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  • Des parlementaires au chevet des cœurs de ville

    Des parlementaires au chevet des cœurs de ville

    Sur la rue de la République, célèbre pour ses façades haussmanniennes, les devantures flambant neuves côtoient les rideaux tirés et les locaux vides. Sur cette artère importante du 1er arrondissement de Marseille, le problème de la vacance commerciale est particulièrement prégnant. C’est la raison pour laquelle le député (PS) des Bouches-du-Rhône, Laurent Lhardit, a décidé d’y faire une audition décentralisée dans le cadre d’un rapport parlementaire sur l’avenir des commerces de proximité.

    « Sur la rue de la République, on a un taux de vacance de 25 % d’après nos estimations », affirme Corneille Fondjo, dirigeant de quatre agences immobilières dans le centre de Marseille et membre de l’association des commerçants de la rue de la République. Un taux largement au-dessus du niveau national, qui est de 14 % et de Marseille qui est de 20 %. Accompagné de son co rapporteur, le député (LR) de Haute-Loire, Jean-Pierre Vigier, Laurent Lhardit a échangé avec les commerçants aux sujets de leurs problématiques.

    5 000 euros par mois

    Si certains évoquent la crise économique, la concurrence d’internet ou des locaux parfois vétustes, tous sont unanimes : leur principal souci est les loyers trop élevés. Mehdi Bouzghaia a ouvert son salon Le barbier de Marseille en 2019 sur la rue. « Notre activité fonctionne bien, mais on a envie de partir tellement on paye cher », se désole le gérant. Même son de cloche dans la boutique Cloclo et Chacha, qui vend jouets et objets de puériculture. Gaelle Genaud a ouvert sa boutique il y a un an et paye 5 000 euros par mois pour 130 m2 : « Au début, j’avais la trésorerie, mais j’ai eu un dégât des eaux et ça a tout foutu en l’air. J’ai des dettes envers l’ancien bailleur maintenant, et je ne sais pas comme on va s’arranger avec le nouveau ». Tout comme Medhi Bouzghaia, elle fait partie des boutiques dont le bailleur a changé (cf encadré).

    Des problématiques de loyers trop élevés qui viennent de l’achat de plus en plus fréquent de locaux par des holdings foncières, dont la rue de la République en a été le triste exemple. « Ces foncières n’achètent que pour spéculer, donc ils font monter les loyers. Et lorsque les locataires ne payent pas ça ne les dérange pas, puisqu’ils défiscalent », se désole le député des Bouches-du-Rhône. Le plafonnement des loyers serait l’une des recommandations des parlementaires pour protéger les commerces de proximité.

    Diversité commerciale

    Une manière de permettre à plus de commerçants de s’installer et ainsi recréer une synergie entre les boutiques. « Les commerces attirent les commerces. Rue de la République, comme il y a beaucoup de locaux vides [notamment à cause des prix] on ne flâne pas dans cette rue donc c’est plus compliqué », explique la gérante de la boutique de puériculture. Pour Jean-Pierre Vigier, la diversité des commerces est également essentielle afin de revitaliser efficacement le centre-ville. L’importance de l’implantation de services publics tout comme une plus grande équité fiscale contre les plateformes de commerce en ligne seront également des pistes de réflexion. Le rapport devrait être présenté devant la commission des affaires économiques en juillet pour tenter de faire rebattre le cœur des villes.

    Un nouveau propriétaire de rue de la République

    Fin du mois d’avril dernier, l’entreprise lyonnaise Régie du commerce, a racheté 129 boutiques de la Rue de la République à l’entreprise Commerces de la République. Le nouveau bailleur est notamment spécialisé dans le rachat de centres commerciaux avec un fort taux de vacance qu’il redynamise en baissant les loyers. Rebecca Bernadi, adjointe (PM) au maire de Marseille en charge du commerce affirme que « son discours est plutôt rassurant ». Les commerçants touchés par le changement de bailleur espèrent trouver un propriétaire plus à l’écoute de leurs problématiques et qui réduira leur loyer afin de redynamiser cette emblématique rue.

  • [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    L’extrême droite par la voix du porte-parole de Vox au Parlement catalan, Joan Garriga, estime qu’être espagnol c’est avoir les deux parents espagnols, ce que ne dit pas la loi. Une déclaration qui se situe dans le contexte du débat sur la priorité nationale que veut imposer le parti pro franquiste dans les régions.

    C’est au Parlement de Catalogne que le député d’extrême droite, Joan Garriga, porte-parole de Vox a affirmé récemment « est espagnol celui qui est né de père et mère espagnols ». Le Roi Felipe VI appréciera, lui dont la mère est Sophie de Grèce, elle-même fille de Paul Ier de Grèce et de la princesse Frédérika du Danemark. Plus sérieusement, ces héritiers idéologiques de Franco ne supportent pas la récente décision du gouvernement de régulariser plus de 500 000 étrangers dans des conditions très réglementées. Culturellement, économiquement, humainement l’Espagne a tout à gagner à régulariser les immigrés qui sont exploités par des patrons voyous proches de l’extrême droite. Régulariser ne veut pas dire naturaliser, mais quand bien même, un travailleur qui contribue à la prospérité d’un pays, devrait avoir les mêmes droits qu’un Espagnol « pure souche ». Mais pour ces partis de droite et d‘extrême droite, au service des exploiteurs de main-d’œuvre immigrée, l’étranger n’est bon qu’à permettre d’engendrer du profit et s’il est sans-papiers c’est encore mieux, car plus corvéable à merci comme dans la province de Castellon où un réseau de trafic d’êtres humains a été démantelé par la Guardia Civil courant avril. 70 travailleurs immigrés sans-papiers étaient logés dans des conditions indignes et travaillaient 12 heures par jour sur des exploitations agricoles.

    Pour revenir aux déclarations des députés catalans d’extrême droite, la palme revient à celle d’Alberto Tarradas du même parti que Joan Garriga qui, lui, a fait référence en séance parlementaire, au slogan raciste de supporters, lors du match amical Espagne Égypte : « Qui ne saute pas est musulman. » Ce triste sire de Vox, a ainsi interpellé la députée de Esquerra Republicana Catalana (ERC) Najat Driouech, qui est de confession musulmane au cours d’un débat parlementaire, le député devait ajouter « si vous ne sautez pas ce n’est pas grave, on ne vous déportera pas pour ça, tout au moins pour le moment… ». Pour le moment l’Espagne et son gouvernement de gauche ne sombrent pas dans l’ignominie trumpiste relayée par les sbires de Vox, elle fait preuve d’humanisme et de pragmatisme.

    La nationalité n’exige pas « la pureté du sang ». Si un étranger vient s’installer et répond aux critères légaux, il pourra prendre la nationalité espagnole, comme ça était le cas des parents du jeune et célèbre footballeur du Barça, Lamine Yamal, qui aujourd’hui est espagnol.

    Et puis, rappelons un point d’histoire qui a marqué ce pays. Ces étrangers qui sont venus de 53 pays pour défendre la République, il y a 90 ans, alors qu’elle était agressée par le fascisme, ces femmes et ces hommes des Brigades Internationales qui ont versé leur sang pour la paix, la justice, la liberté, fidèles à ces valeurs universelles, méritaient la nationalité espagnole. Elle fut accordée sous la pression des associations mémorielles, en 1996 par le gouvernement socialiste de l’époque, à 600 brigadistes survivants dont 80 Français. Une décision qui faisait écho 58 ans plus tard au discours d’adieu aux brigades internationales prononcé par Dolorès Ibarruri « la Pasionaria » le 1er décembre 1938 « … Camarades des Brigades Internationales ! (…) Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez ! ». Je ne sais pas vous, mais moi c’est cette Espagne humaine et chaleureuse que j’aime, vivement des lauriers victorieux pour une nouvelle République espagnole.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    Une semaine après être sorti du silence qu’il s’est imposé après la mort à Lyon du militant identitaire et avoir fait son retour à l’Assemblée nationale, le député d’Avignon accorde à La Marseillaise un entretien exclusif. Conséquence et implication sur le drame, retour à l’Assemblée, bilan des municipales… le fondateur de la Jeune Garde n’élude aucun sujet.

    La Marseillaise : Juste après la mort du militant identitaire à Lyon, votre première réaction c’est de dire « ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue », pourquoi ?

    Raphaël Arnault : J’ai commencé mon militantisme parce que je me suis trouvé à plusieurs reprises nez à nez avec l’extrême droite, notamment à partir de 2010, où il y a des violences terribles. C’est la première fois que je vois des gens faire des saluts nazis dans les rues… En 2013, il y a la mort de Clément Méric à Paris. Et à Lyon, il y a des violences extrêmement fortes, notamment des coups de couteau. Plusieurs jeunes sont passés pas loin de la mort. Donc j’ai toujours pensé qu’il pouvait y avoir un mort, pas forcément dans ce sens-là. C’était une évidence qu’il y aurait un drame.

    Pourquoi ensuite avoir choisi le silence pendant un mois et demi ?

    R.A. : C’est une multitude de choses. Émotionnellement, ça a été très dur, parce que ça traversait plein de choses que j’avais pu vivre aussi personnellement. J’ai souvent été menacé, avec des couteaux. Le jour où j’apprends mon investiture pour les législatives, 40 militants d’extrême droite m’attendent à la gare, avec des matraques télescopiques, des gazeuses… J’avais besoin d’une mise en retrait. Je n’avais pas la sensation non plus que prendre la parole aurait permis d’apaiser les choses. On savait pas exactement ce qui s’était passé même si j’avais la certitude que le récit de l’extrême droite n’était pas le bon. Mais je n’avais pas envie de m’aventurer dans des pronostics hasardeux et potentiellement assimilables à du mensonge. Prendre la parole aurait pu être une option mais au vu du défouloir médiatique qui se mettait en place, avec le récit de l’extrême droite repris de A à Z et des néonazis invités sur les chaînes de télé, la défiance était extrêmement forte.

    Avez-vous le sentiment qu’il est plus facile aujourd’hui de se revendiquer fasciste qu’anti fasciste ? À quoi serait due cette inversion des valeurs ?

    R.A. : C’est ce qui a été tenté. En premier lieu par les militants d’extrême droite et, dans une autre mesure, par des médias dominants appartenant aux milliardaires, en attrapant une partie du bloc central, des macronistes. Jusqu’à présent, antifascistes et fascistes étaient mis sur un même piédestal. Là, ce drame a été instrumentalisé pour diaboliser encore plus les antifascistes et à, l’inverse, réhabiliter les néonazis. Il y a une radicalisation du champ politique et médiatique dans son ensemble, avec un glissement et une volonté de diaboliser, de criminaliser la parole de gauche de façon générale, de résistance si possible. Même ici la liste du socialiste David Fournier, alliée à toutes les composantes de la gauche, a été classée comme d’extrême gauche au second tour par la préfecture ! Avec la présidentielle, la diabolisation faite sur la France insoumise va être encore plus démesurée. Mais ce sont les idées qui sont portées derrière, il y a une réelle volonté de détruire la gauche aujourd’hui. S’il y a une violence qui s’accentue dans la société du fait que l’extrême droite avance, on n’est pas dans une société qui a connu, comme au siècle précédent, des vagues de guerre, en tout cas sur le territoire français. Donc si l’extrême droite s’arme, il n’y a pas le niveau de violence qu’il pouvait y avoir au siècle précédent. Mais en tout cas, les dynamiques politiques à l’œuvre sont très sensiblement les mêmes. La presse était aux mains des grands industriels à l’époque, il se disait d’ailleurs « plutôt Hitler que le Front populaire ». La stratégie des libéraux était de donner le pouvoir à Hitler un moment, puis le reprendre. Si à la présidentielle l’extrême droite prend le pouvoir, on aura toujours des moyens de résister et d’éviter justement de tomber dans une société fasciste des pires horreurs. Pour en revenir à Lyon, oui il y a eu un drame et il faut que justice se fasse et en tirer le bilan. Mais il y a eu aussi une contre-mobilisation de gens qui ne perdent pas la boussole et refuse la droite radicale comme projet de société. Cela a permis aussi à tout un tas de personnes d’ouvrir les yeux en se disant ah oui, en fait, il existe vraiment des gens qui se revendiquent du nazisme, qui le portent, qui le disent ouvertement qui mènent des actions politiques en fonction de cette idéologie politique.

    L’affaire aurait-elle eu un tel retentissement si les rôles avaient été inversés avec un antifa tué et l’implication supposée d’un proche d’un député RN ?

    R.A. : Il y aurait eu de l’émotion et de la mobilisation chez les nôtres. Par contre, le traitement médiatique et politique, aurait été tout autre. On l’a vu avec l’assassinat du rugbyman argentin Martin Aramburu. C’était par arme à feu, réellement recherché, pas à la suite d’un affrontement. À quelques semaines de la présidentielle 2022, ça aurait pu déclencher quelque chose, médiatiquement et politiquement, mais rien. Le meurtre a été commis par des membres du GUD, qui se prennent en photo avec des proches du Rassemblement national, dont on sait les liens avec Marine Le Pen. Pareil sur le meurtre de Djamel Bendjaballah [dans le Nord en août 2024 par un militant d’extrême droite accusé d’avoir proféré des injures racistes], rien ne se passe à l’Assemblée nationale. Or là, le drame lyonnais a entraîné un hommage à l’Assemblée nationale pour des gens qui veulent détruire l’Assemblée nationale, qui sont de l’Action française, qui crient à mort la République. Quand on me dit que ça dérange de voir des antifas à l’Assemblée, je me retirerai le jour où il n’y a plus de fascistes, néonazis ou royalistes en son sein.

    Le jour du drame, vous étiez à l’Assemblée. Que faisait votre collaborateur à Lyon ?

    R.A. : Il y a eu beaucoup de questions, à raison. Déjà, Jeff [Jacques-Elie Favrot] travaille à mi-temps et il venait d’emménager à Lyon. Je ne connais pas les circonstances qui font qu’il s’est retrouvé pile dans cet affrontement et je n’étais pas au courant qu’il se rendait à Lyon. On est une équipe de 4-5, je connais les tâches de chacun mais pas leur emploi du temps à la minute. Après le drame, j’ai très brièvement échangé par message avec lui où il me dit ne pas être responsable de la mort de Quentin Deranque et se met en retrait de son activité de collaborateur.

    Jacques-Elie Favrot est plus qu’un simple collaborateur, c’est un vrai compagnon de route pour vous. Ne ressentez-vous pas une responsabilité morale face au drame ?

    R.A. : En tant qu’individu non, je ne suis pas responsable. J’étais en train de voter à l’Assemblée nationale, je n’étais pas au courant de ce qui allait se passer et de l’implication ou non de Jacques-Elie Favrot. La justice nous dira exactement ce qu’il en est parce qu’il y a beaucoup de fantasmes, beaucoup de choses à débunker. En tant que responsable politique et notamment antifasciste, on a des comptes à rendre, pas sur ce drame-là mais de façon générale, on a des responsabilités sur tout ce qui se passe. Je n’ai jamais voulu qu’une telle chose se produise et j’aurais tout fait pour l’éviter. On peut s’interroger sur le rôle de la Jeune Garde, est-ce qu’on a mis assez de garde-fous pour éviter ce genre de drames ? On a beaucoup parlé de ma condamnation, typiquement à ce moment-là je fais tout pour que le jeune en face de moi en lien avec 80 néofascistes qui viennent d’attaquer un rassemblement lesbien ne se prenne pas de coup. Je ne lui en porte pas, je l’agrippe, ce qui n’est pas bien, mais je ne lui mets pas de coup. Il faut tout faire pour éviter de tomber dans une violence qui mène à ce type de drame. La responsabilité est à toutes les échelles. À raison on a ciblé les personnes qui ont participé à l’affrontement mais il y a des choses très inquiétantes : le ministère de l’Intérieur ou le procureur avaient plus d’information que moi au moment où ça se passe. Ce qui fait froid dans le dos, c’est que les renseignements territoriaux savaient, une heure avant l’affrontement, ce qu’il pouvait se passer, ils les ont suivis, laissés s’approcher. À l’inverse, si des militants de gauche avaient voulu s’approcher d’un meeting du RN pour en découdre, en deux minutes ils auraient été en garde à vue. Je ne dis pas que la responsabilité du ministère est engagée, je dis qu’ils avaient des informations pour éviter un drame. Mais il y a eu des mensonges. Quand le procureur explique qu’il n’y a pas eu de rixe, ce n’est pas vrai alors qu’il a tous les éléments des renseignements territoriaux. Pareil, le ministre de l’Intérieur ment ostensiblement en disant que la France insoumise pourrait être embêtée par cette affaire alors qu’il sait que le groupe, a priori, n’a pas du tout été en lien avec la conférence. Tout cela parce qu’il y a des intérêts politiques derrière.

    Croyez-vous que la mort de Quentin Deranque porte un coup à l’antifascisme ? La Jeune Garde a-t-elle un avenir ?

    R.A. : Dans un premier temps, vu la déflagration médiatique, politique j’ai eu peur de cela. Aujourd’hui, plus du tout. L’antifascisme est bel et bien vivant, pas par plaisir, par simple solidarité ou volonté romantique de l’histoire autour de Missak Manouchian, mais par nécessité. On ne peut pas effacer ce qui se passe aux États-Unis ou qu’on mette en justice un journal comme La Marseillaise qui vient simplement dénoncer les accointances avec l’extrême droite la plus radicale d’un député RN. Des gens viennent me voir, me sollicitent et me disent « Tenez bon ». Si des gens pensent qu’en écartant la Jeune Garde, en écartant ma députation, ça éteindrait l’antifascisme… non. Alors oui, on prend des coups, c’est dur. Quant à la Jeune Garde, on attend la décision du Conseil d’État suite à notre recours mais au vu du contexte médiatique et politique, on n’a pas beaucoup d’espoir.

    Est-ce que cette séquence remettrait en question votre engagement politique ou modes d’actions militantes ?

    R.A. : Cela vient requestionner plein de choses, même l’engagement de façon générale parce que c’est énormément de sacrifices. Là où il y a à la fois beaucoup de frustration, d’horreur et de tristesse, c’est qu’avec la Jeune Garde nous avions tout mis en place, d’un point de vue organisationnel, de service d’ordre, pour que justement ce genre de choses n’arrive jamais. Et cela intervient au moment où la Jeune Garde n’existe plus… Je ferai tout pour que les organisations antifascistes actuelles ou futures mettent en place des outils qui permettent d’éviter ce type de drame. Mon objectif n’est pas de recréer une Jeune Garde bis. Pendant mon silence, l’antifascisme ne s’est pas arrêté. J’en suis une des incarnations actuelles, mais on a bien vu le nombre de personnes qui ont pris la parole. À Lyon, il y avait plus de 10 000 personnes dans la rue, mais je n’y étais pas. Je n’ai pas appelé à la manifestation. C’est bien que l’antifascisme vit en dehors de ces organisations.

    Comment avez-vous vécu votre retour dans l’hémicycle, n’avez-vous jamais songé à démissionner ?

    R.A. : La question de l’engagement s’est posée à tous les étages mais à aucun moment, je me suis convaincu d’options aussi radicales. Rapidement, les retours que j’ai eus, au-delà des menaces de mort, beaucoup de gens me disaient « ne lâche rien ». Que ma députation interroge, je l’entends. Ça vient ramener une radicalité contre l’extrême droite qui peut être dérangeante. Mais quand je vois les dingos qu’il y a en face, comme le collaborateur néonazi [Vincent Claudin] ça m’a rappelé aussi pourquoi est-ce que j’ai eu envie d’aller à l’Assemblée nationale. Me retirer ce serait une erreur politique folle. Le retour dans l’hémicycle n’était pas forcément évident, car très rapidement, j’ai été désigné comme un ennemi, mais il fallait le faire. Je n’ai pas prévu précisément une prise de parole. Je continue les combats en circonscription, comme par exemple sur la fermeture de classes où ce matin j’étais à Saint-Chamand. J’ai des nœuds dans le ventre parce que c’est la conséquence du vote du budget non censuré.

    Est-ce que le drame a pesé défavorablement pour la gauche aux municipales d’Avignon ?

    R.A. : Ce qu’il y a eu de plus terrible, je ne parle pas forcément ici spécifiquement, mais au niveau national, c’est qu’une partie de la gauche tape sur une autre partie de la gauche de façon incessante, en contribuant à diaboliser la France insoumise. Ça oui, ça explique en partie la défaite par une démobilisation de l’électorat de gauche. On se vautre dans ce qu’il y a de pire derrière. Le PS fait l’erreur de croire qu’il va passer entre les mailles du filet mais si demain il n’y a plus LFI, après ce sera eux. Ça tombe par étapes. À Avignon derrière, la droite s’en est servie et Olivier Galzi a remobilisé, y compris un électorat du RN, sur des bases de tout sauf la gauche. Ce qui est certain c’est que le drame de Lyon n’a pas aidé politiquement, mais je n’ai pas la sensation que la France Insoumise en a pâti. La liste de Mathilde Louvain a manqué de 200 voix d’être en tête à gauche, on a quadruplé notre score par rapport à 2020. LFI devient une force de gauche plus qu’incontournable à Avignon avec plein de choses intéressantes à développer. En revanche, le second tour n’a pas réussi à créer de dynamique, la droite a surmobilisé et la gauche n’a pas su faire le plein. Peut-être que si j’avais pu être plus investi dans cette campagne, sans dire qu’en mon nom il y aurait eu une explosion de voix, la dynamique aurait pu être plus grande. J’ai vécu une campagne par procuration, comme mon vote.

    Quel regard portez-vous sur Olivier Galzi, qui avait appelé à votre démission, disant que vous déshonoriez la République ?

    R.A. : En tant que député, j’ai ce rôle de rencontrer le maire de la ville. Je m’autorise à discuter avec lui car il n’est pas RN même si la frontière est fine. D’un point de vue politique je n’ai pas vraiment de grandes leçons à recevoir de ce qu’il faudrait faire dans la période vis-à-vis des fascistes. J’invite Olivier Galzi à aller voir la stèle de Missak Manoukian, à réfléchir un peu sur qui était ce personnage, comment l’aurait-il considéré. Que ces gens-là se resituent un peu historiquement. Qui sont les véritables ennemis ? Est-ce qu’ils le sont véritablement pour la République et la démocratie ? Des choses m’ont choqué dans la façon de faire campagne, l’agressivité permanente. J’ai hâte aussi du bilan. Tous ces gens de droite qui disent, il faut revitaliser le centre-ville, mais ce n’est pas à cause de deux pistes cyclables que les gens ne vont plus dans les commerces. Espèce de Tartuffe, il n’y aura pas à nouveau des milliers de personnes qui iront en centre-ville pour aller dépenser, parce qu’il y a une situation économique due à la politique de ces gens-là, qui font que les habitants sont dans une précarité.

    En Vaucluse, les municipales ont vu un recul de la gauche et une percée du RN…

    R.A. : Les gens ont besoin d’une alternative clairement différente de ce que proposent justement les extrêmes droites, de radicalement opposé, sinon, on n’y arrivera pas. Ce sera une agonie lente de notre camp qui n’arrive plus à se mobiliser, parce qu’il y a un manque d’espoir. On est dans un département où c’est difficile, ça l’est encore un petit peu plus. C’est à nous de construire la mobilisation et de créer quelque chose, notamment dans les quartiers populaires d’Orange ou Cavaillon où la mobilisation électorale est très faible.

    Vous avez fleuri ce mardi matin la stèle hommage à Missak Manouchian, résistant, communiste, apatride « français de préférence ». Que retenez-vous de son parcours ?

    R.A. : Il n’a pas lâché malgré le fait qu’il était mis au ban de la société et a démontré une capacité de résistance, de résilience et de dignité. Dans un moment où tout le monde perd sa boussole, il y en a qui la gardent au mépris de tout, au péril de sa vie. Quand on rend hommage à Missak Manouchian, il y a une volonté de s’inscrire dans cette histoire politique sans avoir la prétention du même niveau de sacrifices. Il faut aussi rappeler que Missak Manouchian et les siens étaient considérés comme terroristes à l’époque. Là, il y a du monde pour les cérémonies, il a même été panthéonisé. Mais à l’époque, il y avait qui pour le défendre ? Personne. Et je pense qu’il y aurait eu un paquet de gens, y compris à gauche, pour remettre en cause ses méthodes.

  • Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Si les deux locomotives régionales Toulouse et Montpellier ont réélu leur maire (Jean-Luc Moudenc et Michaël Delafosse), plus de la moitié des grandes villes d’Occitanie ont changé d’édile.

    Parce qu’ils ne se représentaient pas ou qu’ils ont été battus, 14 maires des 27 villes de plus de 20 000 habitants ont laissé la place. Le grand vainqueur est l’extrême droite, qui, après Béziers (2014), Beaucaire (2014) et Perpignan (2020), fait main basse sur
    5 nouvelles villes : Montauban (Didier Lallemand), Carcassonne (Christophe Bathès), Castres (Florian Azéma), Agde (Aurélien Lopez-Liguori) et Bagnols-sur-Cèze (Pascale Bordes).

    La droite récupère Millau (Christophe Saint-Pierre) au PS. Les Républicains dirigeront toujours Castelnau-le-Lez mais avec Julien Miro. Des maires centristes dirigeront Tarbes (Pascal Claverie), Rodez (Stéphane Mazars) et Cugnaux (Aurélien Andreu-Seigné). Enfin, outre Nîmes (Vincent Bouget), la gauche sera aux affaires à Auch (Camille Bonne), Plaisance-du-Touch (Florence Queval) et Cahors (Vivien Coste).

    Touchés par le cumul des mandats, 4 députés RN et 1 Renaissance vont laisser la place à leur suppléant. Dans le Gard Nicolas Meizonnet (Vauvert) passe la main à Caroline Devaux et Pascale Bordes (Bagnols/Cèze) à Catherine Dellong Meng. Dans l’Hérault, Bernard Chaumeil remplace Aurélien Lopez-Liguori (Agde). Dans l’Aude, Édouard Jordan supplée Christophe Barthès (Carcassonne). Et dans l’Aveyron, Pauline Cestrières (Renaissance) remplace Stéphane Mazars (Rodez).

  • Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Avec l’assise des 40,73% de J-L. Mélenchon à la dernière Présidentielle, Nathalie Oziol apercevait une porte entrouverte vers la mairie de Montpellier. Fort de sa notoriété et de sa réussite insolente dans les affaires, Mohed Altrad s’imaginait déjà régner sur le Clapas, tel un Georges Frêche de droite. Mais les municipales et les scrutins nationaux répondent à des logiques différentes et on ne gère pas la 7e ville de France comme une multinationale.

    Telle est la leçon que les électeurs ont donnée à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), sèchement battus dimanche 22 mars dans la triangulaire qui les opposait au maire socialiste sortant, Michaël Delafosse (50,13%).

    Peut-être que les réseaux socialistes tissés par Georges Frêche et que Mohed Altrad rêvait de court-circuiter sont toujours solides à Montpellier. Peut-être qu’en dépit de certains couacs, le bilan de M. Delafosse était suffisamment convaincant pour rendre impossible un scénario dégagiste dont avait été victime Philippe Saurel en 2020. Il n’en demeure pas moins que Nathalie Oziol et Mohed Altrad ont, chacun à leur façon, loupé leur campagne.

    La députée Insoumise a mis du temps a asseoir sa légitimité dans son propre camp, au départ coupé en trois, avant de faire front. Ensuite, l’angle très agressif, parfois caricatural choisi par N. Oziol contre le maire n’a pas permis d’élargir son potentiel électoral ni de réveiller les quartiers populaires. D’aucuns ont eu le sentiment qu’elle menait une campagne nationale anti-PS pour préparer le terrain à Mélenchon. Côté Altrad, la crédibilité a clairement fait défaut après 6 ans à déserter les bancs de l’opposition puis à esquiver les débats publics. Sa liste agglomérat des déçus de P. Saurel ou du macronisme avait tout d’un règlement de comptes personnel dans le conflit qui oppose le milliardaire à M. Delafosse pour son refus de vente du stade de rugby. Le signe qu’en politique l’argent ne suffit pas.

    Avec 7 de leurs colistiers, N. Oziol et M. Altrad siégeront donc sur les bancs de l’opposition. Enfin, pour M. Altrad, rien n’est moins sûr. R.C

  • Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Perceptible dès le soir du 1er tour où Aurélien Lopez-Liguori était arrivé largement en tête (38,44%), la catastrophe a bien eu lieu, dimanche 22 mars en Agde. Le sage retrait du maire sortant Sébastien Frey (3e avec 20,74%) n’y a rien fait. La « perle noire de la Méditerranée » s’est fait emporter par une vague brune. Dans son duel qui l’opposait au médecin agathois divers droite Thierry Nadal (45,13%), Aurélien Lopez-Liguori (54,87%) l’a emporté avec 1 652 voix d’avance et une participation correcte (64,75%) qui ne laisse aucune place au doute.

    Quatrième ville la plus peuplée du département, Agde est donc la première ville héraultaise à basculer aux mains du RN. Terrible pour les habitants de ce territoire sinistré qui compte l’un des taux de chômage les plus élevés de France (17,6%). Mais est-ce bien étonnant ? Dès 2007, Agde avait massivement plébiscité N. Sarkozy (62,47% au 2e tour). Aux deux dernières Présidentielles de 2017 et 2022, M. Le Pen est chaque fois arrivée en tête contre E. Macron (54,37% puis 60,14%).

    Si bien qu’aux législatives 2022, l’élection du député RN Aurélien Lopez-Liguori (59,19%) au 2e tour contre le communiste Gabriel Blasco n’avait surpris personne. Pas plus que sa large réélection aux législatives anticipées de 2024. Ce qu’on n’aurait pas imaginé en revanche, c’est que le député RN soit reconduit dès le 1er tour (51,66%).

    A. Rivière (PS) contre le RN ?

    Nul besoin de se remémorer le score famélique de la gauche au 1er tour de ces municipales (Arthur Labatut 6,52%) pour savoir que depuis longtemps Agde penche très à droite. Mais jusqu’ici, Les Républicains gardaient la main localement. La folie des grandeurs de l’ancien maire démissionnaire (31 mai 2024) Gilles d’Ettore, mis en examen dans l’affaire de la voyante Sophia Martinez, a provoqué la bascule. Comptable aux yeux des électeurs de cette politique favorable aux promoteurs, son successeur depuis près de 2 ans, Sébastien Frey, n’a pas réussi à incarner le renouveau à droite. Du pain béni pour Lopez-Liguori qui laisse son siège de député à son suppléant, Bernard Chaumeil.

    Reste à savoir si l’ombre de l’extrême droite peut s’étendre jusqu’à l’Agglo Hérault Méditerranée. Brillamment réélu au 1er tour à Pézenas et en réflexion, Armand Rivière pourrait avoir des ambitions. Mais le socialiste n’a que 5 sièges à l’Agglo plus les 3 de son homologue PS Vincent Gaudy reconduit à Florensac contre 13 acquis au RN avec Agde. D’autant que le maire DVD de Bessan (4 sièges), Stéphane Pépin-Bonet, a de bonnes relations avec Lopez-Liguori. Sachant qu’il faut 30 sièges pour prendre l’Agglo, le choix des maires de Portiragnes, Lézignan ou Saint-Thibéry (…) sera prochainement décisif.

  • Agde en passe d’être submergée par la marée noire

    Agde en passe d’être submergée par la marée noire

    Douze ans après Béziers, la quatrième ville de l’Hérault va-t-elle basculer à l’extrême droite ? Le scénario n’a plus rien d’une science-fiction. Longtemps endigué par la droite aux municipales, le vote RN est désormais décomplexé en Agde, où Aurélien Lopez-Liguori s’était offert un spectaculaire bain de foule aux côtés de Jordan Bardella début février.

    L’image avait choqué les progressistes et ne s’est pas démentie dans les urnes. Depuis dimanche 15 mars, c’est bien le député RN qui caracole en tête avec 38,44% et 6 381 voix. Soit 2 840 de plus que son premier et seul challenger Thierry Nadal. En obtenant 21,33% des suffrages, le candidat divers droite réalise un moindre pourcentage qu’en 2020 (28,39%) mais cumule 286 bulletins de plus grâce à une meilleure participation (62,61%).

    S. Frey paye les pots cassés de l’ancien maire G. d’Ettore

    Surtout, il devance le maire sortant Sébastien Frey, dont le score catastrophique (20,74% pour 3 442 voix) l’a conduit à se retirer du jeu mardi 17 mars. Ce n’est pas que cet édile LR était plus mauvais qu’un autre bétonneur, mais d’une part il a pâti de la déconfiture de son camp siphonné au plan national par le RN. D’autre part et surtout, il paye très cher les casseroles de son prédécesseur Gilles d’Ettore (LR). Pris dans les filets de la voyante ventriloque Sophia Martinez,
    G. d’Ettore, qui avait été contraint à la démission le 31 mai 2024, est mis en examen pour « prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics et corruption ».

    Dimanche 22 mars, il ne restera donc que deux listes pour en découdre, puisque les deux candidats divers droite Jean-Marc Bentajou (5,52%) et Didier Irailles (0,78%) ne sont en capacité de se maintenir. Pas plus que le jeune Arthur Labatut (PRG) dont la liste divers gauche (qui avait refusé de rejoindre l’écologiste Bertrand de Pontual) est éliminé avec 6,52% (1 082 voix). Dans une ville où l’abstention n’a pas été énorme (37,39%) et où A. Lopez-Liguori pourrait récupérer quelques voix de la dissidente d’extrême droite Fabienne Varesano (6,67%), c’est dire si le sursaut des progressistes agathois relève désormais de l’exploit.

  • La ville de Vauvert tombe dans les griffes du RN

    La ville de Vauvert tombe dans les griffes du RN

    Il y a 6 ans, il avait déjà sué à grosses gouttes pour conserver son fauteuil de maire pour 155 voix. Dimanche 15 mars, Jean Denat n’a rien pu faire pour éviter la catastrophe. Avec 956 bulletins de retard, le socialiste (42,5%), battu en duel par le député RN Nicolas Meizonnet (57,5%), a perdu Vauvert, son bastion depuis 12 ans.

    Après Beaucaire en 2014, avant peut-être Bagnols-sur-Cèze ce dimanche 22 mars, Vauvert devient la seconde ville gardoise à se jeter dans les bras de l’extrême droite. Au grand dam de Jean Denat, qui dit ne rien regretter. « Je suis triste et déçu, c’est la démocratie. Je souhaite bonne chance aux Vauverdois car la magie s’arrêtera vite », lâchait le maire déchu au soir du 1er tour.

    Meizonnet, sa bête noire

    Pour ce retraité de l’éducation nationale qui fut conseiller général puis départemental du canton de Vauvert de 1998 à 2015, le coup est rude. À 71 ans, se profile peut-être la fin d’une carrière politique. Laquelle avait déjà subi un coup d’arrêt en mars 2015. Alors président du Département du Gard depuis 6 mois, Jean Denat avait été battu dans son fief à la surprise générale par… Nicolas Meizonnet, sa bête noire !

    Dimanche 15 mars 2026, c’est le même homme qui a réussi à déboulonner l’édile socialiste de sa ville. Élu député de la 2e circonscription du Gard en 2020 à la suite de la démission de Gilbert Collard, dont il était suppléant, Nicolas Meizonnet, réélu en 2022 puis aux législatives anticipées de 2024, a réussi à Vauvert là où son père, Jean-Louis Meizonnet, avait échoué.

    Dimanche 15 mars, celui qui avait adhéré au FN en 2011, est arrivé en tête dans 9 des 10 bureaux de vote de cette terre de bouvine. N. Meizonnet a promis d’être « un maire de proximité, celui de tous les Vauverdois ». Vu la politique antisociale pratiquée par le RN dans le laboratoire voisin de Beaucaire, il est permis d’en douter.

  • La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    Du mieux, même si tout n’est pas parfait. Comme six autres députés ce jour-là, mobilisés dans une action commune, pour « enclencher une prise de conscience d’ensemble et une remise en question structurelle des conditions de détention des mineurs », Hendrik Davy (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, a usé de son droit de visite parlementaire pour retourner à l’établissement pour mineurs (EPM) de la Valentine (11e) ce jeudi 25 février. En mars l’an dernier, il avait pu découvrir que les jeunes n’avaient pas accès à l’école, faute de surveillant en nombre suffisant. Suivait fin août un rapport salé de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté après une visite inopinée, Dominique Simmonot réclamant la fermeture partielle de l’EPM. Elle s’indignait notamment de la pratique de la « mise en grille », une « punition » qui consiste à mettre un enfant « sans eau, sans toilette, sans rien pour s’asseoir dans une cellule pendant plusieurs heures », rappelle le député.

    Désormais 38 mineurs, dont le plus jeune à 15 ans, sont incarcérés, contre 51 l’an dernier, le nombre de places ayant été ramené à 40 pour entamer un plan de rénovation, 120 000 euros investis pour repeindre et changer le mobilier, démarré en novembre dans les 7 unités de l’EPM et qui doit se terminer mi-juin, précise Karine Mathieu, directrice du service éducation de l’EPM pour la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse), arrivée en janvier. Avec 33 éducateurs, elle assure le suivi des jeunes et entend remobiliser tout le monde « autour du “faires avec” », avec de la formation obligatoire, des groupes de travail, dans le cadre d’une refonte du projet d’établissement.

    Finie aussi la mise en grille, utilisée pour faire « redescendre la pression », explique le directeur adjoint de l’EPM que l’on sent démuni : « On les réintègre en cellule avec le risque de voir la situation dégénérer. » Côté surveillant, la fermeture tournante de deux unités a amélioré la situation, même si le taux d’absentéisme est de 30% et que les reprises se font en mi-temps thérapeutiques, convient-il.

    Une unité qui « répare »

    Dans les cellules de l’unité 5, celle du « régime différencié » pour mauvais comportement, on confirme l’amélioration. « Ça se passe bien, j’ai école », raconte Boui, 16 ans, incarcéré depuis 2 ans, déjà connu de l’EPM à l’âge de 13 ans. Dans la cour, les ados interpellent le député : « On est enfermés, on nous traite comme des animaux. » L’un d’entre eux déplore la qualité de la nourriture mais lui confie avoir un « projet paysage ». « On voudrait faire plus de sports, 2 à 3h par semaine ça suffit pas, c’est dur », témoigne-t-il.

    À l’unité « répare » pour « respect, anticipation, responsabilisation », on respire. Les six jeunes détenus sont libres de circuler le week-end, partagent plus de moments collectifs. « On demande à venir et on est pris si on a un bon comportement », explique l’un d’entre eux. Aucun des détenus passés par cette unité ne font partie des 48 enfants retournés à l’EPM en 2025 après y être déjà passé.

    « On juge une démocratie à l’état de ses prisons. Les visites servent à quelque chose, même si tout ne va pas mieux », quand « beaucoup d’enfants nous ont confirmé qu’ils passaient une grande partie de leur temps en cellule », estime en bilan Hendrik Davi, convaincu qu’il faut « penser à des alternatives à la privation de liberté ». Et de préconiser de prendre « le problème à la racine », en « donnant des moyens à l’aide sociale à l’enfance et à l’Éducation nationale pour éviter que les jeunes, ne deviennent la proie des réseaux ».

    « On juge une démocratie
    à l’état de
    ses prisons. »

  • Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Robert Ménard à Béziers, Louis Aliot à Perpignan, Nelson Chaudon à Beaucaire. À ce jour, seules trois Villes d’Occitanie sont dirigées par le Rassemblement national ou ses alliés d’extrême droite. Mais à l’issue des élections municipales (15-22 mars), la tache brune pourrait se répandre davantage.

    Pour l’heure donné favori à la Présidentielle 2027 en dépit de graves affaires judiciaires, le RN n’a pas l’intention d’enjamber ces élections locales où d’ordinaire il apparaît peu crédible. Ce n’est pas un hasard si Jordan Bardella a débuté samedi 7 février son tour de France des villes à conquérir à Agde puis à Carcassonne. Tournée qui va se poursuivre jusqu’à mi-mars pour soutenir les principales têtes d’affiche du parti à la flamme.

    Voilà plusieurs mois que le parti lepéniste a dressé la liste des villes qu’il rêve de voir tomber dans son escarcelle. La plupart sont situées dans le Nord ou à l’instar de Marseille, Toulon, sur la façade méditerranéenne (Sud Paca, Occitanie), socles forts de l’extrême droite qui se renforcent à chaque scrutin.

    Les villes à haut risque RN

    En Occitanie, outre Perpignan, Béziers et Beaucaire qui ont déjà rendu les armes en 2014 ou 2020, deux villes audoises sont particulièrement menacées : Narbonne (par le député RN Frédéric Falcon) et Carcassonne (avec le député RN Christophe Barthès qui ne croit pas au réchauffement climatique). Il faut dire qu’aux législatives provoquées par Emmanuel Macron en 2024, l’Aude n’a élu que des députés d’extrême droite. C’est le cas aussi du Gard où, à quelques exceptions près (Le Vigan, La Grand-Combe…), l’extrême droite étend sa toile.

    Au prix d’un travail minutieux compilant plusieurs statistiques, StreetPress a mis au point un « fachoscore » pour classer les principales communes sur un risque de A (faible) à E (élevé). Outre Beaucaire (E) qui a déjà basculé, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit ou Vauvert sont classés D. Le RN a envoyé l’artillerie lourde avec les députés Nicolas Meizonnet (Vauvert) et Pascale Bordes (Bagnols). Du côté d’Alès, c’est le policier Anthony Bordarier qui s’y colle. Méconnu, ce cadre du RN depuis 2020 est néanmoins soutenu par les députés Yoann Gillet et Pierre Meurin. Enfin à Nîmes, où le risque RN ne semblait pas écarté dans le dernier sondage, le député européen et ancien maire de Beaucaire Julien Sanchez fait figure d’épouvantail.

    Dans l’Hérault, plusieurs villes, particulièrement mal gérées par une droite affairiste, pourraient se tromper de colère. C’est le cas d’Agde où l’ancien maire Gilles d’Ettore (LR) a dû démissionner, embourbé dans l’affaire de la voyante. Le député RN Aurélien Lopez-Liguori est à l’affût. Situation comparable à Sète où Sébastien Pacull, en dépit d’une campagne discrète, pourrait tirer son épingle du jeu après la démission forcée de François Commeinhes (Divers droite). À l’image de Mèze (classée D par StreetPress) ou Frontignan, la menace est forte dans le bassin de Thau. Mais pas seulement. Des terres de bouvine (Mauguio) ou proches du bastion de gauche Montpellier (Lattes, Gignac…) auront des candidats d’extrême droite. Quant à Béziers, si le RN de Julien Gabarron venait à échouer, ce serait sans doute au profit de Robert Ménard (EXD). Quoi qu’il en soit, l’objectif est moins de s’emparer de villes pour lesquelles le RN nourrit rarement un réel intérêt que d’en faire un tremplin pour préparer la suite. Jordan Bardella en convient d’ailleurs lui-même. « Il faut gagner un maximum de communes et prouver dans le cadre de ces municipales que le changement n’attend pas l’élection présidentielle », a confié dans son bain de foule à Agde, celui qui l’an prochain pourrait concourir à l’Élysée à la place de Marine Le Pen.

    Avant l’ultime étape qui terrorise le camp républicain, les Sénatoriales de septembre 2026 seront une autre étape importante, souligne Michel Crespy. « Le RN pense pouvoir gagner quelques villes sur les triangulaires, des quadrangulaires ou bien avoir des élus d’opposition. Mais surtout le RN vise les sénatoriales car il aura besoin du Sénat [où le RN est inexistant, Ndlr] s’il arrive à l’Élysée. » Pour le camp des progressistes, il est plus que jamais temps de se ressaisir dès les élections municipales.