Tag: emploi

  • Une entreprise éphémère pour aller vers l’emploi à Marseille

    Une entreprise éphémère pour aller vers l’emploi à Marseille

    Créées en 2015 par Didier Krief et Céline Garence, les Entreprises Éphémères proposent aux participants une méthode alternative de la recherche d’emploi. Organisées comme une véritable entreprise, sans objectif de profit, les participants deviennent associés et s’investissent dans un projet commun. « Vague de succès » a réuni cinquante demandeurs d’emploi, répartis en différents services : ressources humaines, communication et relations entreprises.

    Retrouver un cadre

    et une confiance en soi

    Le nom et le logo ont été choisis collectivement, tout comme les outils de travail. Les CV et lettres de motivation sont retravaillés et validés par un service RH interne, avec l’accompagnement de coachs. Cette initiative permet également à ces participants de recréer du lien. « Ça m’a redonné la motivation de me lever tôt, la confiance et l’espoir », témoigne Hadja. D’autres évoquent les amitiés, la solidarité et la fierté d’appartenir à un collectif.

    Parmi les parcours marquants figure celui de Mehdi. Après une période difficile, il est parvenu à se réinsérer dans la vie professionnelle. C’est avec fierté qu’il fait tinter la traditionnelle cloche que l’on sonne après avoir trouvé un emploi. « Je me sens plus fort, plus courageux », a-t-il confié sous les applaudissements. Déployée dans l’arrondissement le plus pauvre de France, cette Entreprise Éphémère bénéficie du soutien de l’État et de France Travail, notamment via le Plan d’investissement dans les compétences (Pric). La présence de la préfète déléguée à l’égalité des chances, Isabelle Epaillard, lors de la clôture de l’événement, est venue saluer l’initiative : « Un beau succès qui n’a rien d’évident lorsque des personnes rencontrent autant de difficulté à trouver du travail. »

    « Quand quelqu’un sonne la cloche [à chaque fois qu’on trouve un travail], c’est une réussite collective », rappelle Maxime Méry, directeur des opérations. Dans un territoire confronté à de fortes inégalités, l’Entreprise Éphémère démontre qu’en misant sur l’humain et l’entraide, d’autres chemins vers l’insertion restent possibles.

  • Gazel à la recherche de projets initiateurs d’emplois

    Gazel à la recherche de projets initiateurs d’emplois

    C’est dans la continuité de la raison pour laquelle elle a été fondée que la Fondation Gazel Energie lance un appel à projet inédit dans le bassin gardannais. Créée pour « accompagner le territoire dans le cadre de l’arrêt charbon décidé par l’État (….) », précise le groupe et fournisseur d’énergie dans un communiqué de presse, alors que des centaines de salariés, dont ceux de la Centrale de Provence, perdaient leur emploi, la Fondation se donne pour mission « d’apporter son soutien au territoire, au développement économique et social de celui-ci ». A Gardanne comme dans d’autres anciens bassins miniers.

    L’emploi, critère premier

    Dans cette lignée, un appel à projets est lancé par la fondation. « En l’occurrence, cet appel à projet qui est question d’être une aide financière sur des activités qui permettraient de recréer, créer et maintenir de l’emploi, précise Camille Jaffrelo, porte-parole pour Gazel Energie. L’appel est en guichet ouvert mais on va mettre une séance avec le comité de conseil mi-février, on aimerait idéalement recevoir les dossiers début février. Plus tard, ils seront évalués dans le comité d’après. Les dossiers sont assez simples, ils sont téléchargeables sur notre site, c’est un document d’une page à remplir. » Le champ des propositions se veut élargi, précise également Camille Jaffrelo, et peuvent aller de l’associatif à l’entrepreneuriat, tant que le critère de création d’emploi reste une priorité. Et s’il reste le critère principal à être respecté par les porteurs de projet, d’autres critères sont également listés par Gazel Energie. Parmi lesquels la « lutte contre le changement climatique » et « la préservation et l’amélioration de l’environnement et de la biodiversité dans ces territoire », assure l’entreprise.

  • Sur la centrale de Gardanne, la préfecture persiste et signe

    Sur la centrale de Gardanne, la préfecture persiste et signe

    Sollicitée par La Marseillaise sur la volonté de l’État de maintenir ou non l’activité sur le site GazelEnergie après la prise d’un arrêté dont les restrictions sont tellement élevées qu’elles interrogent la viabilité du site, la préfecture a produit une réponse détaillée.

    « L’État a délivré une autorisation pour l’exploitation de la centrale à biomasse, en respectant : la décision du Conseil d’État imposant une régularisation de la situation de la centrale ; les règles environnementales propres aux activités de la centrale, en particulier le fonctionnement de la chaudière, les rejets dans l’air et dans l’eau ; les avis recueillis lors de l’enquête publique au cours de laquelle les citoyens et associations ont pu s’exprimer ; et la nécessité d’ajouter un plan d’approvisionnement en bois », expliquent ainsi les services de l’État, tout en assurant que « les volumes de ce plan d’approvisionnement reprennent strictement les volumes exprimés par GazelEnergie dans sa réponse à la commission d’enquête, en date du 27 juin 2025 ».

    Des prescriptions controversées

    « Les prescriptions garantissent que la centrale respecte les normes de protection de l’environnement et que son approvisionnement en ressources (notamment le bois) est durable », insiste la préfecture même si, dans un courrier que La Marseillaise s’est procuré, l’industriel s’alarme des conséquences potentiellement bloquantes de cet arrêté pour l’activité.

    « Certaines de ces prescriptions soulèvent des difficultés majeures sur lesquelles la société GazelEnergie avait appelé à plusieurs reprises l’attention des services préfectoraux et de la Dreal [direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, Ndlr.] Provence-Alpes-Côte d’Azur », écrit ainsi le président de GazelEnergie. Et de demander « que les prescriptions en cause soient modifiées et adaptées par arrêté ». Il réclame ainsi que le texte ne parle pas de « charbon cendreux », mais de « produits cendreux de récupération », rappelant que ces cendres restent « indispensables à la protection de la chaudière », lorsque la tranche 4 n’aura plus le droit d’utiliser de charbon, au 31 décembre 2026.

    Le courrier s’inquiète également de valeurs limites de concentration « injustifiées et de nature à poser des difficultés significatives lors des contrôles de conformité »… certaines valeurs trop basses ne pouvant être mesurées, tandis que d’autres sont « très significativement inférieures, d’un facteur 5, voire 10 ou même 100, à celles définies par arrêté ministériel ».

    Pour la préfecture, l’arrêté permet au contraire de « régulariser le fonctionnement [de la centrale], jusqu’alors encadré par un arrêté temporaire, après plus de deux ans d’attente ».

    À propos des écrits publics du rédacteur de l’arrêté, très critiques à l’égard de l’énergie issue de la biomasse, pour le compte du collectif Pour un réveil écologique, qui jettent le trouble sur l’impartialité de la décision administrative, les services préfectoraux affirme qu’elle « a été prise de manière neutre et transparente ».

    « L’instruction des dossiers repose sur l’avis d’experts (techniques, administratifs, juridiques), en particulier au sein des inspecteurs de l’environnement, et en aucun cas un arrêté d’autorisation environnementale ne saurait être le fruit d’une décision individuelle », affirme la préfecture, en rappelant que « l’instruction repose strictement sur le dossier déposé par l’entreprise GazelEnergie, et il est vérifié qu’il correspond aux exigences de la réglementation environnementale, ce dossier a lui-même été examiné lors d’une enquête publique et soumis à consultation des collectivités concernées. »

    Des contrôles à venir

    Insistant sur la normalisation des relations entre l’État et l’industriel, la préfecture assure que « comme dans le cas de toute installation classée, la relation entre l’administration et l’exploitant GazelEnergie reprend désormais des modalités classiques, et ce dès décembre 2025 pour : éclaircir les points techniques qui peuvent rester en suspens ; prendre en compte les évolutions déjà prévues sur le site (depuis l’enquête publique) et celles à venir ; étudier des adaptations de l’autorisation suite à des porter-à-connaissance déposés par l’exploitant, dans le cadre d’un dialogue ouvert et constructif avec l’entreprise et dans le respect du Code de l’environnement ».

    Comme un avertissement, les services de l’État concluent : « La DREAL réalisera régulièrement des inspections sur le site en vue de vérifier sa conformité, comme pour toutes les installations classées. »

  • [Grand entretien] Samuel Hervé : « J’espère que le site de Vergèze sera maintenu »

    [Grand entretien] Samuel Hervé : « J’espère que le site de Vergèze sera maintenu »

    TAXES TRUMP

    LM : Quels sont les effets des droits de douane en Occitanie ?

    S.H. : Trump a une diplomatie économique qui n’est pas celle qu’on a connue pendant des années. Cela génère un inconfort supplémentaire. Il s’amuse avec le dollar sur les taux d’intérêt, que va-t-il se passer pour nos emprunts, nos investissements ? On est sur une inflation contenue autour de 2% mais il suffit d’une mauvaise humeur pour faire monter les taux. En France, l’agroalimentaire avec l’agriculture est le secteur qui souffre le plus des droits de douane. L’aéronautique est passée à 0% sur demande de Boeing. Les sous-traitants automobiles, les produits de luxe, les vins, fromages… sont taxés à 25%. Pour les viticulteurs c’est un vrai sujet. 6 000 emplois pourraient être perdus dans l’industrie de la beauté.

    ENTREPRISES & EMPLOI

    LM : Avec la fin des aides Covid, y a-t-il plus de défaillances d’entreprises ?

    S.H. : Au 2e trimestre 2025 en Occitanie, on a eu +19% de défaillances. Les petites entreprises et de plus de 100 salariés sont touchées dans le bâtiment, l’hôtellerie restauration. Plusieurs facteurs jouent dont la fin des prêts garantis par l’État (PGE) combinée à l’inflation qui a fait un effet ciseau.

    La verrerie pourrait fermer, êtes-vous inquiet pour l’emploi industriel ?

    S.H. : J’espère que la décision du tribunal pour Perrier va permettre à Nestlé Waters de maintenir le site et le sous-traitant à Vergèze. On est inquiet mais l’Occitanie est la seule région où le solde net d’usines (création/destruction) est positif (+9). Si on veut garder l’industrie, il faudra que la fiscalité, le coût du travail et la simplification soient abordés.

    Les délocalisations ne vous révoltent pas, c’est la loi du marché ?

    S.H. : Pardon tout le monde fait ses calculs. Vous feriez sans doute les mêmes. On peut attendre des grands groupes davantage de responsabilité sur les délais de paiement. Mais pourquoi j’irai produire plus cher ici qu’ailleurs ? Il ne faut pas leur demander de se tirer une balle dans le pied.

    Mais un jour la France ne produira plus rien…

    S.H. : On doit être fort sur les sujets qui créent une forte valeur ajoutée : la RD, l’innovation, le numérique, l’aéronautique. Vouloir garder en France des industries mondialisées, non différenciantes, c’est très compliqué. On peut aussi travailler sur des sujets de souveraineté alimentaire, de défense, de cybersécurité, du nucléaire. Stop aux petits calculs, l’État doit poser les grands enjeux.

    INSTABILITÉ & INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

    LM : Quels effets l’instabilité politique a-t-elle sur le moral et les décisions des chefs d’entreprise en Occitanie ?

    Samuel Hervé : Des études de la Banque de France en Occitanie ou le baromètre de la CCI régionale montrent que si on sort le secteur aéronautique qui tire l’économie vers le haut, on a dans les autres secteurs comme le BTP, l’hôtellerie-restauration, le numérique, les services sanitaires, social et à la personne, tous souffrent de difficultés de visibilité, de capacité à se projeter. Comparé à l’an passé, tous voient leurs chiffres d’affaires, perspectives d’investissement (à l’arrêt) et d’embauche diminuer. Quand vous ne savez pas à quelle sauce vous allez être mangés… On assiste à un grand concours Lépine de toutes les fiscalités possibles. Tout le monde attend. Le contexte international peut aussi un peu jouer quand les règles du jeu peuvent changer du jour au lendemain avec Trump.

    Voyez-vous l’IA comme un atout ou un danger pour l’emploi ?

    S.H. : Le Medef a fait un IA tour dans chaque département. On avait une centaine de chefs d’entreprise chaque fois. L’enjeu c’est de surfer sur la vague et de ne pas se faire submerger. Il faut bien connaître les valeurs de cet outil, ses forces et ses faiblesses, dans son entreprise, indépendamment de l’IA. La cité de l’économie et des métiers de demain avec le groupement Leader et l’appui de la Région ont lancé le programme « IA, on accélère ». Il y a 2 promos de 20 entreprises. On est accompagnés sur les différences d’IA (générative, prédictive…). Par exemple, dans ma PME de restauration collective j’ai une dette technologique à résorber pour récupérer des données accumulées depuis 18 ans. On peut aussi faire en sorte que les collaborateurs se concentrent sur leur cœur de métier. Il y a aussi risque de la substitution. Je ne mettrais pas des garde-fous légaux mais à la main du patron. Trouver des salariés impliqués est précieux, je ne connais pas beaucoup de patrons qui s’en séparent même si la compétence est substituable. On peut acheter de la compétence, pas de la motivation.

    TAXATIONS & RETRAITES

    LM : Vous refusez plus de fiscalité mais les profits du CAC40 sont énormes : 131 milliards en 2024. Ne faudrait-il pas taxer plus les gros et moins les petits ?

    S.H. : Si on regarde l’addition des 53 milliards d’économies, il y en a 31 sur les gros. Il y a en France un CAC40 bashing un peu terrifiant. On devrait se féliciter d’avoir des champions français, européens, ce sont des boîtes transnationales. L’activité de Total est déficitaire en France, ils pourraient s’en débarrasser mais ils la gardent. L’essentiel du prix à la pompe c’est des taxes. Par ailleurs, on demande aux grands groupes de continuer à faire de l’apprentissage alors qu’ils n’ont plus aucune aide. Opposer les grands aux petits c’est une vision idéologique. Les gros sont aussi des donneurs d’ordre. Beaucoup de PME et PTE travaillent avec les patrons du CAC40. A travers eux, on risque d’affaiblir le tissu régional. Aujourd’hui, le capital est moins bien rémunéré en France qu’en Allemagne, en Italie, en Suède. Une étude de l’OFCE montre aussi que le niveau de rémunération (des salariés) comparé à la valeur ajoutée créée par les entreprises est le plus élevée en France.

    Vous étiez dans le Conclave. Pourquoi avoir quitté la conférence sociale ?

    S.H: On est allés au Conclave alors que nos cousins n’y sont pas allés et que personne ne les a questionnés. Cette réforme des retraites était passée, ce n’était plus un objet de discussion. Ça a été remis sur le tapis pour des calculs politiciens, on n’était pas pour. On est allé plus loin que beaucoup de positions qu’on avait pu avoir : sur les carrières des femmes, la prévention de la pénibilité, des carrières longues. Là, avec la suspension, on ne fait plus de prospective, on devient instrumentalisés politiquement, on n’en a pas envie. Pareil sur l’assurance chômage, la réforme était passée il y a 2 ans. On a rouvert la boîte de pandore, c’était du pain béni pour les syndicats (salariés). Je peux concevoir que le 49-3 n’ait pas plu mais il reste un outil constitutionnel. Ce n’est pas un déni de démocratie.

    C’EST QUOI UN BUDGET RESPONSABLE ?

    S.H. : Un budget qui conjugue la capacité d’un pays à pouvoir continuer à faire de la croissance. Si on veut protéger le modèle social, la capacité des entreprises à faire de l’emploi, on ne peut pas assécher les conditions de création de valeur. Il n’y a plus d’incitation fiscale pour les entreprises à créer de la valeur. Les systèmes sont parfois confiscatoires. Ça résonne sur l’investissement, sur l’emploi ce qui fait moins de cotisations sociales qui rentrent. Taper sur les entreprises plutôt que sur les dépenses de l’État ce n’est pas responsable.

  • [Quoi de neuf] « Lever les freins à l’embauche des travailleurs handicapés »

    [Quoi de neuf] « Lever les freins à l’embauche des travailleurs handicapés »

    À l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), se tenant jusqu’au 23 novembre, le délégué régional de l’Agefiph Daniel Dias et Ludovic Petiteau, fondateur de l’entreprise adaptée Talaron Services, spécialisée dans l’informatique, reviennent sur les avancées du monde de l’entreprise en faveur de l’handicap.

    Louis Dupin : Cette édition s’ouvre 20 ans après la loi handicap de 2005 qui visait à promouvoir l’égalité des droits et des chances pour tous. 20 ans plus tard, quel bilan en tirer ?

    Daniel Dias : La loi de 2005 posait un cadre qui était ambitieux et qui était nécessaire. Elle comporte dans son contenu une dimension emploi assez forte. Où est-ce qu’on en est aujourd’hui ? Il y a des avancées réelles. Le taux de chômage est passé de 17% à 12%. Alors il reste deux fois supérieur à celui de la population en général mais il a baissé de manière assez significative. Autre donnée chiffrée, on a aujourd’hui 1,3 million de personnes handicapées qui sont en emploi. Avant la loi elles étaient 600 000. Cette loi elle était ambitieuse. Est-ce que les résultats qu’on a obtenus collectivement aujourd’hui sont à la hauteur de ses ambitions ? Malheureusement pas tout à fait. Il reste encore énormément de choses à accomplir. Pour appuyer la semaine de l’emploi, on a, avec le concours de l’Ifop, publié une étude montrant que si 60% des personnes en situation de handicap reconnaissent des avancées depuis la loi 2005, elles ne sont que 12% à parler d’avancées majeures. Les personnes en situation de handicap elles-mêmes disent aussi que c’est insuffisant.

    Olivier Nottale : Qu’a apporté cette loi pour votre entreprise ?

    Ludovic Petiteau : Talaron Services est une entreprise de développement informatique donc on réalise des sites web, tout type d’application pour nos clients. C’est une société que j’ai créée en 2010, 5 ans après la loi de 2005, le monde de l’handicap n’était pas encore beaucoup porté sur les entrepreneurs comme moi, mais plutôt sur le monde associatif, les Centres d’aide par le travail [ex-Esat, Ndlr.]. Mais la loi de 2005 a voulu justement les attirer en créant un type d’entreprise qu’est l’Entreprise Adaptée. On a un accord avec l’État qui fait que notre entreprise s’engage à avoir minimum 55% de notre personnel en situation de handicap. Pour notre part, nous chez Talaron Service, on est à 90% à peu près de personnel en situation de handicap sur une cinquantaine de collaborateurs.

    Louis Dupin : La loi de 2005 met en place des quotas obligeant que 6% de l’effectif d’une entreprise soient des travailleurs handicapés. Aujourd’hui, seules 55% des entreprises la respectent, comment l’expliquer ?

    Daniel Das : Il y a plusieurs freins à l’embauche d’une personne en situation de handicap. D’abord, même s’ils ont diminué, restent des a priori, des préjugés qu’il faut arriver à lever collectivement. Il faut donner à voir que c’est possible, que l’entreprise n’est pas seule pour embaucher une personne en situation de handicap. Le deuxième obstacle qui demeure aujourd’hui, même si sur ces dernières années le fossé s’est aussi réduit, c’est le décalage entre les attentes des entreprises en matière de formation et de niveau de qualification et le public handicapé. Ce public est plus âgé, moins formé, moins qualifié et il a une durée d’inscription plus longue à France Travail que le reste des publics. Sur le sujet de la formation, il s’agit aujourd’hui de créer toutes les conditions pour qu’une personne en situation de handicap puisse accéder à une offre de formation qui corresponde aux besoins des entreprises. Aujourd’hui, 10% des publics qui accèdent à l’offre de formation en Occitanie sont en situation de handicap.

    Ludovic Petiteau : Pour la majorité des personnes en situation de handicap, l’handicap arrive en cours de vie – le handicap de naissance représente qu’une petite partie. Pour que ces personnes puissent continuer à travailler, elles passent par une période de reconversion professionnelle. Et effectivement, ce qui fait peur souvent dans l’entreprise, c’est de prendre quelqu’un qui a une quarantaine d’années, mais qui est débutant dans le métier alors qu’elle pourrait embaucher un jeune sortant d’école. Or, le travailleur handicapé a déjà une expérience professionnelle, un savoir-être, un savoir-vivre dans l’entreprise que le jeune débutant n’a pas forcément.

    Lousi Dupin : La question de la formation fut au centre du salon Handijob, qui s’est tenu à Montpellier, dans le cadre de la SEEPH. Ces événements sont importants ?

    Ludovic Petiteau : C’est vraiment un moyen pour les différents entreprises de la région de rencontrer un public dédié au monde du handicap. Du personnel les aide à communiquer, il y a des interprètes des langues des signes, des accompagnants, des éducateurs qui vont pouvoir mettre en place une relation avec les entreprises. En plus des entreprises, sont aussi présents des centres de formation sur ces journées-là. Et ça permet d’échanger entre personnes, entre professionnels, pour avoir des idées de métier à faire plus tard.

    À écouter sur divergence-fm.org.

  • Var Emploi Public promeut l’alimentaire et la restauration

    Var Emploi Public promeut l’alimentaire et la restauration

    Initié en 2022, le dispositif Var Emploi Public vise à créer du lien entre les collectivités, les employeurs publics et les personnes intéressées par ce secteur d’emploi, afin d’en promouvoir la diversité des carrières. C’est dans cette optique que se tiendra la troisième édition du Salon Var Emploi Public, au Hall des Beaux-Arts et à la Maison de la Créativité de Chalucet à Toulon, ce jeudi, de 9h30 à 16h. Un événement générateur d’opportunités variées, qui avait attiré plus de 800 visiteurs l’année dernière, occasionnant 1 100 entretiens sur la journée, et permettant à près de 270 personnes d’être accompagnées pour optimiser leur parcours de recrutement.

    Cette année encore, une très large part des services publics varois seront présents. Et après les métiers du sport en 2024, ce sont les métiers de l’alimentation et de la restauration collective qui sont mis à l’honneur cette année, à travers des animations interactives, des présentations de professionnels et des ateliers culinaires.

    Pour le reste, le Salon proposera également de nombreuses opportunités dans les différents champs du domaine public avec, comme d’habitude, un village des employeurs dans lequel plus de 20 partenaires seront représentés. Des job datings, un « recrut game » interactif, ainsi que des ateliers CV, préparation aux entretiens d’embauche et confiance en soi, animés par des professionnels du recrutement, seront proposés aux participants.

    Le programme complet est à retrouver sur varemploipublic.var.fr

  • Montperrin renforce l’inclusion professionnelle

    Montperrin renforce l’inclusion professionnelle

    Au centre hospitalier de Montperrin, une petite centaine de salariés sont intégrés dans divers services de ce lieu de soin psychiatrique. Cela représente 8,21%, soit 2 points de plus que l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés (6%).

    L’intégration de ces travailleurs, dont le handicap est dans la plupart des cas invisible, est facilitée par les directives inscrites dans une convention conclue entre le centre hospitalier de Montperrin et le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).

    Signé pour la première fois en 2021, le contrat pluriannuel a été renouvelé, lundi 24 novembre, dans la Maison des hospitaliers, en présence de la direction du FIPHFP, des équipes du centre hospitalier Montperrin, ainsi que de Marie-Pierre Sicard-Desnuelles et Silvaine Di Caro, élues locales.

    « Nous avons mis en place un certain nombre d’actions, à commencer par un plan de formation pour sensibiliser nos professionnels à l’accueil d’un collègue en situation de handicap, puis une organisation dédiée, puisque deux référents handicaps ont été nommés », liste Gaëlle Dufour, directrice du centre hospitalier.

    Travailler « dignement »

    « Cette nouvelle convention va accentuer cet engagement, avec la mise en œuvre d’un nouveau plan d’action, évalué à 447 000 euros », poursuit-elle. Sont entre autres affichés l’ambition de recruter davantage d’agents en situation de handicap, la poursuite d’aménagements de postes pour favoriser le maintien dans l’emploi, la formation de managers et équipes à l’intégration de personnels handicapés et des travaux visant à l’accessibilité numérique.

    Estelle Bruliard, cadre de santé, a bénéficié de cet accompagnement. « J’ai pu compter sur une équipe de santé réduite, mais qui fonctionnait, qui m’a permis de me poser dans ce moment aigu », rapporte cette salariée de Montperrin. Victime d’un AVC, Jérôme Renaud, témoigne lui aussi de sa « reconstruction » par le biais de ce dispositif. « Les séquelles d’un AVC ne sont pas toujours visibles. Pour travailler dignement, il y a eu un rythme adapté, une réorganisation des tâches, du matériel et des outils régulant la charge cognitive et physique (…) », poursuit cet infirmier.

    « L’enjeu maintenant est plutôt de travailler sur la dimension qualitative de l’accompagnement de ces agents en situation de handicap », précise Marine Neuville, directrice générale du FIPHFP.

  • [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    [Entretien] Claude Fournet : « On fait un travail de formation citoyenne » avec les missions locales

    La Marseillaise : Pourquoi les missions locales se mobilisent aujourd’hui ?

    Claude Fournet : Dès la parution du projet de loi de finances 2026, nous avons vu qu’il était prévu une baisse significative de 13%, qui représente 77 millions d’euros de moins sur l’ensemble des missions locales. C’est énorme, d’autant que l’an dernier nous avions déjà eu une baisse, le tout arrivant à 20%. Les organisations syndicales de la région organisent notamment ce rassemblement à la préfecture. C’est complémentaire avec la mobilisation nationale impulsée par les présidents et conseils d’administration des missions locales notamment pour mobiliser les élus contre cette baisse.

    Quelles conséquences de ces baisses ?

    C.F. : Les premiers touchés seront les jeunes et les salariés des missions locales. On estime à 13 000 jeunes qui seront peu, mal ou pas accompagnés, seulement pour notre région si ce budget passe. Ce sont aussi 120 emplois menacés. Et donc des points d’accueil qui vont fermer ou qui seront moins longtemps ouverts.

    Quelle est votre analyse de cette politique de l’emploi ?

    C.F. : Il y a quelque chose d’antinomique. Il y a trois ans, le Président a fait une loi du plein-emploi et donne des moyens et des mesures pour l’accompagnement des jeunes. Les missions locales ont donc recruté, accueilli beaucoup plus de jeunes. Mais depuis, les financements diminuent ! Alors qu’on est au moment où on en a le plus besoin : le chômage remonte, et c’est celui des jeunes qui remonte le plus fort, avec plus de 20% sur un an.

    Pourtant, vous défendez un modèle d’accompagnement bien spécifique…

    C.F. : Nous sommes un exemple de décentralisation. Nous avons une mission de service public de proximité qui répond aux besoins des jeunes et aux exigences des territoires. Je rappelle qu’on travaille avec 12 000 entreprises dans la région pour les jeunes, nous sommes donc aussi une forme de développement économique. Il faut aussi avoir en tête qu’on propose un accompagnement global. Parfois, avant de parler d’emploi à un jeune, il faut qu’on parle de mobilité, de logement, de santé, de famille. On a une série de dispositifs qui aident à avoir une certaine autonomie, laquelle participe à l’entrée dans le monde du travail. On fait un travail de formation citoyenne, et même plus : culturelle, civique… Nous ne sommes pas une structure d’emploi bis de France Travail. On a une certaine vision de l’emploi pour les jeunes.

    Au niveau du calendrier parlementaire, il y a encore de l’espoir d’amoindrir la baisse prévue ?

    C.F. : Il y a une forte mobilisation des parlementaires, grâce à notre pression, et un certain nombre d’amendements, qui ont été retenus en commission des finances contre cette baisse. Et ça a été relativement transpartisan. Il y a donc des chances.

  • « Investir » pour la jeunesse

    « Investir » pour la jeunesse

    Dans le « musée des horreurs » du projet de loi de finances 2026, en débat à l’Assemblée nationale, la baisse de l’engagement de l’État dans les missions locales tient une place de choix car c’est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse qui y est une nouvelle fois traitée par le mépris. Alors que le chômage des 16-24 ans atteignait 19,2% au premier trimestre, c’est en toute conscience que le projet de budget contient un recul de 13% des crédits de l’État aux missions locales qui viennent s’ajouter au recul des financements des collectivités locales.

    Vent debout

    Côté État, les financements étaient déjà en berne en 2025 (moins 6,8%) et, en 2024, le financement du Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PCAEA) a été divisé par deux avec une baisse de 5% des crédits de paiement. C’est-à-dire l’argent sonnant et trébuchant qui permet concrètement aux 430 missions locales du pays de mener leur mission auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Vent debout, l’Union nationale des missions locales appelle à la mobilisation ce mardi. Leur légitime inquiétude et leur appel à bloquer un tel projet ont déjà payé, partiellement, auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le 9 novembre, les députés qui la composent ont limité la casse en adoptant un amendement pour rétablir les crédits de 2025. C’est un minimum mais qui ne sera pas au niveau des nouveaux besoins tant le nombre de jeunes venant taper aux portes des missions locales est en hausse. Un budget devrait « investir » pour la jeunesse. Pour l’heure, la Nation lui tourne le dos.

  • Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Elles ont beau ne constituer à la louche que 10% des cas qui se présentent à l’Aipals* (Service de santé au travail), les maladies chroniques occupent pas mal les médecins du travail. « Entre le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des patients, ces dossiers nous demandent pas mal de temps et d’énergie », reconnaît Nicolas Teulade, médecin coordonnateur à l’Aipals de Montpellier.

    Il faut dire que le champ des maladies chroniques dues au travail est vaste. Le spécialiste distingue trois grandes catégories. Celles liées à des « lésions de l’appareil locomoteur » (troubles musculo-squelettiques) comme les lombalgies, hernies, l’arthrose, les douleurs d’épaule aussi. Ainsi que les douleurs inflammatoires (polyarthrites, les formes d’arthropathie). Deuxième famille, les « douleurs neuropathiques ou neurologiques » : migraines, céphalées chroniques et autres crises fréquentes sur des lésions nerveuses pour lesquelles « le diagnostic médical est difficile à poser ». Enfin, il y a les douleurs d’origine psychogène. Par exemple « la fibromyalgie » qui est « un syndrome douloureux chronique [muscles, articulations] sans cause objectivée, sans lésion particulière ». On y associe « des douleurs diffuses persistantes, une fatigue et des troubles du sommeil ».

    Dans ce dernier cas, le diagnostic est « plus difficile » et la prise en charge s’avère souvent « plus complexe », précise Nicolas Teulade. Quoi qu’il en soit, il incombe à la médecine du travail d’accompagner de A à Z les travailleurs qui souffrent de douleurs chroniques. « On reçoit le salarié qui nous expose ses douleurs. On évalue son poste de travail et on réalise sa fiche d’entreprise », explique le médecin du travail. Lequel peut être amené à nommer un expert (ergonome, toxicologue…) ou à se déplacer lui-même dans l’entreprise pour constater le port de charges, les postures pénibles… Le contact est pris avec l’employeur. S’ensuit la rédaction d’une synthèse et une prescription médicale.

    Des préconisations qui s’imposent à l’employeur

    Les préconisations qui peuvent aller de l’aménagement de poste, à la modification de tâches voire au reclassement en interne, s’imposent à l’employeur, selon le Code du travail. « Il peut contester l’avis par procédure accélérée auprès du conseil des Prud’hommes [article L.4624-7 du Code du travail] », indique Nicolas Teulade. Mais le dialogue est privilégié pour trouver un terrain d’entente et éviter les conflits.

    Les prérogatives de la médecine du travail sont larges puisqu’elle peut même demander à l’entreprise l’achat de matériels adaptés à la santé d’un travailleur comme « un chariot à hauteur réglable, un siège ergonomique… ». Des outils qui peuvent avoir un coût d’investissement pour l’entreprise. C’est pourquoi l’Aipals travaille également avec plusieurs partenaires (Carsat, Agefiph, Cap Emploi, France Travail…) sur le volet financier.

    Parfois, il arrive que les douleurs sont telles que le salarié se trouve dans une situation d’incapacité professionnelle dans sa société. Il peut alors la quitter pour raisons de santé. Là encore, la médecine du travail se doit d’accompagner le travailleur dans sa quête d’un nouvel emploi ou d’une formation adaptée à ses capacités. « Les cas d’invalidité ne peuvent ouvrir des droits à la retraite anticipée qu’à partir de 62 ans. La réforme n’a rien changé sur ce point », précise Nicolas Teulade. Dans tous les cas, cela ne vaut pas rattrapage des trimestres manquants. Une décote s’appliquera donc en cas de retraite anticipée pour inaptitude.

    * Association interprofessionnelle pour l’application des lois sociales.