Tag: étudiants

  • Nîmes, ou l’université qui cultive sa différence

    Nîmes, ou l’université qui cultive sa différence

    À Nîmes, pas de campus tentaculaire ni de catalogue destiné à rivaliser ligne par ligne avec Montpellier. La jeune université gardoise, créée en 2007, a choisi une autre voie : faire de sa petite taille une spécialité. Près de 6 000 étudiants, 66 formations aujourd’hui au catalogue et une stratégie assumée de créneaux parfois très pointus. Benoît Roig oppose ainsi une université qui « travaille avec son territoire » à celle qui « travaille pour son territoire ». Nîmes, assure son président, « est dans le deuxième cas ». Une façon aussi de ne pas reproduire l’offre des puissantes voisines montpelliéraines ou avignonnaises.

    Dans le Gard, cela donne un master Risques, environnement et sûreté nucléaire, adossé au bassin industriel de Marcoule et de la vallée du Rhône. Une vingtaine d’étudiants par promotion, de l’alternance en deuxième année et, selon ses responsables, une insertion proche de 100% dès la soutenance. Plus loin du réacteur mais tout aussi ancrées localement, une licence professionnelle mêle œnotourisme et projet culturel, tandis qu’une autre forme à la conception de produits textiles. L’histoire exploite, elle, la richesse patrimoniale environnante, jusqu’à un master d’« histoire vivante  » tourné vers la médiation, la reconstitution et les usages publics du passé.

    Des niches plutôt

    que la concurrence

    Et puis il y a les formations que l’on associe moins spontanément à une faculté publique. À Nîmes, on peut apprendre le métier de détective privé dans une licence professionnelle d’agent de recherches privées, aujourd’hui la seule recensée par l’Onisep en France. Ou étudier les mécanismes de la narration dans un master consacré à la production, aux usages et à l’interprétation des fictions, entre création, économie, droit et industries culturelles. Les diplômes universitaires servent eux aussi de laboratoire : généalogie, éloquence, laïcité et médiation et, à cette rentrée 2026, socio-oncologie, conçue avec l’IFME et présentée comme une première européenne.

    Ce goût du sur-mesure n’empêche pas l’établissement d’étoffer ses cursus plus classiques. Cette rentrée voit arriver une licence sciences de la transition écologique, un master biologie-santé centré sur le vieillissement ou encore un master de mathématiques appliquées. La croissance se voit aussi dans la pierre : les sciences quittent les Carmes pour rejoindre la nouvelle tranche du site Hoche, pensée pour accueillir près de 1 500 étudiants. Depuis janvier 2025, le statut d’établissement public expérimental permet en outre d’associer l’ESBAN et l’IFME à un réseau comprenant notamment le Pont du Gard, la CCI, des lycées et le CHU. Une manière de fabriquer collectivement des cursus qu’une petite université ne pourrait pas toujours porter seule.

    Le revers de la réussite

    La méthode semble produire des résultats. En 2026, L’Étudiant classe Nîmes deuxième sur 68 universités françaises pour la réussite en master : 82,8% des étudiants y obtiennent leur diplôme en deux ans. « Quand j’ai pris mes fonctions il y a six ans, il y avait encore des gens qui ne savaient pas qu’il existait une université à Nîmes », se souvient Benoît Roig. Aujourd’hui, l’établissement dit devoir refuser de plus en plus de candidatures en L2, L3 et surtout en master. La ville elle-même s’installe dans le paysage étudiant : elle arrive deuxième, derrière Vannes, parmi les villes de moins de 200 000 étudiants dans le classement 2026 de L’Étudiant.

    Reste un paradoxe : cet essor se fait avec un portefeuille serré. En décembre 2025, le conseil d’administration a voté à l’unanimité une motion d’alerte  : les moyens accordés à Nîmes seraient environ 50% inférieurs à ceux des universités de même catégorie, alors que ses effectifs étudiants ont augmenté de 30% en quatre ans. L’agilité qui a fait la force de la petite université risque donc aussi d’atteindre ses limites. Le pari est désormais de continuer à grandir sans perdre ce qui a construit sa réputation : des formations singulières, un pied dans le territoire et des étudiants que l’on veut encore pouvoir appeler par leur nom.

  • L’Université de Toulon mise sur la réussite et l’accompagnement des étudiants

    L’Université de Toulon mise sur la réussite et l’accompagnement des étudiants

    « La rentrée se passe de façon tout à fait satisfaisante », commence Xavier Leroux, président de l’Université de Toulon (UTLN). Les effectifs sont en hausse, même si leur évolution définitive reste encore à confirmer aux alentours de la Toussaint, les inscriptions étant aujourd’hui beaucoup plus étalées dans le temps.

    Concernant l’offre de formation, aucun bouleversement majeur n’est annoncé cette année. L’établissement poursuit toutefois son travail d’adaptation et d’évolution des cursus, avec des nouveautés attendues à l’horizon 2029 en fonction des besoins du territoire.

    La direction confirme son ambition de poursuivre sur la voie de la professionnalisation par l’apprentissage, même si celui-ci est « plus difficile parce que moins accompagné ». Elle souhaite également augmenter la proportion d’étudiants poursuivant leurs études jusqu’au niveau master.

    Xavier Leroux assume et revendique par ailleurs la proximité de l’Université avec le monde socio-économique, notamment dans le domaine de la recherche. Un portail permet ainsi aux partenaires de formuler leurs besoins et d’être orientés vers le ou les laboratoires susceptibles d’y répondre.

    « Les étudiants et leur réussite sont au cœur de nos préoccupations », insiste Xavier Leroux. Avec un accompagnement qui reste au cœur de l’action de l’établissement, aussi bien au niveau de l’orientation, du parcours, du rythme des études et des conditions de vie. L’objectif affiché étant également de prendre en compte l’équilibre, le bien-être et la santé de ces jeunes.

    Une dualité compliquée

    Les besoins peuvent varier selon les sites universitaires. Les étudiants du campus de La Garde, qui disposent de davantage d’espaces de convivialité pour déjeuner que ceux du centre-ville de Toulon, expriment par exemple des attentes différentes en matière de pause méridienne. Les seconds privilégient un temps de pause plus court et des fins de journée moins tardives, contrairement aux premiers.

    Le président de l’Université de Toulon a également mis l’accent sur la dimension stratégique liée à la Défense et aux partenariats institutionnels.

    L’université est présentée comme un établissement dual, c’est-à-dire entretenant à la fois un lien étroit et durable avec son territoire, en s’impliquant activement dans le développement économique, social et culturel du Var et de la région Sud, tout en continuant à soutenir la formation généraliste, jugée « aujourd’hui moins attractive », ainsi que la recherche fondamentale. Une ligne de crête difficile sur laquelle Xavier Leroux affirme vouloir continuer à faire progresser l’établissement.

    Implantée au cœur du premier département militaire de France et du premier port militaire d’Europe, l’UTLN a en effet fait de la dualité civile-défense un axe structurant de sa stratégie, pleinement intégrée à sa signature : « Sciences de la mer et sociétés méditerranéennes ». Cette stratégie s’appuie sur un écosystème territorial et partenarial associant les acteurs de la Défense, les entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), les établissements académiques et les organismes de recherche.

    C’est dans ce cadre que l’UTLN entend être pleinement associée au plan Jubelin, feuille de route destinée à préparer à l’arrivée du futur porte-avions F Libre, à l’horizon 2035. Pour autant, Xavier Leroux insiste : « Il ne faut pas que la dimension défense masque ce qui est notre cœur de métier : la formation, la recherche et les études ». Pas question non plus, du moins faut-il l’espérer, de militariser les étudiants ou les chercheurs de l’université. L’engagement consiste plutôt à penser plus globalement et à agir en faveur de l’intérêt général.

  • Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Deux mille six cents cinquante euros. C’est en 10 ans la perte de pouvoir d’achat annuelle d’un étudiant, alerte le Scum. Vendredi 28 août, devant le parvis de la faculté de médecine, le Syndicat de combat universitaire a dressé, étude de l’Union étudiante à l’appui, un constat alarmant sur la détérioration des conditions de vie des étudiants.

    En l’espace d’une décennie, le coût de la vie a bondi de 16,5 à 24,3% en fonction des villes pendant que les bourses n’étaient revalorisées que de 1% en 2021 puis 4% en 2022. Au mieux, elles s’élèvent à 633,5 euros plus 233 euros d’aide au logement tandis que le coût de la vie étudiante* à Montpellier était estimé à 1 165 euros mensuels en 2023. La hausse des loyers (+19,2% en 7 ans) impose aux étudiants un surcoût de 102 euros annuel. Et bien que les boursiers en sont exonérés, le montant élevé (105 euros soit +25 euros depuis 2018) de la taxe CVEC n’arrange rien.

    Le Crous n’étant en capacité de loger que 10% des jeunes et le parc privé étant trop onéreux, le Scum réclame « la construction massive de logements étudiants à des prix abordables ». Le porte-parole Vincent Pagano interpelle aussi le maire Michaël Delafosse (PS), « qui ne semble pas particulièrement préoccupé par la situation » sur la nécessité de « mettre en place des logements d’urgence ». L’an passé, au moins 150 étudiants s’étaient retrouvés sans toit. L’étudiant en 5e année de médecine déplore aussi la monétisation des parkings autour des facultés (150 euros l’abonnement annuel).

    La généralisation des repas à 1 euro effective à cette rentrée devrait apporter un peu d’air aux 80 000 étudiants montpelliérains, 15 000 Nîmois, 2 500 Biterrois et 2 200 Alésiens. Mais la mesure est insuffisante pour Théo Haffner-Martin. « On craint une saturation des structures du Crous qui se réserve le droit de diminuer le nombre de repas à 1 euro servis », tempère le porte-parole du Scum.

    La raison pour laquelle le syndicat s’apprête à reprendre ses distributions régulières de colis alimentaires. Elles auront lieu un vendredi sur deux à la cité U la Colombière ou au restaurant universitaire Triolet pour les distributions de pain. Côté Paul Valéry, les distributions se tiendront tous les mercredis de 13h30 à 14h30 dans l’espace La Ruche. L’an passé, 15 000 colis ont été distribués. « 41% des étudiants sautent des repas faute de moyens », rappelle Vincent Pagano.

    Des repas à 1 euro insuffisants

    Dès la rentrée, le Scum entend aussi poursuivre son soutien** aux « sans fac », victimes d’une sélection jugée « sociale et raciste ». Sans parler des frais d’inscription exponentiels pour les étudiants étrangers. « On compte 207 400 candidats pour 151 887 places sur MonMaster soit 23 615 places de moins qu’en 2025 ! », alerte Lison Galzin. « Les universités doivent s’adapter pour accueillir plus d’étudiants. La sélection doit être supprimée. Stop au tri social ! », harangue l’étudiante en 5e année de médecine.

    * Manif contre la suppression des APL mardi 15 (18h) devant la préfecture à Montpellier. **Réunions d’info : jeudi 10 (18h) salle J. Moulin (Paul-Valéry), vendredi 11 (18h) bâtiment 2 fac de droit.

  • À Marseille, plus de service du soir au resto universitaire Galinat

    À Marseille, plus de service du soir au resto universitaire Galinat

    « Les moyens que nous pouvions mettre sur ce dispositif étaient fragiles », reconnaît le directeur général du Crous Aix-Marseille-Avignon, Marc Bruant. En cette période de rentrée, c’est par hasard que les étudiants marseillais ont découvert que le restaurant universitaire Galinat fermait désormais ses portes en soirée, un an et demi après la mise en place de ces services, le 2 décembre 2024. De quoi susciter l’indignation d’une partie des étudiants concernés.

    « Cette décision honteuse illustre le mépris latent envers la condition étudiante », réagissent vivement, dans un communiqué commun, Jeunes socialistes, Jeunes écologistes et le syndicat étudiant « Internationale étudiante », en rappelant qu’« en France, 66% des étudiants sautent des repas chaque semaine ». Même réaction, pour l’Union étudiante qui y voit « le résultat de neuf ans de macronisme et de sous financement du Crous ». « Sous prétexte de renforcer les autres restaurants universitaires le soir, la direction du Crous prive des milliers d’étudiants de repas à 1 euro », déplore le syndicat étudiant.

    « Les moyens que nous pouvions mettre sur ce dispositif étaient fragiles et faisaient peser sur les équipes en place un poids particulier, nous n’avions pas assez de personnel », justifie le directeur général du Crous. L’inquiétude était d’autant plus forte avec la généralisation du repas à 1 euro : « Une fréquentation supplémentaire n’était pas gérable sur ce site », reconnaît Marc Bruant. Le choix a donc été fait de déployer les équipes du RU Galinat sur le site de Canebière, à vingt minutes de là, déjà ouvert en soirée, « permettant d’accueillir largement plus que les deux restaurants », promet-il. En concédant : « Nous avons sans doute manqué de qualité dans la communication. »

  • Un chantier solidaire pour lancer l’année de l’école de commerce à Aix

    Un chantier solidaire pour lancer l’année de l’école de commerce à Aix

    Les premiers jours en école de commerce ne se sont pas déroulés dans les amphithéâtres, mais dans le bruit des scies. Depuis lundi, les premières années de l’ESSCA (école supérieure des sciences commerciales) se relaient sur un chantier solidaire mené sur les pelouses de l’Institut des Parons, établissement médico-social spécialisé dans l’accueil de personnes en situation de handicap.

    Dossards floqués aux couleurs de l’école sur le dos, ils sont une trentaine à manier scies et ponceuses, à s’essayer à la découpe et à l’assemblage de planches de bois. D’ici la fin de la semaine, tout un mobilier extérieur doit être installé dans l’un des espaces verts de l’institut afin de compléter le nouveau pôle autisme, qui accueille une quarantaine de personnes.

    Provoquer le « déclic »

    Sur le vaste site de l’institut, plusieurs aménagements ont déjà été construits par des étudiants. Voilà six ans que l’ESSCA fait appel à l’entreprise britannique Splash Projects pour impliquer ses premières années dans un chantier solidaire en guise de séminaire d’intégration. « Les communautés, les associations avec lesquels nous travaillons décident ce dont elles ont besoin (…). Nos designers dessinent, puis le projet est mené par nos clients, explique Meg, de Splash. On crée des passerelles ! »

    Côté direction, l’initiative permet d’implanter, dès les premiers jours de cursus, les « valeurs de l’ESSCA », juge Claire Bourgeois, directrice du campus aixois. Cette année, ils sont une centaine d’étudiants à participer au projet et à se relayer. Le chantier, débuté lundi, a été bouclé et inauguré ce vendredi 4 septembre. « Surtout, c’est une manière de se rencontrer totalement différente. D’être présents pour aider, pour construire puis de voir une inauguration ou les parents des résidents sont là. Ils ont l’occasion de voir que ce qu’ils font est utile », poursuit Claire Bourgeois.

    Emmanuelle Bodu, responsable de l’expérience étudiante, estime « que ce qu’ils font aujourd’hui, c’est découvrir ce qu’est manager en équipe, travailler en s’ouvrant aux autres ». Sur les autres sites de l’école, dont les campus de Malaga et de Budapest, des chantiers similaires se déroulent simultanément. Parmi les étudiants, l’initiative a pu être une surprise. « On ne pensait pas faire des travaux la première semaine. On se sent utiles », estime Jade, entre deux coupes de bois. À ses côtés, Lou trouve que le projet s’inscrit dans l’idée qu’elle se faisait du commerce. « J’ai aussi choisi (ce cursus) pour le côté associatif, on va se retrouver devoir évoluer avec différentes valeurs, qu’elles soient sociales, environnementales. » Pour cette avant-dernière matinée de chantier, plusieurs résidents de l’Institut, les éducateurs, se sont rendus sur le site pour constater l’évolution des travaux. « Ces jeunes sont en devenir et, demain, ce seront peut-être des managers. Cette petite journée, ça peut faire des déclics », estime Thierry Pouplier, directeur de l’Institut des Parons. Globalement, participer à l’inclusion dans le monde du travail.

  • Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    C’est une rentrée qui s’annonce offensive. À l’appel d’une très large intersyndicale, une journée de mobilisation nationale est organisée le 15 septembre pour dénoncer le sous-financement chronique qui tue, lentement mais sûrement, le service public de l’enseignement supérieur et la recherche (ESR).

    C’est le rapport issu des « Assises du financement des universités », publié en juin dernier, qui a mis le feu aux poudres. « Il acte le désengagement de l’État du service public de l’ESR », estime Romain Larive, enseignant-chercheur en biologie à l’Université de Montpellier et membre de la direction du Snesup FSU de l’établissement. « Face au sous-financement chronique de l’État, la seule proposition qui est faite est la diversification, par les établissements, de leurs ressources propres et notamment la multiplication par cinq des frais d’inscription pour tous les étudiants. Ce qui restreindrait l’accès à l’enseignement supérieur aux étudiants issus des classes populaires, sur le modèle anglo-saxon », dénonce le syndicaliste.

    « Depuis la mise en place de l’autonomie des universités par Valérie Pécresse en 2012, on a perdu l’automatisme de la subvention pour charge de service public, qui devrait être proportionnelle au nombre d’étudiants. Lequel ne cesse d’augmenter… », explique l’enseignant-chercheur. Les universités se retrouvent donc à gérer des budgets déficitaires. « Cette année, je crois que plus des trois quarts des universités étaient en déficit, malgré des mesures d’austérité déjà appliquées depuis de nombreuses années », déplore Romain Larive.

    12 000 titulaires et

    100 000 places en licence

    « À l’Université de Montpellier, par exemple, les postes qui doivent être ouverts au concours pour recruter des collègues suite à des départs à la retraite sont gelés pendant un an », illustre-t-il. « Et il y a quelques années, à la faculté des sciences, il y a eu une diminution de 10 % du volume horaire de tous les enseignements. » Des choix contraints qui dégradent les conditions de travail comme d’apprentissage. « C’est un peu comme si on était un corps humain et qu’il fallait choisir de couper un orteil, puis un pied… Sachant qu’il y a toujours plus d’étudiants et toujours moins de moyens, du coup ça s’accentue de plus en plus. » Les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles, eux, « sont jusqu’à trois fois plus financés que ceux qui viennent à la fac », relève le représentant du Snesup FSU. « Il faudrait que toutes les universités soient aussi bien dotées que ces classes préparatoires ». Selon le syndicat, « il manque 8 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur et 8 milliards pour la recherche publique, soit une augmentation d’environ 50% du budget de l’ESR, qui est actuellement d’un peu moins de 30 milliards. Cet argent existe : on peut aller le chercher du côté du crédit impôt recherche versé aux entreprises… »

    Le manque de postes est également un gros sujet de préoccupation : « On fonctionne de plus en plus avec une part d’heures d’enseignement assurées par des collègues qui ne sont pas titulaires. On a une armée de précaires qui assurent entre un tiers et la moitié des enseignements, selon les universités », rapporte Romain Larive. Selon lui, « un plan massif de recrutement de 12 000 titulaires » serait nécessaire. Il faudrait également créer « 100 000 places en première année de licence » pour absorber l’augmentation du nombre d’étudiants dans l’ESR. « On a chiffré à plus de 150 000 le nombre de bacheliers inscrits sur Parcour’sup qui n’ont pas eu d’affectation début juillet », illustre l’enseignant-chercheur. « D’un côté on assèche les universités (sous-financement, sous-recrutement) et de l’autre on met en place une plateforme qui instaure une sélection n’ayant d’autre but que de masquer le manque de places. » Tout en foulant aux pieds le droit de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur après le baccalauréat.

  • [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    La Marseillaise : La plupart des universités sont dans le rouge. Quid de Paul Valéry ?

    Anne Fraïsse : Nous sommes l’une des universités les plus touchées, qui a toujours été en sous-encadrement et sous-détachement. Nos ministères se refusent à remettre en question nos critères de distribution. L’argent public est distribué de façon totalement obscure. Je ne sais pas si c’est du mépris mais il y a toujours eu une évaluation selon laquelle les diplômes de lettres et sciences humaines mais aussi droit, économie/gestion valent moins et donc sont moins financés. Là, sans aide de l’État notre fonds de roulement sera négatif en décembre. On n’a aucune marge de manœuvre et on prendra dans des économies qu’on n’a pas ! Surtout on n’a aucune possibilité de redresser la situation par nous-mêmes. On n’a plus d’investissement et un fonctionnement incompressible : je ne peux pas arrêter l’électricité ni le chauffage. Les seules économies possibles seraient sur la masse salariale mais on est déjà sous-encadrés. Le passage au statut d’Établissement public expérimental (EPE) en 2025 ne nous a pas ramené un sou. L’an passé notre budget s’élevait à 140 millions pour 107 millions de dotation de l’État. Il en manque chaque année une dizaine. L’État ne prend pas en charge la hausse des salaires. C’est le problème de l’autonomie des universités : il se décharge et nous demande de faire le sale travail.

    Les syndicats dénoncent une « cure d’austérité » pour équilibrer les comptes…

    A.F. : Chez nous, on se bat pour qu’il n’y ait pas de licenciement. Des CDD non renouvelés il peut y avoir puisque par définition un CDD a un début et une fin. Pour l’instant j’essaye de boucler un budget en demandant de l’argent à l’État. On est dans un établissement en sous-encadrement (jusqu’à -40% d’enseignants-chercheurs dans certains départements de l’université) et où le nombre d’étudiants continue de monter. On n’a jamais eu autant d’étudiants en Licence Master Doctorat : 22 929 l’an dernier. On a explosé nos capacités d’accueil en Licence 1. On a donc pris plus d’étudiants que nos capacités d’accueil dans les filières en tension. Cette année, on a mis des freins mais on en aura autant. Là, en juillet, on avait déjà 15 500 inscrits. Le premier jour on en a inscrit plus de 1 000 et maintenant 300 par jour. On est déjà au-dessus de l’an dernier.

    Pensez-vous avoir des étudiants sans affectation en Master ?

    A.F. : On en a toujours en psychologie. C’est un problème national grave. On n’arrive pas à en prendre avec 15 de moyenne. C’est de l’ordre de quelques dizaines mais c’est trop et anormal. Dans les autres filières c’est marginal, on arrive à peu près à les caser. Et jusque-là on n’a jamais eu de « sans fac » en Licence 1. Par contre, pour certains, ce n’est pas leur premier vœu. Je déplore qu’avec Parcoursup on nous ait demandé de créer des places en Licence avant de nous retirer les chèques pour les Masters.

    Continuez-vous à proposer des quotas d’exonération sur les frais d’inscription des étudiants étrangers ?

    A.F. : Depuis plusieurs années on appliquait déjà les frais différenciés d’une façon particulière. Tous les étudiants étrangers (environ 20% des étudiants de Paul Valéry) étaient dispensés tant qu’ils réussissaient. Ne payaient que ceux en échec. On ne pouvait pas faire autrement, on dépassait déjà les 10% d’exonération permis. Désormais, on est obligés d’appliquer les droits différenciés tels qu’on nous les impose. Tous les étudiants déjà chez nous restent sur l’ancien système. Pour les entrants, on a une marge de 30%. Mais la fenêtre de tir va se refermer au fil des ans… Pour les étudiants français, rien ne bouge. Les frais sont fixés par l’État, ils payent quelques centaines d’euros. Mais on voit bien avec la conclusion des Assises qu’ils veulent augmenter les frais d’inscription. Je le déplore évidemment.

    C’est parce que l’enseignement supérieur coûte trop cher selon l’État ?

    A.F. : C’est un désengagement des services publics. Ça a commencé avec les hôpitaux, maintenant il s’attaque à l’éducation et l’enseignement supérieur. Ce sont de mauvaises économies. C’est s’attaquer à des choses vitales. Et on s’aperçoit que c’est vital quand c’est mis à mal ou lorsque cela disparaît comme les Postes dans les villages. Quand une école ferme, on se rend compte que c’est un peu le village qui disparaît. Le service public est un peu plus que ce que l’on croit. C’est un supplément d’âme dont on n’a pas envie de se passer. Le service public c’est ce que l’État juge indispensable de ne pas déléguer, en particulier au privé. C’est le fondement de la démocratie, le garant de la cohésion sociale. Quand on abandonne cela, on entre dans une crise de démocratie et on bascule dans des extrêmes avec des solutions peu intéressantes.

    Vous avez écrit à Emmanuel Macron. La conséquence a été une inspection et un rapport de l’IGESR qui a alerté sur les risques psychosociaux et la souffrance au travail à Paul-Valéry. Était-ce la réponse que vous attendiez ?

    A.F. : C’était la réponse que j’étais sûre qu’on me ferait, pas celle que je souhaitais. Une réponse bureaucratique plutôt qu’humaine. Quand on vous explique que chaque fois qu’il y a un accident, un décès, un suicide, il faut faire une enquête administrative… Moi, la première chose à laquelle je pense dans ces cas-là, c’est d’aller à l’enterrement de mes collègues. C’est une vision un peu différente. Depuis que j’ai lancé cette alerte, on a eu 3 morts de titulaires. Cela fait 6 ans que je dis que ces statistiques sont anormales et qu’elles deviennent la norme de mon université. Toutes les préconisations du rapport, on va les faire. Mais qu’on m’explique qu’il faut dédouaner l’État et qu’on ne peut faire aucun lien avec les conditions de travail… Que je vais régler le problème en donnant des fiches de mission à mes directeurs d’UFR, je doute. Même si notre structuration n’est sans doute pas parfaite. La question n’est pas là. Les enquêteurs répondent à la demande du ministère, pas à l’alerte que j’ai lancée.

    Avez-vous des leviers sur la question centrale du logement étudiant ?

    A.F. : Non, on n’a aucun levier de ce type. On ne peut pas conventionner avec des locataires privés. On alerte le Crous qui est l’un de ceux qui ont le plus grand parc. On a pu aussi créer la cité internationale à Boutonnet. Mais c’est insuffisant. Les milieux modestes et ruraux sont désavantagés pour faire des études. Le fossé se creuse. Ce sujet majeur devrait s’inviter dans la campagne présidentielle.

    ET AUSSI

    Partenariat polémique à l’UM

    Du côté de l’Université de Montpellier, le partenariat signé le 11 juin entre l’UM et Total Énergies fait polémique. Dès septembre, le groupe pétrolier doit prendre en charge les coûts pédagogiques et des visites de sites industriels de 80 étudiants du Master Énergie (62h30 de cours par des salariés et retraités de la multinationale).

    Au-delà des pratiques de greenwashing reprochées à Total Énergies, les syndicats enseignants et étudiants dénoncent une « immixtion du secteur privé dans le service public », craignant « un contrôle de fait sur les contenus pédagogiques et l’évaluation des étudiants ». Des actions de blocage avaient été menées suite à l’annonce de l’accord.

    R.C.

  • Les Jeunes communistes solidaires avec les étudiants à Toulon

    Les Jeunes communistes solidaires avec les étudiants à Toulon

    À l’issue de cette initiative, le matériel collecté a été transmis à la Fédération du Var du Secours populaire. « Nous sommes mobilisés pour répondre à l’urgence sociale avec une inflation qui continue d’impacter les prix des fournitures de plus de 2% et de l’alimentation », précisent-ils, en mettant également en avant les 10 000 étudiants de la région toulonnaise qui pâtissent en plus de loyers en forte augmentation et de logements étudiants en trop faible nombre.

  • À Aix, cette résidence mise sur l’égalité des chances et l’entraide

    À Aix, cette résidence mise sur l’égalité des chances et l’entraide

    Dans le hall de la résidence étudiante, un groupe de première année se masse timidement autour des plus expérimentés, étudiants de troisième année ou en master. Arrivés depuis lundi pour certains, ils sont 18 étudiants de première année à intégrer la première Résidence de la réussite du Crous d’Aix-Marseille, sur le site de l’Arc de Meyran.

    Au total, douze unités du même nom sont inaugurées cette année sur le territoire national, emboîtant le pas aux six autres déjà existantes. L’objectif de ces résidences spécifiques est de faciliter l’intégration dans l’enseignement supérieur des étudiants de première année, en particulier des boursiers, des jeunes en situation sociale précaire ou issus de quartiers prioritaires, de zones rurales ou encore des Outre-mer.

    L’ambition est claire : lutter contre l’isolement, un phénomène bien connu dans le monde étudiant. Le tout, via l’accompagnement d’un tuteur, étudiant plus âgé et volontaire pour guider les premières années dès leur arrivée et l’animation d’une coordinatrice de la Résidence de la réussite. À Aix, le schéma d’un tuteur pour deux élèves semble de mise. Huit tuteurs se sont pour le moment portés volontaires. « Les étudiants, particulièrement les étudiants de première année, lorsqu’ils arrivent dans leur nouvelle vie, loin de leurs parents, il y a un choc, une transition difficile à vivre en fonction de la distance des familles. Nous avons des étudiants internationaux, ultramarins… C’est important qu’il existe pour eux, dans leur résidence, une vie sociale la plus riche et la plus accompagnante possible, contextualise Bénédicte Durand, présidente du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous), présente pour l’inauguration. Les résidences de la réussite assument une part d’accompagnement académique (…), mais elle assume surtout un collectif de solidarité. »

    Une dans chaque académie

    Inès-Lou est l’une des bénéficiaires du dispositif. L’étudiante, qui entame une double licence en droit et en lettres, a découvert cette unité en surfant sur le site du Crous. « être entourée est un grand privilège et permet de ne pas être trop jeté dans l’océan et avoir des repères », estime Inès-Lou. Manoë, qui entame une licence en psychologie, à lui entendu parler de la Résidence via son enseignante de lycée. « J’ai bien aimé le projet de tuteur, tutoré, quand on arrive en L1, on a souvent peur d’être seul », estime l’étudiant. D’ici 2028, le Cnous vise une résidence par académie.

  • À Montpellier, des étudiants « de plus en plus désemparés » pour trouver un toit

    À Montpellier, des étudiants « de plus en plus désemparés » pour trouver un toit

    Tous les ans, c’est le même casse-tête pour des jeunes de plus en plus précarisés : trouver un toit à se mettre sur la tête dans une ville, Montpellier, où quelque 80 000 étudiants prennent leurs quartiers. Malgré des semaines de recherches, ils sont nombreux toujours sans solution à l’approche de l’échéance. Les agences immobilières croulent sous les demandes et les budgets dont disposent les jeunes sont souvent bien maigres au regard des loyers pratiqués dans le parc locatif privé, par ailleurs saturé. Le public quant à lui, via les résidences universitaires du Crous, n’est en mesure d’accueillir que 10% des étudiants montpelliérains.

    Selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant Unef publiée le 17 août, « le coût de la vie étudiante en 2026 a augmenté
    de 1,66% sur un an et de plus
    de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017
     ». Une augmentation due notamment, selon le syndicat, « à la hausse du prix des loyers : 627,11 euros en moyenne par mois dans le privé, soit +2,87% sur un an et +1,04% à 426,36 euros pour une résidence du Crous ». Le loyer représente ainsi une part énorme dans le budget de ces jeunes, dont beaucoup peinent, avec ce qui leur reste, à se nourrir. « Un sur deux ne mange pas à sa faim et un tiers déclarent avoir déjà sauté des repas faute de moyens », assure le Scum (Syndicat de
    combat universitaire de Montpellier), qui distribue environ 15 000 colis alimentaires aux étudiants précaires chaque année.

    « Ça remet en question leur projet d’études »

    Dans ce contexte particulièrement tendu, certains se tournent vers des associations susceptibles de les aider dans leurs recherches, comme Habitat jeunes Montpellier qui propose des solutions d’hébergement, de restauration et d’accompagnement pour les jeunes de 16 à 29 ans. « Nous avons 9 résidences à Montpellier et Pérols, qui représentent 350 logements au total », indique le directeur de la structure, Frédéric Adell. « Nous y logeons des jeunes qui ont trouvé leur premier emploi, des alternants, des apprentis, des jeunes en parcours d’insertion professionnelle ainsi que des étudiants. » Outre ces résidences Habitat Jeunes proposant de l’hébergement direct, la Boutique logement jeunes (BLJ)* dispense une aide à la recherche de logement. « On est en première ligne pour accueillir les jeunes de moins de 30 ans à la recherche de logement. Et effectivement, depuis le mois de juin, on voit beaucoup plus d’étudiants affluer, comme chaque année. Mais chaque année, on les voit de plus en plus désemparés, parfois jusqu’à pleurer », rapporte Alexandra Schild, responsable de la BLJ. « Dans un premier temps ils essaient de répondre à des offres sur internet, ils se rendent dans des agences immobilières, mais le parc privé est saturé. Donc ils essuient des refus : soit ils ne sont pas recontactés, soit ils cumulent les visites et ne sont jamais retenus. Surtout les jeunes qui n’ont pas des garants avec des conditions de ressources importantes. Ils se retrouvent alors dans des situations de désespoir, car ça remet en question leur projet d’études. Ils viennent de loin pour quelques jours dans l’espoir de trouver un appartement, et ils se rendent compte que c’est plus compliqué que prévu. »

    Selon la responsable de la BLJ, sur Montpellier, « le loyer d’un appartement de type studio se situe entre 500 et 550 euros. Et malgré le fait que nous soyons soumis à l’encadrement des loyers, certains propriétaires ne jouent pas le jeu », déplore-t-elle. « Il y a également des résidences privées avec services qui proposent des loyers de 600 à 750 euros, complètement inaccessibles pour certains jeunes », ajoute le directeur.

    Les étudiants qui se rendent à la BLJ se voient proposer d’assister à une réunion d’information** où leur sont présentés les dispositifs existants. « Car au-delà du privé, il y a des résidences temporaires, il y a le logement social, il y a des résidences étudiantes en dehors du Crous… L’idée, c’est de leur donner le maximum d’informations ainsi que des astuces pour éviter les arnaques, qui pullulent à cette époque. Une fois qu’ils ont assisté à cette réunion collective, ils peuvent participer à des ateliers numériques***, où on va les aider à monter des dossiers », explique Alexandra Schild. Une aide précieuse pour un public qui, souvent, cherche un logement pour la première fois. « Ils n’ont pas nécessairement les codes de la recherche et font face à une urgence. »

    * 3 bis rue de la Vieille, près des Halles Castellane, en centre-ville.

    **Les vendredis à 17h et un samedi sur deux à 10h.

    *** Les après-midi de 14h à 18h. Le tout sans rendez-vous.