Tag: Espagne

  • Leçons espagnoles

    Leçons espagnoles

    Parmi les nombreuses questions que soulèvent le dérèglement climatique figure la question du travail, comme on a encore pu le voir cet été, en France. La raison pour laquelle le ministre du Travail Farandou était en déplacement en Espagne, pour voir comment ce pays, confronté depuis longtemps à des températures élevées, fait pour continuer à produire. Car c’est bien la question centrale qui l’anime comme elle obnubile les décideurs économiques.
    « L’Espagne sait fonctionner en dépit de températures élevées, donc la réponse n’est pas de tout arrêter, mais de s’adapter », a ainsi conclu le ministre du Travail au terme de son « voyage d’étude ». Sans jouer les décroissants ou nier l’importance de la production, la priorité doit pourtant être sur la santé des travailleurs.

    Importance des syndicats

    D’où l’importance des syndicats. Car ce que montre aussi l’exemple espagnol, c’est que sans rapport de force, les entreprises peuvent rechigner à appliquer les lois. Pour triste preuve, les 264 morts au travail encore recensés, lors de l’été 2025, dans la région de Castilla-La Mancha, malgré une législation à la pointe et dont le gouvernement français est venu s’inspirer. Autre leçon hispanique : les syndicats doivent pouvoir s’appuyer sur des contrôles pour faire vérifier que les lois sont appliquées.

    Ce qui rappelle le caractère essentiel des agents publics. Une option sur laquelle les libéraux ne cessent de rogner et que le gouvernement Lecornu entend bien poursuivre avec sa cure d’austérité annoncée. Une option mortifère que les progressistes doivent parvenir à renverser.

  • Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    La crise migratoire de Ceuta, marquée par l’arrivée fin juillet de 72 000 migrants (plus de 60 000 sont repartis), au-delà des aspects purement humanitaires, provoque d’importants remous politiques à quelques mois des élections générales qui, sauf scrutin anticipé, auront lieu à l’été 2027, précédé en mai par les élections municipales et autonomiques.

    C’est dire que le calendrier incite droite et extrême droite à faire monter la pression, aidées par cette crise à Ceuta qui permet au Parti Populaire (PP) et à VOX de harceler quotidiennement Pedro Sanchez et son gouvernement, dont la gestion de la crise et les prises de décision ont mis du temps à être actées. Il faut ajouter à cela la confirmation de la possible implication des autorités marocaines. Déjà, au moment du passage à Ceuta de milliers de personnes, de nombreux observateurs pointaient certaines complicités de la part de la police marocaine, plusieurs vidéos semblant montrer une aide logistique apportée aux migrants.

    Mercredi, un rapport de police a fuité dans la presse. Celui-ci indique clairement « la permissivité » des forces de l’ordre marocaines les 30 et 31 juillet. Devant les députés jeudi dernier, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, maintient n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc. « Aucun service, ni aucun organisme international, n’a remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré l’afflux de migrants », a déclaré Pedro Sanchez devant les députés, précisant : « Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige. » Ajoutant qu’« aucun rapport préalable n’avait anticipé l’ampleur ou la possibilité de ce qui s’est déroulé fin juillet à Ceuta ».

    Pas de « conflit »

    Pedro Sanchez qui cherche à éviter toute confrontation avec Rabat, a expliqué ainsi sa position : « Nous n’avons pas la moindre intention de déclencher, dans un monde déjà particulièrement instable, un conflit diplomatique avec un pays voisin sans disposer de données solides pour le faire. » Rappelons que le Maroc revendique sa souveraineté sur les deux enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, souveraineté non formulée auprès de l’ONU. Les derniers événements à Ceuta ne sont pas étrangers à la volonté du Maroc de faire pression pour régler la question du Sahara occidental en sa faveur, dont une partie est déjà contrôlée par le Maroc et revendiquée par ailleurs par le Front Polisario.

    À ce contexte tendu entre l’Espagne et le Maroc s’ajoute le contexte intérieur consécutif à cette crise, avec les nombreuses manifestations en soutien à Ceuta qui ont eu lieu la semaine dernière. Lesquelles ont largement été récupérées politiquement par le PP et VOX avec des slogans racistes et xénophobes. Dans le même temps, d’autres manifestations, à l’appel d’organisations, collectifs et partis de gauche, se sont déroulées affirmant la solidarité envers Ceuta et les migrants.

    À ce jour, quelque 5 000 migrants sont toujours présents à Ceuta, selon le gouvernement, 10 000 selon les autorités locales. Au-delà des mesures financières prises en Conseil des ministres (plus de 300 millions d’euros débloqués), le gouvernement a décidé, par décret, de prendre le contrôle du port de Ceuta pour installer d’immenses tentes, sur 16 000 m² de sol portuaire, qui permettront d’héberger une bonne partie des migrants. Le ministre chargé des Territoires a affirmé samedi que « le gouvernement cherche une sortie et veut trouver les solutions humanitaires, en dernier ressort, la loi s’appliquera ». Autrement dit, il sera procédé à des expulsions.

  • En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    Entre le 30 et le 31 juillet, il y a juste un mois, 72 000 personnes passaient la frontière qui sépare le Maroc et la ville autonome espagnole de Ceuta. Ils l’ont fait à pied ou en nageant, s’aidant de bouées et embarcations de fortune. Cette incursion massive, qui semble avoir été largement favorisée par les autorités marocaines, sur ce territoire espagnol situé en Afrique du Nord s’est soldée par 145 morts, selon les informations données par le collectif Caminando Fronteras qui défend les droits des migrants. La majorité était de jeunes mineurs et des familles entières complètement démunies. Dans les jours qui ont suivi, environ soixante mille sont retournés au Maroc. Un mois plus tard, des milliers sont toujours présents et sans-abri, ne subsistant que grâce à l’aide humanitaire et la solidarité d’une partie des habitants.

    5 000 migrants encore présents

    C’est sur la plage de El Trampolin que se situe la plus grosse concentration de migrants. Les Ceutiens exaspérés par cette situation qui s’éternise, critiquent la lenteur du gouvernement. La situation dépasse Ceuta et a pris une dimension politique nationale avec des charges indécentes et des discours xénophobes et racistes à l’encontre des migrants de la part de la droite et l’extrême droite.

    Il y a quelques jours, c’est l’ancien chef du gouvernement José María Aznar, du Parti populaire, qui est venu à Ceuta jeter de l’huile sur le feu au moment où la tension entre habitants était de plus en plus forte. 9 000 policiers et militaires sont déployés pour le maintien de l’ordre. Environ 5 000 migrants sont encore présents. Jeudi, des heurts ont eu lieu près de la plage de El Trampolin, la police a fait usage de gaz lacrymogènes. Des heurts, mais aussi des actes à caractère fasciste, des membres de l’extrême droite prenant une part active et allant jusqu’à brûler les abris de fortune et les effets des migrants rappelant les pogroms nazis de sinistre mémoire. Une haine attisée par les dirigeants du Parti Populaire comme Alberti Feijoo. Des violences commises en marge d’une manifestation anti gouvernementale. Quelques minutes plus tôt, ce même groupe avait essayé d’empêcher les volontaires de la Croix Rouge de distribuer des vivres.

    Le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska a d’ailleurs appelé « au calme et à la cessation de toute forme de violence, car (…) la violence n’est pas la solution pour résoudre un problème aussi complexe », a-t-il lancé vendredi.

    Jeudi, s’est réunie en présence de Sira Rego, ministre communiste chargée de la jeunesse et de l’enfance, une conférence sectorielle de l’enfance au cours de laquelle a été validée une enveloppe de 25 millions d’euros financée en commun par le gouvernement et les communautés autonomes à l’exception de celles dont l’exécutif est composé de membres du parti d’extrême droite VOX et qui ont refusé de participer (Estrémadure, Castilla Leon, Aragon, Murcia). Une enveloppe sollicitée par le ministère de la Jeunesse dès le 31 juillet, mais non validée à l’époque, le gouvernement ne disposant pas d’un décompte du nombre de mineurs présents à Ceuta. On estime aujourd’hui à 700 le nombre de jeunes filles mineures sur le territoire de Ceuta, 16 agressions sexuelles ont été dénombrées.

    Par ailleurs, ce mardi, le conseil des ministres se réunira pour approuver notamment un plan d’urgence en débloquant 165 millions d’euros, pour revitaliser l’économie locale et renforcer et améliorer les services publics, qui viendront s’ajouter aux 180 millions qui seront débloqués à moyen terme et promis par le vice-président du gouvernement Carlos Puerto lors de sa visite à Ceuta.

    Le gouvernement met les bouchées doubles, afin de régler en urgence les questions humanitaires, sociales, économiques et politiques. Ce conseil des ministres de demain sera largement consacré à la situation de Ceuta, ville et communauté autonome de 80 000 habitants.

    « La violence n’est pas une solution pour résoudre un problème aussi complexe »

  • [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    Par Eloy Martinez Monegal

    Ce 11 septembre, la Catalogne va se parer des couleurs sang et or de son drapeau « la senyera », les rues et les places des villes et villages vont s’emplir de monde, de sardanes, de castellers. La fête nationale de Catalogne, célébrée toujours à cette date, est appelée en catalan « la Diada ».

    La Generalitat de Catalogne, depuis 2024, dont le président est Salvador Illa, un proche du chef de gouvernement Pedro Sanchez, est dirigée par le Parti Socialiste Catalan, succédant au précédent exécutif indépendantiste, aura pour la deuxième année de sa gouvernance, la tâche d’organiser les activités institutionnelles de cette « Diada » 2026.

    Cette journée, à laquelle est fortement attaché le peuple catalan dans son ensemble, est depuis quelques années récupérée par les indépendantistes de droite et extrême droite, tels Carles Puigdemont de Junts, et Silvia Orriols la maire de Ripoll et leader du mouvement Alliança Catalana (AC) connu comme parti raciste et xénophobe, l’équivalent de Vox au niveau de la Catalogne.

    Il convient de rappeler l’origine historique de cette journée : c’est en 1886 qu’il est décidé de faire du 11 septembre, le jour de la commémoration de la chute de Barcelone en 1714, au terme de la guerre de succession d’Espagne. À l’époque Philippe V fut intronisé roi d’Espagne. Les Catalans s’étaient soulevés contre lui. Philippe V décide alors d’assiéger Barcelone. Les Catalans finiront par se rendre le 11 septembre 1714. Aussitôt Philippe V fera abolir les institutions et interdire la langue catalane.

    Cette journée de fête n’est pas la célébration d’une victoire, mais plutôt de la résistance du peuple catalan qui s’est battu pour défendre sa culture et ses valeurs. C’est aussi le jour, où s’expriment les revendications de plus d’autonomie et d’indépendance. Cette journée avait été interdite sous la dictature de Primo de Rivera, puis rétablie avec la République en 1931, en 1932 le Statut de Núria fut approuvé, accordant pour la première fois une autonomie à la Catalogne. En 1934, Lluís Companys proclama « l’État catalan de la République fédérale espagnole », ce qui entraîna son arrestation et la suspension de l’autonomie.

    Sous Franco, la journée fut de nouveau interdite. Rétablie après la mort du dictateur, en 1980 elle devient officiellement la « Diada » : la journée nationale de la Catalogne. Au vu de cette histoire on comprend, le fort attachement des Catalans à la « Diada ». Salvador Illa, le président socialiste de la Generalitat revendique à cette occasion « une nation catalane » et affirme que « cette fête appartient à tous les Catalans ».

    Les communistes du PSUC considèrent qu’il faut continuer « à poser à l’occasion de cette journée un discours de classe, clair et sans complexe, défendre les politiques sociales et les services publics, avec comme colonne vertébrale une Catalogne dans une Espagne fédérale, républicaine et solidaire ».

    Pour sa part, l’Assemblée nationale catalane (ANC) entité rassemblant les indépendantistes qui souhaitent créer un État catalan, ont prévu cette année de manifester avec des tee-shirts où il est inscrit « Hi soc », « Hi som Independencia ! » c’est-à-dire « j’y suis », « nous y sommes indépendance ! »

    Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) participera aux différentes manifestations comme le feront tous les Catalans disent-ils « nous irons à la manifestation pour défendre le meilleur de la Catalogne qui est une nation qui défend la liberté, la démocratie et la convivialité… ».

    Le 11 septembre, le peuple catalan sera donc rassemblé pour célébrer sa culture, son identité et ses valeurs, malgré des visions souvent radicalement opposées sur l’avenir de la Catalogne.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • Tour d’Espagne : Tadej Pogacar abandonne

    Tour d’Espagne : Tadej Pogacar abandonne

    Stupeur dans le peloton de la Vuelta. A 33 kilomètres de l‘arrivée de la huitième étape, entre Puçol et Xeraco, Tadej Pogacar a lourdement chuté dans la montée du col de Brax. Le Slovène, porteur du maillot rouge de leader, vainqueur du dernier Tour de France et qui comptait près de quatre minutes d’avance sur son dauphin, l’Espagnol Enric Mas, a tenté de remonté sur son vélo. Mais son épaule gauche en sang ne lui a pas permis de poursuivre la course. Il a dû se résoudre à monter dans une ambulance, direction l’hôpital.

  • [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    S’ensuit le roman autobiographique dont il est question dans cet article. Traduit et préfacé par Léa Gauthier, le roman est considéré, depuis sa publication en 1938, comme l’un des plus importants reportages sur la guerre civile espagnole, mais aussi comme un moment crucial pour celui qui ne cessera jamais de dénoncer, ouvertement ou métaphoriquement, les totalitarismes, la division de classe, les trahisons, le cynisme politique, le contrôle de la pensée, la falsification de l’Histoire.

    Payot, 7,90 euros.

  • OM : Nayef Aguerd dit non à la Real Sociedad

    OM : Nayef Aguerd dit non à la Real Sociedad

    Il y a eu le précédent Pierre-Emile Höjbjerg. Le Danois a refusé de partir à Newcastle, alors que l’OM et les «Magpies» étaient d’accord. Il y a désormais le cas Nayef Aguerd. Avec pour le Marocain un élément supplémentaire, puisqu’il a fait le voyage au Pays Basque, il a rencontré les dirigeants de la Real Sociedad et a passé la visite médicale préalable à toute signature de contrat, jeudi après-midi. Pour finalement dire non.

    L’OM comptait le prêter, avec une option d’achat obligatoire dans la foulée. Ce qui aurait permis de faire entrer autour de 20 millions, en deux temps, d’euros dans les caisses du club.

    Comme pour Pierre-Emile Höjbjerg, c’est un retour à la case départ pour ce dossier.

  • L’Atlético de Madrid pour finir la préparation de l’OM

    L’Atlético de Madrid pour finir la préparation de l’OM

    Après l’Athletic Bilbao, l’OM enchaîne sur un dernier match de préparation.

    Cette fois, c’est l’Atlético de Madrid qui va s’opposer aux hommes de Bruno Genesio. Un duel qui rappellera la dernière finale européenne jouée, et perdue par les Marseillais, face aux Colchoneros. Dans le fief de Lyon, le 16 mai 2018, alors entraînés par Rudi Garcia, ils avaient été balayés par la bande à Antoine Griezmann (0 – 3).

    Depuis, les Madrilènes ont su rester au sommet, aussi bien dans leur championnat qu’en Europe. Et si Antoine Griezmann n’est plus là, d’autres Français ont pris le relais. Notamment Robin Le Normand, qui a opté pour la nationalité espagnole afin de jouer pour la Roja.

    Ce match sera l’occasion pour Bruno Genesio d’effectuer une dernière revue d’effectif. À une semaine de la réception de Strasbourg, en ouverture de la Ligue 1 le vendredi 21 août (20h45), l’entraîneur phocéen pourra faire passer un test important à son groupe. « Nous allons affronter une des meilleures équipes européennes, avec à sa tête un des meilleurs entraîneurs du monde » prévient-il.

    Contrairement à ses prédécesseurs sur le banc olympien, Diego Simeone a eu le temps de travailler et mettre en place un schéma jeu sur le long terme. L’Argentin est en poste depuis 2011. De quoi faire rêver la plupart des stratèges de Ligue 1.

    Pas le onze type

    L’OM abordera ce dernier match de préparation en étant rassuré sportivement. La dernière prestation, face à l’Athletic Bilbao, a montré un groupe solide et appliqué. Un groupe qui a visiblement compris les attentes de Bruno Genesio. Mais un groupe qui pourrait encore changer de visage, car le mercato est toujours ouvert et que des changements sont encore en préparation.

    C’est pourquoi, le onze qui débutera ce vendredi en fin d’après-midi, n’est pas à considérer comme étant le onze titulaire dans la tête de Bruno Genesio. Il pourrait l’être, si d’ici le 21 août, personne ne devait partir. Avec néanmoins la certitude que Quinten Timber ne prendra pas part au duel contre les Alsaciens.

    Le Néerlandais purgera un match de suspension, reliquat de la saison dernière. Tout comme le Virage sud sera partiellement fermé. Quant au remplissage du Vélodrome pour la réception de l’Atlético de Madrid, là encore, l’OM sera loin du match à guichets fermés. Une billetterie sera opérationnelle vendredi. En prime, des tarifs promotionnels seront proposés pour les retardataires.

    OM – Atlético

    Vendredi 14 août, stade Vélodrome 17h30.

    OM : de Lange – Weah, Balerdi, Cornelius, Emerson – Højbjerg, Gomes, Timber – Harit, Gouiri, Paixão.

    Atlético : Oblak – Domínguez, Le Normand, Hancko, Martínez – Vargas, Koke, Hjulmand – Mendoza, Martín, Lookman.

  • [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    La Marseillaise : Comment fonctionne le phénomène des éclipses ?

    Guillaume Hébrard : Il y a deux types d’éclipses : les éclipses de Soleil et les éclipses de Lune. Par une coïncidence extraordinaire, la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil et est également 400 fois plus proche. Donc, dans le ciel, le Soleil et la Lune ont des tailles apparentes. Les éclipses de Soleil sont les plus impressionnantes. Elles se produisent quand la Lune passe exactement entre le Soleil et la Terre et masque alors le Soleil du point de vue de la Terre. C’est ce qui va se passer ce 12 août. Une éclipse de Lune se produit quand la Terre se trouve pile entre la Lune et le Soleil, l’ombre de la Terre se projette alors sur la Lune. Les éclipses de Soleil et de Lune se produisent à peu près au même moment : après l’éclipse de Soleil le 12 août, on aura une éclipse de Lune le 28 août au matin, entre 4h30 et 7h.

    L’éclipse solaire du 12 août est présentée comme la plus marquante depuis 1999. Qu’est-ce qui la rend si particulière ?

    G.H. : Les éclipses de Lune sont observables depuis beaucoup de régions sur Terre, tandis que les éclipses de Soleil ne sont observables que sur un endroit restreint, parce que l’ombre projetée de la Lune sur la Terre est seulement de quelques centaines de kilomètres. Ainsi, à un endroit donné sur Terre, ce genre d’éclipse est rare. L’éclipse du 12 août ne sera totale que dans quelques régions : au Groenland, en Islande et en Espagne. Des éclipses de Lune et de Soleil, il y en a tous les six mois, mais en France métropolitaine précisément, la dernière éclipse totale était en 1999 et la prochaine sera en 2081.

    Comment observer l’éclipse de ce mercredi soir ?

    G.H. : Personnellement, j’irais l’observer en Espagne. L’éclipse du 12 août en Provence ne sera pas totale mais, avec 96% du Soleil masqué, ça restera très impressionnant. Le Soleil se couchera encore partiellement éclipsé, donc pour l’observer, il faut que le ciel soit dégagé au niveau de l’horizon ouest. Observer l’éclipse directement à l’œil nu, c’est très dangereux. Le Soleil n’est pas plus dangereux pendant une éclipse, mais on est plus tenté de le regarder directement. Pour se protéger les yeux, il existe des lunettes d’éclipses, on en trouve un peu partout, pour un ou deux euros.

    Les éclipses ont-elles, aujourd’hui encore, un intérêt scientifique important ?

    G.H. : Les éclipses ont beaucoup été utilisées dans le passé pour mesurer les distances dans le Système solaire. Maintenant, elles sont moins importantes en termes de recherche mais il reste plein d’intérêts scientifiques. Notamment l’étude de l’environnement très proche du Soleil : la chromosphère. On l’a découverte pendant les éclipses, et on ne pouvait l’observer que pendant celles-ci. Maintenant, on arrive à faire des éclipses artificielles avec un instrument inventé par l’astronome français Bernard Lyot, il y a un siècle : un coronographe. Ça consiste à mettre un disque dans le télescope, juste devant la position du Soleil. Par ailleurs, avec l’Observatoire de Haute-Provence, pendant une éclipse de Lune, on a observé la lumière du Soleil qui se réfléchissait sur la Lune après qu’elle ait traversé l’atmosphère de la Terre. Cela nous a permis d’étudier l’atmosphère de la Terre. Ça sert dans mon domaine d’étude, où on utilise la même méthode pour étudier l’atmosphère des planètes extrasolaires, mais avec une étoile différente du Soleil.

    Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans le phénomène des éclipses ?

    G.H. : C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour. Une éclipse, c’est un phénomène astronomique mais aussi historique et sociétal : ça me plaît beaucoup que des millions de personnes partagent, au même moment, un phénomène naturel et astronomique qui est si beau. Aussi, les éclipses ont longtemps effrayé avant d’être comprises. Alors, je trouve qu’elles illustrent bien la démarche scientifique, qui est de comprendre la nature qui nous entoure. Qu’elle n’est pas régie par le hasard mais possède des lois physiques et naturelles qui nous sont accessibles.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard de Castro

  • Les escapades personnelles d’un philosophe espagnol

    Les escapades personnelles d’un philosophe espagnol

    Ne vous attendez pas à ce que nous entrions dans la tête d’un philosophe, qui plus est dans celle de l’un des plus grands penseurs du XXe siècle… nous en serions incapable. Ne vous en faites pas, le préfacier de Tableaux des petites et grandes choses de l’existence (traduit par Valeria Dos Santos) est là pour y entrer à notre place. Normal, lorsqu’on s’appelle Frédéric Schiffter, que l’on dénonce « le blabla et le chichi » de ses confrères philosophes, et que l’on s’intéresse autant à Schopenhauer qu’à Cioran. C’est d’ailleurs sous sa plume que vous saurez que les dix-sept textes d’Ortega Y Gasset vous invitent à voyager avec ce dernier en Espagne, en France, à vous arrêter devant un paysage, à visiter une grotte préhistorique, à contempler rêveusement des toiles orgiaques, à songer au visage émerveillé des femmes, et autres occupations qui vous délasseront le corps et l’esprit.

    Voir, vivre, apprendre

    Un admirable choix du détail. Un surprenant don d’évocation. Comme les tableaux des grands peintres, ces textes n’ont pas pris une ride. Si certains lecteurs le pensent, alors il leur faudra avouer qu’ils ont vieilli magnifiquement. En conclusion, chez Ortega, l’homme qui a vu, vécu, et appris, et l’écrivain qui sait déshabiller ses phrases de tout lyrisme et les saupoudrer parfois d’une pointe d’humour sont d’accord. Si nous devions ne retenir qu’un seul passage, ce serait : « On attendait tout de la raison. Or, aujourd’hui, nous commençons à constater que cela est faux, que dans un sens concret et rigoureux, les choses cérébrales ont leurs racines dans le cœur. »… À vous de choisir le vôtre. Il y a de quoi établir un répertoire de citations. Après avoir lu ce livre, il est fort à parier que vous ouvrirez la porte d’une librairie pour acheter ses œuvres. Si c’est le cas, nous vous conseillons : Méditations sur Don Quichotte, et La révolte des masses.

    Séguier,
    21,50 euros