artistique du Festival de Chaillol qui souffle ses 30 bougies dans les Hautes-Alpes dès le 17 juillet. Sans oublier la présence d’Hugo Lucchino, nommé l’été dernier à la tête de la Villa Noailles, à la suite de la mise à pied de Jean-Pierre Blanc par le ministère de la Culture. Avec une programmation articulée autour du festival international de la mode, de la photographie et d’accessoires d’Hyères ainsi que du festival Design Parade à Toulon et dans la région. Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres d’Arles, tenues du 6 juillet au 4 octobre, met l’accent, elle, sur les différents dispositifs dispensés aux élèves de tous âges autour de l’initiation à la lecture de l’image. « Pour donner des clefs pour permettre aux jeunes de décrypter les images qui les entourent. »

    Le 15e vice-président de la Région en charge de la jeunesse, des sports et de la vie étudiante, Ludovic Perney enchaîne et se félicite pour sa part des « 4 800 élèves » qui ont pu bénéficier de ces ateliers de « lecture de l’image à Arles », mais aussi des parcours initiés au Festival d’Aix ainsi que du nombre de « lycéens accompagnés au Festival d’Avignon ».

    « Mode de vie occidental »

    Si « l’État baisse non seulement ses budgets mais demande aussi aux collectivités un effort pour rembourser la dette nationale », rappelle Sophie Joissains, « il faut faire en sorte que les structures et festivals passent ce mauvais cap ». De son côté, Ludovic Perney voit aussi la culture comme un moyen de s’opposer « aux attaques contre le mode de vie occidental ». Une formule qui laisse pantois, mais que ce candidat à la présidence de la fédération LR des Bouches-du-Rhône « assume », avant de se vautrer dans des explications alambiquées pour tenter de déminer la polémique. « Quand on était à l’école, l’Occident était au milieu de la carte du monde avec l’Europe, et nous, au milieu. Et bien, aujourd’hui, l’axe du monde a changé. Il faut préserver ces valeurs qui sont fondamentales pour conserver la maîtrise de notre destin », dit celui qui aime à citer le moraliste nationaliste et controversé Ernest Renan. Avec tous ces festivals, l’été sera chaud. Mais gare aux coups de soleil idéologiques sur la nuque.

  • « Faire du sport la journée et la fête le soir » : l’Outdoormix est de retour

    « Faire du sport la journée et la fête le soir » : l’Outdoormix est de retour

    « Notre slogan, c’est “Ride and Party”, faire du sport la journée et faire la fête le soir. Pour nous c’est l’esprit haut-alpin. Je pense qu’on est une grande famille avant tout. » Voilà, décrit en quelques motspar Germain Gasdon, de l’équipe organisatrice, l’esprit de l’Outdoomix festival.

    De retour à Embrun, du vendredi 22 mai au lundi 25, l’événement allie le sport de haut niveau la journée, et des concerts avec des têtes d’affiche nationales et des groupes le soir. Côté sport, les disciplines présentes en compétition et démonstration ne manquent pas : VTT (sauts et parcours de dirt), wingfoil, kite, pumpfoil, parapente, yoga, stand up paddle, kayak, escalade, slackline, BMX, pumptrack, longboard et handisport. « Chaque sport représenté en compétition donnera lieu à une initiation accessible au public, pour découvrir, à niveau débutant », explique Germain Gasdon, de la direction du festival.

    Têtes d’affiche et artistes locaux

    Côté musique, l’Outdooxmix, connu pour sa programmation électro, se partage entre une scène principale et une scène qui met à l’honneur des DJ haut-alpins, comme les collectifs des Louves du groove et DarkSide Events. Sur la grande scène, le vendredi, se produiront Arsene and the Crooks, Fatoumata Diawara, Etienne de Crecy et Synapson.

    Le samedi verra Tairo, F.U.R, La Pti’te Fumée et Acid Arab. Le dimanche, la scène principale accueillera Luiza, Matmatah et Gonzi. Le village du festival et les compétitions sportives sont en accès libres. Les prix des concerts, de 19h30 à 3h, commencent à 28 euros (tarif évolutif).

  • Comment le RN tisse sa toile contre la culture

    Comment le RN tisse sa toile contre la culture

    Tandis qu’à peine quelques semaines après l’arrivée de nouveaux maires RN, on constate déjà leurs coupes sombres voire leur censure contre des événements culturels, nous avons sollicité l’œil expert d’Emmanuel Négrier.

    Spécialiste de l’économie des festivals, le politologue montpelliérain nous rappelle en préambule que s’il en existe une grande diversité, la plupart reste « de taille modeste souvent entièrement ou presque fondés sur le bénévolat, avec un soutien municipal qui peut être en nature, fourniture d’équipements ou détachement temporaire de personnels, ou en subvention ».

    Dans les études menées par le chercheur au Cepel, la part des subventions est « minoritaire » dans l’économie globale, mais elle est « significative » par rapport à d’autres pays. Elle se situe « entre le tiers et la moitié des recettes, selon que l’on se situe dans les univers des musiques actuelles, ou des musiques classiques, par exemple », illustre-t-il.

    « Une régression considérable »

    Ainsi, les récents choix de maires RN (aides coupées, festivals annulés) mettent-ils en péril au-delà des plus petites structures ? Tout en précisant qu’il n’y a pas que le RN qui sabre dans la culture, Emmanuel Négrier prend l’exemple de Vauvert où la structure qui organise l’un des festivals de jazz les plus populaires d’Occitanie a déménagé à Vergèze. Autre exemple marquant que celui du festival international du film politique de Carcassonne qui a renoncé aux aides de la nouvelle mairie RN. « Le RN reste parfois plus prudent, en apparence, à l’égard de gros festivals rayonnants, tels que Visa pour l’Image à Perpignan. Mais rien ne dit que cela perdure. Le RN souffle le chaud et le froid dans un secteur où il cherche à imposer ses méthodes faites, plus ou moins selon les villes qu’il gouverne, de réaction patrimoniale, de privatisation, de politisation et de proscription des acteurs qu’il sait hostiles à sa vision. C’est une régression démocratique considérable ».

    Ailleurs, l’extrême droite force le trait sur les traditions (Beaucaire) quand elle ne réécrit pas l’Histoire à sa main, comme celle des Cathares à la sauce Robert Ménard à Béziers. « Le niveau de dépense culturelle des villes RN n’est pas forcément l’indicateur le plus pertinent. On voit que ce niveau n’a pas baissé à Perpignan sous Louis Aliot jusqu’en 2026. C’est le contenu qui change et auquel il faut être attentif : l’offre continue d’exister, elle n’est plus tout à fait la même, et effectivement les nostalgies coloniales, discours contre-révolutionnaires et récits révisionnistes y ont une place de choix, tandis que les projets d’action culturelle dans les quartiers populaires y sont châtiés. C’est le populisme du RN : contre le peuple ».

    Dans ces situations, le secteur culturel va parfois devoir tenter de s’émanciper des collectivités hostiles en « se déployant en résistance ou en contournement ». « C’est bien sûr difficile sans l’appui du principal financeur de la culture et du maître de beaucoup de lieux d’accueil des projets artistiques… », concède Emmanuel Négrier.

  • « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    La Marseillaise : Les premiers actes du nouveau maire RN de Vauvert ont été de déprogrammer une exposition de photos à cause des opinions politiques prétendues de son auteur et de retirer ses subventions au festival Jazz à Vauvert, entraînant son annulation. Qu’en pensez-vous ?

    Michaël Delafosse : C’est extrêmement choquant et ça montre le visage de l’extrême droite. Jazz à Vauvert est un très beau festival porté par des bénévoles qui s’efforcent de faire découvrir cette musique mondialement connue. Et comme ça, sine die, on coupe la subvention, on envoie un signal hostile. L’annulation d’une exposition au motif des opinions politiques de son auteur est également inadmissible. Voltaire disait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » À la Comédie du livre à Montpellier, on accueille des gens de toutes sensibilités. Le service public de la culture ne consiste pas à programmer ce qu’on aime ou ce avec quoi on est d’accord.

    En sanctuarisant les budgets dédiés à la culture malgré les finances fragilisées des collectivités, Montpellier fait un choix politique fort ?

    M.D. : Oui, c’est un choix politique au sens le plus noble du terme, qui fait consensus à la Ville comme à la Métropole. C’est rassurant, car les temps sont durs. Les coupes de l’État sont violentes pour les collectivités. Malgré ce, nous avons décidé de préserver le budget de la culture pour faire vivre ce service public. Le service public de la culture, ce sont 15 médiathèques réparties dans les communes de la métropole, des grands festivals [Comédie du livre, Printemps des Comédiens, Montpellier Danse puis Radio France, Ndlr.], une politique culturelle ambitieuse, tournée sur l’éducation artistique. Quand vous payez une place au théâtre ou à Montpellier Danse, elle est subventionnée, sinon plein de gens ne pourraient pas y aller. Quant à une médiathèque, ça coûte quasiment 1 million d’euros pour fonctionner. Mais nous sommes fiers d’en avoir un nombre très important pour garantir l’accès aux livres et l’éducation à la lecture.

    Ce qui nous paraît normal à Montpellier : un accès facilité à la culture, des budgets maintenus, ne l’est pas forcément ailleurs ?

    M.D. : Non ! Prenez la Comédie du livre, qui débute le 15 mai : il y a plein de festivals littéraires qui s’écroulent en France parce que les coûts sont renchéris avec l’inflation. Mais c’est un choix de tenir. Montpellier s’inscrit dans un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire sur la culture. Quand je fais le partenariat avec le festival de Radio France, c’est le service public de la radio qui est mis à l’honneur à Montpellier pour la musique. Quand, à la Comédie du livre, 38% des éditeurs invités sont des éditeurs indépendants, c’est une façon de résister à Bolloré et sa mainmise sur l’édition. C’est nos actes qui nous font résister. Et plus les gens nous soutiendrons dans cette démarche, plus nous donnerons de la force à ces modèles, car on voit bien que l’internationale réactionnaire mène une offensive méthodique, organisée. À nous de porter un modèle de résistance. Les collectivités territoriales ne peuvent pas tout faire, mais elles ont un rôle important à jouer. Il faut défendre le service public de la culture, car on est dans un moment politique grave sur ce sujet. Cela pourrait ouvrir la voie à quelque chose qui n’incarne plus l’idée de liberté, d’émancipation que porte la culture. Car c’est la liberté des artistes qui nous émeut, qui nous touche, c’est leur créativité. C’est le rôle du service public de la culture de permettre de montrer cette diversité de la création. La culture offre des controverses esthétiques et intellectuelles, c’est l’expression du génie humain. C’est essentiel ! Et derrière, il y a la toute la question du vivre ensemble : est-ce qu’on veut une société populiste, de la vulgarité ou est-ce qu’on croit au beau ?

    « Le service public de la culture
    ne consiste pas
    à programmer
    ce qu’on aime
    ou ce avec quoi
    on est d’accord.  »

  • [Entretien] Faf Larage : « Il suffit d’écouter le rap pour prendre la température d’une époque »

    [Entretien] Faf Larage : « Il suffit d’écouter le rap pour prendre la température d’une époque »

    La Marseillaise : Vous n’aviez jamais été en duo sur un titre avec Shurik’n avant 1997. C’est à la suite d’une remarque d’Imhotep (producteur d’IAM et de plusieurs classiques du rap marseillais) que vous vous lancez alors pour « La garde meurt mais ne se rend pas »…

    Faf Larage : Exactement. C’est l’équipe de son label Kif-kif production qui nous a sollicités pour qu’on fasse un maxi [format musical se situant entre le single et l’album, Ndlr] ensemble.

    C’était parti pour un morceau
    et ça a fini trois ans plus tard
    en album avec «
     La garde »…

    Faf Larage : Ça s’est construit au fil du temps. Quand cela a été un peu plus calme pour mon frère avec IAM et de mon côté, on a décidé de faire un album tous les deux pour se faire plaisir.

    Comment a surgi l’idée de cet album, qui est un exercice de style hip-hop où vous réunissez vos univers respectifs d’héroic fantasy et de samouraï ?

    Faf Larage : L’idée est venue assez rapidement. Dès le premier morceau qu’on a fait, on avait déjà cette réflexion en tête. Quand on voit le clip du titre La garde meurt mais ne se rend pas, c’est assez flagrant. De mon côté, ma référence était simple. Avant La garde, le premier maxi solo que j’avais fait chez Kif-Kif s’appelait Stormbringer. C’est une épée d’une saga d’héroïc fantasy [elle apparaît dans Le cycle d’Elric, écrite entre les années 1960 et 80 par l’écrivain anglais Michael Moorcock, Ndlr.]. J’avais déjà ces références très tôt donc, quand on part sur La garde, il y a déjà tout cet univers d’héroïc fantasy qui est présent.

    « La garde meurt mais ne se rend pas » sample un titre écrit par le compositeur italien de musique de films Pino Donaggio (issu du film réalisé en 1980 par Brian de Palma, « Pulsions »)…

    Faf Larage : Pour la petite histoire, cette instru, c’est mon frère qui l’a faite. Un son Shurik’n. On reste dans l’école. J’ai tout de suite validé.

    Dans votre album en commun, vous puisez aussi dans des boucles du trompettiste de jazz Donald Byrd pour « Old man » et celles du maestro soul Roy Ayers pour « Ça m’saoule ». À cette époque, le sample était roi, contrairement à aujourd’hui pour des raisons juridiques et économiques. Pour vous, est-ce que cela a participé à l’appauvrissement de la musicalité du rap ?

    Faf Larage : Bien sûr. C’est logique. Nous-mêmes, on a commencé à le vivre. À l’époque, quand les samples ont commencé à être payants, qu’il y a eu la chasse aux samples – et même si aujourd’hui, avec du recul, je trouve ça complètement normal car on leur prend une musique sans leur demander leur autorisation – on s’est retrouvés avec des producteurs comme Swizz Beatz qui sont arrivés avec les synthétiseurs cordes. Au début des années 2000, on a commencé à voir arriver tout le son Ruff ryders (label où était signé le Mc aboyeur DMX). On se rend alors compte que la musique commence à être plus pauvre qu’au moment des samples. Même pour de gros artistes comme les Jay-Z et autres, ça devient beaucoup plus pauvre en termes de musicalité. Après, on a trouvé notre truc ailleurs, en se situant plus dans l’énergie. Mais la musique en a quand même pris un coup.

    En 2000, dans « La garde », vos paroles comme votre musique donnent un côté cinématographique à l’album. Imhotep disait à « La Marseillaise » il y a plusieurs mois que « le rap a toujours été la bande originale de son époque ». À ce compte, qu’est-ce que le rap actuel dit de notre société selon vous ?

    Faf Larage : Imhotep a raison. Il suffit d’écouter le rap pour replonger dans une époque et en prendre la température. Pourquoi le rap est-il le reflet de ce qu’il se passe dans notre société et d’une certaine jeunesse ? Car c’est la bande originale de notre époque. Les anciens disent souvent que les morceaux d’aujourd’hui ne font que 2 minutes. Bien sûr, mais c’est parce qu’on vit dans un monde de clics. Tout va très vite. Tout ce qu’on fait ne doit pas durer. On n’est pas dans l’idée de prendre le temps. Les morceaux sont à cette image. Même dans les paroles, on n’a plus le temps de s’installer dans un thème. Aujourd’hui, il y a 10 thèmes dans un couplet, encore à l’image de ce qu’il se passe aujourd’hui : dans les infos, le fait de scroller sur les téléphones. Les gens ne s’attardent plus sur un sujet.

    Sur « J’ai pas envie », vous rappiez : « T’as pas envie que des puissants ou des fanatiques déterminent sur des cartes ce qui t’appartient ou pas. » Le rap, c’est la BO d’une époque mais ça peut aussi résonner drôlement à nos oreilles aujourd’hui…

    Faf Larage : Tout à fait. Et malheureusement.

    Dans « Je me dois de représenter », vous attaquiez le morceau en disant : « On va conjurer le sort qu’ils nous réservent (…) on veut entendre si des gens d’en bas réussissent. » 25 ans après, vous vous dites que la mission est réussie ou cela vous laisse plutôt un goût amer en bouche ?

    Faf Larage : Je suis mitigé. Évidemment qu’il y a aujourd’hui des gens qui viennent d’en bas et qui réussissent. Mais on a pris vraiment un modèle américain avec tout le côté de rêve, de se dire qu’on peut partir de quartiers et devenir millionnaires. Et en même temps, il y a toujours ce côté très américain dans le sens où il y a cette possibilité mais ça reste un rêve. C’est le loto. Tout le monde peut jouer et gagner, mais quand on regarde de plus près, on se rend compte que la majorité de ceux qui réussissent ont plus de chances que d’autres et sont avantagés dès le départ. On reste dans une société qui maintient les gens d’en bas toujours en bas. Il y a un plafond de verre. Tu peux grimper, mais uniquement jusqu’à un certain stade. Je parle en termes de masse. On peut s’élever jusqu’à un certain stade, puis c’est fini. Après, ça concerne l’élite et ce n’est plus pour nous.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

    Rimes phocéennes au Fonky festival de Mars

    Comme le rappelait DJ Djel, son chef d’orchestre, au moment du lancement du Fonky festival de Mars il y a trois ans, l’idée est de « promouvoir les artistes de la ville et des alentours pour leur donner l’occasion de défendre leurs projets sur scène, sachant qu’aucun festival de rap mettant en avant les talents marseillais n’existait ». Un juste combat qui en est désormais à sa 3e édition et se tient vendredi 24 et samedi 25 avril, à la Friche Belle de Mai. Parrainée par Soprano, une mouture où sont annoncés des artistes et groupes comme Missan, Carpe Diem, Dilome, Sako, Kyzi, L’Amir’al, Berreta, Maze, Derk16, Sirrine LV, Zbig, Zicler, Toadzzy, Fokca, Benefils, Dj Rebel, Idazerrr, Creestal, Kayla et L’Ami Caccio.

    Programme et billets sur lafriche.org et shotgun.live/fr/festivals/fonky-festival-de-mars-3

  • Babel music XP: les musiques du monde transitent par Marseille

    Babel music XP: les musiques du monde transitent par Marseille

    « Babel music XP s’est réinstallé durablement comme une évidence dans l’agenda professionnel international par sa dimension de hub méditerranéen, son format hybride et la position géostratégique de Marseille. Il n’y a aucun autre équivalent dans le paysage euroméditerranéen », affirme d’emblée Olivier Rey.

    Plus de 2 000 professionnels de l’industrie musicale provenant de 72 pays, qu’ils soient producteurs, directeurs de festivals, programmateurs, artistes ou autres diffuseurs sont attendus au cours de la 4e édition de ce marché, salon et festival des musiques actuelles du monde dont il est le directeur. Une mouture conçue à nouveau comme une « itinérance » dans la ville, de la Friche Belle de Mai à la Cité de la Musique, en passant par l’Alcazar, l’Espace Julien, le Makeda et la Plateforme, situé à la place de l’ancien Dock des Suds. Il faut dire que cet événement à « échelle humaine » et aux valeurs humanistes détonne dans « un contexte de globalisation aux effets positifs mais aussi pervers comme l’uniformisation de certaines programmations guidées par le seul profit », rappelle-t-il.

    Faire autrement

    « Mais une autre manière de faire est possible », embraye Olivier Rey. Face aux « replis identitaires, au regain des populismes et des impérialismes », dans « ces moments où tout tangue », situe-t-il, Babel Musix XP célèbre la différence avec un succès toujours plus croissant. Cette « manifestation d’intérêt général au service des acteurs de la filière musicale » rayonnera cette année avec notamment la venue cette année d’une « forte délégation d’Asie », parmi laquelle le plus grand marché du continent avec le Bangkok music city, et « les deux plus gros festivals de jazz d’Indonésie ».

    Avec une cinquantaine de rencontres professionnelles, mais aussi tables rondes, masterclass et autres ateliers, Babel music XP s’impose comme le carrefour des musiques mondiales, le temps de trois jours et trois nuits. Ne cessant de mettre en relation tous les acteurs locaux comme internationaux de l’écosystème musical, cet événement instaure également trois « focus » dédiés à l’Estonie, au Portugal et au pays valencian, au Cabaret aléatoire de la Friche Belle de Mai.

    Hors des « radars

    des algorithmes »

    Son caractère atypique tout autant que nécessaire pour les acteurs de l’industrie, Babel Music XP le matérialise également auprès du grand public à travers une série de « showcases ». 31 groupes issus de 27 pays irriguent ainsi trois soirées. « Le premier critère de sélection, c’est l’artistique et non pas une réflexion en termes de chiffres et de statistiques. Avec une attention portée à l’émergence », campe le coordinateur artistique Frédéric André. Un « instantané de la création mondiale » représentant aussi bien les régions françaises, comme l’illustreront les chansons occitanes du duo Cocanha, ou le groupe de post-folk breton, Ducasse, jusqu’à des continents comme l’Asie ou l’Amérique du Sud.

    Au menu notamment, le trio de percussionnistes coréennes Groove&, la pop tropicale du Colombien Sonoras Mil, ou encore le son mongol de Tengerton. « On montre des artistes passés sous les radars des algorithmes des différentes plateformes », se réjouit Frédéric André à propos de cette affiche composée tout de même d’artistes en lien avec le bassin méditerranéen pour 45% : de « la nouvelle voix intense des traditions populaires italiennes » Lavinia Mancusi au pianiste et compositeur palestinien Isam Elias.

  • Les musiques du monde font escale dans le pays d’Arles

    Les musiques du monde font escale dans le pays d’Arles

    Les mots puissants de poètes soufis tels que Mahmoud Darwich ou Ibn Arabi vont résonner au Château de Tarascon – Centre d’art René Anjou, dimanche 8 février. Portés par le chanteur et compositeur Walid Ben Selim et sous les scansions mélodieuses de la harpiste Marie-Marguerite Cano, un voyage musical et poétique qui lance la 9e édition des Suds en hiver, déclinaison du festival Les Suds à Arles, qui se tiendra quant à lui du 13 au 19 juillet.

    Des sons en fusions

    La deuxième escale de la parenthèse hivernale de ce festival destiné à « faire dialoguer les cultures, les esthétiques et les générations », passera par Saint-Martin-de-Crau. La salle Mistral sera le théâtre d’un concert de la chorale de 150 enfants et 40 adultes réunis autour d’un répertoire de chants italiens « proposé par la chanteuse et musicienne Maura Guerrera et transmis aux choristes par les chefs de chœur Julien Bellec, Anne-Sophie Chamayou, Anne Cesano-Giordano, Manon Ghobrial et Guylaine Renaud », indique le programme. Parmi la dizaine de propositions, on notera également, du côté de la Salles des fêtes d’Arles, le trio Boucs! qui mêle l’esprit du rock anglo-saxon aux sonorités méditerranéennes. À Châteaurenard, la salle de l’Étoile accueillera pour sa part le groupe Orange blossom, qui « pioche dans la tradition turque, égyptienne, malienne, sénégalaise et cubaine avec des voix chantées en arabe, persan et portugais ».

  • Nouvelle partition et Mozart en majesté au Festival d’Aix

    Nouvelle partition et Mozart en majesté au Festival d’Aix

    C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour le Festival d’Aix-en-Provence, qui présentait mardi le programme de sa 78e édition. Après la disparition de Pierre Audi en mai dernier, lui qui était à la tête de cette manifestation d’art lyrique depuis 2019, place désormais à une nouvelle ère amorcée par Ted Huffman. « Nous allons continuer à mettre Mozart à l’honneur et poursuivre notre engagement, résolument tourné vers la création », a expliqué le nouveau directeur, nommé à l’automne.

    C’est ainsi que le public aixois pourra renouer, en ouverture du festival et à neuf reprises au Théâtre de l’Archevêché, avec La flûte enchantée, 20 ans après sa dernière représentation en ces mêmes lieux. « Ici, des enfants bondissent joyeux, hors d’un champ de ruines, promesse d’une aube à la beauté fragile », résument les organisateurs à propos de cet opéra testamentaire composé par Mozart à la fin du XVIIIe siècle. Direction assurée par Leonardo Garcia-Alarcon et mise en scène signée Clément Cogitore, cette œuvre réunit l’ensemble Capella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur, « en soutien d’un plateau vocal prestigieux » composé entre autres de « la soprano française désormais installée au firmament » Sabine Devieilhe. Incarnant la Reine de la nuit, elle fera face au personnage de Sarastro, interprété par la basse britannique Brindley Sherratt.

    « Notre humanité »

    Et un Mozart peut en cacher un autre avec son Requiem, qui sera joué les 4, 6, 8, 10 et 12 juillet au Théâtre de l’Archevêché. Six ans après « avoir fait date » avec cette œuvre à Aix, Raphaël Pichon comme directeur musical et Romeo Castellucci à la mise en scène, remettent le couvert à travers l’histoire d’une « femme qui s’enfonce dans la nuit de son ultime voyage tandis qu’une ronde fraternelle et festive danse, opposant sa force vitale à la disparition inexorable de toute chose ».

    « Par quel chemin de vie accédons-nous à ce qui fait notre humanité ? », s’interrogent les têtes pensantes du Festival d’Aix. Pour répondre à cette « question brûlante », et outre les deux Mozart, le voilà qui programme les 3, 6, 9, 12 et 15 juillet La femme sans ombre au Grand Théâtre de Provence. « Allégorie de l’âme humaine », cet opéra créé par Richard Strauss en 1919 qui « exige un orchestre d’une centaine de musiciens et cinq immenses voix solistes », verra son Kaiser interprété par le ténor Michael Spyres et son impératrice, par la soprano lituanienne Vida Mikneviciuté. « Gigantisme sonore », lui, mis au diapason par l’Orchestre de Paris, sous la baguette de Klaus Mäkelä. Parmi les autres rendez-vous importants, le Théâtre du Jeu de Paume accueillera pour sa part Accabadora, création contemporaine de Francesco Fildei ainsi qu’une nouvelle production du festival, El Cimarron.

  • Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Depuis des mois, nombre de syndicats et collectifs d’artistes dénonçaient la gestion du festival de BD d’Angoulême par la société 9e Art+. « Manque de transparence », « mauvaise gestion des cas de violence sexistes et sexuelles », mais aussi « vision trop mercantile de l’événement » ont conduit à l’effondrement de l’édition 2026 du plus gros festival international de BD.

    En attendant que l’A.D.B.D.A (Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême), qui en a repris les rênes, écrive une nouvelle page, plus saine, de son histoire, l’événement se décline en mini-festivals de la BD dans plusieurs villes françaises.

    « La Ville de Marseille a été sollicitée pour accueillir l’un d’eux, du 30 janvier au 1er février », se félicite Jean-Marc Coppola. L’adjoint au maire en charge de la culture précise : « Nous sommes en train de l’organiser dans un lieu loué et préempté, l’ancienne enseigne de chaussure André, sur la Canebière, où nous accueillerons une dizaine d’autrices de BD, dont quelques Marseillaises. Ce sera l’occasion d’un partenariat avec la bibliothèque de l’Alcazar, qui dispose d’un fond très ancien de BD ».

  • [Rétro 2025] Festivals dans l’Hérault : une pluie d’anniversaires

    [Rétro 2025] Festivals dans l’Hérault : une pluie d’anniversaires

    Montpellier est une terre de culture dans laquelle ont poussé, au fil des ans, de nombreux festivals dont certains sont devenus des rendez-vous incontournables et des références au niveau national. C’est le cas de la Comédie du livre, qui fêtait en mai dernier ses 40 ans. Quatre décennies durant lesquelles ce gigantesque salon littéraire de plein air, qui a désormais pris ses quartiers sur la place royale du Peyrou, s’est étoffé de nombreuses rencontres, lectures, projections, passant de 3 à « 10 jours en mai ». À l’occasion de cette édition anniversaire, une soirée exceptionnelle a été organisée à l’Opéra autour d’une carte blanche musicale et littéraire offerte à la romancière Maylis de Kerangal.

    Quelques mois plus tard, début juillet, ce fut au tour de l’emblématique festival Radio France Occitanie Montpellier de souffler, lui aussi, 40 bougies et un succès auprès du public jamais démenti. Centré sur la musique classique, dont les plus grands noms ont écrit l’histoire de la manifestation, le festival s’est progressivement ouvert au jazz et à la musique électronique. Cette édition anniversaire fut une grande année de piano, marquée notamment par la venue de paniste-star chinoise Yuja Wang, qui s’est produite pour la première fois à Montpellier.

    2025 a aussi été l’occasion de célébrer, à la rentrée de septembre, les 20 ans du festival Arabesques. 20 ans d’un fabuleux plaidoyer pour les arts du monde arabe, dans toute leur diversité : la musique, bien sûr, de la scène traditionnelle à la scène contemporaine, mais aussi le théâtre, les contes, la danse ou encore l’humour… Une 20e édition marquée par un focus sur le Maroc, la découverte de nombreux albums en avant-première et deux hommages, à Oum Khaltoum et Rachid Taha.

    Pour finir, les Internationales de la guitare (IG) ont fêté, du 21 septembre au 9 octobre, leurs 30 ans. L’occasion de réaffirmer l’ADN de ce festival de musique devenu incontournable dans le paysage culturel montpelliérain et de rendre hommage à son fondateur, Talaat El Singaby, disparu au printemps.