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  • [Entretien] Mélissa Laveaux : « Si j’avais envie de faire beaucoup d’argent, je me tairais politiquement »

    [Entretien] Mélissa Laveaux : « Si j’avais envie de faire beaucoup d’argent, je me tairais politiquement »

    La Marseillaise : Comment vous êtes-vous lancée dans la musique ? Est-ce que ça a toujours été une passion pour vous ?

    Mélissa Laveaux : Non. Je voulais être médecin, puis peintre et ballerine. Je me suis mise à faire de la musique pour soutenir des associations pour lesquelles j’étais bénévole, comme des associations féministes d’Ottawa, la ville où j’ai grandi, qui soutiennent les femmes qui sont victimes de violences sexuelles, des associations punk. C’était mes communautés et c’est pour ça que je me suis lancée dans la musique. Tout le monde m’a dit qu’il fallait que je mette ma musique sur Myspace. Cela fait plus de 20 ans que je fais de la musique, donc Spotify n’existait pas encore. Pas mal de gens m’ont découverte sur Myspace, et c’est là où mon ancien label m’a repérée. Maintenant, je suis devenue une artiste indépendante et autoproduite.

    La Marseillaise : Vous chantez en plusieurs langues, mais plus en français. Pour quelle raison ?

    Mélissa Laveaux : Je chantais en français, mais on m’a dit que mon français n’était pas correct, alors que je suis francophone, c’est ma langue maternelle. Du coup, j’ai arrêté de chanter en français en France. Je l’ai vraiment pris comme une insulte personnelle. Je refuse de chanter en français en France. J’ai perdu l’envie. Par contre, je chante en français au Québec. Et je chante en créole parce que physiquement, sensoriellement, c’est hyper délicieux. C’est comme manger un bon dessert. Je compose par rapport au goût.

    La Marseillaise : Quelles sont vos inspirations musicales ?

    Mélissa Laveaux : J’aime beaucoup le groupe écossais Young Fathers. J’ai toujours aimé Nina Simone. Après, il y a une énorme panoplie de chansons qu’on m’a fait écouter quand j’étais plus jeune. J’étais beaucoup inspirée par la Tropicalia brésilienne, par des artistes cubains, des femmes à la guitare. C’est ce qui m’intéresse beaucoup.

    La Marseillaise : Vous vous considérez comme un ovni ?

    Mélissa Laveaux : Oui. J’aimerais beaucoup qu’il y ait d’autres personnes qui fassent de la musique bizarre. Je trouve que je fais de la musique bizarre parce que j’écris pas de chansons d’amour. J’écris des chansons sur la mort, sur la maladie, sur la destruction de la planète. Si j’avais envie de faire beaucoup d’argent, je chanterais des chansons d’amour et je me tairais politiquement.

  • Cette entreprise adaptée varoise veut grandir et recruter malgré le manque de locaux

    Cette entreprise adaptée varoise veut grandir et recruter malgré le manque de locaux

    Trouver un nouveau local : telle est aujourd’hui la priorité de CVSI-EA à Cuers. Installée depuis 2017 dans la commune, cette entreprise adaptée, spécialisée dans la signalétique industrielle, souhaite développer son activité. Un projet toutefois freiné par la difficulté à trouver un bâtiment adapté à ses besoins.

    « ça fait six mois que je cherche un local, explique Franck Raymond, président de CVSI-EA. On a besoin de bâtiments climatisés. On peut produire sur des plages de température entre 18°C et 22°C. Il faudrait multiplier par deux notre espace actuel, avec une zone de stockage. Mais ça, dans le Var, c’est très compliqué à trouver. »

    Pour mettre en lumière cette entreprise de l’économie sociale et solidaire (ESS), Denis Philippe, président de la Chambre régionale des entreprises de l’ESS Provence-Alpes-Côte d’Azur (Cress Sud), a organisé, ce mardi, une visite de presse du site cuersois. « Le rôle de la Chambre régionale, c’est de mettre cette entreprise en visibilité », rappelle-t-il.

    Insertion et performance économique

    Le site de Cuers est le plus récent des trois établissements du groupe. Dans cet atelier de 260 m², six salariés fabriquent panneaux, enseignes, marquages et supports de signalétique pour de grands groupes comme EDF, la Société générale, Groupama ou encore la RATP. « On est les seuls en France à faire de la signalétique notre seul métier », souligne Franck Raymond.

    La particularité de CVSI-EA réside aussi dans son modèle social. Environ 75% des salariés sont en situation de handicap. Pour le dirigeant, l’objectif est avant tout de permettre à ces travailleurs de retrouver leur place dans l’emploi. « Le premier handicap de ces personnes qui ont été écartées de l’emploi, c’est le manque de confiance », estime-t-il.

    Un modèle salué par Denis Philippe. « Il faut que l’entreprise soit performante, mais aussi permettre à des gens d’avoir une existence sociale, souligne le président de la Cress Sud. Permettre à ceux qui pourraient être marginalisés de continuer à mener une vie normale. »

    Aujourd’hui, CVSI-EA envisage l’acquisition d’une nouvelle machine estimée à 500 000 euros. Un investissement qui pourrait permettre à terme de porter les effectifs locaux à 40 ou 50 salariés. « On est capable de se payer la machine », assure Franck Raymond. Reste désormais à trouver le bâtiment qui permettra à l’entreprise de poursuivre son développement dans le Var.

  • Le maire Dominique Lain s’est éteint à l’âge de 61 ans

    Le maire Dominique Lain s’est éteint à l’âge de 61 ans

    Le Var est en deuil. Dominique Lain, maire du Luc-en-Provence, est décédé dimanche 14 juin aux alentours de 23 heures, à l’âge de 61 ans. Hospitalisé à l’hôpital de la Timone à Marseille après un infarctus survenu à la fin du mois de mai, il avait été opéré, mais n’a finalement pas survécu. L’annonce a été faite par la mairie sur Facebook.

    « Engagé »

    La semaine dernière, l’élu avait annoncé sa mise en retrait de la vie politique pour quelques mois. Élu maire en 2020 puis reconduit en mars dernier, il était également conseiller départemental depuis 2015, vice-président du conseil départemental du Var chargé de la sécurité et de la prévention des risques, président du Sdis 83 (Service départemental d’incendie et de secours) et de la communauté de communes Cœur du Var.

    Le préfet du Var Simon Babre, dans un communiqué, salue « un élu de terrain, proche de ses concitoyens, engagé pour offrir une ambition à sa commune du Luc-en-Provence et pour la concrétiser ».

    L’émotion est forte dans le département. Le président du conseil départemental, Jean-Louis Masson, a évoqué « une immense tristesse » après la disparition de son « ami fidèle ». Il a salué « un élu d’exception, profondément attaché à son territoire et à ses habitants », soulignant son « courage », sa « loyauté » et sa « profonde bienveillance ». Dans un communiqué, les sapeurs-pompiers du Var décrivent un « président disponible et impliqué ». Les hommages se multiplient également de la part de nombreuses personnalités politiques varoises, tels que Thierry Bongiorno, maire de Gonfaron, ou Yannick Simon, ancien maire de Cabasse et ancien président de Cœur du Var, tous deux proches du disparu.

    Au Luc-en-Provence, un livre de condoléances a été ouvert à l’accueil de la mairie. La première adjointe, Élisabeth Mariottini, devrait assurer l’intérim à la tête de la commune jusqu’à l’élection d’un nouveau maire par le conseil municipal.

  • Un projet de Maison de la démocratie pour relancer l’intérêt pour la politique à Toulon

    Un projet de Maison de la démocratie pour relancer l’intérêt pour la politique à Toulon

    Elles veulent poursuivre sur leur lancée et œuvrer pour le débat démocratique. Engagées au sein de Toulon en Commun lors des élections municipales, Marie-Elise Vidal, 23 ans, et Charlotte Clementi, 28 ans, toutes deux militantes écologistes, ont lancé, dans l’entre-deux-tours, le mouvement « Jeunesse Populaire Toulonnaise », face au risque de voir le RN accéder au pouvoir, mais aussi avec la volonté de redonner une voix à la jeunesse face au « sentiment que la politique se fait sans eux. On s’est dit qu’il fallait un élan pour réveiller les consciences, et travailler sur la jeunesse car à Toulon, il n’y a pas cette dynamique présente dans d’autres villes », soutient Charlotte Clementi.

    Un lieu qui dépasse

    les clivages partisans

    C’est donc dans cette optique que les deux amies veulent aujourd’hui créer une Maison de la démocratie, « un lieu physique mais aussi conceptuel, où tous les citoyens peuvent débattre ». Une idée née de leur expérience de campagne : « On a constaté que les jeunes n’étaient pas très engagés, mais aussi qu’il y avait une méconnaissance globale des enjeux locaux. »

    Pour changer cela, et lutter contre l’abstentionnisme, « une des bases du projet », cultiver la confiance est primordial : « Il faut informer les gens, pour qu’ils se sentent écoutés, participent, comprennent les choses, et que les décisions ne soient pas simplement prises à la mairie », appuie Marie-Elise Vidal, qui voit en ce projet une possible rampe de lancement pour « des projets participatifs, où les gens seraient consultés sur ce qu’ils veulent mettre en place, dans leur rue, leur quartier ».

    S’il sera protégé par une charte de respect des valeurs républicaines, de la tolérance et de la diversité, « ce qui pourrait de fait exclure certaines personnes », le lieu se voudra ouvert à tous, sans distinction d’âge, et au-delà des clivages partisans. Car il s’agira aussi de « comprendre pourquoi nous avons autant de désaccords, et pourquoi n’y aurait-il pas des choses pouvant nous rapprocher dans une politique de ville. On ne veut pas être reconnu à travers nos attaches partisanes. Chacun aura son espace », affirme Marie-Elise Vidal.

    Un concept basé sur des expériences similaires en place à Tours et Montpellier, par exemple, pour lequel les deux militantes espèrent un engagement de la mairie, avec qui un rendez-vous est prévu dans les jours à venir. « Il faut que ce soit ancré dans la vie toulonnaise. La mairie y a tout intérêt, pour inclure les citoyens et lutter contre le mécontentement », veulent-elles croire.

  • Apprendre à nager au Novotel-Sofitel

    Apprendre à nager au Novotel-Sofitel

    « C’est le hasard qui nous a fait rencontrer l’association le Grand bleu, l’an passé. Nous avions un voiturier bagagiste qui les connaissait. Ça a été un véritable coup de cœur », lance Vincent Gaymard, directeur du Sofitel et Novotel Marseille Vieux-Port. Poursuivant : « On fête nos 50 ans cette année. Ouvrir nos portes à ses petits Marseillais, ce n’est pas neutre. Certains n’étaient jamais rentrés dans un hôtel. Ça donne du sens à notre engagement, apprendre à nager, mais aussi à respecter les océans. »

    Des partenariats nécessaires

    Dans la piscine, les enfants, bonnet jaune sur la tête, tentent l’étoile de mer encadrés par les maîtres-nageurs. La surprise, c’est le calme. Les enfants sont dans l’eau et quelques clients de l’hôtel bronzent sur des transats paisiblement.

    Grâce au dispositif d’aisance aquatique et apprentissage de la natation durant les temps scolaires, qui lie la Ville, l’État et l’association, cela fait maintenant 5 ans que les écoliers s’initient. « Cette semaine, 100 enfants ont bénéficié du dispositif. Une partie à la piscine du Novotel-Sofitel et l’autre sur le site de Corbière grâce à un bassin gonflable », explique Brahim Timricht, directeur de l’association. Il ajoute : « Ils ont pu bénéficier d’une formation en 3 temps soit avec de l’éducation à l’environnement en partenariat avec la fondation Suez, une initiation kayak paddle et des notions d’apprentissage aquatique. Les enfants pourront poursuivre la formation gratuitement avec l’association dans différents lieux*. » Depuis 13 ans, 17 000 enfants ont appris à nager avec le Grand bleu. « Nous sommes toujours en carence », soupire-t-il.

    *En juillet : piscine des Micocouliers ou sur la base nautique Florence-Artaud. En août : piscine de la Busserine , ou sur le site de Corbière tout l’été. Web : legrandbleumarseille.com

  • Six entreprises innovantes et « positives » mises à l’honneur

    Six entreprises innovantes et « positives » mises à l’honneur

    Près de 200 personnes se sont réunies ce jeudi au Stade marseillais université club (Smuc) à Marseille à l’occasion de la 12e édition des trophées des entrepreneurs positifs organisés par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) des Bouches-du-Rhône. Sur 75 TPE et PME candidates, six entreprises du département ont été récompensées selon 6 catégories pour leur engagement social ou environnemental et représenteront le département lors de la finale régionale en novembre. Parmi les lauréats figurent Benmecheta à Martigues, distinguée pour sa préservation des écosystèmes marins, bAAM! à Marseille pour son engagement pour une nutrition bio, Tiers-Lab des transitions à Marseille pour sa coopération avec des associations locales, VB Tech à Marseille pour son innovation sur les maladies neurologiques, Ma petite fraterie à Tarascon pour son travail sur le bien commun, ou encore Jouga à Aix-en-Provence pour son modèle de réemploi de jouets.

    Un territoire qui regorge de talents

    Cette cérémonie a récompensé des dirigeants qui ont choisi d’entreprendre « autrement », en conciliant performance économique et impact positif. « Être entrepreneur aujourd’hui n’est pas un long fleuve tranquille. Face aux tensions, ils prennent des risques (…) Ces trophées sont la preuve que notre territoire regorge de talents, d’énergie et d’engagement », a souligné Corinne Innesti, présidente de la CPME 13.

  • Marcegaglia investit 600 millions d’euros dans son projet Mistral

    Marcegaglia investit 600 millions d’euros dans son projet Mistral

    Après l’échec du projet Carbon, c’est une nouvelle qui met du baume au cœur au secteur industriel. En marge du sommet Choose France, qui s’est ouvert ce lundi à Versailles, Marcegaglia annonce un investissement de 600 millions d’euros supplémentaires pour son projet Mistral, à Fos-sur-Mer. Le montant total mobilisé atteindra ainsi environ 1,2 milliard d’euros sur le site.

    L’aciériste italien, qui a repris le site Ascometal en juin 2024, entend moderniser l’outil de production historique pour passer d’environ 100 000 tonnes à 150 000 tonnes d’aciers spéciaux par an (activité historique de l’usine), et construire une nouvelle unité de production pour produire 2 millions de tonnes d’aciers standards bas-carbone par an, d’ici 2028.

    Cette dernière « intégrera l’intelligence artificielle et sera alimentée par une électricité décarbonée, visant des performances de référence en sobriété énergétique et en empreinte carbone », souligne le groupe, qui a conclu, il y a un an, un accord partenarial de fourniture d’électricité d’origine nucléaire d’au moins dix ans avec EDF.

    La nouvelle unité de production fera partie des toutes premières de ce type en Europe et permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80% par rapport à une production en cycle complet. « En France, on avait pas vu de projet de cette envergure depuis 50 ans », note François Barges, délégué syndical CGT à Fos. Elle couvrira environ 35% des besoins du groupe Marcegaglia en coils et brames, avec pour objectif d’approvisionner principalement ses installations en aval, en Italie, pour ses différents clients.

    Les voyants au vert

    Si, pour le moment, la décision finale d’investissement n’a pas encore été rendue, l’élu du personnel assure qu’il y a « des signaux positifs et des voyants au vert » concernant ce projet. « On est en phase de recrutement », confie-t-il. Alors que l’usine emploie 320 salariés, les effectifs devraient atteindre 700 employés une fois « Mistral » opérationnel. Fin avril, Marcegaglia avait déjà annoncé la signature d’un accord stratégique de 450 millions d’euros avec Danieli, portant sur la fourniture d’équipements sidérurgiques et de pièces de rechange destinés à sa future aciérie de brames à faible empreinte carbone. Néanmoins, François Barges nuance : « En termes de modernisation, on y est pas du tout. Au contraire, le marché est atone, on court après les volumes, notamment pour le fil. » Le délégué syndical résume : « L’acier chinois inonde le marché et nousn on en pâtit. »

    En avril dernier, les institutions bruxelloises ont trouvé un accord ambitieux de sauvegarde de l’acier européen, qui devrait apporter un peu de répit au secteur industriel.

    Le texte européen, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet, assurera une meilleure traçabilité des produits et introduira une limitation des volumes d’importation en franchise de droits à 18,3 millions de tonnes par an, soit une réduction de 47% par rapport aux quotas de 2024. Ces nouveaux quotas sont calés sur les niveaux d’importation de 2013, avant que le marché ne soit déséquilibré par la montée en puissance des surcapacités chinoises. Un droit de douane de 50% s’appliquera aux importations dépassant le contingent et aux produits sidérurgiques non-couverts par celui-ci. Actuellement, cette taxation s’élève à 25%.

    En attendant, à Fos-sur-Mer, « pour l’année 2026, ça va devenir compliqué, déplore François Barges. Il y a des réorganisations de secteurs en cours et des périodes conséquentes de chômage partiel. (…) Entre ce qu’on nous annonce et ce qu’on vit, il y a deux mondes, et la problématique est là. »

  • Ernest Pignon-Ernest réactive les mémoires à Martigues

    Ernest Pignon-Ernest réactive les mémoires à Martigues

    Dur de circonscrire l’œuvre de l’un des pionniers de l’art urbain dans un espace fermé. Un défi pourtant relevé par le Musée Ziem, qui donne à voir au public gratuitement, du 23 mai au 15 novembre, la « carte blanche » qu’il octroie à Ernest Pignon-Ernest. Un « compagnon de route » de la ville de Martigues, où il a construit « un espace artistique avec des habitants qui s’en souviennent encore aujourd’hui », contextualise le troisième adjoint au maire, Florian Salazar-Martin. Et laissé sa trace, notamment dans les années 1980, illustrent certains de ses projets comme Prométhée et la Martégale.

    « À cette époque, on assistait dans la région à des relents racistes et une ville était tombée aux mains du Front national. J’ai presque copié le tableau qui représentait cette femme, qui pouvait venir aussi bien d’un côté que de l’autre de la Méditerranée », rappelle Ernest Pignon-Ernest. « Comme une rétrospective », situe Céline Laudin, directrice du Musée Ziem, qui parcourt la vie et l’œuvre du plasticien niçois, désormais 84 printemps, marquées au fer rouge par sa mobilisation dans le contingent des appelés lors de la guerre d’Algérie, dont on trouve trace sur l’un de ses premiers dessins, réalisé en 1962 : un taureau digne de Guernica collé sur du papier journal de la Dépêche d’Alger.

    Mais ce n’est que quelques années plus tard que celui qui se vouait à l’origine à la peinture, décide « d’intervenir directement sur les lieux eux-mêmes. Pour les stigmatiser et non pas les figurer », se remémore l’artiste, qui répond alors à « une alerte de René Char, qui s’élève contre l’implantation de la force de frappe atomique sur le plateau d’Albion. Mon œuvre n’est pas le dessin lui-même, mais ce qu’il provoque dans la rue », souligne-t-il, devant des photos de son intervention au métro Charonne, tapissant des cadavres sur les marches de la bouche. Pour réactiver la mémoire collective autour de la répression d’une manifestation contre la guerre coloniale ayant provoqué huit morts et 250 blessés en ces lieux en 1962.

    Éphémère vivace

    « La mort annoncée de mes images fait partie de la proposition », répète à l’envi Ernest Pignon-Ernest. Un credo rimbaldien assumé par cet homme qui transpire aussi la littérature par tous ses pores, montre ainsi une série de photos avec le poète du Dormeur du val, de Charleville à Paris. Bordel, un peu de poésie et de politique ne peuvent que hisser vers le sursaut. Sa référence ultime ? Pier Paolo Pasolini, écrivain « visionnaire » qui a annoncé « l’appauvrissement et le recul culturel de la société ». Dans ses performances urbaines, Ernest Pignon-Ernest l’a ainsi placardé sur certains lieux emblématiques de son existence, comme à Ostie où il fut assassiné. « C’est lui qui porte son corps, comme s’il nous disait : qu’est-ce que vous avez fait de ma mort ? », décrypte-t-il. Que dire encore de son hommage à Antonin Artaud dans des salles abandonnées de l’hôpital d’Évry, où le poète marseillais est mort, comme si ce dernier se poignardait le dos à coups de crayon. Autant d’auteurs faisant cruellement défaut dans notre époque aseptisée, son dernier exemple en date étant sa série représentant l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich. « C’est l’image de lui en train d’avancer », commente le plasticien devant des images réalisées il y a une dizaine d’années, de Gaza à Ramallah.

    Un éclaireur et des traces

    Ernest Pignon-Ernest réactive et exalte la mémoire humaine, souvent sur les lieux de son affliction. « Cela peut nous suggérer autant d’imaginaires qu’un roman », estime-t-il. Parfois, « pas besoin de mettre un dessin, l’œuvre est déjà là », indique-t-il devant sa série Les expulsés (1977). « Mon matériau, c’est l’événement lui-même, et quelques fois, les lieux », prouve l’un de ses actes réalisé en 1974 – des habitants noirs derrière des barbelés – en réaction au jumelage de sa ville natale de Nice avec celle du Cap, en Afrique du Sud, en plein Apartheid. Doux euphémisme de dire qu’Ernest Pignon-Ernest est habité par la mémoire humaine et des lieux. Symbole suprême avec ses collages en souvenir de Maurice Audin, mathématicien et militant communiste pour l’indépendance de l’Algérie, assassiné par l’armée française, à l’endroit même « où il a été torturé ».

  • La Marseillaise des Femmes passionne

    La Marseillaise des Femmes passionne

    Après le rose en 2024, puis le bleu l’année passée, le jaune s’est invité sur les maillots des participants de la 13e édition de La Marseillaise des femmes. Ils étaient plus de 8 500, femmes et hommes confondus, à s’élancer, dimanche matin depuis le parc Borély, pour parcourir un tracé de 5,4 km. Coureurs du dimanche ou passionnés de course à pied, chacun avance à son rythme sur cette distance accessible à tous. « Surtout quand on n’a plus 20 ans », sourit Ginette.

    Cette Marseillaise participait pour la première fois à l’événement, aux côtés de son amie Marie-Pascale, adepte de marche nordique à la Maison du bel âge. « C’est sympa, c’est festif et ça nous incite à faire un effort physique. Il y a toutes les classes sociales, tous les âges et toutes les origines. J’aime les événements où tout le monde se mélange », souligne la septuagénaire, surprise de voir autant d’hommes prendre part à La Marseillaise des femmes.

    Prise de conscience

    Car ces messieurs ne peuvent participer que sur invitation d’une femme, et seuls les temps des participantes sont pris en compte dans les classements finaux. « Je comprends parfaitement le sens premier de cet événement, mais je trouve dommage que les hommes aient des maillots différents de ceux des femmes », estime Martin, venu accompagner plusieurs collègues et facilement repérable avec son maillot vert.

    « Au tout début, ils étaient bien moins nombreux, mais depuis quatre éditions, grosso modo, ils représentent entre 10 et 11% des participants. Ils viennent passer un bon moment avec leurs conjointes ou leurs filles », explique Christine Rollais, présidente du Club des Marseillaises, l’association organisatrice.

    « Nous sommes plutôt contentes de cette prise de conscience : ils défendent les causes que nous portons, à savoir la lutte contre les violences faites aux femmes, avec Amnesty International et la recherche contre le cancer du sein, et avec la Fondation pour la recherche médicale », poursuit-elle.

    Un euro sur chaque dossard est d’ailleurs reversé à ces deux associations. En seize éditions, plus de 170 000 euros ont ainsi été récoltés. « On est contentes de pouvoir les aider, mais en même temps, on regrette d’avoir encore besoin de le faire. Cela signifie que les violences faites aux femmes existent toujours malheureusement en 2026. C’est pareil pour le cancer du sein : même si la recherche progresse avec des avancées extraordinaires et un taux de mortalité en baisse, notre engagement aux côtés de ces associations reste nécessaire », insiste la présidente, fière du travail accompli par son équipe. Même si la participation n’a pas atteint le niveau record de la précédente édition, qui avait réuni plus de 10 100 personnes. Une légère baisse qu’elle avait anticipée.

    Difficultés d’organisation

    « On s’y attendait un peu parce que l’événement tombait pendant un week-end de trois jours. Mais c’était le seul week-end du mois de mai où l’on pouvait l’organiser dans les meilleures conditions afin qu’un maximum de personnes puissent participer », explique Christine Rollais.

    La présidente confie toutefois que la fréquentation a finalement dépassé les prévisions établies avant la course, malgré les menaces de pluie au-dessus du Parc Borély. Comme en 2024, l’organisation a dû se tourner vers ce site « sympa et choupinou », mais espère retrouver, dès l’an prochain les plages du Prado. « Moi, la mer, je ne peux pas y résister », glisse la Marseillaise.

    Présent sur place aux côtés d’Anthony Canali et de Cyprien Vincent, élus des 6e et 8e arrondissements, le nouvel adjoint aux sports de Marseille, Éric Méry, a affiché son soutien à La Marseillaise des femmes. « L’objectif, s’il n’y a pas de superposition d’événements, c’est un retour sur les plages du Prado. Il n’y a aucun sujet là-dessus », assure l’avocat phocéen, président du collectif MadMars.

    Verdict l’année prochaine.

    « Notre engagement aux côtés
    de ces associations reste nécessaire »

  • La Marseillaise des Femmes allie sport, fête et engagement aux plages du Prado

    La Marseillaise des Femmes allie sport, fête et engagement aux plages du Prado

    Une course engagée. Le message de La Marseillaise des femmes est clair : rassembler autour de la santé et des droits des femmes. Plusieurs milliers de personnes s’apprêtent à prendre part à la 16e édition de cet événement, qui a réuni plus de 10 000 participants lors d’une édition record, l’an passé.

    Comme chaque année depuis sa création, le peloton, composé très majoritairement de femmes – les hommes pouvant participer uniquement sur invitation et la volonté de renoncer au classement – va devoir parcourir une distance de 5,4 km entre les plages du Prado et l’Escale Borély. « On essaye chaque année de rassembler dans une ambiance chaleureuse et festive, pour faire du sport tout en soutenant des causes caritatives », souligne Christine Rollais, présidente du club des Marseillaises, l’association organisatrice.

    Une partie des inscriptions sera reversée à la Fondation pour la recherche médicale, dans le cadre de la lutte contre le cancer du sein, et à Amnesty International pour la défense des droits des femmes. Cette démarche suit les initiatives lancées par l’organisation depuis la dernière édition. La Marseillaise des femmes s’est notamment engagée, lors d’Octobre Rose, en soutenant la Fondation pour la recherche médicale, avant de lancer l’opération « Résiste » en faveur d’Amnesty International en mars. Depuis 2010, plus de 175 000 euros ont été reversés à ces deux associations caritatives.