Tag: Éducation

  • De Béziers à Paris pour arracher leur classement en REP +

    De Béziers à Paris pour arracher leur classement en REP +

    Le rectorat se dit impuissant ? Le ministère fait la sourde oreille ? Qu’à cela ne tienne ! Les enseignants de La Dullague et Lucie-Aubrac iront directement frapper, le 5 novembre, à la porte du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Aux côtés de représentants de deux autres établissements dans la même situation (Montesquieu à Evry-Courcouronnes et Julia Nicolas, à Fort-de-France), avec lesquels ils ont formé un collectif, quatre enseignants de ces deux collèges biterrois porteront en haut lieu, chiffres à l’appui, leur demande d’un classement urgent en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+).

    « Ce collectif correspond aux établissements qui ont un IPS (indice de position sociale) extrêmement bas. La moyenne nationale des IPS est de 106 et nos établissements, eux, sont à moins de 76, chiffre qui correspond à la moyenne des REP + », explique une enseignante biterroise qui a souhaité rester anonyme. « Plus de la moitié des élèves de La Dullague sont issus du quartier prioritaire de la ville Iranget/Granget, qui est le 5e le plus pauvre de France, avec un taux de pauvreté de 71% », poursuit-elle. « Quant aux boursiers, ils étaient 71,5% en 2024-2025. Et on m’a dit que c’était encore pire cette année… »

    La situation est telle que malgré l’engagement constant des équipes pédagogiques, « c’est l’effondrement ». « Quand on est confronté à une population scolaire aussi marquée par la précarité, ça se traduit par de gros problèmes au niveau des résultats – moins de 60% de réussite au brevet, ce qui est catastrophique – mais aussi des problématiques sociales, avec des choses très lourdes et beaucoup de violence. La corrélation est très nette », assure l’enseignante biterroise.

    « Seul le classement en REP+ permettrait de garantir une réponse structurelle efficace, en cohérence avec les principes de justice sociale et d’égalité des chances portés par l’École de la République », estiment les établissements mobilisés dans un courrier en date du 7 octobre adressé, à l’époque, à l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne.

    « Tous les ans on nous dit : ce sera pour l’an prochain »

    Cela permettrait notamment « de pérenniser des moyens, alors qu’aujourd’hui à chaque année, il faut se battre. Je pense notamment à des effectifs réduits, qui font toute la différence. Ça créerait aussi une stabilisation des équipes dont on aurait bien besoin », détaille l’enseignante biterroise.

    « La carte de l’éducation prioritaire, établie en 2014, devait être revue tous les quatre ans à compter de cette date afin de tenir compte des évolutions des contextes sociaux. Or nous voilà en 2025 et il ne s’est toujours rien passé… Depuis 2018, on nous explique que ce sera pour la rentrée prochaine, si bien qu’on a déjà deux générations de collégiens qui sont passées entre nos murs, soit plus de 1 000 élèves qui n’ont pas eu droit à l’égalité des chances. Ce n’est plus possible, on parle de l’avenir des enfants ! », s’indigne-t-elle.

    L’enseignante souligne toutefois la bonne volonté du rectorat. « Depuis trois ans que nous nous mobilisons activement, il porte un regard bienveillant sur nos établissements. On est suivi, des moyens ont été octroyés. Ils font le maximum dans leur domaine de compétence. Mais la révision de la carte de l’éducation prioritaire, donc notre classement en REP+, n’est pas de leur ressort  ». Aussi, les représentants des établissements du collectif ont-ils décidé d’aller directement interpeller le ministre de l’Éducation, pour lui faire part de l’urgence de leurs situations respectives et l’enjoindre de prendre un arrêté pour modifier la carte de l’éducation prioritaire. Le 5 novembre, une délégation se présentera donc au ministère, dans l’espoir d’être reçue. De leur côté, pour « soutenir les professeurs qui vont à Paris défendre notre collège », les parents d’élèves de La Dullague organisent un rassemblement devant l’établissement le même jour à 9h30.

  • À Toulon, l’aide à la scolarité pour favoriser l’égalité des chances

    À Toulon, l’aide à la scolarité pour favoriser l’égalité des chances

    La délibération portant, lors du dernier conseil municipal, sur la convention d’objectifs et de financement 2025-2026 avec la Caisse d’allocations familiales du Var, a permis de mettre en avant l’Accueil jeunes du Las ouvert depuis le mois de février. Un lieu pour se retrouver, échanger et s’informer dont les objectifs vont de la responsabilisation des adolescents à l’acceptation de la différence en passant par l’entraide ou la prise d’initiatives. Et ce en proposant de nombreuses activités en partenariat avec la mission locale des jeunes toulonnais, la Ligue varoise de prévention, la Maison de l’étudiant et de l’information jeunesse. Un accueil qui, comme il a été rappelé « répond aux besoins du territoire de l’ouest de Toulon ».

    La CAF vient de lui accorder une subvention dans le cadre du Contrat local d’accompagnement à la scolarité des enfants du primaire au lycée. « À ce titre, il vise une meilleure égalité des chances et la prévention de l’échec scolaire », a mis en avant la maire de Toulon Josée Massi (SE). Les actions qui seront mises en place dans le cadre de ce dispositif auront lieu en dehors du temps de l’école et seront distinctes des actions d’aide individualisée ou de soutien scolaire des établissements scolaires. Mais seront toutefois articulées avec les projets de ces derniers.

    Centrées sur le jeune, elles doivent susciter son adhésion et faciliter les relations entre les familles et les équipes éducatives. L’objectif étant aussi d’accompagner et aider les parents dans le suivi et la compréhension de la scolarité de leurs enfants. Le montant de la prestation de service versée par la CAF est égal à 32,5%des dépenses de fonctionnement des actions conduites auprès d’un groupe de 8 à 12 enfants, évaluées à 5 516 euros.

  • Le Bel Espoir a terminé son voyage pour la paix au Mucem

    Le Bel Espoir a terminé son voyage pour la paix au Mucem

    C’est en accostant dans l’anse du Mucem (2e) et devant une foule de tous âges et enthousiaste, que le Bel Espoir, depuis mars sur l’eau pour construire un dialogue de paix en Méditerranée, a samedi terminé son voyage, lançant du même coup le Festival Med25. Imaginé en réponse à l’appel du Pape François lancé lors des Rencontres Méditerranéenne de Marseille en 2023, le projet était construit en 8 grandes étapes au cours desquelles 8 différents groupes de jeunes de toutes nationalités se sont relayés à bord pour réfléchir à la construction d’une paix en Méditerranée.

    « C’est un projet très concret et symboliquement très fort. On a passé deux semaines à tenter de comprendre les situations de chacun, avec des personnes qui sont parfois issues de pays en guerre, des histoires d’immigrations difficiles… », témoigne Emmanuelle, française membre de l’équipage lors de la dernière étape. « C’était un vrai moment d’apprentissage de l’autre. On a réussi à cohabiter dans un petit espace. Si on arrive à partager un bateau, pourquoi ne pas arriver à partager la Méditerranée ? »

    Rentré vendredi soir de Rome, le Cardinal Aveline était présent au Mucem pour accueillir le voilier et son équipage. « Il y a deux ans au Pharo, le Pape François nous a invités à davantage former les jeunes à la paix. C’est ce que nous avons essayé de faire. Cette arrivée est très émouvante pour moi », a-t-il confié samedi. Benoit Payan, maire de Marseille (DVG), a lui aussi fait le déplacement, soulignant la dimension symbolique d’une arrivée dans la cité phocéenne. « Les jeunes qui ont passé des mois sur ce bateau, (…) qui arrivent d’Italie, d’Espagne, d’Algérie, de Bagdad, d’Égypte mais aussi de Marseille, (…) ont vécu une expérience merveilleuse. Je crois que lorsqu’on parle d’espoir, on peut leur faire confiance », s’est-il enthousiasmé. Une opinion partagée par un public venu en force soutenir l’initiative.

    Une journée dédiée

    au dialogue de paix

    La conclusion de ce voyage était marquée par le lancement du Festival Med25, organisé toute la journée au Mucem. À partir de 10h et jusqu’à 19h, débats, conférences et ateliers sur le thème du dialogue pour la paix se sont succédé. L’esplanade du musée accueillait également plusieurs associations, comme les Apprentis d’Auteuil, qui accompagnent les jeunes en difficulté par le biais de programmes d’accueil, de formation, d’éducation et d’insertion. Sur une scène placée près de l’eau, des prestations chantées et dansées se sont enchaînées, représentants de nombreuses cultures méditerranéennes.

    Libyens, Israéliens, Palestiniens, Libanais, Syriens… les peuples méditerranéens sont nombreux à affronter un quotidien de conflits. Et le drame dépasse les frontières terrestres : selon l’Organisation mondiale pour les migrations, plus de 50 000 exilés ont péri en Méditerranée centrale depuis 2014. La mission du Bel Espoir insuffle un véritable vent de paix dans ce contexte de tensions. Cultivons-le.

    ET AUSSI

    SOS Méditerranée présente son action

    Deux bénévoles de l’association de sauvetage en mer sont venus présenter les activités de leur ONG.

    Atelier « AntiClash »

    Le fondateur du podcast a animé une discussion sur les méthodes à adopter pour établir un dialogue serein.

    Éduquer à la Méditerranée

    Un débat sur l’éducation à la paix et à l’identité méditerranéenne s’est tenu dans l’auditorium du Mucem.

    Parvenir à coexister

    L’association Coexister a animé un atelier pour déconstruire les préjugés liés aux convictions religieuses.

  • Un festival pour prôner la paix au Mucem

    Un festival pour prôner la paix au Mucem

    En réponse à un appel du pape François lancé lors du discours de clôture des rencontres méditerranéennes de 2023, à Marseille, le Bel Espoir Med25 est parti en mars pour un voyage de huit mois en Méditerranée. Un voilier de 29 mètres sur lequel 200 jeunes, issus des cinq rives de la mer du milieu, ont successivement embarqué pour recevoir une formation au dialogue à la paix. Après une trentaine d’escales, l’odyssée se termine ce samedi à Marseille, avec le festival Med 25. Un rendez-vous organisé toute la journée au Mucem (2e) par les associations Mar Yam, Bel Espoir -AJD, qui met en œuvre les « intuitions du père jésuite Michel Jaouen », et le diocèse de Marseille.

    En parallèle de la parade de 25 voiliers mise en place entre 9h30 et 12h pour accueillir le Bel Espoir, qui accostera dans l’anse du Pharo, le programme sera chargé entre les murs du musée de la Méditerranée. De 10h30 à 12h, quatre invités échangeront avec les jeunes du Bel Espoir autour de l’art, du dialogue et de la relation. Parmi eux : Julien Loizeau, membre fondateur du Collège de Méditerranée, historien et chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (Iremam, Aix-en-Provence) et Yaël Gronner, docteure en sociologie de l’EHESS et cofondatrice du collectif Tisseuses de Paix, qui regroupe des femmes juives, chrétiennes et musulmanes en France pour parler et tisser des liens au-delà des divisions. Deux autres créneaux de dialogues seront organisés dans l’auditorium, de 15h à 16h30, sur les thèmes de l’éducation, l’intégration et l’environnement et, de 17h30 à 19h, autour de la construction de la paix, avec des personnalités conviées pour chacune des thématiques.

    Ateliers participatifs

    Trois salves de quatre ateliers seront également organisées. De 10h45 à 12h d’abord avec des réflexions sur l’identité méditerranéenne animés par Alexandre Pastor, fondateur de Melting Pot, association marseillaise dédiée à l’engagement citoyen des jeunes ; un atelier d’expression artistique sur le thème des migrations dirigé par un réfugié politique kurde ; un atelier de sensibilisation aux questions liées aux migrations avec la Cimade, association de défense des réfugiés et migrants et enfin jeu de carte spirituel, en lien avec les écrits bibliques.

    Quatre ateliers suivront, au Forum, entre 15h15 et 16h30 : Écritures méditerranéennes au pluriel, Dialoguer utilement et sereinement sur Israël Palestine et autres sujets difficiles, Apprendre à tisser la paix et enfin Coexister : déconstruire les préjugés.

    Entre 17h45 et 19h, les participants pourront choisir entre un atelier de « calligraphie partagée » autour du mot « paix », un moment de sensibilisation à l’éducation des jeunes migrants avec l’association Réseau d’éducation sans frontières (RESF), une présentation à quatre voix (prêtre, imam, rabbin et pasteur ) des rôles et défis des religions face à la violence et à la division ou encore un quiz sur la place des femmes dans les processus de paix.

    Enfin, entre 13h30 et 14h30, Sos Méditerranée, association citoyenne européenne de sauvetage en mer, engagée pour venir en aide aux personnes en détresse qui tentent la traversée de la Méditerranée, présentera ses missions et proposera une réflexion sur la question du vivre ensemble.

    En reliant Naples à Marseille, le Bel Espoir clôtura la 8e et dernière étape de son voyage en Méditerranée. Chaque session a permis à 25 nouveaux jeunes, issus de cultures, nationalités et religions différentes, de recevoir une formation au dialogue à la paix.

    Entrée gratuite sur inscription sur https://med25belespoir.org.

  • Un hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard à Toulon

    Un hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard à Toulon

    Deux jours après le triste anniversaire du meurtre de Dominique Bernard (survenu le 13 octobre 2023), et un jour avant celui du meurtre de Samuel Paty (le 16 octobre 2020), environ 70 personnes, parmi lesquelles de nombreux enseignants, sont venues rendre hommage aux deux hommes, sauvagement abattus dans l’exercice de leurs fonctions. Après la lecture du poème « Si » de Rudyard Kipling, qu’avait offert Samuel Paty à sa sœur Mickaelle quand elle avait 16 ans, et qu’elle a elle-même remis à l’un des mis en cause lors du procès, une minute de silence a été respectée. Des bougies ont ensuite été allumées au pied des portraits des deux hommes.

  • Le collectif Verne-Mabily dénonce la présence d’amiante à l’école Verne

    Le collectif Verne-Mabily dénonce la présence d’amiante à l’école Verne

    Après avoir appris par voie de presse la suspension, puis l’abandon du projet de nouvel établissement, prévu depuis 2017 – d’abord sur le site de l’ancien commissariat, puis du collège Curie, avant de se reporter définitivement sur le site de l’ancien CCAS – pour suppléer les vétustes écoles Mabily (maternelle) et Verne (élémentaire), la colère est à son comble du côté du collectif Verne-Mabily. « On est scandalisé. On déplore l’absence de dialogue. Depuis juin, on a envoyé des demandes de rencontres avec le nouveau maire Minniti, on n’a eu aucune réponse », fulmine Cédric Turco, porte-parole du collectif, militant FSU, et enseignant à l’école Victor-Hugo.

    Raisons invoquées par la mairie : une démographie en baisse. « À Mabily, il y a 24 à 27 élèves par classe, 23 à Verne. Les élèves sont là. Des écoles comme Anatole-France ont aussi beaucoup d’élèves, construisons un nouveau groupe scolaire pour désengorger », répond Cédric Turco. Mais surtout, le prix des travaux, qui a presque doublé avec l’inflation et les coûts additionnels (de 7 millions d’euros en 2019, à plus de 13 millions en 2025). « Je préfère que la somme profite à toutes les écoles », indique Joseph Minniti, qui a proposé de créer un cinéma sur le terrain désert, où un parking provisoire va d’abord voir le jour. Inaudible pour le collectif : « Quand on entend qu’on veut arrêter un projet vital et qu’on annonce un port à 16 millions [à l’espace Grimaud, Ndlr.], ce sont des choix politiques qu’on ne comprend pas. De plus, il y a des missions qui ont basculé sur TPM, comme l’entretien des voiries, les ordures ménagères… La municipalité peut donc mettre de l’argent », fustige Cédric Turco.

    25 points d’amiante à l’école Jules-Verne

    D’autant plus qu’ « il y a des financements, comme le prouve la construction de l’école à La Valette, cofinancée avec des aides de la Région, de l’État, du Département et de TPM », ajoute Sophie Grimaud, représentante UNSA, enseignante en maternelle à Victor-Hugo. Quant à la répartition des moyens entre les écoles, pour des travaux débutés cet été, « à Victor Hugo, c’est une catastrophe. Ils veulent végétaliser la cour, ils ont fait des trous dans le béton. Il y a des pavés qui traînent, les enfants se les jettent dessus. Garçons et filles se partagent le même sanitaire, et la liste est encore longue », dénonce Cédric Turco.

    Situation encore plus alarmante à l’école Jules-Verne, où 112 élèves continuent d’étudier (ceux de Mabily ont été réaffectés à l’école Cotton, malgré « un manque criant d’espace », commente Cédric Turco), dans des bâtiments délabrés et des préfabriqués, sans solution interne de restauration, sans salle de motricité. Et surtout, au contact de l’amiante, comme révélé par France 5, qui a recensé sa présence, ou non, dans toutes les écoles françaises, dans le documentaire Vert de Rage, en 2023. Un fait corroboré par le Dossier Technique Amiante, réalisé dans l’école en 2020, qui fait état de 25 points contaminés : « C’est inacceptable. La municipalité est-elle au courant de l’histoire seynoise ? Sur les chantiers navals, des centaines d’ouvriers sont morts à cause de l’amiante », s’indigne le porte-parole.

    Malgré tout, le collectif se dit « uni, mobilisé et déterminé », et annonce une opération de sensibilisation devant l’école Verne ce jeudi, et une mobilisation après les vacances de la Toussaint. « Nous ne nous interdisons aucun moyen d’action. On est depuis 2017 sur le dossier, on ne lâchera pas, l’enjeu est trop important », martèle Cédric Turco.

  • Les profs toujours opposés à la réforme des lycées pro

    Les profs toujours opposés à la réforme des lycées pro

    L’intersyndicale opposée à la réforme des lycées professionnels ne désarme pas. À Marseille comme à Toulon, les militants syndicaux et enseignants ont fait entendre leur opposition ce mardi, avec un appel à la grève et des mobilisations.

    « La réforme de l’enseignement professionnel est une catastrophe », campe Isabelle Bonnet, pour la CGT Éduc’Action 13 à la Bourse du travail de la cité phocéenne. Elle est entourée de ses homologues d’autres syndicats, qui arrivent à la même conclusion. Nicolas Voisin, secrétaire général du Snuep-FSU Aix-Marseille dénonce « un décrochage général des élèves ». « Les stages réalisés n’ont absolument pas atteint les objectifs du ministère d’une insertion en septembre », développe-t-il. Johanes Togbé, secrétaire académique du SE-Unsa est sur la même ligne : « Le constat est simple : On a fait une étude auprès de 5 000 collègues, on arrive à un taux d’absentéisme autour des 90% pour ceux qui avaient choisi de rester en classe ».

    Pour bien comprendre pourquoi, et comment, les syndicats (CGT, Unsa, FSU, CFDT, Sud, CNT) arrivent à cette conclusion, il faut remonter dans le temps et aux origines de cette réforme. « En 2022, Emmanuel Macron annonce, sans concertation préalable, que les élèves de lycées professionnels doivent avoir plus de formation en entreprise au détriment du temps en classe et en atelier », rappelle Johanes Togbé. Sur le fond, « Depuis 6 ans, nous sommes sous un feu permanent de réformes, on a un ministère de bricoleurs, qui fait des expériences sur le dos d’un tiers des lycéens ! », complète Nicolas Voisin. Concrètement, la réforme a introduit des parcours différenciés pour les élèves des lycées pro. Pour des résultats très peu convaincants selon les acteurs de terrain. Isabelle Bonnet dénonce la « réduction de la formation des jeunes issus de milieux populaires d’un mois et demi ». « C’est une attaque de plus contre une éducation émancipatrice pour les jeunes de milieux populaires. On nous explique que les lycées pro doivent s’adapter aux bassins d’emplois, nous ce qu’on veut, c’est former des jeunes pour la société de demain », développe-t-elle.

    Même analyse pour l’Unsa : « L’année 2024-2025 a montré les limites de la modification dans le calendrier du bac pro. Ce bac avancé a entraîné moins d’heures de cours, passant de 1 300 à 800. En juin, les élèves avaient le choix entre rester à l’école ou partir en stage… ». En clair, « un dispositif qui ne correspond ni aux élèves, ni aux enseignants ». « L’objectif du gouvernement est de dévaloriser, de l’intérieur, la valeur intrinsèque du diplôme. C’est le modèle de l’apprentissage qui se généralise », développe Nicolas Voisin. D’où la demande unanime de l’abrogation de la réforme et d’un retour du bac au mois de juin.

    Un lourd désinvestissement

    À Toulon, c’est sur la place de la liberté que l’intersyndicale avait appelé au rassemblement ce mardi. Devant l’Union Patronale du Var « pour défendre la voie professionnelle qui subit des attaques au long cours depuis une quinzaine d’années », explique Olivier Gérard (CGT Educ’Action). Il pointe en parallèle, « la vingtaine de milliards offerts sans moyens de contrôle aux entreprises chaque année pour recruter des apprentis alors que le financement des lycées professionnels stagne autour de 4,5 milliards d’euros ». Et cela sans grand résultat puisque « le chômage des jeunes sortant de l’apprentissage est en augmentation depuis 2024 ».

    Les syndicalistes varois dénoncent aussi comme leurs collègues des Bouches-du-Rhône, « une perte sèche de quatre semaines d’études pour les élèves », déclare Christian Petit (FSU). « Nous sommes sur 50% d’heures scolaires perdues entre 2009 et aujourd’hui », précise Olivier Gérard, soit une baisse d’un tiers des moyens consacrés aux élèves de lycées professionnels. Il poursuit : « parallèlement, les moyens consacrés à un apprenti sont passés dans la même période de 10 000 euros à 20 000 euros par an. » Le responsable syndical pointe du doigt « une subvention pure et simple au patronat qui est encouragé à exploiter des jeunes à moindre coût, voire à coût zéro ». Pareil pour ces 4 semaines de stage en Terminale. « Il ne faut pas croire, qu’en un mois, il y a une action de formation qui est réalisée».

    « Depuis 2009, on se retrouve avec deux mois en moins de cours pour les élèves, en particulier dans les matières générales », précise, Françoise Tomsazyk (Snalc). Une situation particulièrement dommageable, insiste Christian Petit, étant donné que le lycée professionnel public est la troisième voie de formation existante en termes d’élèves en second degré.

    Pour ces enseignants, le lycée professionnel doit cesser d’être vidé de ses moyens car il est là aussi « pour former des citoyens éclairés, émancipés » à l’instar des filières générales.

    Olivier Gérard souligne également le désinvestissement de la Région dans la formation publique « au profit des sociétés privées d’apprentissage » , avec un bâti et des plateaux techniques qui ne sont, de son point de vue, plus du tout à la hauteur.

    Pour ce qui de l’État, l’intersyndicale varoise fait remarquer que pour répondre à l’augmentation de 300 élèves en lycée pro dans le Var moins de 10 places ont été créées. Ce qui engendre des problèmes de sécurité dans des ateliers et des orientations subie éloignées des vœux des élèves. Bref la copie est largement à revoir et les enseignants des lycées pro militent pour des priorités orientées vers l’intérêt des élèves.

  • Le Département du Var restreint l’aide à la restauration à certains boursiers

    Le Département du Var restreint l’aide à la restauration à certains boursiers

    Depuis de nombreuses années, le Département du Var versait à toutes les familles éligibles à la Bourse nationale de collège une aide supplémentaire de 140 euros par an. Cette aide, répartie sur les trois trimestres, était directement déduite de la facture de demi-pension, indique Pascal Brun, de la CGT Educ’action.

    Un dispositif d’aide aux familles modestes sur lequel la collectivité communiquait chaque année au moment de la rentrée, en insistant, comme elle l’écrivait en 2024, sur son « engagement fort » pour « permettre à tous les collégiens de bénéficier du déjeuner scolaire ». Dommage que ces louables objectifs aient été en partie abandonnés.

    Un argument d’équité dont devra en tout cas, hélas, se priver le président (LR) du conseil départemental, Jean-Louis Masson, puisque, rigueur budgétaire oblige, les critères d’attribution sont devenus cette année plus restrictifs, comme le précise le syndicaliste : « Seules les familles bénéficiant des taux 2 et 3 de la Bourse nationale de collège se verront attribuer cette aide. »

    Une « coupure faite presque en catimini »

    En clair, les familles aux revenus modestes, mais ne figurant pas parmi les plus précaires – pourtant les plus nombreuses en réalité – ne pourront plus bénéficier de cet allègement sur la facture de la cantine.

    « Ces familles représentent la majorité des familles boursières. On peut imaginer les économies que le Département veut faire à leurs dépens », met en avant la CGT Educ’action, ajoutant que « cette coupure a été faite presque en catimini ».

    Ce sont ainsi, insiste-t-elle, des centaines de familles qui perdent la possibilité « de ne payer que 2 euros pour un repas complet de qualité, à la place de 3 euros », comme l’indiquait fièrement la collectivité, l’an passé.

    Une mesure qui vient s’ajouter à une augmentation de 10 centimes du prix du repas, intervenue en janvier 2025. Ce dernier passant de 3 à 3,10 euros, soit un surcoût de 14 euros par an pour les familles.

    « Ces décisions prises par le Département ont de fortes incidences sur le pouvoir d’achat d’un très grand nombre de familles varoises », s’indigne Pascal Brun. Avec pour conséquences, ajoute-t-il, le choix contraint pour certaines de ne plus inscrire leurs enfants à la cantine. « Alors que l’on sait que c’est souvent le seul repas équilibré de la journée pour certains d’entre eux », tempête-t-il. Et de poursuivre : « Rien que dans mon collège, j’ai déjà deux familles qui envisagent de sortir leurs gamins de la demi-pension pour ces raisons-là. »

    « Une politique volontariste du Var »

    Il rappelle que « les familles sont en première ligne des coupes budgétaires mises en œuvre par les gouvernements qui se succèdent et par les collectivités territoriales qui les sacrifient sur l’autel des économies ». La CGT Éduc’action 83 demande donc au Département de revenir sur cette décision et de maintenir l’aide à toutes les catégories de familles boursières. « C’est faire des économies, à mon avis, là où il ne faut pas les faire », conclut le syndicaliste.

    Interpellée ce lundi matin sur le sujet, la collectivité a mis en avant le fait que « l’octroi de l’aide financière par le Département relève d’une politique volontariste du Var ». Et qu’« au regard des restrictions des dotations de l’état, l’institution départementale réaffirme son soutien aux plus fragiles ». En réduisant tout de même la voilure.

  • Inclusion scolaire : « Un nombre inédit d’écoles nous ont alertés »

    Inclusion scolaire : « Un nombre inédit d’écoles nous ont alertés »

    « Jamais nous n’avons recensé autant de manquements », dénoncent, dans un communiqué commun, la FSU-SNUipp 34, le Snes-FSU 34, le Snep-FSU 34, le SNnuep-FSU 34 et SUD Education 34, qui ont déposé, le 6 octobre, une alerte sociale « pour dénoncer les conditions de travail dégradées des personnels de l’Éducation nationale, notamment en matière d’inclusion scolaire ».

    20 ans après le vote de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, la réalité semble bien loin du compte. « La loi a certes permis une prise en compte de ces élèves, mais cette ambition ne s’est pas accompagnée des moyens nécessaires », déplorent les syndicats mobilisés. « Depuis le premier jour de la rentrée, un nombre inédit d’écoles nous ont alertés sur le manque cruel de moyens financiers et humains à leur disposition. »

    Certains Pial (Pôles inclusifs d’accompagnement localisé, chargés de gérer les besoins d’accompagnement des élèves en situation de handicap) auraient notamment décidé, depuis la rentrée, « d’accompagner uniquement les élèves à fort besoin, donc relevant d’un accompagnement individuel, au détriment de ceux censés bénéficier d’un accompagnement mutualisé qui ont pourtant eux aussi besoin de cet accompagnement pour progresser », assure Clémence Cimier, co-secrétaire départementale de la FSU-SNUipp 34 et accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH).

    « Si les Pial priorisent les accompagnements individuels, c’est parce que la loi oblige à les accompagner. Alors que pour les élèves qui ont un accompagnement mutualisé, c’est beaucoup plus flou, donc plus difficile pour les familles de se retourner contre ça », confie l’AESH montpelliéraine. L’accompagnement mutualisé « consiste surtout en du scolaire  : reformuler des consignes, réexpliquer ce que l’enseignant vient de dire, etc. En accompagnement individuel, on va avoir des élèves beaucoup plus lourdement handicapés, qui ne sont pas forcément au niveau de la classe dans laquelle ils sont scolarisés  », détaille Clémence Cimier.

    « À l’école Léo Malet, où je travaille, sur 38 élèves notifiés pour un accompagnement individuel ou mutualisé, 15 n’ont aucun accompagnement. Et on ne parle que d’une école, imaginez à l’échelle du département… », illustre la représentante de la FSU-Snuipp, qui assure que des écoles sont concernées dans tout l’Hérault. « Privés de cet accompagnement, les enseignants doivent donc gérer à la fois les élèves en situation de handicap, les élèves non-lecteurs mais qui n’ont pas forcément d’accompagnement parce que les dossiers ne sont pas montés, les élèves allophones qui viennent d’arriver en France, les élèves dits “classiques”… ça devient trop. Tout ça entraîne de la souffrance, tant pour les enseignants que pour les AESH  », assure Clémence Cimier. « On n’a pas l’impression de ne pas pouvoir faire correctement notre travail ». Sans compter la fatigue  : « Accompagner uniquement les élèves qui ont des accompagnements individuels, donc des handicaps plus sévères, c’est une plus grande fatigabilité. Car on en accompagne plusieurs toute la journée, dans différentes classes, et ces enfants-là on ne peut pas les lâcher du regard, il faut être tout le temps là. Ils peuvent faire des crises, se jeter par terre, se frapper… », témoigne la représentante de la FSU Snuipp 34.

    « Le ministère porte la responsabilité de l’altération de la santé de ses personnels, qui tiennent seuls l’École à bout de bras, comme des conditions de scolarisation de tous les élèves, notamment ceux et celles porteurs et porteuses d’un handicap », estiment les syndicats mobilisés. Au lendemain de cette alerte sociale, ils « attendent des retours concrets, tant au niveau national qu’au niveau départemental ». « À l’aune des réponses reçues », ils « prendront leurs responsabilités quant aux suites à donner à cette alerte.  » Une rencontre était prévue jeudi 9 octobre avec la Dasen de l’Hérault.

  • Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    « La sidération. » C’est le mot qui vient au père Bernard Thomasset, prêtre accompagnateur de l’école des Maristes, lorsqu’il évoque sa réaction à la découverte des agissements reprochés à M. Coutendin. « C’est horrible, criminel, d’apprendre que des personnes ont vécu pendant des années dans la souffrance sans parvenir à s’en libérer. De voir les dégâts produits sur une vie. »

    Premiers témoignages il y a quatre ans

    Si diverses dispositions permettent aujourd’hui à la parole de se libérer et de réparer, l’institution est partie prenante de ce processus, assumant les responsabilités liées à son passé. « Je ressens une attention très empathique vis-à-vis des personnes, car je mesure combien elles souffrent. L’écoute est primordiale. Je ne conteste pas ce qu’elles disent, ces personnes sont presque touchées jusqu’à mort. Et il est très important qu’elles soient vivantes, se sentent écoutées, et que la congrégation que je représente entende et reconnaisse », soutient le père Thomasset.

    Ce dernier, comme la directrice Marie-Christine Jolivet, affirme ne jamais avoir entendu parler de M. Coutendin avant les premiers témoignages, qui remontent à près de quatre ans (on en dénombre cinq). Les associations d’anciens élèves non plus. Selon le père Thomasset, « contrairement à Bétharram, ce n’est pas le climat de l’établissement qui est responsable, mais les individus. Prêtres maristes et enseignants n’avaient pas forcément la vocation d’éducateurs et n’étaient pas équilibrés affectivement ». Voir des cas similaires dans d’autres institutions catholiques lui évoque « colère, tristesse, car c’est contradictoire vis-à-vis de l’Église que j’aime, porteuse des valeurs de l’Évangile, du respect de l’autre, du souci du pauvre ».

    « Je ne suis pas naïve au point de dire que tout était parfait, mais la mission est compliquée dans l’enseignement en général, pas que catholique. Comme les enfants parlaient moins avant, on abusait facilement de leur confiance », souligne Marie-Christine Jolivet. Le plus important pour elle est de garder à l’esprit « qu’un enfant, c’est sacré. Ça m’encourage à aller dans le bon sens. On ne tait plus les situations. Le meilleur acte de réparation est d’aller contre ce qu’il s’est passé, faire en sorte que l’enfant soit en sécurité et en confiance, car ça l’incite à parler. On crée ce climat en parlant, en dialoguant avec des associations, en ayant un personnel qui accueille la parole ». À ce titre, le Diocèse organisait, samedi, une journée intitulée « Violence au sein de l’Église, comprendre et avancer ensemble », à l’intention des personnes victimes, dans le cadre de sa démarche de prévention et de lutte.