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  • Iran : des pourparlers indécis avant la fin du cessez-le-feu

    Iran : des pourparlers indécis avant la fin du cessez-le-feu

    Une source proche du dossier a confirmé à l’AFP, ce lundi soir, ce départ imminent, alors qu’approche la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis, après plus d’un mois d’une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et ébranlé l’économie mondiale.

    L’ultimatum expire « mercredi soir, heure de Washington », a déclaré Donald Trump à l’agence Bloomberg, jugeant « très improbable » l’extension de la trêve. Elle devait s’achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran.

    Si les revendications américaines ne sont pas satisfaites d’ici là, « beaucoup de bombes exploseront », a ajouté le président américain, cette fois à la chaîne PBS, après avoir menacé plus tôt en avril d’anéantir « une civilisation entière ». L’Iran n’a pas « à ce stade » de « projet pour le prochain cycle de négociations et aucune décision n’a été arrêtée à ce sujet », a fait savoir pour sa part le chef de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, mettant en doute « le sérieux » des États-Unis dans le processus diplomatique.

    Il a ajouté que la saisie d’un cargo iranien par les États-Unis dans le golfe d’Oman, leur blocus naval des ports iraniens et les retards dans la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban constituaient autant de « violations manifestes du cessez-le-feu ».

    À Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi pour la première fois depuis plusieurs semaines, la vie a largement repris son cours, entre cafés bondés, sportifs et promeneurs en nombre dans les parcs.

    « Pas de lumière »

    Mais le fatalisme et l’épuisement semblent l’emporter chez les gens interrogés par une équipe de l’AFP basée à Paris. « Quoi qu’il arrive, les perdants sont le peuple iranien », soupire une biologiste de 30 ans qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.

    Lundi, les cours du pétrole étaient en forte hausse après le regain des tensions dans le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Le détroit « doit rester ouvert », a insisté le président chinois Xi Jinping lors d’une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. M. Xi, cité par un média d’État, a également appelé à « un cessez-le-feu immédiat et global ».

    Selon plusieurs médias iraniens, une levée du blocus naval américain constituerait une condition préalable aux discussions avec Washington. Une question rendue plus compliquée encore par l’annonce, dimanche, de la saisie par la marine américaine du cargo Touska, battant pavillon iranien, à laquelle Téhéran a promis de « riposter bientôt ».

    Face au maintien du blocus américain, l’Iran avait annoncé samedi reprendre « le strict contrôle » du détroit, revenant sur sa décision de le rouvrir.

    Dans l’attente de possibles pourparlers, la sécurité a été visiblement renforcée dimanche à Islamabad avec la multiplication de routes fermées, barbelés et barricades, ont constaté des journalistes de l’AFP.

    La délégation américaine doit être menée par le vice-président JD Vance, déjà présent le 11 avril pour de premières discussions à un niveau inédit depuis l’avènement de la République islamique en 1979, celles-ci s’étant conclues par un échec.

    En annonçant dimanche cette nouvelle session au Pakistan, le président Trump a affirmé offrir à l’Iran un « deal raisonnable » et qu’en cas de refus, « les États-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran ».

  • À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    À Barcelone, un sommet progressiste contre l’internationale de la haine

    Les leaders de plus d’une vingtaine de pays se sont réunis samedi à Barcelone pour un sommet international progressiste, dans le cadre de la quatrième édition de Global Progressive Mobilisation. La veille, s’était tenu une rencontre entre l’Espagne et le Brésil qui consacrait un large accord entre Pedro Sanchez et Lula da Silva. Parmi les autres participants pour la journée du samedi, étaient présents notamment : Claudia Sheinbaum présidente du Mexique, le président de la Colombie Gustavo Petro, Catherine Connolly présidente d’Irlande, Inga Ruginiené première ministre de Lituanie, Lars Klingbeil vice-chancelier d’Allemagne, David Lammy vice-Premier ministre du Royaume-Uni… Pour leur part, Hillary Clinton, Michelle Bachelet, Bernie Sanders et le maire de New York Zhoran Mamdani, ont envoyé des messages de salutations et appellent aussi à la mobilisation progressiste du monde.

    Les représentants de tous les pays ont notamment réclamé que l’ONU joue un rôle plus transcendant, et décidé d’explorer les mécanismes pour améliorer la gouvernance digitale, diagnostiquant que la désinformation passe par les réseaux sociaux. Ils ont également convenu que pour faire face à l’extrémisme, il faut mener un « combat contre les inégalités ». Le diagnostic étant que l’extrême droite prospère quand les pouvoirs publics ne sont pas en capacité d’offrir des solutions aux citoyens.

    Il a d’ailleurs été décidé d’impulser un « agenda pour la justice sociale » qui mette en avant « la cohésion, l’égalité des opportunités, la participation de la jeunesse et l’égalité des genres ». À ce propos, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a estimé que « la démocratie implique la liberté, mais que la liberté reste un mot creux si elle n’est pas accompagnée de justice sociale ».

    Le président du Brésil, Lula da Silva, a dénoncé la dérive belliciste des États-Unis. Adressant un message pour l’ONU, Lula a déclaré : « Accomplissez votre obligation de garantir la paix du monde, et arrêtez la folie de la guerre. La crédibilité de l’ONU doit être restituée (…) l’invasion de l’Irak a été basée sur un mensonge, la destruction de la Lybie a été basée aussi sur un autre mensonge et le génocide de Gaza est commis au nom d’un autre grand mensonge. » Lula a pointé les États-Unis, qui sont « les créateurs de guerres successives, le monde vit une dérive dangereuse (…) défendre la politique internationale aujourd’hui, c’est défendre un multilatéralisme réformé et défendre que le droit prévale sur la force et que la paix prévale sur la guerre ».

    Tout au long de ces deux journées, les leaders de gauche et de centre gauche ont réactivé un pôle d’opposition au monde que dessine Donald Trump, et un contrepoids à ce que Pedro Sanchez appelle l’internationale de la haine. « Le temps de l’intervention de l’ultradroite et de ses valets de la droite est arrivé à son terme, ce sommet est le point d’inflexion pour une alliance qui à partir de maintenant sera orgueilleuse d’exister, une alliance progressiste, pacifiste, écologiste et féministe. »

    Cette rencontre de Barcelone a été aussi l’occasion pour les chefs de gouvernement d’Espagne, du Brésil et du Mexique d’émettre un communiqué commun à l’issue de cette journée de samedi en soutien à Cuba : « Nous exprimons notre énorme préoccupation pour la grave crise humanitaire que traverse le peuple cubain et nous demandons que soient adoptées les mesures nécessaires pour soulager cette situation (…) et que soient évitées les actions qui aggraveraient les conditions de vie de la population, ou celles qui sont contraires au Droit international. »

  • Un pape messager de paix en Algérie

    Un pape messager de paix en Algérie

    Il n’a « pas peur » de l’administration Trump et affronte les affres de la colonisation en appelant au « pardon » devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France…

    Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté ce mardi 14 avril Alger pour Annaba, sur les traces de Saint-Augustin, théoricien de l’histoire du christianisme, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

    Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d’une tournée dans quatre pays d’Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

    Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à « s’en tenir aux questions morales » et à « laisser le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine ».

    La veille, dans l’avion qui l’amenait en Algérie, le pape avait estimé que l’Église avait « le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ». Soulignant ne pas avoir « peur » de l’administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir « entrer dans un débat » avec elle.

    Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être « un grand fan » du pape, l’accusant de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et de s’être opposé à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

    Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l’Église catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump, qui a jugé « inacceptables » ses déclarations.

    À Annaba, l’antique Hippone, le chef de l’Église catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430). Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l’ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd’hui composé d’environ 3 000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

    Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d’accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

    L’islam sunnite est religion d’État en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants.

    L’après-midi, devant environ 1 500 fidèles, il célébrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

    Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d’Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). La « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », a-t-il déclaré, appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».

    « Une société vivante, dynamique et libre »

    Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à « ne pas dominer » le peuple et à promouvoir « une société civile vivante, dynamique et libre ».

    Depuis l’élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l’espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

    L’après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger.

    Là, il s’est recueilli dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200 000 morts selon un bilan officiel. Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d’Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

    Mais les tensions demeurent. À une quarantaine de kilomètres du lieu de ce déplacement officiel, à Blida, un double attentat-suicide a eu lieu lundi. Deux kamikazes se seraient fait sauter. Les médias locaux et les autorités algériennes n’ont pas communiqué à ce stade sur ces faits.

    Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d’un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril, un périple de 18 000 km à l’agenda très dense.

    « La Méditerranée doit être le pôle de stabilité du monde » Samia Ghali, Troisième adjointe au maire de Marseille (DVG)

    « En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », a déclaré Léon XIV dès son arrivée en Algérie lundi, au lendemain de sa traditionnelle bénédiction de Pâques, où il avait appelé « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres » à « choisir la paix ». « Je crois qu’on partage tous cette vision pour demain, a souligné Samia Ghali, troisième adjointe au maire de Marseille. Je n’en attendais pas moins du pape dans son discours. Au contraire, il a fait un discours qui, je crois, apaise. Et c’est là son rôle : apaiser les esprits, apaiser les consciences et aller vers de l’avenir positif plutôt que dans ce qu’on est en train de vivre actuellement, partout. » Si Léon XIV s’était déjà rendu en Algérie avant d’être nommé souverain pontife, c’est la première fois qu’un pape opère une visite officielle dans le pays. « La visite a été couronnée de succès. Je suis personnellement, comme beaucoup d’Algériens je crois, très contente, s’est enthousiasmée l’élue municipale. Même s’il y a une très grande majorité de musulmans en Algérie, les chrétiens ont toujours eu une place importante. Ça témoigne de l’ouverture qu’il y a sur place. »

    Plus globalement, sur l’appel à la paix en Méditerranée, en proie à une désastreuse et meurtrière actualité, Samia Ghali défend qu’elle doit être « le pôle de stabilité du monde ». « Se concentrer sur la Méditerranée est important si on veut réussir une paix. Et je crois que c’est important que Marseille soit le symbole de cette Méditerranée apaisée », a-t-elle ajouté.

    M.M.

    « La religion ne réglera pas les problèmes entre États » Pierre Pradel, Membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis

    Dès son arrivée en Algérie, le pape a appelé, lundi, au « pardon » devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). « Me trouver devant ce monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation », a-t-il souligné. Il s’agit là pour Pierre Pradel, membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis, d’un message « positif » dans le contexte des « mauvaises relations qu’il peut y avoir entre la France et l’Algérie ». « La colonisation a été quelque chose de terrible. C’est bien que l’on tienne compte de cette période où les Algériens ont subi des difficultés majeures », s’est-il ému. S’il souligne l’importance de la « possibilité pour les religieux de discuter ensemble », Pierre Pradel revendique son athéisme, qu’il cultive « grâce à Dieu », ironise-t-il. « La religion peut être, pour les croyants, un moyen de se retrouver. Mais ce n’est pas par la religion que les problèmes entre États se résoudront selon moi, mais par la politique. Ce sont des questions diplomatiques et géopolitiques, défend-il. Il faut avant tout que la France reconnaisse les atrocités qu’il a pu y avoir en Algérie pendant la guerre et avant. Et qu’elle assume la non-reconnaissance des Algériens dans leur activité, y compris contre le nazisme. » La guerre d’indépendance de l’Algérie a fait selon Alger 1,5 million de morts algériens et 500 000 morts dont 400 000 Algériens selon les historiens français.

    M.M.

    « Le pape replace l’église au milieu du village » Samia Chabani, Sociologue et coordinatrice de l’association Ancrages, cultures et mémoires d’exil à Marseille

    Sociologue et coordinatrice d’Ancrages, association qui œuvre depuis 2000 à la valorisation de l’exil comme objet de patrimoine vivant, Samia Chabani a beaucoup travaillé sur l’histoire de la colonisation. Au sujet de la visite de Léon XIV en Algérie, partie notamment sur les traces de l’histoire chrétienne du pays, la sociologue salue le discours d’un « médiateur de paix », rappelant l’« ancrage ancien du christianisme, qui n’est pas qu’occidental et européen ». « Le christianisme a ses sources dans l’actuelle Turquie, dans l’actuelle Algérie, en Afrique du Nord et dans l’amazighité aussi, qui est la culture source et première de l’Afrique du Nord, retrace-t-elle. Le pape s’appuie sur l’appartenance à l’ordre des Augustins, notamment pour rappeler la philosophie de Saint Augustin, naît dans l’actuelle Algérie. Une manière de montrer que le patrimoine commun entre l’occident et l’Algérie n’est pas que politique, il est aussi spirituel. » Une position qui dénote avec celle tenue par Donald Trump, porteur d’un « christianisme messianique » d’après Samia Chabani. « Léon XIV enlève à Trump sa puissance qu’il puise dans son christianisme qu’on pourrait qualifier de sectaire, détaille-t-elle. Trump veut que tout le monde reste à sa place : les juifs en Israël, les chrétiens dans une espèce d’occident qu’il fantasme. Ce n’est pas du tout porteur de paix. Finalement, le pape replace l’église au milieu du visage en disant : «moi, je suis chef de l’Église catholique romaine, et je dis que le message chrétien, c’est d’abord un message de paix». »

    M.M.

  • [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    La Marseillaise : Le blocus imposé par les USA à Cuba a 64 ans et malgré d’immenses difficultés, Cuba a résisté. Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée de Trump ?

    Nadia Mateu : Il a remis Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme et fait voter des lois extraterritoriales illégitimes qui durcissent le blocus en empêchant les pays et les entreprises de tous les pays de commercer avec Cuba et notamment de lui livrer du pétrole. Avec la menace de pénalités importantes.

    De très nombreuses résolutions de l’ONU ont pourtant demandé la levée du blocus.

    N.M. : Depuis 33 ans, l’ONU vote cette levée, à l’exception de deux pays : les USA et Israël. L’Ukraine les a rejoints en 2025 mais on comprend que comme pour les sept pays qui se sont abstenus, c’est en raison de l’emprise des États-Unis.

    Avez-vous des témoignages précis des conséquences de cette politique sur la population ?

    N.M. : Des Français qui ont participé à des brigades à Cuba – c’est une aide à des travaux agricoles, ou divers, mais surtout une possibilité de rencontre avec des Cubains – viennent d’en revenir. Ils disent que c’est très dur. Des coupures d’une heure ou deux d’électricité existaient, maintenant c’est passé à 18 heures, voire des journées entières. Et donc des ruptures de la chaîne du froid, plus aucun moyen de locomotion, pénurie de médicaments, plus rien dans les magasins… Dans les campagnes ils en reviennent à la charrue et aux bœufs, beaucoup d’enfants ne peuvent plus aller à l’école. Il y a des milliers de personnes qui attendent de se faire opérer, des femmes enceintes qui se demandent ce qu’il se passera s’il y a complication…

    Cuba reçoit malgré tout des aides, même insuffisantes ?

    N.M. : Oui la Chine envoie des panneaux photovoltaïques, le Mexique est en train de faire des collectes. Et les flottilles internationales qui apportent de la nourriture et des médicaments partent beaucoup du Mexique.

    France Cuba aide également ?

    N.M. : Nous avons essayé d’envoyer de l’argent mais on est bloqués par les banques [puisque les USA empêchent Cuba de participer au système financier international, Ndlr], donc on remplit des containers. L’un est parti en décembre, un autre doit partir avant l’été. Ils contiennent du petit matériel médical (seringues, pansements, attelles… et même des lunettes) et du matériel plus important (lits médicalisés, fauteuils roulants, béquilles), mais aussi des vélos, de l’argent pour acheter de la nourriture. Et surtout on essaie d’informer, de briser le silence.

    Malgré tout Cuba envoie toujours des médecins à l’étranger ?

    N.M. : Oui dans les pays qui en ont besoin. 22 000 médecins mais aussi des brigades médicales dans plus de 160 pays. En Calabre par exemple il y a eu des pressions énormes sur le gouvernement italien pour qu’ils expulsent les médecins cubains. La Région de Calabre a refusé.

    Que peut-on faire pour aider ?

    N.M. : On peut participer aux collectes** de France Cuba, de Solidarité cuba et Cuba coopération qui sont sur Montpellier mais il faut aussi interpeller nos élus pour qu’ils interpellent à leur tour l’État français. Qui a voté la fin du blocus. Point. Or la solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole. Elle doit être concrète et efficace. Les 10, 11 et 12 avril, il y a un appel national à faire de ce week-end un moment de solidarité. Le 12 nous tenons notre assemblée générale à Béziers. Le 11 il y aura un rassemblement de soutien à Béziers*. Il y a besoin de beaucoup de monde parce que malgré toutes ces contraintes, les Cubains gardent la tête haute. La stratégie de Trump, c’est d’asphyxier ce pays et que les Cubains se révoltent. Les copains revenus de Cuba disent que la population n’en peut plus mais qu’elle ne remet pas en question le système, par contre elle veut manger et vivre.

    Entretien réalisé par Annie Menras

    * 11h sur le parvis du théâtre à Béziers.

    ** Dons financiers 06.38.83.53.20 France Cuba Hérault .

  • Comment répondre à la flambée des prix ?

    Comment répondre à la flambée des prix ?

    « Le doigt sur la gâchette. » C’est l’avertissement des Gardiens de la Révolution en Iran à l’adresse du président américain, Donald Trump, après l’annonce, mercredi 8 avril d’un cessez-le-feu de deux semaines alors que la guerre déclarée le 28 février par Israël et les États-Unis à l’Iran embrase le Proche et le Moyen Orient. Une guerre suspendue ? Pas vraiment. Au Liban, au prétexte d’éradiquer le Hezbollah, allié du régime iranien, l’armée israélienne bombarde toujours. La journée de mercredi a été sanglante pour le pays du Cèdre : au moins 254 personnes sont mortes lors de cette seule journée selon la défense civile libanaise. Le régime iranien a le pied sur la jugulaire du monde : le détroit d’Ormuz où transite l’essentiel des flux énergétiques mondiaux.

    Cette guerre tue, paralyse l’économie mondiale et a donc des répercussions sur la vie quotidienne à des milliers de kilomètres comme en témoignent les salariés et artisans interrogés par La Marseillaise. C’est le cas des aides à domicile (page 7) contraintes de cesser de travailler faute de moyens pour faire le plein de leur véhicule.

    92% des artisans

    du bâtiment pris à la gorge

    Idem dans le secteur de la pêche : avec le prix des carburants, pas la peine de sortir en mer, déplore un marin pêcheur de la région (lire ci-contre).

    Les artisans du bâtiment et des travaux publics sont impactés à 92% par la hausse des prix de l’énergie s depuis le début du conflit en Iran, selon une consultation menée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) auprès de 2 600 entreprises (lire page 6).

    Les syndicats de salariés ont interpellé le gouvernement e le patronat. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a dénoncé les « marges énormes » et les « bénéfices records » de TotalEnergies. La responsable syndicale milite aussi pour une TVA modulée à 5,5% sur tous les produits de première nécessité. « On peut imaginer que ces entreprises qui vont automatiquement profiter de l’envolée des prix soient mises à contribution par l’État via une taxe spéciale, en vue d’une redistribution de ces bénéfices aux consommateurs, en premier lieu les publics les plus impactés », suggère pour sa part Claude Gaubert de l’association UFC-Que Choisir Montpellier (lire page 6).

    Alors que la campagne de collecte de l’impôt sur le revenu débute auprès des ménages, la question de la taxation des multinationales se pose à nouveau avec acuité face à cette flambée des prix provoquée par la guerre insensée menée par Trump et Netanyahu. Au Sénat, le groupe communiste a déposé une proposition de loi pour bloquer les prix du gaz et des carburants. « Lorsque les marchés deviennent instables et spéculatifs, l’intervention publique n’est pas seulement légitime, elle est nécessaire pour protéger les ménages et garantir l’intérêt général », expliquent les sénateurs communistes. Ils ajoutent que « pendant que les ménages paient la facture, de grandes compagnies pétrolières comme Total, Shell ou Exxon engrangent des surprofits considérables, alimentés par la spéculation, tandis que leurs cours boursiers progressent au bénéfice d’une minorité d’actionnaires parmi les plus favorisés ». Dans la même veine, l’association Attac a lancé une pétition pour une taxation des superprofits : « La taxe unitaire sur les superprofits peut être mise en place en France pour imposer les profits mondiaux de Total qui devraient être déclarés en France, selon des critères objectifs, tels que la part de la production et des ventes qui y sont réalisées, comme le suggèrent Gabriel Zucman et l’Observatoire international de la fiscalité », détaille l’association. Des options pour l’heure rejetées par le gouvernement. Ce qui fait dire à Attac que « les solutions existent, l’argent aussi. Il ne manque que la volonté politique ! » Et sans doute la pression populaire pour exiger la justice fiscale.

  • Benoît Payan focalisé sur le combat contre l’extrême droite

    Benoît Payan focalisé sur le combat contre l’extrême droite

    Pour le maire sortant, candidat à sa succession avec le Printemps marseillais, la décision de Sébastien Delogu ne change pas vraiment la donne. « Je ne [l]’ai pas appelé à se retirer. Il a décidé de le faire. J’ai dit ce que j’aurais fait à sa place. Je prends acte de ce retrait, c’était la seule solution », commente Benoît Payan (DVG), niant toute entente ou contact préalable avec le candidat insoumis. « Mes adversaires politiques manient les fake news mieux que Donald Trump, je les ai vus réagir d’ailleurs avec une promptitude qui m’avait manqué, notamment de la part de Madame Vassal, ça faisait quelques jours qu’elle était particulièrement silencieuse, particulièrement atone », ironise-t-il. Et quand on lui demande ce que ça change dans sa campagne, il répond sans hésiter : « Absolument rien. Moi, ma campagne, elle s’adresse à toutes les Marseillaises et à tous les Marseillais. Il n’y a pas d’exclusive. »

    Se gardant de tout pronostic, il reste prudent. « Je pense qu’il n’y a aucune élection gagnée d’avance. Ça n’existe pas. Ça n’est pas ma conception des choses, indique-t-il. J’ai beau être maire sortant, j’ai beau être arrivé en tête, il n’y a aucune élection gagnée d’avance. » Et de se focaliser sur son ennemi, le RN.

    Un appel à voter en masse

    « L’heure est grave. Encore une fois, moi je veux rappeler aux Marseillaises et aux Marseillais que cette affaire-là, elle est pas terminée », prévient-il. Et d’appeler à la mobilisation des électeurs. « C’est dimanche qu’il faut aller voter, et c’est tous ensemble », martèle Benoît Payan : « Quel que soit notre vote, qu’on ait voté LFI, qu’on n’ait pas voté, qu’on ait voté MoDem, Horizon, UDI, qu’on soit resté à la maison, qu’on ait voté Printemps Marseillais : il faut retourner voter dimanche en masse. En masse pour dire non à celles et ceux qui veulent nous diviser. »

    Il s’inquiète d’une éventuelle victoire de l’extrême droite. « Si dimanche, le Rassemblement National devait l’emporter, qu’est-ce qu’il mettrait en avant ? Non pas ce qui nous rassemble, mais ce qui nous divise. Vous pensez que quand on est maire de Marseille, on n’est pas le maire de tous les Marseillais ? » s’emballe le candidat du Printemps marseillais.

  • [Entretien] John R. Mac Arthur : « Trump veut détourner l’attention du dossier Epstein »

    [Entretien] John R. Mac Arthur : « Trump veut détourner l’attention du dossier Epstein »

    La Marseillaise : En tant qu’Américain, quel regard portez-vous sur cette guerre déclenchée par Trump et Netanyahu au Moyen-Orient ?

    John R. MacArthur : C’est une agression qui n’a aucune différence sur le principe de ce qu’a fait Poutine en Ukraine, Bush en Irak ou Clinton au Kosovo. Tout cela a commencé avec cette maudite idée de la guerre préventive où on invente un prétexte pour justifier une agression. Le prétexte que les Iraniens étaient sur le point de nous attaquer, de lancer un missile nucléaire, c’est exactement ce que Bush disait sur Saddam Hussein. C’était un mensonge. Mais dans ce cas-là, ce n’est pas, à mon avis, une coïncidence que quatre jours avant l’attaque, la radio nationale publique NPR a sorti son scoop sur la suppression d’un document des dossiers Epstein dans lequel une femme accusait Trump de l’avoir violé oralement alors qu’elle avait 13 ans. Ce n’est pas du tout complotiste de le dire. Trump est l’homme le plus irréfléchi que je connaisse mais il a un instinct de survie animal. Il voit bien qu’il est en chute dans les sondages. Les républicains se montrent perdants lors des élections de mi-mandat en novembre. Il a détourné la conversation et on ne parle plus d’Epstein, pour l’instant. C’est très similaire à la situation politique de Netanyahu. Tout le monde disait en Israël et partout ailleurs qu’il devait continuer la guerre à Gaza pour éviter que son procès n’aboutisse par son emprisonnement. C’est la prison ou la guerre. Alors bien sûr, il a choisi la guerre. Pour Trump, c’est la catastrophe politique ou la guerre. Et pour l’instant, il a choisi la guerre. Mais c’est un échec et déjà une humiliation. Ils ont imaginé que les Iraniens allaient céder tout de suite, un peu comme Poutine pensait que les Ukrainiens allaient céder rapidement. Ce n’est pas le cas. L’Iran est un pays très sophistiqué. Ce n’est pas une ancienne colonie inventée par les Britanniques ou les Français.

    Certaines voix au sein du parti républicain estiment que cette guerre est celle d’Israël et pas des États-Unis.

    J.R.M. : Ce n’est peut-être pas la guerre des États-Unis mais c’est la guerre de Trump. Je ne sais pas qui a commencé mais ça arrange Trump pour détourner l’attention du dossier Epstein. Netanyahu en profite aussi politiquement parce qu’il voudrait avancer l’élection d’octobre à mai pour exploiter le soutien presque unanime des Israéliens pour la guerre. Tous les deux sont des animaux. Mais Netanyahu est dix fois plus malin que Trump et il a une ambition. C’est évident qu’il profite de l’attaque sur l’Iran pour cibler le Liban et tenter d’en annexer une partie, c’est ce qu’il fait déjà en Cisjordanie.

    Les Américains sont contre cette guerre ?

    J.R.M. : Oui, majoritairement. Et je pense que le soutien à cette guerre va baisser encore plus parce que les gens voient que c’est un échec. La preuve étant que les Iraniens ont nommé le fils d’Ali Khamenei comme successeur.

    Le candidat démocrate est arrivé en tête au premier tour d’une élection visant à remplacer Marjorie Taylor-Greene en Géorgie. C’est le début d’une fronde ?

    J.R.M. : Dans une circonscription majoritairement républicaine, ça serait extraordinaire si le démocrate était à égalité avec le Républicain, même s’il est perdant. Marjorie Taylor-Greene était très populaire et le vote pour le démocrate, c’est un peu une protestation contre Trump. D’autant qu’elle avait elle-même rompu avec Trump [autour de l’affaire Epstein, Ndlr.]. L’opposition à Trump qui compte désormais est celle qui vient de la droite et plus spécifiquement des MAGA [Make America Great Again. Rendre sa grandeur à l’Amérique, le slogan de Trump et ses partisans Ndlr.]. Les démocrates sont très faibles, ils ne jouent pas leur rôle de parti d’opposition. Ils l’ont démontré avec le projet de résolution visant à limiter les pouvoirs de Trump dans cette guerre contre l’Iran. Car Trump a violé la Constitution en faisant la guerre sans l’appui du Congrès, lui seul a le droit de déclarer la guerre. Quatre démocrates ont voté contre ce texte. C’était la marge qu’il fallait pour que la résolution soit perdante. S’ils avaient voté pour, la résolution aurait été promulguée par 216 voix pour et 215 contre.

    Les Démocrates soutiennent cette guerre ?

    J.R.M. : Une petite majorité des démocrates soutiennent la guerre et ne veulent pas confronter Trump sur le sujet parce qu’ils ont toujours très peur du lobby israélien. On peut appeler ça l’aile clintonienne du parti qui est toujours très forte. Alors que Bill Clinton lui-même est mouillé dans l’affaire Epstein. Il y a aussi toujours cette rancune anti-iranienne qui date de 1979 et la prise en otage des diplomates américains. Je connais beaucoup de démocrates « libéraux » qui sont pro-guerre mais n’en parlent pas à haute voix. Seuls deux démocrates se distinguent : le maire de New York, Zohran Mamdani, qui a tout de suite dénoncé cette guerre, comme il l’a fait avec le Venezuela. Mais aussi le sénateur de Virginie Tim Kaine. Il y a une fissure dans le Parti démocrate qui ne fonctionne plus comme parti d’opposition. Alors, mon espoir repose sur les Républicains de droite, malheureusement. Au moins la moitié des MAGA est furieuse contre Trump, elle se sent totalement trahie. Il avait promis qu’il ne déclencherait plus jamais une guerre inutile avec l’intention de faire un changement de régime.

    À l’approche des midterms, Trump chercherait à modifier le calendrier électoral. Dans quel but ?

    J.R.M. :Jusque-là, j’ai toujours dit que non, Trump, n’est pas un fasciste. Il est trop désordonné, trop désorganisé. Ce n’est pas Hitler, ce n’est pas Mussolini. Il n’y a pas de parti fasciste aux États-Unis. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas tout simplement déclarer un état d’urgence où il faudrait envoyer des soldats pour surveiller les urnes en novembre afin d’empêcher la fraude et garantir des élections honnêtes. Ce serait une tactique d’intimidation. Je crains des fusillades.

    C’est la succession de Trump qui se joue à travers ce conflit ? Entre Vance et Rubio ?

    J.R.M. : Cette rivalité c’est l’autre enjeu politique très important. Pour l’instant, le vice-président J.D. Vance se tait parce qu’il ne veut pas être associé à cette guerre. Le secrétaire d’État Marco Rubio, est, au contraire complètement mouillé là-dedans, se présentant comme un genre de général. Son but ultime, c’est de renverser le régime cubain. Il pense que c’est comme ça qu’il pourra se présenter comme le candidat MAGA du deep state (de l’État profond).

  • [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencéà quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

    La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

    Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

    À Minneapolis, la population
    a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé
     ?

    C.S. : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

    Ce mouvement a-t-il réussi
    à faire reculer le président ?

    C.S. : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite (voir photo). Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

    Vous dites que la popularité
    de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

    C.S. : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

    Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

    C.S. : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs
    et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

    Rassemblement à Marseille ce mercredi

    Deux mobilisations de soutien au peuple américain sont organisées simultanément mercredi à 18h30, à Paris et à Marseille, sous l’ombrière du Vieux-Port, à l’appel du collectif la Digue et d’Indivisible Paris.

  • [Quoi de neuf] Luis Pannier, Paola Cadenas et Aurora Sambrano : « Les Vénézuéliens veulent reconstruire leur pays »

    [Quoi de neuf] Luis Pannier, Paola Cadenas et Aurora Sambrano : « Les Vénézuéliens veulent reconstruire leur pays »

    Après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, au mépris du droit international, nos invités reviennent sur la situation au Venezuela.

    Louis Dupin : Dans quel état est le peuple vénézuélien ?

    Luis Pannier : Le peuple a été soumis à un fort exode. Effectivement, sur les 28 millions, on pense que 11 millions de Vénézuéliens ont fui le pays en 26 ans. Il y a effectivement des Vénézuéliens, qui se sont installés aux États-Unis, en Europe, depuis la mise en place de ce régime autocratique qui a appauvri, qui a détruit le pays. Pour certaines raisons dont le monde ne connaît pas, il faut aller là-bas pour voir ce qui se passe réellement. Dans un sondage réalisé du 6 au 11 janvier, où l’on demandait au peuple vénézuélien plusieurs questions concernant la situation de l’enlèvement. 92% remercient Trump d’avoir enlevé Maduro, d’extraire un dictateur. 14% pensent que les États-Unis contrôlent le Venezuela, 68% pensent que non et 17% n’ont pas d’opinion. 80% craignent d’être arrêté s’ils manifestent leur contentement ou qu’ils s’expriment publiquement contre le chavisme. 86% pensent que Maduro a été trahi par les autres chavistes de son gouvernement. Par rapport à cette idée de transition, 90% de la population vénézuélienne ne fait confiance à aucun dirigeant chaviste.

    Olivier Notale : En France, il y avait une vague d’admiration devant ce bolivarisme. Mais en allant sur place, on se rend compte qu’il y a un malaise…

    Paola Cadenas : En 2024, quand les élections ont été remportées avec beaucoup de difficultés, sans institutions, mais avec une organisation citoyenne admirable, épique. Il y a eu des manifestations de joie avec la victoire d’Edmundo Gonzalez. 2 000 personnes sont allées en prison à ce moment-là et on en parle trop peu, il y a des Françaises, des Français, des Américains, c’est impressionnant. Ils sont en train de libérer, il y en a encore 900. On parle de « portes tournantes » parce que quand 20 personnes sont libérées, 30 autres vont en prison. Des jeunes ont été incarcérés. Mon frère m’a envoyé par WhatsApp une photo de gardes de la police nationale, parfois cagoulés, qui peuvent t’arrêter. J’insiste, on n’est pas dans un débat politique ou idéologique. Au moment où il y avait le gouvernement de Chavez, on pouvait penser la gouvernance. Là, on a une organisation criminelle qui s’approprie le pays. Ce sont des petits mafieux.

    L.D. : Comment expliquer cette dérive de Maduro ?

    P.C. : Maduro a été désigné comme héritier de Chavez. Chavez l’a laissé au pouvoir. À partir de là, toutes les élections ont été contestées, pas reconnues par les organisations internationales. Il y a eu 17 tentatives de dialogue et de négociation pour arriver aux élections. Et à chaque fois, ils gagnaient du temps et volaient de l’argent. Il y a 176 lingots d’or que la Suisse vient de découvrir sur un compte personnel de Maduro. Il y a donc la géopolitique d’un côté, et
    tout ce qui est de l’organisation interne, comment les Vénézuéliens font pour survivre. Le salaire mensuel n’arrive pas à deux euros.

    O.N. : Cette transition -qui se met en place- sera longue ou le peuple vénézuélien va se prendre en charge ?

    Aurora Sambrano : On ne peut pas savoir parce qu’on commence par étapes. La première étape, c’est la libération des prisonniers politiques. C’est ce qui a été à peu près convenu avec les secteurs de position un peu influents, parce qu’il y a plusieurs oppositions au Venezuela. La majoritaire, c’est celle de María Corina Machado, mais il y en a d’autres. Il y a un consensus pour la libération des prisonniers politiques. C’est un début mais, pour l’instant, il y a que 160 qui ont été libérés et il en manque un millier. Et encore, certains prisonniers politiques ne sont pas recensés, et cetera. En même temps, il y a la mise à pied de certains de dirigeants en conflit avec les États-Unis.

    L.D. : On pense par exemple à Alexis Saab, proche de Maduro et ministre de l’Industrie, qui a été limogé récemment. Un signe de cette transition qui se déroule enfin par étapes ?

    A.S. : Oui mais c’est pour l’instant le seul, un prête-nom de Maduro, parce qu’il y en a, il y en a des vingtaines ou des trentaines. Il y a d’autres personnalités qui sont dans une liste, mais on n’en connaît pas tous les détails. Et c’est par ailleurs à cause de ça que Trump a menacé [la présidente par intérim] Delcy Rodirguez de connaître un sort pire que Maduro si elle ne fait pas les choses comme il faut.

    O.N. : Le peuple vénézuélien a décidé de se prendre en main. Pour autant, il n’y a pas de manifestations extraordinaires…

    P. C. : On ne veut pas être tué, on ne veut pas être la chair de chair à canon. Je pense qu’il y a une maturité politique et on les voit avec le calme qui a suivi le 3 janvier et l’enlèvement. Il y a beaucoup d’attention, on est attentif et on surveille ce qui se passe. Il y a une volonté de démocratie, d’aller voter.

    Avant, on faisait des manifestations et on voulait que tout se passe vite. Maintenant, j’entends les gens vouloir reconstruire leurs pays, être là pour reconstruire.

    C’est une joie énorme. On veut tous être tous réunis et il y a plein de gens qui veulent retourner dans leur pays, moi y compris.

  • « On ne peut pas penser le monde si on ne lit pas de science-fiction »

    « On ne peut pas penser le monde si on ne lit pas de science-fiction »

    La Marseillaise : À brûle-pourpoint, que souhaitez-vous
    à vos lecteurs et aux nôtres pour 2026
     ?

    Marion Mazauric : De la paix, partout dans le monde… Un climat de paix, c’est ce que tout le monde veut.

    Nous venons de perdre Pierre Bordage, qui était un grand auteur de science-fiction du catalogue. C’était un homme extraordinaire, plein de bienveillance, dont tous les livres appelaient à se libérer de la domination, religieuse ou de pouvoir. C’était quelqu’un qui plaidait pour une humanité réconciliée avec elle-même. C’était un résistant dans un monde soumis au racisme, à la haine et à l’injustice, donc je pense à lui. J’émets des vœux de bienveillance, de justice, et de respect d’autrui.

    Il y a 25 ans, vous avez créé votre maison d’édition sur ce morceau de territoire gardois cerné par l’extrême droite. Le climat politique de ces derniers mois est de plus en plus tendu. Vous qui êtes issue d’une famille communiste, est-ce que vous êtes inquiète ?

    M.M. : Ce qui explique l’extrême droite, c’est plus de misère, d’humiliation et un avenir qui se noircit tous les jours. De grandes exploitations financières rachètent les terres, les transforment et massacrent les paysages ; on n’a plus de médecins traitants, pas de lycée, peu de culture… Et pendant ce temps, 1% des plus riches captent plus de la moitié des richesses mondiales. C’est une poudrière ! Dans les territoires les plus pauvres, les gens en ont ras le bol, et ils sont prêts à aller vers des analyses simplistes. La colère crée la violence.

    J’ai choisi un territoire qui n’est pas Paris, qui n’est pas une zone privilégiée, et j’aime ce territoire. On n’est pas dans un pays de fascistes, on est dans un pays de pauvres qui voient que tout ce qu’ils aiment est en train de disparaître…

    Les choix éditoriaux sont des choix politiques. On vous décrit souvent comme une éditrice indépendante et engagée. Est-ce que cela vous convient ?

    M.M. : En fait c’est un pléonasme. Être éditeur indépendant, c’est un travail militant à temps plein. C’est une vie, comme curé ou médecin ; ça ne s’arrête jamais. Après, Au Diable, on a des valeurs engagées contre l’obscurantisme qui menace. On fait des livres pour que chacun puisse penser et imaginer avec son libre arbitre. On est forcément des résistants, engagés contre un monde qui tend vers le contraire. Le trumpisme est un vrai fascisme. Le président américain interdit certains livres dans les bibliothèques ! C’est le modèle terminal…

    L’empire vorace d’une poignée d’oligarques, dont Vincent Bolloré, a marqué le secteur de l’édition ces dernières années. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ?

    M.M. : En fait, les éditeurs indépendants sont indépendants du capital industriel. Vincent Bolloré et les autres sont les éditeurs du capital. On a publié assez de science-fiction pour savoir où en est Vincent Bolloré… Pour lui, un seul livre transforme les citoyens en consommateurs et en victimes consentantes. Cela vaut aussi pour ses chaînes et ses médias, qui réalisent un travail idéologique de préparation à la pensée unique et à la domination.

    Vous dites souvent combien les politiques devraient s’intéresser aux romans de science-fiction. Ont-ils déjà tout dit ?

    M.M. : On ne peut pas penser le monde d’aujourd’hui si on ne lit pas de science-fiction. C’est la littérature qui en parle le mieux et qui a anticipé ce glissement vers la dictature du plus fort. Je pense que la science-fiction des années 80 a tout écrit, y compris la dictature la plus totale à la Trump. Norman Spinrad, Octavia Butler, la Planète des singes… Beaucoup de films et de romans ont montré ce vers quoi on était en train de se diriger. Et Donald Trump le réalise de manière très claire…

    Que vous les ayez édités ou pas, quels sont les trois ouvrages que vous conseilleriez aux lecteurs pour s’armer ou pour s’évader dans les mois à venir ?

    M.M. : D’abord Octavia Butler, qui est une très grande écrivaine afro-américaine. Elle a écrit La Parabole du semeur (1993), qui est un chef-d’œuvre, mais aussi la première dystopie à avoir montré l’effondrement de l’Amérique sous la houlette d’un copain de Donald Trump, qu’elle cite d’ailleurs dans son livre. C’est un grand livre d’espoir et de résistance.

    En fantasy, je parlerai aussi de Patrick Dewdney, qui a écrit Le cycle de Syffe (2018). C’est un roman de formation extraordinaire, dans un monde en chaos. Il est purement magnifique, avec des vertus cathartiques et de résistance.

    Pour s’évader et bien comprendre le monde, je propose aussi Thomas Gunzig, que l’on publie depuis le premier jour. C’est un grand écrivain belge, drôle, avec un esprit satirique sur le monde contemporain, et en même temps il produit de vrais romans d’alarme dans une langue magnifique.

    Et puis je rajoute quand même Pierre Bordage, parce qu’il faut lire toute son œuvre. Ses romans d’aventures vous emmènent partout. Ça vous rend heureux, et c’est addictif…