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  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    « C’est une visite de contrôle, c’est aussi notre rôle », explique le député de L’Après qui poursuit son inspection des lieux de privation de liberté. Les premières visites des parlementaires dans les centres de rétention administrative (CRA) des prisons et des centres éducatifs fermés pour mineurs ont donné lieu à des rapports qui tendent à redresser la barre de la dignité.

    « Le dernier rapport issu de ces visites a été suivi d’une injonction du bâtonnier avec ordonnance du tribunal en 2025 et la plupart des recommandations ont été respectées », relève Hendrik Davi en ressortant du commissariat de Noailles où il a fait le tour des huit cellules individuelles et d’une cellule collective de garde à vue. Il détaille : « Il y a eu un effort sur le traitement des nuisibles, rats et cafards, autant que se peut dans un environnement qui est également soumis à cette problématique. » Il a encore constaté « le nettoyage des cellules est devenu quotidien et les matelas sont désinfectés tous les 15 jours » et « l’accès possible à l’hygiène pour les femmes ».

    Rapports et recours

    Mais ces améliorations trouvent leurs limites dans la suroccupation. « Deux, dont parfois des étrangers et des mineurs, par cellule individuelle et quatre pour celle de deux places, donc un matelas sur deux posé directement à terre », regrette le député. Un vrai problème dans 7m2. Mais aussi avec un effectif de seulement trois policiers à la surveillance de la garde à vue. « Ne serait-ce que pour faire le ménage, car il faut sortir les deux détenus en toute sécurité », précise Hendrik Davi.

    « Ce qu’on constate c’est que depuis que des visites se font et se multiplient dans les centres de privation de liberté et qu’ils sont suivis d’ordonnances, c’est que des améliorations se font. Des climatisateurs ou des boutons d’urgence ont été installés », souligne Valentin Loret, membre du Syndicat des avocats de France (SAF). Rapports, recours et ordonnances ont des effets positifs. Dans la mesure du possible. Car la surpopulation carcérale tient avant tout à une question d’organisation. « Ce point ne peut être réglé que par le préfet et le procureur de la République. Nous les interpellons pour qu’ils prennent les dispositions nécessaires », précise l’avocat.

    Aux Baumettes, le nouveau centre pénitentiaire s’inscrivait dans un plan immobilier pénitentiaire destiné à lutter contre la surpopulation. Le taux d’occupation y est encore aujourd’hui de 170% (lire ci-contre). Le contrôleur général de ces lieux avait conclu pour 2025 à une augmentation de la suroccupation. Or, la proposition de loi en cours d’examen au parlement qui envisage de rétablir les très courtes peines de prison ferme et d’abroger la « quasi-obligation » pour les juges d’aménager les peines de moins d’un an va à l’encontre de cet objectif de diminution.

  • La nationalisation d’ArcelorMittal sur la table

    La nationalisation d’ArcelorMittal sur la table

    C’est un texte que les parlementaires communistes inscrivent à chacune de leurs journées réservées. La proposition de loi pour la nationalisation d’ArcelorMittal France est à nouveau défendue en deuxième lecture dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale ce jeudi. Le texte avait été adopté en novembre dernier lors de la niche parlementaire des députés insoumis puis rejeté au mois de février au Sénat, alors porté par les élus PCF.

    « On a souhaité l’inscrire pour une raison simple : la filière acier est menacée en France », explique le député communiste Nicolas Sansu lors d’une conférence de presse. « Les investissements annoncés n’ont pas encore trouvé un début de concrétisation », regrette le co rapporteur de cette PPL, « la décarbonation annoncée par le four à arc électrique ne fait pas tout le process », tient-il à souligner. « L’acier est à notre industrie ce que l’air est à nos poumons : indispensable. Allons-nous subir l’asphyxie organisée par Mittal ou reprendre un souffle de souveraineté, de démocratie et de justice ? », questionne le député Génération.s Benjamin Lucas en Commission des finances où le texte a, une nouvelle fois été adopté. « Il s’agit de la seconde lecture ce qui s’agit qu’ensuite, ça mettra évidemment la pression sur le gouvernement et les deux présidents d’Assemblée (…). Cette nationalisation devient très concrètement possible », pousse la députée LFI Aurélie Trouvé, co rapporteure du texte.

    Rassemblement

    des salariés dès 11h

    Cette nationalisation c’est avant tout une demande des salariés qui la jugent nécessaire pour sauver leur outil de travail, leurs emplois et la sidérurgie française. C’est ainsi que délégations d’ArcelorMittal venues de tout le pays de Dunkerque à Fos-sur-Mer en passant par Florange sont attendues devant le palais Bourbon dès 11h. « À l’heure où le gouvernement veut réindustrialiser le pays, l’acier est au cœur de l’équation ! Sans l’acier, il n’y a pas d’industrie ! Nous savons que Mittal ne tient pas ses promesses ! Depuis 2018, il vend du rêve avec la décarbonation ! Nous sommes en 2026, et rien n’a été fait ! Nous subissons aujourd’hui les effets de la stratégie financière Mittal avec les PSE qui se multiplient ! Si nous ne faisons rien il n’y aura plus de production d’acier en France », fait valoir la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT dans un tract.

    Car les chiffres donnent le tournis. En 2024, ArcelorMittal a versé plus de 600 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires et reçu quelque 364 millions d’euros d’aides publiques depuis 2013, sans compter les prêts de l’État, 192 millions d’euros de crédit d’impôt, 100 millions d’euros d’aide pour les factures d’électricité, auxquelles s’ajoutent les millions de l’Union européenne pour la filière… Et pourtant, en février dernier le groupe annonçait sa volonté de supprimer quelque 1 670 emplois dans le pays.

    LES AUTRES TEXTES DÉFENDUS

    Dix textes, dont celui sur la nationalisation d’ArcelorMittal, seront défendus par les députés communistes.

    Solidarité envers les retraités pauvres

    Le premier texte examiné vise à supprimer l’obligation de rembourser l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA).

    Autoriser les forages d’hydrocarbures en Outre-Mer

    Cette proposition de loi ouvre la voie à une exception d’autorisation de forage et d’exploitation des hydrocarbures en Outre-Mer.

    Lutter contre la précarité étudiante

    Ce texte réforme les bourses étudiantes en les indexant sur l’inflation et en les versant sur 12 mois.

    Égalité d’accès aux soins aux Ultramarins

    Cette PPL autorise l’accès à la carte Vitale et à la carte européenne d’assurance maladie pour tous les ressortissants des Outre-mer.

    Contre le blocus étasunien à Cuba

    La proposition de résolution suivante appelle à une action résolue de la France contre le blocus imposé par les États-Unis au peuple cubain.

    Commission d’enquête sur le CNARM

    L’objectif est la création d’une commission d’enquête sur le Comité national d’accueil et d’actions pour les Réunionnais en mobilité (CNARM).

    Protection des mineurs en formation

    Le but de ce texte est de renforcer la sécurité et la protection des mineurs en formation professionnelle.

    Régime des intermittents du spectacle dans les Outre-Mer

    Cette PPL veut adapter le régime d’intermittence pour les artistes et techniciens du spectacle ultramarins.

    Protéger le droit d’auteur face à l’IA

    Les députés poussent l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA générative.

  • À Fos, la CGT dénonce la venue de députés RN

    À Fos, la CGT dénonce la venue de députés RN

    Après le groupe municipal d’opposition « Notre Fos », la CGT dénonce à son tour la venue des députés d’extrême droite à Fos-sur-Mer. Car c’est au sein d’une salle municipale, la Maison de la mer et du sport, qu’Emmanuel Taché, Franck Allisio et Emmanuel Fouquart ont annoncé la tenue d’une réunion publique la semaine prochaine.

    L’Union locale prévient : « Le discours sera rodé : “On défend les travailleurs”, “on protège le pouvoir d’achat”, “on est le parti du peuple”. Les actes, eux, ne mentent pas. À l’Assemblée nationale, le RN vote contre l’augmentation du Smic à 1 500 euros net mensuel, contre l’indexation des salaires sur l’inflation, contre le gel des loyers, pour le durcissement des droits à l’assurance chômage, contre le rétablissement de l’ISF, contre la revalorisation des petites retraites ; et propose régulièrement de nouvelles exonérations de cotisations sociales au bénéfice du grand patronat, au détriment de la sécurité sociale. » Sur un sujet plus local, le secrétaire général Fabien Marzat rappelle qu’Emmanuel Fouquart, comme son groupe, s’est abstenu lors du vote concernant la nationalisation d’ArcelorMittal (lire page 18). « Derrière les discours de façade, les actes parlementaires du RN ne sont pas en faveur du monde du travail », affirme-t-il.

    Les Unions locales voisines soutiennent la position de la CGT Fos. Nicolas Stamatiou, secrétaire général du syndicat de Port-Saint-Louis-du-Rhône, appuie : « Ils ont raison de refuser ces accointances-là. On sait que Philippe Maurizot a été soutenu par le RN pendant la campagne [via le label « La Provence qu’on aime », Ndlr.]. Il devait soi-disant s’en détacher, mais chasse le naturel il revient au galop : il lui ouvre rapidement les portes d’une salle municipale. Le danger, c’est pas tant que ces gens-là se réunissent, ils l’ont toujours fait dans les lieux privés, mais c’est que des élus locaux valident l’extrême droite et ses idées dans l’arc républicain. Les digues tombent. »

  • À Fos-sur-Mer, une réunion du RN provoque une levée de boucliers

    À Fos-sur-Mer, une réunion du RN provoque une levée de boucliers

    C’est un post sur Facebook qui a alerté les forces progressistes. Franck Allisio, Emmanuel Fouquart et Emmanuel Taché, trois députés d’extrême droite du département des Bouches-du-Rhône, y annoncent la tenue d’une rencontre publique, vendredi 19 juin, au sein de la Maison de la mer et du sport.

    Une « salle communale très connue des Fosséennes et des Fosséens, transformée en lieu d’accueil d’une réunion diligentée par le RN », réagit le groupe municipal d’opposition Notre Fos. « Le prêt de la salle a été forcément validé par le maire ! Si le doute persistait encore chez certains, maintenant, nous avons la certitude que notre ville est dirigée par l’extrême droite. »

    Classé divers droite par la préfecture au moment du dépôt des listes, lors de la campagne municipale, Philippe Maurizot avait pourtant rejoint le label du RN « La Provence qu’on aime », portant sur des éléments programmatiques, et reçu le soutien de son délégué départemental, Franck Allisio.

    « Nous, élus et sympathisants de gauche, n’acceptons pas que Fos devienne le lieu de rendez-vous de l’extrême droite du département, voire de la région, écrivent les élus d’opposition, dans un communiqué. Nous refusons que le nom de notre ville soit associé au déclin de la démocratie de notre pays. » Ils appellent « tous les démocrates de Fos, de l’Ouest de l’étang de Berre et du département » à une grande marche populaire et citoyenne devant la Maison de la Mer, vendredi 19 juin, à 18h30.

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Des parlementaires au chevet des cœurs de ville

    Des parlementaires au chevet des cœurs de ville

    Sur la rue de la République, célèbre pour ses façades haussmanniennes, les devantures flambant neuves côtoient les rideaux tirés et les locaux vides. Sur cette artère importante du 1er arrondissement de Marseille, le problème de la vacance commerciale est particulièrement prégnant. C’est la raison pour laquelle le député (PS) des Bouches-du-Rhône, Laurent Lhardit, a décidé d’y faire une audition décentralisée dans le cadre d’un rapport parlementaire sur l’avenir des commerces de proximité.

    « Sur la rue de la République, on a un taux de vacance de 25 % d’après nos estimations », affirme Corneille Fondjo, dirigeant de quatre agences immobilières dans le centre de Marseille et membre de l’association des commerçants de la rue de la République. Un taux largement au-dessus du niveau national, qui est de 14 % et de Marseille qui est de 20 %. Accompagné de son co rapporteur, le député (LR) de Haute-Loire, Jean-Pierre Vigier, Laurent Lhardit a échangé avec les commerçants aux sujets de leurs problématiques.

    5 000 euros par mois

    Si certains évoquent la crise économique, la concurrence d’internet ou des locaux parfois vétustes, tous sont unanimes : leur principal souci est les loyers trop élevés. Mehdi Bouzghaia a ouvert son salon Le barbier de Marseille en 2019 sur la rue. « Notre activité fonctionne bien, mais on a envie de partir tellement on paye cher », se désole le gérant. Même son de cloche dans la boutique Cloclo et Chacha, qui vend jouets et objets de puériculture. Gaelle Genaud a ouvert sa boutique il y a un an et paye 5 000 euros par mois pour 130 m2 : « Au début, j’avais la trésorerie, mais j’ai eu un dégât des eaux et ça a tout foutu en l’air. J’ai des dettes envers l’ancien bailleur maintenant, et je ne sais pas comme on va s’arranger avec le nouveau ». Tout comme Medhi Bouzghaia, elle fait partie des boutiques dont le bailleur a changé (cf encadré).

    Des problématiques de loyers trop élevés qui viennent de l’achat de plus en plus fréquent de locaux par des holdings foncières, dont la rue de la République en a été le triste exemple. « Ces foncières n’achètent que pour spéculer, donc ils font monter les loyers. Et lorsque les locataires ne payent pas ça ne les dérange pas, puisqu’ils défiscalent », se désole le député des Bouches-du-Rhône. Le plafonnement des loyers serait l’une des recommandations des parlementaires pour protéger les commerces de proximité.

    Diversité commerciale

    Une manière de permettre à plus de commerçants de s’installer et ainsi recréer une synergie entre les boutiques. « Les commerces attirent les commerces. Rue de la République, comme il y a beaucoup de locaux vides [notamment à cause des prix] on ne flâne pas dans cette rue donc c’est plus compliqué », explique la gérante de la boutique de puériculture. Pour Jean-Pierre Vigier, la diversité des commerces est également essentielle afin de revitaliser efficacement le centre-ville. L’importance de l’implantation de services publics tout comme une plus grande équité fiscale contre les plateformes de commerce en ligne seront également des pistes de réflexion. Le rapport devrait être présenté devant la commission des affaires économiques en juillet pour tenter de faire rebattre le cœur des villes.

    Un nouveau propriétaire de rue de la République

    Fin du mois d’avril dernier, l’entreprise lyonnaise Régie du commerce, a racheté 129 boutiques de la Rue de la République à l’entreprise Commerces de la République. Le nouveau bailleur est notamment spécialisé dans le rachat de centres commerciaux avec un fort taux de vacance qu’il redynamise en baissant les loyers. Rebecca Bernadi, adjointe (PM) au maire de Marseille en charge du commerce affirme que « son discours est plutôt rassurant ». Les commerçants touchés par le changement de bailleur espèrent trouver un propriétaire plus à l’écoute de leurs problématiques et qui réduira leur loyer afin de redynamiser cette emblématique rue.

  • [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    [Chroniques méditerranéennes] Être ou ne pas être espagnol

    L’extrême droite par la voix du porte-parole de Vox au Parlement catalan, Joan Garriga, estime qu’être espagnol c’est avoir les deux parents espagnols, ce que ne dit pas la loi. Une déclaration qui se situe dans le contexte du débat sur la priorité nationale que veut imposer le parti pro franquiste dans les régions.

    C’est au Parlement de Catalogne que le député d’extrême droite, Joan Garriga, porte-parole de Vox a affirmé récemment « est espagnol celui qui est né de père et mère espagnols ». Le Roi Felipe VI appréciera, lui dont la mère est Sophie de Grèce, elle-même fille de Paul Ier de Grèce et de la princesse Frédérika du Danemark. Plus sérieusement, ces héritiers idéologiques de Franco ne supportent pas la récente décision du gouvernement de régulariser plus de 500 000 étrangers dans des conditions très réglementées. Culturellement, économiquement, humainement l’Espagne a tout à gagner à régulariser les immigrés qui sont exploités par des patrons voyous proches de l’extrême droite. Régulariser ne veut pas dire naturaliser, mais quand bien même, un travailleur qui contribue à la prospérité d’un pays, devrait avoir les mêmes droits qu’un Espagnol « pure souche ». Mais pour ces partis de droite et d‘extrême droite, au service des exploiteurs de main-d’œuvre immigrée, l’étranger n’est bon qu’à permettre d’engendrer du profit et s’il est sans-papiers c’est encore mieux, car plus corvéable à merci comme dans la province de Castellon où un réseau de trafic d’êtres humains a été démantelé par la Guardia Civil courant avril. 70 travailleurs immigrés sans-papiers étaient logés dans des conditions indignes et travaillaient 12 heures par jour sur des exploitations agricoles.

    Pour revenir aux déclarations des députés catalans d’extrême droite, la palme revient à celle d’Alberto Tarradas du même parti que Joan Garriga qui, lui, a fait référence en séance parlementaire, au slogan raciste de supporters, lors du match amical Espagne Égypte : « Qui ne saute pas est musulman. » Ce triste sire de Vox, a ainsi interpellé la députée de Esquerra Republicana Catalana (ERC) Najat Driouech, qui est de confession musulmane au cours d’un débat parlementaire, le député devait ajouter « si vous ne sautez pas ce n’est pas grave, on ne vous déportera pas pour ça, tout au moins pour le moment… ». Pour le moment l’Espagne et son gouvernement de gauche ne sombrent pas dans l’ignominie trumpiste relayée par les sbires de Vox, elle fait preuve d’humanisme et de pragmatisme.

    La nationalité n’exige pas « la pureté du sang ». Si un étranger vient s’installer et répond aux critères légaux, il pourra prendre la nationalité espagnole, comme ça était le cas des parents du jeune et célèbre footballeur du Barça, Lamine Yamal, qui aujourd’hui est espagnol.

    Et puis, rappelons un point d’histoire qui a marqué ce pays. Ces étrangers qui sont venus de 53 pays pour défendre la République, il y a 90 ans, alors qu’elle était agressée par le fascisme, ces femmes et ces hommes des Brigades Internationales qui ont versé leur sang pour la paix, la justice, la liberté, fidèles à ces valeurs universelles, méritaient la nationalité espagnole. Elle fut accordée sous la pression des associations mémorielles, en 1996 par le gouvernement socialiste de l’époque, à 600 brigadistes survivants dont 80 Français. Une décision qui faisait écho 58 ans plus tard au discours d’adieu aux brigades internationales prononcé par Dolorès Ibarruri « la Pasionaria » le 1er décembre 1938 « … Camarades des Brigades Internationales ! (…) Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez ! ». Je ne sais pas vous, mais moi c’est cette Espagne humaine et chaleureuse que j’aime, vivement des lauriers victorieux pour une nouvelle République espagnole.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    Une semaine après être sorti du silence qu’il s’est imposé après la mort à Lyon du militant identitaire et avoir fait son retour à l’Assemblée nationale, le député d’Avignon accorde à La Marseillaise un entretien exclusif. Conséquence et implication sur le drame, retour à l’Assemblée, bilan des municipales… le fondateur de la Jeune Garde n’élude aucun sujet.

    La Marseillaise : Juste après la mort du militant identitaire à Lyon, votre première réaction c’est de dire « ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue », pourquoi ?

    Raphaël Arnault : J’ai commencé mon militantisme parce que je me suis trouvé à plusieurs reprises nez à nez avec l’extrême droite, notamment à partir de 2010, où il y a des violences terribles. C’est la première fois que je vois des gens faire des saluts nazis dans les rues… En 2013, il y a la mort de Clément Méric à Paris. Et à Lyon, il y a des violences extrêmement fortes, notamment des coups de couteau. Plusieurs jeunes sont passés pas loin de la mort. Donc j’ai toujours pensé qu’il pouvait y avoir un mort, pas forcément dans ce sens-là. C’était une évidence qu’il y aurait un drame.

    Pourquoi ensuite avoir choisi le silence pendant un mois et demi ?

    R.A. : C’est une multitude de choses. Émotionnellement, ça a été très dur, parce que ça traversait plein de choses que j’avais pu vivre aussi personnellement. J’ai souvent été menacé, avec des couteaux. Le jour où j’apprends mon investiture pour les législatives, 40 militants d’extrême droite m’attendent à la gare, avec des matraques télescopiques, des gazeuses… J’avais besoin d’une mise en retrait. Je n’avais pas la sensation non plus que prendre la parole aurait permis d’apaiser les choses. On savait pas exactement ce qui s’était passé même si j’avais la certitude que le récit de l’extrême droite n’était pas le bon. Mais je n’avais pas envie de m’aventurer dans des pronostics hasardeux et potentiellement assimilables à du mensonge. Prendre la parole aurait pu être une option mais au vu du défouloir médiatique qui se mettait en place, avec le récit de l’extrême droite repris de A à Z et des néonazis invités sur les chaînes de télé, la défiance était extrêmement forte.

    Avez-vous le sentiment qu’il est plus facile aujourd’hui de se revendiquer fasciste qu’anti fasciste ? À quoi serait due cette inversion des valeurs ?

    R.A. : C’est ce qui a été tenté. En premier lieu par les militants d’extrême droite et, dans une autre mesure, par des médias dominants appartenant aux milliardaires, en attrapant une partie du bloc central, des macronistes. Jusqu’à présent, antifascistes et fascistes étaient mis sur un même piédestal. Là, ce drame a été instrumentalisé pour diaboliser encore plus les antifascistes et à, l’inverse, réhabiliter les néonazis. Il y a une radicalisation du champ politique et médiatique dans son ensemble, avec un glissement et une volonté de diaboliser, de criminaliser la parole de gauche de façon générale, de résistance si possible. Même ici la liste du socialiste David Fournier, alliée à toutes les composantes de la gauche, a été classée comme d’extrême gauche au second tour par la préfecture ! Avec la présidentielle, la diabolisation faite sur la France insoumise va être encore plus démesurée. Mais ce sont les idées qui sont portées derrière, il y a une réelle volonté de détruire la gauche aujourd’hui. S’il y a une violence qui s’accentue dans la société du fait que l’extrême droite avance, on n’est pas dans une société qui a connu, comme au siècle précédent, des vagues de guerre, en tout cas sur le territoire français. Donc si l’extrême droite s’arme, il n’y a pas le niveau de violence qu’il pouvait y avoir au siècle précédent. Mais en tout cas, les dynamiques politiques à l’œuvre sont très sensiblement les mêmes. La presse était aux mains des grands industriels à l’époque, il se disait d’ailleurs « plutôt Hitler que le Front populaire ». La stratégie des libéraux était de donner le pouvoir à Hitler un moment, puis le reprendre. Si à la présidentielle l’extrême droite prend le pouvoir, on aura toujours des moyens de résister et d’éviter justement de tomber dans une société fasciste des pires horreurs. Pour en revenir à Lyon, oui il y a eu un drame et il faut que justice se fasse et en tirer le bilan. Mais il y a eu aussi une contre-mobilisation de gens qui ne perdent pas la boussole et refuse la droite radicale comme projet de société. Cela a permis aussi à tout un tas de personnes d’ouvrir les yeux en se disant ah oui, en fait, il existe vraiment des gens qui se revendiquent du nazisme, qui le portent, qui le disent ouvertement qui mènent des actions politiques en fonction de cette idéologie politique.

    L’affaire aurait-elle eu un tel retentissement si les rôles avaient été inversés avec un antifa tué et l’implication supposée d’un proche d’un député RN ?

    R.A. : Il y aurait eu de l’émotion et de la mobilisation chez les nôtres. Par contre, le traitement médiatique et politique, aurait été tout autre. On l’a vu avec l’assassinat du rugbyman argentin Martin Aramburu. C’était par arme à feu, réellement recherché, pas à la suite d’un affrontement. À quelques semaines de la présidentielle 2022, ça aurait pu déclencher quelque chose, médiatiquement et politiquement, mais rien. Le meurtre a été commis par des membres du GUD, qui se prennent en photo avec des proches du Rassemblement national, dont on sait les liens avec Marine Le Pen. Pareil sur le meurtre de Djamel Bendjaballah [dans le Nord en août 2024 par un militant d’extrême droite accusé d’avoir proféré des injures racistes], rien ne se passe à l’Assemblée nationale. Or là, le drame lyonnais a entraîné un hommage à l’Assemblée nationale pour des gens qui veulent détruire l’Assemblée nationale, qui sont de l’Action française, qui crient à mort la République. Quand on me dit que ça dérange de voir des antifas à l’Assemblée, je me retirerai le jour où il n’y a plus de fascistes, néonazis ou royalistes en son sein.

    Le jour du drame, vous étiez à l’Assemblée. Que faisait votre collaborateur à Lyon ?

    R.A. : Il y a eu beaucoup de questions, à raison. Déjà, Jeff [Jacques-Elie Favrot] travaille à mi-temps et il venait d’emménager à Lyon. Je ne connais pas les circonstances qui font qu’il s’est retrouvé pile dans cet affrontement et je n’étais pas au courant qu’il se rendait à Lyon. On est une équipe de 4-5, je connais les tâches de chacun mais pas leur emploi du temps à la minute. Après le drame, j’ai très brièvement échangé par message avec lui où il me dit ne pas être responsable de la mort de Quentin Deranque et se met en retrait de son activité de collaborateur.

    Jacques-Elie Favrot est plus qu’un simple collaborateur, c’est un vrai compagnon de route pour vous. Ne ressentez-vous pas une responsabilité morale face au drame ?

    R.A. : En tant qu’individu non, je ne suis pas responsable. J’étais en train de voter à l’Assemblée nationale, je n’étais pas au courant de ce qui allait se passer et de l’implication ou non de Jacques-Elie Favrot. La justice nous dira exactement ce qu’il en est parce qu’il y a beaucoup de fantasmes, beaucoup de choses à débunker. En tant que responsable politique et notamment antifasciste, on a des comptes à rendre, pas sur ce drame-là mais de façon générale, on a des responsabilités sur tout ce qui se passe. Je n’ai jamais voulu qu’une telle chose se produise et j’aurais tout fait pour l’éviter. On peut s’interroger sur le rôle de la Jeune Garde, est-ce qu’on a mis assez de garde-fous pour éviter ce genre de drames ? On a beaucoup parlé de ma condamnation, typiquement à ce moment-là je fais tout pour que le jeune en face de moi en lien avec 80 néofascistes qui viennent d’attaquer un rassemblement lesbien ne se prenne pas de coup. Je ne lui en porte pas, je l’agrippe, ce qui n’est pas bien, mais je ne lui mets pas de coup. Il faut tout faire pour éviter de tomber dans une violence qui mène à ce type de drame. La responsabilité est à toutes les échelles. À raison on a ciblé les personnes qui ont participé à l’affrontement mais il y a des choses très inquiétantes : le ministère de l’Intérieur ou le procureur avaient plus d’information que moi au moment où ça se passe. Ce qui fait froid dans le dos, c’est que les renseignements territoriaux savaient, une heure avant l’affrontement, ce qu’il pouvait se passer, ils les ont suivis, laissés s’approcher. À l’inverse, si des militants de gauche avaient voulu s’approcher d’un meeting du RN pour en découdre, en deux minutes ils auraient été en garde à vue. Je ne dis pas que la responsabilité du ministère est engagée, je dis qu’ils avaient des informations pour éviter un drame. Mais il y a eu des mensonges. Quand le procureur explique qu’il n’y a pas eu de rixe, ce n’est pas vrai alors qu’il a tous les éléments des renseignements territoriaux. Pareil, le ministre de l’Intérieur ment ostensiblement en disant que la France insoumise pourrait être embêtée par cette affaire alors qu’il sait que le groupe, a priori, n’a pas du tout été en lien avec la conférence. Tout cela parce qu’il y a des intérêts politiques derrière.

    Croyez-vous que la mort de Quentin Deranque porte un coup à l’antifascisme ? La Jeune Garde a-t-elle un avenir ?

    R.A. : Dans un premier temps, vu la déflagration médiatique, politique j’ai eu peur de cela. Aujourd’hui, plus du tout. L’antifascisme est bel et bien vivant, pas par plaisir, par simple solidarité ou volonté romantique de l’histoire autour de Missak Manouchian, mais par nécessité. On ne peut pas effacer ce qui se passe aux États-Unis ou qu’on mette en justice un journal comme La Marseillaise qui vient simplement dénoncer les accointances avec l’extrême droite la plus radicale d’un député RN. Des gens viennent me voir, me sollicitent et me disent « Tenez bon ». Si des gens pensent qu’en écartant la Jeune Garde, en écartant ma députation, ça éteindrait l’antifascisme… non. Alors oui, on prend des coups, c’est dur. Quant à la Jeune Garde, on attend la décision du Conseil d’État suite à notre recours mais au vu du contexte médiatique et politique, on n’a pas beaucoup d’espoir.

    Est-ce que cette séquence remettrait en question votre engagement politique ou modes d’actions militantes ?

    R.A. : Cela vient requestionner plein de choses, même l’engagement de façon générale parce que c’est énormément de sacrifices. Là où il y a à la fois beaucoup de frustration, d’horreur et de tristesse, c’est qu’avec la Jeune Garde nous avions tout mis en place, d’un point de vue organisationnel, de service d’ordre, pour que justement ce genre de choses n’arrive jamais. Et cela intervient au moment où la Jeune Garde n’existe plus… Je ferai tout pour que les organisations antifascistes actuelles ou futures mettent en place des outils qui permettent d’éviter ce type de drame. Mon objectif n’est pas de recréer une Jeune Garde bis. Pendant mon silence, l’antifascisme ne s’est pas arrêté. J’en suis une des incarnations actuelles, mais on a bien vu le nombre de personnes qui ont pris la parole. À Lyon, il y avait plus de 10 000 personnes dans la rue, mais je n’y étais pas. Je n’ai pas appelé à la manifestation. C’est bien que l’antifascisme vit en dehors de ces organisations.

    Comment avez-vous vécu votre retour dans l’hémicycle, n’avez-vous jamais songé à démissionner ?

    R.A. : La question de l’engagement s’est posée à tous les étages mais à aucun moment, je me suis convaincu d’options aussi radicales. Rapidement, les retours que j’ai eus, au-delà des menaces de mort, beaucoup de gens me disaient « ne lâche rien ». Que ma députation interroge, je l’entends. Ça vient ramener une radicalité contre l’extrême droite qui peut être dérangeante. Mais quand je vois les dingos qu’il y a en face, comme le collaborateur néonazi [Vincent Claudin] ça m’a rappelé aussi pourquoi est-ce que j’ai eu envie d’aller à l’Assemblée nationale. Me retirer ce serait une erreur politique folle. Le retour dans l’hémicycle n’était pas forcément évident, car très rapidement, j’ai été désigné comme un ennemi, mais il fallait le faire. Je n’ai pas prévu précisément une prise de parole. Je continue les combats en circonscription, comme par exemple sur la fermeture de classes où ce matin j’étais à Saint-Chamand. J’ai des nœuds dans le ventre parce que c’est la conséquence du vote du budget non censuré.

    Est-ce que le drame a pesé défavorablement pour la gauche aux municipales d’Avignon ?

    R.A. : Ce qu’il y a eu de plus terrible, je ne parle pas forcément ici spécifiquement, mais au niveau national, c’est qu’une partie de la gauche tape sur une autre partie de la gauche de façon incessante, en contribuant à diaboliser la France insoumise. Ça oui, ça explique en partie la défaite par une démobilisation de l’électorat de gauche. On se vautre dans ce qu’il y a de pire derrière. Le PS fait l’erreur de croire qu’il va passer entre les mailles du filet mais si demain il n’y a plus LFI, après ce sera eux. Ça tombe par étapes. À Avignon derrière, la droite s’en est servie et Olivier Galzi a remobilisé, y compris un électorat du RN, sur des bases de tout sauf la gauche. Ce qui est certain c’est que le drame de Lyon n’a pas aidé politiquement, mais je n’ai pas la sensation que la France Insoumise en a pâti. La liste de Mathilde Louvain a manqué de 200 voix d’être en tête à gauche, on a quadruplé notre score par rapport à 2020. LFI devient une force de gauche plus qu’incontournable à Avignon avec plein de choses intéressantes à développer. En revanche, le second tour n’a pas réussi à créer de dynamique, la droite a surmobilisé et la gauche n’a pas su faire le plein. Peut-être que si j’avais pu être plus investi dans cette campagne, sans dire qu’en mon nom il y aurait eu une explosion de voix, la dynamique aurait pu être plus grande. J’ai vécu une campagne par procuration, comme mon vote.

    Quel regard portez-vous sur Olivier Galzi, qui avait appelé à votre démission, disant que vous déshonoriez la République ?

    R.A. : En tant que député, j’ai ce rôle de rencontrer le maire de la ville. Je m’autorise à discuter avec lui car il n’est pas RN même si la frontière est fine. D’un point de vue politique je n’ai pas vraiment de grandes leçons à recevoir de ce qu’il faudrait faire dans la période vis-à-vis des fascistes. J’invite Olivier Galzi à aller voir la stèle de Missak Manoukian, à réfléchir un peu sur qui était ce personnage, comment l’aurait-il considéré. Que ces gens-là se resituent un peu historiquement. Qui sont les véritables ennemis ? Est-ce qu’ils le sont véritablement pour la République et la démocratie ? Des choses m’ont choqué dans la façon de faire campagne, l’agressivité permanente. J’ai hâte aussi du bilan. Tous ces gens de droite qui disent, il faut revitaliser le centre-ville, mais ce n’est pas à cause de deux pistes cyclables que les gens ne vont plus dans les commerces. Espèce de Tartuffe, il n’y aura pas à nouveau des milliers de personnes qui iront en centre-ville pour aller dépenser, parce qu’il y a une situation économique due à la politique de ces gens-là, qui font que les habitants sont dans une précarité.

    En Vaucluse, les municipales ont vu un recul de la gauche et une percée du RN…

    R.A. : Les gens ont besoin d’une alternative clairement différente de ce que proposent justement les extrêmes droites, de radicalement opposé, sinon, on n’y arrivera pas. Ce sera une agonie lente de notre camp qui n’arrive plus à se mobiliser, parce qu’il y a un manque d’espoir. On est dans un département où c’est difficile, ça l’est encore un petit peu plus. C’est à nous de construire la mobilisation et de créer quelque chose, notamment dans les quartiers populaires d’Orange ou Cavaillon où la mobilisation électorale est très faible.

    Vous avez fleuri ce mardi matin la stèle hommage à Missak Manouchian, résistant, communiste, apatride « français de préférence ». Que retenez-vous de son parcours ?

    R.A. : Il n’a pas lâché malgré le fait qu’il était mis au ban de la société et a démontré une capacité de résistance, de résilience et de dignité. Dans un moment où tout le monde perd sa boussole, il y en a qui la gardent au mépris de tout, au péril de sa vie. Quand on rend hommage à Missak Manouchian, il y a une volonté de s’inscrire dans cette histoire politique sans avoir la prétention du même niveau de sacrifices. Il faut aussi rappeler que Missak Manouchian et les siens étaient considérés comme terroristes à l’époque. Là, il y a du monde pour les cérémonies, il a même été panthéonisé. Mais à l’époque, il y avait qui pour le défendre ? Personne. Et je pense qu’il y aurait eu un paquet de gens, y compris à gauche, pour remettre en cause ses méthodes.

  • Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Si les deux locomotives régionales Toulouse et Montpellier ont réélu leur maire (Jean-Luc Moudenc et Michaël Delafosse), plus de la moitié des grandes villes d’Occitanie ont changé d’édile.

    Parce qu’ils ne se représentaient pas ou qu’ils ont été battus, 14 maires des 27 villes de plus de 20 000 habitants ont laissé la place. Le grand vainqueur est l’extrême droite, qui, après Béziers (2014), Beaucaire (2014) et Perpignan (2020), fait main basse sur
    5 nouvelles villes : Montauban (Didier Lallemand), Carcassonne (Christophe Bathès), Castres (Florian Azéma), Agde (Aurélien Lopez-Liguori) et Bagnols-sur-Cèze (Pascale Bordes).

    La droite récupère Millau (Christophe Saint-Pierre) au PS. Les Républicains dirigeront toujours Castelnau-le-Lez mais avec Julien Miro. Des maires centristes dirigeront Tarbes (Pascal Claverie), Rodez (Stéphane Mazars) et Cugnaux (Aurélien Andreu-Seigné). Enfin, outre Nîmes (Vincent Bouget), la gauche sera aux affaires à Auch (Camille Bonne), Plaisance-du-Touch (Florence Queval) et Cahors (Vivien Coste).

    Touchés par le cumul des mandats, 4 députés RN et 1 Renaissance vont laisser la place à leur suppléant. Dans le Gard Nicolas Meizonnet (Vauvert) passe la main à Caroline Devaux et Pascale Bordes (Bagnols/Cèze) à Catherine Dellong Meng. Dans l’Hérault, Bernard Chaumeil remplace Aurélien Lopez-Liguori (Agde). Dans l’Aude, Édouard Jordan supplée Christophe Barthès (Carcassonne). Et dans l’Aveyron, Pauline Cestrières (Renaissance) remplace Stéphane Mazars (Rodez).