Tag: Défense

  • Un patron voyou à la tête d’une « société poubelle »

    Un patron voyou à la tête d’une « société poubelle »

    « Vous vous êtes manifestement enrichi en ne déclarant pas volontairement vos salariés et ce pour un préjudice très conséquent pour l’Urssaf », a sans détour signifié la présidente Kennedy à un chef d’entreprise qui s’est vu infliger trois ans de prison dont deux avec sursis. « L’année ferme est aménagée sous bracelet électronique. C’est de la prison mais chez vous. »

    Eshat Cakmak, 44 ans, chef d’entreprise de construction turc, comparaissait mardi pour travail dissimulé et blanchiment. Par omission délibérée de déclaration d’embauche, de salaire et de cotisations sociales sur environ 500 travailleurs, ses deux sociétés ont engendré 4 682 927 euros de préjudice à l’Urssaf en 4 ans. « Votre chiffre d’affaires de 2020 à 2023 est de 5,7 millions d’euros. Vous touchez 323 000 euros sur la même période mais n’en déclarez que 15 000 tout en versant 45 000 euros non déclarés à votre épouse, gérante de droit », campe la présidente face à un prévenu mutique ou agaçant dès qu’il s’exprime. « Je ne me souviens plus. Je me sens pas bien. J’ai perdu mon père. »

    « Je ne regarde pas l’argent que je gagne »

    Le schéma délictuel est connu dans le secteur du bâtiment. « Une première société poubelle est créée à Marseille qu’on transfère ensuite à Bobigny pour minorer le risque de contrôle, détaille la vice-procureure Isabelle Candau. Quand elle est repérée, la société qui a pris beaucoup de chantiers – 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires par an – n’existe plus. Une autre société a repris tous les chantiers et fait quelques DPAE (Déclaration préalable à l’embauche) pour donner une apparence de légalité sans faire de DSN (Déclaration sociale nominative) pour ne pas payer les cotisations sociales. C’est un procédé récurrent dans le BTP. »

    Lors de la perquisition de son appartement, avenue Saint-Louis, 15e, pour lequel il touche 536 euros d’APL, les enquêteurs trouvent 5 300 euros en espèces, 22 cartes bancaires, saisissent 4 véhicules dont une Audi Q8, une Mercedes classe S. « Vous avez perçu 450 000 euros de revenus en 4 ans mais vous n’avez déclaré que 5 280 euros dans l’année », rappelle la juge. « C’est pas une vie de luxe, ce que j’ai gagné je l’ai perdu car je joue et j’aide aussi ma communauté. Je ne regarde pas l’argent que je gagne, je le distribue à mes ouvriers. Actuellement j’ai des problèmes de dos, je suis au RSA », crispe le prévenu.

    « Cette fraude sociale cause un préjudice financier colossal en cotisations éludées », expose Me Coralie Renaud pour l’Urssaf. Elle réfute la version proposée d’une négligence systématique et d’une inculture administrative. « On est face à un patron voyou », résume la procureure. « Il utilise notre droit social à son profit. Vous ne déclarez rien, vous ne payez rien, vous passez votre temps à enfumer, à faire disparaître les fonds pour gruger et créer de l’apparence. Tout, strictement tout, va dans votre poche. » Contre cette fraude sociale qui représente « 1 400 euros de pension de retraite pour 283 personnes pendant une année », elle demande 3 ans ferme avec mandat de dépôt.

    « Ce n’est pas le Stavisky du BTP ni un Machiavel de la finance ! » lance Me Olivier Kuhn-Massot « atterré en tant que citoyen de voir la dérisoire facilité à planter 4,7 millions d’euros à l’Urssaf. Et ça n’éveille personne ? » De réfuter un enrichissement personnel. « Il ne serait plus ici s’il avait accumulé une fortune en Turquie. » « Lui un donneur d’ordres ? C’est surtout lui qui en reçoit. Il a la tête du parfait abruti et il a été utilisé comme tel. C’est un pion sacrificiel », tente la défense.

    L’homme écope de 3 ans de prison dont 2 avec sursis, de 20 000 euros d’amende, de l’interdiction définitive de gérer et de l’obligation très théorique de verser 4 682 927 euros à l’Urssaf. Sa société est dissoute.

  • [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    Dans sa tente, installée dans un coin du Vallon de la Barasse, en bordure de Marseille, Abigaël Lordon est tétanisée. Des crissements de feuilles se font entendre autour d’elle. « Des bruits de pas, pour sûr ». Moyen de défense ? « Aucun », constate la jeune fille d’alors 30 ans, après un rapide état des lieux. « Mon frère a fait du Judo lui, mais moi, avec mes restes de danses et de gymnastique, je ne sais rien faire. » Hurler puis courir ? « Mauvaise stratégie », s’avise-t-elle. Puis elle rit : « Des sangliers. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de sangliers, et ça m’a beaucoup rassurée. »

    Cette nuit, c’est la première qu’Abigaël Lordon passe sur le GR2013, chemin de randonnée périurbain de 365km dans les Bouches-du-Rhône, en août 2014. Douze ans plus tard, elle s’apprête à sortir une bande dessinée sur cette aventure de presque un mois, qu’elle est l’une des seules à avoir accomplie d’une traite. Une révolution par les pieds – titre de son roman – qu’elle raconte, au crayon et à la plume, comme un éveil féministe.

    Raconter l’irracontable

    Dans la maison des Berthoins à Divajeu (Drôme), où vit désormais Abigaël, aux côtés de sa fille, son conjoint, et 7 autres colocataires, la table du salon accueille quelques-uns des innombrables croquis qui ont permis de composer sa bande dessinée. À l’origine de ce travail : un petit carnet de voyage, déjà recouvert de plans et d’illustrations, tous élaborés en 2014, au fil de son aventure sur le GR2013. Certains, plus ou moins modifiés, apparaissent dans son projet final, publié le 20 mars aux éditions Wild Project. « Je me suis rendue compte en revenant de cette expérience qu’elle était, en un certain sens, irracontable. L’idée d’en faire un objet que je pourrais potentiellement publier a progressivement émergé », retrace la jeune maman. Un objet qu’elle prendra donc plus de 10 ans à construire, parce qu’Abigaël « aime raconter une globalité à partir des détails ». Et sa BD l’illustre à la perfection. Plus de 130 pages entièrement confectionnées par ses soins, composées de milliers d’éléments méticuleusement imaginés, dessinés puis, un par un, scannés. Sur la table de son salon, les cinq brouillons (presque identiques) de sa page 96, qui raconte « l’épaisseur du paysage », sont un témoin de ce titanesque travail de fourmi.

    L’éveil féministe

    De ce voyage, Abigaël tire une grande conclusion : la prééminence des inégalités hommes-femmes dans l’espace public. « Mais c’est dangereux toute seule ! », « Mais vous n’avez pas peur toute seule ? », « Moi, je ne le ferais pas à votre place », voilà un échantillon des remarques faites à Abigaël à l’annonce de son projet, en partie répertoriées dans les premières pages de sa BD. « Je suis sidérée d’être à 99% considérée comme, au mieux, une originale et au pire une femme (nue) et/ou un enfant », écrit-elle. « Je crois que j’étais jusque-là un peu naïve. Et soudain la conscience de la vulnérabilité des femmes dans l’espace public m’est apparue. »

    Du temps
    pour comprendre

    Elle se souvient d’un épisode marquant, qu’elle raconte aussi dans son livre. « Il y a eu ces vieilles dames, installées près d’un cimetière, à qui j’avais demandé ma route, démarre-t-elle, agacée. Leur seule réponse a été de me dire que ce chemin était beaucoup trop dangereux, qu’il ne fallait pas y aller. Et alors quoi ? L’espace public ne nous appartient plus ? Le chemin disparaît de nos représentations et devient de plus en plus hostile, car déserté par les femmes… »

    Un éveil féministe qu’Abigaël poursuivra tout au long de sa rédaction, en partie au contact d’Edith Hallauer, son amie et éditrice. « Ce qui est très intéressant dans son travail, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à qualifier vraiment ce qu’il s’était passé, aussi parce qu’elle était encore elle-même en train de vivre une transformation », s’enthousiasme-t-elle. De ces échanges naîtront des réflexions de plus grande échelle sur les femmes et la marche, et sur la force d’indépendance qu’incarne cette pratique. Edith et Abigaël partageront leurs lectures et apprendront des récits de Lucie Azema, Annabel Abbs et Lauren Bastide, trois figures féministes intéressées par le rapport des femmes au voyage. À la question « Que diriez-vous aux gens pour les convaincre d’acheter votre BD ? » Abigaël prendra, comme elle aime à le faire, le temps de la réflexion. Sa réponse viendra une semaine plus tard, par e-mail : « Ils y trouveront un témoignage inspirant, de la beauté, de la curiosité, de la sincérité, de la liberté, sûrement des résonances avec eux-mêmes… une invitation au voyage intérieur. »

    Une révolution par les pieds

    Éditions Wild Project

    20 euros

    En librairie à partir
    du 20
     mars

  • À Martigues, cause commune pour des soins de proximité

    À Martigues, cause commune pour des soins de proximité

    À Martigues, la défense de l’hôpital public se fait sur deux jambes. Le maire sortant Gaby Charroux (PCF) est autant à l’aise lorsqu’il s’agit de dialoguer avec les institutions de l’hôpital et de l’État que lorsqu’il s’agit de récolter et rapporter les revendications des syndicats CGT de l’hôpital et alentours, comme le 22 janvier dernier (ci-contre).

    Depuis trois ans les syndicats CGT du golfe de Fos associés à celui de l’hôpital bataillent pour obtenir un plan d’investissement de 170 millions d’euros et la création de 90 emplois statutaires à taux plein, notamment face aux urgences régulièrement saturées lors d’épidémies hivernales. Récemment, l’Hôpital et l’ARS annonçaient un nouveau plan immobilier de 60 millions d’euros, créant un nouveau plateau technique et agrandissant les urgences. Pour le maire, « les investissements sont très inférieurs à ce que nous revendiquions », mais « c’est une bonne nouvelle, mieux que rien, qui invite à ne pas lâcher le combat », estimait-il en début d’année.

    Une participation financière

    Car si la santé est censée être une compétence étatique, le maire communiste de Martigues en fait un cheval de bataille. « 170 000 habitants sont couverts par l’hôpital. La mutation du territoire va augmenter les besoins, cela demande une planification sérieuse y compris en matière de sécurité industrielle et nous avons à cœur de porter ses revendications à l’État », considère l’édile.

    La Ville a déjà financé le nouveau mammographe de l’hôpital. Et pour le prochain mandat, Gaby Charroux compte bien préempter les locaux commerciaux du centre-ville pour y favoriser l’implantation de cabinets médicaux. « C’est un levier » assure-t-il.

  • Macron envoie la flotte en Méditerranée

    Macron envoie la flotte en Méditerranée

    Une allocution brève depuis le palais de l’Élysée : Emmanuel Macron s’est adressé ce mardi ce soir aux Français, pour la première fois depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Un conflit déclenché par une offensive menée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mais pour le président français, la République islamique « porte » la « responsabilité première de cette situation », par le développement d’un « programme nucléaire dangereux » et des « capacités balistiques inédites », mais aussi en finançant ses proxys : le Hezbollah libanais, les Houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et enfin le Hamas dont le but est « de détruire l’État d’Israël ». L’Iran « qui a une nouvelle fois, en janvier dernier, donné l’ordre de tirer sur son propre peuple », justifie-t-il en référence aux mouvements de protestation durant lesquels des milliers de personnes ont été tuées.

    Les opérations militaires israélo-américaines qui ont suivi, ont été menées « en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », reconnaît néanmoins Emmanuel Macron, sans les condamner pour autant. La France demande, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, un arrêt « au plus vite de ces frappes » et la reprise de négociations diplomatiques.

    Nul ne sait combien de temps cette guerre peut durer. Dès lors, le chef d’État français annonce le renforcement de la sécurité des bases militaires de la région, de même que les ambassades. Les 400 000 Français présents dans la région se verront proposer, s’ils le souhaitent, des solutions de rapatriement. Le gouvernement a renforcé sur le territoire national le dispositif de protection militaire Sentinelle et « la vigilance autour des lieux et des personnes les plus exposées ».

    Le jeu des alliances

    Puis, alors qu’une carte de la région est projetée, il rappelle les accords de défense signés avec le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis et les engagements qui lient la France avec la Jordanie, l’Irak et les alliés kurdes. Il confirme que des avions Rafale, des systèmes de défense anti-aérienne et des radars aéroportés ont été déployés « ces dernières heures » dans la région. Quand, à Chypre, pays membre de l’UE qui a été frappé, des moyens de défense anti-aérienne « supplémentaires » ont été envoyés, en plus de la frégate Languedoc qui arrivera au large de l’île « dès ce (mardi) soir ». Le président dénonce par ailleurs « la faute majeure du Hezbollah » qui a lancé des frappes sur Israël. Alors que l’État hébreu prépare une offensive terrestre, il met en garde contre ce qu’il estime être « une escalade dangereuse et une erreur stratégique ».

    Enfin, avant de conclure, le président qui est le chef des armées, dit avoir ordonné le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle, ses moyens aériens et son escorte de frégates, en Méditerranée. Ce qui peut être considéré comme une escalade, un point de bascule. « La France demeure une puissance qui protège les siens, une puissance attachée à la paix, fiable, prévisible et déterminée », assure le président de la République. Ce n’est pas le « nous sommes en guerre », au temps du Covid, mais ça y ressemble.

    Réactions

    Parti communiste français

    « L’annonce de l’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle marque une nouvelle étape dans l’escalade militaire au Proche et au Moyen-Orient. (…) Ne participons pas à une logique de surenchère guerrière. Portons une voix indépendante pour un cessez-le-feu, la reprise des négociations sous l’égide des Nations unies et le respect du droit international. »

    Olivier Faure Premier secrétaire du PS

    « L’urgence est au retour du droit international et au refus d’une escalade régionale dont personne ne maîtrise l’ampleur. Le rôle de la France est de fixer des repères clairs dans un moment où de faux démiurges s’acharnent à les effacer. »

    Marine Tondelier secrétaire nationale d’EELV

    « La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’est pas la nôtre. Elle peut déstabiliser durablement la région. Nous ne défendons pas un camp mais le droit international qui est bafoué par l’Iran, par son programme nucléaire, et par cette intervention militaire sans mandat de l’ONU. »

    Raphaël Glucksmann eurodéputé place publique

    « On est entrée dans un moment de bascule extrêmement dangereux. Il y a un réel risque d’embrasement de la région et ce moment-là ne va pas s’arrêter rapidement. Et il faut que l’Europe, qui n’est absolument pas préparé à ce type de moment historique, prenne au sérieux la situation et affirme sa souveraineté. »

    Jean-Luc Mélenchon fondateur de La France insoumise

    « Il est pénible d’entendre le Président français retirer toute responsabilité de la situation à Trump et Netanyahou. (…) Pour autant le respect des engagements internationaux de notre pays, notamment avec Chypre, membre de l’Union européenne, est légitime. Mais les actions de protection ne peuvent d’aucune manière devenir des actions offensives (…) le cessez-le-feu immédiat est l’urgence politique. »

    L’après

    « Il faut créer, dans le respect du droit international, les conditions pour que les Iraniennes et les Iraniens puissent décider librement de leur futur démocratique. »

    Philippe Poutou Nouveau Parti anticapitaliste

    « Non à la guerre impérialisme et à bas la république islamique ! Solidarité avec les peuples d’Iran en lutte pour la justice sociale, l’égalité et la liberté ! »

    Bruno Retailleau président de Les Républicains

    « La France ne peut rester spectatrice en Iran. Lorsque des missiles visent nos alliés et mettent en danger nos ressortissants, nous devons participer à leur interception. Une nation qui se respecte protège les siens et assume ses alliances. »

  • Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    À cinq cent mètres du bistrot du village, se trouvait l’accès à l’ancien poste de conduite de tir n°1 des missiles stratégiques de la force de frappe, là où entre 1971 et 1996 se sont succédés 182 officiers, des binômes aguerris, cloîtrés H24 dans une capsule blindée enfoncée à 1,7 km du sas d’entrée et à 500 mètres sous la montagne. Recevant l’ordre présidentiel irrévocable, ils devaient activer le tir simultané des 18 missiles de plus d’un mégatonne enterrés dans des silos sur le plateau d’Albion. Le poste de tir de Rustrel avait son jumeau à 30 km à Reilhannette (Drome) où deux autres officiers contrôlaient 9 autres missiles. Ce PC n°2 a lui été intégralement démantelé.

    En 1963, le conseil de défense décide d’investir le plateau d’Albion, plus sûr géologiquement que le plateau de Valensole. La cité Saint-Michel de 874 logements à Apt pour accueillir les militaires et leur famille. On aménage des routes adaptées aux convois de missiles. En 1968, plus de 1 000 ouvriers s’activent pour extraire 74 000m3 de roches et couler 40 000m3 de béton armé. La forteresse inexpugnable comprend sa propre centrale électrique, ses circuits d’aération, des galeries à angle droit pour casser le souffle d’une bombe ennemie, des puits de gaz brûlés, des tunnels et des puits d’évacuation de 1,6km, des trappes piégées et la fameuse capsule. On construit la base aérienne de Saint-Christol où 2 000 personnes vont, les installations de transmissions du Mont Ventoux, de la montagne de Lure et du Luberon. Le 1er Groupement de missiles stratégiques s’installe. Mais c’est à la gendarmerie qu’est confié le boîtier de contrôle gouvernemental des ogives, la surveillance des sites, l’escorte des convois et des équipages d’officiers de tir.

    « Pendant cinq ans, j’ai eu la responsabilité du tir de 9 missiles », nous avait confié en 2006 Jean-Louis Cahu, qui a été un très jeune officier de tir de 1979 à 1984. À 22 ans, il avait sous sa responsabilité des vecteurs de 96 fois la puissance de la bombe A qui a rasé Hiroshima le 6 août 1945 tuant instantanément 70 000 personnes. Sa désertion le 11 novembre 1984 a été un coup de tonnerre. À 26 ans, au terme d’une prise de conscience personnelle, il médiatisait son refus de tourner la clé.

    Des simulations d’incidents nucléaires

    Son quotidien était de surveiller les missiles dans les silos, de faire des exercices de mise sous tension. « J’avais la commande de tous les outils d’action mécanique sur les missiles. Chaque action, quelle que soit la commande qui visait à interagir avec le missile, ne se faisait jamais à la légère car nous agissions sur des “engins vivants”. Nous simulions des incidents nucléaires en vitesse accélérée pour voir en situation de stress maximal jusqu’où l’officier pouvait aller. » Des simulations qui n’étaient pas un jeu mettaient les nerfs de ces officiers à rude épreuve, précisément pour les filtrer. « Certains ont craqué à quelques secondes du tir. Dans les périodes de tensions internationales, on a eu des moments chauds à l’intérieur de la capsule. On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes qu’à ce poste. Je suis la démonstration que lorsqu’on ne croit plus à la dissuasion nucléaire, on ne peut plus tenir ce poste », avait-il confié à La Marseillaise. À ses procès il avait revendiqué un droit à l’objection permanente.

    L’ordre présidentiel devait leur parvenir par des canaux de transmissions durcis et redondants. « Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelait les “hommes du Président”. Ma seule autorité, c’était le Président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Il n’y avait pas plus secret que ce poste de tir », disait l’ancien officier toujours astreint au silence.

    En février 1996, Jacques Chirac a signé la fin d’Albion. La dernière ogive a quitté le plateau le 26 février 1998. La science est descendue aux abris et des silos ont été recyclés en déchetterie, en plateforme d’observation astronomique. On peut même boire des canons au Bistrot de Lagarde sur un ancien silo. Sur le plateau, la Légion étrangère protège désormais les « grandes oreilles » d’une station d‘écoute de la DGSE car la « grande muette » est tout sauf sourde.

    Lire : [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    « On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes »

  • [Travailleur de demain] Capucine Cauchard, l’aéro dans la peau

    [Travailleur de demain] Capucine Cauchard, l’aéro dans la peau

    Après son bac, la Gardoise, qui s’imaginait pourtant faire des études de médecine, poursuit finalement dans la même voie. « J’avais peur de ne pas être suffisamment intelligente pour Paces et, dans le cadre de mon option au lycée, on était allés voir pas mal de métiers de l’armée, de la sécurité civile, tout ça s’était logé dans un coin de ma tête », explique-t-elle. Dès son premier cours de BTS aéronautique à Nîmes, elle sait qu’elle a pris la bonne décision. « C’est le coup de foudre, se rappelle-t-elle. C’est à ce moment-là que je sais que je serai mécanicienne. »

    Pourtant, rien ne prédestinait Capucine à ce métier. « Personne de ma famille ne travaille là-dedans et c’est vrai qu’il y a beaucoup de reproduction sociale, confie-t-elle. En classe, j’étais avec des gens qui connaissaient tous les termes techniques parce que leurs parents venaient de l’aéro. Ça m’a fait me poser des questions. » Passionnée, la jeune fille redouble d’efforts et excelle.

    Secret-défense

    Après une licence professionnelle, elle se lance en 2023 dans une mention complémentaire en apprentissage. C’est à ce moment-là qu’elle rejoint les rangs de Dassault Aviation, qu’elle n’a plus quitté depuis. Capucine explique : « Chaque site de la boîte a un peu sa spécialité. » Depuis 1950, l’établissement de Mérignac, à proximité de Bordeaux, réalise par exemple l’assemblage final et la mise en vol des avions d’affaires et militaires produits en série. Sur la base aérienne 125, les effectifs se concentrent sur le développement. « On est soumis au secret-défense, parce qu’on est sur la base militaire et qu’on travaille sur des technologies sensibles », révèle-t-elle.

    En deux mots, Capucine fait partie des équipes qui « testent les nouveautés, des choses qui vont être mises en place dans X années, lors d’essais en vol ». Elle, est spécialisée sur le Rafale. « J’aime les appareils qui ont une mission spécifique, explique-t-elle. Tous ceux qui font du transport de personnes, ça m’intéresse absolument pas. J’avais adoré travailler pour la sécurité civile, j’adore travailler pour l’armée, ça donne vraiment une autre dimension à ce que tu fais. »

    Travailler sur le même avion de combat n’a rien de rébarbatif. « Tu t’ennuies jamais, tu fais jamais deux fois la même chose et même pour les tâches qui sont récurrentes, tu peux la refaire 15 fois, ce sera jamais exactement pareil. T’es tout le temps en train d’apprendre. »

    Celle qui s’imaginait faire de grandes études se consacre désormais à sa licence PART 66, qu’elle obtiendra d’ici quelques années après avoir passé des examens écrits et accompli un certain nombre de tâches. « Après ça, j’aimerais aussi passer la qualification type de l’appareil sur lequel je travaille. Tout ça n’est pas obligatoire, mais je vois ça comme du plus, c’est pour avoir plus de compétences. » L’insatiabilité mène à l’excellence.

  • Catherine Vautrin veut renforcer la souveraineté de l’armement français

    Catherine Vautrin veut renforcer la souveraineté de l’armement français

    Après le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou la semaine dernière, c’est la ministre des Armées et des Anciens Combattants Catherine Vautrin qui était à Toulon ce jeudi, sur le site de la Direction générale de l’armement (DGA). Une visite qui s’inscrit elle aussi dans le cadre de l’augmentation du budget de la Défense (+ 6,7 milliards d’euros en 2026, soit 57,1 milliards) et de la loi de programmation militaire 2024-2030, qu’Emmanuel Macron souhaite faire passer de 413 à 449 milliards d’euros.

    Dans cette optique, la DGA a un rôle central à jouer sur l’aspect capacitaire, en tant qu’outil de la souveraineté française. Sa raison d’être : maîtriser techniquement notre avenir pour créer la force de dissuasion et les outils de défense. Un aspect primordial « dans un monde qui se réarme » et « où les conflits régionaux se multiplient », soutient Catherine Vautrin. « Depuis 2017, le budget de l’armée a suivi une trajectoire inédite et a presque doublé. C’est une nécessité, en aucun cas un luxe. » Son objectif est de permettre la conception de moyens en un minimum de temps grâce aux nouvelles technologies, captées, notamment, dans le domaine civil. Et outre la souveraineté, l’autre but est d’être capable de soutenir les missions de l’Otan.

    La visite du jour était centrée sur le projet DANAE, qui, comme cet acronyme l’indique, vise à doter la Marine nationale d’un Drone de surface autonome naval avec une capacité d’armement embarqué. Un projet d’accélération de l’innovation (PAI), qui devra intégrer des capacités létales et non létales, avec deux types de mission : la protection des ports, et l’escorte de navires, en pouvant être commandé depuis la terre, ou embarqué dans une frégate. Il est imaginé pour « avancer à la vitesse des changements d’aujourd’hui. Nous n’avons plus le luxe d’un fonctionnement de temps de paix. Les temps politiques, industriels et opérationnels se contractent. La période de transition ouverte en 2001 s’achève », reconnaît la ministre des Armées.

    Ce projet consiste en la réalisation de sept drones navals, à plusieurs centaines de milliers d’euros, portés en collaboration par une dizaine d’entreprises (Naval Group, Thales, Exail…), dont certains sont déjà utilisés dans le civil, notamment dans la protection de plateformes pétrolières. Trois seront sélectionnés puis affinés selon les besoins de la Marine, et un seul intégrera l’arsenal maritime français d’ici 2027. À ce titre, des essais ont lieu depuis deux semaines.

    L’innovation, priorité stratégique

    Dans un monde qui se replie sur lui-même, l’innovation est une priorité : « Le champ de bataille connaît son plus grand bouleversement depuis la Première guerre mondiale. On ne pourra tenir que si on innove plus vite que l’adversaire. C’est une révolution permanente, technique, mais avant tout une révolution des mentalités », martèle Catherine Vautrin, qui invite à passer « de la stricte planification à un modèle un peu plus basé sur l’adaptation, devenue indispensable pour toutes les raisons évoquées ».

    Mais la ministre soutient également d’autres aspects liés au développement de l’industrie militaire française : « La France demeure le deuxième exportateur d’armes au monde. Notre Base industrielle et technologique de défense (BITD) n’est soutenable que parce qu’elle exporte. C’est une condition de survie industrielle, et un outil de puissance, car là ou nos équipements sont déployés, notre influence stratégique s’enracine. »

    Second aspect, et pas des moindres : la question de l’Europe de la défense, qui peine historiquement à s’affirmer sur la scène internationale. « Nous devons être plus européens dans notre stratégie industrielle, sans aucune naïveté, avec des équipements capables d’agir de concert. Nous ne pouvons parler d’Europe de la défense sans produire ni acheter européen », insiste Catherine Vautrin, non sans pragmatisme : « Mais les clients d’hier sont les compétiteurs d’aujourd’hui. Nous devons donc être offensifs et stratèges. » Et in fine, « pouvoir mieux peser sur l’Otan ». Car face à la folie trumpiste, c’est avant tout de cela qu’il s’agit.

    « Nous n’avons plus le luxe
    d’un fonctionnement de temps de paix »

  • Leonardo Balerdi, impeccable jusqu’à la faute qui coûte cher

    Leonardo Balerdi, impeccable jusqu’à la faute qui coûte cher

    Face à la flopée de stars offensives présente à Liverpool, à l’image de Mohamed Salah, Florian Wirtz ou encore Hugo Ekitiké, la défense olympienne a longtemps tenu bon. En première ligne, Leonardo Balerdi a admirablement tenu la barque, grâce à ses multiples interventions décisives. En tour de contrôle, l’international argentin a su anticiper les centres adverses, en se positionnant intelligemment au cœur de la surface de réparation. Il s’est également montré vigilant lorsque les milieux de terrain anglais ont mis davantage de pression sur la relance phocéenne, à l’image de la perte de balle terrible de Geoffrey Kondogbia, où l’ancien défenseur du Borussia Dortmund s’est jeté comme il le fallait pour stopper l’action. Avec élégance et propreté.

    Une ombre au tableau

    Après 43 premières minutes rigoureuses, le capitaine Balerdi, parfois critiqué pour commettre quelques maladresses, a retrouvé sa seconde nature agaçante. Sur une offensive menée par Ryan Gravenberch, loin d’être dans une posture favorable, il a manqué de sérénité en se jetant dans ses pieds avec excès et a offert aux Reds une occasion en or de prendre les devants, juste avant de rentrer aux vestiaires. Plus qu’une simple erreur, ce tacle est en vérité une faute professionnelle : Liverpool possède dans ses rangs Dominik Szoboszlai, diabolique sur les coup-francs courts. Le Hongrois s’est fait un malin plaisir de faire culpabiliser l’Argentin en plantant le ballon au fond des filets. En une fraction de seconde, Balerdi est devenu le bouc émissaire de l’OM.

  • En visite dans le Var, Jean-Pierre Farandou veut créer de l’insertion professionnelle grâce à la Défense

    En visite dans le Var, Jean-Pierre Farandou veut créer de l’insertion professionnelle grâce à la Défense

    Dans le contexte de l’augmentation annoncée du budget de la Défense
    (+ 6,7 milliards d’euros en 2026, soit 57,1 milliards si le projet de loi finance est voté), et au lendemain de l’annonce d’Emmanuel Macron concernant la volonté de porter les dépenses de la loi de programmation militaire 2024-2030 de 413 à 449 milliards d’euros (avec l’objectif d’avancer à 2027 au lieu de 2030 l’objectif d’un budget annuel de défense de 64 milliards d’euros), le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre, Farandou, est déjà sur le pont.

    Ce dernier était dans le Var, vendredi, pour visiter deux entreprises liées à l’industrie de la Défense. Première étape : le site de Naval Group, à Ollioules, spécialisé dans la conception, le développement et l’intégration de systèmes de mission pour les navires. Il a pu y découvrir les dispositifs de surveillance de missions et les outils anti-drones, ainsi que le projet « Synergie », qui consiste en une plateforme souveraine sécurisée au sein de Naval Group pour développer des logiciels embarqués, en s’appuyant, notamment, sur l’IA.

    Une future initiative

    avec France Travail

    L’entreprise compte recruter 1 500 salariés dans le Var et 10 000 en France d’ici 5 ans. Un enjeu d’importance pour lequel l’État « doit aider les entreprises à trouver les compétences et ressources dont elles ont besoin », affirme le ministre, qui annonce la création d’une « organisation particulière au sein de France Travail pour réussir ce défi stratégique pour notre pays. » Il s’agira « d’aider les entreprises à remplir les emplois dont on a besoin, et aider les personnes à trouver du travail. C’est un enjeu de formation, avec un écosystème à mettre en place autour des universités et écoles. France Travail en sera le bras armé, pour coordonner l’ensemble des forces vives », développe-t-il, sans entrer dans les détails, précisant que le projet sera « partagé avec le ministère de la Défense, qui sera le donneur d’ordres. Il faut aussi citer le président de la République, qui a compris que les enjeux de défense étaient absolument clé. »

    Ensuite, direction La Seyne, sur le site de l’entreprise Acti, spécialisée dans la chaudronnerie, engagée dans différents secteurs, dont le naval défense, travaillant à ce titre avec Naval Group. « La défense est un écosystème. Naval Group a besoin d’un réseau de sous-traitants et Acti y participe », souligne l’ancien patron de la SNCF, qui reconnaît toutefois que ces « petites entreprises » peuvent se concurrencer « sur les ressources humaines », argument fondateur pour la mise en place de l’initiative France Travail. Revendiquant 200 salariés, Acti souffre cependant de difficultés de recrutement, la chaudronnerie peinant à attirer malgré des perspectives d’évolutions horizontales et verticales. « Il faut aller chercher les jeunes mais aussi les seniors », milite Jean-Pierre Farandou. « Pour pouvoir se défendre, il faut arriver au plein-emploi. »

    Une jeunesse toutefois bien représentée au sein des ateliers de production, de quoi ravir le ministre : « Ce sont des métiers nobles. Que les jeunes qui cherchent leur voie viennent dans l’industrie. Les dirigeants ici savent repérer les jeunes qui ont de l’envie pour leur apporter des formations. De plus, l’industrie de la défense est majeure sur ce territoire. » Jean-Pierre Farandou sera de retour dans le Var le 23 avril, pour le Toulon Défense Event.

  • La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    « Nous sommes prêts », affirme le chef de l’État sous le hangar de la base aérienne 125 d’Istres, ce jeudi. Emmanuel Macron a prononcé ses vœux aux armées dans un contexte international tendu marqué par le « retour des forces de déstabilisation ».

    Le président a cité parmi les sources d’inquiétude « la Russie sur le sol européen », des discours « qui sèment le doute, y compris chez les alliés », ou encore « un nouveau colonialisme à l’œuvre chez quelques uns ». Avec, pour éléphant dans la pièce, le sujet Groenlandais, pour lequel le chef des armées considère que « la France et les Européens doivent être là partout où leurs intérêts sont menacés, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », de la même manière que pour l’Ukraine.

    « Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des efforts à la mesure de notre rude époque », a déclaré Emmanuel Macron. Il avait promis en 2017, lors de sa première visite sur la base, d’atteindre 2 % du PIB dédié à la Défense.

    64 milliards d’euros

    pour la Défense en 2027

    L’objectif de 64 milliards d’euros de budget annuel de la Défense, initialement prévu pour 2030, a déjà été avancé à 2027, comme annoncé par le Président le 13 juillet dernier. La loi de programmation militaire 2024-2030 va être actualisée en conséquence, avec un renfort de 36 milliards d’euros, dont 3,5 milliards en 2026 « pour préserver notre crédibilité et faire face, si nous y étions confrontés, à un engagement majeur d’ici trois à quatre ans », précise le locataire de l’Élysée.

    La base aérienne 125 d’Istres en est « l’illustration même ». Avec ses 15 Airbus de ravitaillement et de transport stratégique, elle constitue « un vecteur polyvalent de projection de puissance » aux yeux d’Emmanuel Macron, notamment nucléaire, comme l’a démontré le récent déploiement nordique et celui à venir par le biais de ce « hub des armées ».

    Plus généralement, ces crédits serviront trois priorités. La première, au plan technique, à savoir augmenter les stocks de munitions, se doter d’une alerte avancée spatiale comme terrestre et renforcer l’ambition spatiale. « La France organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial », annonce le président, qui souhaite « améliorer la résilience et la protection » dans ce domaine.

    Une ambition liée au deuxième objectif, celui visant à faire face au missile très longue portée russe Orechnik. « Nous sommes à portée de ces tirs affirme le chef de l’État. Nous devons nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme. » Même logique pour le système de défense aérienne SAMP/T nouvelle génération, « la meilleure au monde », selon le président, qui souhaite « accélérer la production et la capacité à déployer », cette arme.

    Enfin, le chef de l’État souhaite « améliorer et accélérer la capacité des armées à s’engager », notamment via l’utilisation des drones pour les trois armées, ainsi que par l’investissement dans « les innovations de rupture : le quantique, l’intelligence artificielle ».

    In fine, le président Macron place la France au centre de l’« Europe de la Défense », tant sur le plan des moyens, du complexe militaro-industriel que sur le plan décisionnel. La volonté répétée d’indépendance de la France entre en contradiction frontale avec les affirmations répétées d’unité européenne. La question se pose si le chef de l’Etat ne ferait pas de l’œil, en filigrane, à l’idée d’être le chef militaire de l’Europe entière.