Tag: école

  • Ma vie d’élève-avocate : le stage PPI kezako ?

    Ma vie d’élève-avocate : le stage PPI kezako ?

    Par Emma Ragot, élève avocate

    Quand je dis que je suis à l’école des avocats, tout le monde me demande « Ah, tu passes le barreau ? », alors que ce fameux « barreau » est bien l’examen d’entrée à l’école, préalable à notre début de formation. L’entrée à l’école s’effectue en janvier. Tous les élèves ont un semestre de cours, qu’ils peuvent effectuer en alternance dans un cabinet d’avocats. Ensuite, ils auront deux stages longs, de six mois chacun, avant de passer le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat.

    Le premier stage se nomme PPI pour projet pédagogique individuel. Pendant six mois, l’objectif est de découvrir un autre environnement professionnel, en France ou à l’étranger, afin d’élargir notre vision du droit et du monde du travail.

    Enquêtes dans les geôles

    Concrètement, le PPI peut se dérouler dans une entreprise, une administration, une juridiction, une association, un syndicat ou encore dans toute structure liée au monde juridique. Vu de près, ce stage ressemble à une immersion plutôt qu’à une simple parenthèse académique. Pour ma part, j’effectue mon PPI à l’APCARS, l’Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale. C’est une association sociojudiciaire, partenaire du ministère de la Justice. L’association part d’une idée simple : une réponse pénale efficace ne se limite pas à juger ou sanctionner, elle doit aussi appréhender la situation concrète des personnes, leur environnement, leurs fragilités et leurs possibilités de réinsertion.

    L’objectif de l’APCARS est de faire le lien entre la décision de justice et la réalité sociale des personnes concernées. Les enquêtes sociales rapides : individualiser la peine. Une des missions de l’association, et ce que je fais principalement au Tribunal judiciaire de Marseille, est la réalisation d’enquêtes sociales rapides. Celles-ci sont menées dans les geôles du palais, après la garde-à-vue, et avant l’audience de jugement ou le déferrement (la présentation d’une personne devant un magistrat afin de décider des suites judiciaires immédiates). Un entretien est réalisé avec la personne qui finit sa garde à vue, afin d’apporter des éléments sur sa situation familiale, matérielle, professionnelle et sociale. L’idée est d’éclairer sur la personnalité et le contexte de vie de la personne, afin d’aider à décider d’un éventuel contrôle judiciaire, d’un aménagement de peine ou d’une autre mesure adaptée.

    À travers ces enquêtes, je ne défends pas mais fournis au magistrat un moyen de mieux comprendre la personne, son parcours et ses capacités d’évolution. En tant que future avocate, ce stage me permet de me confronter aux difficultés de l’urgence pénale et à la nécessité d’individualiser les peines. Accompagner les personnes auteurs d’infractions est essentiel pour prévenir la récidive et leur permettre de se réinsérer au mieux.

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  • Un incendie frappe un bâtiment de l’école des Grands Cyprès à Avignon

    Un incendie frappe un bâtiment de l’école des Grands Cyprès à Avignon

    Depuis l’angle de la rue Madame-de-Sévigné, à Avignon, ce mercredi 29 juillet au matin, on pouvait encore apercevoir quelques dizaines de pompiers s’affairer sur le toit d’un bâtiment en construction de l’école des Grands Cyprès, qui était en train de brûler. L’incendie, qui s’est déclaré dans la nuit autour de 2h30, a mobilisé une cinquantaine de personnes. Le feu a été maîtrisé dans l’après-midi, sans causer de dégâts aux structures voisines. Aucune victime n’est à déplorer.

    D’après le commandant Pailloux, qui dirige les opérations sur place, le feu aurait pris à l’arrière du bâtiment, au pied de l’un des pylônes en bois. « Au regard de sa conception, du cadrage en bois avec de l’isolant en paille compressée, c’est difficile à éteindre et c’est pour ça qu’on y est encore », poursuit le responsable.

    Sur place, les soldats du feu retirent, panneau par panneau, la toiture pour tenter d’accéder aux structures et surtout à cet isolant afin de le décompresser pour faciliter l’extinction.

    Si la municipalité confirme que l’origine du feu « devra être déterminée par l’enquête » et que la rentrée scolaire sera maintenue normalement, le maire, Olivier Galzi (DVD), assure sur son compte Facebook qu’il « semble être d’origine criminelle ». « Ceux qui ont déclenché cet incendie ont détruit un lieu qui devait servir à l’accueil des enfants du quartier et d’Avignon. Ils ont mis en danger la vie des pompiers et détourné leurs efforts alors que des incendies réclament des renforts dans d’autres endroits critiques », poursuit le premier édile. L’élu ajoute que la mairie va porter plainte contre X. Deux jours auparavant, les dortoirs de l’école maternelle ont été vandalisés.

    Retards en vue

    Le bâtiment était destiné à devenir la « Cité éducative » de l’école et à abriter les activités périscolaires. Mais il « ne pourra donc pas ouvrir comme prévu », confie Olivier Galzi. La municipalité précise dans un communiqué qu’elle « travaille d’ores et déjà à des solutions alternatives afin d’assurer la continuité des activités qui devaient y être organisées ». Derrière la rubalise de sécurité, Khalid El Yousoufi, conseiller municipal d’opposition (LFI), mais aussi enseignant de l’école des Grands Cyprès, affiche son désarroi. « La construction avait déjà du retard, donc on va encore en avoir pour un ou deux ans. Ce bâtiment devait surtout accueillir les élèves de la maternelle puis de l’élémentaire pour permettre des travaux dans les locaux, qui sont dans un état catastrophique », confie-t-il, aux côtés du député Raphaël Arnault (LFI). Aux abords de l’école, des parents d’élèves sont dans l’attente. « On devait bientôt avoir une nouvelle école. Mais je sens que ça va traîner encore longtemps », glisse une maman de deux enfants scolarisés dans l’établissement.

  • Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    « Lacoste, Jézéquel… avant c’était Saint-Fé ! Avec les collègues des Iris, on venait s’habiller rue Belle de Mai », assure Bacri, la cinquantaine. Face à lui, les devantures murées « seventies » d’Yves Rocher, ainsi que celle du Logis Moderne, à la typographie caractéristique des années 1950, témoignent d’un dynamisme disparu depuis des lustres. « Les usines ont fermé, il y a eu le chômage et ils sont tous partis. Après, les gens sont venus habiter là parce que c’était le moins cher », résume cet habitant du quartier.

    Une nouvelle passerelle

    « C’est un quartier résolument populaire et militant, attachant et casse-couilles à la fois, un condensé de Marseille, qui s’est pris la crise du choc pétrolier de 70 en pleine poire. Abandonné des politiques publiques, il a décliné au point de devenir un terreau pour les marchands de sommeil », confirme Serge Pizzo, historique président du CIQ.

    Mais depuis quelque temps, on le sent renaître, par petites touches. Ici, on ne fait pas table rase du passé pour édifier des écoquartiers au bulldozer. « On n’a pas Euromed, mais c’est peut-être une chance, estime Serge Pizzo. Le quartier se prend en main comme il l’a toujours fait, avec toutes les bonnes volontés qu’il compte. » Michel Kelemenis y a créé sa Maison de la danse il y a 15 ans. Le couvent Levat est venu compléter l’offre de la Friche et du Comptoir de la Victorine. L’Embobineuse distille ses sons boulevard Bouès, Le Chapiteau tire l’animation jusqu’à Plombières. Et rue Belle-de-Mai, les rideaux de fer se dégrippent. Le Barjo, redynamisé par Camille, a relevé le défi il y a quatre ans. L’Idéaliste y fabrique depuis quelques mois sa magie et La Camaraderie commence à brasser du monde.

    Le quartier rouge a conservé « son énergie militante et populaire, solidaire. Oui, il y a de la vie ! », souligne Serge Pizzo. En témoigne le succès de la Belle fête de Mai, qui a célébré ses 25 ans en remplissant les places Caffo et Cadenat. L’événement a fusionné avec Les Plus Belles de Mai, manifestation portée par la mairie qui met à l’honneur les initiatives féminines. « Il y a encore pas mal de trous dans la raquette, relativise le CIQ. Il faut une vraie volonté politique et de la concertation. Faire, oui, mais le maître-mot c’est : ensemble. »

    Après l’ère Gaudin, la municipalité issue du Printemps marseillais semble avoir pris le pouls du secteur. Les écoliers ont fait leurs premiers pas, à la rentrée, dans le groupe scolaire Jolie-Manon. La friche de l’ancienne usine de farine de la rue Loubon accueillera, en 2027, une médiathèque très attendue dans ce quartier qui n’a jamais disposé d’une bibliothèque. La police municipale s’y est également installée.

    « La transformation du quartier est un vrai enjeu, assure Anthony Krehmeier, maire des 2-3, qui sort de l’inauguration de la remise à neuf du jardin de la Maternité. La place Cadenat est une des priorités et nous portons une attention particulière aux besoins des habitants ». La campagne de consultation « Prenez place » a fixé les grands axes d’un futur jardin pour enfant et d’un marché. Autour de la place, les ouvriers arrachent le bitume défoncé des rues pour les paver et les arborer. « Ce n’est pas parce qu’on est pauvres qu’on n’a pas droit à des trottoirs carrossables ! », salue Milène, 82 ans, de retour du marché en tirant son cabas. Pour les commerces, « nous intervenons avec des appels à projet pour imposer une diversité », précise l’édile.

    Autre symbole de renouveau : « Faire tomber la passerelle de Plombières pour laisser place au tram et à une trame verte connectée à Saint-Gabriel Bon-Secours », annonce encore Anthony Krehmeier. Les transports en commun restent toutefois à la traîne et l’on attend avec impatience le prolongement du T2, promis par la Métropole pour 2030. La ligne reliera Saint-Charles au Canet, puis à la place Burel et enfin à Saint-Jérôme. Un projet suivi par le collectif « Qu’est-ce qui s’Tram ? », qui veille au grain pour éviter un tracé trop destructeur du bâti. Certains craignent « l’effet gentrificateur ». Un spectre qui agace : « En 30 ans, la Friche n’a pas produit de remplacement de population », souligne Anne Pfister. L’adjointe déléguée à la vie scolaire estime en revanche : « On souffre du manque de mixité sociale et il faudra plus que Jolie-Manon pour enrayer l’évitement scolaire. On s’y attelle. »

  • La première école de chiens guides et d’assistance à Montpellier

    La première école de chiens guides et d’assistance à Montpellier

    C’est sous les arbres d’un discret local associatif du quartier de Port Marianne que de jeunes labradors et goldens retrievers apprennent à changer des vies. Pendant l’inauguration officielle ce 16 juin, le maire (PS) Michaël Delafosse s’est prêté à cette expérience en participant à une démonstration avec Vasco, le tout premier chien guide de l’association. À ses côtés, Émilie Cabello, adjointe au maire déléguée à l’accessibilité universelle, rappelait avec émotion tout ce que représente cet endroit.

    Aujourd’hui, six chiens suivent le programme. Former chacun d’eux représente un investissement conséquent. « De l’achat du chien jusqu’à la fin de sa formation, le coût est d’environ 30 000 euros », rappelle l’élue. Trois chiens terminent leur formation, trois autres viennent à peine de débuter leur apprentissage et un premier chien a déjà été remis à son bénéficiaire. Derrière chaque binôme, c’est une autonomie retrouvée et un quotidien transformé.

    Coulisses d’un apprentissage

    Derrière un chien se cache près de deux ans de travail. Tout commence chez l’éleveur, où les chiots sont sélectionnés dès leurs premières semaines selon des critères précis. « Des chiens équilibrés, calmes, qui aboient peu et possèdent une bonne stabilité émotionnelle », explique Marie Fois, gestionnaire technique du centre et éducatrice de chiens guides. Avant l’éducateur, ce sont aussi les familles d’accueil, sélectionnées sur candidature, qui posent les fondations. La famille Gramagio accueille actuellement un jeune chiot de deux mois destiné à devenir chien guide ou d’assistance. « Les premiers mois, c’est vraiment l’éducation basique : la propreté, les aboiements, toutes les règles de vie du quotidien », explique Julie Gramagio. Mais au-delà de l’obéissance, l’objectif est d’éviter que de mauvaises habitudes ne s’installent et compliquent ensuite son apprentissage. « Notre responsabilité, c’est de lui donner les bonnes bases dès le départ pour sa future mission. »

    L’école compte à ce jour une éducatrice et a déjà reçu quatre demandes sans avoir mené aucune campagne de communication, signe d’un besoin réel sur le territoire. « À part Toulouse, il n’y avait pratiquement rien sur tout l’Est de l’Occitanie », note Marie Fois. L’objectif affiché est désormais de recruter un second éducateur avant la fin de l’année pour augmenter, année après année, le nombre de chiens formés et de vies changées.

    Amélia Siapo

  • Les Copains du monde réinventent l’école pendant une matinée

    Les Copains du monde réinventent l’école pendant une matinée

    « Dans l’école idéale, tout le monde est égal, c’est l’école qui s’adapte aux enfants et à leurs difficultés », imagine Mamadou, 16 ans, qui a participé à la onzième édition de l’université d’été du Secours populaire ce lundi 6 juin dans le 14e arrondissement de Marseille. Cette année, le sujet de réflexion principal était l’école, « ECOL’LECTIF : pour que la solidarité devienne une valeur indestructible de l’être ». Même si les délégations libanaise et états-unienne n’arriveront que ce mardi, les Copains du monde marseillais ont pu échanger avec des enfants venus du Maroc et de l’île de la Réunion et partager leur vision d’une école idéale.

    Chaque jeune avait développé durant des ateliers d’écriture encadrés par le Secours populaire et les associations marocaine et réunionnaise présentes (IFLAN et K-pab6T) une idée précise de l’école parfaite, qu’ils ont restituée sous forme de textes ou de saynètes de théâtre. « Les adultes aident les enfants à s’exprimer sans dénaturer leurs propos et leurs pensées » explique Léna, chargée de projet pour Copains du monde au sein du Secours populaire.

    « Je pense que l’école ne devrait pas seulement transmettre des savoirs, mais aussi apprendre à vivre ensemble. Il faudrait mettre en place davantage de projets solidaires à l’école », affirme la Marseillaise Rifae. Dans l’idéal de Khadija, marocaine de 14 ans, « l’école c’est ma seconde maison, mes camarades sont devenus des frères ». La délégation marocaine monte sur scène pour une saynète. Khadija joue la maîtresse devant Mohamed et Ziad, assis sur des chaises et représentant les élèves. Dans un dialogue de quelques minutes, ils racontent une école sanctuaire de la solidarité.

    Cependant, les textes présentés ont surtout permis de prendre conscience du décalage entre cet idéal et la réalité de l’école à laquelle ces jeunes sont confrontés. « Aujourd’hui, c’est les enfants qui doivent s’adapter, il y a de la compétition et ils ne prennent pas en compte les difficultés des élèves » estime Mamadou. Il déplore un manque d’initiative de la part du système éducatif, notamment face au harcèlement et à l’isolement de certains jeunes, « moi je me suis fait harceler plus jeune, généralement il n’y a pas vraiment d’action qui est mise en place », poursuit le jeune homme.

    Décrochage

    Arbabi, 15 ans, vient de la Réunion. Lui aussi alerte sur les conséquences de l’isolement et du décrochage : « les personnes en difficulté baissent les bras et les profs n’essaient même pas de les relancer. Quand ils décrochent ils finissent dans des histoires de vente de drogues, de meurtres, ou de braquages. C’est ce que je vois tous les jours dans mon quartier ». Arbabi insiste sur le rôle fédérateur et inclusif que doit jouer l’école pour tous les jeunes : « chez nous, quand un élève est en décrochage, il est critiqué, il perd confiance en lui. Il se sent plus accepté dans la rue qu’à l’école, alors il arrête l’école », détaille-t-il. Khadija, 14 ans, regrette un lien de confiance altéré entre les enfants et les professeurs, « ils vont beaucoup se disputer, ça peut être très conflictuel ».

    Dans l’assemblée réunie pour cette matinée de débat, les témoignages des enfants font réagir. « Je suis plutôt triste après tous ces textes, ça me fait mal au cœur », lâche Danielle, bénévole au Secours populaire. Elle ajoute : « les accompagner, les aider à grandir, c’est un peu ce que devrait faire l’Éducation Nationale ».

    Gaëlle Salado, organisatrice des universités d’été répond qu’à la suite des ateliers d’écriture, une lettre à destination du ministre de l’Éducation a été rédigée et envoyée par les enfants. « Une bouteille à la mer » ironise Philippe, autre bénévole, qui n’est pas étonné que la lettre n’ait reçu aucune réponse.

    Les enfants Copains du monde interpréteront leurs textes au théâtre de la Rotonde pour le festival d’Avignon ce mercredi.

    TÉMOIGNAGES

    Ziad, 13 ans, membre de la délégation marocaine accompagné par l’association IFLAN.

    « L’école ne doit pas seulement être un endroit pour apprendre à lire et à écrire mais un endroit pour s’épanouir. C’est un endroit pour se construire, un endroit pour construire des relations et des valeurs ».

    Dounia, 15 ans, Marseillaise et membre des Copains du monde depuis 3 ans.

    « C’est la troisième année où je participe aux ateliers d’écriture et à l’université d’été du Secours populaire. C’est des ateliers où tu es libre de t’exprimer, c’est important d’avoir ce temps et cet espace tous les mercredis pour faire ça ».

    Daris, 13 ans, Marseillais et membre du mouvement Copains du monde depuis 3 ans.

    « Les divisions dans le monde et dans la société alimentent les discriminations et l’isolement au sein de l’école. Ce n’est pas souvent défini comme du harcèlement, il y a des enfants isolés mais ce n’est pas pointé du doigt et nommé comme du harcèlement. C’est pas juste ».

    Recueillis par S.M.

  • La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    Depuis l’automne, la CGT Éduc’Action essaie d’alerter sur un livret mal nommé Passeport du civisme, diffusé dans plusieurs communes de l’académie de Nice, « qui cherche à faire de l’école un terrain de conquête idéologique ». Nous avions relayé dans nos colonnes le 24 novembre la lettre ouverte envoyée à la rectrice. Nos confrères du Canard Enchaîné venant de révéler le pilotage par l’extrême droite de ce document présenté comme pédagogique.

    Parmi les soutiens de ce « passeport » mis en avant, figurent Geoffroy Boulard, maire parisien proche de la Manif pour tous, et David Lisnard, maire de Cannes. Et l’association qui porte le dispositif est financée par le « Fonds du bien commun » de Pierre-Édouard Stérin. Ce milliardaire « patriote » et exilé fiscal en Belgique déclarant le 22 mars 2026, dans les colonnes du New York Times, sans ambiguïté : « Je suis encore plus à droite que l’extrême droite. » Il est l’initiateur du programme Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens, souverainistes (Pericles) qui vise explicitement à fédérer toutes les forces réactionnaires dans une entreprise de conquête idéologique et électorale, explique Olivier Gérard, le secrétaire général de la CGT Éduc’Action. « Dans cette stratégie, l’école est à la fois un terrain d’influence, un espace de légitimation et une cible privilégiée des attaques », précise-t-il.

    Un « Passeport du Civisme » diffusé et revendiqué notamment par le très droitier maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier, qui nous répondait : « Rien ne se fait pas de manière cachée ou en catimini. »

    Il serait intéressant de savoir ce que pense le nouveau préfet du Var de ce livret.

    L’école ne doit pas se taire

    « Un Passeport du Civisme à ce point problématique que le ministère de l’Éducation nationale a retiré son agrément à l’association en novembre 2024, au motif de lacunes pédagogiques et d’atteintes à la neutralité », rappelle le responsable syndical.

    Pourquoi dans ce cas laisser faire les mairies qui continuent à distribuer aux élèves dans les écoles de la République cet outil de propagande ?

    « Dans un contexte où notre employeur invoque, use et parfois dévoie le principe de neutralité du service public pour encadrer strictement les personnels, il est pour le moins surprenant qu’il accepte de faire de l’école la vitrine d’un programme municipal », pointe également Olivier Gérard. Et d’insister : « C’est un outil politique, financé par un acteur politique. Quel que soit le travestissement de son propos, il porte des valeurs qui ne sont pas celles de l’école républicaine. »

    Et pour la CGT, l’émetteur plus encore que les propos parfois habillés de bienveillance, éclaire la perfidie de l’intention politique, le projet idéologique déterminant la portée réelle d’un discours aussi séduisant paraît-il. Comme : « La jeunesse représente l’énergie qui doit porter la nation vers son avenir. » Le problème c’est que la formule vient de l’ex-dictateur du Chili Augusto Pinochet, prononcé le 9 juillet 1977, fait remarquer Olivier Gérard.

    Et de poursuivre : « Nous savons ce que vise cette galaxie réactionnaire. Elle se bat pour remodeler la société selon une vision autoritaire, identitaire et inégalitaire, en faisant de l’institution scolaire un instrument de normalisation idéologique et de hiérarchisation sociale. » L’occasion, de réaffirmer que « la CGT ne cédera jamais, nulle part, face à l’extrême droite ». Pas question donc d’accepter les pressions, intimidations, tentatives d’entrisme et les récits identitaires. Le responsable syndical conclut : « L’École ne doit pas se taire au nom d’une neutralité dévoyée, mais tenir droite, fidèle à sa mission, et refuser de devenir le terrain d’une idéologie qui nie l’égalité et fragilise la démocratie. La CGT, elle, ne lâchera jamais rien. »

    La Marseillaise non plus.

  • Finances, circulation, cours d’école… conseil tendu en vue

    Finances, circulation, cours d’école… conseil tendu en vue

    Chaud dedans et chaud dehors. Le conseil municipal se réunit ce mardi (18h, Hôtel de ville) avec 55 délibérations à l’ordre du jour. Un menu très chargé autour des différents bilans financiers 2025, le rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de la Ville, l’adoption du règlement intérieur ou les subventions aux associations revues à la baisse.

    Le tout alors que le maire a dévoilé, vendredi, un audit sur les finances municipales qu’il a commandé à son arrivée et dont l’analyse est déjà remise en cause par l’opposition de gauche. « Un champ de ruines », a pesté Olivier Galzi (DVD), accusant l’ancienne majorité d’avoir manipulé les comptes, préparant ainsi les esprits à la rigueur. Ce lundi matin, « face à l’état catastrophique des finances dont nous héritons » et « la nécessité de faire d’immenses efforts collectifs pour éviter le naufrage », il annonce revenir sur l’augmentation des indemnités de ses adjoints qui avait fait polémique en ouverture de mandat (+35%). De 1 200 euros bruts, les adjoints étaient passés à 1 700 euros. Selon nos calculs, ce revirement permet une économie de 120 000 euros par an. Soit la moitié de travaux pour végétaliser les cours d’écoles.

    Une comparaison loin d’être anodine puisque la Ville vient de geler le programme Fraich’ cours. Cet été, seule l’école Louis Gros sera végétalisée contre six prévues initialement. « Une seule a été budgétée. Donc aujourd’hui, les parents d’élèves qui vous disent “la mairie ne fait pas les travaux pour les cinq cours que vous avez promis”, oui, c’est vrai. Merci, Madame Cécile Helle [ex-maire], merci, Joël Peyre [ex-élu aux finances] », se dédouane Olivier Galzi. En amont du conseil municipal, des parents d’élèves sont attendus pour marquer leur désapprobation. Ils seront aussi accompagnés par plusieurs collectifs et associations opposés à la refonte du plan Faubourgs de circulation routière.

  • Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    L’annonce début juin par le Centre national du livre (CNL) a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois depuis que ce recensement existe, il s’est fermé plus de librairies (85) l’an passé en France qu’il ne s’en est ouvert (83). Si en 2025 les fermetures concernaient majoritairement des structures créées dans la dernière décennie, les librairies historiques ne sont plus épargnées en 2026.

    Deux enseignes majeures, Gibert et le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, viennent d’être placées en redressement judiciaire. Si la librairie montpelliéraine Gibert n’est pas directement visée, il n’en est pas de même de son homologue Sauramps, qui célèbre ses 80 ans cette année. Depuis plusieurs mois, la rumeur d’une mauvaise santé financière enflait au fil de témoignages de salariés inquiets. Le propriétaire, l’architecte François Fontès, avait d’abord tenté de rassurer sans convaincre. Le mois dernier, l’absence de Sauramps lors de l’événement majeur de la Comédie du livre avait fait grand bruit à Montpellier. Le couperet est tombé quelques semaines après. La librairie historique, qui avait déjà été reprise en 2017 par le groupe Ametis et qui accuse environ 3,5 millions d’euros de pertes et une absence de trésorerie, vient à son tour d’être placée en redressement judiciaire le 15 juin (lire page 6). François Fontès n’est pas décidé à laisser tomber. De leur côté, la Région Occitanie de Carole Delga (PS) et la Métropole de Michaël Delafosse (PS) ont signifié leur soutien. L’audience est fixée au tribunal de commerce le 3 juillet.

    Sur les 3 400 librairies que compte l’Hexagone et qui vendent près d’un livre sur deux, des centaines d’autres librairies indépendantes seraient au bord du gouffre. Chaque fois, le scénario se ressemble. Les librairies sont prises en étau entre la hausse de leurs coûts fixes (loyers, matières premières, personnel…) et l’érosion continue du lectorat (-6% des ventes au premier trimestre 2026, selon le CNL), que la période Covid n’avait que freinée un temps. Le CNL précise que l’érosion que subit le livre papier est générale. Elle touche toutes les tranches d’âge et tous les milieux sociaux.

    Creuset social

    Impossible aussi de ne pas penser à la concurrence de la grande distribution (+6 points) ou à l’impact d’internet. Mais pour Marion Mazauric, qui dirige la maison d’édition Au Diable Vauvert, dans le Gard, le numérique (+6%) est un faux coupable. « Ce phénomène de décroissance de la lecture n’est pas nouveau, il a 40 ans. On aime incriminer les plateformes (…) mais on peut être connecté et lire beaucoup. Nous avons beaucoup de geeks dans nos lecteurs  », assure-t-elle.

    Pour l’éditrice gardoise, la perte de la pratique de la lecture est surtout corrélée à la dégradation de la situation sociale de nombreux Français. « Une poignée ont tout, beaucoup d’autres n’ont rien. Quand vous vivez sous le seuil de pauvreté comme 40% des Nîmois, vous ne passez pas vos journées à lire des romans ». Et d’ajouter : « De plus en plus de gens sont dans des vies qui les éloignent de la lecture ». L’écosystème traduisant parfois le manque de demande. « Le Gard est l’un des départements les plus pauvres de France. D’Aigues-Mortes à Sommières, il n’y a pas une seule librairie ». Marion Mazauric observe par ailleurs un impact de l’apprentissage raboté et de la place réduite de la lecture à l’École. « L’éducation populaire a aussi beaucoup décru », déplore-t-elle.

    Aujourd’hui, l’éditrice invite l’ensemble des acteurs à faire bloc autour des libraires. « Ils sont le poumon du secteur du livre. Sans eux, on n’existe pas. On doit être très attentif à tout ce qui peut les aider ». Au-delà de l’appel aux lecteurs, elle aimerait que l’État prenne enfin ses responsabilités. « Le tissu des librairies françaises est unique au monde. Elles ne sont pas un commerce comme les autres, elles constituent un commerce d’utilité publique ». Dans la lignée des demandes du Syndicat de la librairie française (SLF), l’État est appelé à agir concrètement. Par exemple en pratiquant des allègements immédiats sur les loyers ou les charges. Bien d’autres mesures sont possibles. Il y a urgence.

  • Les syndicats alertent sur l’état des écoles du Vaucluse

    Les syndicats alertent sur l’état des écoles du Vaucluse

    Le syndicat l’Unsa Éducation du Vaucluse a demandé au préfet et au directeur académique la fermeture des établissements les après-midi des 22 et 23 juin, ainsi que des aménagements pour les oraux du baccalauréat et le brevet. Le rectorat d’Aix-Marseille répond que d’éventuelles fermetures seront décidées « au cas par cas », selon chaque établissement. Les municipalités de Mazan et Carpentras ont, elles, décidé de fermer les écoles maternelles et primaires lundi et mardi après-midi.

    Le président de la Région Sud, Renaud Muselier, assure que les lycées seront « opérationnels » pour accueillir les candidats au grand oral et aux oraux de français. Un constat que partage en partie l’Unsa Éducation. Si le syndicat estime que le bac pourra être maintenu grâce aux mesures anticipées, son secrétaire départemental, Olivier Montel, s’inquiète davantage des collèges, où le brevet approche, et des écoles primaires, souvent installées dans des bâtiments des années 1960-1970 devenus de véritables « passoires thermiques ». « Les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des personnels sont dégradées, avec des salles dépassant les 30°C dès 8 h », alerte-t-il.

    À Avignon, le plan canicule est activé. Une veille est assurée auprès des établissements, des brasseurs d’air sont progressivement déployés et des casquettes ou gourdes distribuées si besoin assure la mairie. Les fermetures de classes ou d’écoles ne seront envisagées qu’« en dernier ressort ». FO réclame la communication du plan canicule de la Direction académique, rappelant avoir « frôlé des drames » lors des précédents épisodes et demande des mesures pour protéger les personnels. À défaut, le syndicat se dit prêt à appeler au droit de retrait. Olivier Montel appelle enfin à faire de « l’adaptation du bâti scolaire une priorité ».

  • Un microlycée pour lutter contre le décrochage

    Un microlycée pour lutter contre le décrochage

    Dans la rue Pourquoi Pas, tout redevient possible pour les élèves en rupture de parcours scolaire. À la prochaine rentrée, le Cours Fénelon, installé dans cette rue au nom évocateur depuis plus de 120 ans, y lancera un microlycée, destiné à ramener une vingtaine de jeunes de 16 à 25 ans en situation de décrochage depuis au moins six mois sur les bancs de l’école.

    Ce modèle, qui existe depuis 2001 en France et est déjà proposé dans deux établissements varois (le collège Ravel et le lycée Bonaparte). Il répond à « un constat de terrain », explique Laurence Beraud-Schmitt, directrice du Cours Fénelon. « De plus en plus de jeunes souffrent d’anxiété et se déscolarisent à cause du harcèlement, de la phobie scolaire, de maladies… » Un mal qui touche le Var dans des proportions inquiétantes : 8% des jeunes de 18 a 24 ans (soit 30 000 élèves) n’ont pas terminé leur cycle secondaire.

    Le bac en ligne de mire

    En septembre, une première promotion entrera en classe de première avec un objectif : obtenir le baccalauréat général en deux ans. Sur le papier, les futurs élèves ont toutes les chances d’y arriver puisque ce type d’établissement revendique une réussite de 80%. « Ils suivront le même programme, assuré par des professeurs de l’éducation nationale », précise la directrice, avec « quelques aménagements. Par exemple, en français, on va demander un allègement du nombre de textes à étudier », ajoute Emmanuel Tilmont, le référent pédagogique. Ce sont surtout les méthodes, centrées sur « une pédagogie active, adaptée à chaque jeune », qui différeront.

    L’accueil sera lui aussi adapté : suivi psychologique, horaires légèrement différés, salle de repos, dans laquelle les élèves seront invités à prendre le café avec leurs encadrants chaque matin pour créer du lien. Cela, au sein d’un bâtiment à part, où les élèves auront la possibilité d’être en vase clos. « Ils pourront accéder à la cafétéria commune et seront invités aux événements du lycée, mais rien ne sera obligatoire », précise Emmanuel Tilmont.

    L’établissement, accessible pour 85 euros par mois (avec possibilité de bourses) se veut : « ouvert à tous profils : très bons élèves, plus en difficulté, porteurs de handicap… », assure le responsable pédagogique, qui prévient toutefois qu’« il faudra qu’ils aient de la volonté ».

    Infos : coursfenelon.com