Tag: enseignement supérieur

  • Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    C’est une rentrée qui s’annonce offensive. À l’appel d’une très large intersyndicale, une journée de mobilisation nationale est organisée le 15 septembre pour dénoncer le sous-financement chronique qui tue, lentement mais sûrement, le service public de l’enseignement supérieur et la recherche (ESR).

    C’est le rapport issu des « Assises du financement des universités », publié en juin dernier, qui a mis le feu aux poudres. « Il acte le désengagement de l’État du service public de l’ESR », estime Romain Larive, enseignant-chercheur en biologie à l’Université de Montpellier et membre de la direction du Snesup FSU de l’établissement. « Face au sous-financement chronique de l’État, la seule proposition qui est faite est la diversification, par les établissements, de leurs ressources propres et notamment la multiplication par cinq des frais d’inscription pour tous les étudiants. Ce qui restreindrait l’accès à l’enseignement supérieur aux étudiants issus des classes populaires, sur le modèle anglo-saxon », dénonce le syndicaliste.

    « Depuis la mise en place de l’autonomie des universités par Valérie Pécresse en 2012, on a perdu l’automatisme de la subvention pour charge de service public, qui devrait être proportionnelle au nombre d’étudiants. Lequel ne cesse d’augmenter… », explique l’enseignant-chercheur. Les universités se retrouvent donc à gérer des budgets déficitaires. « Cette année, je crois que plus des trois quarts des universités étaient en déficit, malgré des mesures d’austérité déjà appliquées depuis de nombreuses années », déplore Romain Larive.

    12 000 titulaires et

    100 000 places en licence

    « À l’Université de Montpellier, par exemple, les postes qui doivent être ouverts au concours pour recruter des collègues suite à des départs à la retraite sont gelés pendant un an », illustre-t-il. « Et il y a quelques années, à la faculté des sciences, il y a eu une diminution de 10 % du volume horaire de tous les enseignements. » Des choix contraints qui dégradent les conditions de travail comme d’apprentissage. « C’est un peu comme si on était un corps humain et qu’il fallait choisir de couper un orteil, puis un pied… Sachant qu’il y a toujours plus d’étudiants et toujours moins de moyens, du coup ça s’accentue de plus en plus. » Les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles, eux, « sont jusqu’à trois fois plus financés que ceux qui viennent à la fac », relève le représentant du Snesup FSU. « Il faudrait que toutes les universités soient aussi bien dotées que ces classes préparatoires ». Selon le syndicat, « il manque 8 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur et 8 milliards pour la recherche publique, soit une augmentation d’environ 50% du budget de l’ESR, qui est actuellement d’un peu moins de 30 milliards. Cet argent existe : on peut aller le chercher du côté du crédit impôt recherche versé aux entreprises… »

    Le manque de postes est également un gros sujet de préoccupation : « On fonctionne de plus en plus avec une part d’heures d’enseignement assurées par des collègues qui ne sont pas titulaires. On a une armée de précaires qui assurent entre un tiers et la moitié des enseignements, selon les universités », rapporte Romain Larive. Selon lui, « un plan massif de recrutement de 12 000 titulaires » serait nécessaire. Il faudrait également créer « 100 000 places en première année de licence » pour absorber l’augmentation du nombre d’étudiants dans l’ESR. « On a chiffré à plus de 150 000 le nombre de bacheliers inscrits sur Parcour’sup qui n’ont pas eu d’affectation début juillet », illustre l’enseignant-chercheur. « D’un côté on assèche les universités (sous-financement, sous-recrutement) et de l’autre on met en place une plateforme qui instaure une sélection n’ayant d’autre but que de masquer le manque de places. » Tout en foulant aux pieds le droit de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur après le baccalauréat.

  • [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    La Marseillaise : La plupart des universités sont dans le rouge. Quid de Paul Valéry ?

    Anne Fraïsse : Nous sommes l’une des universités les plus touchées, qui a toujours été en sous-encadrement et sous-détachement. Nos ministères se refusent à remettre en question nos critères de distribution. L’argent public est distribué de façon totalement obscure. Je ne sais pas si c’est du mépris mais il y a toujours eu une évaluation selon laquelle les diplômes de lettres et sciences humaines mais aussi droit, économie/gestion valent moins et donc sont moins financés. Là, sans aide de l’État notre fonds de roulement sera négatif en décembre. On n’a aucune marge de manœuvre et on prendra dans des économies qu’on n’a pas ! Surtout on n’a aucune possibilité de redresser la situation par nous-mêmes. On n’a plus d’investissement et un fonctionnement incompressible : je ne peux pas arrêter l’électricité ni le chauffage. Les seules économies possibles seraient sur la masse salariale mais on est déjà sous-encadrés. Le passage au statut d’Établissement public expérimental (EPE) en 2025 ne nous a pas ramené un sou. L’an passé notre budget s’élevait à 140 millions pour 107 millions de dotation de l’État. Il en manque chaque année une dizaine. L’État ne prend pas en charge la hausse des salaires. C’est le problème de l’autonomie des universités : il se décharge et nous demande de faire le sale travail.

    Les syndicats dénoncent une « cure d’austérité » pour équilibrer les comptes…

    A.F. : Chez nous, on se bat pour qu’il n’y ait pas de licenciement. Des CDD non renouvelés il peut y avoir puisque par définition un CDD a un début et une fin. Pour l’instant j’essaye de boucler un budget en demandant de l’argent à l’État. On est dans un établissement en sous-encadrement (jusqu’à -40% d’enseignants-chercheurs dans certains départements de l’université) et où le nombre d’étudiants continue de monter. On n’a jamais eu autant d’étudiants en Licence Master Doctorat : 22 929 l’an dernier. On a explosé nos capacités d’accueil en Licence 1. On a donc pris plus d’étudiants que nos capacités d’accueil dans les filières en tension. Cette année, on a mis des freins mais on en aura autant. Là, en juillet, on avait déjà 15 500 inscrits. Le premier jour on en a inscrit plus de 1 000 et maintenant 300 par jour. On est déjà au-dessus de l’an dernier.

    Pensez-vous avoir des étudiants sans affectation en Master ?

    A.F. : On en a toujours en psychologie. C’est un problème national grave. On n’arrive pas à en prendre avec 15 de moyenne. C’est de l’ordre de quelques dizaines mais c’est trop et anormal. Dans les autres filières c’est marginal, on arrive à peu près à les caser. Et jusque-là on n’a jamais eu de « sans fac » en Licence 1. Par contre, pour certains, ce n’est pas leur premier vœu. Je déplore qu’avec Parcoursup on nous ait demandé de créer des places en Licence avant de nous retirer les chèques pour les Masters.

    Continuez-vous à proposer des quotas d’exonération sur les frais d’inscription des étudiants étrangers ?

    A.F. : Depuis plusieurs années on appliquait déjà les frais différenciés d’une façon particulière. Tous les étudiants étrangers (environ 20% des étudiants de Paul Valéry) étaient dispensés tant qu’ils réussissaient. Ne payaient que ceux en échec. On ne pouvait pas faire autrement, on dépassait déjà les 10% d’exonération permis. Désormais, on est obligés d’appliquer les droits différenciés tels qu’on nous les impose. Tous les étudiants déjà chez nous restent sur l’ancien système. Pour les entrants, on a une marge de 30%. Mais la fenêtre de tir va se refermer au fil des ans… Pour les étudiants français, rien ne bouge. Les frais sont fixés par l’État, ils payent quelques centaines d’euros. Mais on voit bien avec la conclusion des Assises qu’ils veulent augmenter les frais d’inscription. Je le déplore évidemment.

    C’est parce que l’enseignement supérieur coûte trop cher selon l’État ?

    A.F. : C’est un désengagement des services publics. Ça a commencé avec les hôpitaux, maintenant il s’attaque à l’éducation et l’enseignement supérieur. Ce sont de mauvaises économies. C’est s’attaquer à des choses vitales. Et on s’aperçoit que c’est vital quand c’est mis à mal ou lorsque cela disparaît comme les Postes dans les villages. Quand une école ferme, on se rend compte que c’est un peu le village qui disparaît. Le service public est un peu plus que ce que l’on croit. C’est un supplément d’âme dont on n’a pas envie de se passer. Le service public c’est ce que l’État juge indispensable de ne pas déléguer, en particulier au privé. C’est le fondement de la démocratie, le garant de la cohésion sociale. Quand on abandonne cela, on entre dans une crise de démocratie et on bascule dans des extrêmes avec des solutions peu intéressantes.

    Vous avez écrit à Emmanuel Macron. La conséquence a été une inspection et un rapport de l’IGESR qui a alerté sur les risques psychosociaux et la souffrance au travail à Paul-Valéry. Était-ce la réponse que vous attendiez ?

    A.F. : C’était la réponse que j’étais sûre qu’on me ferait, pas celle que je souhaitais. Une réponse bureaucratique plutôt qu’humaine. Quand on vous explique que chaque fois qu’il y a un accident, un décès, un suicide, il faut faire une enquête administrative… Moi, la première chose à laquelle je pense dans ces cas-là, c’est d’aller à l’enterrement de mes collègues. C’est une vision un peu différente. Depuis que j’ai lancé cette alerte, on a eu 3 morts de titulaires. Cela fait 6 ans que je dis que ces statistiques sont anormales et qu’elles deviennent la norme de mon université. Toutes les préconisations du rapport, on va les faire. Mais qu’on m’explique qu’il faut dédouaner l’État et qu’on ne peut faire aucun lien avec les conditions de travail… Que je vais régler le problème en donnant des fiches de mission à mes directeurs d’UFR, je doute. Même si notre structuration n’est sans doute pas parfaite. La question n’est pas là. Les enquêteurs répondent à la demande du ministère, pas à l’alerte que j’ai lancée.

    Avez-vous des leviers sur la question centrale du logement étudiant ?

    A.F. : Non, on n’a aucun levier de ce type. On ne peut pas conventionner avec des locataires privés. On alerte le Crous qui est l’un de ceux qui ont le plus grand parc. On a pu aussi créer la cité internationale à Boutonnet. Mais c’est insuffisant. Les milieux modestes et ruraux sont désavantagés pour faire des études. Le fossé se creuse. Ce sujet majeur devrait s’inviter dans la campagne présidentielle.

    ET AUSSI

    Partenariat polémique à l’UM

    Du côté de l’Université de Montpellier, le partenariat signé le 11 juin entre l’UM et Total Énergies fait polémique. Dès septembre, le groupe pétrolier doit prendre en charge les coûts pédagogiques et des visites de sites industriels de 80 étudiants du Master Énergie (62h30 de cours par des salariés et retraités de la multinationale).

    Au-delà des pratiques de greenwashing reprochées à Total Énergies, les syndicats enseignants et étudiants dénoncent une « immixtion du secteur privé dans le service public », craignant « un contrôle de fait sur les contenus pédagogiques et l’évaluation des étudiants ». Des actions de blocage avaient été menées suite à l’annonce de l’accord.

    R.C.

  • La pauvreté s’installe chez les étudiants

    La pauvreté s’installe chez les étudiants

    Suzanne Nijdam, présidente de la première organisation étudiante, la Fage, dresse un sombre tableau : « En 2020, en plein Covid, tout le monde criait à l’horreur sur la précarité et qu’il fallait agir étudiant en urgence. Depuis, les aides sociales ont été détricotées ». La rentrée 2026 coûtera en moyenne 3 240 euros pour un étudiant non-boursier en licence, soit une hausse de 655 euros par rapport à 2020, selon l’enquête annuelle de la Fage, rendue publique début septembre.

    Dans le détail, les frais de vie courante atteignent 1 145 euros par mois. Le logement en représente à lui seul plus de la moitié, avec un coût moyen de 637 euros, devant l’alimentation à 181 euros, hors restauration universitaire, estimé à 20 euros. Les dépenses de transport représentent en moyenne 152 euros par mois. À cela s’ajoutent 52 euros consacrés aux loisirs, un poste de dépense souvent considéré comme secondaire mais que l’organisation juge pourtant essentiel. « Cela a un impact énorme sur la santé mentale », estime Suzanne Nijdam.

    Les frais spécifiques de rentrée s’élèvent quant à eux à 2 095 euros. Ils comprennent notamment les frais d’agence immobilière (326 euros), le dépôt de garantie (637 euros) pour la localisation d’un logement et l’achat de matériel pédagogique, comme des manuels par exemple (502 euros). Ce dernier poste est particulièrement prononcé par la Fage, qui le qualifie de « frais illégaux ». Et la Fage de préciser : « Derrière cette augmentation, ce sont des étudiants qui travaillent davantage pour financer leurs études, renoncent à des dépenses essentielles, limitent toujours plus leur alimentation ou repoussent des soins. Cette précarité n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix politiques. »

    Car face à cette hausse continue du coût de la vie, « les réponses apportées restent largement insuffisantes. Nous refusons que les étudiants soient contraints de s’adapter indéfiniment à l’augmentation des prix pendant que les droits étudiants sont fragilisés d’année en année » déclare la Fage. L’organisation réclame ainsi une prise en charge par l’État des frais complémentaires.

    Elle s’alarme également de la situation des étudiants extra-communautaires, jugés « en première ligne face à cette précarité » avec la suppression des APL et la généralisation des frais d’inscription différenciés. Leur coût de rentrée atteint désormais 7 023 euros. Depuis cette rentrée, la majorité des étudiants non ressortissants de l’Union européenne doivent désormais s’acquitter de 2 895 euros de droits d’inscription en licence et de 3 941 euros en master. Deux « coups de masse », selon la Fage, qui réclament la suppression de ces mesures, ainsi que l’indexation et la revalorisation des bourses étudiantes prévues dans une proposition de loi adoptée en première lecture en juin et la pérennisation de l’encadrement des loyers. Même constat à l’Unef, second syndicat étudiant. Cette hausse continue s’inscrit dans une trajectoire de long terme qui ne laisse plus aucun doute : « la précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ». Cette rentrée résume à elle seule 10 années de macronisme.

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).

  • Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    « La dynamique est celle d’une baisse drastique des dotations », Xavier Luciani co-secrétaire du Snesup-FSU Toulon

    « La situation est assez catastrophique », se désole Xavier Luciani, cosecrétaire du Snesup-FSU, syndicat national de l’enseignement du supérieur, à Toulon. Au centre des inquiétudes : « la baisse drastique des financements des universités ». « On constate une baisse très importante des dotations de l’État, un vrai désengagement qui se traduit par des demandes locales d’économie », poursuit-il. Concrètement, dans le cas de l’université de Toulon par exemple, cela se matérialise par « une coupe de 20% des heures d’enseignements de certains diplômes ».

    « L’autre problème est celui de la gestion locale des budgets. Ce n’est plus l’université qui remonte ses besoins et le ministère qui répond en ajustant sa dotation. C’est le président qui gère le budget qui lui est alloué, détaille l’enseignant-chercheur. Ce sont les besoins qui s’adaptent aux moyens et pas l’inverse. Donc vous allez chercher de l’argent à droite à gauche, et dans le cas de Toulon, le tissu industriel local, c’est la Marine nationale. L’université va se tourner vers ce secteur pour trouver des financements et orienter sa stratégie de recherche, mais également d’enseignement au travers des diplômes. Une stratégie complètement assumée par l’université de Toulon ». Et d’ajouter : « Localement, nous appelons à une rentrée musclée, avec une reprise en main par la base des travailleurs du mouvement social, pas noyautée par les centrales syndicales parisiennes ».

    « Le logement est au cœur de nos préoccupations », Louis Marjollet membre de l’Union étudiante Avignon

    En tête des préoccupations en cette rentrée universitaire pour Louis Marjollet, étudiant à Avignon Université et membre de l’Union étudiante : le logement. « D’abord nous sommes mobilisés sur la question des aides personnelles au logement (APL), qui ont déjà été retirées aux étudiants étrangers hors Union européenne qui ne touchent pas la bourse [depuis le 1er juillet, ndlr], et qui pourraient être indexées sur les revenus des parents bientôt, ce qui constituerait un danger pour les étudiants. » (Notre édition du 24 août). Mais la question du logement, « prégnante depuis un bon moment », dépasse la problématique des aides : « nous continuons de revendiquer la construction de logements Crous ». À ceci s’ajoute l’accès au parc privé, duquel les étudiants avignonnais sont « presque systématiquement exclus en période estivale », les propriétaires cherchant à louer « à des prix absolument exorbitants » pendant le Festival d’Avignon. « Quand on n’est pas du coin on doit avoir une solution de repli, ce qui peut s’avérer compliqué pour les personnes en rupture familiale ou les personnes étrangères ». L’Union étudiante se dresse aussi contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne, multipliée par 15 par rapport à ceux des étudiants français. « Et un nouveau rapport du ministère suggère d’élargir l’augmentation des frais d’inscription à l’ensemble des étudiants, ça nous inquiète beaucoup ».

    « Il y a une surcharge de travail et un manque de personnel », Sylviane Jacquet membre du Snasub-FSU Toulon

    « L’université affronte un manque total de personnel et une surcharge abominable de travail », s’indigne d’entrée Sylvianne Jacquet, membre de la Snasub-FSU à Toulon, syndicat des personnels administratifs et techniques de l’enseignement supérieur. « Aucun service ne va bien, poursuit-elle. Le surplus de travail pousse beaucoup de gens vers la dépression, et les départs à la retraite des fonctionnaires sont remplacés par des contractuels [agents recrutés par contrat, en CDD ou CDI, sans qu’ils ne possèdent le statut de fonctionnaire, ndlr]. Certains d’entre eux signent pour une fiche de poste sans savoir qu’ils réalisent les tâches auparavant partagées entre deux personnes ». Mais c’est aussi le statut précaire de ces employés qui inquiète le Snasub-Fsu. « Les contractuels ne sont pas à l’abri de perdre leur emploi. Ils n’ont pas la possibilité d’être titularisés, n’ont pas les primes que nous avons nous, en tant que fonctionnaires, ni la possibilité de passer des concours en interne, comme c’est le cas pour nous, insiste Sylvianne Jacquet. C’est aussi compliqué pour se mobiliser, car ils ont peur que leur poste ne soit pas renouvelé ensuite. Je les comprends. Ils n’ont pas la même sécurité que nous : ils peuvent être virés pour rien. » Et d’ajouter : « Ces embauches peuvent également être dévalorisantes pour certains fonctionnaires qui sont au cœur de leur métier et qui ont passé des concours pour occuper un poste ».

  • Une rentrée universitaire toute politique

    Une rentrée universitaire toute politique

    Ce mercredi 26 août France Universités a rassemblé une cinquantaine de présidents d’établissement à l’occasion de son assemblée générale de rentrée sur le campus de la Porte d’Italie.

    L’occasion de mettre en avant les grands défis auxquels doit répondre l’enseignement supérieur français, mais aussi les investissements insuffisamment à la hauteur des enjeux pour y parvenir. Et de se projeter sur les mois à venir, avec notamment l’échéance de l’élection présidentielle.

    « C’est aussi pour les universités l’occasion de réfléchir, de débattre de manière à pouvoir rencontrer les futurs candidats [à l’élection présidentielle, ndlr]. Et de voir comment ils se saisissent des propositions qu’on fera dans les prochaines semaines, dans les prochains mois », précise Lamri Adoui, le président de France Universités. Une démarche d’importance lorsqu’on sait qu’à l’extrême droite on en est encore à s’interroger sur le rôle de ces établissements supérieurs « bastions de la démocratie », et à les attaquer.

    Et de poursuivre : « L’été a démontré combien on avait besoin finalement de sciences et quelque part d’université, que ce soit en recherche ou en formation ». Les phénomènes extrêmes auxquels on a assisté, comme les épisodes de canicule et les méga-feux ne pouvant que nous inciter à travailler sur les enjeux de ressources en eau et de transition écologique, explique-t-il. Et il en va de même en matière de cybersécurité, de souveraineté nationale ou de compétitivité économique.

    « Il n’y a pas de puissance fondamentale telle que la France sans une recherche qui soit une recherche forte », insiste-t-il.

    Des sujets éminemment politiques qui doivent faire vivre le débat et aider à déterminer les orientations de demain.

    Quant à la question cruciale du financement ou plutôt du sous-investissement chronique des universités, le constat est clair : « la situation est préoccupante de façon générale et alarmante pour un certain nombre d’établissements », a rappelé le président de France Universités.

    « Un choix de société »

    Certes, les subventions augmentent – un tout petit peu – tous les ans, mais les transferts de charges supplémentaires sont tels qu’en réalité, les budgets sont à la baisse. Et de prévenir : « Si rien n’évolue dans les prochaines années, il est très clair que toutes les universités seront déficitaires à l’horizon 2030 ».

    Et comme personne ne sait aujourd’hui de quoi sera faite la représentation nationale, et quel budget sera voté en 2027, ni dans quelles conditions il sera voté, mieux vaut continuer de marteler le message, poursuit Lamri Adoui, de manière à ce personne n’ignore les enjeux.

    Parce que la seule solution, lorsqu’il n’y a plus de financements suffisants, « c’est de réduire les activités de formation et de recherche », prévient à son tour le président de l’université de Toulon Xavier Leroux. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la société que l’on veut construire. Et de préciser : « A Toulon nous ne sommes pas déficitaires, mais on a dû politiquement, stratégiquement faire des choix en interne que j’aurais voulu ne pas avoir à faire, mais il fallait les faire pour pouvoir continuer d’avancer ».

    À travers le sort réservé à l’université, ce pilier de la démocratie, et à son 1,8 million d’étudiants, « c’est un choix de société » qui est en train de se dessiner.

    France Universités qui prévoit de consacrer une partie de ses échanges de ce jeudi à l’élection présidentielle, indique que le 15 octobre prochain un grand colloque va porter sur la place de l’université dans la société. Et comment on pense son rôle dans le paysage de demain. « Ça sera pour nous l’occasion de faire connaître un certain nombre de nos propositions », conclut le président de l’association. De quoi nourrir la réflexion de cette rentrée étudiante et politique.

  • Le budget à l’os des Universités

    Le budget à l’os des Universités

    Les universités françaises vont mal ; financièrement s’entend. Le futur budget de la Nation redressera-t-il la barre ? Rien n’est moins sûr. Le plafond prévisionnel 2027 du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est fixé à 31,8 milliards d’euros, soit une légère hausse à peine au-dessus de l’inflation, donnée fluctuante s’il en est. Il ne sera donc, sans surprise, absolument pas au niveau des défis que doivent relever les universités déjà étranglées comme le révèle le rapport issu des Assises du financement des universités, rendu public le 24 juin.

    Ouvrir le débat démocratique

    De plus, ce budget, selon le gouvernement, « confortera les moyens des grands opérateurs de recherche, notamment le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), le Cnes (Centre national d’études spatiales), ainsi que ceux dédiés à la vie étudiante ». Des étudiants menacés de voir leur aide au logement réduite.

    Cerise sur le maigre gâteau budgétaire, faute de majorité pour la macronie à l’Assemblée nationale, la loi de finances 2027 pourrait ne pas être votée à huit mois de l’élection présidentielle et laisser place à une loi spéciale reconduisant le précédent budget.

    Une année « blanche » ? Plutôt « noire » pour le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Aussi, la décision des présidents d’universités de se mêler du débat lors de la campagne présidentielle, est une bonne nouvelle : le débat démocratique doit s’ouvrir et, parmi les enjeux du scrutin, la question des moyens publics pour les universités n’est pas la moindre.

  • La Métropole en soutien à l’IRD

    La Métropole en soutien à l’IRD

    C’est par un courrier adressé à Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et à Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères qui est d’ailleurs attendu à Aix-en-Provence et Marseille ce vendredi 31 juillet, que Nicolas Isnard, président de la Métropole Aix-Marseille Provence a plaidé en faveur du maintien des « missions et fonctions de l’IRD sur Marseille ».

    Le gouvernement envisage en effet une fusion entre l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), dont le siège est à Marseille, et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), basé à Paris. L’option inquiète chercheurs, agents et syndicats de ce fleuron (voir nos éditions du 23 et du 29 juillet).

    Une inquiétude partagée par la Métropole qui rappelle notamment que le travail de l’IRD « trouve sa logique dans une relation scientifique entretenue depuis les années 1980 avec des laboratoires marseillais, mais aussi dans la volonté du gouvernement de faire de Marseille son hub vers les pays de la Méditerranée et de l’Afrique ».

    Aussi le président de la Métropole demande-t-il explicitement au gouvernement « d’infléchir sa copie, afin que ce rapprochement ne se fasse pas au détriment du travail des équipes de l’IRD, qui ont besoin de la proximité avec leurs partenaires marseillais, ni de ses objectifs qui s’inscrivent dans l’accompagnement au développement des pays du Sud, notamment ceux de la Méditerranée et de l’Afrique, dont la Métropole est le hub naturel pour la France et l’Europe ».

  • Viol d’une étudiante à Aix : plusieurs élus réagissent

    Viol d’une étudiante à Aix : plusieurs élus réagissent

    Christian E., vient d’être mis en examen et placé en détention provisoire pour « enlèvement, séquestration, viols et agressions sexuelles avec menace ou usage d’une arme, menaces de mort, le tout en récidive légale », après avoir enlevé, puis violé une étudiante de 19 ans devant sa cité universitaire, vendredi soir dernier (voir notre édition du 13 juillet). Immédiatement, de nombreuses réactions ont occupé le débat public. Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, a répondu à la presse sur le sujet, lors de sa venue à Aix, ce jeudi. « C’est un événement dramatique. J’ai une pensée triste et émue, profondément, pour la victime (…). Il y a une enquête qui est en cours et on regardera ses conclusions, ainsi que la décision de justice qui iront derrière, a d’abord insisté le ministre. Cette question de sécurité des campus est au cœur des préoccupations à la fois des universités, des Crous, des rectorats… On est extrêmement attentifs. Il faut aussi donner un message de confiance aux étudiants. Les dispositifs sont en place aujourd’hui. Peut-être qu’il faut les renforcer (…) » à ses côtés, Benoit Delaunay, recteur d’académie, rappelle que « la mission de l’école comme de l’université est à la fois d’instruire et de protéger ceux qui nous sont confiés. Dans cette mission-là, les Crous jouent un rôle formidable. Il ne faut pas que cette affaire efface le travail quotidien mené par (ses) agents. » Plus tôt dans la semaine, Marc Péna, député PS de la 11e circonscription et conseiller municipal d’opposition appelle à l’examen et l’adoption « rapide » de la proposition de loi-cadre portée par la députée Céline Thiébault-Martinez « visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants ». Le maire de Gardanne, Hervé Granier (LR), est lui aussi monté au créneau, alors que Christian E. a été repéré comme habitant de « sa » commune. Une présence dont il explique ne pas avoir été informé. Il adresse une lettre aux parlementaires, demandant de « donner des moyens aux maires de protéger leurs concitoyens face aux auteurs d’infractions sexuelles ». Ce jeudi, la section du PCF d’Aix estime « qu’il est urgent de donner aux services publics les moyens d’agir » et « exige l’adoption d’une loi intégrale contre ces violences. »

  • Les universités vers plus d’autonomie

    Les universités vers plus d’autonomie

    Les quatre universités de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur vont vers plus d’autonomie et vers une stratégie propre à leur développement. C’est en tout cas le sens des Contrats d’objectifs de moyens et de performance (Comp) signés ce jeudi, au rectorat d’Aix-en-Provence, entre Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace et les présidents des universités d’Aix-Marseille (AMU), d’Avignon, de Toulon mais aussi de l’Université de la Côte d’Azur. C’est au rectorat d’Aix-en-Provence que les parties se sont retrouvées pour signer ces contrats, vingt ans après la loi dite Pécresse, actant l’autonomie des universités. Le lieu signe « une marque de confiance », pour le recteur, Benoit Delaunay. La signature de ces COMP – qui engage l’état pour une durée de cinq ans – est une première, en France, qui emboîte le pas à « une phase de préfiguration » lancée en 2025. Le 7 juillet dernier, le Ministre s’était rendu en Nouvelle-Aquitaine, pour signer les six premiers contrats de cette stratégie qui vise à s’étendre sur tout le territoire national.

    « Caps à long terme »

    « Ce qu’on fait, c’est s’adresser à chaque université. On leur demande d’afficher leur stratégie : que voulez-vous faire dans les années qui viennent ? Il n’y a pas deux universités qui sont pareilles. On acte le fait que les universités sont toutes différentes (…) Là on a des différenciations qui sont très fortes, qu’on assume pleinement au travers de ces contrats », déroule Philippe Baptiste face à la presse. Cette stratégie prend en compte, notamment, le modèle économique, la vie étudiante, mais aussi la carte de formation. « C’est pour cela que l’on discute avec la Région, qui est autour de la table et qui vient expliquer quelles sont ses priorités en termes de formation », précise le Ministre de l’enseignement supérieur, qui précisera : « Aujourd’hui, il y a des dotations qu’on donne tous les ans aux universités. En plus de ces dotations, pour ces Comp, il y a une sorte de bonus contractuel en plus, pas loin de 14 millions d’euros, mis sur la table aujourd’hui et qui sera rediscuté, renégocié chaque année (…) Au lieu de faire des pilotages annuels, ou l’on règle les problèmes les uns après les autres, c’est fixer des caps de long terme. Les universités décident ensuite des manières dont elle va utiliser ces ressources additionnelles ». Le ministre insiste : « si on regarde sur les dix dernières années il y a eu un effort budgétaire annuel de l’état qui a cru de manière extrêmement significative. » Du côté de la Région, représentée par Georges Leonetti, conseiller régional spécial délégué à la santé, de la lutte contre la pandémie, de l’enseignement supérieur et de la recherche, on salue « une petite révolution dans le monde universitaire ». à noter que les Crous d’Aix-Marseille et de Nice-Toulon, l’ARS, mais aussi des organismes nationaux de recherche s’investissent dans ce partenariat. « Nous croyons en la décentralisation. Elle sera réussie pour l’enseignement supérieur », ajoute Georges Leonetti. Quand Eric Berton, rappelle qu’AMU, dont il tient la présidence, « a toujours été une université expérimentatrice. Je n’ai pas hésité à aller sur les Comp, parce que je savais avec l’équipe politique et l’équipe administrative que nous allons réussir à atteindre les objectifs. » Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, d’ici la fin de l’année 2026, « l’École Centrale Méditerranée et Sciences Po Aix signeront à leur tour leur Comp, tandis que s’ouvre pour le rectorat la phase de suivi des contrats des quatre universités. »