Tag: droit international

  • [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    Malgré la trêve conclue le 17 avril dernier, Israël poursuit ses frappes contre le Hezbollah au Liban. Le président libanais, Joseph Aoun, s’est prononcé en faveur de négociations directes avec l’État hébreu pour stopper cette guerre. Le mouvement chiite armé, qui s’y oppose, dénonce la « soumission » des autorités libanaises, tandis que ces dernières accusent le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans la guerre au service de l’Iran.

    La Marseillaise : L’État libanais et le Hezbollah s’accusent mutuellement de trahison. De quoi est-il question ?

    Karim el Mufti : La trahison, ça a toujours été la grande notion au Moyen-Orient vis-à-vis d’Israël. On retombe un peu sur une rhétorique des années post 1967 où les pays arabes ont décidé de capituler et où Anouar el-Sadate [président de l’Égypte de 1970 à 1981] décide finalement d’aller en Israël pour mettre un fin à cette guerre qui ne menait l’Égypte à rien. C’était, déjà, un grand visionnaire à l’époque. Il en a payé de sa vie. On prédit par ailleurs à Joseph Aoun, dans les menaces à peine feutrées du Hezbollah et de l’Axe de la Résistance, le même destin que Sadate. Après 1967, on rentre dans une logique plutôt milicienne de l’antisionisme et du combat armé contre Israël avec le Hezbollah qui vient, dans les années 1980, se joindre au rang des combattants. Après le 7 octobre, on constate l’essoufflement des milices par le grand coup de massue provoquée par cette décision stratégique israélienne de se débarrasser de toutes ces menaces, de tous ces proxys jusqu’à la tête du serpent : l’Iran.

    Cette confrontation entre le Hezbollah et l’État libanais, s’inscrit dans ce contexte-là, d’une milice en perte de vitesse à l’échelle idéologique. Car, dans la région, la Syrie n’est plus la même, l’Irak non plus et l’Iran, n’a plus vraiment le loisir de défendre ses proxys, parce qu’elle est même menacée dans sa survie. Le Hezbollah tente de survivre en récupérant les vieux éléments de langage en disant à l’État libanais « vous allez capituler, nous sommes les seuls acteurs d’une véritable résistance ». C’était la grande rhétorique de Hassan Nasrallah [ancien chef du Hezbollah tué par l’armée israélienne en septembre 2024, Ndlr.] qui faisait mouche à l’époque. Parce qu’effectivement, l’armée libanaise, après 2000, n’avait jamais vraiment réussi à finaliser la fin de l’occupation. Mais les dernières grandes guerres ont clairement démontré que le Hezbollah ne faisait pas le poids face à Israël. Le changement de vent au sein du Liban où l’antichiisme, l’anti-politique iranienne et bien sûr un lobbying américain plus agressif, fait que maintenant le nouvel ennemi intérieur, c’est le Hezbollah, avec tous les arguments les plus fallacieux qui participent à cette propagande. Le fond n’est pas faux : le rôle du Hezbollah est bien terminé.

    L’État s’était engagé à désarmer le Hezbollah selon l’accord de cessez-le-feu avec Israël de 2024. Le mouvement armé chiite refuse. Faut-il craindre une guerre civile ?

    K.e.M. : La guerre civile, c’est une autre logique. Le Liban est menacé d’implosion. Le Hezbollah a déclaré vouloir renouer avec les attentats suicides. Ce qui prouve son désespoir. Le fait de revenir à ce petit noyau terroriste avec la doctrine de l’attentat suicide, c’est un appel désespéré pour exister. L’implosion, c’est un État qui ne fait plus sens et autour duquel les citoyens ne sont plus ralliés. Le pays de Canaan qu’on appelait Amurru à l’époque des Égyptiens, c’était des cités-états phéniciennes maintenant on a des cités-communautées. Où les chiites sont allés se réfugier, ils sont traités en étranger alors qu’ils sont citoyens libanais. Le Liban, en tant qu’État, n’existe plus. Quand un Alsacien se réfugie à Paris, on ne va pas le traiter d’étranger. Il peut louer, il peut acheter, le droit français se maintient sur tout le territoire. Au Liban, non. Si un chiite un peu fortuné veut acheter pour sa famille qui a tout perdu dans le Sud une maison dans une région druze ou chrétienne, il ne pourra pas. Alors qu’il est Libanais. Et l’État ne peut rien faire pour protéger ce droit. C’est là le début de l’implosion. Au final, quand vous passez d’une région à l’autre, c’est comme si vous passiez d’un pays à l’autre. Ils vont aller où, les 800 000 chiites dépossédés de leurs terres ? C’est ça, la grande question. Le Sud-Liban, c’est fini, ils n’y retourneront plus jamais. Ils vont aller où ? Ils vont rester dans des régions où ils ne seront pas les bienvenus ? Ils vont conquérir par les armes des nouveaux territoires au sein du Liban, alors qu’ils seront citoyens ? Qu’est-ce qu’on propose ? Est-ce qu’on va leur donner de nouveaux quartiers ? Personne ne parle de tout ça.

    Lundi, le chef d’état-major de l’armée israélienne a déclaré que 2026 «pourrait encore être une année de combats» sur tous les fronts. Ce qui implique le Liban ?

    K.e.M. : Je l’appelle la guerre des sept fronts. On est sur une guerre totale contre tous les ennemis d’Israël. Le 7 octobre a ouvert un nouveau chapitre pour le Moyen-Orient et pour Israël, on est dans l’offensive totale au nom de la légitimité de défense. Gaza en a payé le prix, le Liban en paye le prix et l’Iran aussi. Cette attaque, décidée par le Hamas seul, a finalement creusé la tombe de l’Axe de la résistance en un temps record. Et ça a été le plus grand malheur des populations israéliennes, libanaises, palestiniennes, iraniennes aujourd’hui et de l’ensemble du Golfe. On voit comment cet effet papillon terrible du 7 octobre a complètement enflammé toute la région. Après ce drame national israélien est venu le moment génocidaire. Israël profite du fait que le droit international est en perte de vitesse pour remettre en selle une idéologie du XIXe siècle, celle du nationalisme.

    Les autorités israéliennes détiennent actuellement 6%
    du territoire libanais. Le but
    est d’occuper la totalité
     ?

    K.e.M. : Il y a un grand débat en Israël, qui n’est pas encore complètement fixé, avec une ligne dure messianique cananéenne, parce que le Liban, à la base c’est le pays de Canaan. Selon cette ligne, cette terre cananéenne appartient aux Hébreux antiques et les Juifs ont droit eux aussi à un nationalisme. Dès lors va s’opérer un grand détournement du droit à l’autodétermination des peuples tel qu’inscrit dans la Charte des Nations Unies. Au nom de ce principe, on va aller exterminer une autre population qui était là, en utilisant les armes des empires antiques et on va conquérir au gré de notre force, au nom d’un grand dessein qui est le foyer juif. Le problème c’est que ça arrive en 1948, à un moment où l’ONU est passée par là, où la déclaration des droits de l’Homme a été adoptée, et où on n’est plus censé se comporter comme ça. Les Israéliens aujourd’hui continuent la colonisation, prennent Gaza, le Sud-Liban, le Golan et sont en marche vers un Grand Israël, porté par Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich [respectivement ministres de la Sécurité nationale et des Finances, tous deux suprémacistes et d’extrême droite, Ndlr.]. C’est le malheur de cette région : vous avez des nationalismes qui s’entrechoquent. Et qui dit nationalisme, dit dévastation, dit conquête, dit asservissement. Tout nationalisme va conduire à de la dépossession, à de la hiérarchisation des citoyens à ce qu’on appelle aujourd’hui, de manière anachronique, de l’apartheid. Pour qu’Israël se maintienne, il faut que le nationalisme perdure. Il y a une autoroute devant lui pour consolider son pouvoir, sa suprématie et faire la paix par la force.

    Face à cette situation comment le Liban peut-il négocier ?

    K.e.M. : Le Liban paye le prix d’une guerre dont la cause est plus grande que lui. C’est ce que disent beaucoup de Libanais qui sont prêts à complètement faire l’impasse sur la cause palestinienne et sur la sécurité du Liban. C’est ça qui est dramatique. L’État n’a aucune prise sur l’agenda des négociations directes avec Israël. Même ses alliés, comme la France, ne sont pas bienvenus pour lui venir en aide. Israël n’en veut pas. Il dit vouloir faire la paix en imposant ses termes. Ce n’est pas ça la paix, c’est un diktat.

  • Pour eux, 2027 passe par une primaire des gauches

    Pour eux, 2027 passe par une primaire des gauches

    Ils tirent une leçon claire des élections municipales. Face à un « RN qui s’ancre » et à la « porosité » qui s’étend entre la droite et l’extrême droite, le danger a atteint un tel niveau qu’une candidature commune à gauche est indispensable à la présidentielle 2027.

    « Il n’y a que quand on est unis qu’on peut gagner », estime Boris Chenaud. Porte-parole héraultais de l’Après, le mouvement politique fondé l’été 2024 par des purgés insoumis, il fait partie des premiers à lancer la campagne pour l’organisation d’une primaire des forces progressistes prévue le 11 octobre.

    Une idée partagée par Les Écologistes de Marine Tondelier, Génération.S (Benoît Hamon) et Debout ! (François Ruffin). Mais pour l’heure rejetée par LFI de Jean-Luc Mélenchon, le PCF de Fabien Roussel ou le PS d’Olivier Faure. C’est dire si les pro-primaire ont du pain sur la planche.

    78% des gens de gauche favorables à une primaire

    Pourtant, 78% des sympathisants de gauche y sont favorables (sondage Ipsos BVA). « Ce doit être la construction d’une candidature consensuelle, pas un combat de coqs », insiste Boris Chenaud qui croit en une « dynamique populaire » si 1,5 à 2 millions de Français venaient voter à l’automne après avoir signé une charte pour un programme dans le périmètre du Nouveau front populaire.

    Quant au système de votation imaginé, pas question d’humilier qui que ce soit pour limiter les risques de candidatures dissidentes à la Manuel Valls. « On souhaite un système de notation des candidats (très bien, bien, assez bien, passable, rejet…) assez similaire à celui utilisé pour les primaires à New York », explique Anne-Rose Le Van, de l’Après 34.

    Si les premiers tracts ont été distribués à Montpellier, il reste beaucoup à faire pour que la mayonnaise prenne d’ici cet été. D’autant que les divergences entre partis de gauche semblent s’être exacerbées ces derniers mois. Sur les conflits type Israël/Palestine, Boris Chenaud préconise de « s’appuyer sur le droit international ». Sur les désaccords nationaux, Anne-Rose Le Van appelle chacun à prendre ses responsabilités. « Avec la Nupes, on avait laissé chaque député trancher la question du nucléaire. » Elle rappelle qu’avec Lionel Jospin (1997-2002), « la gauche avait réussi à diriger le pays avec Gayssot, Mélenchon et Voynet ».

    Anne-Rose Le Van assure que des socialistes et des communistes sont favorables à l’organisation d’une primaire des gauches qui irait du NPA au PS. Elle invite à suivre Marie-Pierre Vieu (PCF) qui a signé dans Libération la pétition pour un scrutin à l’automne.

  • [Entretien] Emmanuel Tjibaou : « On ne peut pas parler de décolonisation sans le FLNKS »

    [Entretien] Emmanuel Tjibaou : « On ne peut pas parler de décolonisation sans le FLNKS »

    Dans une atmosphère tendue, par 190 voix pour et 107 contre l’Assemblée nationale a adopté jeudi la motion de rejet préalable
    du député kanak Emmanuel Tjibaou contre le projet de loi constitutionnelle du gouvernement visant à réformer le statut de la Nouvelle-Calédonie. Le texte, défendu par la ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou, rebascule désormais au Sénat, où il sera à nouveau discuté. En réaction au vote, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce que le gouvernement réunirait «
     la semaine prochaine » les forces politiques signataires de l’accord dit « Bougival ».

    La Marseillaise : Pourquoi rejetez-vous ce projet de loi constitutionnel ?

    Emmanuel Tjibaou : En tant qu’indépendantistes, les propositions qui ont été formulées dans le texte ne nous conviennent pas. Il est question d’un État de Nouvelle-Calédonie, d’une nationalité propre et qui pourrait être reconnu par la communauté internationale. En droit international, ça n’existe pas un État souverain qui existe à l’intérieur d’un autre. C’est une autonomie, tout au moins. D’autant plus que la nationalité qui est formulée dans la proposition n’existe que si elle est rattachée à la nationalité française. Donc clairement, c’est une souveraineté de papier. Sur l’exercice du droit à l’autodétermination, il est prévu dans la Constitution de 1946 que la France accompagne les territoires au sortir de la Seconde Guerre mondiale sur une trajectoire d’indépendance. L’exercice du droit à l’autodétermination tel qu’il est décliné dans l’accord de Bougival, nécessiterait de décrocher une majorité qualifiée de 64% au Congrès de Nouvelle-Calédonie. C’est davantage que la majorité qualifiée du Congrès de Versailles pour changer la Constitution française. Même si on obtient cette majorité qualifiée, seul l’État peut convoquer un référendum pour faire voter les Calédoniens sur l’obtention de compétences régaliennes. Enfin, si par miracle, on les obtient, les partenaires doivent se réunir pour déterminer les modalités du nouveau lien avec la France. Donc, même après ce chemin de croix, on n’a pas la certitude qu’on chemine vers une décolonisation pleine et entière…

    Le gouvernement a tenté
    le passage en force
     ?

    E.T. : C’est un accord non consensuel qui a été négocié au forceps. Certains ont dit après la séquence d’Élysée-Oudinot du 19 janvier qu’il y avait eu un chantage au plan de relance. Si on ne souscrivait pas à cet accord, les subsides de l’État et les subventions n’arriveraient pas. Les parlementaires avaient déjà statué à l’automne dernier, lors du report des élections provinciales, en demandant de manière explicite qu’il puisse permettre au gouvernement de reprendre la main pour rejeter Bougival et aller vers un accord consensuel. Il ne l’a pas fait. On a statué sans loi organique accompagnant ce texte, ce qui est quand même assez incroyable.

    Vous demandez la réouverture des négociations ?

    E.T. : Maintenant qu’on a rejeté le texte et que le calendrier du congrès de Versailles pour la réforme constitutionnelle ne tient plus, il faut tenir les élections provinciales. Notre objectif était aussi rattaché à l’exercice du pouvoir démocratique car ce texte aurait provoqué un quatrième report de ce scrutin, ce qui ne s’est jamais produit sur aucun territoire ni département de la République sous la Ve. On demande aux parlementaires de trouver des équilibres que le gouvernement n’a pas pu trouver, c’est assez gonflé. On s’est inscrits par deux fois en 1988 et en 1998 dans des accords qui ont été validés et constitutionnalisés avec deux présidents successifs, Mitterrand et Chirac, sur une démarche de décolonisation. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, je siège à l’Assemblée, mais l’ensemble des compétences, elles ont déjà été dévolues à la Nouvelle-Calédonie, il ne reste que les régaliennes. Pour nous, la perspective est de définir un calendrier dans lequel la question de l’indépendance ou en tout cas d’une souveraineté partagée, peuvent être définies comme cadre de négociation. On ne peut pas parler de décolonisation sans le mouvement de libération, le FLNKS, au nom duquel je parle aujourd’hui.

    L’exécutif se soumet à ses élus loyalistes ?

    E.T. : L’impartialité de l’État est clairement questionnée pour nous. On n’a pas demandé à être français, on nous l’a imposé en 1853 avec des fusils à baïonnettes. Aujourd’hui, on négocie avec le représentant de l’État français et son exécutif. Le FLNKS a fait un pas de côté avec l’UNI (Union nationale pour l’indépendance), Caledonie Ensemble et l’Éveil Océanien, parce qu’on avait souscrit au projet de souveraineté partagée emmené par le ministre d’État Manuel Valls. En revanche, en aucun cas le pas de côté a été fait par les loyalistes et les partenaires lorsque le FLNKS s’est mis en retrait de la séquence de Bougival. Or, notre principe dans la négociation, puisque c’est l’application de la méthode Rocard, c’est aussi de faire valoir les éléments de consensus. C’est comme ça qu’on travaille, nous, dans le Pacifique. Je veux bien croire qu’en Occident, c’est la force qui prévaut mais ce n’est pas comme ça qu’on entrevoit la discussion. Et encore moins quand on est dans une situation décoloniale.

  • [Entretien] Thierry Coville : « L’Iran et Israël veulent une guerre longue »

    [Entretien] Thierry Coville : « L’Iran et Israël veulent une guerre longue »

    Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé, mardi, « l’élimination » d’Ali Larijani, l’un des principaux dirigeants iraniens, et du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj, après des frappes menées dans la nuit en Iran par l’armée israélienne. Un nouveau coup dur pour Téhéran dans cette guerre déclenchée par une offensive israélo-américaine sur la République islamique et qui s’étend à toute la région. À ce stade, le pouvoir iranien n’a pas confirmé ces morts et demande à son peuple à se manifester « sur toutes les places des villes » pour un « rassemblement populaire afin de déjouer les complots potentiels des ennemis sionistes ».

    La Marseillaise : Israël a annoncé avoir tué Ali Larijani, présenté comme le dirigeant de facto de l’Iran depuis l’assassinat d’Ali Khamenei. Que représenterait sa mort ?

    Thierry Coville : Le pouvoir iranien est très opaque, mais j’avais la perception que depuis la guerre des douze jours comme on l’appelle, Ali Larijani avait pris des fonctions importantes. En tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il était un des personnages clés du système politique iranien. Si sa mort est confirmée, c’est un coup dur, oui. C’était un conservateur, mais d’un courant plutôt pragmatique. Il a eu un rôle en matière de diplomatie au début des années 2000 sur la question nucléaire, en négociation avec les Européens. Pour donner une idée de son importance, certains parlaient de lui comme une porte de sortie pour l’après-guerre. Il aurait pu être capable de mener un gouvernement de transition. Tout en restant très prudent, je pense que sa mort met les Pasdaran (Corps des gardiens de la révolution islamique) à la manœuvre aujourd’hui. Mojtaba Khamenei est d’ailleurs très proche d’eux, c’est pour cela qu’il a été nommé comme successeur du guide. On a un pouvoir iranien qui se radicalise et dont la stratégie est de faire durer la guerre.

    Israël et les États-Unis ont sous-estimé les capacités de défense iraniennes ?

    T.C. : Concernant Israël, c’est difficile à dire, parce qu’on voit très bien qu’ils veulent que le conflit dure. Côté américain, la réponse est oui, puisqu’on commence à comprendre que Donald Trump n’avait pas vraiment de raison de commencer cette guerre qui ne respecte aucune règle du droit international. L’Iran ne constitue pas une menace directe au plan balistique, ni nucléaire, pour les États-Unis. Donald Trump dit une chose et son contraire le lendemain. Dans son premier discours, il avait annoncé qu’il bombarderait l’Iran pendant trois semaines et préviendrait les Iraniens quand ils pourraient sortir dans la rue. Des propos lunaires et méprisants. D’autant qu’on commence à voir que c’est un petit peu plus compliqué que ça. L’élément qui fait réfléchir beaucoup de gens, c’est la fermeture du détroit d’Ormuz. Comment n’y avait-il pas pensé ? On sent beaucoup d’improvisation. Il en est réduit à demander l’aide des pays occidentaux.

    Israël et l’Iran veulent faire durer ce conflit ? Pourquoi ?

    T.C. : L’Iran et Israël veulent une guerre longue, mais pas pour les mêmes raisons. L’Iran a une stratégie de guerre asymétrique. Ils ne font effectivement pas le poids sur le plan des forces militaires parce qu’ils n’ont pas la maîtrise de l’espace aérien. Mais ils sont prêts à accepter beaucoup de pertes, avec l’idée de faire subir des pertes importantes à l’ennemi pour qu’il regrette d’avoir lancé cette guerre. Le contrôle du détroit d’Ormuz rentre complètement dans cette logique. Ils ont bien identifié que Donald Trump ne pouvait pas se permettre d’avoir une hausse du prix de l’essence aux États-Unis. Ils ont intérêt à ce que le conflit dure, à moins qu’il y ait une proposition d’un cessez-le-feu acceptable de la part des Américains. Je ne suis pas spécialiste des questions israéliennes, mais de l’extérieur, il semble qu’Israël veuille faire durer le conflit et affaiblir au maximum la République islamique d’Iran, ses programmes balistique et nucléaire. L’objectif est de provoquer une telle désorganisation dans le pays qu’il puisse y avoir un changement de régime.

    Et pourtant, on sait que les opérations similaires ont toutes échoué dans la région au détriment des peuples…

    T.C. : L’Iran est un pays très compliqué et prévoir ce qu’il va s’y passer est impossible. Mais c’est un fait, toutes les expériences similaires dans la région ont été catastrophiques. L’autre élément important est qu’il n’y a pas une opposition politique en Iran qui fasse consensus à l’intérieur du pays, qui soit organisée, capable de renverser le régime et surtout qui ait les moyens de prendre les armes. La seule force d’opposition identifiée par les Iraniens, c’est le fils de l’ancien chah Reza Pahlavi, mais il ne représente pas une porte de sortie pour tous les Iraniens. Dans les scénarios qu’on voit, le régime pourrait rester en place, d’autant qu’il a encore le soutien de millions d’Iraniens. Une autre possibilité, c’est une guerre civile.

    Quid des victimes à ce stade ?

    T.C. : Il y aurait déjà un peu plus de 1 300 victimes civiles en Iran. Un chiffre qui est sans doute sous-estimé. Cette idée d’attaquer un pays sans respecter le droit international, avec pour but une évolution politique très incertaine, sans parler des victimes civiles, c’est très dommageable et injustifiable. Effectivement, il y a eu une répression sauvage en Iran en janvier avec des estimations entre 20 000 et 30 000 victimes, ce qui est gigantesque. Ce n’est jamais arrivé en Iran depuis la Révolution. Cela justifie-t-il de ne pas prendre en compte les victimes civiles dans ce conflit ? Si le droit international n’existe plus, c’est la loi de la jungle et c’est dangereux pour tout le monde.

    Que signifierait une radicalisation du régime pour la population ?

    T.C. : La population iranienne demande la démocratie et l’état de droit. Quand Trump est sorti de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, il a réimposé des sanctions, ce qu’il a appelé une politique de pression maximale contre l’Iran. Le pays a pris 15 ans d’inflation à 40% directement liés à ces sanctions. Et les Européens n’ont rien dit. La population iranienne est épuisée par les sanctions. Une partie des Iraniens est tellement en colère contre le pouvoir actuel que certains se sont réjouis quand les attaques américaines et israéliennes ont commencé. Mais cela commence à changer parce que les gens sont très inquiets face à la guerre, à l’ampleur des destructions et craignent l’après car ils voient un pouvoir iranien de plus en plus radical. Ils ont peur que la répression de janvier se reproduise.

  • Nicolas Guillou, aux remises des prix d’étudiants méritants

    Nicolas Guillou, aux remises des prix d’étudiants méritants

    À chaque remise de prix aux étudiants méritants, son invité d’honneur. Ce vendredi, sur la scène de l’amphithéâtre Portalis de la faculté de droit et sciences politiques, Nicolas Guillou, juge français à la Cour pénale internationale, visé par de lourdes sanctions émises par l’administration Trump pour avoir notamment émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Benjamin Netanyahu, se tenait face à une centaine d’élèves méritants. Il a appelé, au cours d’un long discours, les étudiants à rester « rigoureux, créatifs, courageux ». Et à travailler par leur serment. « Il nous oblige, même quand cela peut avoir des conséquences importantes sur notre vie personnelle. Nous, sommes onze juges et procureurs de la Cour pénale internationale à avoir été mis sous sanctions par les États-Unis, rappelle Nicolas Guillou. Ces sanctions visent à remettre en cause les incroyables progrès que nous avons faits depuis plus d’un siècle vers plus de paix, vers plus d’égalité, vers plus de justice. » Dans un contexte international, comme national, bouleversé, Jean-Baptiste Perrier, doyen de la faculté, rappelait : « Vous entrez dans ce monde juridique et politique à un moment ou les fondements de notre démocratie sont mis à l’épreuve (…) C’est le contexte dans lequel demain vous allez entrer en profession. (…) Face à ce contexte, vous n’êtes pas désarmés, loin de là. »

  • Macron envoie la flotte en Méditerranée

    Macron envoie la flotte en Méditerranée

    Une allocution brève depuis le palais de l’Élysée : Emmanuel Macron s’est adressé ce mardi ce soir aux Français, pour la première fois depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Un conflit déclenché par une offensive menée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mais pour le président français, la République islamique « porte » la « responsabilité première de cette situation », par le développement d’un « programme nucléaire dangereux » et des « capacités balistiques inédites », mais aussi en finançant ses proxys : le Hezbollah libanais, les Houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et enfin le Hamas dont le but est « de détruire l’État d’Israël ». L’Iran « qui a une nouvelle fois, en janvier dernier, donné l’ordre de tirer sur son propre peuple », justifie-t-il en référence aux mouvements de protestation durant lesquels des milliers de personnes ont été tuées.

    Les opérations militaires israélo-américaines qui ont suivi, ont été menées « en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », reconnaît néanmoins Emmanuel Macron, sans les condamner pour autant. La France demande, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, un arrêt « au plus vite de ces frappes » et la reprise de négociations diplomatiques.

    Nul ne sait combien de temps cette guerre peut durer. Dès lors, le chef d’État français annonce le renforcement de la sécurité des bases militaires de la région, de même que les ambassades. Les 400 000 Français présents dans la région se verront proposer, s’ils le souhaitent, des solutions de rapatriement. Le gouvernement a renforcé sur le territoire national le dispositif de protection militaire Sentinelle et « la vigilance autour des lieux et des personnes les plus exposées ».

    Le jeu des alliances

    Puis, alors qu’une carte de la région est projetée, il rappelle les accords de défense signés avec le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis et les engagements qui lient la France avec la Jordanie, l’Irak et les alliés kurdes. Il confirme que des avions Rafale, des systèmes de défense anti-aérienne et des radars aéroportés ont été déployés « ces dernières heures » dans la région. Quand, à Chypre, pays membre de l’UE qui a été frappé, des moyens de défense anti-aérienne « supplémentaires » ont été envoyés, en plus de la frégate Languedoc qui arrivera au large de l’île « dès ce (mardi) soir ». Le président dénonce par ailleurs « la faute majeure du Hezbollah » qui a lancé des frappes sur Israël. Alors que l’État hébreu prépare une offensive terrestre, il met en garde contre ce qu’il estime être « une escalade dangereuse et une erreur stratégique ».

    Enfin, avant de conclure, le président qui est le chef des armées, dit avoir ordonné le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle, ses moyens aériens et son escorte de frégates, en Méditerranée. Ce qui peut être considéré comme une escalade, un point de bascule. « La France demeure une puissance qui protège les siens, une puissance attachée à la paix, fiable, prévisible et déterminée », assure le président de la République. Ce n’est pas le « nous sommes en guerre », au temps du Covid, mais ça y ressemble.

    Réactions

    Parti communiste français

    « L’annonce de l’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle marque une nouvelle étape dans l’escalade militaire au Proche et au Moyen-Orient. (…) Ne participons pas à une logique de surenchère guerrière. Portons une voix indépendante pour un cessez-le-feu, la reprise des négociations sous l’égide des Nations unies et le respect du droit international. »

    Olivier Faure Premier secrétaire du PS

    « L’urgence est au retour du droit international et au refus d’une escalade régionale dont personne ne maîtrise l’ampleur. Le rôle de la France est de fixer des repères clairs dans un moment où de faux démiurges s’acharnent à les effacer. »

    Marine Tondelier secrétaire nationale d’EELV

    « La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’est pas la nôtre. Elle peut déstabiliser durablement la région. Nous ne défendons pas un camp mais le droit international qui est bafoué par l’Iran, par son programme nucléaire, et par cette intervention militaire sans mandat de l’ONU. »

    Raphaël Glucksmann eurodéputé place publique

    « On est entrée dans un moment de bascule extrêmement dangereux. Il y a un réel risque d’embrasement de la région et ce moment-là ne va pas s’arrêter rapidement. Et il faut que l’Europe, qui n’est absolument pas préparé à ce type de moment historique, prenne au sérieux la situation et affirme sa souveraineté. »

    Jean-Luc Mélenchon fondateur de La France insoumise

    « Il est pénible d’entendre le Président français retirer toute responsabilité de la situation à Trump et Netanyahou. (…) Pour autant le respect des engagements internationaux de notre pays, notamment avec Chypre, membre de l’Union européenne, est légitime. Mais les actions de protection ne peuvent d’aucune manière devenir des actions offensives (…) le cessez-le-feu immédiat est l’urgence politique. »

    L’après

    « Il faut créer, dans le respect du droit international, les conditions pour que les Iraniennes et les Iraniens puissent décider librement de leur futur démocratique. »

    Philippe Poutou Nouveau Parti anticapitaliste

    « Non à la guerre impérialisme et à bas la république islamique ! Solidarité avec les peuples d’Iran en lutte pour la justice sociale, l’égalité et la liberté ! »

    Bruno Retailleau président de Les Républicains

    « La France ne peut rester spectatrice en Iran. Lorsque des missiles visent nos alliés et mettent en danger nos ressortissants, nous devons participer à leur interception. Une nation qui se respecte protège les siens et assume ses alliances. »

  • [Entretien] Bertrand Badie : « L’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran mais de détruire un régime »

    [Entretien] Bertrand Badie : « L’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran mais de détruire un régime »

    La Marseillaise : La mort de l’ayatollah Khamenei marque un tournant ?

    Bertrand Badie : Cet homme était au pouvoir depuis 1989, il incarnait la ligne dure, conservatrice et ultra-religieuse de la République islamique. Il détenait l’essentiel du pouvoir et le processus décisionnel en matière militaire, diplomatique, d’ordre intérieur. Le président de la République ne pouvait être élu sans son aval. C’est plus une rupture qu’un tournant. Le modèle est incontestablement cassé mais personne ne sait encore de manière sérieuse ce qui va en sortir.

    Ce n’est pas pour autant la fin du régime ?

    B.B. : C’est absolument impossible de dire ça. Si l’homme était la clé de voûte de l’édifice, le régime se caractérise par un socle extrêmement important bâti au fil des décennies, composé des pasdarans, des bassidjis, de la police et de l’armée. Ce nombre très important de personnes dispose de réseaux et se sont appropriés les biens économiques du pays. Un régime ne prend pas fin tant qu’un autre ne vient pas le remplacer et on est très loin de la mise en place d’une alternance.

    Reza Pahlavi incarne-t-il l’opposition ?

    B.B. : Il y a une opération médiatique autour de la personnalité du fils de l’ancien chah renforcée par le fait que nous avons affaire à un régime ultra-autoritaire et répressif qui n’a pas d’opposition organisée. Dès lors, le nom de Reza Pahlavi est le seul qui puisse apparaître spontanément comme contre-marque au régime islamique. Une façon de crier son hostilité au régime, c’est de se référer à la seule force visible ou incarnée qui lui fasse opposition. Le régime Pahlavi était comparable à l’actuel : épaisseur répressive, corruption et personnalisation du pouvoir. Il ne faut pas exagérer l’idée de désertification des oppositions dans la mesure où dans les prisons iraniennes figurent des personnalités non négligeables mais réduites au silence.

    Les « négociations » entre Washington et Téhéran n’étaient qu’un leurre ?

    B.B. : Il apparaît, pour le moment, que ces négociations n’étaient qu’un prétexte permettant de dissimuler ou d’ouvrir un temps de préparation de l’action militaire. On parle beaucoup de « régime change ». Je parlerais de « régime destruction », l’objectif n’est pas de démocratiser l’Iran ou de rendre le pouvoir au peuple mais de détruire un régime et on ne voit pas de plan visant à aller au-delà. En cela, la distinction est forte par rapport à ce qu’était la politique de George W. Bush en Irak en 2003 où il voulait véritablement mettre en place un régime « démocratique » affidé aux États-Unis. Là, on s’arrête à la destruction, derrière laquelle on retrouve non plus la ligne américaine mais israélienne qui est de considérer que la meilleure façon d’assurer sa sécurité et son hégémonie régionale, c’est de détruire toutes les résistances qu’il y a autour. Cela s’est fait à Gaza, en Syrie, en Irak, partiellement au Yémen et c’est en cours en Cisjordanie ainsi qu’au Sud-Liban. Le Moyen-Orient se transforme peu à peu en un champ de ruines qui soulève autant de questions et d’incertitudes qu’il ne répond aux attentes des populations. Si, véritablement, on assiste à un démantèlement de tous les systèmes politiques environnants, on risque à terme d’avoir affaire à une jungle où chaque individu se repliera sur sa petite communauté d’appartenance. Cela créera une situation évoquant davantage la Libye actuelle qu’un système véritablement reconstruit. Trump va faire valoir qu’il a marqué un point en neutralisant celui qu’il appelle « le pire des dictateurs que le monde n’ait jamais connu ». Il va être très vite pris à son propre piège car ses électeurs ne souhaitaient pas de troupes sur le sol et on a appris que trois soldats américains ont été tués.

    Une guerre régionale est en cours ?

    B.B. : C’est difficile de dire autre chose. Il y a des indicateurs qui ne trompent pas : le fait que l’espace aérien de la Turquie jusqu’à la mer d’Oman soit fermé de même que le détroit d’Ormuz comme le canal de Suez. Tout cela ressemble à une zone de guerre avec le risque réel pour les populations couvrant cette superficie du Moyen-Orient d’être exposées à n’importe quel moment à des frappes. On est très clairement dans une logique de guerre.

    Face à cela, que penser des réactions européennes ?

    B.B. : La pauvreté de la réaction européenne, qui encore une fois ne parvient pas à se situer et se faire le défenseur du droit international, dont elle prétend être le dépositaire, aux rares exceptions que constituent la Norvège et l’Espagne. Tout ça exprime une sorte d’embarras qui devient structurel dès que les pays européens ont à se situer par rapport à des conflits internationaux.

  • À Marseille, France Cuba organise la solidarité avec l’île

    À Marseille, France Cuba organise la solidarité avec l’île

    « Nous avons une solidarité politique et internationale avec Cuba. » Pour Jean-François Gast, secrétaire de l’antenne marseillaise de l’association France Cuba depuis un an, il est plus que jamais nécessaire d’afficher sa solidarité avec Cuba. C’est dans cette optique que le théâtre du Hang’art, aux chartreux, s’est parée durant la journée de samedi, de drapeaux cubains pour accueillir débats, présentations et festivités.

    Un renouveau pour cette association qui s’est recréée il y a tout juste un an, après que l’ancienne antenne marseillaise se soit arrêtée deux ans à cause du décès des porteurs de projet. « On est super optimistes, parce qu’on est passé de 6 adhérents à presque 130 en un an », s’enthousiaste le secrétaire.

    Ce samedi, entre les murs du théâtre, ils étaient plus d’une centaine, adhérents ou non, à s’être réunis pour découvrir les enjeux cubains et afficher leur soutien. « C’est super important de soutenir les Cubains. Ils en ont besoin, et si nous ne pouvons pas les soutenir, je ne vois pas qui peut faire, affirme Renée Bonsignour, non adhérente. Actuellement, c’est vraiment un mur de guerre que les États-Unis mettent en place. »

    L’arrivée de Donald Trump a resserré l’étau autour de l’île, qui est sous embargo depuis 1962. Depuis l’enlèvement du président du Venezuela Nicolas Maduro, le 3 janvier, le président américain a réduit les exportations vénézuéliennes vers Cuba. Fin janvier, il a également signé un décret pouvant augmenter les frais de douanes des pays échangeant avec l’île caribéenne. Une situation qui limite l’importation de denrées alimentaires, et laisse Cuba déjà enferrée dans une crise économique depuis 6 ans, dans une situation très difficile.

    9 médecins pour 1 000 habitants à Cuba

    La journée de soutien a également été l’occasion de découvrir un peu plus le système cubain et notamment le système de santé. « Il y a une vrai volonté de mettre beaucoup de lien humain dans la santé cubaine. Il y a d’ailleurs plus de médecins qu’en France, puisqu’il y en a 9 pour 1 000 habitants contre 3 pour 1 000 en France, explique Yves Perrin-Toinin, médecin généraliste. Mais ce système est mis à mal par le blocus. »

    « On a du pain sur la planche pour pouvoir aider le peuple cubain qui résiste depuis plus de 60 ans à l’impérialisme américain », s’exclame Nicole Giraudi, présidente de l’association. Pour faire connaître la situation, l’association organise régulièrement des pétitions sur le Vieux-Port. « Quand on parle aux gens, on se rend compte à quel point ils sont mal informés. » L’association a également interpellé les députés européens « car ce blocus est illégal du point de vue du droit international, se désole la présidente de l’association. Ils affament la population, car très peu d’aide humanitaire peut passer. »

    Après ces débats et la projection du film Culpables, les participants ont pu profiter d’un apéritif aux rythmes des musiques cubaines.

  • Khadija Aoudia : « Que 2026 soit l’année du réveil des consciences »

    Khadija Aoudia : « Que 2026 soit l’année du réveil des consciences »

    La Marseillaise : Quels sont vos vœux pour l’année qui s’ouvre ?

    Khadija Aoudia : Je souhaite que 2026 soit l’année du réveil des consciences. Qu’elle nous pousse à regarder sans détour les rapports de force qui structurent le monde, à comprendre que les crises, les guerres et les inégalités ne sont pas des accidents de l’Histoire, mais les symptômes d’un ordre fondé sur une domination économique oligarchique. Un ordre qui, pour servir ses propres intérêts, fragmente les nations, attise les peurs, détourne les colères légitimes et les oriente vers des ennemis désignés… pendant que, dans l’ombre, les mêmes concentrent toujours davantage les richesses et creusent sans relâche les inégalités sociales. Jamais une poignée d’oligarques n’a autant accaparé de richesses à l’échelle transnationale. Je fais le vœu d’un renversement des valeurs, où la dignité humaine deviendrait hiérarchiquement supérieure à la richesse économique. Je fais le vœu que le droit international soit réellement au service des peuples.

    Vous êtes engagée de longue date dans la défense des droits des détenus dans une ville, Nîmes, dont la maison d’arrêt souffre d’une surpopulation chronique parmi les plus élevées de France (+ de 200%)… Où en est ce combat ?

    K.A. : Lorsque j’étais bâtonnier en exercice, j’ai visité l’ensemble des lieux de privation de liberté, à l’issue de quoi j’ai rédigé un rapport. J’ai constaté une atteinte à la dignité et aux conditions de détention ou de rétention tant au niveau de la maison d’arrêt que du commissariat et des geôles du tribunal judiciaire de Nîmes.

    S’agissant des conditions de détention à la maison d’arrêt, nous avons obtenu, le 30 janvier 2020, une condamnation par la CEDH (Cour européenne des droits de l’Homme), qui n’a débouché sur aucune mesure pour éradiquer cette surpopulation et les conditions de détention insalubres qui en découlent. Nous avons donc saisi le tribunal administratif (TA) pour faire constater la persévérance de ces conditions indignes, lequel a rejeté notre demande. Décision confirmée par le Conseil d’État. J’ai donc saisi à l’automne, avec l’accord du bâtonnier en exercice et sur mes propres deniers, la CEDH. Nous sommes dans l’attente de sa décision.

    Concernant les conditions de détention au commissariat de Nîmes, le TA a fait droit à nos revendications et condamné l’État, en juillet 2023, à réaliser les travaux nécessaires à hauteur de 150 000 euros. Les cellules étaient dans un état de délabrement inimaginable, avec odeur nauséabonde, absence de luminosité, absence d’aération… En outre les geôles n’étaient pas dimensionnées pour accueillir plus de 10 personnes en garde à vue.

    Il est question de construire
    un nouvel établissement pénitentiaire à Nîmes.
    Qu’en pensez-vous
     ?

    K.A. : Ça fait plus de 10 ans qu’on nous l’annonce… On peut construire des centaines de prisons : si on ne change pas radicalement la politique pénale, on va les remplir. Non seulement c’est une fuite en avant, mais ça a un coût considérable. La moitié du budget du ministère de la Justice est affectée à l’administration pénitentiaire… Des peines alternatives à la prison sont possibles, et moins coûteuses. Il faut que l’incarcération soit l’exception, pas la règle. À mon sens, le seul critère qui vaille, c’est la dangerosité de la personne. Et fort heureusement le nombre des détenus concernés est relativement limité.

    Où en est la plainte pour provocation à la haine et discrimination que vous avez déposée en août dernier contre Bruno Retailleau devant la Cour de justice de la République (CJR) ?

    K.A. : Comme je l’avais annoncé, seules 0,24% des plaintes sont transmises à la commission d’instruction de la CJR… Donc sans surprise la plainte a été classée sans aucune motivation, si ce n’est de dire que je ne justifiais pas d’un préjudice.

    Comment cette plainte était-elle motivée ?

    K.A. : En septembre 2024, Bruno Retailleau arrive au ministère de l’Intérieur. Très rapidement et de façon crescendo, il n’a eu de cesse de distiller de la provocation à la haine et de la discrimination à l’endroit de la communauté musulmane, des immigrés en général et des ressortissants franco-algériens en particulier. En 2025, on a assisté à une augmentation massive des actes islamophobes, +200%, sans qu’il y ait eu d’événement traumatique qui l’explique, comme en 2015 après les attentats terroristes à Paris, par exemple. Je l’ai donc rattaché directement à cette politique menée par Bruno Retailleau.

    L’extrême droite est particulièrement implantée
    dans le Gard…

    K.A. : En effet… Quand j’ai déposé plainte contre Bruno Retailleau, j’ai subi un déferlement de propos sexistes, avec notamment des appels au viol, mais aussi de propos fascistes liés à ma couleur de peau. Nous assistons à une radicalisation de la pensée. La crise sociale est contenue dans la division. On amène nos concitoyens à rejeter leurs frustrations sur l’étranger… hélas il n’y a rien de nouveau. Ça permet de lutter contre la fraternité et d’empêcher que les colères ne se fédèrent sur les inégalités liées à l’enrichissement toujours massif de quelques oligarques.

  • L’appel à la solidarité de l’ambassadeur de Cuba

    L’appel à la solidarité de l’ambassadeur de Cuba

    Devant les militants communistes des Bouches-du-Rhône, ce vendredi soir, l’ambassadeur de Cuba en France, Otto Vaillant Frías, n’avait pas préparé de discours. « Je veux simplement parler avec le cœur », annonce-t-il, invité aux vœux de la fédération du PCF 13. Parler pour alerter sur les difficultés que traverse l’île, singulièrement depuis l’enlèvement du président vénézuélien, le 3 janvier dernier. « Il y a aujourd’hui des coupures d’électricité de 24 heures à Cuba, de 12 heures dans la capitale », alerte-t-il, alors qu’une part significative du carburant provenait du Venezuela. « Si nous n’avons pas d’électricité, c’est impossible pour l’industrie, pour l’agriculture, pour l’éducation, la santé de fonctionner. Et les États-Unis continuent cette politique pour faire tomber la révolution cubaine, nous mettre à genoux. » La pression est d’autant plus forte que les États-Unis menacent de taxer les importations provenant de pays qui livreraient du pétrole à l’île.

    Ainsi, ce vendredi même, le président états-unien Donald Trump a une fois de plus répété que Cuba « représente une menace contre sa sécurité nationale », relaie l’ambassadeur. « Mon peuple a adressé un message aux États-Unis, lance Otto Vaillant Frías. Nous sommes une nation qui veut vivre en paix, mais nous allons nous défendre. Nous sommes un peuple pacifique, mais qui sait se battre. » Et de rappeler que les 32 gardes cubains de Nicolás Maduro ont tenu pendant deux heures face aux plus de 200 soldats d’élites états-uniens envoyés le capturer. Une résistance qu’ils ont payée de leur vie. « Les Cubains ont besoin de la solidarité internationale », demande l’ambassadeur. Un appel d’autant plus important que c’est l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale qui est menacé par les États-Unis eux-mêmes. « Aujourd’hui, le monde est en grand danger, parce que les États-Unis ne respectent pas le droit international, ne respectent pas la loi. Ils ne respectent rien, aucuns pays n’échappent à leurs ambitions et leur manque de respect », attaque le représentant de l’île. « Les États-Unis ne pardonnent pas que Cuba soit un pays libre, qui décide par lui-même, poursuit-il. Et de promettre : « La liberté a un énorme prix, le peuple cubain l’a payé pendant des décennies. Mais nous ne baisserons jamais les bras. »