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  • [Entretien] Arnaud Clément : « Nous sommes assurés d’avoir un plateau de très haut niveau à Aix »

    [Entretien] Arnaud Clément : « Nous sommes assurés d’avoir un plateau de très haut niveau à Aix »

    La Marseillaise : La 13e édition de l’Open d’Aix Provence Crédit Agricole débute dans moins de deux semaines, au Country Club Aixois. Le tournoi s’inscrit pour la quatrième année consécutive dans la catégorie Challenger 175. Que représente ce statut pour l’événement ?

    Arnaud Clément : C’est formidable d’évoluer dans cette catégorie. Cela nous permet, chaque année, de proposer des plateaux particulièrement relevés. Lors de la première édition en Challenger 175, nous avions par exemple assisté à un match entre Andy Murray et Tommy Paul. La deuxième année, Alejandro Tabilo s’était imposé et, l’an dernier, le public avait eu droit à un très beau duel entre Borna Coric et Stanislas Wawrinka. En termes de spectacle et de notoriété des joueurs, c’était vraiment remarquable.

    Une première liste des inscrits a été dévoilée, jeudi dernier, avec notamment la possible présence de Cameron Norrie, 24e mondial, ou encore de João Fonseca, 40e mondial et grand spécialiste de la terre battue. Que vous inspire ce plateau potentiel ?

    A.C. : Bien sûr, nous aimerions les accueillir. Mais notre principale incertitude reste liée aux résultats des joueurs lors de la première semaine du tournoi de Madrid. S’ils réalisent un bon parcours, ils resteront là-bas. En revanche, s’ils sont éliminés plus tôt, ils pourront venir chez nous. Cela dit, la première liste est déjà très prometteuse. Nous avons des noms prestigieux, même si leur présence reste à confirmer. Avec une vingtaine de joueurs du top 100 inscrits, nous sommes assurés, quoi qu’il arrive, d’avoir un plateau sportif de très haut niveau.

    Le Monégasque Valentin Vacherot, demi-finaliste du Masters 1 000 de Monte-Carlo samedi dernier, fait partie des joueurs passés par l’Open d’Aix Provence Crédit Agricole à leurs débuts. Le tournoi joue-t-il aussi un rôle de tremplin pour la nouvelle génération ?

    A.C. : J’ai toujours insisté sur cet aspect. Nous accueillons des joueurs de tennis confirmés, mais aussi de jeunes talents que nous contribuons à révéler. Alexander Zverev est venu à deux reprises, Frances Tiafoe et Diego Schwartzman ont remporté le tournoi. De nombreux joueurs passés par Aix très jeunes ont ensuite intégré le top 10 mondial. Et même avant mon arrivée à la tête du tournoi, Rafael Nadal avait lui aussi participé à l’épreuve. C’est une vraie fierté.

    Avec la disparition de l’Open 13 de Marseille, le paysage du tennis professionnel régional évolue. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

    A.C. : Il n’était apparemment plus possible d’organiser le tournoi à Marseille. Les propriétaires ont donc décidé de le délocaliser dans une autre ville. Cela aurait même pu se faire à l’étranger, mais le tournoi reste finalement en France, ce qui est déjà une bonne chose. Malgré tout, c’est une grosse perte. L’Open 13 était le tournoi le plus ancien et le plus ancré dans le paysage du tennis français. C’était un rendez-vous incontournable pour les passionnés. J’espère qu’un tournoi pourra revenir à l’avenir. En tout cas, la région dispose d’infrastructures capables d’accueillir un événement d’envergure.

    Dans ce contexte, une évolution de l’Open d’Aix vers un tournoi ATP 250 pourrait-elle être envisagée ?

    A.C. : Aujourd’hui, ce n’est pas une option réaliste. À partir de la catégorie ATP 250, il faut être propriétaire ou locataire d’une date, et cela représente un investissement entre 10 et 15 millions d’euros. Encore faudrait-il, par ailleurs, qu’un tournoi soit en vente en Europe. On n’est plus du tout sur le même modèle économique. Le fonctionnement actuel nous convient, ainsi qu’à nos partenaires qui ont contribué à la création du tournoi. Passer en ATP 250 impliquerait également un changement de date et de nombreuses adaptations, sans garantie d’une meilleure satisfaction organisationnelle. Bien sûr, avec la disparition de l’Open 13, nous aimerions voir un plus grand tournoi dans la région, mais ce n’est pas une perspective à court terme pour nous.

  • [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    [Grand entretien] Sarah Schwab : « Les imitations sont arrivées par hasard »

    La Marseillaise : Chanteuse, imitatrice, vous pouvez reproduire 200 voix, quel est votre parcours pour les personnes qui ne vous connaissent pas encore ?

    Sarah Schwab : Depuis toute petite je suis passionnée de musique. J’ai commencé par faire The Voice Kids quand j’avais 13 ans, puis The Voice plus grande à 19 ans avec ma vraie voix bien évidemment. Les imitations sont arrivées plus tard, en mai 2022 donc c’est assez récent. Je cherchais à faire une vidéo pour la poster sur les réseaux sociaux, j’en ai posté une première et les gens ont tout de suite apprécié, c’est comme cela que ça m’a lancé dans une carrière d’imitatrice.

    Vous le disiez l’imitation est arrivée assez tard au-delà de votre passion pour le chant. Comment ce talent s’est-il présenté à vous ?

    S.Sch. : Je ne sais pas du tout comment c’est arrivé (rires). C’était un peu par hasard, j’ai eu envie d’essayer alors que je n’avais jamais fait d’imitation auparavant et j’ai eu un bon feeling du coup ! La première vidéo a été postée sans trop d’expérience mais comme les gens se sont pris au jeu j’ai prêté attention aux commentaires et aux suggestions qu’ils me faisaient avec des propositions de voix de plus en plus complexes et c’est comme ça que je me suis rapidement fait repérer.

    Quelle a été la première personne que vous avez imitée et pourquoi avoir fait ce choix ?

    S.Sch. : Dalida est la première chanteuse dont j’ai reproduit la voix. Je l’aime beaucoup en tant que chanteuse mais aussi parce qu’elle a des marqueurs vocaux particuliers et une voix unique. C’était très intéressant pour moi de faire une voix aussi différente de la mienne dès le début puis je l’ai fait suivre directement par Vanessa Paradis, c’est vraiment deux opposés et c’est ça qui est intéressant aussi dans la vidéo.

    Justement, quel est le processus de travail pour arriver à l’imitation parfaite ?

    S.Sch. : C’est avant tout de l’écoute, énormément d’écoute. En général je marche au feeling donc je me concentre sur un segment d’une chanson qui me plaît en particulier. Je vais l’écouter en boucle jusqu’à ce que je retrouve vraiment tous les petits détails qui font l’imitation.

    Avez-vous une imitation favorite ?

    S.Sch. : Barbra Streisand c’est celle que je préfère en ce moment parce qu’elle me donne beaucoup d’émotions et elle donne aussi beaucoup d’émotions au public donc c’est toujours un moment hors du temps dans le show. Je pense que c’est pour cela qu’elle me plaît encore plus que les autres.

    Votre spectacle s’appelle « Du rêve à la réalité », est-ce l’histoire de votre vie ?

    S.Sch. : Oui totalement ! J’étais dans ma chambre enfant et je rêvais d’être une chanteuse et de pouvoir me produire sur scène régulièrement et c’est ce que j’ai voulu mettre en scène justement dans ce spectacle. Déjà parce que ça permet de faire rêver beaucoup de gens dans la salle, bon des enfants majoritairement mais pas que ! (rires)

    Mais aussi parce que c’est ce qu’il m’arrive finalement grâce aux imitations, et les gens assistent à ce début de carrière pour moi. Je trouvais donc intéressant de faire une autobiographie sur scène avec un côté un peu théâtral et un côté un peu concert.

    Justement, à quoi doit-on s’attendre sur scène, chantez-vous aussi avec votre voix ?

    S.Sch. : Oui même si je chante beaucoup moins que les imitations mais il y a un moment en particulier vers le milieu du spectacle où je chante Je suis malade au piano avec ma voix, je viens sur le devant de la scène a cappella et

    je me mets à nu devant les spectateurs. C’est un moment marquant et émouvant qui plaît beaucoup.

    Vos vidéos cartonnent sur les réseaux sociaux mais au-delà du succès vous avez reçu des commentaires grossophobes. Ces commentaires vous avez décidé de les mettre en scène et d’y répondre en chanson. C’était important pour vous de montrer l’envers du décor ?

    S.Sch. : C’est important pour moi parce que les réseaux sociaux, à partir du moment où on s’affiche il faut s’attendre à avoir du bon comme du mauvais peu importe ce que l’on fait. Moi j’ai préféré répondre de manière humoristique pour dédramatiser un peu les choses bien que j’aie eu des propos à mon égard qui étaient très graves et border. C’est aussi un moyen de montrer aux gens qui sont confrontés au harcèlement qu’ils ne sont pas seuls et que ça peut arriver à tout le monde, même à ceux qui sont très présents en ligne.

    Vous affichez clairement les noms des personnes dans la vidéo où vous répondez. La réponse en elle-même demande aussi beaucoup de courage, c’est votre caractère ou la notoriété vous a aidée à avoir confiance en vous ?

    S.Sch. : J’ai toujours eu ce côté-là en moi mais honnêtement je pense que ma confiance en moi a énormément évolué grâce aux gens, grâce au public principalement qui est tellement gentil avec moi. Je me sens bien plus sereine et la proportion de commentaires positifs que je reçois est largement supérieure aux commentaires négatifs !

    Je pars donc du principe que même si j’affiche ces commentaires négatifs ça ne va pas les faire progresser, mais peut-être au contraire, les faire régresser et les gens seront là pour rétablir la justice ! (rires).

  • [Rue de la République] Jean-Marc Coppola : « Les 15e et 16e arrondissements sont l’avenir de Marseille »

    [Rue de la République] Jean-Marc Coppola : « Les 15e et 16e arrondissements sont l’avenir de Marseille »

    la victoire du Printemps marseillais

    Didier Gesualdi : Le Printemps marseillais l’a emporté pour la deuxième fois. Vous aviez été élu en 2020 sur la promesse de réduire la fracture de la ville. Estimez-vous l’avoir fait ?

    Je considère qu’en 6 ans nous avons beaucoup réparé Marseille. En 2020, on ne s’imaginait pas d’ailleurs, l’ampleur des chantiers et des défis qui étaient devant nous. Nous étions une équipe très engagée, 98% de nouveaux élus, tout le monde s’est mis à la tâche dans un travail collectif intelligent. Nous avons beaucoup réparé mais vous le savez, nous sommes la troisième ville pour l’impôt sur la fortune et en même temps, nous connaissons beaucoup de pauvreté. On a fait une partie du chemin et on veut amplifier ce qui a été fait.

    Didier Gesualdi : On a beaucoup entendu les équipes du Printemps marseillais dire « on vient d’arriver, ça prend du temps ». C’est un argument que vous n’aurez plus cette fois.

    C’est vrai que ça a mis un peu de temps au départ. Le temps de l’état des lieux. On n’avait même pas d’inventaire des équipements municipaux… Vous imaginez ?! Il y a eu la crise Covid aussi au milieu mais je crois qu’on s’est mis très vite à la tâche. J’étais de ceux qui disaient « on ne regagne pas sur un bilan » mais le bilan est positif, il y a une reconnaissance. Aujourd’hui le résultat est amplifié par rapport à 2020. C’est un encouragement à continuer.

    Léo Purguette : Quelle interprétation avez-vous du message des urnes. Votre d’adhésion ou rejet de la perspective RN pour Marseille ?

    Il y a les deux. L’adhésion au travail qui a été fait et aux projets qui vont sortir de terre dans les années qui viennent. Et puis, il y a un rejet des divisions, des discriminations, des racismes, même si le score du RN est très préoccupant. Je ne me réfugie pas derrière le fait que c’est un phénomène national voire européen et mondial. Il faut regarder de très près ce que cela signifie. Il y a des gens qui expriment un certain racisme mais aussi une forme de déclassement. On le voit très bien dans la carte de la ville avec deux secteurs au RN. Il y a l’effondrement de la droite qui n’a pas respecté le front républicain. Mais on ne construit pas des politiques publiques sur des divisions, en attisant les haines, le racisme et la xénophobie.

    Didier Gesualdi : Comment faire reculer le RN ? Est-ce possible ?

    Il n’y a aucune fatalité. Il faut redonner du sens à l’action publique. Pendant 25 ans, on a vendu Marseille aux privés. Redonner des services publics, redonner du sens au rassemblement autour des valeurs de la République, Liberté, Égalité, Fraternité, c’est ce qui fait la force de Marseille. Il faut reconnaître les Marseillais dans leurs qualités, leurs compétences. Que chacun trouve sa place.

    LA CULTURE

    Léo Purguette : Durant six ans vous avez été adjoint à la Culture. De quoi êtes-vous le plus fier et qu’est-ce qui vous semble inachevé ?

    Franchement, je pense que c’est la plus belle des délégations. Je ne regrette pas de l’avoir choisi et qu’on me l’ait confiée, à la fois Michèle Rubirola et Benoît Payan. Ça a été éprouvant, il a fallu mouiller la chemise. J’ai rencontré des gens fabuleux. Tout au long du mandat j’ai répété aux acteurs culturels que je n’ai jamais eu la même responsabilité d’un mandat à l’autre. Pourquoi ? Parce que je veux sortir de ma zone de confort, être curieux, travailler. Après la jeunesse, le tourisme, les lycées, à la Région, je voulais voir ce que je pouvais apporter sur la culture. Les plus belles satisfactions, ce sont les projets à l’image de la médiathèque Loubon, la première antenne de la cinémathèque française en province mais aussi d’avoir redonné du sens à la lecture publique, d’avoir atteint un record de fréquentation dans les musées en 2025 et puis l’été marseillais bien sûr ! C’est la culture pour toutes et tous. J’ajoute l’éducation artistique et culturelle. J’y tiens, il va falloir continuer et amplifier l’éveil des sens dès le plus jeune âge, c’est un des fondements de la construction de la personnalité et de la citoyenneté. Beaucoup de choses restent à faire, à commencer par faire connaître ce qui existe. Je pense que c’est aux acteurs culturels d’aller vers les habitants. C’est ce qu’ont a fait dans les 15-16 la cité des arts de la rue, l’Alhambra, la gare franche…

    MAIRE DE SECTEUR DES 15-16

    Léo Purguette : Maire des 15-16, c’est un symbole pour votre famille politique dans un secteur longtemps à direction communiste. Qu’auriez-vous envie de dire à vos camarades qui vous ont précédé et qui ne sont plus là ?

    J’espère être à la hauteur des valeurs et des actions qu’ils ont portées. Ce n’est pas rien. Lors de mon élection j’ai vu que beaucoup de présents ignoraient que François Billoux avait été ministre de la Santé, de l’Économie nationale, de la reconstruction de 1944 à 1947. Pascal Posado, premier maire de secteur dans les 15-16 avait organisé dans les années 1980 des manifestations dans les rues, avec les familles, pour obtenir le tout-à-l’égout dont étaient privés les quartiers nord. C’est le symbole de la pratique politique qui est la mienne. C’est-à-dire : on a des responsabilités, comment on restitue ce pouvoir pour mobiliser les habitantes et les habitants. Et Guy Hermier, bien entendu, député, qui était connu et reconnu pour son action, par toutes les familles politiques d’ailleurs.

    Léo Purguette : Vous avez fait consensus pour devenir maire en recueillant une voix de plus que celle du Printemps marseillais dans un secteur où il y a pourtant eu une très grosse bagarre à gauche. Ça vous a surpris ?

    Oui bien sûr. Je m’attendais à 25 voix sur 33. 26, ça veut dire que je réunis au-delà. Ça veut dire aussi qu’on peut avoir des divergences, qu’il faut exiger d’être respecté et respecter les autres aussi.

    LE CONTEXTE INTERNATIONAL

    Léo Purguette : L’instabilité mondiale pèse sur la vie quotidienne. Quel regard portez-vous sur elle ?

    À travers les guerres et les conflits, il y a des enjeux politiques, économiques phénoménaux. Les guerres dopent les profits. Quand on a compris ça, quand on saisit que Trump et Poutine veulent cette domination de territoires pour aller piller les richesses, les choses s’éclairent. Quand on voit les ultra-riches avoir leur fortune décuplée mais c’est indécent ! C’est insolent ! Surtout quand parallèlement il y a la famine et les inégalités qui explosent. Il faut cesser ces guerres. J’espère que le cessez-le-feu au Moyen-Orient s’appliquera en Iran mais aussi au Liban. Il faut que la paix regagne dans toute la planète. Sinon ce sont les peuples qui payent. La guerre, c’est la destruction de vies civiles, militaires mais plus largement de la planète. Aujourd’hui, tout le monde s’ébahit qu’on puisse faire le tour de la Lune, explorer d’autres planètes mais il faut sauvegarder la nôtre ! Cela commence par la paix.

    LES ENJEUX DANS LES 15-16

    Didier Gesualdi : Les 15-16 ont une population peu favorisée qui se plaint des difficultés qu’elle rencontre notamment pour se déplacer. Avec vous bon espoir que la Métropole nouvelle version puisse répondre à cette attente ?

    On va tout faire pour. D’abord des actions ont été engagées. Le tramway qui va jusqu’à Capitaine Gèze doit maintenant être prolongé vers le lycée Saint-Exupéry et la Bricarde. Pourquoi pas d’ailleurs d’autres modes de transports collectifs ? Le métro, on sait que c’est un projet de longue haleine qui est coûteux mais il ne faut rien exclure. L’essentiel, c’est que les transports collectifs se développent. Vous savez, j’avais obtenu en 2016 de Jean-Claude Gaudin – ce qui était assez unique – qu’un conseil municipal extraordinaire se tienne sur l’emploi. Quand nous avons auditionné une cinquantaine d’acteurs économiques et sociaux, à la question « pour vous, quel est le premier obstacle à l’emploi ? », tous ont répondu « les transports ». Surtout dans nos quartiers où la moitié des familles n’a pas de voiture ou pas le permis, c’est une question essentielle dans ce secteur qui est l’avenir de Marseille.

    Didier Gesualdi : De nombreuses questions se posent autour du narcotrafic. Vous le liez à la désertion des services publics. Quelles réponses à ce problème ?

    Aujourd’hui je suis maire mais cela fait 30 ans que je parcours ce territoire, que je suis de nombreuses batailles pour sauver des entreprises qui fermaient, des services publics, une poste qui fermait… Il faut maintenant redonner des services publics de proximité, on va s’attacher à cela. La mairie centrale va amplifier la rénovation des écoles, la lutte contre les copropriétés dégradées, implanter un commissariat de police municipale dans le 15e et un autre dans le 16e. Nous aurons désormais une Métropole qui doit être au service des communes. Non seulement la Métropole punissait Marseille mais ne respectait pas un certain nombre de ses obligations. On va revenir à la normalité. Et j’espère un contrat Région/Marseille comme nous le faisions avec Michel Vauzelle. Tout cela, avec l’intervention et les responsabilités de l’État, participe à l’action contre le narcotrafic.

    Didier Gesualdi : Qu’attendez-vous de l’État qui ponctionne souvent les collectivités ?

    On l’a bien vu, si on n’était pas allé chercher l’État sur la question des écoles nous n’aurions pas pu avancer. C’est d’ailleurs ce qu’aurait dû faire le prédécesseur de Benoît Payan. Ce n’est pas possible dans une République une et indivisible que la 2e ville de France ne soit pas considérée. On l’a fait pour les écoles, il faut le faire dans d’autres domaines aussi.

    LA RÉGION

    Léo Purguette : Vous avez été élu à la Région, comment réagisez-vous à l’annonce de Renaud Muselier qui s’apprête à laisser son fauteuil de président ?

    C’est son choix. Il veut aller vers d’autres aventures. J’espère seulement que le futur président ou la future présidente, mais il semblerait qu’il s’agisse d’un président, s’intéresse à Marseille. Le fait qu’il soit d’un autre département, il aura peut-être plus d’attention. Marseille, c’est la capitale de la Région. Je sais que ça a toujours fait peur mais soit on a une capitale dynamique qui tire tous les autres territoires vers le haut soit on la marginalise et tout le monde est perdant. Vous avez compris que je choisis la première option.

    Léo Purguette : N’est-ce pas le signe que les régionales seront très rudes pour la droite ? La gauche pourra-t-elle sortir du rôle de spectatrice qu’elle occupe depuis 2015 ?

    À chaque jour suffit sa peine. On a beaucoup de travail. L’année prochaine il y a la présidentielle et les législatives. Viendront ensuite les départementales et les régionales. Qu’une partie de la population ne soit plus représentée depuis 2015 est anormal.

    LE VIVRE ENSEMBLE

    Léo Purguette : La paix, c’est aussi un enjeu de cohésion de la ville avec des tensions entre les communautés qui sont attisées par le contexte international.

    Bien sûr. Je crois qu’il faut beaucoup de dialogue et cesser de diviser les populations autour de tel ou tel enjeu. En Israël, en Palestine, au Liban, en Iran, il y a des tas de femmes et d’hommes qui aspirent à la paix, au dialogue, à sortir de l’obscurantisme. Qu’on mette au rancart la haine. J’ai beaucoup accompagné des lycéens à Auschwitz. Il y avait Ginette Kolinka, survivante du camp d’extermination, qui a aujourd’hui 100 ans. Elle ne leur faisait pas de longs discours mais disait simplement : « Chassez de votre tête le mot haine. » C’est ce qu’il faut inculquer aux jeunes générations.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Habib :

    Bonjour Monsieur le maire, est-ce que vous ne trouvez pas pertinent d’avoir un métro jusqu’aux plages de l’Estaque et connecté à l’hôpital nord en plus du tramway prévu jusqu’à St-Antoine ? Cela permettrait peut-être d’aménager enfin la zone des Riaux pour densifier le 16e arrondissement et permettre à davantage de personnes d’y vivre au vu de la beauté de ce côté du littoral.

    Bonjour. Je veux dire qu’il faut réfléchir de nouveau avec les habitantes et les habitants, les collectifs, les associations, qui sont assez fournies, dynamiques, les CIQ pour trouver les bons modes de transports. Je n’oublie pas qu’on a aussi le train qui passe sur le littoral et à l’Estaque, c’est le cheminot qui parle. Le train est sous-utilisé, il faut que les gares soient connectées aux réseaux de transports collectifs de la RTM. Il serait plus pertinent vers l’Estaque d’avoir le tramway. Sur l’hôpital nord je sais qu’il y a débat entre métro et tramway, le métro étant coûteux et long à mettre en place. Moi je n’exclurai aucune hypothèse. Je pense, au risque de surprendre, qu’il faut réfléchir à toutes les solutions, téléphérique y compris. Il faut regarder ce qui existe dans d’autres villes où les transports fonctionnent bien. Ce qu’on veut ce sont des transports collectifs, rapides, sûrs, gratuits, qui puissent desservir largement le territoire. On a une ville hypersaturée, on a besoin de retenir à l’est et au nord les voitures pour oxygéner la ville. Je m’investirai personnellement pour qu’on avance.

  • [Entretien] Jean-Charles Borghini : « Maire, c’est le plus beau mandat d’élu »

    [Entretien] Jean-Charles Borghini : « Maire, c’est le plus beau mandat d’élu »

    La Marseillaise : Quels sont vos projets pour vos nouveaux mandats à La Brillanne et à la DLVA ?

    Jean-Charles Borghini : Pour la DLVA, on va refaire la délégation de service public, avec des enjeux très importants, notamment la décarbonation. Pour la mairie de La Brillanne, nous sommes dans la continuité de ce qui a été fait précédemment. Si nécessaire, nous allons agrandir notre centre de santé. On continue à emmener les petits à la piscine à Manosque, et on va mettre en place un conseil municipal des jeunes avec un budget dédié. Les petits pourront mener des projets avec une somme allouée. On va travailler sur une étude de faisabilité pour la création d’une résidence senior. Il manque une structure intermédiaire entre l’Ehpad et rester chez soi. Ce serait huit ou dix studios. On va continuer l’aménagement de la traversée du village. On a déjà eu le label village prudent. On va continuer d’accompagner les associations, le CCAS. On travaille sur un jumelage avec un village, potentiellement italien. On va revégétaliser la cour de l’école.

    Quel est selon vous le plus beau mandat ?

    J.-C.B. : Maire, c’est le plus beau mandat d’élu. Vous êtes en prise directe avec les gens, avec la réalité, l’école, les travaux. Dans une mairie, on traite des dossiers de décès, on célèbre des baptêmes républicains, des mariages.

    Que répondez-vous aux critiques sur le cumul des mandats ?

    J.-C.B. : C’est la loi. Dans une mairie, on n’est pas tout seul, on est bien entouré, avec des délégués. Pareil à la DLVA et à la Région, chacun a un domaine de compétence. Après, quand on a un mandat, on doit l’honorer et faire au mieux, être sur le terrain. J’entends ces critiques. Il ne faut pas être déconnecté. Quand est maire, on est sur le terrain, on a ce contact
    direct. Je suis fortement présent
    en mairie.

    Comment avez-vous
    réagi à l’annonce de la candidature de Renaud Muselier aux sénatoriales
     ?

    J.-C.B. : C’est une décision que je respecte. Il m’avait mis dans la confidence, je le sais depuis un petit moment. Je comprends ses arguments. Il m’a expliqué son choix en tête à tête.

  • [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    La Marseillaise : Le blocus imposé par les USA à Cuba a 64 ans et malgré d’immenses difficultés, Cuba a résisté. Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée de Trump ?

    Nadia Mateu : Il a remis Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme et fait voter des lois extraterritoriales illégitimes qui durcissent le blocus en empêchant les pays et les entreprises de tous les pays de commercer avec Cuba et notamment de lui livrer du pétrole. Avec la menace de pénalités importantes.

    De très nombreuses résolutions de l’ONU ont pourtant demandé la levée du blocus.

    N.M. : Depuis 33 ans, l’ONU vote cette levée, à l’exception de deux pays : les USA et Israël. L’Ukraine les a rejoints en 2025 mais on comprend que comme pour les sept pays qui se sont abstenus, c’est en raison de l’emprise des États-Unis.

    Avez-vous des témoignages précis des conséquences de cette politique sur la population ?

    N.M. : Des Français qui ont participé à des brigades à Cuba – c’est une aide à des travaux agricoles, ou divers, mais surtout une possibilité de rencontre avec des Cubains – viennent d’en revenir. Ils disent que c’est très dur. Des coupures d’une heure ou deux d’électricité existaient, maintenant c’est passé à 18 heures, voire des journées entières. Et donc des ruptures de la chaîne du froid, plus aucun moyen de locomotion, pénurie de médicaments, plus rien dans les magasins… Dans les campagnes ils en reviennent à la charrue et aux bœufs, beaucoup d’enfants ne peuvent plus aller à l’école. Il y a des milliers de personnes qui attendent de se faire opérer, des femmes enceintes qui se demandent ce qu’il se passera s’il y a complication…

    Cuba reçoit malgré tout des aides, même insuffisantes ?

    N.M. : Oui la Chine envoie des panneaux photovoltaïques, le Mexique est en train de faire des collectes. Et les flottilles internationales qui apportent de la nourriture et des médicaments partent beaucoup du Mexique.

    France Cuba aide également ?

    N.M. : Nous avons essayé d’envoyer de l’argent mais on est bloqués par les banques [puisque les USA empêchent Cuba de participer au système financier international, Ndlr], donc on remplit des containers. L’un est parti en décembre, un autre doit partir avant l’été. Ils contiennent du petit matériel médical (seringues, pansements, attelles… et même des lunettes) et du matériel plus important (lits médicalisés, fauteuils roulants, béquilles), mais aussi des vélos, de l’argent pour acheter de la nourriture. Et surtout on essaie d’informer, de briser le silence.

    Malgré tout Cuba envoie toujours des médecins à l’étranger ?

    N.M. : Oui dans les pays qui en ont besoin. 22 000 médecins mais aussi des brigades médicales dans plus de 160 pays. En Calabre par exemple il y a eu des pressions énormes sur le gouvernement italien pour qu’ils expulsent les médecins cubains. La Région de Calabre a refusé.

    Que peut-on faire pour aider ?

    N.M. : On peut participer aux collectes** de France Cuba, de Solidarité cuba et Cuba coopération qui sont sur Montpellier mais il faut aussi interpeller nos élus pour qu’ils interpellent à leur tour l’État français. Qui a voté la fin du blocus. Point. Or la solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole. Elle doit être concrète et efficace. Les 10, 11 et 12 avril, il y a un appel national à faire de ce week-end un moment de solidarité. Le 12 nous tenons notre assemblée générale à Béziers. Le 11 il y aura un rassemblement de soutien à Béziers*. Il y a besoin de beaucoup de monde parce que malgré toutes ces contraintes, les Cubains gardent la tête haute. La stratégie de Trump, c’est d’asphyxier ce pays et que les Cubains se révoltent. Les copains revenus de Cuba disent que la population n’en peut plus mais qu’elle ne remet pas en question le système, par contre elle veut manger et vivre.

    Entretien réalisé par Annie Menras

    * 11h sur le parvis du théâtre à Béziers.

    ** Dons financiers 06.38.83.53.20 France Cuba Hérault .

  • [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    La Marseillaise : Comment cette guerre lointaine se traduit-elle concrètement dans l’économie locale ?

    Henri Sterdyniak : D’abord, on ne sait pas combien de temps la guerre va durer, et ça crée une très grande incertitude pour tous les agents économiques. On a deux scénarios possibles : soit la tension s’atténue et les prix de l’énergie reviennent à des niveaux un peu supérieurs à avant la crise, soit la guerre continue et là, les prix restent durablement élevés. La première conséquence, c’est la hausse du prix de l’énergie : l’essence dépasse les deux euros le litre, le diesel est encore plus cher, le gaz augmente aussi. Et ça peut aller plus loin, avec des difficultés d’approvisionnement sur certaines matières ou intrants.

    Pourquoi certains secteurs sont particulièrement touchés ?

    H.S. : Ce sont les secteurs où l’énergie représente une part importante du coût de production. Le transport routier est le plus touché, avec environ 30% des coûts liés à l’énergie. La pêche, c’est même autour de 35%. Ensuite, vous avez l’agriculture, le BTP, puis les aides à domicile, les infirmières, qui font beaucoup de kilomètres, surtout en milieu rural comme l’Occitanie. Et justement, il y a une très grande inégalité territoriale. Dans les zones rurales ou les périphéries, les gens doivent utiliser leur voiture pour tout. Ils supportent pleinement la hausse.

    Les aides gouvernementales sont-elles suffisantes ?

    H.S. : Les aides sont relativement faibles. C’est de l’ordre de vingt centimes par litre, ce qui couvre à peu près la moitié de la hausse pour l’essence, mais beaucoup moins pour le diesel. Le gouvernement refuse pour l’instant des mesures plus fortes, notamment sur la fiscalité ou sur les profits des grandes entreprises pétrolières. Il est aussi contraint par des règles budgétaires imposées par Bruxelles, qui limitent les marges de manœuvre sur les dépenses publiques. Résultat : une grande partie de la hausse va peser sur les ménages et les secteurs en difficulté.

  • [Entretien] Céline Carru : « Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat »

    [Entretien] Céline Carru : « Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat »

    Des avocats qui plaident à dix ou vingt lors d’une audience, c’est un des aspects de la grève du zèle entamé par les robes noires, très remontées contre le nouveau projet de loi introduisant le « plaidé coupable » pour les crimes. Un mouvement fortement suivi. Explications.

    La Marseillaise : Comment a débuté ce mouvement, et quelle forme prend-il ?

    Céline Carru : On a radicalement tous été en opposition face au projet de loi. Toutes les instances ont suivi et logiquement notre mouvement a pris de l’ampleur. C’est un projet de loi qui nous touche tous, les avocats. C’est pour cela que nous avons lancé une grève du zèle contre le projet « plaider-coupable criminel ».

    Quel a été le vrai élément déclencheur de la mobilisation ?

    C.C. : Le mouvement a été accéléré lorsque le projet de loi est arrivé au Sénat. Lors de la dernière conférence des Bâtonniers du 27 mars dernier, 85 % ont approuvé être pour un mouvement de grève à partir du 31 mars contre le projet de loi sur la Justice Criminelle.

    Depuis combien de temps vous avez cette envie de protester ? Ça a-t-il déjà été un problème auparavant ?

    C.C. : Dès qu’on a pris connaissance du projet, on a tous eu envie de protester. On avait déjà pu protester lors du mouvement dans le cadre de la grève des retraites.

    Vous serez présent ce vendredi 10 avril devant le Palais de la Justice, quel est le programme ?

    C.C. : On a décidé de protester dans un premier temps sous la forme d’un déjeuner. C’est un peu une façon humoristique de dénoncer la teneur de ce projet qui est assez surréaliste. Alors demain [vendredi Ndlr.], on sera tous du rendez-vous et je vous invite à venir pour prendre conscience de l’ampleur.

    Pour la suite, qu’est-ce que vous comptez réaliser ?

    C.C. : Alors ce lundi, nous serons devant le tribunal judiciaire. On souhaite accélérer le mouvement de plus en plus avec des slogans que nous avons préparés du type : « Les “audiences criminelles”, les blagues les plus courtes sont les meilleures », mais encore : « Juger un crime sans débat, juste pour aller plus vite, c’est une mauvaise blague. »

    Il y a un autre aspect, celui de l’impact de la loi sur les justiciables

    C.C. : On prend en compte les conséquences que cela engendre sur les clients et on est très sensible. Avec cette grève du zèle, on espère que notre message sera entendu par le barreau et on sera au maximum avec les gens qui ont leur liberté en jeu.

    Vous espérez inscrire ce mouvement dans la durée ?

    C.C. : Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat contre un projet sur la justice criminelle qui non seulement réduit le champ de l’audience, du débat contradictoire, la place des parties civiles et les éléments de personnalisation des peines. Cela restreint par ailleurs le champ des droits de la défense par l’encadrement restrictif des nullités, des sas de détention et une généralisation excessive de la collecte des empreintes génétiques.

    Entretien réalisé par Noa Armony

  • [Entretien exclusif] Bouna Sarr : « J’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille  »

    [Entretien exclusif] Bouna Sarr : « J’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille  »

    La Marseillaise : Vous vous apprêtez à faire votre grand retour au Vélodrome, six ans après avoir quitté l’OM. Comment vous sentez-vous actuellement avec le FC Metz et comment appréhendez-vous cette rencontre face aux Olympiens ?

    Bouna Sarr : D’un point de vue personnel, je me sens bien physiquement. Je suis content d’avoir réussi à reprendre des sensations après une longue période où je n’avais pas joué. Bien évidemment, j’aurais aimé et préféré avoir de meilleurs résultats et une meilleure position au classement avec Metz. Après, jouer contre un club comme Marseille, dans un stade comme le Vélodrome, ça reste un grand rendez-vous. Je suis très content de revenir, parce que c’est un club dans lequel j’ai évolué pendant cinq ans mine de rien. J’ai connu énormément de choses et j’ai de très bons souvenirs. Je suis très heureux de pouvoir revoir certains visages, de retrouver les supporters avec qui je pense que j’étais parti avec des très bons rapports. C’est un club que j’ai continué à suivre, que je porte dans mon cœur. Forcément, ce sera un match avec une saveur particulière. J’espère quand même qu’on repartira avec un beau résultat.

    Pourquoi avoir choisi de revenir en Ligue 1 avec votre club formateur ?

    B.S. : Je voulais revenir dans un environnement que je connais. J’ai toujours eu de très bons rapports avec le président (Bernard) Serin. Je pense que ça s’est fait naturellement et ça a facilité mon retour ici. Je pense que c’était la meilleure chose à faire pour moi et le meilleur choix que je pouvais faire à ce moment de ma carrière.

    Vous avez quitté le Bayern Munich il y a quelques mois. Que retenez-vous de ce passage dans
    le plus grand club allemand ?

    B.S. : Je n’ai pas connu l’aventure que je voulais connaître par rapport à mes pépins physiques. Là où c’est un peu dommage, c’est que jusqu’à ce que j’arrive là-bas, on a pu le voir sur mes années à Marseille, j’ai toujours eu cette capacité à répéter les matchs. Je n’ai pas spécialement eu de blessures ou été éloigné du terrain pendant de longues périodes. Maintenant, c’est la vie, c’est le football. On ne peut pas revenir en arrière. J’ai eu quand même une très belle expérience avec des très grands joueurs, des très grandes personnes, dans un club historique, une très grande institution. C’est une aventure unique.

    Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en portant le maillot d’une institution comme
    le Bayern Munich ?

    B.S. : La rigueur et le professionnalisme. C’est une machine à gagner et qui ne va jamais se rassasier de victoire. Quand on voit leur façon de jouer, de fonctionner et de dominer, on sait très bien que c’est un club à part. Ça a été une très belle expérience pour moi à ce niveau-là, de créer de l’exigence et du professionnalisme dans ma carrière. C’est vraiment quelque chose qui m’a marqué et que je suis fier d’avoir connu.

    La pression est un sujet constant, que ce soit au Bayern ou à l’OM. On a beaucoup dit cette saison que tout le monde n’est pas fait pour jouer à Marseille. Vous êtes d’accord avec cela ?

    B.S. : Tout le monde ne peut supporter la pression de Marseille, c’est une certitude. Parce que la pression est plus grande dans ce club que dans beaucoup d’autres. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de grandir en tant que homme. J’ai eu des périodes où j’étais pas mal critiqué. Je sais qu’il y a pas mal de joueurs qui auraient baissé les bras, qui auraient été impactés par ça. Je ne peux pas dire non plus que j’étais indifférent. Mais à un moment donné, j’ai su passer au-dessus. Surtout en performant sur le terrain, malgré la pression et malgré les critiques.

    Avant d’évoluer à l’OM, vous occupiez un poste offensif.
    C’est Rudi Garcia qui vous repositionne comme latéral droit. Comment l’avez-vous vécu à cette époque ?

    B.S. : Je vous avouerais qu’au début, je n’étais pas enchanté. Mais j’ai voulu lui faire confiance. Et petit à petit, j’ai compris ce qu’il attendait de moi et j’ai pris du plaisir dans ce changement de poste. Après, un des arguments qui a réussi à me convaincre, c’est qu’il avait fait la même chose avec Alessandro Florenzi à l’AS Rome. Je me suis dit pourquoi pas. Aujourd’hui, je pense que quand on voit le football moderne, on se rend compte que les latéraux sont de plus en plus offensifs. Davantage comme des « contre-attaquants ». Il y a pas mal de latéraux aujourd’hui qui ont ce profil à pouvoir se projeter vers l’avant tout en assurant ce qui se passe dans leur dos et en répétant les efforts. Je pense qu’il a pu voir en moi ces qualités.

    Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué à l’OM ?

    B.S. : (André) Villas-Boas. De par sa personnalité, de par la relation qu’on avait, de par cette confiance qu’il m’a donnée, que ce soit envers moi-même mais aussi au sein du groupe. Il m’a donné des responsabilités en me nommant troisième capitaine derrière des leaders comme (Steve) Mandanda et (Dimitri) Payet. C’est une personne qui a beaucoup fait pour moi pendant mes années à Marseille. Il est à l’origine, je pense, de mon départ au Bayern. Parce que sous ces ordres, j’ai réussi à être vraiment à l’aise et vraiment performant. C’est ça qui m’a permis de franchir un cap dans ma carrière.

    Les supporters olympiens retiennent particulièrement votre but contre le RB Leipzig, en quart de finale retour de la Ligue Europa 2018.

    B.S. : C’était magnifique. En termes de décibel, je ne pense pas qu’il y ait eu autant de bruit sur un but. Mais c’est aussi l’action qui fait ça. Il y a eu une double tentative de Morgan Sanson. Et j’arrive un peu de nulle part, là où on peut penser que l’action est finie. J’ai mis ce but qui est très important. Il a permis de nous redonner la confiance pour atteindre la qualification. Et qui nous a permis surtout d’y croire. Il y a même eu un film sur ce match. Je pense que ça veut dire que ce n’était pas n’importe quel match. Que ce soit le contexte, l’ambiance, les buts qu’on a pu mettre. C’était vraiment une soirée inoubliable.

    Vous avez eu la chance de jouer dans de nombreux grands stades européens durant votre carrière. Est-ce que le Vélodrome reste le plus impressionnant ?

    B.S. : J’ai connu vraiment des très très belles ambiances. Mais forcément, j’ai plus été marqué par celle du Vélodrome. Quand tu portes ce maillot, quand tu es porté par les supporters. Je n’ai pas connu d’autres stades qui m’ont donné ces sensations-là. En tout cas, autant. Clairement, j’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille.

    Vous disiez au début de l’entretien que vous gardez toujours un œil sur les performances de l’OM. Quel est votre regard sur leur saison ?

    B.S. : Je pense que c’est un peu dommage par rapport à leur parcours en Ligue des Champions, parce que forcément, chaque année, tu commences la saison déjà pour te qualifier. Mais quand, en plus de ça, tu y es, t’aspires à faire le meilleur parcours possible, parce que c’est un peu l’attente des supporters. Après, en championnat, ils sont largement en capacité d’assurer leur place en Ligue des Champions. S’ils y vont, on ne peut pas dire que c’est une saison ratée. C’est sûr que tu peux mieux faire, mais il n’y aura pas tout à jeter.

    Est-ce qu’un retour à l’OM serait un jour envisageable ?

    B.S. : Tout le monde connaît mon attachement à l’OM. C’est un club que je ne serais jamais en mesure de refuser.

  • [Entretien exclusif] Renaud Muselier : « Pourquoi je suis candidat au Sénat »

    [Entretien exclusif] Renaud Muselier : « Pourquoi je suis candidat au Sénat »

    La Marseillaise : Il se murmure que vous songez à vous présenter aux sénatoriales. Êtes-vous candidat ?

    Renaud Muselier : J’annoncerai ce jeudi à ma majorité, avec une expression orale ce vendredi lors de la plénière qui a lieu pour le budget, ma décision d’être candidat. Après les municipales, la prochaine étape, qui est la mère des batailles, c’est la présidentielle. J’entends y participer dans le cadre de ce que je sais le mieux faire : avoir un candidat unique et des soutiens rassemblés pour gagner. Depuis ma position de président de Région, ma voix n’est pas assez forte. J’ai donc décidé d’être candidat au Sénat. Je pense que j’ai servi mon pays en servant la région, je veux désormais servir notre région en servant mon pays. Nous avons ici le sentiment du travail accompli et la certitude que nous avons été un laboratoire d’innovation politique. Nous avons créé une majorité plurielle, c’était une nécessité imposée par la contrainte, puis nous avons eu une pratique du pouvoir, un exercice novateur de l’expression de l’intérêt général, une manière de gouverner en additionnant les différences qui a prouvé qu’il était possible de demeurer fidèle à ses idées et ses valeurs sans sombrer dans le sectarisme ou la brutalité des comportements. Ici à la Région, on a multiplié les succès, su faire face aux crises, donné une ligne, un cap. On a surtout su suppléer aux insuffisances d’un État obèse, au mieux engourdi, au pire pétrifié. Et aujourd’hui je vois qu’à l’Assemblée un certain nombre de parlementaires veulent s’en prendre aux régions au prétexte d’une proposition sur l’Alsace, avec, au bout, un dépeçage de notre organisation territoriale. Je le refuse. Les Régions ne sont pas des territoires avec lesquels on peut faire sécession au gré des humeurs du moment ou des petits calculs électoraux. C’est dans ce contexte que je serai candidat aux élections sénatoriales en septembre.

    Cela signifie-t-il que vous quittez le conseil régional ?

    R.M. : Si je suis élu, je céderai la présidence tout en restant conseiller régional ayant en charge les Jeux olympiques, les affaires internationales et l’Europe.

    À qui souhaitez-vous céder la présidence ?

    R.M. : Question naturelle. Mais la réponse s’inscrit dans un cadre plus large et plus collectif. Quels sont les enjeux ? Un certain nombre de personnes dans la majorité régionale vont faire campagne pour la présidentielle, je veux garantir cette liberté pour chacun mais protéger la Région des turbulences que cela peut générer. Après, il faut un profil type et mécaniquement un respect territorial. Quand on regarde les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, qui ne manquent pas de gens de qualité. C’est trop petit. Le Vaucluse, il y a des évolutions politiques avec la victoire à Avignon mais il y a trop de travail pour venir ici. Dans les Bouches-du-Rhône, tout le monde est servi. La victoire de Nicolas Isnard fait en sorte que la totalité des vice-présidences de droite et du centre à la Métropole Aix Marseille Provence, sont des membres de ma majorité. Dans les Alpes-Maritimes, le désordre est encore important. Il faut attendre tranquillement que ça se décante et que les écuries se définissent dans le cadre de la présidentielle. Donc on arrive dans le Var. Je pense que le profil type c’est quelqu’un qui a été élu et réélu…

    … Dès le premier tour ?

    R.M. : Quelqu’un qui est président d’une communauté d’agglo, qui a participé à la victoire à Toulon, qui est vice-président à la Région. Un profil type s’écrit naturellement. Mais ce n’est pas le débat du jour. C’est l’organisation qui est importante. Les vice-présidents resteront vice-présidents. Le cabinet restera le cabinet. Les équipes resteront les équipes. C’est l’intelligence collective qui doit perdurer.

    Avec François de Canson dans votre fauteuil, ce serait la première fois qu’un Varois accéderait à la présidence de la Région.

    R.M. : D’abord je veux dire que cette démarche que j’engage s’est faite dans d’autres régions. C’est vrai en Bretagne avec Jean-Yves Le Drian et Loïg Chesnais-Girard, dans les Pays de la Loire avec Bruno Retailleau et Christelle Morançais, en Auvergne-Rhône-Alpes avec Laurent Wauquiez et Fabrice Pannekoucke… Ça s’est fait deux fois dans le Grand est, c’est désormais M. Leroy qui en est président. C’est susceptible d’arriver en Corse avec l’élection de M. Simeoni à la mairie de Bastia. Ensuite, le Var est un département qui a beaucoup grossi, il est de même taille que les Alpes-Maritimes en réalité, donc il n’est pas incohérent qu’il puisse nous donner un président.

    En apprenant votre décision, certains diront que vous désertez le combat des prochaines régionales, qu’elles sont perdues d’avance.

    R.M. : On m’a toujours annoncé que je vais perdre. C’est assez amusant parce que tout en disant cela, on me demande toujours de partir au combat. On m’avait annoncé la défaite aux régionales, le raz-de-marée RN aux municipales. Ils sont où ceux qui ont annoncé cela ? Peuvent-ils ressortir leurs écrits, leurs propos, leurs passages télé pour nous expliquer qu’on allait tous être dévorés ? La vérité c’est que sur 29 têtes de liste issues de ma majorité, 28 sont gagnants ! Il n’y en a qu’un qui a perdu, c’est Nice. C’est à part. Quand je regarde le nombre de communes dans la région et que j’additionne les listes divers droite et sans étiquette qui forment ce grand collectif de la droite et du centre, j’en ai 94% ! 2,5% d’extrême droite. Ont-ils progressé ? Oui. La pression est-elle importante ? Oui. Mais avec ma méthode régionale, ils perdent systématiquement.

    Peut-on appliquer la méthode Muselier sans Muselier ?

    R.M. : Je ne suis pas unique au monde. C’est une technique, une méthode, un mode d’emploi. Tous ceux qui ont gagné dans leur commune, l’ont suivi. J’ai toujours dit « ne soyez pas candidats les uns contre les autres », ils ne l’ont pas été. Ça marche quand même. Partout où il y a eu division, il y a eu défaite. Vous voulez qu’on parle de Fos ? De Menton ? De La Seyne ? De Carpentras ? Oh ! Quand il y a l’union avec du travail dans la proximité, de l’efficacité, comme chez M. Isnard, ce sont des endroits où le RN est à 60% et nous gagnons à 80%. Le national ce n’est pas le local !

    La méthode d’unité maximale
    de la droite et du centre a été éprouvée à Marseille et n’a pas fonctionné. Comment l’expliquez-vous
     ?

    R.M. : Je pense qu’on a eu dans la région une efficacité maximum sauf pour Nice et Marseille. D’abord l’extrême droite n’a pas gagné ce scrutin, je remercie tous ceux qui nous ont aidés à ce qu’elle ne le gagne pas et j’en veux beaucoup à ceux qui se sont divisés pour la faire gagner. À Fos, c’est les divisions de la gauche, à La Seyne, ce sont les miens qui font perdre. Et à Toulon, c’est tous ensemble qu’on gagne. Bravo Mme Massi, merci M. Bonnus et Mme Brunel.

    Vous faites comme si Marseille et Nice étaient des exceptions. Ce sont de très grosses exceptions !

    R.M. : D’abord sur l’exception marseillaise, je soutiens Mme Vassal, c’est mon amie. Ça n’a pas marché. Je le regrette. Il y a toutes une série de paramètres qui entrent en compte. M. Payan n’était pas mon candidat mais il a été élu par les Marseille. Respect. Bravo. Je lui fais ma salutation républicaine. Mais la ville était à gauche, elle reste à gauche. On ne l’a pas perdue.

    Vous avez perdu les élections…

    R.M. : Oui mais on garde la Métropole.

    Avec une ampleur historique.

    R.M. : Ça n’a pas marché du tout. Et ça me gêne tout particulièrement parce que j’étais le président de son comité de soutien. Donc je le prends aussi pour moi. Quelque part c’est une claque pour moi aussi. Certains m’ont dit « tu comprends j’aime pas Vassal », mais pourquoi tu ne votes pas pour moi alors puisque je la soutiens ? Bon, on a fait 5. Ça arrive dans la vie. On fera plus la prochaine fois ! J’ai essayé de fabriquer une nouvelle génération. Il y a plein de jeunes très bien dans cette équipe, il y a des moins jeunes qui sont malheureux et je suis malheureux pour eux. C’est une page qui se tourne, une autre s’écrira. M. Payan est conforté et pour la première fois de sa vie, il est élu maire. Tant mieux pour lui.

    Et Nice ? Que s’est-il passé ?

    R.M. : Je ne sais pas comment l’histoire s’écrira. Est-ce que ce sera le fruit de la haine de deux hommes qui ont tout fait ensemble ? Ou d’une brillante stratégie de l’un par rapport à l’autre dont le bilan exceptionnel n’a pas pesé ? Ou l’histoire d’un mec d’extrême droite qui cache l’étiquette et demande à Bardella de ne pas venir ? Pour quelle raison la gauche ne s’est-elle pas retirée ? Est-ce justement toute cette histoire commune qui fait que là-bas, elle ne veut pas ? Il nous faudra prendre du recul, analyser les erreurs. Contrairement à Marseille, il y aura des conséquences nationales. Il y a un RN camouflé en union des droites qui avance d’une manière terriblement efficace.

    Les épreuves des JO prévues à Nice auront-elles lieu à Lyon ?

    R.M. : D’abord je ne parle jamais du plan B même s’il existe. Le plan A, c’est le projet Estrosi-Muselier validé par le comité d’organisation des Jeux olympiques, les fédérations nationales et internationales et le CIO, est conforme aux normes des JO. Le projet alternatif de M. Ciotti est au niveau d’un championnat du monde junior d’après ce que me disent les fédérations et le CIO. Il y a quand même un vrai gap. J’ai constaté que M. Ciotti était contre les JO de Paris et puis quand il a vu le succès il a dit que c’était bien. Il était contre le JO à Nice parce que c’était piloté par M. Estrosi et puis il a réalisé en cours de route que c’était bien. Je l’ai eu au téléphone, au-delà des divergences politiques je veux garder les Jeux pour ma région. C’est environ 700 millions de retombées économiques pour Briançon, 700 millions pour Nice, 700 millions pour le reste. Tous ceux qui ont gagné les élections dans les Alpes sont pour les Jeux. Lui, maintenant, il est demandeur. On n’a pas le choix, il faut décider entre le 20 et le 30 avril, il faut lancer les appels d’offres en mai. Nos équipes se sont vues le 1er avril – ce n’est pas une blague – que des techniciens pas de politiques. Prochain rendez-vous le 17 avril. Je pense qu’on va y arriver.

    Vous voulez vous impliquer dans
    la présidentielle, qu’est-ce que cela veut dire concrètement
     ? Vous êtes favorable à une primaire ? Vous êtes candidat dans ce type de dispositif ?

    R.M. : Ça veut dire que ce qui est applicable au plan local pour éviter des défaites et des raz-de-marée doit être bien intégré au niveau national. Munich c’est d’abord les esprits. Il faut se battre ! Je suis viscéralement gaulliste, j’entends me porter à l’avant-garde de ce combat. C’est la présidentielle de tous les dangers. Le pays est divisé. Des clans hostiles s’y affrontent sans se préoccuper de l’intérêt supérieur de la Nation. On assiste à des attitudes irresponsables et j’ose le dire, criminelles, dans un contexte ou la France comme l’Europe sont confrontées à un nouvel ordre mondial. Je suis un des plus vieux, je peux constater avec mon expérience que les rivalités d’ego sont souvent inversement proportionnelles à la qualité de ceux qui les entretiennent. Elles risquent de donner un funeste laissez-passer à une victoire des extrémistes et à une défaite de la France. C’est au Sénat, à l’Assemblée, dans les formations politiques qu’il faut être aujourd’hui pour faire entendre cette voix-là. Il n’en faut qu’un sinon on perdra !

    Comment imaginez-vous procéder pour n’en garder qu’un ?

    R.M. : Dans la mesure où on n’arrive pas à se départager aujourd’hui, il faut au moins avoir un pacte. Travailler sur un socle commun. C’est assez facile sur la santé ou sur l’école. C’est plus compliqué sur les questions économiques et fiscales. Il y a un effort à faire sur les finances, réparti équitablement. Sur l’international aussi. Il faut un pacte sur les valeurs, la laïcité, la performance de notre État. On peut faire ce qu’on veut, si on ne le modifie pas, ça ne marchera pas. Je l’ai dit au président de la République : quand on a fait nos lois olympiques, la loi Notre-Dame de Paris, on a sorti des choses en temps et en heure qu’on aura jamais sorti autrement. Et on n’a pas éclaté le droit du travail ni pété les normes environnementales… Pourquoi on ne ferait pas une grande loi comme ça, pour deux ans, sur la totalité de notre pays ? Pour éviter de mettre 5 ans à faire une crèche et que toutes ces règles qui s’additionnent aux normes coupent les pattes de tout le monde. Il faut simplifier, décentraliser…

    Vous ne répondez pas sur la primaire.

    R.M. : Je n’ai pas la réponse. Je vous ai répondu sur les ego démultipliés. Ça va se décanter. Quand vous êtes un homme de droite comme moi, qui a tout vécu, vous savez que le gagnant d’une primaire un an avant, il est battu. On n’a que ça comme expérience. M. Philippe me va très bien, M. Attal me va très bien, quelqu’un issu de LR me va très bien. Mais il faut qu’il n’y en ait qu’un à la sortie. Ça rentre dans les esprits. Si le bloc central veut être devant Mélenchon, il ferait bien de faire attention à ne pas finir derrière M. Glucksmann.

    Qu’allez-vous proposer ? Un comité de liaison entre les forces de la droite et du centre ? Cette discussion ne peut pas voir lieu qu’au Sénat ?

    R.M. : Je le dis avec humilité, je crois que je suis respecté. On peut m’aimer, ne pas m’aimer mais il est rare qu’on conteste le travail que j’ai fait et mon mode de gouvernance. Mais je vois bien que cette puissance de baron local élu et réélu, ne pèse pas au niveau national. Je suis président délégué des Régions de France… On n’a pas accès au Premier ministre, au gouvernement, au Parlement… Ce n’est pas possible ! Donc jusqu’à maintenant je menais les combats locaux, mais il y a la présidentielle à gagner. Avant je pouvais faire les deux, aujourd’hui on ne peut plus. Il faut que je monte à Paris, que je fasse entendre ma voix et mon expérience.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les sénatoriales sont un scrutin de liste. Avec qui serez-vous candidat ?

    R.M. : Je suis candidat dans un calendrier respectueux de mes amis. Je ne prends la place de personne. Patrick Boré qui était mon ami n’est plus là. M. Le Rudulier ne peut pas être candidat. Peu de gens sont capables de porter un discours rassembleur, anti-extrêmes, pro-décentralisation, pro-place des maires dans la Métropole qu’il faut revoir au plan législatif. La liste viendra.

    Vous êtes Marseillais donc il vous faut une Aixoise en numéro 2. Mme Devesa plutôt que Mme Boyer ?

    R.M. : Il me faut des voix. Je crois qu’on peut faire quatre sièges. Il faut une belle liste. Il faut du nord, du sud, de l’est, de l’ouest, des hommes, des femmes, un peu toutes les sensibilités, des gens qui s’entendent, un projet. Je veux être le chef de ce projet, le proposer en tant que tel. La liste ce sera plutôt fin mai, début juin.

    Où allez-vous siéger ? Votre sensibilité actuelle, Renaissance, est un peu marginale au Sénat.

    R.M. : Vous savez, au Sénat on n’arrive jamais à retrouver ses petits. Moi je suis un LR-Renaissance, un Muselier-Modem-Horizon-centriste-droite. Dans une élection comme celle-là, vous êtes élu par vos maires. Tous les grands maires ici, sont chez moi, en dehors de Marseille. Tous les grands maires je les ai aidés. Avec la convention régionale des maires, les contrats de territoire qu’on a passé, font en sorte qu’il n’y a pas de différence politique entre eux et moi. Je ne suis pas arrivé avec les subventions de la Région en disant « je suis Renaissance  », j’étais là pour aider à bien ficeler des dossiers avec l’Europe pour avoir des résultats. Je m’inscris dans cette logique-là.

    Vous en avez parlé avec Gérard Larcher ? Vos amis parisiens ?

    R.M. : J’ai prévenu tout le monde à Paris. Que ça soit M. Larcher, M. Attal, M. le président de la République, M. le Premier ministre. Vous savez, je fais les choses dans l’ordre parce que je sais comment ça marche.

    Que vous ont-ils dit ?

    R.M. : Après la surprise, ils trouvent que c’est plutôt une bonne idée.

    Samedi vous inaugurez le branchement à quai des navires de croisière. Ce sera donc l’une des dernières réalisations de votre mandat ?

    R.M. : Je vais être très heureux d’avoir initié ça. Mais regardez le paradoxe politique. Je pense que les Marseillais aiment leur port mais ne supporte plus d’être enfumé. Je crée les escales zéro fumée quand M. Payan nous fait une pétition contre les bateaux. On n’a pas pu en parler pendant la campagne. Samedi, on va l’inaugurer et c’est M. Payan qui va couper le ruban. J’éclate de rire. C’est cocasse. Mais je ne regrette rien, je crois que l’économie doit trouver une solution par rapport à l’environnement. C’est ce que j’ai écrit dans ma COP d’avance et mon premier budget vert d’Europe. Je le prouve. Je suis content pour le Port et les Marseillais. Pareil, je crois à la réindustrialisation décarbonée des bassins ouest. Ce n’est pas pour ça qu’il faut brûler les flamants roses !

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    [Quoi de neuf] Fanette Bonnaric : « Une fois l’asile obtenu, se pose l’enjeu de l’intégration»

    Louis Dupin : Quelles sont les missions de votre association Forum Réfugiés ?

    Fanette Bonnaric : Forum Réfugiés est une association dans un premier temps lyonnaise, qui s’est étendue sur différents territoires français (Paca, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes). Elle porte différents programmes pour les demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile sont les personnes qui déposent une demande d’asile en préfecture. Ces personnes vont être auditionnées à l’Ofpra, l’Office français pour les réfugiés et les apatrides. Et donc, pendant toute cette phase de demande d’asile, Forum Réfugiés porte différents programmes d’accompagnement pour ces publics sur différents territoires. Une fois l’asile obtenu pour certains -tout le monde ne l’obtient pas- se pose l’enjeu de l’intégration, à savoir reconstruire une vie sur le territoire français, trouver sa place dans cette nouvelle société.

    Olivier Nottale : Une fois toutes les difficultés administratives réglées, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

    F.B. : Il est important de revenir un peu sur les définitions parce que le terme réfugié est souvent utilisé dans les médias comme synonyme du mot migrant. Pourtant, le terme réfugié correspond à une catégorie juridique qui est réglementée par la Convention de Genève. Donc nous, quand on parle de réfugiés, on parle de personnes qui ont déposé une demande d’asile et qui ont obtenu une réponse positive. Pour beaucoup, c’est la fin d’un voyage justement. Et avec nous commence un autre voyage, le voyage de la reconstruction et aussi de la confrontation avec la société française, avec son administration, avec son marché de l’emploi, avec son marché locatif. Et donc ce parcours n’est pas fini.

    Alors on porte plusieurs programmes. Notamment le programme Agir où les personnes qui sont prises en charge dans ce programme nous sont orientées par l’Office français pour l’intégration et l’immigration, une émanation de l’État. Effectivement, elles arrivent parfois quelques mois après avoir obtenu une protection, mais il n’y a pas encore eu toujours d’explicitation de tout ce que va être ce nouveau parcours d’intégration.

    O.N. : Et ces personnes
    ne se rendent pas compte de la difficulté qui
    les attendent…

    F.B. : Le parcours migratoire a été très long et très compliqué et douloureux. La demande d’asile a aussi pu prendre un certain temps, même si les délais se sont raccourcis. Mais c’est le temps de l’attente où les personnes ne savent pas si elles vont obtenir une protection. Donc c’est un temps qui est un peu suspendu hors du temps.

    Les personnes sont dans un statut ad hoc où il faut savoir que les six premiers mois après le dépôt d’une demande d’asile, les personnes n’ont pas le droit de travailler. Après ces six mois, l’accès au travail est entravé pour les demandeurs d’asile. Ils sont maintenus dans une situation d’oisiveté en attendant la réponse de l’Ofpra. Donc quand elles obtiennent la protection, elles se disent « c’est bon, je vais pouvoir travailler, je vais pouvoir trouver un logement ». Et effectivement, il y a toute une phase de déconstruction pour appréhender la réalité du marché de l’emploi, la réalité du logement. C’est parfois un moment de désenchantement pour ces personnes où souvent elles ont tenu pendant le parcours migratoire et pendant la demande d’asile.

    L.D. : Une autre partie du programme Agir est de coordonner tous les acteurs sur le terrain ?

    F.B. : Oui, parce que la question de l’intégration est une question très vaste. Il y a trois piliers dans nos programmes. Il y a l’accompagnement administratif et social. Les personnes doivent conduire un certain nombre de démarches pour être identifiées et reconnues par les administrations françaises. Elles doivent appréhender le fonctionnement de nos administrations qui sont très complexes et qui sont dématérialisées. Donc, lorsqu’on n’est pas forcément familier avec des démarches dématérialisées ou à l’aise avec la langue française, c’est un vrai enjeu. Il y a un deuxième volet, le logement et donc l’hébergement, et le troisième c’est l’insertion socioprofessionnelle. Donc ça mobilise de très nombreux acteurs et politiques publiques.

    O.N. : Vous parliez de la barrière de la langue. Quand on est un enfant, ça va vite. Mais c’est plus compliqué pour les adultes…

    F.B. : C’est beaucoup plus long parce que la perméabilité du cerveau, la plasticité n’est pas la même. Et puis les opportunités d’interaction aussi. Les enfants, ils ont cette chance d’être scolarisés, donc de baigner tous les jours dans le français. Pour les adultes, ça va être beaucoup plus compliqué parce que souvent, quand les personnes parlent peu le français, le marché de l’emploi va être très peu accessible. On socialise beaucoup au travail, mais c’est compliqué de trouver un travail quand on parle peu le français, même si c’est possible, mais c’est plus complexe. L’enjeu est aussi de vraiment créer des interactions entre des espaces d’échange, où les personnes peuvent se confronter à la société française en dehors des administrations ou des travailleurs sociaux qui les accompagnent.

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