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  • [Entretien] Magali Menut : « Rompre le silence, c’est mettre un équilibre en péril »

    [Entretien] Magali Menut : « Rompre le silence, c’est mettre un équilibre en péril »

    La Marseillaise : Au vu des affaires dont elle a souffert, quelle a été la prise de conscience de l’Église ?

    Magali Menut : Ça a débuté avec le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), en 2019. À partir de là, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) a été créée, dédiée aux mineurs. Une somme est proposée à la victime, ainsi que d’autres démarches de réparation (rencontre avec l’évêque, lettre de reconnaissance…). Il y a aussi la Commission reconnaissance et réparation (CRR), qui travaille avec les congrégations, mais toutes ne sont pas tenues d’en faire partie. Le celebret numérique [sorte de carte d’identité pour prêtre, Ndlr] a aussi vu le jour. Il est relié à un registre et un prêtre condamné en justice, ou restreint pour certains motifs, peut être reconnu à l’aide d’un QR code. Il y a aussi le tribunal pénal canonique national (TPCN), créé en 2022, pour délocaliser et éviter des conflits d’intérêts. Enfin, les évêques et les parquets ont signé plus de 80 protocoles. Ça permet au procureur de se saisir rapidement d’un dossier lié à l’Église.

    Comment expliquer les mécanismes du silence dans l’Église ?

    M.M. : Ce n’est pas le fait d’un groupe particulier, mais d’une société entière qui a fermé les yeux sur ces horreurs. L’Église est dans un temps de la société. Le mouvement « MeToo » a devancé les scandales, mais a aussi permis de s’y préparer. On est toujours à un moment T de l’histoire et le silence n’était pas que dans l’Église, mais dans la société dans son ensemble. Un enfant qui parlait n’était écouté dans aucune sphère. Ensuite, l’Église, comme les familles croyantes, pensait à tort que les enfants ne comprenaient pas ce qu’il se passait et oubliaient, notamment en ce qui concerne des actes qui les dépassent. Et puis la paix sociale était plus importante que la parole de l’enfant. Des personnes craignaient que le fait de parler les pénalise socialement, que le diocèse ferme leur commerce, par exemple.

    Pourquoi est-il si difficile de parler pour les victimes ?

    M.M. : Il y a l’amnésie traumatique, un mécanisme de survie, qui implique que la personne ne sait pas ce qu’il se passe en elle, mais le ressent. Un jour, elle sort de cette amnésie pour entrer dans la mémoire traumatique. Elle vit alors avec des souvenirs fragmentés, des réminiscences, jour et nuit. Elle revit le viol ou l’agression à l’identique. Nombre de personnes restent dans l’amnésie traumatique. Rompre le silence, c’est mettre en péril un équilibre difficile à trouver. On ne veut pas briser l’innocence des enfants, culpabiliser son entourage, donc on ne parle pas. Et puis, il y a le transfert de culpabilité. La victime a honte vis-à-vis de sa famille, de ses valeurs. Certains pensent qu’ils sont maudits de Dieu. C’est monstrueux, car ils se retrouvent privés de l’accès à leur foi. Notre travail est de leur permettre de retrouver leur place dans l’Église et dans la société.

  • 58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    Voilà maintenant deux ans que l’affaire Bétharram noircit les pages des journaux à travers l’Hexagone. Cet établissement privé catholique sous contrat, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), se trouve au cœur d’une affaire de violences physiques, morales et sexuelles commises contre des élèves entre les années 1950 et 2010.

    En février dernier, Mediapart révélait l’intervention de François Bayrou, en 1998, auprès d’un juge d’instruction pour défendre l’institution privée catholique Notre-Dame de Bétharram, dans laquelle étaient inscrits plusieurs de ses enfants. L’établissement avait été mis en cause pour des violences ayant conduit au handicap d’un élève, en 1996.

    En 1998, le prêtre Pierre Silviet-Carricart, directeur de l’institution (1976-1981, puis 1987-1993), était mis en examen pour viol et tentative de viol sur mineurs. Partiellement étouffée en 2000 avec le suicide de l’accusé, l’affaire revient sur le devant de la scène avec les témoignages de 212 victimes, à partir de 2023.

    L’ancien Premier ministre répète qu’il n’était pas au courant et dément toute intervention. Une ligne de défense qu’il tient sans relâche. Car si certains faits peuvent être prescrits, la date de leur révélation reste juridiquement déterminante. L’article 434-3 du code pénal stipule que « le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger […] de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives […] est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros € d’amende ». Des peines « portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende », selon la loi n° 2018-703 du 3 août 2018, si le mineur a moins de 15 ans.

    L’article 40 du code de procédure pénale précise quant à lui que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur ». « C’est valable pour le public. Pour l’enseignement catholique, faut-il traduire l’article 40 en latin ? », lance Jean-François Aubry, ancien élève de l’institution Sainte-Marie – Les Maristes, à La Seyne. L’affaire Bétharram l’a rappelé à sa propre histoire. Au point de prendre la parole, près de 60 ans plus tard.

    Nous sommes en 1967, l’intéressé a 10 ans. Au sein de l’établissement travaille M. Coutendin, surveillant d’internat. Bruno, ancien camarade de classe de Jean-François Aubry, le décrit comme prompt au favoritisme, « mais rien ne me laissait penser qu’il avait un comportement déviant ». Pas même les nuits où le surveillant le conduit dans sa chambre pour le laver, après qu’il ait mouillé ses draps. A posteriori, Bruno conçoit avoir sans doute été victime de voyeurisme, mais pas d’attouchements. Jean-François Aubry, lui, fait partie des « favoris » malgré lui. Le garçon est entré chez les Maristes en octobre 1966. En 1967, il dit subir un viol de la part dudit surveillant. Le jeune garçon parle à son confesseur, « mais ce qui se dit dans un confessionnal n’en sort jamais, et je ne sais pas si ce vieux père mariste, qui m’inspirait tant de confiance, a fait une entorse. En ce temps-là, on ne parlait pas de ça, (malgré) l’article 40 », décrit-il dans une lettre adressée à la direction de l’institution, en avril.

    Pour le faire taire, il est « envoyé au cachot ». Alertés, ses parents le retirent de l’école, en novembre de la même année. Mais le mal est fait et l’omerta trop importante, selon celui qui est devenu journaliste et auteur. « Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais si peu de mémoire de mon enfance. Elle a disparu à la porte de votre établissement, voici près de soixante ans », dénonce-t-il dans ses courriers aux Maristes. Au-delà de la mémoire, les mots ne sortent pas pendant des décennies. Bloqués par la peur, la honte, la douleur. Sa langue se délie en de rares exceptions, comme en 2008, dans son roman intitulé Vous m’aurez tant manqué, dans lequel il écrit, à une époque où il s’efforçait d’oublier : « J’avais 10 ans quand j’ai appris à haïr Dieu. Haïr les mensonges et les silences sales des Pères Maristes, haïr les non-dits des adultes. »

    Le changement de fonction de M. Coutendin, éloigné de l’internat, mais resté en poste pendant 14 années supplémentaires en tant que surveillant de jour, lui donne la conviction que des personnes « savaient. On ne m’a pas retiré car la soupe n’était pas bonne. Comment peut-on dire qu’ils ne savaient pas ? »

    Cinq victimes recensées

    Pourtant, rien ne ressort des investigations menées par la direction actuelle de l’école (qui recense cinq victimes du même homme), auprès de rares personnes encore en vie ayant connu le surveillant, et de documents peu probants : « Les personnes qui ont côtoyé M. Coutendin au tout début de leur carrière et à la fin de la sienne, en 1980, le décrivent comme quelqu’un qui ne faisait pas de bruit, dont on ne se rappelle pas. En termes de traces écrites, je n’ai rien trouvé », affirme Marie-Christine Jolivet, directrice de l’établissement, qui ne se dit cependant « pas surprise d’apprendre cela, avec la libération de la parole sur une institution aussi ancienne que la nôtre, dotée d’un internat ». Quant à son changement de fonction, « ça pouvait être pour plein de raisons. C’est usant de travailler dans un internat. Est-ce que c’était un souhait de sa part ou de celle des Pères ? Aucune idée ».

    Les relations entre l’institution et Jean-François Aubry sont aujourd’hui apaisées. Lorsqu’il décide de parler, en avril, la direction ne se dérobe pas : « J’en étais resté à l’incroyable déni des responsables de l’institution, il y a soixante ans, et j’ai donc été surpris de l’attention portée aux abus dont j’ai été victime. Tant d’écoute, tant d’empathie, m’ont secoué. Les images que j’avais étaient sombres, pleines de mensonges, et là, j’avais en face de moi des gens qui savaient parfaitement, après leurs recherches, que je n’avais pas été le seul. Ils en étaient eux aussi bouleversés. Je les crois réellement sincères. Ça m’a réconcilié avec l’institution mariste, pas avec l’Église. »

    Plutôt que de s’engager « dans une procédure pénale trop longue et épuisante », l’homme de 68 ans a sollicité la Commission reconnaissance et réparation (CRR), structure indépendante fondée en 2021 pour la réparation des violences sexuelles commises par des membres des congrégations ou ordre religieux. Sa demande est à l’étude : « La réparation par le fric, c’est autre chose. Mais le fait que ce soit reconnu est une réparation essentielle. »

  • Les sciences envahissent la place et l’espace Bargemon

    Les sciences envahissent la place et l’espace Bargemon

    Une éolienne en papier à la main, des écoliers de primaire quittent, le sourire aux lèvres, la place Bargemon. Derrière eux, un village des sciences, organisé par l’association des Petits débrouillards, a pris place tout autour de la mairie centrale de Marseille, depuis vendredi matin. Réservés vendredi aux scolaires, de la primaire au BTS, les stands montés à l’occasion de la fête nationale de la science ouvrent gratuitement leurs portes au public, ce week-end.

    Reconstitution de crânes, éprouvettes, microscopes et camp de base pour aller sur la Lune ont envahi l’hôtel Puget, la place et l’espace Bargemon jusqu’à dimanche. La soixantaine de stands, tenus par des laboratoires, associations ou entreprises innovantes sont réunis par thématiques. « Il y a d’abord un pôle autour du thème de la fête de cette année, qui est “intelligences”. Il y a des neurosciences, l’étude des intelligences animales ou sur l’intelligence artificielle, explique Lucille Rombi, chargée de mission fête de la science de l’association des Petits débrouillards. Il y a ensuite un pôle environnement, astronomie, mathématiques, santé et sciences sociales. »

    Chaque stand propose des activités différentes et ludiques en rapport à son domaine. La classe de CM1 de l’école de la Corderie (7e) a, par exemple, pu sentir et observer des champignons grâce à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). « C’était la première fois que je regardais dans un microscope, sourit l’une des écolières. C’était trop cool. »

    « Le but de cet événement organisé par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche est de regrouper autour d’événements des acteurs du monde scientifique et le grand public de façon ludique, explique Lucille Rombi, de l’association de médiation scientifique des Petits débrouillards. Les stands sont faits pour tout le monde : les enfants, avec des espaces pour les tout-petits, mais aussi les adultes. C’est vraiment pour tous les curieux », insiste l’organisatrice. En plus des activités proposées sur les stands, des spectacles et des visites sont prévus, avec des inscriptions sur place. L’espace agora permettra également la tenue de conférences et d’une émission radio.

    L’année dernière, le village des sciences avait réuni environ 10 000 personnes sur les deux jours, à Marseille.

    Plus d’info sur fetedelascience.fr

  • La Petite galerie Cezanne joue les prolongations

    La Petite galerie Cezanne joue les prolongations

    Accessible à partir de 3 ans, la petite galerie Cezanne est une exposition à hauteur d’enfants inaugurée en février et qui a déjà séduit plus de 35 000 visiteurs. Face à un tel succès, elle joue les prolongations jusqu’au 21 décembre, alors que celle-ci devait se clôturer à l’automne, à l’instar de l’exposition « Cezanne au Jas de Bouffan », qui ferme ses portes ce dimanche, au musée Granet.

    « Pour être honnête, nous avions déjà prévu le prolongement de la petite galerie avant même que l’exposition ouvre ses portes », sourit Jean-Sébastien Gaydon, en charge de la coordination de la programmation culturelle à la ville d’Aix-en-Provence. « Au départ, c’était pour permettre l’accueil de plus de groupes scolaires, mais avec l’engouement qu’elle a suscité, la poursuite de l’exposition est apparue comme une évidence. »

    La petite galerie Cezanne, installée depuis le mois de février à la Galerie de la Manufacture, fait découvrir aux plus jeunes l’univers du célèbre peintre. « Nous proposons deux parcours. Un pour les enfants entre 3 et 6 ans et l’autre de 7 à 12 ans », souligne Marie Debals, responsable des relations publiques à la culture de la Ville. « On y découvre les concepts cezaniens à hauteur d’enfants bien évidemment, avec des expériences à manipuler, de petites surprises, un espace de dessin libre, des reproductions etc. En somme, c’est une exposition où l’on passe d’une activité à une autre avec un côté très actif et ludique. »

    La culture pour tous

    De la découverte du cercle chromatique à la complexité de la perspective, cette exposition pédagogique vient compléter la pléthore d’animations proposée pendant l’Année Cezanne à Aix-en-Provence. « Nous voulions que les enfants fassent partie intégrante de cette année, avec un moment gratuit à destination des familles en permettant un accès à tous et pour tous à la culture, détaille Jean-Sébastien Gaydon. Sans compter que des expositions pédagogiques scientifiques existent en France autour de la science, mais très peu, voir pas du tout, autour des Beaux-Arts. »

  • #DisMoiPourquoi on a des os?

    #DisMoiPourquoi on a des os?

    Dans le règne animal, l’espèce humaine fait partie des vertébrés, c’est-à-dire d’animaux possédant un squelette interne composé d’un crâne et d’une colonne vertébrale. Chez les vertébrés terrestres, en permettant de supporter le poids du corps, le squelette osseux va faciliter une locomotion efficace, et l’évolution des espèces a sélectionné la formation de membres comportant des os. Dans le cas de l’espèce humaine, en sélectionnant une croissance particulière, unique parmi les mammifères, des os du bassin, l’évolution a, de plus, permis la bipédie et la posture verticale. Cet élargissement des os du bassin assure ainsi le soutien du poids du corps en position verticale. La fonction de soutien du poids du corps n’est pas la seule fonction assurée par nos os, mais, du point de vue médical, elle se traduit, lorsqu’elle est déficiente (vieillissement), par une plus grande susceptibilité aux fractures. »

    Bernard Binetruy. Directeur de recherche émérite à l’Inserm

  • La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    « La loi, à quoi ça sert ? » Autour du jeu de l’oie « graine de droit », installé sous un arbre du jardin de la Porte d’Aix (1er), Ahmer et ses petits camarades se grattent la tête. Il trouve la réponse : « Protéger les personnes ! » Ateliers de sécurité routière avec la police municipale, gestes de premier secours avec les marins-pompiers, centre de loisirs de la police nationale, stands de tir à l’arc, de badminton, escalade avec l’Addap 13… Associations et institutions ont investi la place, au cœur de Belsunce, pour la journée phare, ce mercredi 8 octobre, de la semaine de la prévention et de la protection de la jeunesse organisée par la Ville de Marseille et la mairie des 1er et 7e arrondissements. Dans les centres sociaux, les écoles ou les lycées des projections, animations sont aussi au programme.

    Une formule, qui, en tournant dans les quartiers marseillais depuis deux ans, rencontre un franc succès, se félicite Zoubida Meguenni, conseillère municipale (PM) déléguée aux politiques de prévention, protection et de médiation sociale pour les jeunes. Le but : « Amener la prévention sur les territoires dont beaucoup sont isolés, ici c’est le centre-ville mais il y a des problèmes de drogue et de violence », rappelle l’élue. Avec cette journée, il s’agit aussi d’« occuper le terrain », ajoute-t-elle, et d’informer « tout le monde sur les outils à disposition », en créant par la même occasion une synergie entre tous.

    Zoubida Meguenni aimerait faire plus, plus longtemps avec plus de moyens, déplorant le « grand vide » en matière de prévention. Même s’il y a de légers bougés. Manu*, éducateur à la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), embauché avec cette mission, « une nouveauté cette année depuis septembre », nous indique Pierre Pibarot, directeur territorial de la PJJ des Bouches-du-Rhône, explique : « Ce qui fait tomber les jeunes dans le trafic c’est l’appât du gain, la rupture avec les institutions telles que la police, l’Éducation nationale et la banalisation de la violence et de la criminalité. C’est un travail sur le temps long, on essaie de mettre tous les moyens possibles. Mais quand ils en sortent, c’est par l’amour… Ou la mort. »

    * Le prénom a été changé

  • [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    [Le coin du polar] « Prendre un enfant par la main… »

    Mais cette fois, ce n’est pas pour l’emmener vers demain et c’est gisant, écrasé au milieu de la cour de l’école Turgot, à l’ouverture des portes, qu’on retrouve le corps recroquevillé du petit Tom, élève exemplaire, intelligent, travailleur, mais aussi aimé de tous, professeurs et camarades de classe, pour sa gentillesse et sa compréhension. Qui ? Comment ? Et surtout pourquoi ? L’inspecteur Millet, à deux doigts de la retraite, se méfie des emballements et des solutions qui arrangeraient tout le monde, sa hiérarchie, les parents, les élus, l’Éducation nationale. Non, il ne veut pas croire à la culpabilité d’un SDF squattant à proximité de l’école, pas plus qu’il a du mal, malgré la personnalité du gamin, à se persuader que Brayan, la bête noire des autorités, et même de Monsieur P., un professeur remarquable, apprécié de tous, a pu être mêlé à ce qui ressemble de moins en moins à un accident.

    La chute de l’école républicaine

    Une semaine de fermeture de l’école n’y suffit pas. L’atmosphère est lourde, oppressante, et d’autant plus que depuis quelque temps, Monsieur P. assiste, impuissant, à la dérive de son couple.

    Si on suit avec passion les péripéties de l’enquête et qu’on manifeste un intérêt croissant pour la psychologie de l’inspecteur et du professeur comme pour le lien étrange qui semble s’établir entre eux, Décrochages déborde bien vite d’un simple cadre policier. C’est un véritable acte d’accusation contre un système scolaire à la dérive, où les cuistres de la pédagogie différenciée, qui se gargarisent des mêmes mots utilisés à satiété par les propagandistes du développement personnel et d’une psychologie de bazar très rémunératrice, tiennent le haut du pavé. Monsieur P. a aimé son métier. Il a cru, suivi tous les stages, lu tous les livres, subi les changements et les revirements de consignes ministérielles. À en être gavé. Pourtant, il l’aime, il croit à son utilité, mais le hussard noir de la République fait désormais partie des désenchantés. Qu’on ne s’y trompe pas, si Décrochages est un texte poignant et douloureux sur le mal-être en milieu scolaire, si le ton de l’auteur, professeur des écoles à Paris, peut devenir acerbe et sa plume du vitriol, son récit n’est ni un tract ni un pamphlet. Un premier roman audacieux et souvent émouvant qui révèle un véritable auteur.

    « Décrochages » de Julien Fyot Viviane Hamy Éditions 392 p. 21€90.

    À (RE)DÉCOUVRIR

    Une magnifique idée pour un superbe volume ! Les huit romans du Cycle de Harlem réunis ici, du truculent La Reine des pommes au déroutant L’Aveugle au pistolet, enrichis d’un long texte de l’auteur, Harlem ou le cancer de l’Amérique. Une occasion de relire, ou de découvrir Chester Himes, dont la vie fut un roman noir, qui donna d’un Harlem à la fois cruellement authentique et totalement fantasmé, une vision haute en couleur et sans cesse renouvelée. Sur les pas de ses deux inspecteurs noirs, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, entrez à votre tour dans un ghetto où gangsters, maquereaux, patrons de jeu, charlatans et faux messies exploitent une population condamnée à tous les expédients pour survivre.

    Cercueil et Fossoyeur : le cycle de Harlem, Chester Himes, Quarto Gallimard 1 376p 32 €

  • Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Il restera évidemment anonyme pour préserver la puissance du personnage. Juché sur le camion de la CGT énergie ou devant la banderole, d’aucuns l’appellent « le diable ». Une apparition casquée, mélange de Mad Max et de bestiole à cornes diabolique, équipée de chaînes, effrayante et galvanisante. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, c’est un « martyr » au sens premier et profond, aux accessoires et à l’attitude savamment calculés. « La mort, les tourments, la souffrance du monde ouvrier qu’on enchaîne, anonyme, rebelle et qui n’accepte pas cette condition. C’est ça que je voulais représenter », explique-t-il, où loin de « toute fanfaronnade », « tout a un sens ». Du bokken, sabre de bois japonais, à la cravache, « pour montrer aux gens qu’on abuse d’eux, qu’ils acceptent une certaine soumission », pétris par le « discours dominant ».

    « Je voulais montrer, aussi, qu’il ne faut pas être faible avec les forts, que le monde ouvrier va se battre », ajoute-t-il. Au fil des réunions syndicales, le personnage est venu « tout doucement » s’imposer. L’idée : mettre en image le discours des « copains, qui ont de la faconde », au micro. « Moi, je suis là pour les épauler, pour choquer, marquer », poursuit-il. Heureux que les « gens viennent le voir après la manif » pour le remercier de sa présence, il ne se voit pas en « étendard ».

    Car pour ce gars du Nord, né d’un immigré arraché à son soleil italien pour se retrouver au fond d’une mine de Lorraine, l’engagement coule de source. « Mon père était syndiqué, militant, et entre mineurs, ça discutait sévère ! J’ai baigné là-dedans et connu tôt la violence du monde du travail », raconte l’énergéticien qui, à 14 ans, avant d’aller à l’école, faisait « les postes », se réveillant à 3h30 le matin pour descendre au fond, malgré ses capacités artistiques remarquées par la prof de dessin.

    L’énergie, un bien vital

    Un avenir tout tracé. Mais, revenu de l’armée à 19 ans, il voit s’envoler la promesse d’embauche. La France misant sur l’atome, le charbon, c’est fini. « Né en 68, j’ai fait partie de la dernière section, celle qui n’a pas été prise pour les houillères, j’ai passé un examen pour rentrer à EDF », poursuit-il. Au sein du service public de l’énergie, il retrouve les « valeurs et l’esprit de famille » de la mine, se syndique à la CGT.

    « Je savais ce que c’était de défendre un bien indispensable, fondamental », insiste-t-il avant d’évoquer une lente dégradation. Il se souvient de la privatisation d’EDF en 2005, où « on voulait se partager le gros gâteau ». Et de marteler : « on a voulu être compétitif, mais de quoi ? Comment l’imaginer quand on parle de quelque chose de vital ? » L’alignement du prix de l’électricité nucléaire sur celui du gaz, à la merci du marché, le révolte tout autant. « [Indépendants], on aurait dû être des nababs ! » balance-t-il.

    Parce qu’il n’accepte pas de vivre dans « un pays qui crève la faim, qui a peur, où on ne peut plus vivre dignement de son travail », il sera là ce jeudi. Et de lancer : « J’ai envie de dire aux gens libérez-vous de vos chaînes, osez vous fédérer, osez dire que vous n’êtes pas d’accord avec des réformes qui ne sont bonnes ni pour vous ni pour vos enfants. »

  • Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Comment s’est-on opposé aux conflits dans le monde depuis la Première Guerre mondiale ? C’est la question que vont se poser historiens, déserteurs et objecteurs de conscience les 4 et 5 octobre à Vitry-sur-Seine. Organisé par l’association La Courtine 1917 en partenariat avec La Marseillaise, ce colloque veut mettre en avant ces femmes et ces hommes qui ont refusé d’aller ou de continuer le combat.

    C’est un parcours chronologique que propose de suivre les organisateurs de cet événement. Le point de départ sera la mutinerie des 10 000 soldats russes en 1917, dont l’association qui organise l’événement est le porteur de mémoire. C’est donc l’historien Rémi Adam, spécialiste de l’événement qui ouvrira le colloque le samedi. Une première journée consacrée aux oppositions pendant la première guerre mondiale. Il y aura notamment « le maire de Gentioux où se trouve un monument aux morts célèbre où un enfant lève le poing face à une inscription “Maudite soit la guerre” », déroule Jean-Paul Gady, membre du conseil d’administration de l’association La Courtine 1917 et organisateur de l’événement.

    Refuser les guerres coloniales

    Le dimanche sera plutôt l’occasion d’évoquer le refus de certains de prendre part aux guerres coloniales. L’historien Victor Pereira évoquera le cas des Portugais. « Ce sont des travailleurs et jeunes Portugais qui ont refusé de partir dans l’armée coloniale dans les années 1965 jusqu’à la révolution portugaise des années 1974. Ils étaient 250 000 à avoir donc fui leur pays pour ne pas être enrôlés », précise l’organisateur de l’événement.

    Les opposants à la guerre d’Algérie seront également mis en avant. à travers le témoignage de Thomas Liechti, petit-fils du premier soldat qui refusa la guerre d’Algérie. Il évoquera la vie de son grand-père. Enfin la chercheuse et historienne Armelle Mabon évoquera le massacre par l’armée française de tirailleurs sénégalais. « Ce sont des interventions prévues extrêmement variées, insiste l’organisateur. Mais en même temps, tout ramène à une chose : comment la réaction individuelle et collective peut se faire quand on refuse la guerre. »

    Cet ensemble de conférences sera accompagné de ventes de livres et de dédicaces de tous les historiens présents. L’association La Courtine 1917 tiendra également un stand pour vendre leurs différentes revues et livres. Une soirée est également prévue le samedi soir de 20h à 23h aux 3 cinés Robespierre, à Vitry-sur-Seine.

    Echos à l’actualité

    Elle débutera avec une pièce de théâtre intitulée Vincent Moulia, évadé pour survivre. Dans un seul en scène, un acteur retracera la fuite de cet homme accusé de mutinerie. Cela sera suivi à 21h30 par la projection d’un film documentaire qui évoque la mutinerie de La Courtine.

    Un cycle de conférences qui sera ponctué de témoignages de déserteurs ukrainiens, russes ou israéliens qui refusent de participer aux guerres actuelles. « Ce colloque a un écho avec l’actualité mortifère, insiste le membre du conseil d’administration. Notamment en France où des centaines de milliards d’euros sont programmés pour la dépense militaire. Face à cette situation de tension et de guerres qui ne manquera pas d’arriver en Europe, nous souhaitons faire de l’éducation populaire pour montrer que ces déserteurs, souvent minoritaires avaient raison. Il ne sert à rien d’abonder dans une logique capitaliste. »

    Inscription nécessaire par mail : lacourtine1917@gmail.com

  • Le 4e village santé de la Ville s’installe à Gèze

    Le 4e village santé de la Ville s’installe à Gèze

    À la sortie du métro Gèze, à gauche du magasin Lidl, se tient ce mercredi et jeudi un drôle de village dans les locaux de l’association Banlieue Santé. Pendant deux jours les habitants du quartier peuvent se faire vacciner, faire faire leurs lunettes, prendre rendez-vous chez des professionnels de santé ou encore actualiser leurs droits.

    C’est le 4e événement de ce type que la ville de Marseille organise cette année. Après Air Bel, Belle de mai et les Rosiers, c’est donc à Gèze que se retrouvent service de la Ville, assistance publique et hôpitaux de Marseille (AP-HM), sécurité sociale et associations. « La genèse de ce projet, c’est l’ambition de lutter contre les inégalités d’accès à la santé, explique Michèle Rubirola, première adjointe (EELV) au maire chargée des questions de la promotion santé. Parce que dans ces quartiers il manque de tout : praticiens, services publics… ». à l’entrée du bâtiment, des « passeports santé » sont distribués à toutes les personnes qui arrivent pour qu’elles puissent y inscrire leurs informations. Dans la première salle, les stands sont plutôt dédiés aux questions d’accès aux droits. La sécurité sociale y tient par exemple un stand pour aider ceux qui en ont besoin à faire leurs démarches.

    Préventions, vaccins et lunettes

    à côté, la maison des femmes est là pour venir en aide aux femmes victimes de violence. Souad Falhi, bénévole et diplômée en prévention en santé est là pour bien orienter celles qui seraient intéressées. « On fait de la prévention sur la santé, notamment sexuelle et reproductive. Quand il y en a besoin on peut les rediriger vers la maison des femmes ».

    Dans la cour, à l’arrière, d’autres associations sont présentes pour faire de la prévention, vacciner ou s’équiper en lunettes. Jeunes, personnes âgées, parents avec enfants, ils sont nombreux à s’arrêter au stand du centre de vaccination international de Marseille. Certains sont de passage sur leur pause de travail et en profitent pour faire un bilan de prévention. Nadia, la cinquantaine, est tombée sur le village santé par hasard. « Je ne connaissais pas l’endroit, mais en faisant mes courses, on m’en a parlé, explique-t-elle. Comme j’ai beaucoup de maladies chroniques, je voulais voir si tout allait bien. » Un peu plus loin, sur le stand de « droit de regard », les visiteurs choisissent leurs lunettes. « On est un opticien classique mais on pratique le 0 reste à charge, donc les clients repartent en ayant rien à avancer », explique l’opticien derrière des centaines de montures exposées.

    « Aller vers » les habitants

    Un village santé organisé par la Ville en partenariat avec l’AP-HM. « Les hôpitaux ont toujours été très concentrés à l’intérieur de leurs murs, explique François Crémieux directeur de l’AP-HM. Notre but est de sortir de cela pour aider à l’accès au soin et à la prévention. » L’organisation de ces villages répond à un besoin « d’aller vers » des populations qui peuvent être éloignées du système de soin. Mais pour l’adjointe au maire chargée de la santé ce n’est pas suffisant : « on ne fait pas que des événements one shot. On a ouvert 3 centres de soin avec l’AP-HM aux Aygalades, aux Flamants et à André Roussin pour avoir une meilleure couverture de soins à l’année car la santé devrait être un bien commun. » Un dernier village santé est prévu à Littoral Sud du 15 au 17 octobre.

    « La santé devrait être un bien commun »