Tag: emploi

  • Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Tout faire pour satisfaire les marchés financiers. Ce lundi, en commission des finances, le budget présenté aux députés n’a qu’une seule ligne, réduire les déficits en préservant les cadeaux au patronat et la sacro-sainte politique de l’offre d’Emmanuel Macron. Un effort austéritaire de 30 milliards d’euros, avec 14 milliards de hausses d’impôts, essentiellement portées par le monde du travail dénonçait la CGT il y a une semaine, et 17 milliards de coupes budgétaires. De quoi préparer le terrain pour le projet de loi de finances de la Sécurité sociale, présenté jeudi en commission des affaires sociales, avec 7,1 milliards d’euros d’économies.

    Pour faire passer la potion amère et éviter la censure, le Premier ministre a concédé une suspension temporaire de la réforme des retraites. Surtout, il a annoncé qu’il n’userait pas du 49.3 pour faire passer le texte en force. « C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire, (…) vivra, ira jusqu’au bout, jusqu’au vote », annonçait-il dans son discours de politique générale, mardi dernier. Pourvu que le déficit ne dépasse pas les 5%.

     Moins d’efforts du patronat

    Les 400 plus grandes entreprises, qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 1 milliard d’euros en France, avaient été mises à contribution lors du précédent budget avec une surtaxe exceptionnelle de 8 milliards d’euros. Cette fois, l’effort est divisé par deux. Le gouvernement y ajoute une contribution sur les hauts revenus (1,5 milliard) et une taxation du patrimoine dissimulé dans les holdings familiales (1 milliard). Mais, en même temps, avance sur la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), retirant 1,3 milliard d’impôts sur les entreprises. Quant aux 211 milliards d’aides accordées aux entreprises, elles ne sont qu’à peine remises en question, avec 1,5 milliard d’exonérations de cotisations sociales supprimées… et une attaque sur les finances de l’audiovisuel public.

     Le monde du travail doit payer

    Aux salariés d’assumer les hausses d’impôts, à travers un gel des barèmes de l’impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée qui doivent apporter 2,2 milliards d’euros. Comme un symbole, c’est le ministère du Travail qui devrait être parmi les plus touchés, notamment en réduisant les aides et exonérations de cotisations pour l’apprentissage (2 milliards d’euros), jusqu’à supprimer le coup de pouce de 500 euros pour passer son permis. 200 millions sont rabotés aussi sur l’insertion par l’activité économique : de quoi mettre en danger 20 000 postes, alerte le secteur. Et les prestations sociales, elles aussi, sont gelées.

     Les retraités attaqués

    Si le gouvernement suspend temporairement la réforme des retraites, il gèle aussi les pensions. Celles-ci ne seront pas revalorisées l’année prochaine, puis seront sous indexées les années suivantes de 0,4 point en deçà de l’inflation, jusqu’en 2030. L’abattement de 10% pour les retraités est quant à lui remplacé par un abattement forfaitaire de 2 000 euros.

     Coupes dans la fonction publique

    La ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a salué « l’effort » des fonctionnaires : une nouvelle fois, leur point d’indice sera gelé. Les crédits pour l’amélioration de leurs conditions de travail sont taillés de 190 millions, ceux de l’action sociale de 22 millions. Et s’ajoute surtout la suppression de 3 119 postes, pour moitié dans les opérateurs et agences de l’État. L’Éducation nationale en perd plus de 4 000, le ministère du Travail, plus d’un millier, dont la moitié à France travail (ex-Pôle emploi), où l’IA est censé suppléer aux absents… Les finances, de leur côté, perdent 565 agents. Seuls l’Intérieur et la Justice (1 450 agents en plus) ainsi que les Armées (+830) en gagnent. Dans cette lignée, il n’y a que le ministère de la Défense qui voit ses crédits significativement augmentés, avec 6,7 milliards en plus.

     Le logement menacé

    Comme les autres droits sociaux, les aides personnalisées au logement (APL) sont gelées… et même supprimées pour les étudiants extra-européens. L’union sociale pour l’habitat s’alarme d’un effort supplémentaire pour les bailleurs sociaux de 750 millions d’euros face au désengagement de l’État, tandis que la cohésion des territoires, qui porte la politique du logement, voit ses crédits amputés de 900 millions, en particulier pour la rénovation des bâtiments.

     La Santé à l’os

    Malgré les besoins croissants, la Sécurité sociale reste mise au pain sec et à l’eau, alors que les caisses perdront un millier de salariés. La hausse des dépenses de l’assurance-maladie reste limitée à 1,6%, soit 7,1 milliards d’économie, des restrictions beaucoup plus importantes que les années précédentes. Les arrêts maladie doivent être plafonnés à un mois, voire 15 jours pour ceux prescrits par la médecine de ville. Les franchises pour les consultations et les médicaments doivent être doublées à travers un décret pour apporter 2,3 milliards d’euros.

    Reste à savoir s’il y aura une majorité pour voter ces budgets.

    L’intersyndicale interpelle les députés

    Dans un communiqué, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU qualifie de « premier pas », l’annonce par le Premier ministre de la suspension de la réforme des retraites, qui serait « un préalable à l’abandon de la réforme in fine ». Vent debout contre le budget porté par le gouvernement, les syndicats demandent aux députés « de supprimer les mesures d’austérité annoncées » et plaident pour l’élaboration d’« un budget de justice sociale et fiscale garantissant un haut niveau de protection sociale, des services publics renforcés et des investissements vers une transition écologique et industrielle juste et de haut niveau ». L.Pi.

    CHRONOLOGIE

    Projet de loi de finances (PLF)

    Après le passage en commission des Finances, les députés poursuivent vendredi l’examen du volet recette du budget 2026 au sein de l’hémicycle. Des séances sont prévues samedi 25, puis du lundi 27 au mercredi 29. La journée du jeudi 30 octobre sera consacrée à la niche parlementaire du RN. L’examen du projet de loi de finances (PLF) prendra fin le 3 novembre, le vote solennel est prévu le lendemain à 15h. La même journée, c’est le volet dépenses du projet de loi de finances qui débutera en commission, jusqu’au 10 novembre. La fin des débats est prévue en séance à l’Assemblée nationale le dimanche 23. Le Sénat examinera le budget du 24 novembre au 10 décembre. Le budget doit être promulgué avant le 31 décembre, après son passage devant le Conseil constitutionnel.

    Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS)

    Les ministres concernés par le budget de la Sécurité sociale sont auditionnés ce mardi, avant un examen en commission des Affaires sociales qui commence jeudi. Les débats en séance sont prévus à partir du 4 novembre, dans la soirée, après le vote du PLF. Les discussions promettent d’être houleuses et très suivies, c’est à ce moment-là que doit être voté l’amendement qui acte la suspension de la réforme des retraites, annoncée par le Premier ministre lui-même. Après cela, c’est au tour des sénateurs de se pencher sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), du 17 au 24 novembre.

  • À Sète, le socialiste Sébastien Denaja candidat à la mairie

    À Sète, le socialiste Sébastien Denaja candidat à la mairie

    Après 30 ans d’engagement à Sète, c’était presque une évidence pour moi, d’autant plus après 25 ans de travail dans l’opposition au système en place. » À 46 ans, Sébastien Denaja se porte candidat pour les élections municipales de Sète des 15 et 22 mars 2026. Une seconde tentative après le scrutin de 2020. L’occasion, pour le socialiste, de mettre fin au système Commeinhes, ancien édile LR démissionnaire pour avoir été condamné pour détournements de fonds publics en avril 2025. Et ainsi de reprendre les rênes de l’Île Singulière, où la droite règne depuis 2001.

    Référendum local

    S’il concède « quelques réussites » à François Commeinhes, Sébastien Denaja reste critique sur l’action municipale entreprise depuis 25 ans. « La dette est importante, le taux de pauvreté et de chômage toujours élevé, la pression fiscale au-dessus des villes comparable à Sète et l’insécurité liée au narcotrafic gagne du terrain », soutient celui qui est aussi conseiller régional. Mais surtout, « le problème lié au système en place, c’est celui de l’opacité de la gestion et de dérives graves qui ont fini par la condamnation de l’ancien maire ».

    Un manque de transparence que l’élu pense résoudre en proposant un « contrat de confiance » aux Sétois. « On propose de la démocratie directe et permanente. Aujourd’hui, ça ne peut plus être un maire et son équipe qui décident de tout. Les Sétois doivent être non seulement consultés mais aussi décideurs. On propose donc d’utiliser la technique du référendum local décisionnel, prévu dans la Constitution depuis 2003 », détaille Sébastien Denaja. Ainsi, les décisions normalement prises en conseil municipal ne le seraient plus par les élus mais bien par les citoyens.

    Un procédé novateur dont le candidat espère qu’il le mènera au strapontin de maire de la commune. Mais Sébastien Denaja n’axe pas seulement sa campagne sur cette opacité municipale à résorber. Il propose également de créer « des emplois durables, bien rémunérés  », en se basant sur l’action de la Région Occitanie réalisée depuis 15 ans au port de Sète. « 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour 1 700 emplois bien payés. Quand on gagne bien sa vie, on peut vivre dignement. Le travail est notre priorité. » Un développement économique qui va de pair avec l’urgence climatique, deuxième axe du candidat. « On proposera un pacte vert, où toute politique publique sera passée au crible de l’exigence écologique  », précise Sébastien Denaja. Sans oublier de miser sur la solidarité avec « un plan de lutte contre l’isolement, à l’heure où 12 000 personnes vivent seules à Sète. »

    Si le projet est bel et bien lancé, la liste sera, elle, dévoilée avant la fin de l’année. Une « liste d’un large rassemblement avec des personnalités issues de la société civile ». Mais sans Nouvelle page, l’autre liste de gauche en lice pour ces élections. « Un certain nombre de discussions n’ont pas permis de nous entendre sur une liste commune. Car nous avons notamment la difficulté de la présence de LFI, telle qu’elle est aujourd’hui, sous l’emprise de Mélenchon. » La droite se frotte les mains.

  • Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    « Maintenant, au travail », répète Sébastien Lecornu en quittant l’Assemblée nationale direction l’hôtel de Matignon. Le Premier ministre peut souffler, il a échappé ce jeudi, et par deux fois, à la censure. Le texte porté par LFI et soutenu par et soutenu par le PCF, EELV et Génération.s, a été rejeté par 271 voix sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité. Seules 18 voix ont manqué pour faire chuter le gouvernement. Le texte déposé par le RN n’a recueilli que 144 voix.

    « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte. (…) Nous ne renonçons à rien et si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet », a justifié durant le débat le député socialiste Laurent Baumel, au nom de son groupe. Après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites, le PS avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. Si sept élus ont néanmoins désobéi aux consignes, ces voix n’ont pas réussi à faire basculer le vote.

    À gauche, peu croient au pari du PS. « Ce que vous appelez suspension n’est en réalité qu’un ralentissement cosmétique », affirme la députée écologiste Léa Balage El Mariky. Pour Aurélie Trouvé, ce « n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge », conspue la députée insoumise. D’autant que le camp présidentiel, du moins ce qu’il en reste, n’a pas l’intention de lâcher sa seule réforme d’ampleur. « Nous nous exprimerons sans trembler, sans hésiter, sur la suspension de la réforme des retraites que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière », prévient à la tribune Paul Christophe, député Horizons. « Ne pensez pas que nous pourrons accepter tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites », renchérit Jean-Didier Berger, député LR.

    « La direction du Parti socialiste porte une responsabilité historique », lance à la sortie de l’hémicycle Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI. Elle appelle les militants, électeurs et « la jeunesse » socialiste à « rompre les rangs avec la direction du Parti socialiste et à venir aider le pôle de résistance ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé le dépôt, dans la foulée, d’une troisième motion de destitution visant Emmanuel Macron.

    Désormais, place au débat budgétaire, qui débute lundi et s’annonce pour le moins tendu. Les premières annonces du gouvernement font craindre le pire. Car il prévoit 30 milliards d’euros « d’effort » à travers le gel des prestations sociales, le doublement des franchises médicales, les suppressions de milliers de postes dans l’Éducation nationale… En bref, « un budget à l’image de ces huit dernières années : dur pour le monde du travail et les services publics, doux pour le capital et les plus riches, juteux pour l’industrie de la guerre et l’armement. Il faut tout faire pour le combattre, par tous les moyens, au Parlement comme dans la rue !  », fait valoir Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

    Journée d’action des retraités prévue le 6 novembre

    Face à un budget austéritaire et antisocial, la fronde s’organise. « Le budget présenté par M. Lecornu est catastrophique. Il est même sur certains points encore plus violent que le budget de François Bayrou. (…) Il faut absolument le modifier en profondeur », estime Sophie Binet ce jeudi matin, sur France 2. « Il va falloir se mobiliser. (…) La mobilisation va commencer dès le 6 novembre prochain, avec les retraités, qui organisent une journée d’action », annonce la secrétaire générale de la CGT. « Ça va être les premières victimes de cette explosion des frais de santé, parce que c’est eux qui ont besoin de se soigner le plus. En plus, ils ont une désindexation de leurs pensions pour 2026. Et en plus, cette désindexation, elle est gravée dans le marbre », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Et la dernière chose, c’est que les retraités aussi auraient une forte augmentation de leurs impôts, avec une remise en cause des abattements. »

    « Si on fait le cumul de ces trois mesures, on voit que les retraités sont dans le viseur. Tout ça parce qu’on refuse d’aller taxer les plus riches et d’affronter les multinationales et les rentiers », martèle la dirigeante syndicale.

    Dans un communiqué, l’USR CGT réclame, entre autres la revalorisation de toutes les pensions de retraite de 10%.

  • Licenciés d’ID Logistics, ils contre-attaquent au tribunal

    Licenciés d’ID Logistics, ils contre-attaquent au tribunal

    « On n’a pas lâché la lutte. On était dans la défense, on passe à l’attaque, ce mercredi 15 octobre », explique Alex Regnault, porte-parole des ex-salariés de l’entrepôt marseillais. « Tout ce temps a été mis à profit avec notre avocate, Mathilde Lanté, pour consolider les dossiers que nous irons déposer devant le conseil des prud’hommes. »

    En octobre 2024, ID Logistics, lâché par son quasi unique client Amazon, fermait les portes du hangar investi deux ans plus tôt à Saint-Antoine, dans le 15e arrondissement. Usant d’une clause de mobilité scélérate, l’employeur mettait brutalement un terme aux contrats précaires de ses salariés. En dépit d’une grève de plus d’un mois pour défendre leurs emplois, tous ceux qui ont refusé la mutation sur le site de Bollène, dans le Vaucluse, à plus de 130 km, ont été licenciés pour « faute grave ».

    Durant deux années, les salariés se sont succédé sur le site des quartiers nord pour décharger des camions, à bout de bras ou au transpalette, scanner des colis qui pouvaient dépasser les 55 kg, les trier ou les étiqueter. Le tout en étant chronométrés et dans un entrepôt au toit fuyant, sans chauffage ni climatisation, sans toilettes ni accès à l’eau. « Les plannings étaient communiqués à la dernière minute, des collègues se faisaient appeler en pleine nuit pour aller travailler, de 3h à 11h. En hiver, on avait tous les mains gelées, on crachait noir tellement c’était poussiéreux et pas ventilé. lors d’une coupure d’électricité, une équipe a travaillé à la lueur des phares des camions », témoigne Alex. Des conditions de travail indécentes qui amenaient à un turn-over et au recours à des contrats intérimaires très importants. « Sur 80 employés, on pouvait avoir 50 intérimaires. »

    Les maillons de la chaîne logistique se fendent

    « Mais on avait besoin d’un travail », justifie l’ancien salarié, pour ceux qui, comme lui, ont tenu le coup pendant deux ans. « Nous sommes majoritairement des mères et pères de familles nombreuses, certains avec des maladies chroniques, d’autres qui habitaient loin de l’entrepôt ont même déménagé pour s’en rapprocher et fait changer d’école leurs enfants en cours d’année », précise le jeune homme, devenu porte-parole du collectif contre ID Logistics et Amazon.

    Quand la direction leur impose le choix entre accepter une mutation à Bollène ou démissionner, c’est le coup de massue. « Il faut compter plus de 270 km aller-retour quotidiennement, le tout payé au Smic, alors que le coût du déplacement, pour nous, aurait été de plus de 900 euros par mois ! », précise Alex. Les salariés entament une grève pour négocier. Tentative vaine en dépit des actions et conférences menées et des nombreux soutiens qu’ils trouvent avec l’UD CGT, comme auprès du syndicat créé par Hervé Street, ancien patron marseillais d’une société de transports, devenu un symbole de la lutte contre la précarisation dans la sous-traitance en s’attaquant à FedEx, et de parlementaires de gauche.

    Mais ils ont appris à se battre et « même si on a été virés, on ne lâche pas sur la dignité. On n’acceptera jamais la faute grave, c’est un truc qui vous colle à la peau toute une carrière et c’était totalement déloyal », explique le collectif, qui a décidé de saisir la justice. Aujourd’hui, « pratiquement tous au chômage et dans des situations très précaires, on cherche une sorte de justice qui reconnaisse le traitement abusif de ce système déjà bien rodé des plateformes de logistique, qui broie les salariés et use d’aides d’état », indiquent les ex-salariés d’ID Logistics. « Et qui pourrait faire jurisprudence pour tous les autres dans notre cas. »

    Car, « quand on a commencé la grève, on s’est rendu compte que ces problématiques étaient très répandues dans la majorité des entrepôts ». Leur pétition lancée sur change.org intitulée « Non aux licenciements déguisés ! Solidarité avec les ID Logistics Amazon Marseille ! » pourrait faire boule de neige. Rendez-vous est donné à 13h30 le mercredi 15 octobre devant le tribunal de la rue Rigord, une tribune à signer à l’appui.

  • Licenciés d’ID Logistics, ils contre-attaquent au tribunal

    « On n’a pas lâché la lutte. On était dans la défense, on passe à l’attaque, ce mercredi 15 octobre », explique Alex Regnault, porte-parole des ex-salariés de l’entrepôt marseillais. « Tout ce temps a été mis à profit avec notre avocate, Mathilde Lanté, pour consolider les dossiers que nous irons déposer devant le conseil des prud’hommes. »

    En octobre 2024, ID Logistics, lâché par son quasi unique client Amazon, fermait les portes du hangar investi deux ans plus tôt à Saint-Antoine, dans le 15e arrondissement. Usant d’une clause de mobilité scélérate, l’employeur mettait brutalement un terme aux contrats précaires de ses salariés. En dépit d’une grève de plus d’un mois pour défendre leurs emplois, tous ceux qui ont refusé la mutation sur le site de Bollène, dans le Vaucluse, à plus de 130 km, ont été licenciés pour « faute grave ».

    Durant deux années, les salariés se sont succédé sur le site des quartiers nord pour décharger des camions, à bout de bras ou au transpalette, scanner des colis qui pouvaient dépasser les 55 kg, les trier ou les étiqueter. Le tout en étant chronométrés et dans un entrepôt au toit fuyant, sans chauffage ni climatisation, sans toilettes ni accès à l’eau. « Les plannings étaient communiqués à la dernière minute, des collègues se faisaient appeler en pleine nuit pour aller travailler, de 3h à 11h. En hiver, on avait tous les mains gelées, on crachait noir tellement c’était poussiéreux et pas ventilé. lors d’une coupure d’électricité, une équipe a travaillé à la lueur des phares des camions », témoigne Alex. Des conditions de travail indécentes qui amenaient à un turn-over et au recours à des contrats intérimaires très importants. « Sur 80 employés, on pouvait avoir 50 intérimaires. »

    Les maillons de la chaîne logistique se fendent

    « Mais on avait besoin d’un travail », justifie l’ancien salarié, pour ceux qui, comme lui, ont tenu le coup pendant deux ans. « Nous sommes majoritairement des mères et pères de familles nombreuses, certains avec des maladies chroniques, d’autres qui habitaient loin de l’entrepôt ont même déménagé pour s’en rapprocher et fait changer d’école leurs enfants en cours d’année », précise le jeune homme, devenu porte-parole du collectif contre ID Logistics et Amazon.

    Quand la direction leur impose le choix entre accepter une mutation à Bollène ou démissionner, c’est le coup de massue. « Il faut compter plus de 270 km aller-retour quotidiennement, le tout payé au Smic, alors que le coût du déplacement, pour nous, aurait été de plus de 900 euros par mois ! », précise Alex. Les salariés entament une grève pour négocier. Tentative vaine en dépit des actions et conférences menées et des nombreux soutiens qu’ils trouvent avec l’UD CGT, comme auprès du syndicat créé par Hervé Street, ancien patron marseillais d’une société de transports, devenu un symbole de la lutte contre la précarisation dans la sous-traitance en s’attaquant à FedEx, et de parlementaires de gauche.

    Mais ils ont appris à se battre et « même si on a été virés, on ne lâche pas sur la dignité. On n’acceptera jamais la faute grave, c’est un truc qui vous colle à la peau toute une carrière et c’était totalement déloyal », explique le collectif, qui a décidé de saisir la justice. Aujourd’hui, « pratiquement tous au chômage et dans des situations très précaires, on cherche une sorte de justice qui reconnaisse le traitement abusif de ce système déjà bien rodé des plateformes de logistique, qui broie les salariés et use d’aides d’état », indiquent les ex-salariés d’ID Logistics. « Et qui pourrait faire jurisprudence pour tous les autres dans notre cas. »

    Car, « quand on a commencé la grève, on s’est rendu compte que ces problématiques étaient très répandues dans la majorité des entrepôts ». Leur pétition lancée sur change.org intitulée « Non aux licenciements déguisés ! Solidarité avec les ID Logistics Amazon Marseille ! » pourrait faire boule de neige. Rendez-vous est donné à 13h30 le mercredi 15 octobre devant le tribunal de la rue Rigord, une tribune à signer à l’appui.

  • À la verrerie du Languedoc, la colère de 164 familles sur le carreau

    À la verrerie du Languedoc, la colère de 164 familles sur le carreau

    Derrière l’épaisse fumée noire qui s’élève dans le ciel de Vergèze, la circulation se poursuit devant le site de la Verrerie du Languedoc. Les klaxons de soutien accompagnent le crépitement des palettes qui brûlent sans discontinuer depuis le 25 septembre et l’annonce des propositions de la direction d’OI pour le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Il faut dire qu’ici, la verrerie, indissociable de l’iconique bouteille verte de Perrier, est une institution. Sur ce bassin de vie, beaucoup connaissent quelqu’un qui travaille ou a travaillé sur cette plateforme industrielle, l’une des dernières dans le Gard.

    Comme pour beaucoup d’usines, s’en est même devenu une histoire de famille. Vincent, par exemple, occupe le site depuis l’annonce des premières propositions de la direction, aux côtés de son gendre Charley. « Ici sur le piquet de grève, il y a beaucoup de jeunes qui ont des crédits. Mon gendre, ça fait sept ans qu’il est embauché ici. Il a deux enfants avec ma fille donc je suis doublement touché », précise le mécanicien industriel de 57 ans, salarié de la verrerie depuis 38 ans. Quelques chips dans les mains, ses petites filles sont présentes et s’amusent sur le parking de la verrerie. « On veut leur apprendre qu’elles peuvent être confrontées à la même situation et qu’on a des moyens de lutter », explique leur mère qui n’a pas de travail fixe. Malgré tout, son mari Charley garde le sourire. Face à cette situation pesante pour les salariés et leurs familles, il continue d’animer les discussions pour maintenir l’optimisme dans les rangs. « J’ai la chance d’être soutenu par ma famille mais ça crée des conflits parce que cette semaine je n’ai pas été présent à la maison. Quand je suis rentré, c’était 3-4 heures pour dormir. C’est dur et le combat n’est pas fini », raconte-t-il.

    Un peu plus loin, l’une des seules femmes en combinaison souhaite garder l’anonymat. Mais elle qui vient d’être recrutée en intérim est aussi triplement concernée. Outre son cas personnel, son père et son mari travaillent sur le site. Ils perdront tous leur emploi à la fin du mois. « On vient d’acheter une maison. On ne sait pas ce qu’on va faire. Ça nous paraît encore irréel. Tant que la lettre de licenciement ne sera pas arrivée, on ne réalisera pas », précise-t-elle. Samedi 4 octobre, Micka, qui n’a pourtant travaillé que quelques mois sur le site comme cariste, est venu préparer une paella pour « un moment de convivialité entre les salariés » : « Mon grand-père livrait le site et mon père travaillait ici. Quand j’étais petit, il m’emmenait aux manifestations. Aujourd’hui, c’est une triste page qui se tourne. Ce qui est particulier ici, c’est la solidarité entre salariés, qu’ils soient syndiqués ou non, personne n’est laissé de côté ». Beaucoup de retraités de la verrerie ou de Perrier se relaient aussi pour apporter leur soutien aux salariés en lutte.

    « On ne comprend pas pourquoi on ferme »

    Ici règne toujours une réelle fierté d’appartenir à l’un des fleurons français. Car c’est bien à Vergèze qu’a été créée cette bouteille verte que les publicités hautes en couleurs de Perrier sont parvenues à faire connaître dans le monde entier. « On ne sait toujours pas pourquoi on ferme et qu’on met 164 familles sur le carreau parce qu’on est en licenciement économique alors que le site gagne de l’argent », ajoute Charley.

    Dans un communiqué envoyé le 2 octobre, la direction d’Owens Illinois se justifie par « un contexte difficile pour l’industrie du verre en France » et elle affirme qu’elle « n’a malheureusement pas d’autre choix que d’envisager une réorganisation de ses activités couvrant plusieurs sites en France, dont celui de Vergèze, pour renforcer sa compétitivité et assurer la pérennité de ses activités en France sur le long terme, ainsi que les emplois qui y sont attachés ».

    Des arguments réfutés par les salariés : « Le contexte social et politique en France leur permet de pouvoir fermer une usine d’une entreprise qui fait 59 millions d’euros de bénéfice en 2024. Ici à Vergèze, le niveau de profitabilité est de 7%. Ils ont racheté l’entreprise quand le four était neuf et ils n’ont fait aucun investissement depuis. Ils ont pressé le fruit et quand il a été complètement sec, ils l’ont jeté avec 164 familles. Notre capacité de production va être transférée à 600 km d’ici dans les Vosges sur un site qui est à -8 %. La raison c’est que notre four arrive en fin de vie et qu’il faut le renouveler. Un four c’est entre 50 et 70 millions d’euros. Dans les Vosges, le four a trois ans… », explique Jacky Cortier, le délégué syndicat CGT qui demande aujourd’hui « de partir dans la dignité ».

    « Non-sens écologique »

    Le groupe américain, leader mondial dans l’embouteillage, parle même de « contexte économique particulièrement tendu ». Au niveau mondial, le groupe a pourtant réalisé des résultats records au premier trimestre 2025. Son action a par exemple été au plus haut pendant 52 semaines et son chiffre d’affaires a dépassé les attentes à 1,6 milliard d’euros (1,55 milliard anticipé). Mais cette fermeture marque aussi un « non-sens écologique » comme le détaille Jacky Cortier : « Aujourd’hui, nous avons un mur à franchir pour livrer le client. Demain, ils vont faire venir 6 000 camions supplémentaires par an pour que Perrier soit livré. En ce moment, comme la livraison de notre verrerie est bloquée, les bouteilles sont fournies par une entreprise portugaise. On a arrêté un camion l’autre jour et les bouteilles partent d’Espagne et transitent par Brest pour arriver à Vergèze. C’est honteux ».

    Face à une telle situation, la solidarité s’organise. Tous les élus locaux ont apporté leur soutien et plusieurs communiqués d’organisations politiques (notamment du PCF, des Écologistes et de la FI) ont fait part de leur solidarité auprès des salariés. La maire de la commune, Pascale Fortunat-Deschamps (SE), s’est rendue à deux reprises sur le site début octobre et appelle à un grand rassemblement. Force Ouvrière a également offert les grillades aux salariés mobilisés sur le site vendredi soir. Comme d’autres, le syndicat réclame une nationalisation temporaire, le temps de trouver un repreneur qui pourrait assurer l’investissement d’un nouveau four.

    Le four arrêté

    Face aux actions de ces salariés et notamment après le blocage du site voisin de Perrier qui aurait coûté « 300 000 euros par jour à Nestlé » selon la CGT, la direction France d’OI a réagi en dénonçant « avec la plus grande fermeté les actions en cours ». « À cela s’ajoute le blocage illégal du site et la dégradation des installations de sécurité, qui compromettent gravement la sûreté du site de Vergèze. Cette situation est d’autant plus préoccupante que le site abrite une installation classée Seveso », précise-t-elle avant d’annoncer jeudi 9 octobre, l’arrêt du four « dans les prochains jours » car c’est la « seule option permettant de rétablir la sécurité ».

    Des propos qui ont révulsé les salariés. « Je suis devant le site depuis jeudi (25 septembre, Ndlr), j’assure la sécurité du site et je filtre l’accès du site pour faire tourner notre outil de travail et j’empêche toute personne extérieure de rentrer. Ce matin, nous avons encore eu l’arrivée d’un camion d’air liquide qui nous a demandé d’éteindre notre feu car l’air liquide est nécessaire pour la combustion de notre four. Nous avons éteint le feu, le camion est rentré et quand il est sorti, nous avons rallumé le feu. Nous ne sommes pas là pour tout brûler parce que si on fait sauter le silo, il n’y a plus rien à 20 km à la ronde. Tous les salariés en sont conscients », précise Vincent. Pour preuve, les salariés ont sorti plusieurs extincteurs près du feu et des lances à incendie étaient aussi déployées à l’entrée du site. Mais le lendemain de l’envoi de ce communiqué, OI a dépêché sur place une dizaine d’agents privés censés sécuriser l’accès au site. Sauf que ces équipes partent à 19 heures tous les soirs laissant donc, de fait, la responsabilité de l’usine aux salariés.

    Une autre affaire a tendu les négociations. En effet, trois salariés ont été mis à pied à titre conservatoire après une altercation avec le directeur du site. « Cette altercation s’est déroulée devant deux membres des renseignements généraux. Le directeur a reconnu devant nous qu’il n’y avait eu ni menace physique ni verbale. En réalité, la direction France veut avoir un atout à jouer dans les négociations. Ils veulent s’en servir comme monnaie d’échange. Les trois salariés sont convoqués le 14 octobre », s’agace Jacky Cortier. Les trois salariés ont été contraints d’être mis en maladie pour éviter de voir leur salaire suspendu.

    Des négociations qui avancent

    Dans ce communiqué, la direction France d’Owens Illinois annonçait la suspension des discussions localement « tant que les conditions de sécurité sur le site n’auront pas été rétablies ». Les organisations syndicales ont de leur côté demandé d’être reçues par la direction Europe d’OI pour poursuivre ces négociations. Finalement, une nouvelle salve de négociations a tout de même bien eu lieu à Lyon mardi 7 octobre avec la direction France, avec à la clé plusieurs avancées concédées par le groupe américain.

    « Il reste encore deux réunions donc on va essayer de gratter un peu mais ça commence à prendre une bonne forme. Il y a encore à négocier parce qu’il en manque encore un peu par rapport aux exigences des salariés. Ils ont augmenté la prime de la clause de bonne fin. Ils ont progressé sur le congé de reclassement et sur tous les points importants que l’on demandait. Mais après ces grandes lignes, il y a aussi plein de petits détails à voir », explique Yohan Goupille, délégué syndical CGT qui négocie depuis le début de l’annonce de la fermeture du site. Il a présenté les premières conclusions de ces négociations aux personnels jeudi 9 octobre car toutes les décisions sont prises de manière collégiale. « Le problème c’est que rien n’est signé donc si les salariés ne sont pas d’accord, OI passe en force avec les conditions les plus basses de départ ».

    Deux nouvelles phases de négociations sont prévues les 13 et 17 octobre ainsi que les 20 et 24 octobre. D’ici là, les salariés ont décidé de rester mobilisés car ils ont bien compris que seul le rapport de force avait permis d’obtenir des avancées du côté de la direction.

  • Chez les seniors, des clés pour ne pas battre en retraite

    Chez les seniors, des clés pour ne pas battre en retraite

    Laurence attend un beau cadeau d’anniversaire. Ce jeudi, cette Avignonnaise fêtait ses 51 ans et espérait retrouver un travail. « Je suis au chômage depuis juin, je n’avais quasiment jamais connu cette situation jusque-là. Je suis assistante polyvalente, on m’avait rassuré en disant qu’il y avait des offres mais c’est compliqué », constate-t-elle. Son âge est un frein selon elle. « Je l’ai enlevé de mon CV depuis peu pour passer un premier filtre et avoir des entretiens », expose-t-elle.

    Des Laurence, le bassin du Grand Avignon en compte 6 400. Autant de seniors, soit plus de 50 ans selon France travail, en recherche d’emploi. Autres éléments chiffrés : 32% des seniors du territoire sont à France travail depuis plus d’un an, contre 21% en moyenne pour les autres catégories. Enfin, 28% d’entre eux ont un taux de retour à l’emploi sur un mois contre 38% pour les moins de 50 ans. Des statistiques éloquentes exposées ce jeudi matin à l’hôtel de ville d’Avignon. Dans le cadre de la Semaine bleue, la municipalité y organisait avec France travail une matinée dédiée à l’emploi des seniors. « Cela conjugue la volonté de la Ville d’offrir ce service à ses habitants, au moment où le gouvernement dit qu’il n’y a pas de fatalisme sur l’emploi et alors que France travail déploie une offre de services renforcée pour les seniors où on met le paquet sur l’accompagnement personnalisé », campe Jean-Louis Peignien, directeur de l’agence France travail d’Avignon.

    Bientôt un actif sur trois

    à plus de 50 ans

    Lors de la table ronde, on cajole ces jeunes seniors à coups de « talents expérimentés » en insistant dans la vie des entreprises à lutter contre les stéréotypes sur l’âge, à encourager le partage des compétences et former sur la 2e partie de carrière. « D’ici à 2030, un actif sur trois aura plus de 50 ans, rappelle Fabrice Greffet, directeur des relations publiques du groupe d’insertion La Varappe, et président du comité inclusion du Medef Sud. On a longtemps perçu les seniors comme trop chers et moins adaptables, or c’est une ressource à ne pas négliger. » « L’âge n’est pas un sujet dans l’entreprise », assure la DRH d’ID Logistics qui constate « un frein » chez les seniors à candidater. Présent au job dating, Rémi Marconnet, directeur de l’agence Laforêt à Avignon, note que « 70% de ses employés ont plus de 50 ans ». Il recherche tous les profils. « Dans l’immobilier, avoir du vécu est rassurant aussi bien pour nos acheteurs que nos vendeurs », plaide-t-il.

    Micro en main, Marie-Ange, « licenciée après 38 ans de boîte au sein d’une entreprise qui a été liquidée », vient apporter des bémols. « L’expérience peut être un moins, j’ai eu de multiples entretiens dont un où on n’était plus que deux et c’est la plus jeune qui a eu le poste, l’âge a pesé dans la balance », témoigne-t-elle et perdant « un peu confiance » au bout d’un an de chômage. Une autre parle « d’une convention d’immersion de 15 jours réussie » qui a débouché sur un emploi pérenne. « On sait qu’après 50 ans ça peut être compliqué quand on est charpentier par exemple mais ces profils-là peuvent ensuite former les plus jeunes », fait valoir Anne Chabrier, chargée de mission chez France travail. Et montrer ainsi que la valeur traverse le nombre d’années.

  • Ces structures qui réinsèrent les « très » éloignés de l’emploi à Aix

    Ces structures qui réinsèrent les « très » éloignés de l’emploi à Aix

    Après Encagnane, Corsy, Jas-de-Bouffan et Beisson, c’est au pied du quartier Saint-Eutrope que s’est installée la quatrième édition du forum de l’insertion et de l’emploi. À l’initiative de la municipalité, dans le cadre de sa politique de la ville, une vingtaine de stands, doublés du bus de l’insertion et de l’emploi du Département, se sont installés « au pied des immeubles » du quartier, place Antoine-Maurel.

    « On cible les publics des quartiers prioritaires qui cumulent pas mal d’obstacles (…) sociaux, bas niveaux de qualifications, modes de gardes, mobilité… On a voulu faire un programme avec des offres qui puissent répondre au mieux à ces problématiques », contextualise une agente de la Ville. Sur place, plusieurs structures s’adressent notamment aux publics dits « très » éloignés de l’emploi. Elles sont spécialisées pour accompagner la réinsertion de profils restés un long temps au chômage, sous main de justice, sans domicile fixe… Le centre social et culturel Aix-Nord Beisson (Beisson), via son projet Atlas, s’attelle à accompagner le projet professionnel des 16-30 ans les plus « précaires », issus de l’aide sociale à l’enfance (ASE), sous la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

    « Lever les freins »

    « L’idée est de réunir tous ces invisibles-là et de les rattacher à ces dispositifs. La plus-value de ce projet, c’est son approche holistique, explique Reda Gannouni, coordinateur du centre. Il y a toujours un fossé entre les entreprises et ces jeunes-là, mais l’idée, c’est de le réduire. Ce n’est la faute de personne, c’est multifactoriel. »

    À quelques pas de là, Yves Millo, chargé du territoire et de la coordination pédagogique pour le dispositif O2R (Offre de repérage et de remobilisation), porté localement par la structure Greta, porte un constat similaire, mais sur l’ensemble des jeunes demandeurs d’emploi. « Les jeunes ont souvent un projet pro, contrairement à ce que l’on peut penser, souligne Yves Millo. Ils ont du mal à entrer en lien avec les entreprises parce qu’ils sont jeunes, qu’ils n’ont pas de réseau. Il y a un vrai sujet sur la mise en relation des jeunes et des entreprises aujourd’hui. »

    BTP emploi, entreprise de travail temporaire d’insertion (Etti), agréée Insertion par l’activité économique (IAE), installé pour la journée, estime de son côté que la mobilité, peut être l’un des principaux obstacles pour les demandeurs d’emploi. « Souvent, en tout cas. C’est le principal frein à l’emploi sur le secteur aixois », estime Richard Ducrz, chef de l’agence aixoise. « Mais ce n’est pas un critère qui répond aux critères d’éligibilité du public que l’on accompagne » ajoute Naissrine Afarnos, chargée de recrutement. À Aix, « le taux de chômage est à 5% (…) les employeurs sont en concurrence sur les postes non qualifiés » selon une conseillère France travail, qui pointe que « le transport reste un problème » pour les emplois type boulangerie ou ménages, et nécessitent de débuter tôt dans la journée, avant la mise en circuit du premier bus. Eva Bonnet-Gonnet

  • Première bataille gagnée pour les salariés d’Auchan

    Première bataille gagnée pour les salariés d’Auchan

    Coup de tonnerre dans le monde du travail. Le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) d’Auchan a été invalidé par le tribunal judiciaire de Lille, le 23 septembre. Ce dernier prévoyait le licenciement de 2 389 emplois dans toute la France, dont 39 postes dans le Languedoc-Roussillon. Une victoire en demi-teinte pour les syndicats. « Nous sommes contents car nous avons gagné une bataille mais pour les salariés déjà licenciés, ça ne va pas changer grand-chose. La seule chose qu’ils pourront faire, ce sont des recours aux Prud’hommes. Mais ça n’enlèvera pas la souffrance qu’ils vivent », détaille Sébastien Perret, délégué syndical CGT d’Auchan Béziers.

    Une décision motivée par le fait que ce PSE aurait dû être signé par les syndicats des cinq composantes d’Auchan Retail France et non au niveau du groupe.

    La famille Mulliez visée

    De plus, le tribunal a reconnu un vice de procédure en estimant que l’information sur la situation économique donnée aux représentants du personnel ne concernait que la société Suraumarché – qui détient pratiquement l’ensemble du capital d’Auchan Retail France. Or, elle aurait dû être élargie pour comprendre celles exerçant un contrôle sur Suraumarché, à savoir Acanthe, Valorest et Cimofat.

    Car ces trois sociétés appartiennent toutes au même empire : celui de la richissime famille Mulliez. En ce sens, ce motif pourrait ouvrir une brèche dans le monde du travail. « La victoire était de faire reconnaître la famille Mulliez comme groupe. S’il y a un prochain PSE dans le groupe, pour tous les reclassements, ce n’est plus la même mayonnaise. Si on intègre Leroy Merlin, Décathlon, Kiabi, il y a beaucoup plus de possibilités de reclassement que s’il n’y a qu’Auchan. Surtout, que sur chaque territoire, il existe une trentaine d’enseignes leur appartenant », poursuit Sébastien Perret. Auchan a annoncé faire appel et l’affaire devrait être rejugée d’ici trois mois. La lutte continue.

  • Un festival de l’animation pour sortir du « creux de la vague »

    Un festival de l’animation pour sortir du « creux de la vague »

    Un autre type de festival s’implante à Avignon. Ce mardi 7 octobre, la Villa créative va recevoir l’ensemble des acteurs de la filière d’animation (cinéma, web séries…) : studios, producteurs, formateurs, plateformes ou diffuseurs seront réunis toute la journée pour la 1ère édition du Loop festival. « L’idée est née de la volonté partagée des acteurs de l’animation du territoire que d’ouvrir des pistes d’amélioration pour la formation, la production et la fabrication afin de valoriser les talents et favoriser le renouvellement de la création animée », brosse Gilles Boussion, directeur du Loop festival, déjà à la manœuvre sur le Frames festival, dédié, lui, à la web création.

    Pour l’occasion, Jacques Bled, co-président d’Illumination Studios Paris (Moi, moche et méchant, Les Minions, Super Mario Bros), sera présent en tant que parrain. Il aura peut-être de précieux conseils à distiller autour d’une table ronde sur la formation et « rééquilibrer l’arrivée des talents et les besoins des studios ». Car après des années de forte croissance, le secteur traverse « une crise conjoncturelle, pas structurelle », veut rassurer Alexandre Cornu, producteur et président de Sud Anim, association qui regroupe 238 membres des acteurs régionaux de la filière. Rappelons qu’Avignon abrite plusieurs studios (Circus, Chromatik, station animation, etc.) et une école des nouvelles images. Le tout avec un fort soutien des collectivités locales (Région, Département, Grand Avignon).

    Depuis près de deux ans, la production décline alors que le nombre de professionnels formés explose. Quelque 12 000 personnes travaillent dans ce secteur quand, en cinq années, 10 000 personnes ont été ou seront fraîchement diplômés. « Avant, les studios embauchaient avant même la fin des études, 80% des étudiants avaient du boulot 3 mois après la sortie d’étude et 100% à un an, c’est plus compliqué désormais », constate Alexandre Cornu.

    Être plus intelligent que l’IA

    La raison est assez simple : la fin de l’appel d’air post-Covid, où les Netflix et autres Amazon se sont massivement lancés dans la production en tous genres. « La bulle a explosé, on est dans le creux de la vague qu’on n’avait pas vu venir tout de suite », analyse Alexandre Cornu. « L’animation est le format le plus apprécié des spectateurs en salle, c’est un genre qui marche bien », reste positif Loïc Etienne, directeur du studio Circus et vice-président de Sud Anim.

    « Il n’y a pas de saturation du marché, il y a de l’espace pour une reprise car on manque de contenus », abonde Alexandre Cornu, pas « inquiet ». Et ce malgré la place de plus en plus prégnante prise par l’intelligence artificielle. « L’enjeu est que l’IA ne prenne pas le travail aux jeunes mais au contraire qu’elle soit un support pour savoir en jouer », conclut le président de Sud Anim.