Tag: Espagne

  • [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    L’extrême droite par la voix du porte-parole de Vox au Parlement catalan, Joan Garriga, estime qu’être espagnol c’est avoir les deux parents espagnols, ce que ne dit pas la loi. Une déclaration qui se situe dans le contexte du débat sur la priorité nationale que veut imposer le parti pro franquiste dans les régions.

    C’est au Parlement de Catalogne que le député d’extrême droite, Joan Garriga, porte-parole de Vox a affirmé récemment « est espagnol celui qui est né de père et mère espagnols ». Le Roi Felipe VI appréciera, lui dont la mère est Sophie de Grèce, elle-même fille de Paul Ier de Grèce et de la princesse Frédérika du Danemark. Plus sérieusement, ces héritiers idéologiques de Franco ne supportent pas la récente décision du gouvernement de régulariser plus de 500 000 étrangers dans des conditions très réglementées. Culturellement, économiquement, humainement l’Espagne a tout à gagner à régulariser les immigrés qui sont exploités par des patrons voyous proches de l’extrême droite. Régulariser ne veut pas dire naturaliser, mais quand bien même, un travailleur qui contribue à la prospérité d’un pays, devrait avoir les mêmes droits qu’un Espagnol « pure souche ». Mais pour ces partis de droite et d‘extrême droite, au service des exploiteurs de main-d’œuvre immigrée, l’étranger n’est bon qu’à permettre d’engendrer du profit et s’il est sans-papiers c’est encore mieux, car plus corvéable à merci comme dans la province de Castellon où un réseau de trafic d’êtres humains a été démantelé par la Guardia Civil courant avril. 70 travailleurs immigrés sans-papiers étaient logés dans des conditions indignes et travaillaient 12 heures par jour sur des exploitations agricoles.

    Pour revenir aux déclarations des députés catalans d’extrême droite, la palme revient à celle d’Alberto Tarradas du même parti que Joan Garriga qui, lui, a fait référence en séance parlementaire, au slogan raciste de supporters, lors du match amical Espagne Égypte : « Qui ne saute pas est musulman. » Ce triste sire de Vox, a ainsi interpellé la députée de Esquerra Republicana Catalana (ERC) Najat Driouech, qui est de confession musulmane au cours d’un débat parlementaire, le député devait ajouter « si vous ne sautez pas ce n’est pas grave, on ne vous déportera pas pour ça, tout au moins pour le moment… ». Pour le moment l’Espagne et son gouvernement de gauche ne sombrent pas dans l’ignominie trumpiste relayée par les sbires de Vox, elle fait preuve d’humanisme et de pragmatisme.

    La nationalité n’exige pas « la pureté du sang ». Si un étranger vient s’installer et répond aux critères légaux, il pourra prendre la nationalité espagnole, comme ça était le cas des parents du jeune et célèbre footballeur du Barça, Lamine Yamal, qui aujourd’hui est espagnol.

    Et puis, rappelons un point d’histoire qui a marqué ce pays. Ces étrangers qui sont venus de 53 pays pour défendre la République, il y a 90 ans, alors qu’elle était agressée par le fascisme, ces femmes et ces hommes des Brigades Internationales qui ont versé leur sang pour la paix, la justice, la liberté, fidèles à ces valeurs universelles, méritaient la nationalité espagnole. Elle fut accordée sous la pression des associations mémorielles, en 1996 par le gouvernement socialiste de l’époque, à 600 brigadistes survivants dont 80 Français. Une décision qui faisait écho 58 ans plus tard au discours d’adieu aux brigades internationales prononcé par Dolorès Ibarruri « la Pasionaria » le 1er décembre 1938 « … Camarades des Brigades Internationales ! (…) Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez ! ». Je ne sais pas vous, mais moi c’est cette Espagne humaine et chaleureuse que j’aime, vivement des lauriers victorieux pour une nouvelle République espagnole.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    Les leaders de plus d’une vingtaine de pays se sont réunis samedi à Barcelone pour un sommet international progressiste, dans le cadre de la quatrième édition de Global Progressive Mobilisation. La veille, s’était tenu une rencontre entre l’Espagne et le Brésil qui consacrait un large accord entre Pedro Sanchez et Lula da Silva. Parmi les autres participants pour la journée du samedi, étaient présents notamment : Claudia Sheinbaum présidente du Mexique, le président de la Colombie Gustavo Petro, Catherine Connolly présidente d’Irlande, Inga Ruginiené première ministre de Lituanie, Lars Klingbeil vice-chancelier d’Allemagne, David Lammy vice-Premier ministre du Royaume-Uni… Pour leur part, Hillary Clinton, Michelle Bachelet, Bernie Sanders et le maire de New York Zhoran Mamdani, ont envoyé des messages de salutations et appellent aussi à la mobilisation progressiste du monde.

    Les représentants de tous les pays ont notamment réclamé que l’ONU joue un rôle plus transcendant, et décidé d’explorer les mécanismes pour améliorer la gouvernance digitale, diagnostiquant que la désinformation passe par les réseaux sociaux. Ils ont également convenu que pour faire face à l’extrémisme, il faut mener un « combat contre les inégalités ». Le diagnostic étant que l’extrême droite prospère quand les pouvoirs publics ne sont pas en capacité d’offrir des solutions aux citoyens.

    Il a d’ailleurs été décidé d’impulser un « agenda pour la justice sociale » qui mette en avant « la cohésion, l’égalité des opportunités, la participation de la jeunesse et l’égalité des genres ». À ce propos, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a estimé que « la démocratie implique la liberté, mais que la liberté reste un mot creux si elle n’est pas accompagnée de justice sociale ».

    Le président du Brésil, Lula da Silva, a dénoncé la dérive belliciste des États-Unis. Adressant un message pour l’ONU, Lula a déclaré : « Accomplissez votre obligation de garantir la paix du monde, et arrêtez la folie de la guerre. La crédibilité de l’ONU doit être restituée (…) l’invasion de l’Irak a été basée sur un mensonge, la destruction de la Lybie a été basée aussi sur un autre mensonge et le génocide de Gaza est commis au nom d’un autre grand mensonge. » Lula a pointé les États-Unis, qui sont « les créateurs de guerres successives, le monde vit une dérive dangereuse (…) défendre la politique internationale aujourd’hui, c’est défendre un multilatéralisme réformé et défendre que le droit prévale sur la force et que la paix prévale sur la guerre ».

    Tout au long de ces deux journées, les leaders de gauche et de centre gauche ont réactivé un pôle d’opposition au monde que dessine Donald Trump, et un contrepoids à ce que Pedro Sanchez appelle l’internationale de la haine. « Le temps de l’intervention de l’ultradroite et de ses valets de la droite est arrivé à son terme, ce sommet est le point d’inflexion pour une alliance qui à partir de maintenant sera orgueilleuse d’exister, une alliance progressiste, pacifiste, écologiste et féministe. »

    Cette rencontre de Barcelone a été aussi l’occasion pour les chefs de gouvernement d’Espagne, du Brésil et du Mexique d’émettre un communiqué commun à l’issue de cette journée de samedi en soutien à Cuba : « Nous exprimons notre énorme préoccupation pour la grave crise humanitaire que traverse le peuple cubain et nous demandons que soient adoptées les mesures nécessaires pour soulager cette situation (…) et que soient évitées les actions qui aggraveraient les conditions de vie de la population, ou celles qui sont contraires au Droit international. »

  • Madrid affirme sa souveraineté et prône la désescalade

    Madrid affirme sa souveraineté et prône la désescalade

    L’Espagne a refusé lundi aux États-Unis, l’utilisation de ses bases militaires situées à Moron de la Frontera (province de Séville) et Rota (province de Cadix) pour les attaques contre l’Iran. Conséquence immédiate, le Pentagone a déplacé vers l’Allemagne une dizaine d’avions-citernes KC-135, dont la mission est la fourniture de carburant en vol aux chasseurs bombardiers. L’Espagne se démarque ainsi nettement des gouvernements Français, du Royaume-Uni et d’Allemagne, qui n’écartent pas la possibilité de lancer des actions défensives proportionnées contre l’Iran.

    Rappelons que le président du gouvernement Pedro Sanchez, dans un discours au Mobile World Congress à Barcelone, avait dès le début de l’attaque des États-Unis et d’Israël en Iran, exprimé sa condamnation, en la qualifiant « d’entorse à la légalité internationale » et en prévenant que « la violence ne pourra amener que plus de violence ».

    Dans son entretien sur TVE lundi, le ministre José Manuel Albares a clairement réitéré la condamnation de la répression du régime iranien contre son peuple : « Nous appuyons les sanctions de l’Union européenne contre Téhéran et la Garde révolutionnaire. Cependant, a réaffirmé le ministre, l’action militaire des Etats Unis et d’Israël se situe en dehors de la Charte des Nations Unies. »

    Le ministre a aussi alerté sur « une escalade militaire aux conséquences imprévisibles » en signalant que des effets étaient déjà visibles avec la paralysation du Détroit d’Ormuz, l’augmentation du prix du pétrole et l’extension du conflit dans la région.

    Cependant, le gouvernement a aussi fait savoir à l’ambassadeur iranien à Madrid qu’il condamnait « toutes les attaques qui se réalisent vers pratiquement tous les pays du Moyen Orient » des critiques ignorées par l’ambassade d’Iran, qui dit reconnaître et respecter la position espagnole conforme au droit international, tout en menaçant de représailles si les bases américaines étaient utilisées.

    La position du gouvernement de gauche est dénoncée avec véhémence et colère par la droite et l’extrême droite espagnole « Maduro, Bildu (indépendantistes basques), Hamas, Houthis, Talibans, et maintenant les ayatollahs ! Tous avec Sánchez et avec le droit international » a déclaré la députée du Parti populaire (PP) Cayetana Sanchez, rejointe avec des propos similaires, par le leader de Vox (extrême droite) Santiago Abascal, qui a assuré que « Pedro Sánchez est le meilleur ami que les ayatollahs ont en Europe et le meilleur ami que Maduro a eu. »

    Mais, loin de ces positions trumpistes de la droite, une des préoccupations majeures du gouvernement, c’est aussi la présence de citoyens espagnols dans les zones de guerre. Le ministre des Affaires extérieures a signalé, que ses efforts vont vers les quelque 30 000 Espagnols qui résident dans les pays du Moyen Orient affectés par l’extension du conflit et la fermeture de l’espace aérien de plusieurs États. La situation est particulièrement délicate pour 154 Espagnols en Iran. Le gouvernement a assuré que dès la réouverture des espaces aériens, il activerait les mécanismes nécessaires pour faciliter le retour en Espagne pour tous ceux qui le désirent.

    Parmi les autres réactions politiques, à noter celle du secrétaire général du PCE, Enrique Santiago qui déclarait lundi « nous demandons la fermeture des bases et qu’elles ne soient pas utilisées pour augmenter l’escalade guerrière, les États Unis et Israël nous emmènent vers la troisième guerre mondiale en bombardant systématiquement et en appliquant la loi de la jungle ».

  • Espagne : vers l’union et la refondation d’une gauche de combat

    Espagne : vers l’union et la refondation d’une gauche de combat

    Les formations de gauche hors PSOE, se sont réunies samedi 21 février à Madrid, pour une conférence de presse ouverte au public, qui a rassemblé 600 personnes. Le mouvement Sumar, Izquierda Unida, Mas Madrid (parti de gauche, écologiste et féministe créé en 2019) et Comuns (parti de gauche catalaniste mais non indépendantiste), entendent réagir à la montée de l’extrême droite et de la droite.

    À noter l’absence de Yolanda Diaz, deuxième vice-présidente du gouvernement et ministre du travail, leader de Sumar. Celle-ci a d’ailleurs annoncé mercredi, qu’elle ne serait pas candidate de Sumar aux prochaines élections générales de 2027, mais qu’elle irait jusqu’au bout de sa mission au gouvernement.

    Une rencontre qui s’est tenue dans un contexte où le gouvernement est fragilisé par des affaires touchant des cadres du PSOE et qui marque le pas sur de nombreuses réformes sociales en chantier.

    La gauche dite radicale, a donc décidé de se rassembler au moment où le gouvernement marque le pas sur les nécessaires réformes sociales et où le PSOE est dans la tourmente, certains de ses cadres étant dans le collimateur de la justice pour des affaires de corruption. Sondages et élections partielles montrent un effritement électoral des forces de gauches. L’heure est à la mobilisation et à l’offensive populaire, une sorte de montée au front, comme le clame le slogan « un paso al frente » sur la banderole largement déployée lors de cette réunion publique.

    Les formations présentes à cette réunion, à laquelle ne participait pas Podemos pourtant invité, sont bien décidées à ne pas laisser passer par pertes et profits les avancées obtenues par la gauche aux prochaines élections générales en 2027, elles entendent aller plus loin, notamment en matière d’égalité, de droits pour les travailleurs, de droits sociaux, de droit au logement à la santé, à l’éducation, développement de la politique culturelle, de lutte contre la montée de l’extrême droite.

    Lara Hernandez, coordinatrice de Sumar a expliqué, en ouverture de la réunion, la nouvelle démarche d’union : « Aujourd’hui c’est le point de départ d’un chemin que nous allons parcourir ensemble, avec Mas Madrid, Movimiento Sumar, Izquierda Unida, Comuns, nous sommes complètement ouverts à toutes les forces politiques et aussi à toutes les forces sociales, à cette Espagne qui se lève tous les jours pour construire un pays plus juste et libre. »

    « La mélancolie à gauche, c’est fini »

    Parmi les intervenants, Antonio Maillo dont l’intervention a été chaleureusement applaudie. Le coordinateur de Izquierda Unida a donné le ton : « J’annonce solennellement que la mélancolie à gauche c’est fini. Commence aujourd’hui une étape de joie, de propositions, d’ambition de gouverner. Cet acte aujourd’hui est un message politique puissant. Nous devons gérer la réalité sans mélancolie, ni nostalgies. Nous avons un projet qui est à la hauteur du moment historique que nous vivons », lance-t-il. Et de poursuivre : « Nous ne pouvons pas tomber dans le piège de communication tendu par l’extrême droite, comme s’ils avaient gagné. Nous devons nous organiser avec intelligence politique. Tous les jours en Espagne des sondages disent inévitable la victoire du PP et de Vox. Nous devons occuper le terrain des idées au quotidien. Il faut appeler au débat intergénérationnel pour gagner la bataille. Le pays a besoin d’une gauche de transformation (…). Nous parlons de l’Union pour faire un pays plus juste. Chers militants de toutes les organisations, n’est-ce pas suffisant pour pouvoir nous retrouver ensemble, nous parler, avoir des complicités émotionnelles, ça c’est la vie en commun ! Ça c’est l’antifascisme face à ceux qui veulent la haine. No pasaran ! No ganaran ! » ,a conclu Antonio Maillo, en reprenant et en actualisant le slogan lancé par La Pasionaria il y a 90 ans, alors que le fascisme prenait d’assaut la République espagnole.

  • Espagne : déclassification des documents du putsch raté de 1981

    Espagne : déclassification des documents du putsch raté de 1981

    « Les démocraties doivent connaître leur passé pour construire un avenir plus libre », a notamment déclaré Pedro Sanchez le chef du gouvernement en annonçant il y a quelques jours la décision de déclassifier les documents jusque-là secrets concernant le putsch raté fomenté par des nostalgiques de Franco.

    Mardi, c’est la porte-parole du gouvernement et ministre de l’Inclusion Elma Saiz, qui a annoncé cette déclassification à l’issue du conseil des ministres « nous déclassifions toute la documentation sur le coup d’État du 23 février 1981 qui a échoué. Ce sont 153 unités documentaires qui seront mises ce mercredi à midi à la disposition des citoyens, des étudiants et des chercheurs sur le site web de La Moncloa ». Elle a assuré qu’il « n’y a plus de risque réel pour la sécurité de l’État après un délai de 45 ans. Nous en terminons ainsi avec une situation atypique dans une démocratie moderne ».

    Que s’est-il passé le 23 février 1981 ? À 18h22, le Lieutenant-Colonel de la Guardia Civil Antonio Tejero fait irruption revolver au poing, pendant une séance du Congrès des députés à Madrid. Il est accompagné de 200 effectifs armés. Les députés sont réunis alors pour l’investiture destinée à proclamer Leopoldo Calvo Sotelo, représentant de l’Union du centre démocratique (UCD) en tant que nouveau président du gouvernement.

    Antonio Tejero tire quelques coups de feu en direction du plafond de l’hémicycle tout en criant aux députés « que personne ne bouge ! Tout le monde assis ! » À la suite de ces détonations et dans la stupeur générale la majorité des députés se jette au sol. Seules, trois personnalités restent en place sur leur siège : le président sortant de l’exécutif Adolfo Suarez, le premier vice-président ministre de la Défense Manuel Gutierrez Mellado, et le secrétaire général du parti communiste d’Espagne Santiago Carillo. Le siège du Parlement va durer près de 18 heures. Pendant ce temps l’armée sort de certaines casernes notamment à Valencia.

    Le complot s’était tramé entre Antonio Tejero, le général de division Alfonso Armada el le Lieutenant Général Jaime Milans Del Bosch. Tous décédés depuis.

    Dans la nuit du 23 au 24 février, le Roi Juan Carlos était intervenu pour stopper le processus de coup d’État en multipliant des appels téléphoniques restés secrets jusqu’à présent. Depuis, des doutes sont émis sur le vrai rôle du Roi. Cette situation devait finalement permettre au monarque de s’affirmer comme garant de la démocratie et de freiner les avancées qui s’accomplissaient en matière d’investigation sur les crimes du franquisme.

    Un pas sur le chemin pour la vérité

    Une piqûre de rappel des franquistes, encore en place dans les rouages de l’État et de l’armée, à tous ceux qui voudraient aller trop loin dans le combat contre l’impunité des crimes du dictateur. Cette déclassification qui prend effet ce mercredi 25 février, va permettre de mettre au jour de nouveaux éléments sur cette journée qui a marqué l’Espagne de l’après franquisme. Des éléments révélés aux citoyens dont le Roi Emérite se passerait bien, lui qui déclarait il y a une dizaine d’années « on sait tout sur cette affaire et ce qui ne se sait pas ils l’inventent ».

    L’historien Julian Casanova, admet que des éléments nouveaux vont aider à mieux comprendre le déroulement de ce coup d’État, mais, dit-il, « nous sommes face à une histoire occulte, nous en savons déjà beaucoup sur le 23 février, mais je sais qui étaient les gardiens de l’Histoire dans l’Espagne de 1981, ils étaient peu enclins à la démocratie. La déclassification ne va pas arriver dans un état pur ».

    En attendant, cette déclassification constitue un pas de plus sur le chemin encore long pour la vérité, la justice et la réparation et contre l’impunité des crimes du franquisme.

  • [Regard sur l’Espagne] 500 000 régularisés par la volonté populaire

    [Regard sur l’Espagne] 500 000 régularisés par la volonté populaire

    Quand les vents mauvais soufflent sur le monde, on apprécie la moindre brise qui amène de l’air pur dans un contexte où la guerre, la haine des autres, le racisme, la xénophobie monopolisent une actualité sombre et désespérante. Il est des moments où la plus petite éclaircie redonne confiance en l’humanité. Cette décision de régulariser 500 000 sans-papiers annoncée le 27 janvier par le gouvernement est un de ces moments. Ce n’est pas une première, différents gouvernements de 1986 à 2005 avaient déjà procédé à des régularisations massives, mais aujourd’hui le contexte est différent et l’Espagne est résolument à contre-courant des nauséabondes politiques anti immigrés, qui s’appuient notamment sur la théorie du grand remplacement. L’Espagne considère les immigrés non pas comme une charge, mais comme une chance pour la croissance économique, la cohésion sociale, la convivialité, les échanges interculturels. À la théorie du grand remplacement, la gauche espagnole substitue la pratique de l’humanité réelle.

    Cette importante décision de régularisation massive a été validée par « Real Decreto ». En amont de « ce moment historique » comme le dit la ministre (PSOE) de l’inclusion et de la sécurité sociale Elma Sainz, c’est l’action citoyenne qui a permis de faire aboutir cette demande de régularisation. Depuis des mois des collectifs, associations, partis de gauche notamment Izquierda Unida, Podemos et la coalition Sumar ont utilisé le dispositif « Initiative législative populaire » qui a recueilli 700 000 signatures dans le pays, et qui permet de présenter une proposition de loi au Parlement. Bien qu’une large majorité y compris avec des députés de droite ait approuvé le processus, le projet de loi a été bloqué systématiquement par la même droite et l’extrême droite. Le gouvernement a donc décidé pour surmonter cette difficulté de prendre un décret comme la loi le permet. « Ce que nous faisons, c’est ne pas détourner le regard : nous reconnaissons la dignité des personnes. Nous plaçons les droits de l’Homme au centre de notre politique et œuvrons en faveur d’une migration régulière… » a expliqué Elma Sainz lors d’une conférence de presse. Cette régularisation est possible, pour les étrangers qui se trouvaient en Espagne avant le 31 décembre 2025 sans antécédents judiciaires et qui justifient d’une présence continue d’au moins cinq mois sur le territoire.

    Ceux remplissant les conditions, pourront demander cette régularisation jusqu’au 30 juin. Lorsque cette demande sera admise pour traitement, toute procédure de renvoi ou d’expulsion sera interrompue et le bénéficiaire se verra accorder un permis de séjour provisoire. Ce droit sera valable un an: à l’issue de cette période, une autorisation ordinaire devra être demandée. L’Espagne, n’a pas la mémoire courte, elle n’oublie pas que 500 000 des siens furent obligés d’immigrer pour des raisons politiques en 1939, puis autant dans les années soixante, ce que l’on a appelé l’immigration économique. Le pays a souffert du départ en terre étrangère d’un million d’Espagnols en quelques décennies. Aujourd’hui émergent à nouveau de belles valeurs républicaines d’égalité et de fraternité, du coup on se demande : mais que fait encore là la monarchie ?

  • De nouvelles destinations accessibles depuis Marignane avec Transavia

    De nouvelles destinations accessibles depuis Marignane avec Transavia

    La filiale d’Air France-KLM a annoncé qu’à partir du 10 avril, les voyageurs pourront se rendre, à raison de trois vols par semaine, à Oran, ville du Nord de l’Algérie et, dès le 9 avril, à Séville, dans le sud de l’Espagne, grâce à deux vols par semaine.

    Une ouverture sur le pourtour méditerranéen, qui, selon Julien Mallard, directeur général adjoint commercial de Transavia France, vise à « développer l’attractivité de Marseille, en même temps que l’offre destinée aux Marseillais ».

    La compagnie aérienne, arrivée en 2022 sur le sol marseillais, avait déjà élargi les horizons de Marignane en automne, avec l’ouverture de quatre nouvelles lignes internationales vers Praia (Cap Vert), Médine et Djeddah (Arabie saoudite) et Tel-Aviv (Israël). À partir d’avril, Transavia desservira donc 22 destinations depuis l’aéroport Marseille-Provence, dont quatre en métropole, avec la reprise des deux vols quotidiens vers Paris-Orly, anciennement opérés par Air France.

    Nouveaux vols à quel prix ?

    La compagnie low cost veut « permettre à chaque type de passagers de pouvoir utiliser Transavia », en mettant en place une « transparence sur les prix », explique Julien Mallard. Les prix des allers simples vers Séville et Oran démarreront respectivement à 28 et 80 euros, quand celui vers Paris est annoncé à partir de 45 euros. Ce prix dépendra cependant de la demande, mais aussi des options choisies par les voyageurs (35 euros de supplément pour un bagage cabine simple, pour le vol vers Séville).

  • L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    L’Espagne en deuil après la terrible collision ferroviaire

    C’est un jour de douleur pour toute l’Espagne », a dit notamment Pedro Sanchez, le président du gouvernement, qui s’est déplacé hier en milieu de journée à Adamuz, village de 4 000 habitants, et a annoncé un deuil national de trois jours. C’est au niveau de la gare de cette commune, que s’est produit ce tragique accident. Il était 19h45 dimanche, lorsqu’un premier train grande vitesse d’une compagnie italienne Iryo qui reliait Malaga à Madrid, s’est couché en partie sur la voie voisine après avoir déraillé. Vingt secondes plus tard un autre train grande vitesse un Alvia de Renfe, qui arrivait de Madrid à destination de Huelva, a percuté les voitures couchées sur les rails. Un choc d’une violence inouïe, qui a projeté des voitures de l’Alvia en contrebas, une chute de quatre mètres. C’est surtout dans cet amas de ferrailles de l’Alvia, que les sauveteurs craignent de trouver d’autres victimes ce qui viendrait alourdir le bilan humain qui était lundi en fin d’après-midi de 40 morts, 152 blessés dont 43 sont encore hospitalisés et 12 dont un enfant en unité de réanimation.

    Les habitants d’Adamuz ont été les premiers, dimanche soir, à se rendre sur place et apporter tant bien que mal leur aide auprès des personnes valides, pour les sortir du train et les réconforter. Très vite, le village s’est mobilisé et une chaîne de solidarité s’est mise en place. Les habitants ont tout de suite guidé les secours à travers les chemins qu’ils connaissent parfaitement bien pour accéder au lieu de la catastrophe. La commune a mis en place plusieurs lieux d’accueil où les villageois ont apporté couvertures, eau, alimentation.

    Les secours très rapidement sur les lieux, ont œuvré sans relâche toute la nuit de dimanche à lundi avec des températures en dessous de zéro, les recherches se poursuivent et une commission d’investigation est sur place pour essayer de déterminer la cause de cet accident.

    « Un accident étrange »

    Oscar Puente, ministre des Transports, qui était présent hier aux côtés du chef du gouvernement, a déclaré qu’il s’agissait « d’un accident étrange, il s’est produit sur une ligne droite sur une voie récemment rénovée pour un coût de 700 millions d’euros » de son côté le président de Renfe, Álvaro Fernández, interrogé par la radio Cadena SER, a précisé qu’il n’y avait pas eu d’excès de vitesse puisqu’un des trains circulait à 205 km/h et l’autre à 210 km/h au moment du choc, il ajoutait que ce tronçon de voie ferrée permet aux trains de circuler jusqu’à 250 km/h.
    « Bien que j’évite de tirer des conclusions, tout montre qu’il pourrait s’agir d’une possible défaillance matérielle soit sur le train, soit sur l’infrastructure. » Alvaro Fernandez devait rappeler que le système de sécurité et de signalisation LZB (système de protection automatique des trains) est opérationnel sur cette ligne, « il est précisément prévu pour empêcher les erreurs humaines ».

    La porte-parole de la Guardia Civil, Rosa Reina, a fait savoir qu’un appel était lancé aux familles des victimes afin de recueillir leur ADN, tant le travail d’identification s’avère difficile. Cinq centres sont ouverts pour cela : à Madrid, Huelva, Malaga, Cordoba et Séville. Ces centres permettent aussi aux familles d’obtenir des informations. L’émotion et la douleur sont grandes dans toute l’Espagne, comme le rappelait hier Pedro Sanchez, qui a assuré les familles de la solidarité du gouvernement « la tragédie exige unité dans la douleur et unité dans la réponse qu’il faudra apporter. La société espagnole se demande ce qui a pu se produire. Le temps de l’investigation va s’ouvrir, dès que nous connaîtrons les conclusions, c’est avec clarté et transparence que nous informerons les citoyens de notre pays. »

  • [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    [Méditerranée] Regard sur l’Espagne : l’inquiétante progression de l’extrême droite

    Février 1936, « el Frente Popular » l’emportait en Espagne aux élections législatives, dans un contexte de montée du fascisme et du nazisme en Europe. 18 juillet 1936, la République espagnole était agressée par le capitalisme international avec son bras armé, le fascisme. L’enjeu ? Mettre un coup d’arrêt au progrès social, aux nouvelles libertés conquises, à l’émancipation des travailleurs et des peuples, aux droits des femmes, à la mise en place de coopératives et de collectivisations des terres et des moyens de production.

    90 ans plus tard, l’Espagne voit avec inquiétude la progression de l’extrême droite, qui fait l’apologie du franquisme et distille dans la société l’idée que c’était mieux du temps de Franco. L’Espagne, dont la transition démocratique « molle » qui a suivi la mort du dictateur, a rejeté dos à dos victimes et bourreaux du fait de la loi d’amnistie de 1977 avec en prime la mise en place par le système franquiste d’une monarchie constitutionnelle héritière du régime dictatorial, ce qui complique aujourd’hui les recherches des familles de dizaines de milliers de victimes dont les restes gisent dans près de 6 000 fosses répertoriées. L’Espagne baigne toujours dans les eaux nauséabondes d’un franquisme qui n’en finit pas de mourir.

    L’Espagne, qui ne s’est toujours pas débarrassée de ce passé en procédant à un nécessaire « Nuremberg » reste le pays d’Europe qui a le plus mis en place des politiques sociales depuis que la gauche est au pouvoir, et qui a le plus pris des positions internationales souvent à contre-courant, notamment en faveur du peuple palestinien et contre la violation par Trump du droit international au Venezuela. Malgré cela, la gauche recule dans la plupart des régions aux élections et voit son électorat fondre comme neige au soleil. Le PSOE est empêtré dans des affaires de corruption. La droite, qui n’a pas de leçons à donner dans ce domaine en profite pour se faire une virginité. L’atmosphère politique de plus en plus délétère dans le pays, a pour conséquence de mettre à l’arrière-plan les réformes sociales dont bénéficient les Espagnols, qui assistent dépités à des débats politiciens au ras des pâquerettes.

    Les communistes, Izquierda Unida, parties prenantes de Sumar partenaires du PSOE au gouvernement, ainsi que les groupes parlementaires de la majorité non représentés au gouvernement, tels Podemos ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC), s’inquiètent à juste titre de cette situation dans un contexte de trumpisation en Europe.

    Il est temps que des mesures courageuses et efficaces soient prises par le gouvernement afin que la gauche reprenne des couleurs. Même si le salaire minimum interprofessionnel (SMI) est passé de 735 euros mensuels à 1 221 euros entre 2018 et 2026, une progression spectaculaire de plus de 60%, la question du pouvoir d’achat reste essentielle, notamment à cause du prix élevé des produits de première nécessité. La question du logement exige aussi une politique à la hauteur des besoins ainsi que les services publics notamment la Santé et l’Enseignement. En clair, le gouvernement doit donner une impulsion significative pour que les politiques publiques continuent d’améliorer la vie des gens. La condition pour redonner confiance et barrer la route à la droite et l’extrême droite.

    Journaliste,

    président de l’Association pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)

  • En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    En Espagne, les affaires font tanguer le gouvernement

    Le gouvernement de Pedro Sanchez traverse de nouvelles turbulences qui secouent la vie politique, avec les derniers actes de corruption, de harcèlement et d’abus sexuels présumés commis par des responsables du PSOE. El Pais titrait dimanche à la Une : « Le gouvernement vit ses heures les plus critiques. » Les révélations sur la corruption de certains cadres du Parti socialiste, les cas de harcèlement sexuel dans les sphères dirigeantes de ce parti mis au grand jour par le journal en ligne Eldiario, et des détentions provisoires, fragilisent encore davantage le gouvernement de gauche. Un « tsunami politique » comme le disent des commentateurs, dont la droite et l’extrême droite espèrent tirer profit.

    Le Parti populaire (PP) attend avec impatience les résultats des élections régionales anticipées qui vont se dérouler en Extrémadure le 21 décembre. La droite et l’extrême droite (Vox) gouvernaient cette région ensemble jusqu’à la mise en retrait de Vox qui a eu pour conséquence la convocation de nouvelles élections. Le PP espère une réélection et une forte progression qui le conforterait dans sa volonté de faire chuter le gouvernement. Souvent en alliance avec Vox, il détient déjà la majorité des régions en Espagne. Le leader du PP, Alberto Nuñez Feijoo, en campagne électorale, samedi, n’a pas manqué de cibler Pedro Sanchez, qu’il accuse de donner des « leçons sur le féminisme alors qu’il cache un troupeau de machistes et de corrompus ».

    Du côté des partenaires au gouvernement, Yolanda Diaz, 2e vice-présidente, communiste et membre de la coalition Sumar a estimé, samedi, qu’il devient nécessaire de remanier en profondeur l’équipe gouvernementale.

    « Changement profond »

    « À Sumar, nous sommes clairs : le gouvernement a besoin d’un changement profond et courageux. Il ne suffit pas de retouches cosmétiques ni de gestes symboliques » a-t-elle déclaré lors d’un entretien sur la Sexta. Yolanda Diaz demande au président du gouvernement, Pedro Sánchez, « de prendre des mesures et au PSOE de faire face à sa responsabilité et d’agir (…) je veux envoyer toute mon amitié et solidarité aux femmes socialistes et féministes (…) la seule façon est d’agir sans ambiguïté et de remanier le gouvernement, pour continuer des politiques sociales et faire progresser le droit… »

    Les autres partenaires demandent aussi au président Pedro Sanchez qu’il comparaisse devant les députés comme le Parti National Basque (PNV) ou encore Esquerra Republicana Catalana (ERC) afin d’apporter des explications. Pedro Sanchez, qui semblait rester droit dans ses bottes « un capitaine ne quitte pas le navire en pleine tempête » avait-il déclaré lors de précédentes affaires de corruption, vient de trouver l’occasion de reprendre la main. L’interview ce dimanche dans le journal La Vanguardia du président de la conférence épiscopale espagnole ouvre un autre front, Luis Argüello connu pour sa proximité avec l’extrême droite profite de cette crise politique pour réclamer soit une motion de censure, soit des élections anticipées.

    « Il y a une autre option, celle de respecter le résultat électoral, même si vous êtes nostalgique de l’époque où les évêques interféraient dans la politique. Celle-ci est terminée depuis que la démocratie a été instaurée dans ce pays » a rétorqué Pedro Sanchez ce dimanche en meeting électoral à Caceres. À suivre donc, mais les joutes verbales ne suffiront pas à apaiser la colère et l’inquiétude dans l’électorat de gauche, tant que des actes concrets ne viendront pas clore cet épisode qui met à mal les progrès sociaux déjà accomplis par le gouvernement et ceux à venir.