Tag: emplois

  • [Rue de la République] Amine Kessaci : « Rendre aux jeunes Marseillais la capacité de rêver volée par le narcotrafic »

    [Rue de la République] Amine Kessaci : « Rendre aux jeunes Marseillais la capacité de rêver volée par le narcotrafic »

    Son parcours, son élection

    Didier Gesualdi : On connaît ici votre parcours depuis que vous avez 16-17 ans et que vous militez contre le narcotrafic. Que ressentez-vous après cette élection ?
    Merci de me donner la parole. Cette entrée en responsabilité, elle marque un engagement, la volonté du maire de Marseille de donner une place importante à la lutte contre le narcotrafic dans son exécutif, une place importante à la jeunesse et qui vient concrétiser plusieurs années de militantisme où j’ai pu interpeller, alerter, sensibiliser sur la vie des habitants des quartiers populaires de cette ville. Aujourd’hui c’est donc un immense honneur et une grande responsabilité que d’être à ces fonctions. Je suis également président de Marseille Habitat, le bailleur social de la Ville, ce qui donne un certain nombre de leviers pour agir concrètement.

    Didier Gesualdi : On sait que vous avez été marqué par l’assassinat de deux frères. Vous êtes la cible des narcotrafiquants. Vous avez choisi d’en faire une force. Avez-vous hésité avant d’être candidat ?
    Bien sûr. Lorsque vous avez cette part de culpabilité qui vous ronge, après ce que j’ai vécu en novembre, la question se pose. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce que mon engagement ne mettrait pas aussi en danger d’autres personnes ? C’est quelque chose que j’ai très vite traité, réglé. J’ai questionné les services de police, le maire de Marseille qui a dit en fait « on n’a pas peur, on y va, on envoie un message ». Aujourd’hui, je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays. Incarner cette lutte, ça peut être un film Netflix où on vient héroïser quelqu’un mais ça peut aussi être l’occasion d’expliquer que la puissance publique a trop longtemps attendu et hésité sur la question du narcotrafic. Aujourd’hui, ce n’est clairement pas le cas à la mairie de Marseille.

    La lutte contre le narcotrafic

    Léo Purguette : Est-ce que cette parole-là sur le narcotrafic, venant de la gauche, a permis de contrecarrer le vote d’extrême droite ?
    Je ne sais pas, ce serait très prétentieux de ma part de venir dire que ma candidature est venue résoudre ou contribuer à quoi que ce soit dans cette victoire. J’ai pris ma part de responsabilité. Je suis un enfant de cette ville, des quartiers Nord qui a vu le danger de l’extrême droite. Et bien sûr je suis arrivé dans cette campagne 15 jours après des sondages qui annonçaient une possible victoire de l’extrême droite. Il faut qu’à gauche on se saisisse de ces questions de sécurité, il ne faut pas qu’on ait peur de parler de la police, avec la police, de porter des mesures sécuritaires. On a besoin de la prévention, du social mais le monde des bisounours, c’est pas le nôtre. On a aussi besoin de la répression, de condamner des gens lorsque c’est nécessaire. Je me suis montré très favorable aux prisons de haute sécurité de M. Darmanin. Pourquoi ? Pas parce que j’ai envie que des gens soient incarcérés. Je ne crois pas à l’efficacité du système carcéral, mais parce que les personnes qui sont dans ces prisons de haute sécurité sont ceux qui depuis les prisons classiques commanditent des meurtres, ont fait couler le sang de mon petit frère, n’ont pas peur de tuer des gens. Le niveau de barbarie qu’ils ont atteint fait peur en effet. Les personnes qui critiquent ou attaquent la gauche sur la question sécuritaire, sont les amis de Nicolas Sarkozy. Celui qui dans ce pays a détruit la police de proximité, qui a dit « je vais sortir le Kärcher » et qui a en réalité tout enlevé à la police. On n’a pas de leçon de morale à recevoir de ces personnes-là.

    Didier Gesualdi : Vous vous êtes opposé aux expulsions de familles de narcotrafiquants. Ce n’est pas la solution pour vous ?
    Je suis étudiant en Droit. Quand j’ai commencé les études ma prof m’a appris que dans ce pays on ne punit pas des gens pour les agissements de leurs proches ou de leur famille. Ça veut dire quoi ce genre de punitions collectives ? Tant pis pour les petits frères ? Tant pis pour la petite sœur qui passe le bac ? Je me félicite des décisions de la justice qui ont annulé ce genre d’expulsions.

    La jeunesse

    Didier Gesualdi : Vous êtes en charge de la jeunesse qui est particulièrement visée par les réseaux de narcotrafic.
    Bien sûr qu’ils recrutent des personnes de plus en plus jeunes pour aller commettre des assassinats, des atrocités. On constate un rajeunissement parmi les coupables mais aussi parmi les consommateurs. Le maire de Marseille me donne cette délégation pour redonner une perspective d’avenir à la jeunesse. J’ai envie que les jeunes puissent rêver. C’est ce que les narcotrafiquants ont réussi à confisquer. Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir. Une de mes missions principales, c’est de redonner envie à cette jeunesse de rêver, de sortir l’été, d’avoir des activités, de pouvoir se projeter dans la vie. On travaille des dispositifs spécifiques pour l’insertion professionnelle, pour protéger la jeunesse face au narcotrafic et notamment pour faire partir des jeunes loin des réseaux.

    Léo Purguette : Ça veut dire des relogements ?
    Oui, avec Marseille Habitat on va porter un comité inter-bailleurs pour reloger les familles de victimes. C’était ce pourquoi je militais à l’association Conscience et c’est ce qu’on va faire aujourd’hui.

    La justice

    Léo Purguette : Il y a quand même eu des condamnations dans ce procès XXL de la DZ mafia. Celui du chef présumé du clan Yoda est en cours. N’avez-vous pas le sentiment que la justice avance ?
    Oui je crois que la justice avance. Je porte une grande confiance aux femmes et aux hommes qui essaient de la faire avancer. J’ai un très grand respect pour la profession d’avocat, je souhaite moi-même devenir avocat pénaliste mais je leur dis : « Attention quand vous faites rentrer des téléphones en prison vous vous rendez complices de ce système barbare. » J’entends que certains avocats ont été menacés, d’autres l’ont fait pour quelques milliers d’euros pour partir en vacances. Mais je pense malgré tout que la justice avance, elle avance à petits pas. On a besoin de remettre des moyens considérables dans la justice. Il y a besoin de rattraper des années de lacunes et ce n’est pas maintenant qu’il faut freiner.

    Changer Marseille

    Léo Purguette : Vous avez été désigné président de Marseille Habitat. Quelle est votre feuille de route ?
    Le maire de Marseille met une attention particulière sur le parc social du centre-ville où Marseille habitat a plus de 80% de son patrimoine. À Marseille on a connu la rue d’Aubagne, on sait ce que veut dire le mal-logement. À Marseille Habitat, on a rendez-vous avec notre histoire. On va voir tous les actionnaires pour leur dire « mettez des sous ». La Ville a dit ok, je suis en train de rencontrer tous les autres actionnaires de Marseille Habitat qui devraient suivre le mouvement. L’objectif est de faire rentrer 22 millions d’euros dans les caisses cette année pour des réhabilitations rapides. Il y a 40 immeubles en arrêtés de péril. On a aussi un objectif de 50 biens construits par an que l’on souhaite ensuite doubler. J’ai une grande confiance en les personnels de ce bailleur. Audrey Gatian a fait un travail remarquable avec le directeur général Frédéric Pâris pour mettre de la méthode.

    Didier Gesualdi : Vous aviez interpellé le président de la République lors d’un de ses déplacements. Est-ce que cela a eu des effets depuis ?
    Il y a eu des choses. Je suis de ceux qui ont été très critiques à l’égard du plan Marseille en grand, parce qu’il a oublié plein de choses. Heureusement qu’il y a eu la Ville de Marseille pour porter le plan écoles. Le président de la République a marqué plusieurs fois son attachement à la Ville. Il avait la volonté de faire des choses. Il a mis des moyens qu’on a jamais vus. On ne peut pas lui enlever. La méthode n’était peut-être pas la bonne.

    Didier Gesualdi : Pourquoi ?
    Où est la place des acteurs et actrices associatifs dans ce plan ? Où est la parole des habitants ? On n’a pas besoin du plan Marseille en grand mais du plan des Marseillaises et des Marseillais, fait par nous, construit avec celles et ceux qui vivent et dorment ici. Dans ce plan on parle de sécurité mais pas de narcotrafic. Prévoit-il le relogement des familles de victimes ? Non. Est-ce qu’il prévoit le dépaysement des jeunes qui tombent dans les trafics ? Non. Quand on décide de mener une guerre, on se donne tous les moyens, c’est-à-dire aller chercher les têtes de réseaux à Dubaï. Comment ça fonctionne ? En pyramide, au même titre que le capitalisme d’ailleurs. Au pied de la pyramide du narcotrafic, il y a des jeunes qui triment pour moins qu’un Smic, se font frapper, n’ont jamais les bons avocats, tombent en premier sous les balles et puis au sommet, on a quelques personnes qui vivent à l’étranger, Dubaï, Thaïlande, Émirats arabes unis, et engrangent les milliards que génère le narcotrafic. Ils ne sont jamais embêtés et ont les meilleurs avocats. C’est ce qui me fait peur dans la narcocratie : ces gens-là n’essayent même plus de nier leurs responsabilités, ils contournent la loi. On a vu le procès de la DZ mafia où l’un des accusés a été acquitté. La justice sait qu’il a une responsabilité mais au vu du plaidoyer… acquittement.

    Le cannabis

    Didier Gesualdi : Êtes-vous favorable à une dépénalisation du cannabis ?
    Ma position est très claire. On est dans une société sous dépendance dans laquelle faire la fête, faire l’amour sans tirer un rail de coke n’est plus possible. Quand les gens finissent de travailler le soir la première chose qu’ils font en rentrant chez eux, ce n’est même plus de dire bonsoir à leur famille et à leurs proches, c’est de se jeter sur leur canapé et de tirer sur un joint de shit. C’est ça la réalité. Je pense que ces personnes, qui parfois sont des personnes malades, qui ont une grande détresse en elles, qui sont des personnes addictes, qui ont besoin d’accompagnement socio-médical. Je pense qu’on peut, en légalisant le cannabis – je ne suis pas favorable à la dépénalisation – mener un programme de prévention, de santé publique. La dépénalisation, c’est laisser tranquille le consommateur mais continuer à taper sur les jeunes de cité qui vendent. Il faut un plan qui viendrait dire aux consommateurs « attention si vous continuez à aller acheter de la drogue illégale, vous avez du sang sur les mains ». Je le redis, être de gauche ce n’est pas être un bisounours.

    La protection policière

    Léo Purguette : On rappelle que vous êtes sous protection policière, exercer votre mandat au contact de la jeunesse est-il possible dans ces conditions ?
    Bien sûr. Depuis ma prise de fonction, je suis allé partout. Vous m’avez invité ici, à La Marseillaise, il y a moins d’une semaine et je suis devant vous. Je suis allé à la rencontre de nombreuses personnes, j’en ai aussi beaucoup reçu. Mon objectif n’est pas de communiquer partout sur chaque événement. Je pourrai le faire, demander qu’on déploie tous les effectifs de police, mais mon objectif n’est pas là. Je veux aller où c’est nécessaire. Quand je me déplace oui, il faut calculer, non pas pour moi-même mais pour les personnes que cela pourrait mettre en danger.

    La question des lecteurs

    Magali : On demande de plus en plus d’expérience aux jeunes, mais il devient très difficile de trouver un stage, même obligatoire pour les études. Comment la municipalité peut-elle soutenir les jeunes et les entreprises locales pour faciliter l’accès aux stages à tous les niveaux d’étude ? Pour certaines formations pas de stages, pas de validation pour une première année de licence sociale… C’est du vécu.
    C’est une vraie question. On dit aux jeunes « vous ne voulez pas travailler » mais quand ils se présentent dans des entreprises, on leur répond « vous n’avez pas assez d’expérience ». C’est d’ailleurs ce que j’ai pu lire dans les commentaires des différents articles de presse annonçant mon élection à la tête de Marseille habitat. Pardon mais, en effet je n’ai pas eu l’occasion d’être président d’un bailleur social à 14 ans. Plus sérieusement, je suis administrateur de l’école de la deuxième chance et de la mission locale, j’ai lancé la discussion avec ma collègue Hanifa Taguelmint, élue à l’emploi et à l’insertion, pour travailler un dispositif qui serait en quelque sorte « une banque des stages » pour regrouper les offres de stages qui existent dans la Ville. Je suis également chargé des services civiques, c’est vraiment important dans la lutte contre le décrochage scolaire, contre le narcotrafic. Le maire m’a aussi fait l’honneur d’être président du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, et dans ce cadre, je vois bien l’importance de traiter la question des stages.

  • La CGT demande des comptes au patronat

    La CGT demande des comptes au patronat

    Encouragée par environ 300 manifestants, d’après les organisateurs, une délégation de représentants syndicaux d’entreprises a été reçue par l’UPE 13. La CGT d’ArcelorMittal, de la Métropole, du Grand Port maritime de Marseille, de la CPMM, de Fibre excellence et de Kem One ont porté ensemble un message fort aux représentants du patronat local : l’industrie a un avenir dans le département. « Nous ne laisserons pas liquider notre industrie, ni nos services publics qui en découlent, ni les emplois du département », affirme Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13 et participant de la délégation. Un message porté de manière interprofessionnelle pour exiger le maintien de l’emploi et des salaires dignes. Prochain rendez-vous, le 1er juin pour continuer à faire monter le rapport de force.

    Stéphane Martins de Araujo, CGT Arcelor Fos

    « On veut alerter sur l’importance des emplois qui risquent de disparaître demain. On se dirige, si on ne fait rien, vers une casse sociale et sanitaire au regard des enjeux de décarbonation. On porte des revendications claires et nettes, dans le sens d’une sécurisation des emplois. Et à moyen terme, d’arriver à décarboner ce qui est possible sur le bassin de Fos. On se pose beaucoup de questions sur la faisabilité de cette décarbonation quand on voit ce qu’il s’est passé avec Carbon. Et à Arcelor Fos, il n’y a pas de volonté de décarboner nos hauts-fourneaux. »

    Propos recueillis par A.B.

    Carole Crescenzo, CGT Hôpital Nord

    « On est là parce que le patronat s’en met plein les poches ! Alors que notre point d’indice n’évolue pas. Et puis ils sont en train de privatiser la santé et l’hôpital public. Ils sous-traitent de plus en plus. Au sein de l’hôpital Nord, c’est une entreprise extérieure qui fait le ménage maintenant. Et il y a un cabinet privé qui réalise les dialyses. Et à côté de cela, les hôpitaux sont en train d’être gérés comme des entreprises, pour être rentables. Or dans le système de santé c’est l’humain qui devrait primer. On ne peut pas gérer l’hôpital comme on gère du capital. »

    Propos recueillis par E.J.

    Josette Biancheri, CGT retraités

    « On est venus faire convergence. Car notre société est basée sur ce que l’on appelle la sécurité sociale, interprofessionnelle et intergénérationnelle, qui nous prend en charge de la naissance à la mort. Mais si les emplois sont mal payés et que les cotisations baissent, ce sont nos retraites et celles des générations futures qui vont payer les pots cassés. Nous nous battons pour que nos pensions de retraite évoluent et pour maintenir des emplois bien rémunérés pour que tout le monde puisse vivre dignement de son travail. »

    Propos recueillis par E.J.

    Julie Didonnat, CGT, salariée de la CPMM

    « On tape à toutes les portes pour se faire entendre. Les aides publiques pour la presse sont données aux grands groupes mais pas à nous ! Cela met en péril la viabilité économique de l’ensemble des dépositaires de presse. Où va cet argent ? Pourquoi ne ruisselle-t-il pas jusqu’à nous ? Ce sont les questions qu’on pose au patronat et à l’État. Je m’inquiète pour nos emplois mais aussi pour les diffuseurs de presse, les kiosques, les magasins de presse, les transporteurs…. Si ça continue et que la distribution s’arrête, ça mettrait des milliers d’emplois en danger. »

    Propos recueillis par A.B.

    Laetitia Sidibe, CGT, conseil départemental

    « Le patronat, c’est lui qui négocie avec l’État et ce sont nous, les travailleurs du privé et du public, qui en payons le prix. Car les caisses de l’État servent à remplir les poches du patronat plutôt que les nôtres. On est là car on a besoin d’embauches, dans notre secteur mais partout. En tant qu’assistante sociale, on est en sous-effectif, avec une charge de travail toujours plus importante. Mais on est là pour tout le monde, car nous recevons de plus en plus de personnes qui ont un travail mais qui ne s’en sortent pas. »

    Propos recueillis par E.J.

    Laurent Quinto, CGT Fibre Excellence

    « On est là pour deux points : sauver nos emplois à Tarascon, être solidaires de tous les camarades qui ont aussi leurs emplois menacés. On est dans la même situation : regardez Arcelor, ils pourraient faire de la captation de CO2, du bioéthanol, comme nous sur Fibre Excellence… On pourrait tous se développer, renforcer nos industries plutôt qu’être en danger. Mais tout cela nécessite des investissements, des actions. Il faut que le Medef remonte le message aux plus hautes instances, le patronat doit faire quelque chose rapidement : on a besoin d’actions urgentes. »

    Propos recueillis par A.B.

    Fabrice Florio, CGT Cheminots

    « Toutes les industries sont imbriquées. Sans industrie, il n’y a pas de train de fret SNCF, donc c’est important que nous la défendions. Mais il y a aussi des problématiques avec l’ouverture à la concurrence. On fait venir des sociétés privées qui prennent la place de la SNCF, et on se rend compte que ça a un surcoût au niveau des deniers publics. On est là pour que le Medef local prenne ses responsabilités ainsi que l’État. Car le risque, c’est beaucoup de pertes d’emploi, ce qui risque d’impacter les services publics. »

    Propos recueillis par E.J.

    Véronique Dolot, CGT Métropole Aix-Marseille Provence

    « On va à la rencontre du Medef car l’on veut que ce groupe d’influence travaille dans le même sens que nous sur l’augmentation du prélèvement mobilité des entreprises. Ils ont la clé de la mise sous tutelle de la Métropole, et donc d’une éventuelle augmentation d’impôt pour tous les habitants du territoire, entre les mains. Une hausse de 1% du prélèvement, c’est 200 millions d’euros, ça règle le problème. Il faut que le patronat contribue à hauteur de ce que fait la Métropole : routes, transports, réseau de services publics. »

    Propos recueillis par A.B.

  • Emplois, salaires : la CGT Orange voit rouge

    Emplois, salaires : la CGT Orange voit rouge

    Beaucoup de signaux négatifs et peu d’avancées sociales positives pour les salariés du premier opérateur télécom français.

    Ce mardi, plusieurs dizaines de travailleurs d’Orange se réunissaient sur la place de la Joliette, à Marseille. « En parallèle d’une assemblée générale des actionnaires à Paris, on a décidé de faire un mouvement de grève et d’actions avec des rassemblements partout sur le territoire », campe Olivier Néri, secrétaire général de la CGT FAPT Télécoms 13. L’objectif de la mobilisation est limpide : « On veut mettre la pression sur la direction et les actionnaires sur plusieurs sujets. »

    Guillaume Lamourette, secrétaire départemental de l’organisation, précise : « On veut demander des comptes : encore une fois, on a une année record de bénéfices et des NAO (négociations annuelles obligatoires) qui ne sont pas à la hauteur. On nous a baissé l’intéressement et la participation, par contre, ils augmentent les dividendes aux actionnaires ! » Les syndicalistes ont un exemple parlant : « On est la seule entreprise des télécoms à ne pas avoir de 13e mois alors que ça fait 20 ans qu’on réalise plusieurs milliards de bénéfices chaque année ! » Forcément, ça ne passe pas vraiment quand l’entreprise engrange plus de 3 milliards en 2025 : « Mettre en place un 13e mois couterait 300 millions d’euros pour l’ensemble des salariés du groupe ! »

    D’autant que cette colère sur les salaires s’accompagne d’inquiétudes de plus en plus grandissantes sur la question de l’emploi. Surtout lorsque la vente de SFR, l’un des quatre acteurs des télécoms en France, se profile. « Orange, Free et Bouygues vont mettre plus de 20 milliards sur la table pour racheter SFR. Ils veulent se partager le gâteau : le réseau, les clients, les infrastructures… », explique Guillaume Lamourette. Avant de tonner : « Mais aucun des opérateurs ne parle des salariés de SFR. On revendique que les personnels fassent partie de la reprise par le consortium : il ne faut pas les laisser à la rue ! »

    Un datacenter à Saint-Mauront ?

    Et le deal à venir, ou pas, pour SFR, n’est que la partie émergée de l’iceberg. « Solution 30, une entreprise qui faisait le déploiement de fibre comme sous-traitant, est en redressement judiciaire. On revendique aussi l’intégration de leurs personnels », poursuit Guillaume Lamourette. Il pointe également certaines orientations d’Orange jugées préoccupantes. « Orange, via le nouveau dispositif “Orange Drone Guardian”, se positionne sur les drones de surveillance pour sécuriser des sites ou même des territoires. La cyberdéfense prend une place de plus en plus importante dans l’entreprise. » Et Olivier Neri s’inquiète aussi de la présence accrue de l’intelligence artificielle (IA) dans leur quotidien : « Ils mettent en place une IA pour organiser le planning des techniciens et une autre pour remplacer les téléconseillers des plateformes téléphoniques. » De quoi questionner alors qu’un vaste projet de réorganisation de l’entreprise, nommé « regain », est en cours d’élaboration du côté de leur direction depuis plusieurs mois.

    Une fois que la CGT met tous les éléments bout à bout, le constat est sans appel : « Notre directrice générale [Christel Heydemann, Ndlr.] a dit en commission parlementaire que l’objectif est de passer à 35 000 salariés d’ici 2030, alors qu’on est 68 000 aujourd’hui », assure Guillaume Lamourette.

    Localement, la CGT tient à alerter particulièrement sur la situation du site de Saint-Mauront, dans le 3e arrondissement. « On aimerait avoir la vérité sur ce que veut faire l’entreprise du site de Saint-Mauront », martèle Guillaume Lamourette. Quand Olivier Neri s’inquiète de l’avenir concret du site : « Le directeur, la semaine dernière, nous annonçait que le site est bien toujours à nous et qu’ils vont y faire un datacenter. » Si le conditionnel est de mise, pas de quoi satisfaire le syndicat, qui réclame un retour des salariés sur place et s’oppose à sa fermeture en tant que site majeur d’Orange dans la région.

  • L’usine de panneaux solaires Carbon ne verra pas le jour à Fos-sur-Mer

    L’usine de panneaux solaires Carbon ne verra pas le jour à Fos-sur-Mer

    Nous avons pris la décision d’arrêter le projet. » La promesse de 3 000 emplois directs dans une grande usine de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer, faite par la startup Carbon en 2022, s’est officiellement envolée, ce mardi, avec la publication d’un communiqué de l’entreprise sur ses réseaux sociaux, après plusieurs mois de rumeurs persistantes.

    L’entreprise met en cause la politique européenne de libre-échange. « Un projet d’une telle ampleur exige l’existence d’un marché spécifiquement dédié aux acteurs européens et soutenu par les États membres », affirme-t-elle, en référence à son objectif de production de 5 GW de cellules d’ici 2027.

    Made in Europe… en Inde ?

    Plus précisément, Carbon pointe « l’absence de préférence pour une production photovoltaïque européenne malgré l’affirmation d’une volonté de relocaliser la chaîne de valeur dès 2023 ». Une dynamique confirmée par la loi sur l’accélérateur industriel (IAA), voté par la Commission européenne en mars dernier, qui « élargit le périmètre du Made in Europe à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne, incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde », repoussant à 2030 une éventuelle préférence européenne.

    C’est dans ce contexte que Carbon jette l’éponge, arguant de « l’absence de visibilité » et de « divergences persistantes entre les États membres » pour créer un marché protecteur, ainsi que l’impossibilité de sécuriser les financements du projet. 100 millions d’euros d’aides publiques avaient été débloqués par l’État via France 2030, ainsi que 70 millions d’euros supplémentaires par la Région Sud et la Métropole.

  • Pour l’emploi, la CGT appelle à la mobilisation

    Pour l’emploi, la CGT appelle à la mobilisation

    « On part en croisade pour l’emploi. » Ce lundi, Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13, donne le ton des échéances à venir pour son organisation.

    Et autant dire qu’elle va prochainement avoir plusieurs fers au feu. « Il y a urgence à agir face à tous les plans sociaux qui se multiplient dans le département. On ne laissera pas les Bouches-du-Rhône devenir une zone qu’axée sur les emplois tertiaires du tourisme », campe le syndicaliste, le ton grave. Une inquiétude qui ne vient pas de nulle part mais bien d’incertitudes concrètes autour de l’avenir de sites de plusieurs industriels phares du département : « Il y a des menaces particulièrement visibles, qui concernent des dossiers industriels tels qu’ArcelorMittal, Kem One ou Fibre Excellence, avec des milliers de salariés menacés directement. » Trois usines d’importance pour le département et les filières qui dépendent de leur production respective (lire nos articles du 30/03, 02/04 et 27/04). « Arcelor, c’est 20 000 emplois directs et indirects. Fibre, c’est 5 000 emplois induits… », calcule François Canu, secrétaire de l’UD CGT 13, pour donner un ordre de grandeur.

    « Monter le rapport

    de force »

    D’autant qu’il faut aussi ajouter « des suppressions d’emplois moins visibles » « Dans le commerce avec la location-gérance qui aboutit à la perte des deux tiers des effectifs par magasin, dans la fonction publique avec des non-renouvellements de postes… », énumère Marc Pietrosino.

    L’UD CGT 13 met aussi le curseur sur deux collectivités territoriales en difficulté financière : « Il y a la situation très particulière de la Métropole Aix-Marseille qui n’a pas voté son budget mais qui emploie 1 200 contractuels… Sans être alarmiste, on est inquiets pour leur avenir. » « Et le Département qui réduit son budget de plus de 10% pour la protection sociale, c’est un autre mauvais signal », ajoute François Canu. L’organisation évoque aussi le cas de la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne (CPMM) qui s’inquiète de sa viabilité économique à terme au regard de « l’absence d’aides de l’État ».

    En résumé, la situation économique décrite par la CGT est particulièrement terne. « On a déjà 200 000 demandeurs d’emploi localement selon les chiffres de France Travail », s’alarme Marc Pietrosino. D’où la volonté de relancer un processus de mobilisation autour d’un triptyque revendicatif cher à la CGT : « Vivre, travailler
    et vieillir dignement dans les Bouches-du-Rhône.
     »

    Concrètement, l’organisation affiche sa volonté de mettre les bouchées doubles d’ici la saison estivale. « On commence avec une action dès le 21 mai, avec une mobilisation devant le Medef local. On va l’interpeller, il a sa responsabilité dans la situation actuelle », annonce le secrétaire général. Après des interpellations de la préfecture et de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), l’objectif est donc de viser le patronat. « La restructuration du monde du travail est impulsée par le patronat, l’emploi ne peut plus être la variable d’ajustement des comptes d’exploitations », juge Marc Pietrosino. Avant de développer le calendrier : « On déclinera avec d’autres actions sur le territoire par la suite. Ce mardi, on a une réunion à l’Union locale de Fos-sur-Mer avec plusieurs acteurs. »

    Quid de mouvements de grève à venir ? « Plusieurs acteurs sont déjà partants pour monter le niveau du rapport de force. Des actions de grève d’ici fin juin dans la zone ont été évoquées », répond François Canu, secrétaire de l’UD. Avant de résumer le plan : « On va solliciter tous azimuts les acteurs politiques et économiques. »

  • À Istres, un « jeu d’acteurs » au service du bénéficiaire

    À Istres, un « jeu d’acteurs » au service du bénéficiaire

    Attirer, former et recruter. C’est l’objectif poursuivi par la Halle immersive, inaugurée en novembre dernier au sein du Centre de formation des apprentis (CFAI) istréen de l’Union des industries et métiers de la métallurgie. Depuis l’ouverture, plus de 1 000 visiteurs sont passés dans ce lieu. Derrière, les Missions locales et France Travail se mobilisent pour présenter les parcours proposés par les organismes partenaires.

    Dans la région, les enjeux sont grands : 15 milliards d’euros d’investissements publics et privés sont annoncés d’ici 2030-2040, soit, possiblement, 10 000 emplois supplémentaires dans l’industrie. Sans oublier 60 000 recrutements pour remplacer les départs à la retraite.

    Pour relever le défi, le « jeu d’acteurs qu’on a réussi à mettre en place avec l’ensemble d’un collectif qui réunit les branches, l’État, le rectorat, France Travail, les Missions locales » est essentiel, confie le directeur du CFAI d’Istres, Jean-Pierre Dos Santos. « Il faut se focaliser sur ce que veut le demandeur, sinon, on passe à côté. » À propos de la visite de Sabrina Roubache, le directeur affirme : « C’est important d’avoir un relais au plus haut niveau de l’État qui comprend ces mécanismes-là et qui va être capable d’encourager l’ensemble des acteurs à continuer de faire ce travail de concertation, de collaboration au service du bénéficiaire. »

    Du côté des formations en alternance, « l’offre n’est pas un problème », assure-t-il. D’autant que « le secteur, particulièrement la chaudronnerie et la soudure, recrutent énormément » d’après la chargée de mission Céline Longobardi.

    Un point d’interrogation subsiste néanmoins pour la rentrée prochaine : les effets de la baisse des aides à l’apprentissage allouées aux entreprises. La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la formation professionnels précise : « Les aides à l’apprentissage ont été diminuées pour les entreprises de plus de 250 employés, passant de 6 000 à 2 000 euros. (…) On a réajusté. Je pense que les grandes entreprises qui ont besoin de recruter sont capables de le faire et n’ont pas besoin de l’aide de l’état pour investir dans les compétences. » Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l’aide est maintenue à 5 000 euros pour la première année, contre 6 000 auparavant.

  • La CGT présente son projet de décarbonation

    La CGT présente son projet de décarbonation

    L’urgence d’un projet de décarbonation de l’usine ArcelorMittal se mesure à l’échéance 2030 pour les quotas carbone, ou les droits à émettre du CO2 moyennant finance. En l’absence de plan d’investissement de la direction, la CGT ArcelorMittal Fos-sur-Mer a présenté son propre plan en cas de nationalisation lors de l’assemblée générale de mercredi dernier.

    Il s’agit d’un « mix technologique équilibré » selon Tibor Sarcey de JDS Experts, missionné par la CGT. D’une part, « un haut-fourneau avec unité de captage de CO² en sortie de cheminée. Son maintien est nécessaire pour garantir la production d’acier neuf. Il s’agit aussi d’assurer la continuité industrielle et de sécuriser les emplois et les compétences de la cokerie, de l’agglo et de tout l’écosystème », de l’usine.

    Une nouvelle technologie

    Le deuxième volet de ce projet est l’implantation d’un four électrique à fer de réduction directe. « Cela permet de produire de l’acier pas seulement recyclé avec du gaz naturel, en restant compatible avec l’hydrogène » d’après l’expert, en attendant sa disponibilité. « Cette technologie permet d’accélérer la décarbonation plus profonde et de dépasser la limite technique de deux unités de captage » explique Tibor Sarcey, estimant « réduire de 50 à 70% des émissions de CO 2 d’ici 2030 » avec un déploiement rapide mais progressif.

    Un projet à 1,5 millard d’euros. « À l’échelle de vie de ces installations c’est rien » selon l’expert, pour un investissement ponctuel pour 40 ans. « Ne rien faire, c’est 8 milliards d’euros par an de chômage, de perte de richesse et de dégradation de balance commerciale », abonde Tibor Sarcey.

  • [1er-Mai] À Martigues, les regards tournés vers la pétrochimie en lutte pour sa survie

    [1er-Mai] À Martigues, les regards tournés vers la pétrochimie en lutte pour sa survie

    Martigues est une ville ouvrière, populaire, profondément attachée à la solidarité et à la défense de l’industrie, de l’emploi et des services publics », lance Gaby Charroux, maire (PCF) de Martigues, au moment d’entamer la manifestation du 1er-Mai organisée par l’Union locale CGT de Martigues sur l’esplanade Félix-Ziem.

    La journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs prend une dimension particulière sur ce territoire industriel. Si les industries martégales et du bassin d’emplois sont citées par le maire, c’est qu’elles arrivent à un tournant. Le secrétaire du syndicat CGT Kem One Lavéra Geoffrey Del Baldo, dans le cortège, l’illustre. « Il faut maintenir cette date de lutte, particulièrement quand on voit l’industrie qui s’appauvrit de plus en plus. Chez nous, les fonds de pension qui ne mettent pas d’argent dans nos outils les transforment en mini-bombes ! », ose le syndicaliste, en référence aux propriétaires de Kem One, 1er producteur français de PVC. Il précise son propos : « La moindre fuite chez nous aura un impact sur les salariés, mais aussi sur la population. On parle de composés volatils cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques CMR. » Alors pour Geoffrey Del Baldo, « la première priorité est de maintenir et pérenniser les outils, donc les emplois et la richesse de la région », à l’heure des grandes annonces de nouveaux projets industriels et de décarbonation.

    « Lavéra a été payé par les impôts des Français »

    Le secrétaire général de l’UL CGT Daniel Bretonès, originaire du syndicat de Naphtachimie, abonde en ce sens. « Toutes les industries du bassin sont vieillissantes. Il faut qu’elles transitionnent car on ne peut plus polluer et consommer autant qu’avant. On jette de l’énergie, cramée à la torche alors que des idées de recyclage ont été abandonnées faute d’investissements », explique-t-il. Avant de parler décarbonation, le syndicaliste est catégorique : « La première condition est que l’outil soit fiable et sécurisé face aux risques de feu, d’explosion ou autres. »

    Daniel Bretonès rappelle que « Lavéra a été payé par les impôts des Français, mais depuis que le privé a racheté, il encaisse les ronds mais n’investit pas dans l’outil vieillissant, datant des années 1960-1970 », déplore-t-il. Pire, « ces fonds de pension qui rachètent tout sont des vampires : ils font des montages financiers pour racheter une boîte sans investir, les mettent en déficit et l’État ne fait rien », en référence à la situation de Kem One. Ce n’est pas un hasard : « Kem One est le premier client de Naphtachimie et LyondellBasell. S’ils ferment, c’est toute la chimie locale et les 20 000 emplois induits qui tombent avec », avertit le responsable.

    ArcelorMittal est aussi source d’inquiétudes. Jean-Luc Ruffin, secrétaire CGT du comité d’entreprise européen présent dans le cortège, affirme que « le redémarrage du 2e haut-fourneau est court-termiste. On sera le 11 juin devant l’Assemblée pour défendre la niche parlementaire du PCF sur la nationalisation d’ArcelorMittal » proposée par la CGT. Martigues donne sa raison d’être à la journée de lutte des travailleurs.

    « Si Kem One tombe, toute la chimie locale tombe avec les 20 000 emplois concernés »

  • Le patron de la CFE-CGC d’Orange dénonce les décisions de sa direction

    Le patron de la CFE-CGC d’Orange dénonce les décisions de sa direction

    Des erreurs de gestion manifestes, au détriment des salariés… En visite à Marseille ce mardi 28 avril, Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC d’Orange, est revenu notamment sur la situation de l’entreprise à Saint-Mauront (3e), site que la direction a finalement décidé de fermer en partie, suite aux alertes successives du syndicat sur la sécurité. Rappelant les « rixes [malgré] les démentis de la préfète de police déléguée, puis les tirs sur les fenêtres du bâtiment », il estime qu’il s’agit néanmoins d’un « site pérenne techniquement » puisqu’il permet l’arrivée de câbles sous -marin.

    « On ne peut pas faire une valorisation immobilière comme à Nédelec », analyse le responsable syndical, précisant que depuis le départ, son organisation estimait que Saint-Mauront n’était pas un bon choix pour rapatrier quelque 800 salariés.

    Des décisions de loin

    Convenant qu’Orange a perdu son ancrage dans le quartier, supprimant notamment les « journées de convivialité et portes ouvertes (…) au nom de la réduction des coûts », il estime toujours possible d’y créer de l’emploi local en rapatriant des centres d’appels délocalisés « en Tunisie ou à Maurice ». Il déplore un « immense gâchis et l’absence de vision », en raison de décisions prises depuis Lyon ou Paris alors que Marseille est en train « d’exploser en compétences ».

    Le rachat de SFR par Orange, Free et Bouyges l’inquiète aussi grandement. « Pas moins de 8 000 emplois vont sauter » évalue-t-il.

  • Toulon au centre de la stratégie de Défense

    Toulon au centre de la stratégie de Défense

    Premier port militaire d’Europe, Toulon s’impose depuis des décennies comme l’un des piliers de l’appareil de Défense nationale. Dans le Var, la filière revendique quelque 30 000 emplois directs, 13 000 emplois induits et près de 2 500 entreprises liées à la Défense. Toulon constitue un enjeu stratégique majeur pour le secteur à l’échelle nationale. Un territoire appelé à jouer un rôle central dans la montée en puissance affichée par le gouvernement. Car cette dynamique locale s’inscrit dans un cadre national et international précis.

    Les effectifs sont appelés à être encore renforcés dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030. Votée en 2023, celle-ci prévoyait déjà 413 milliards d’euros de dépenses sur six ans. Mais dans la lignée des engagements pris par la France lors du sommet de l’Otan à La Haye, en juin 2025, et au regard d’un contexte international explosif, marqué par le bellicisme de plusieurs gouvernements d’extrême droite (États‑Unis, Israël et Russie en tête), Emmanuel Macron a annoncé, en juillet, que l’effort de Défense serait porté à 2,5% du Produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2030, soit environ 76,3 milliards d’euros. Conséquence directe : une augmentation du budget de la Défense de 6,7 milliards d’euros en 2026, pour atteindre 57,1 milliards. Ce budget est soumis depuis mardi à l’examen de la commission Défense de l’Assemblée nationale, avant d’être débattu en séance plénière dès le 4 mai.

    Une logique politique

    Pour traduire cette orientation sur le plan industriel, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, s’est rendu dans le bassin toulonnais le 17 janvier, sur deux sites liés à la Défense, Naval Group et Acti. Il y a annoncé la création d’une « organisation particulière au sein de France Travail », « sous les ordres du ministère de la Défense », pour « aider les entreprises à trouver les compétences et ressources dont elles ont besoin ».

    Une semaine plus tard, la ministre de la Défense, Catherine Vautrin, s’est à son tour déplacée dans le département, en visitant la Direction générale de l’armement (DGA) à Toulon. Elle y a notamment suivi l’évolution du projet Drone de surface autonome naval à capacité d’armement embarqué (Danae), destiné à la protection des ports et à l’escorte de navires militaires. La ministre y a également affirmé la nécessité d’être « plus européen dans notre stratégie industrielle, avec des équipements capables d’agir de concert », appelant à une Europe de la défense « pour mieux peser sur l’Otan ». Catherine Vautrin a insisté sur le renforcement de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), présenté comme « une condition de survie industrielle et un outil de puissance. Car là ou nos équipements sont déployés, notre influence stratégique s’enracine », avait-elle déclaré, rappelant que la France était le deuxième exportateur d’armes au monde, au terme d’une année 2025 au cours de laquelle les conflits armés ont fait des centaines de milliers de victimes.

    Ces positions complémentaires trouvent écho dans le Toulon Défense Event, où Jean-Pierre Farandou sera présent, ce jeudi. L’événement, porté par France Travail et le Centre d’information et de recrutement des forces armées (Cirfa), présentera, à travers 80 exposants, plus de 200 métiers liés à la Défense.

    De nombreuses animations 
    -échanges avec des professionnels, simulateurs de vol et d’aérocombat, démonstrations de drones, dispositifs des forces navales- seront proposées pour permettre aux visiteurs de découvrir métiers et équipements, « mais aussi de se projeter » et « susciter des vocations ». Car l’objectif principal de la journée sera de promouvoir plus de 5 000 offres d’emploi à pourvoir dans le secteur, l’augmentation des capacités défensives ne pouvant se faire sans main-d’œuvre.

    Pragmatique ? Nécessaire ? L’opération, éminemment politique, s’inscrit en tout cas pleinement dans les orientations budgétaires du gouvernement. Et induit des coupes budgétaires dans des domaines essentiels précarisés, de la santé à l’éducation, en passant par la culture.