Tag: droite

  • La prime au sortant mais un petit vent de dégagisme dans l’Hérault

    La prime au sortant mais un petit vent de dégagisme dans l’Hérault

    Comme une lettre à la Poste. Cette année encore, de nombreux maires sortants, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont été reconduits sans encombre dans l’Hérault. C’est ce qu’on appelle la prime au sortant qui donne un avantage naturel aux yeux de l’électeur, à l’édile en poste. « Les sortants sont connus et en général leur action est appréciée. On trouve souvent que la mairie a bien fait son travail », résume le politologue Michel Crespy. Qui précise aussitôt. « Ce n’est pas le cas des dirigeants nationaux qui échouent à régler les problèmes des gens ».

    Dans l’Hérault, le 1er tour des municipales n’a pas échappé à la règle. Quand ils se représentaient, une grande majorité des maires ont été réélus directement. À droite, Frédéric Lacas a nettement remporté son duel (62,26%) à Sérignan. Christian Jeanjean est en ballottage très favorable (48,21%) dans son fief de Palavas où il a la main depuis 1989 ! Et que dire du score hégémonique (85,1%) de son voisin des Républicains, Stéphan Rossignol à la Grande-Motte. Autour de Montpellier, Jean-François Audrin est repassé aisément (68,72%) à Saint-Georges d’Orques comme Jean-Pierre Rico (57,01%) à Pérols. À Béziers, le maire d’extrême droite Robert Ménard a lui aussi été triomphalement réélu au 1er tour (65,6%) comme en 2020 en dépit d’une liste du RN de Julien Gabarron (8,97%).

    Des sortants plébiscités

    La prime au sortant a aussi souvent fonctionné à gauche. Le meilleur exemple est Frontignan. Dans cette ville du bassin de Thau où l’on redoutait une vague brune eu égard aux scores du RN aux scrutins nationaux, Michel Arrouy
    l’a brillamment emporté. Cumulant 51,16% des voix, le socialiste a mis hors-jeu l’extrême droite de Cédric Delapierre (35,87%). Dans la plaine à Pézenas, un autre socialiste a été réélu nettement dès le 1er tour. Avec sa liste d’union de la gauche, Armand Rivière qui fait briller sa commune culturellement (festival Molière) a su écarter un retour de la droite incarnée par l’ancien député macroniste Philippe Huppé (28,96%). À Gignac, le maire socialiste Jean-François Soto (71,22%) a balayé la menace RN. Dans la Métropole de Montpellier, aucune embûche à Jacou pour Renaud Calvat (74,39%) ni à Clapiers pour Eric Penso (59,7%). Quant à Michaël Delafosse à Montpellier, il est en ballottage favorable (33,41%) avec sa liste d’union de la gauche et ses promesses tenues sur le tramway.

    Pour d’autres, la magie attendue n’a pas opéré. Et ce, quelle que soit leur couleur politique. À chaque fois, on observe un contexte bien spécifique qui a pénalisé le sortant. C’est d’autant plus vrai quand sa majorité était divisée. C’est le cas pour la droite agathoise minée par la mise en examen de Gilles d’Ettore au point que Sébastien Frey (3e avec 20,74%) laisse le champ libre à Thierry Nadal (21,33%) face au danger RN (Lopez-Liguori 38,44%). À Castelnau-le-Lez, le maire LR Frédéric Lafforgue (21,1%) qui a obtenu le prix du plus gros bétonneur, devrait être battu par son ex-adjoint Julien Miro (39,65%). Du côté de Sète, Hervé Marquès (DVD) peut encore l’emporter malgré la démission forcée de François Commeinhes mais la gauche de Laura Seguin (20,55%) a des espoirs avec le retrait du socialiste Sébastien Denaja (13,7%). À Lunel, Paulette Gougeon (DVD, 28,07%) n’a pas davantage de marge, 9 mois après le décès de Pierre Soujol.

    Pas de grosse poussée

    du RN hormis Agde

    La gauche a aussi connu son lot de déconvenues. La désunion qui a conduit au retrait de l’Insoumis Sébastien Rome (21,48%) risque de coûter la mairie de Lodève au PS de Fadilha Benammar-Koly (28,82%), distancée par le très à droite Claude Laateb (39,2%). À Mauguio, le retrait du maire DVG Yvon Bourrel a sonné le glas de la gauche. À Saint-Jean-de-Védas, le décès soudain du maire François Rio fin décembre a accentué l’éclatement du conseil municipal qui pourrait virer à droite. À Grabels, René Revol en grande difficulté (34,65% derrière le DVD Pascal Heymes 49,4%) est peut-être victime d’une certaine usure du pouvoir. À moins que le seul maire Insoumis de l’Hérault ait pâti d’avoir hissé le drapeau palestinien en solidarité avec le peuple gazaoui massacré. Ce serait un comble. À Villeneuve-lès-Maguelone en revanche, difficile de dire ce qui place Véronique Négret en position délicate (34%) face à la liste du DVD Olivier Noguès (40,68%).

    À noter enfin qu’à l’exception notable d’Agde qui pourrait basculer, le RN et l’UDR n’ont pas, à la différence du national, réalisé de poussée particulière dans l’Hérault. S’ils restent en embuscade à
    Sète (Pacull 20,77%), Lunel (Belin 21,7%) ou Mauguio (Parmentier 19,38%), ses candidats ont été sèchement battus à Montpellier (Jamet 7,26%), Béziers (Gabarron 8,97%), Mèze (Armentier 19,2%) ou Gignac (Drevet 28,72%). Et dans une moindre mesure à Frontignan (Delapierre 35,87%). Malheureusement cet échec est davantage dû à un manque d’ancrage local du RN qu’annonciateur d’un reflux de l’extrême droite. Laquelle reste tout aussi menaçante en vue de la Présidentielle 2027.

  • [Entretien] Roger Didier : « Nous sommes droit dans nos bottes »

    [Entretien] Roger Didier : « Nous sommes droit dans nos bottes »

    La Marseillaise : Quel bilan faites-vous de cette campagne ?

    Roger Didier : Il faut tout d’abord remercier les 7 114 électeurs qui nous ont accordé leur confiance. Nous avons obtenu un score considérable avec 14 points d’avance sur la deuxième liste. Liste qui a fusionné avec la troisième, aboutissant à une liste de compromis et de compromission. Pour moi, c’est une alliance de la carpe et du lapin. Parmi leurs électeurs, il y a des personnes qui doivent se sentir trahies. Ils se sont opposés, et j’en suis témoin, pendant des années au conseil municipal, avec des démissions et des créations de groupes. Ce rassemblement de circonstances est-il sérieux et pérenne ? Dans l’équipe que j’ai l’honneur de présider, il n’y a jamais eu de démission. Mais ce rapprochement ne conduira pas une addition arithmétique. Aux élections, un plus un ne fait pas deux. Nous, nous sommes droits dans nos bottes et n’avons fait aucune compromission avec le RN, dont les électeurs doivent comprendre qu’en votant pour son candidat, ils permettent à la gauche de prendre les rênes de la ville.

    Pourquoi une entrée en campagne tardive ?

    R.D. : On me le reproche alors que j’ai été élu pour mon dernier mandat le 15 mars 2020, à la veille du premier confinement. En termes d’efficacité municipale, l’année 2020 a quasiment été gommée. Nous voulions donc vivre notre mandat de maire jusqu’au bout. Nous avons commencé notre campagne le jour de son ouverture officielle, le 1er mars. Aurait-on trouvé normal que je m’agite sur mon siège comme un candidat un an et demi à l’avance alors que j’ai un mandat de maire à mener ?

    Pensez-vous que votre bilan joue en votre faveur ?

    R.D. : On peut au moins reconnaître que nous avons transformé la ville, nous l’avons embellie, et avons apporté de la sécurité et du confort. Nous avons géré la ville comme une entreprise et je ne crois pas que ce soit une mauvaise chose. Quand je suis devenu maire en 2007, l’endettement de la commune représentait 18 années de désendettement. Cette durée a été ramenée à deux ans. En même temps, nous avons continué d’investir, à hauteur de 110 millions d’euros entre 2020 et 2025. Nous avons préservé la qualité du centre-ville. Il ne se paupérise pas et la délinquance ne s’y installe pas. C’est pourquoi j’appelle les Gapençaises et les Gapençais à se mobiliser pour ne pas perdre ce à quoi nous sommes attachés, cette qualité de vivre et ce dynamisme qui sont reconnus par tous.

  • À Arles, l’union fait la force autour de Nicolas Koukas

    À Arles, l’union fait la force autour de Nicolas Koukas

    « Ici c’est Fournier ! » clame Nicolas Koukas à l’ouverture de son meeting de second tour des élections municipales, jeudi soir, pour la liste de l’Union pour Arles. Le gymnase a vibré au son d’Eminem et d’AC/DC à l’énumération des noms des colistiers, avant de laisser place à la voix légèrement enrouée du candidat communiste, qui ne laisse aucune suspension à sa confiance : « ce second tour va nous mener à la victoire dimanche » affirme-t-il devant ses soutiens gonflés à bloc.

    Arrivé en deuxième position du scrutin avec 25,38 % des voix, derrière le maire Horizons Patrick De Carolis à 34%, Nicolas Koukas estime être « en ballotage favorable » au milieu du maire sortant et des autres adversaires que sont Rémy Benson (RN) à l’extrême droite avec 16,37% des voix et Jean-Michel Jalabert (DVC) à 13,69%. Le chef de file de l’Union pour Arles analyse le 1er tour en pointant que « deux tiers des Arlésiens qui se sont exprimés ont dit non au maire […] qui, ne vous y trompez pas, a subi un sérieux revers », mais ne s’en satisfait pas pour autant. « L’abstention est trop forte quand un Arlésien sur deux ne ssest pas déplacé pour voter. Ce n’est pas une fatalité, c’est le symptôme d’une crise démocratique » relève le candidat qui veut la « combattre de manière unie ».

    La force de l’union

    Car « La force de l’union » n’est pas qu’un slogan écrit sur les affiches et tracts du candidat, mais une somme de réalités. Outre les neuf partis politiques mobilisés au sein de cette union, ainsi que les « 600 Arlésiens qui ont construit le projet » porté par sa liste, dont ceux de l’Appel d’Arles, Nicolas Koukas emporte avec lui de nouveaux alliés dans ce deuxième round.

    À commencer par des anciens membres de l’équipe De Carolis comme le Dr Serge Meyssonnier de Mas Thibert, ancien adjoint et Sophie Aspord, ex-3e adjointe à l’urbanisme, tous deux présents dans la salle, le candidat est fort du « consensus de tous bords sur l’incapacité à rassembler et diriger » du maire sortant, « y compris dans son ancienne équipe ». Mais aussi du soutien des Écologistes qui étaient sur la liste de Jecilla Regad (LFI) au 1er tour, dont Nicolas Koukas (PCF) a salué la « belle campagne de gauche ».

    De gauche, comme Fernand Fournier, dont Nicolas Koukas a souhaité « rappeler qui il était : un résistant, cheminot, mort en déportation ». Une précision utile face au discours du maire sortant, qui fait feu de tout bois sur le communiste et son équipe. « Des dangereux bolcheviques avec un couteau entre les dents ! » caricature Nicolas Koukas, qui se dit « fier de nos parents et grands-parents qui ont chassé les nazis eux-mêmes en 1944 et ont mené tant de combats depuis ».

    Plus que l’anticommunisme primaire, le candidat pointe « les intimidations » sur des agents communaux de la part du maire sortant, les « divisions systématiques » au sein de « l’ancien monde en déroute » du « candidat macroniste » qui a été jusqu’à « faire pression sur Jean-Michel Jalabert pour qu’il se retire, en appelant jusqu’à Jean-Pierre Camoin, ancien maire de droite (RPR) dans les années 1980 pour ce faire ». « Quel spectacle, quel cirque nous offre-t-il après nous avoir tant critiqué tout le mandat ? Comment avoir confiance en un homme pareil ? Notre ville mérite mieux » tranche Nicolas Koukas.

    « Notre devoir est de mettre fin au système De Carolis » lance-t-il, y opposant « l’urgence de la démocratie participative pour rendre Arles aux Arlésiens » et « refuser les décisions prises entre amis ou dans un bureau fermé ». Mais aussi « Les 12 millions d’euros que nous allons dédier à l’éducation et aux écoles, la lutte contre l’habitat indigne » entre autres mesures que Nicolas Koukas espère faire gagner par le « réveil de la flamme populaire pour une ville plus humaine, chaleureuse et prospère ».

    La chaleur, elle, était déjà là.

  • L’ombre de l’extrême droite sur Six-Fours et Draguignan

    L’ombre de l’extrême droite sur Six-Fours et Draguignan

    Laure Lavalette n’est pas la seule députée RN à avoir bien avancé ses pions au premier tour des municipales dans le Var. Si Julie Lechanteux, députée de la 5e circonscription, ne semble pas en mesure de prendre Roquebrune-sur-Argens, Philippe Schreck (8e) et Frédéric Boccaletti (7e) sont en bonne position à Draguignan et à Six-Fours, 5e et 7e villes du département, où ils sont en tête après avoir été battus en 2020.

    Le premier, qui n’avait recueilli que 12% des suffrages il y a six ans face à Richard Strambio (DVD), réélu dès le premier tour, en a cette fois obtenu 44,7%, contre 40,03% pour le maire sortant. Le second, candidat à Six-Fours pour la quatrième fois, n’avait pas empêché Jean-Sébastien Vialatte (LR), maire depuis 1995, de rempiler pour un cinquième mandat, lui aussi au premier tour. Il le devance aujourd’hui de 66 voix (45,23% contre 44,86).

    Assistants sulfureux et peine de prison

    Deux candidats qui, comme nombre de frontistes, savent se faire remarquer. Philippe Schreck, notamment, en ce qui concerne ses assistants parlementaires : l’actuelle, Maylis de Cibon, est membre de la Cocarde étudiante et du groupe néofasciste Luminis, proche du GUD. Il avait été contraint par le secrétaire du RN à l’Assemblée nationale de virer le précédent, Raphaël Ayma, chef de file du groupe néofasciste Tenesoun, quand la presse a évoqué sa participation à des hommages à des figures fascistes.

    Quant à Philippe Boccaletti, proche de Jean-Marie Le Pen, admirateur de Charles Mauras, il a détenu une librairie négationniste à Toulon, de 1997 à 1998 et fut condamné, en 2000, à 1 an de prison dont 6 mois ferme pour « violence en réunion avec arme ». Notons tout de même que son adversaire, Jean-Sébastien Vialatte, a récemment conclu un partenariat entre la mairie et la maison d’édition Fayard de Vincent Bolloré, et avait été condamné pour « provocation à la haine raciale » en 2013, assimilant, dans le contexte de la célébration du titre de champion de France du PSG, des fauteurs de troubles à « des descendants d’esclaves ». Quoi qu’il en soit, dans les deux villes, les progressistes, éliminés au premier tour, sont claires : « Pas une seule voix pour l’extrême droite. »

  • [Entretien] Martine Vassal : « On a créé un duel qui n’existe pas, nous sommes trois au second tour »

    [Entretien] Martine Vassal : « On a créé un duel qui n’existe pas, nous sommes trois au second tour »

    La Marseillaise : Quelle est votre analyse des rapports de force du premier tour ? Pourquoi, dans ces conditions avoir décidé de vous maintenir ?

    Martine Vassal : Vous dire qu’on est ravi des résultats, non. On est déçu du résultat, on ne pensait pas faire ce score-là. Je prends les résultats avec beaucoup de recul. Il y a maintenant un second tour et les cartes sont rebattues. Marseille est à la croisée des chemins. Il faut que les Marseillaises et les Marseillais prennent leur destin en main. Ils ont trois choix dimanche. On repart à zéro. Le rassemblement n’arrivera pas à gagner Marseille, je l’ai déjà dit. Benoît Payan reçoit le soutien de l’extrême gauche après avoir pris des candidats issus de la France insoumise sur sa liste dès le premier tour. Nous, nous sommes au milieu. Plus de 35 000 personnes ont voté pour nous, on veut les représenter.

    Vous avez été silencieuse au soir du second tour. Avez-vous examiné la possibilité de vous retirer ?

    M.V. : J’ai attendu parce qu’en réalité, c’est mon caractère. Moi, j’y crois jusqu’au bout. À minuit, sur les 497 bureaux de vote, j’en avais 150. Et puis l’équipe m’a dit qu’il y avait un gros écart, et qu’il fallait savoir si les troisièmes c’étaient nous ou la France insoumise. Je ne voulais pas parler sans savoir en quelle position j’étais. On est rentré, c’était 3h du matin… J’avoue que je ne me sentais pas de faire une déclaration. Le lendemain, comme c’était prévu j’ai réuni mes têtes de listes pour qu’on puisse discuter de la position à tenir.

    Étaient-elles unanimes ?

    M.V. : Non, elles ne l’étaient pas. Mais c’est normal quand on rassemble depuis l’écologie raisonnable jusqu’à la droite affirmée. Chacun a exprimé son point de vue, c’est la démocratie et nous nous sommes exprimés dès lundi.

    Donc vous n’avez pas songé à arrêter là ?

    M.V. : J’avais dit avant le premier tour que même satellisée sur la Lune, je me maintiendrai. Je suis une femme de parole, je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Le costume est trop grand pour M. Allisio, il panique, il appelle Bruno Retailleau et Gabriel Attal – Gabriel Attal ! – pour que je me retire. J’espère que les gens se diront qu’il y a une femme qui est sérieuse, avec un programme, une équipe cohérente, contrairement à celle de M. Payan, et qu’ils voteront pour moi. Je prends le risque de faire moins mais aussi de faire plus. Je veux rassembler.

    Il y a des disparités entre secteurs. Il y en a un qui est particulièrement regardé par les électeurs de gauche, puisqu’elle s’y était retirée en 2020 pour battre le RN, c’est les 13-14. N’y avait-il pas une forme de renvoi d’ascenseur nécessaire à produire en retirant votre liste de ce secteur ?

    M.V. : On n’est plus en 2020, on est en 2026. Les temps ont changé. Je pense que quand on est en capacité de se maintenir, il faut se maintenir. Sinon le législateur doit changer la loi et dire qu’on ne garde que les deux premiers.

    Quelle est votre réaction au désistement de Sébastien Delogu ?

    M.V. : Je ne suis pas là pour commenter. Ce qui est un peu bizarre c’est qu’il se retire en centrale et reste en secteurs, alors que le danger RN existe en secteurs aussi. Je pense que cela signifie qu’il y a des accords.

    Comment envisagez-vous la campagne éclair du second tour ? Allez-vous tenir meeting ?

    M.V. : J’étais de retour sur le terrain dès aujourd’hui [mercredi], je le serai jusqu’à vendredi. J’ai bloqué mon agenda pour permettre un débat. Au moment où je vous parle, j’ai appris que France Télévisions, donc un média public, envisageait un débat sans moi. Peut-être est-ce parce que je suis une femme ? Nous sommes trois au second tour, les électeurs ont le droit de savoir pour qui ils mettent un bulletin de vote. Je n’ai jamais refusé un débat. C’est un moment important de la démocratie.

    Qu’allez-vous dire aux Marseillais pour être comprise ?

    M.V. : Je martèle une chose simple : ressaisissez-vous les Marseillaises et les Marseillais, vous jouez votre avenir. Ils se sont fait voler l’élection du premier tour. On a créé au niveau national un duel Payan-Allisio. Il n’existait pas. La preuve on a fini à quatre qualifiés.

    N’y a-t-il pas des causes plus profondes à ce duel ?

    M.V. : Les sondages ont pesé. Beaucoup d’électeurs de droite se sont dit « la candidate est loin, alors je vote Allisio ». Benoît Payan a aussi créé les conditions de ce duel, les gens nous parlaient beaucoup de la dégradation de la sécurité à Marseille. Et puis c’est très souvent aussi un vote de colère, de mécontentement, de saturation. Un vote national. On n’a pas pu parler de fond, de l’avenir de Marseille.

    Ces municipales permettent d’élire les conseillers métropolitains. Comment sera gérée la Métropole demain ?

    M.V. : D’abord je suis assez satisfaite du bilan métropolitain mais surtout satisfaite que 73% des maires sur les 92 aient été élus au premier tour. Pour moi c’est le signe de la réussite du travail fait au niveau de la Métropole et du Département. On les a aidés, on a refait les piscines, les stades, la population est contente des maires. Donc il n’y aura pas de modification fondamentale, la Métropole restera dans la même configuration de possibilité de gouvernance.

    Si je comprends bien, vous avez aidé les maires et donc ils vous aideront à rester présidente ?

    M.V. : Franchement, ce n’est pas ma personne qui compte. L’important c’est de stabiliser cette Métropole. Elle est née difficilement, il y a eu l’acte II avec la suppression des conseils de territoires. Et je plaide pour un acte III, avec la proximité qui retourne aux communes et les compétences stratégiques qui restent à la Métropole.

    Quoi qu’il arrive le centre de gravité de la Métropole reste à droite ?

    M.V. : Oui, et au centre. C’est la même configuration qu’aujourd’hui.

    Vous vous dites satisfaite du bilan métropolitain mais beaucoup de critiques s’expriment sur la propreté. Ça n’a pas pesé sur votre résultat ?

    M.V. : Je pense que ce qui a pesé, c’est le fait pour Benoît Payan de dire « c’est pas moi, c’est l’autre ». Il a fait du bashing systématique en disant que tout ce qui était mal, c’était moi et que tout ce qui était bien, c’était lui. Ainsi va la vie. Mais on ne peut pas taper des pieds pour avoir la propreté et une fois qu’on va pour signer le pacte, dire qu’on ne la veut plus. Sur la propreté, j’ai mis fin au fini-parti mais on peut toujours mieux faire, ce qui a manqué à la Métropole, c’est d’avoir la compétence de A à Z. La responsabilité de la verbalisation, c’est la mairie.

    Vos anciens amis sont très critiques. Lionel Royer-Perreaut vous demande de vous désister. L’entourage de Sabrina Agresti-Roubache vous étrille. Avez-vous mené une campagne trop à droite ?

    M.V. : Quand vous ne menez pas le combat, vous êtes sûr de ne pas le perdre. Eux, ils savent ce que c’est que perdre. Vous savez, moi je connais tous les numéros du loto une fois que le tirage est fait. Je pense que la sociologie de la ville a changé et que le niveau du débat n’a pas permis d’intéresser suffisamment. Le niveau d’abstention est très haut.

    Quel avenir pour la droite et le centre à Marseille ?

    M.V. : Nous voulons faire exister notre courant de pensée et évitez la reproduction de ce qu’il se passe à l’Assemblée nationale avec des invectives permanentes entre extrême gauche et extrême droite. J’ai des convictions, du courage, je suis une femme d’honneur.

  • [Infographies] La droite effondrée, la gauche pousse au Sud : comment les rapports de force ont évolué à Marseille

    [Infographies] La droite effondrée, la gauche pousse au Sud : comment les rapports de force ont évolué à Marseille

    L’abstention plus forte qu’en 2014

    Après une élection bousculée par la pandémie de Covid en 2020, le taux de participation est logiquement plus fort au premier tour de ce scrutin du 15 mars 2026. Mais comparé aux municipales de 2014, celui-ci recule, passant de 53,5% de participants à 52,17%. Avec une très forte divergence entre les quartiers Nord où l’abstention s’envole, et l’hypercentre populaire comme les quartiers Sud où elle recule.

    Le RN remplace la droite à l’Est et au Sud

    L’extrême droite a obtenu son plus haut score dans un scrutin municipal à Marseille. Mais cette progression reste limitée dans les quartiers de l’hypercentre de Marseille tout comme les quartiers Nord, même si le RN progresse souvent de plus de 10 points dans les noyaux villageois, tout comme dans les 13-14 où il était cette fois solidement implanté après avoir dirigé la mairie de secteur entre 2014 et 2020. C’est à l’Est et au Sud sur les terres de la droite marseillaise que ses scores s’envolent, souvent de plus de 20 points.

    La gauche progresse vers le Sud

    L’union de la gauche avec le Printemps marseillais s’était faite sans les Ecologistes ni les alliés de Samia Ghali (DVG). Ceux-ci sont cette fois inclus dans l’alliance dès le premier tour du scrutin. Face à la candidate de la France insoumise, le bloc alors représenté par les trois listes recule pour le vote de secteur au premier tour, en particulier dans l’hypercentre. Mais malgré la présence des insoumis, le Printemps marseillais obtient un score plus élevé dans les quartiers Sud, avec l’ancrage de la maire de secteur Olivia Fortin (MadMars) dans les 6-8 et une forte progression notamment dans les quartiers populaires pour les 9-10.

    Les Insoumis bien en-deçà du score des Européennes

    Pour la première fois, les insoumis présentaient des listes dans chaque secteur de Marseille, allié aux dissidents suspendus des Écologistes. Par rapport aux Européennes de 2024 quand Manon Aubry obtenait 21,5% des voix, leur score s’effondre, en particulier dans les quartiers Nord – sauf quelques cités des 13-14 – où à l’inverse de l’hypercentre ils n’arrivent pas à mobiliser le «quatrième bloc» de l’abstention. Ce qui n’empêche pas des percées dans les cités des quartiers Sud.

    La droite s’effondre au Sud

    Après avoir perdu la ville en 2020 à cause de ses divisions, la droite s’est cette fois unie pour tenter de reprendre la ville. Un pari perdant, avec l’effondrement de la candidate (DVD) Martine Vassal. Celui-ci est marqué dans une partie des 2e et 3e arrondissements, mais surtout sur ses terres d’élections dans les quartiers Sud et Est. Là où le RN progresse le plus.

  • Le PCF Var interpelle la droite au second tour

    Le PCF Var interpelle la droite au second tour

    Après un premier tour difficile pour les listes progressistes, le PCF Var partage son analyse. Pointant « une participation en baisse par rapport à 2014 », qui n’a pas joué en faveur de la gauche, et qu’il explique par « le contexte anxiogène des guerres et les trop nombreuses affaires judiciaires concernant des élus varois », il salue malgré tout « les campagnes dynamiques » menées par les partis de gauche « avec des citoyens engagés dans la plupart des villes varoises ».

    Le PCF regrette cependant la division de la gauche, qui ne lui a pas permis de « peser fortement » à La Seyne, où « chacun peut juger de l’irresponsabilité des uns et des autres face au danger du RN qui pourtant était annoncé », notant toutefois qu’« après une très bonne campagne de la liste de gauche PCF-GRS-Après-MRC, Stéphane Sacco arrive nettement en tête de la gauche ».

    « Empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite »

    Autre responsable « des résultats contrastés » : le « vote utile pour faire barrage au RN et ne permettant à la gauche de se maintenir qu’à La Seyne, La Garde, Solliès-Pont ». Toulon en Commun en a ainsi fait les frais au profit de Josée Massi selon le PCF Var, qui ajoute que cette dernière « a besoin des voix de gauche pour être élue, et doit en tenir compte ». Et enjoint, de manière générale, « les candidats de la droite sous la menace du RN » à prendre en considération « le vote des électeurs de gauche au premier tour ».

    « L’extrême droite peut conquérir plusieurs communes : Toulon, La Seyne, Draguignan, Six-Fours, Solliès-Pont, Salernes… Il est impératif d’empêcher son arrivée au pouvoir », martèlent les communistes, qui continueront « à défendre après les élections les intérêts de la population en matière de logement, de santé, d’éducation, de sécurité… »

  • Des colistiers de Mohammed Salem votent Squillari

    Des colistiers de Mohammed Salem votent Squillari

    Nouveau tournant en amont du second tour, à Aubagne. Après la fusion des listes de Jean-Pierre Squillari (union de la gauche hors LFI) et de Giovanni Schipani (DVC), la droite et le centre droit ont décidé de faire front commun. Le candidat Mohammed Salem (DVD), en tête de la liste Aubagne ensemble vers l’avenir, a rejoint la liste Passion Aubagne, portée par le maire sortant, Gérard Gazay (LR), arrivé deuxième du premier tour, avec 24,8%. Ancien adjoint à la santé du maire sortant lors de son premier mandat, Mohammed Salem avait confirmé la rupture en menant sa propre liste pour ces élections.

    Désolidarisation et retrait

    Ce ralliement ne passe pas auprès de quatre colistiers du docteur Salem. Yohann Otokpa, Gilles Ferrero, Violette Picard et François-Marie Lucchini ont signé un communiqué de presse, ce mardi. Ils y dénoncent un choix fait « sans aucune concertation avec son équipe », et annoncent se « désolidariser de cette orientation ». Alors que Mohammed Salem a mené une campagne à « la ligne politique claire : proposer un chemin différent pour Aubagne », insistent les ex-colistiers, son union avec le maire sortant, pourtant critiqué pendant la campagne, est perçue comme un manque de cohérence. Les signataires déplorent « une crédibilité politique mise en cause par cette prise de décision unilatérale ».

    Plus qu’une dénonciation, les anciens colistiers affirment « apporter [leur] soutien à la liste de rassemblement conduite par Jean-Pierre Squillari », avec la volonté affichée de « rester fidèles à l’esprit dans lequel nous nous sommes engagés dans cette campagne ».

  • À Digne-les-Bains, Julien Di Benedetto a le champ libre

    À Digne-les-Bains, Julien Di Benedetto a le champ libre

    Le plus à droite des candidats à la mairie de Digne-les-Bains, Jean-Luc Brochier, qui avait récolté 13% des votes, a d’abord annoncé se retirer du second tour pour « faire barrage à la gauche » et à la liste arrivée en tête avec 40% des votes menée par Julien Di Benedetto (SE). Le seul candidat assumant son ancrage à droite avait rassemblé sur sa liste des militants de Reconquête et du RN.

    La maire lâche son premier adjoint

    Francis Kuhn, premier adjoint à la maire sortante qui a amassé 17% des votes, a ensuite lui aussi annoncé se retirer suite à la « véritable trahison » de la maire DVG, qui a contre toute attente soutenu dimanche soir Julien Di Benedetto au lieu de son premier adjoint « pour faire barrage à la droite ». « Je ne veux ni de Chalvet, ni du RN », a-t-elle expliqué à La Marseillaise, appelant à un vote stratégique « vu la tournure des événements », se décrivant comme « une frondeuse du FN ». Selon elle, son premier adjoint « a subi le départ des socialistes » qui ont quitté sa liste à cause de la présence de cadres des Républicains.

    Restent donc en lice Gilles Chalvet qui a fait un score de 22%, et Julien Di Benedetto qui regroupe colistiers de gauche et de droite, mais a été estampillé DVG par la préfecture. « On ne s’attendait pas à faire un tel score », s’est réjoui ce dernier, qui a appris dans la presse lundi le soutien de la maire sortante. Le candidat Benoît de Souza, proche de la droite, avait été éliminé dès le premier tour avec 6% des suffrages exprimés. Reste à voir si les électeurs de Jean-Luc Brochier, Francis Kuhn et Benoît de Souza se reportent vers Julien Di Benedetto ou Gilles Chalvet.

  • Une autoroute pour le RN se dessine à La Seyne

    Une autoroute pour le RN se dessine à La Seyne

    Le scénario dont n’osaient même pas rêver le RN et Dorian Munoz, arrivés en tête au premier tour avec 35,3% des suffrages, est en passe de se réaliser. Il n’y aura pas de front républicain pour les empêcher de prendre la deuxième ville du Var, giron communiste puis socialiste sur une période totale de 55 ans, entre 1947 et 2020.

    Les trois autres qualifiés au second tour ont décidé de se maintenir. Stéphane Sacco, tête d’une liste d’union de gauche, considère « impensable qu’il n’y ait pas de voix de gauche audible à La Seyne pendant 7 ans. La droite a fait n’importe quoi pendant son mandat », justifie-t-il, affirmant que ni son parti (GRS), ni le PCF, n’avaient donné de consigne de retrait ou de fusion, y compris avec le PS Olivier Andrau, qui se retire, « ne voulant pas porter la responsabilité de l’arrivée du RN », affirme Stéphane Sacco.

    Passe d’armes à droite

    À droite, le maire sortant Joseph Minniti (LR) et le dissident de la majorité Cheikh Mansour (Hor.) se renvoient la balle. Le premier, qui se dit « prêt à discuter, mais encore faut-il qu’on (lui) demande », martèle que le second avait annoncé qu’en cas de 3e place, il se retirerait. « J’en appelle à une réaction républicaine de chacun », lance-t-il, confirmant que sa liste ne bougerait pas. Quant à Cheikh Mansour, il traite son ancien allié de « menteur. Il fait croire qu’il est ouvert, mais pas du tout », réfutant avoir tenu les propos qu’on lui prête. « Son équipe m’a demandé de me retirer contre une aide pour les législatives », jure-t-il, regrettant le fait que « tout le monde savait que le RN serait en haut, personne n’a pris le soin de s’allier ». Seul point d’accord entre les trois candidats : il reste 20 000 abstentionnistes à mobiliser. En une semaine, cela ressemble à nettoyer les écuries d’Augias.