Tag: disparition

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • À Toulon, des abeilles à l’écoferme pour piquer la curiosité des citoyens

    À Toulon, des abeilles à l’écoferme pour piquer la curiosité des citoyens

    Le Département poursuit son ambition de valorisation de la biodiversité et de sensibilisation du public aux enjeux environnementaux. Mercredi matin c’est sur le site de l’écoferme de la Barre que la presse était invitée à la présentation du rucher pédagogique mis en place en partenariat avec l’Union nationale de l’Apiculture française (Unaf). L’objectif étant à travers la sensibilisation du public, et notamment des plus jeunes , d’initier des acteurs de demain à la préservation de la flore et de la faune. Et ici, tout particulièrement, des abeilles : ces insectes indispensables mis à mal par l’agro-pétrochimie.

    L’Espace naturel dans lequel ont été introduites ces ruches bénéficie d’un cadre très favorable à l’épanouissement des abeilles, avec une diversité florale propice à leur développement. Le projet s’intègre pleinement à la démarche éducative prônée par le Département du Var, « au croisement des enjeux écologiques, agricoles et alimentaires ».

    « Elles sont en train de démarrer tranquillement, puisqu’on les a installées là, au mois de novembre », explique Thierry Abello, l’apiculteur en charge du rucher. Le berger des abeilles les accompagne et essaie de les protéger de la prédation des frelons asiatiques, par du piégeage notamment. « L’année dernière, j’ai détruit un nid sur la piste cyclable qui faisait 90cm de diamètre », explique-t-il. Mieux vaut en effet être vigilant, parce que « 20-30 frelons, peuvent suffire à liquider une ruche et ses 40 000 abeilles en seulement un ou deux jours ».

    En revanche, elles combattent assez bien la chaleur de l’été et les dégringolades de température de l’hiver, apprend-on. « Toute l’année, le milieu de la ruche est à 37 degrés pour protéger les larves qui sont pondues en permanence », ajoute l’apiculteur. Les abeilles, tantôt s’agglutinant ou battant des ailes selon l’effet recherché.

    Former des citoyens éclairés

    L’un des messages passés aux enfants, c’est que « les abeilles pollinisent à peu près 30% à elles toutes seules de ce qu’on mange, entre fruits et légumes ». Ce qui donne l’ambleur du désastre que serait leur disparition.

    « Le premier souci d’un apiculteur c’est de savoir ce que ses abeilles vont manger », commence Félix Gil, administrateur de l’Unaf, en ajoutant qu’ici il y a de quoi être plus que rassuré.

    L’occasion de rappeler qu’il y a 2 000 ruches installées sur les toits parisiens qui trouvent alentour suffisamment de quoi butiner (lire page 19).

    Le militant engagé insiste ensuite sur l’ambition de ce partenariat, qui est, dit-il, « de communiquer, faire passer un message ».

    Et de poursuivre : « Parce que, vous savez, on est face aux pesticides. Et seul le public peut nous aider. » L’implication du plus grand nombre pouvant permettre de faire pression et de résister au poids des profits colossaux en jeu, dans cette industrie comme dans les autres.

    Le président (LR) du Conseil départemental Jean-Louis Masson a lui aussi insisté dans sa prise de parole sur l’importance pédagogique des ruches.

    « Dans le contexte actuel de déclin des populations d’abeilles, je souhaite que ce rucher puisse devenir un véritable outil pédagogique », lance-t-il.

    Le patron du Département a ensuite plus largement mis en avant les efforts fournis par la collectivité pour préserver les espaces naturels et la biodiversité aux travers des espaces naturels sensibles, notamment. « Nous œuvrons sans relâche pour maintenir ces précieux corridors écologiques sur tout le territoire », insiste Jean-Louis Masson.

    Et l’écrin de verdure protégé niché en plein Toulon que représente l’écoferme de la Barre témoigne de cette volonté, explique-t-il.

    Et de conclure : « Notre ambition est claire : développer une conscience collective autour de la nécessité de préserver ces insectes indispensables et former des citoyens éclairés, conscients des enjeux écologiques et acteurs de leur préservation. »

    Si sa parole pouvait aussi atteindre et convaincre les camarades de son propre parti LR, ça ne serait pas piqué des hannetons. Et ça ferait avancer la cause des abeilles.

  • Philippe Foulquié, fondateur de la Friche Belle de Mai, n’est plus

    Philippe Foulquié, fondateur de la Friche Belle de Mai, n’est plus

    Né en 1944, au Maroc, Philippe Foulquié a eu mille vies. Jeune homme, il prend la direction de Lyon pour des études de médecine militaire durant quatre années. Il croise la route de l’Unef.

    C’est au sein du syndicat étudiant qu’il vit son premier engagement. Pas à n’importe quelle période : mai 1968 survient. Passionné de théâtre, il rencontre Roger Planchon, directeur du théâtre de la Cité à Villeurbanne qui deviendra le Théâtre national populaire (TNP). C’est dans cette institution qu’est rédigé un manifeste, le 25 mai 1968 proclamant le rôle politique, au sens noble, des créateurs.

    La grande rupture de 1968 marque pour lui une bifurcation de son chemin de vie. On le retrouve dans la Drôme dans une ferme où il côtoie un paysan engagé au Mouvement de défense des exploitations familiales (Modef). Il adhère au PCF en 1969 où il milite jusqu’en 1979.

    La vie rurale n’est peut-être pas faite pour lui mais il faut surtout subvenir aux besoins de son premier enfant. Le voilà infirmier remplaçant, notamment à la prison de Fresnes. Toujours passionné de culture, il est sollicité à Paris par le théâtre de l’unité pour un projet sur l’esthétique du football et la fascination des supporters. 8 mois de spectacles s’ensuivent. Après cela, il travaille pour la Compagnie la Grenète à Villeurbanne : un théâtre de marionnettes.

    Une nouvelle expérience décisive qui le conduit à se lancer, à Marseille, dans la création du Massalia, nouveau théâtre de marionnettes. Un lieu très petit‚ chaleureux‚ en centre-ville‚ plein de possibilités‚ mais en même temps « très limité scénographiquement », concède-t-il des années plus tard. Un lieu chargé d’histoire aussi : il avait accueilli le Théâtre quotidien de Marseille et vu passer des personnalités comme Antoine Vitez.

    Dans une Marseille qui battait alors le record du plus bas budget dédié à la Culture des grandes villes de France. Un tournant, impulsé par le maire d’alors, Robert-Paul Vigouroux, et son adjoint à la Culture, Christian Poitevin alias Julien Blaine, prend forme.

    Philippe Foulquié participe au mouvement. En 1990, tandis que la crise économique et les délocalisations frappaient durement Marseille, germe l’idée folle d’une réappropriation culturelle des espaces industriels laissés en friche.

    « Une figure essentielle

    de la vie culturelle »

    En 1992, la Friche Belle de Mai voit le jour. Il s’agit de transformer une friche industrielle en un pôle culturel festif, un laboratoire artistique, un lieu d’initiation artistique et de formation permanente, un projet d’exportations et d’échanges de spectacles, d’œuvres, de projets culturels et artistiques en Méditerranée. Philippe Foulquié en est le directeur jusqu’à sa retraite. Il transforme le système associatif initial en système coopératif avec la création d’une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic) regroupant des artistes-résidents. Son nom reste indissociable de ce lieu qu’il est parvenu à arracher durablement aux appétits des promoteurs.

    Dans un message d’hommage, Jean-Marc Coppola, maire communiste des 15-16 et ancien adjoint au maire de Marseille chargé de la Culture, exprimait ce mardi sa « profonde tristesse » après le décès d’un homme qu’il décrit comme un « visionnaire, qui a su transformer une friche industrielle en un haut lieu culturel, avec ses complices Alain Fourneau, Christian Poitevin et Jean Nouvel. […] Marseille perd une figure essentielle de sa vie culturelle. »

    Un soutien constant de notre journal

    Lors des difficultés que La Marseillaise a traversées, Philippe Foulquié s’est toujours tenu au côté de notre journal. « C’est simplement le meilleur des quotidiens régionaux en France. On y trouve de vraies enquêtes sur de vrais sujets. Il y a une question de déontologie des journalistes derrière cette volonté, mais pas seulement. On sent l’envie d’aller à la source pour livrer une information juste et la comprendre vraiment. Ils livrent une actualité dans laquelle ils s’engagent. Est-ce que La Marseillaise peut encore réveiller les consciences ? Je réponds «oui» », avait-il notamment déclaré. La Marseillaise présente à Nicole, sa compagne, à ses enfants et à ses proches, ses plus sincères condoléances. Elle s’associe à leur peine et exprime sa gratitude à l’égard d’un homme d’exception.

  • [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    Ses passions, ses rejets et sa ligne de conduite étaient évidents : Jean-Marie Gleize écartait le manque d’élégance et les niaiseries. Il aimait l’exactitude et le dépouillement, « les bruits neufs » de Rimbaud, « les toits pointus de tuiles rouges » de Stendhal, « les découpures du vert sombre » du crapaud de Corbière. Francis Ponge pour lequel il dirigea des colloques ainsi qu’un Cahier de l’Herne était à ses yeux la meilleure leçon pour se délivrer du lyrisme et du « magma analogique brut ». Sa plus vive préférence parmi ses contemporains, c’était le calme ou bien le très véhément Denis Roche qui pour sa part détestait « les trompettes de la solennité ».

    Né à Paris en 1946, élève de l’École normale supérieure, il avait assez vite rencontré Ponge. Mai et juin 1968, la mort du militant Gilles Tautin étaient pour lui des dates cruciales. Raymond Jean avait voulu qu’il obtienne un poste à la Faculté des Lettres d’Aix. En 1990, il publie au Seuil un premier livre Léman, entame la création et le maintien de la revue Nioques, le numéro 34 qui réunira six russophones paraîtra en mai.

    Il rêvait que ses livres soient « une poignée d’œillets jetés dans un trou » : une video du site du CIPM décrit le processus de ses ouvrages. Mixtes de phrases tendues et de documents, ses textes les plus commentés sont Chien noir des proses et Tarnac. Hasard objectif intriguant, Tarnac est un hameau du plateau de Millevaches où Gleize a passé les étés de son enfance et conserve une maison : ce fut le lieu de repli d’une communauté de jeunes anarchistes dont l’un des membres, Julien Coupat, auteur chez Hazan de L’Insurrection qui vient fut suspecté par la police d’attentats terroristes.

    Une connaissance acérée de la modernité, des amitiés scellées avec Lucot, Tarting, Albiach et Royet-Journoud, ses recherches coordonnées de 1999 à 2009 au Centre d’études poétiques de Lyon ont fait de lui l’un des meilleurs interprètes de la poésie contemporaine. En font foi deux essais Poésie et Littéralité (Seuil) et Sorties (Questions théoriques).

    Un grand critique

    Ses cours et séminaires d’Aix suscitèrent d’intenses curiosités, déclenchèrent des changements de paradigmes. En témoignent des gens du Sud, l’écrivain Olivier Domerg, le typographe Eric Pesty, le coresponsable d’Opera Mundi, Eric Giraud. Un moment éditée par Laurent Cauwet/ Al Dante longtemps basé en bordure de La Plaine, la revue Nioques accueillit des personnes de Marseille et Digne, Florence Pazzotu, Nathalie Quintane, Sarah Kéryna, Guillaume Fayard et Michaël Battala. Des numéros présentent les travaux du peintre Patrick Sainton : sa prochaine exposition, Galerie Territoires partagés, 14 stations d’un chemin de croix seront accompagnées par des phrases de Gleize.

    Depuis le milieu des années 1990 Jean-Marie Gleize vivait à Volx près de Manosque. Il est décédé jeudi 12 mars, le journal adresse ses condoléances à son épouse Joëlle et à son fils Aurélien.

  • Mobilisés pour le maintien d’Orange à Saint-Mauront

    Mobilisés pour le maintien d’Orange à Saint-Mauront

    Ils y travaillent, y ont travaillé et ne veulent pas entendre parler de la disparition d’Orange à Saint-Mauront (3e). Métro national, devant les grilles du site, une centaine de personnes se sont rassemblées, ce mardi 3 mars, à l’appel de la CGT pour le maintien de l’entreprise, installée là depuis 1974. Des techniciens sont aussi venus en soutien depuis le Vaucluse ou les Hautes-Alpes. Après une première fermeture en novembre suite à une rixe à proximité, la direction Sud-Est de l’opérateur avait décidé de fermer de nouveau, le 8 janvier, après des impacts de tirs sur la façade. Même si la préfète de police avait indiqué que « tout [laissait] à penser que ces faits [s’étaient] produits en dehors des heures ouvrables ».

    Ce qui fait dire à Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms 13, que tout cela n’est que prétexte. « On ne sait pas encore quelle est la vraie raison de cette décision, cela n’est pas possible qu’un opérateur historique, pour un problème de sécurité, ferme », estime le syndicaliste, rappelant que 35 millions d’euros ont été investis à Saint-Mauront en « même pas deux ans ». Sans remettre en cause le « sentiment d’insécurité », il l’affirme : « En 8 ans, on recense deux agressions. » Il dénonce les effets d’un discours d’extrême droite de la part de « certains syndicats ». En clair, la CFE-CGC dont le président, Sébastien Crozier, comparaît la situation « au même phénomène il y a 15 ans, dans une réserve d’Indiens qui s’appelle la Seine-Saint-Denis ».

    Depuis janvier, les salariés travaillent de chez eux toute la semaine ou s’inscrivent sur des sites de coworking loués par Orange. « Un retour des activités tertiaires (…) n’est pas envisagé. Le site est néanmoins pérenne car il va continuer à abriter les activités techniques », nous indique la direction, précisant avancer « en parallèle dans la recherche d’un ou deux sites complémentaires, à Marseille, pour l’ensemble des équipes tertiaires ». Après en avoir fermé ou vendu une bonne partie, rappelle la CGT.

    Manque de lien social

    Terminal des câbles sous-marins, le site de Saint-Mauront reste stratégique. Et a aussi toute sa place dans le quartier. Des habitants soutiennent les manifestants ce matin-là. « Ils ont bien raison. Et nous alors, on y vit bien ici », commente une riveraine. Jean-Paul et Monique, anciens de ce qui était alors France Télécoms, acquiescent. « Vous vous rendez compte, 1 000 salariés, c’est une perte immense pour le quartier », s’inquiètent-ils. Olivier Neri se souvient, lorsqu’il jouait « au foot avec des équipes de Félix-Pyat », que les directeurs aidaient les clubs en donnant des équipements. « Cela ne se fait plus depuis 10 ans et on est en train de le payer », pense-t-il, pointant le « manque de lien social entre Orange et le quartier ».

    Pour Jérémy Bacchi, sénateur PCF des Bouches-du-Rhône, « une fois de plus, on fait le choix de reculer face au narcotrafic plutôt que de résoudre le problème ». Et de déplorer qu’on déménage des locaux « en laissant le quartier sans réponse ». Pour lui, la disparition d’Orange s’inscrit aussi dans la fuite des services publics, s’indignant qu’il puisse y avoir « des ghettos dans notre ville ».

    Sur la même longueur d’onde, Jean-Marie Angeli (PCF), adjoint au maire de secteur, s’inquiète du « mauvais signal envoyé » et fait le parallèle avec la fermeture du bureau de poste derrière la mairie centrale. « Autant d’emplois de proximité en moins, qui font pourtant vivre le quartier », dénonce l’élu, précisant que la direction d’Orange et le préfet vont être interpellés. Alladine Abdallah Salim, tête de liste LFI aux municipales dans le secteur, se dit lui aussi inquiet, mais estime qu’il est encore possible d’en sortir « par le dialogue et la concertation ». En attendant, la CGT Télécoms prévoit d’autres rassemblements.

    « Ils ont bien raison. Et nous alors, on y vit bien ici »

  • L’écrivain et ancien élu local communiste Roger Martin est décédé

    L’écrivain et ancien élu local communiste Roger Martin est décédé

    Il était une figure locale de la littérature, mais aussi un militant du Parti communiste français connu de bon nombre de Provençaux. Roger Martin est décédé, jeudi 29 janvier à l’âge de 75 ans après avoir été renversé par une voiture.

    Depuis plusieurs années, l’auteur de multiples romans et de bandes dessinées contribuait très régulièrement dans notre supplément magazine week-end, avec sa chronique “Le coin du polar”, dans laquelle ce passionné donnait à lire et à voir des thrillers qui avaient retenu son attention.

    Engagé en politique, il s’est évertué, durant des années, à contrer la montée du Front national (puis du Rassemblement national) lors des différentes campagnes électorales, qu’elles soient nationales ou locales, comme en 2014 à Carpentras où Roger Martin s’était engagé pour faire barrage à la Ligue du Sud et au FN.

    Sur les réseaux sociaux, les témoignages en hommage à sa vie et à son engagement affluent depuis l’annonce de son décès. Nous présentons nos condoléances à sa famille et reviendrons sur son parcours dans une prochaine édition.

  • Rolland Courbis rejoint son ami Gasset au paradis du ballon rond

    Rolland Courbis rejoint son ami Gasset au paradis du ballon rond

    Après le décès de Jean-Louis Gasset le 26 décembre dernier, le monde du football est à nouveau en deuil. Le Marseillais Rolland Courbis, ancien joueur et entraîneur de football, notamment de l’OM et de Bordeaux, est décédé à l’âge de 72 ans, a annoncé lundi la radio RMC, où il officiait comme consultant depuis 2005.

    Avant de devenir une voix et un personnage emblématique dans le paysage médiatique, Rolland Courbis évoluait au poste de défenseur central. Formé à l’Olympique de Marseille à la fin des années 1960, il a tenté l’aventure corse avec l’AC Ajaccio, puis un bref séjour en Grèce, sous les couleurs de l’Olympiakos, avant de s’installer plus durablement à Sochaux, puis à Monaco, où il sera deux fois champion de France (en plus d’un premier titre acquis avec l’OM en 1972).

    À l’origine de la reconstruction de l’OM

    Il terminera sa carrière avec le SC Toulon, club dont il en prendra la charge entre 1986 et 1990. Comme entraîneur, Courbis a roulé sa bosse. Il a coaché pas moins de 18 clubs différents, avec des expériences à l’étranger, notamment en Algérie (USM Alger), aux Émirats arabes unis (Al-Wahda) et en Suisse (FC Sion), sans oublier sa pige très éphémère à la tête de la sélection du Niger en 2012. Le Marseillais, qui a grandi dans les quartiers Nord de la cité phocéenne, notamment à Saint-Antoine et aux Aygalades, marquera l’histoire du football français pour sa célèbre « méthode Courbis », qui consiste à mener une politique de transferts effrénée partout où il est passé.

    En 1997, Rolland Courbis fait son retour à l’OM pour relancer une équipe en reconstruction après plusieurs saisons de crise. Il emmènera notamment les Phocéens jusqu’en finale de la Coupe de l’UEFA en 1999 et jusqu’à la deuxième place en championnat. Le match face à Montpellier cette saison-là, où ses protégés sont menés quatre buts à zéro à la mi-temps, a fait sa légende avec sa phrase devenue mythique. « Quand je pense qu’on va gagner 5 à 4 ! », prédisait-il à Louis Nicollin, président du club héraultais, avant le début de la seconde période. « Homme de caractère, de convictions et de terrain, il a toujours défendu un football vivant, généreux, porté par l’engagement collectif. Sa connaissance profonde du vestiaire, sa capacité à fédérer et à transmettre ont marqué des générations de joueurs. Marseillais de cœur, il incarnait un football populaire et vivant. Son accent, reconnaissable entre mille, portait une parole franche, directe, souvent passionnée, toujours sincère », a écrit l’OM sur ses réseaux. Par ailleurs, Roberto De Zerbi a profité de la conférence de presse de ce lundi pour rendre hommage à sa mémoire.

    Un personnage humain

    et tout aussi sulfureux

    Avec coach Courbis, on ne retiendra pas un entraîneur au palmarès bien rempli. Un titre de champion de France de D2 avec Ajaccio et deux trophées acquis avec l’USM Alger seront ses seuls lots de consolation.

    Mais le monde du football se souviendra de lui comme d’un grand meneur d’hommes, d’une grande gueule au franc-parler et d’un aventurier qui n’a jamais reculé devant le moindre défi. Il l’avait encore prouvé lorsqu’il était venu au chevet de l’Olympique Novais, en octobre dernier. « Un grand monsieur », comme l’a martelé Alain Soultanian, kinésithérapeute historique de l’OM, au micro de nos confrères de BFM Marseille Provence. « Partout où Rolland est passé, il a laissé des traces. C’est quelqu’un qui marque, on ne peut pas l’oublier. Il avait cet humour, il donnait de la joie. C’était quelqu’un de très particulier, mais de très humain », poursuit-il.

    Courbis était un personnage truculent, dont la vie a également été marquée par des affaires judiciaires : soupçonné d’avoir remporté plusieurs millions de francs au casino Palm Beach à Cannes en 1989 grâce à une fraude organisée impliquant des croupiers, impliqué dans l’affaire de la caisse noire du SC Toulon afin de dissimuler des revenus non déclarés issus de transferts de joueurs et de contourner les obligations fiscales, blessé par balle lors de l’assassinat de Dominique Rutily, président du FC Calvi et membre présumé du gang de la Brise de mer [groupe criminel corse], puis condamné à deux ans de prison ferme dans l’affaire des transferts suspects de l’OM en 2009 et pour recel d’abus de biens sociaux en 2014. « J’ai eu le temps de réfléchir : j’ai été stupide par moments sur ces 20 dernières années », avait-il déclaré sur RMC à sa sortie de prison. Le football l’a plongé dans cet univers, mais lui a également permis d’en sortir.

    Réactions

    Didier Deschamps,

    Sélectionneur de l’équipe de France de football

    « Avec la disparition de Rolland Courbis, le football français perd une personnalité attachante, chaleureuse, au caractère bien affirmé. Un fin connaisseur du football et de ses arcanes, mais aussi du jeu. Rolland a dirigé les meilleurs clubs français, je pense notamment à Bordeaux, Marseille, Lens ou Montpellier. C’était un vrai passionné. Et cette passion, il avait choisi de la transmettre, ces dernières années, derrière un micro. Avec un sens de la formule bien à lui. »

    Philippe Diallo,

    Président de la Fédération française de football

    « C’est une figure emblématique du football français, un personnage unique presque romanesque par son côté passionné, engagé, attachant et son franc-parler, qui disparaît aujourd’hui. D’abord comme joueur, sacré champion de France à trois reprises, puis entraîneur inventif et véritable “meneur d’hommes”, et enfin reconnu comme une voix incontournable dans les médias, il a accompagné et marqué de son empreinte le football français. »

    Benoît Payan,

    Maire de Marseille

    « C’était une voix, un tempérament, une passion pour l’OM et pour Marseille. Rolland Courbis s’en est allé, laissant une trace forte dans l’histoire du club et dans le cœur des supporters. »

    Zinédine Zidane,

    Légende de l’équipe de France de football et ancien milieu de terrain des Girondins de Bordeaux

    « Je suis triste, très ému… Il a énormément compté pour moi comme entraîneur et sur le plan humain ; c’était un mec très attachant, entier ! »

    Delio Onnis,

    Ancien attaquant et coéquipier à l’AS Monaco et au SC Toulon

    « C’était un phénomène comme personne, un rigolo, il me faisait toujours rigoler. On a passé de très bons moments. Tu ne t’ennuyais pas quand tu connaissais Rolland Courbis. Il était très farfelu, c’est ce qui faisait sa force, ce qui nous faisait rire. Des fois, il était sérieux évidemment, mais on se souvient des bons moments de la vie, pas des tristes. On était comme deux frères. »

    Jacques Bayle,

    Adjoint de Rolland Courbis à Rennes, à Montpellier, au FC Sion et à l’USM Alger

    « Avec Rolland, c’est une amitié de 50 ans. 50 ans de football avec des moments que l’on a passés dans le rire, et parfois dans la détresse. Parce qu’il a eu des moments difficiles. Mais on ne va que retenir la joie et l’homme qu’il était au niveau footballistique. Ce n’était pas qu’un meneur d’hommes, il avait des compétences techniques et tactiques hors du commun. Il avait un esprit très puissant. Et il n’a pas rien gagné comme beaucoup de gens disent, parce qu’il a réussi 90% de ses objectifs. »

  • Gardanne pleure Jeannot Menfi, l’ouvrier devenu adjoint au maire

    Gardanne pleure Jeannot Menfi, l’ouvrier devenu adjoint au maire

    Son nom est souvent revenu dans nos colonnes : Jeannot Menfi, ancien mineur, militant communiste et cégétiste, élu aux côtés du maire communiste Roger Meï, comme conseiller municipal en 1983, puis adjoint au maire jusqu’en 2020 notamment en charge, selon les mandats, de l’urbanisme, les travaux, le logement, le patrimoine, le cimetière et les anciens combattants.

    « Jeannot » comme tout le monde l’appelait, s’est éteint dimanche. Et nombreux sont ceux à le pleurer. La section de Gardanne du Parti communiste français tout d’abord, qui salue la mémoire d’un militant qui « avait un profond attachement à sa ville et à son histoire », qui au cours de ses mandats, « a toujours fait preuve d’une profonde humanité et d’un souci constant de l’intérêt des habitants de Gardanne et de Biver ». « Il nous laisse le souvenir d’un homme humble qui a contribué à faire notre ville la ville solidaire et active qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être », conclut le communiqué.

    La municipalité également lui a rendu hommage, saluant une « figure emblématique de la ville », un « homme humble et reconnu pour son engagement constant et son sens du travail au service de la commune ».

    La Marseillaise adresse ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches.

  • [Rétro 2025] Disparition de Damien Alary (PS)

    [Rétro 2025] Disparition de Damien Alary (PS)

    7 ans député, le frêchiste gardois aura passé sa vie au service de la République. Carole Delga, qui lui a succédé à la Région en 2016, a salué celui qui avait « l’intérêt général et l’esprit de responsabilité chevillé au corps. Il aimait surtout la vie et les gens. Damien c’était une allure, un regard, une voix qui comptait dans le combat pour la République et contre l’extrême droite ».

  • OM : Jean-Louis Gasset s’en est allé à l’âge de 72 ans

    OM : Jean-Louis Gasset s’en est allé à l’âge de 72 ans

    Un grand monsieur a rejoint le paradis du ballon rond. Jean-Louis Gasset, ancien joueur qui a passé la quasi-totalité de sa carrière à Montpellier, avant de se reconvertir comme entraîneur, est décédé ce vendredi matin à l’âge de 72 ans.

    « J’ai appris avec une grande tristesse le décès de Jean-Louis Gasset, ancien joueur et entraîneur du Montpellier Hérault Sport Club. Profondément amoureux « de la Paillade » que son père avait cofondé avec Louis Nicollin, il avait accepté de sortir de sa « retraite » il y a quelques mois encore pour reprendre place sur le banc de touche et tenter de sauver le club d’une relégation annoncée », indique Michaël Delafosse, le maire de Montpellier.

    Le club héraultais a rapidement confirmé le décès d’une de ses plus illustres figures. « Le MHSC a appris ce jour avec une immense tristesse la disparition de Jean-Louis Gasset. Fils de Bernard Gasset, l’un des membres fondateurs du club pailladin aux côtés du président Louis Nicollin, Jean-Louis a successivement été joueur, éducateur puis entraîneur de l’équipe à trois reprises, la dernière d’octobre 2024 à avril 2025. »

    De son côté, l’Olympique de Marseille a fait part de « sa grande tristesse » à l’annonce de la nouvelle : « Le club perd aujourd’hui bien plus qu’un entraîneur : il perd un homme de football respecté, un technicien d’expérience, et une figure profondément attachée aux valeurs humaines de ce sport », déclare le club en lui rendant un hommage très appuyé.

    Après avoir commencé sa carrière d’entraîneur à « La Paillade », Jean-Louis Gasset a été l’adjoint de Luis Fernandez à Istres, avant de collaborer avec Laurent Blanc aux Girondins de Bordeaux, au Paris Saint-Germain et en équipe de France. Avec le «Président», l’ancien milieu de terrain a réalisé à quatre reprise le triplé historique « Championnat de France, Coupe de la Ligue, Trophée des champions » (une fois avec Bordeaux en 2008-2009 et trois fois avec le PSG de 2014 à 2016).

    Après avoir obtenu son diplôme d’entraîneur professionnel en 2017, « Papy Gasset » a repris en main Montpellier, Saint-Etienne et Bordeaux en tant qu’entraîneur principal. Il n’est jamais resté plus de deux saisons dans l’un de ces trois clubs. Sa carrière d’entraîneur a connu un nouveau rebond en 2022, lorsqu’il devient le sélectionneur de la Côte d’Ivoire. Il a démissionné de son poste d’entraîneur au cours de la Coupe d’Afrique des Nations 2023, suite à des contre-performances face au Nigéria et à la Guinée Equatoriale, alors que les Éléphants ont fini par remporter la compétition.

    L’Olympique de Marseille lui met le grappin dessus dans la foulée, pour assurer l’intérim de Gennaro Gattuso lors de la deuxième partie de la saison 2023-2024, où il emmène les Olympiens jusqu’en demi-finale de la Ligue Europa à Bergame. Après avoir annoncé pour la deuxième fois de sa carrière sa retraite d’entraîneur, il a quand même fini par tenter de sauver son club de cœur, Montpellier, d’une descente quasi inévitable en Ligue 2. Il n’a finalement pas réussi sa mission, mais cette dernière aventure a démontré, si besoin, que Jean-Louis Gasset était un homme de défis.