Tag: décarbonation

  • À 60 ans, le Grand port prépare son futur

    À 60 ans, le Grand port prépare son futur

    Comment dessiner ensemble un avenir pour le port Marseille-Fos ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre les participants au colloque organisé par La Marseillaise, le 13 novembre dernier, à l’aube des 60 ans du port autonome (PAM).

    Depuis sa fondation, il y a plus de 2 600 ans par les Phocéens, la ville s’est construite autour de son port mythique. Longtemps géré par la plus ancienne chambre de commerce au monde, qui a accompagné son évolution d’un port colonial à un port industriel, celui-ci se retrouve, aujourd’hui, au carrefour de nombreux enjeux contemporains.

    Longtemps, cette zone industrielle protégée et la municipalité se sont affrontées. « Le port et la ville se tournent le dos, mais il n’y a aucune fatalité à cette situation. Nous sommes dans une phase d’ouverture, de transition », veut croire Hervé Martel, président du directoire du Grand Port maritime de Marseille, nouvelle dénomination depuis 2008. Ainsi, le port a été précurseur dans le branchement à quais de ses navires, qui se poursuit. « L’acceptabilité du port par la ville évolue. Le dialogue est exigeant et extrêmement constructif », fait valoir Jean-Pierre Cochet, alors adjoint (PS) au maire de Marseille en charge du dynamisme économique. Une réponse aux critiques concernant le croisiérisme ou la réparation navale. Et, au-delà de la charte Ville-Port signée en 2013 – qui ne concerne que le bassin Est -, il envisageait la mise en place d’un contrat Ville-Port (inscrit dans le programme électoral de Benoît Payan) qui met l’accent sur la formation et les transports.

    Les perspectives d’emplois et formations liées au maritime sont au cœur du développement du port. « Posons-nous la question de ce que nous pouvons collectivement faire pour promouvoir, dans les écoles, les lycées de la mer, les universités, à tous les niveaux de formation auprès des étudiants et étudiantes marseillais, ces métiers autour de l’activité du port, afin qu’ils puissent choisir de belles carrières, à Marseille, dans ces métiers portuaires, logistiques, maritimes », pousse Christine Cabau Woehrel, ex-directrice du port et actuelle directrice centrale exécutive de CMA-CGM.

    Ainsi, la création d’une école des métiers de la mer est largement soutenue, de la gauche à la droite, en passant par les acteurs économiques et les syndicats. « Il y a notamment dans la réparation navale des métiers en tension. C’est rageant de voir, à 1,5 km du port, dans de grands ensembles, des jeunes qui voudraient travailler et qui ne le peuvent pas, faute de formation. Ils souhaitent se former, voient le port et ne peuvent y accéder », regrette le sénateur PCF des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi. « Aujourd’hui, nous avons des formations de marins grâce au pavillon français, à La Méridionale et à Corsica Linea, mais il faut pouvoir former aussi des charpentiers, des tuyauteurs pour nos entreprises. Il y a aussi une multitude de nouveaux métiers, des spécialistes de pales d’éoliennes », ajoute Olivier Cèbe, membre élu de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Aix-Marseille-Provence.

    17 500 emplois en 2025

    À l’heure de la désindustrialisation massive du pays, alors que la zone marseillaise connaît l’un des taux de chômage les plus élevés de France, « le Port de Marseille essaie de se développer, de sortir de ces difficultés. Il représente 17 500 emplois. Ce bassin d’emplois est une opportunité pour la population marseillaise », souligne Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille-Fos.

    Car, au même moment, la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire en prenant le virage de la décarbonation, après des critiques reprochant au grand port de manquer de vision stratégique et de se comporter comme un simple propriétaire foncier. Dans la foulée du grand débat public achevé en 2025, la fourniture d’énergie par la ligne THT ainsi que le développement des infrastructures routières et ferroviaires figurent désormais parmi les priorités. « Si on a un sujet à réussir, à court terme, c’est vraiment la transformation de Fos-Berre. Pour la partie maritime, on aura besoin des nouveaux carburants, méthanol de synthèse, qui pourraient être présents à Fos. Cela donnera un avantage compétitif au port de Marseille et permettra de créer plus d’emplois de marins et de dockers », insiste Pierre-Antoine Villanova, directeur général de Corsica Linea.

    Le port autonome de Marseille (PAM) a fêté, ce 1 er avril, sa soixantième année. Troisième port pétrolier d’Europe et propriété de l’État, il constitue un acteur majeur du développement du territoire. Mais aussi l’un des plus importants employeurs des Bouches-du-Rhône, avec quelque 17 500 salariés pour Marseille seulement, et 42 600 emplois industriels et portuaires sur ses bassins Est et Ouest. Devenu Grand Port maritime de Marseille (GPMM) en 2008, il fait aujourd’hui face à plusieurs défis : réindustrialisation, décarbonation de ses activités et préservation de l’emploi.

    Les dates clés

    1er avril 1966. Suite à une loi de juin 1965, le Port autonome de Marseille (PAM) voit officiellement le jour. L’inauguration officielle de Fos a lieu le 20 décembre 1968.

    17 mai 1974. L’usine sidérurgique Solmer (appelée par la suite Sollac, puis ArcelorMittal), installée dans le bassin de Fos-sur-Mer, démarre son activité en 1974.

    9 octobre 2008. Le décret n° 2008-1033 du 9 octobre 2008 institue le Grand Port maritime de Marseille (GPMM).

    28 juin 2013. La charte Ville-Port est signée par la Communauté urbaine de Marseille (aujourd’hui Métropole Aix-Marseille-Provence), la Ville de Marseille, le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, le Grand Port Maritime de Marseille, Euroméditerranée, la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence et l’État.

    2025. Le Grand Port maritime de Marseille-Fos a présenté, en novembre dernier, un projet stratégique 2025-2029 pour un montant d’un milliard d’euros d’investissement, sur cinq années.

    Témoignages

    Jérémy Bacchi, Sénateur PCF des Bouches-du-Rhône

    « À toutes celles et ceux qui ont pu, un jour, imaginer que les bassins Est pourraient disparaître ou n’avoir que du trafic passager, je dis que c’est une hérésie. Marseille a besoin d’une activité industrielle ! »

    Hervé Martel, Président du directoire du GPMM

    « Le Port de Marseille a vocation à le rester. [Il] offre à Marseille des milliers d’emplois, des infrastructures exceptionnelles, une activité de transport de voyageurs qu’on n’imagine pas transférée en Camargue. »

    Pascal Galéoté, Secrétaire général CGT du GPMM

    « Le Port de Marseille a vécu depuis des années contre la ville. (…) Les choses changent, la ville a compris qu’elle ne pouvait plus s’opposer au port et le port travaille à son acceptabilité sociale et sociétale. »

    Christine Cabau Woehrel, Directrice centrale exécutive de CMA CGM

    « Marseille représente un carrefour majeur au cœur de la Méditerranée, à la croisée de l’Afrique et de l’Europe. Un carrefour de passagers, de marchandises, mais aussi de data. »

    Patrick Maddalone, Membre du Directoire du port de Marseille-Fos

    « Hydrogène, carburants de synthèse, l’acier décarboné : un nouvel écosystème est en train de se mettre en place. Nous espérons que ces projets aboutiront, car ils fourniront alors plus de 10 000 emplois. »

    Olivier Cèbe, Membre élu de la CCI AMP

    « Marseille représente aujourd’hui, avec 2,5 millions de passagers, le premier port méditerranéen après Barcelone. Ces 2,5 millions de passagers qui entrent dans nos territoires, il faut savoir les accueillir. Ils font vivre nos territoires et la ville de Marseille. »

    Laurent Barlet, Directeur des activités industrielles Suez

    « La décarbonation comporte des enjeux de gestion de la ressource. Aujourd’hui, l’eau utilisée par un industriel ou une collectivité peut, moyennant un traitement, être réutilisée par un autre industriel. »

    Julien Fieschi, Directeur général adjoint La Méridionale

    « Le verdissement de notre flotte à quai a toujours été une priorité depuis 2015. Nous avons évité d’émettre plus de 14 000 tonnes de CO² dans le port de Marseille, grâce à cette connexion électrique. »

    Pierre-Antoine Villanova, Directeur général de Corsica Linea

    « Oui, on peut développer des activités d’entreprise en étant responsable sociétalement, socialement et en ayant également un objectif environnemental durable. »

  • Arcelor va relancer le haut-fourneau n°1 en juin

    Arcelor va relancer le haut-fourneau n°1 en juin

    C’est une nouvelle que beaucoup attendaient. ArcelorMittal a annoncé vendredi par communiqué le redémarrage du haut-fourneau numéro 1 du site de Fos-sur-Mer, fixé pour juin 2026, après une série de travaux visant à « prolonger sa durée de vie », selon la direction du site. Une « bonne nouvelle » accueillie par le syndicat CGT de l’entreprise, employeur de 2 500 salariés organiques et missionne 1 200 travailleurs sous-traitants. Le deuxième, en production, poursuivra son fonctionnement.

    La décision de redémarrage de ce haut-fourneau endommagé par un incendie en octobre 2025 a été prise au regard d’une confiance retrouvée dans le marché de l’acier européen et en « considérant que les mesures de défense de l’Union européenne seront mises en œuvre rapidement », d’après la direction de l’usine.

    L’une de ces mesures est le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), règlement européen visant à soumettre les produits importés à un tarif équitable, au regard du carbone émis lors de la production de biens à fort impact carbone entrant en Europe. L’autre est l’ensemble des contingents tarifaires qui limitent l’import sans frais de douane et doublent ces frais lorsque les quotas francs sont dépassés.

    Des recrutements et 60 millions d’euros investis

    Ce plan de relance comprend un volet humain et financier. D’abord, l’entreprise va compléter ses équipes avec des recrutements d’opérateurs et de techniciens de maintenance tels que des électriciens, mécaniciens ou automaticiens. D’autre part, un budget d’investissement dédié est prévu par la direction, « portant ainsi l’enveloppe d’investissements du site de Fos-sur-Mer à 90 millions d’euros » pour l’année 2026 « afin d’accompagner cette montée en puissance du site ».

    ArcelorMittal précise que « dans le même temps, la démarche d’amélioration de la productivité et de la performance se poursuit afin de renforcer la compétitivité du site ». Les études pour la décarbonation ne sont pas remises en question : « Les études d’installation d’un four à arc électrique se poursuivent » conformément à la trajectoire initiée en 2024. Ces sujets ont été présentés au personnel en CSE « dans le cadre du dialogue social », conclut l’entreprise.

    Une avancée « satisfaisante » pour Stéphane Martins de Araujo, secrétaire du syndicat CGT du site de Fos-sur-Mer. Mais insuffisante : « il y a certes des investissements pour les hauts-fourneaux, mais à court terme, entre 3 et 5 ans », considère le syndicaliste. « Quand on veut faire marcher un four pendant 15 à 20 ans il faut entre 120 et 150 millions d’euros. Quid de l’avenir au-delà de 2030 ? De plus le projet de décarbonation n’englobe que 20% de notre capacité de production, ce n’est pas suffisant pour pérenniser notre activité », détaille le responsable.

    Sur le plan humain, « 80 des départements du site vont perdre du personnel par rapport à l’ancienne marche à deux fours », indique Stéphane Martins de Araujo, parlant de 210 emplois en moins. Un manque couplé, selon le syndicaliste, « au recours à l’intérim sur des postes clés avec des risques d’accident qui s’accroissent », considérant qu’« il faut entre 6 mois et un an pour former des agents autonomes, voire plusieurs années pour certains postes de maintenance les plus importants, alors que le redémarrage est prévu dans 3 mois », pointe-t-il. Dans ce contexte, Stéphane Martins de Araujo et la CGT « ne lâcheront pas » sur la nationalisation du groupe, à défaut « de vraies annonces à Fos et Dunkerque à hauteur des besoins d’acier de la France ».

  • [Entretien] Marc Pietrosino : « L’extrême droite n’a pas une politique au service des citoyens »

    [Entretien] Marc Pietrosino : « L’extrême droite n’a pas une politique au service des citoyens »

    La Marseillaise : L’UD a réalisé un vaste document sur les élections municipales, quel est le sens de cette initiative ?

    Marc Pietrosino : La CGT n’est pas neutre. Nous sommes en contact permanent avec les salariés du département, nous avons donc une vision pour améliorer le quotidien des travailleurs dans le cadre de ces élections. Cette campagne pour le scrutin n’aborde pas toujours de la bonne manière toutes les compétences des communes. À partir de celles-ci, l’idée était de mettre sur la table notre vision des choses, de donner des pistes, aux différents candidats, hors RN et extrême droite évidemment. Et cela fait écho à d’autres travaux d’organisations syndicales CGT, comme ceux de nos camarades de la Métropole ou de la santé, qui ont interpellé les candidats, dans leur domaine de compétence. Pour l’Union départementale, nous avons une démarche globale. Nous aimerions d’ailleurs que les candidats, a minima les progressistes, se positionnent sur nos propositions.

    Vous abordez largement la réindustrialisation, qui n’est pas une compétence directement municipale, qu’attendez-vous des candidats sur le sujet ?

    M.P. : Nous appelons les candidats à se saisir des problématiques industrielles. Je prends l’exemple d’Arcelor : toutes les collectivités doivent être à l’unisson pour accompagner la décarbonation, pour sauver l’usine. Nous avons besoin d’acier en France. Par extension, pour décarboner nos industries et les activités maritimes, on va être obligé d’avoir une alimentation massive en électricité. En ce sens, la ligne Très Haute Tension [projet de ligne de 300 000 volts entre Jonquières et Fos, Ndlr.] doit se faire dans le respect des normes environnementales, en concertation, en n’opposant pas industrie et écologie. Mais je préviens les candidats et futurs élus : si on ne veut pas finir dans le tout-tourisme, il faut cette ligne. Plus globalement, il faut qu’ils activent tous les leviers pour qu’on ne loupe pas ce tournant : sur les services publics qui doivent suivre, la demande en logement… Ils ont une grande responsabilité pour l’avenir de la zone. Par contre, nous avons été très déçus par la campagne pour le volet activité portuaire de notre département. Il y a eu de grosses attaques sur les bassins Est de Marseille. Le candidat RN propose la construction d’une marina, ce qui équivaut à supprimer 15 000 emplois. Et une déception vis-à-vis des candidats progressistes qui ne parlent du port que pour donner des accès à la mer et de nouvelles plages.

    Printemps Marseillais comme LFI parlent de l’emploi comme une priorité sur le port…

    M.P. : Nous sommes heureux quand ils affirment que c’est une priorité. Mais nous avons été surpris par les positions voulant donner de nouveaux accès à la mer au détriment des activités. Nous veillerons à ce qu’ils réaffirment ce soutien à l’emploi.

    Vous évoquez aussi les attaques sur les Bourses du travail, comme à Arles. C’est un exemple des politiques antisociales qui peuvent être menées contre les travailleurs par les mairies ?

    M.P. : Avant d’attaquer frontalement les salariés, ils s’attaquent d’abord aux corps intermédiaires, aux contre-pouvoirs, aux représentants des salariés. Priver les syndicats de leurs lieux de vie historiques n’est pas anodin. Cela revient à les empêcher de travailler, c’est une façon d’annihiler ceux qui défendent les intérêts des travailleurs. Et par ricochet, les droits de ces derniers. Les maires progressistes doivent sanctuariser les Bourses. L’exemple d’Arles est parlant : De Carolis est dans la ligne droite de la macronie, son gros chantier à Arles a été d’attaquer la Bourse du travail… Pour vouloir en faire un office de tourisme, ça en dit long.

    Dans cette lignée, il y a déjà eu des mairies passées aux mains de l’extrême droite dans le département, quelles conséquences pour les travailleurs ?

    M.P. : Les camarades de la fonction publique pourraient expliquer longuement ce qu’ils ont subi durant les mandats de l’extrême droite, à Marignane ou Vitrolles il y a quelques années… Ce sont des mises au placard, un management détestable, une politique qui n’est pas au service des citoyens. Si on a le malheur d’en avoir d’autres après ce scrutin, on ne fuira pas, on combattra et on montrera qu’une autre voie est possible.

    Vous appelez les militants à soutenir les listes progressistes au regard du danger de l’extrême droite dans certaines communes ?

    M.P. : Quand les forces progressistes réussissent à s’entendre, on appellera toujours à voter pour celles-ci. Bien souvent, leur programme reprend ce que l’on demande syndicalement, on aurait donc tort de ne pas les soutenir. Pour le cas des listes dispersées, nous appellerons au rassemblement des forces progressistes au second tour face à l’extrême droite.

    Vous tirez la sonnette d’alarme sur le logement, vous revendiquez plus de logement social ? Quid de l’encadrement d’Airbnb ?

    M.P. : Il y a deux aspects : certaines communes jouent le jeu du logement social, d’autres préfèrent payer des pénalités plutôt que d’en avoir. Nous enjoignons les communes à être dans les clous au niveau de la loi. Et à bâtir des logements sociaux partout sur le territoire. Nous avons le droit d’avoir des logements sociaux près de la plage, dans des communes dites touristiques. D’où le lien avec une autre problématique : celle des plateformes comme Airbnb. Il faut vraiment les encadrer, que les maires privilégient les logements pour ceux qui travaillent et vivent dans leur commune. Le nombre de logements de ces plateformes, dans certaines villes, provoque une hausse des prix de l’immobilier et empêche les travailleurs de s’y loger. Le logement est une compétence de la municipalité, les maires doivent agir dans ce domaine.

    Il y a tout un panel de revendications pour « renverser la fragilisation des services publics », comment faire ?

    M.P. : Nous devons avoir une fonction publique territoriale forte, qui ne délègue pas au privé. Cela passe par une fin des emplois précaires, le recours à des contractuels. Les partenariats public-privé se résument par « financement par le public et bénéfice pour le privé ». De fait, nous sommes favorables aux régies publiques. Avoir l’eau en régie publique, c’est une eau moins chère pour les citoyens, et de meilleure qualité. Pareil pour la restauration scolaire : il faut sortir de cette privatisation à tout va. Ce n’est que par des régies publiques qu’on pourra avoir une alimentation saine et équilibrée pour nos enfants dans les écoles. C’est une question de contrôle citoyen sur le service en question.

    Vous vous inquiétez aussi de l’enjeu métropolitain ?

    M.P. : C’est un scrutin dans le scrutin. La couleur politique qui sortira des différentes élections municipales, aura une influence directe sur la couleur politique de la Métropole. Et quand on connaît les prérogatives de cette dernière, notamment en matière économique, ça ne sera pas la même chose d’avoir une métropole majoritairement à gauche ou à droite. Le pire serait d’avoir une Métropole aux mains du RN. Ce serait une catastrophe pour le développement de l’emploi.

  • Christelle Thieffinne (CFE-CGC) en tournée électorale à Marseille

    Christelle Thieffinne (CFE-CGC) en tournée électorale à Marseille

    La guerre de succession de François Hommeril, actuel président de la CFE-CGC, passe par Marseille. Alors qu’il doit passer le flambeau après plusieurs mandats lors du congrès de juin prochain, Christelle Thieffine, candidate annoncée, est « venue prendre le pouls » des sections syndicales locales pendant deux jours. La salariée de Thalès, issue de la fédération de la métallurgie et secrétaire nationale à la protection sociale va faire face à Frédéric Guyonnet, banquier et président du Syndicat national de la banque (SNB) lors du scrutin. Elle a donc un programme chargé pour cette tournée électorale, entre visite du Centre de formation d’apprentis industriel (CFAI), rencontre avec les marins de Corsica Linea ou encore passage à la CMA-CGM. « Ce qui m’importe, c’est comment on arrive à défendre un modèle social face à un dumping. Je viens découvrir comment les équipes font face aux enjeux de décarbonation, sur l’étang de Berre et Fos », entame-t-elle, entourée de Pierre Maupoint de Vandeul, président de la CFE-CGC transport et logistique et officier de Corsica Linea et de Jérôme Yvernault pour la métallurgie. Elle défend notamment « la décarbonation et la transition écologique » mais à condition que ça ne se fasse « pas au détriment de la compétitivité des entreprises ».

    Rappelons que François Hommeril s’était attaché à casser l’image d’un syndicat réformiste pas vraiment contestataire attribué à la CFE-CGC, avec de nombreuses sorties de haute volée à l’encontre du gouvernement lors de la lutte contre la réforme des retraites (lire notre article du 07/10/2022). Le tout, en restant conciliant avec le patronat dans les négociations sur le terrain et dans les entreprises. Christelle Thieffine entend s’inscrire dans ses pas évoquant une « continuité ». Elle met en avant le « volet responsable de nos revendications » tout en taclant « certains observateurs du monde économique qui ne veulent pas du bien aux organisations syndicales ». « On a une voix atypique. On est la seule organisation représentative qui progresse d’élection en élection », développe-t-elle. En effet, le syndicat talonne Force ouvrière pour la troisième place en matière de représentativité au niveau national. Et se targue d’être la première organisation dans certains mastodontes dont EDF, Stellantis, chez les personnels sédentaires des entreprises de navigation ou encore au siège marseillais de la CMA-CGM.

    Le cas d’Alliance

    et l’extrême droite

    Reste le sujet épineux du très droitier syndicat de policiers Alliance, affilié à la CFE-CGC, à l’origine de manifestations fin janvier à laquelle ont participé de nombreux représentants de l’extrême droite, dont Marion Maréchal Le Pen ou encore Sarah Knafo. L’adversaire de Christelle Thieffine, Frédéric Guyonnet, était d’ailleurs au second rang à la manifestation parisienne. « On est un syndicat apolitique, on ne fait pas de politique politicienne. Tant que je serai là, on tiendra cette position », martèle Christelle Thieffine. Une référence à une lettre de François Hommeril critiquant la présence des dits élus. « Il y a eu de la réactivité des autres organisations, ce moment n’a pas été simple à gérer », reconnaît Pierre Maupoint de Vandeul.

  • À Fos, les salariés attendent un soutien politique fort à leur projet d’avenir

    À Fos, les salariés attendent un soutien politique fort à leur projet d’avenir

    La proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal, votée par l’Assemblée nationale, construite avec les salariés de l’entreprise et leurs syndicats CGT, est « sans conteste une bonne nouvelle, réaffirme Stéphane Martins de Araujo, secrétaire CGT, mais elle concerne surtout Dunkerque ». À Fos, la situation reste « catastrophique », alertent les salariés, extrêmement déterminés à défendre, et leur santé, et les 4 000 emplois sur site et quelques dizaines de milliers d’emplois induits sur la place portuaire.

    Rien que pour 2025, un incendie s’était déclaré en avril, puis un autre octobre qui avait mis l’aciérie à l’arrêt durant deux mois… « C’est accident industriel sur accident, déplore le secrétaire CGT, sans compter que les travailleurs restent exposés quotidiennement à des risques majeurs liés à la présence d’amiante et aux agents CMR [Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques, Ndlr.] sans aucune protection adéquate. » Soutenu par Maitre Julie Andreu, du cabinet d’avocats TTLA, le dossier de demande de reconnaissance de l’amiante a pris la direction du ministère.

    Réinvestir sur 20 ans

    Dans cette bataille-ci, les chiffres pèsent : « Plus de 600 travailleurs bénéficient d’un suivi médical renforcé en lien avec l’amiante. Près de 400 ont des expositions quasi récurrentes au quotidien », précise Zidane Merabet. Ce responsable CGT au pôle juridique décrit « un climat d’angoisse dans l’usine où on a vu des collègues décéder, où on a des collègues d’à peine 40 ans qui développent des pathologies, des cancers. Ceux qui trouvent du travail ailleurs partent sans hésiter ».

    « Des outils dangereux, des départs à la retraite non remplacés », les motifs d’inquiétudes persistent sur le haut-fourneau. Car c’est aussi sur l’emploi que les menaces pèsent. Si un projet de four électrique géant, maintes fois reporté, a été annoncé pour décarboner le site ArcelorMittal France à Dunkerque, le plan Zénith du sidérurgiste prévoirait une coupe de 1 650 emplois dans l’Hexagone. Or, pour la zone de production du Sud « à Fos, c’est toujours zéro perspective » regrette Stéphane Martins de Araujo. D’autant plus amer, qu’il rappelle que « Mittal a refusé 850 millions de crédit de l’Europe pour investir dans l’infrastructure, protestant sur les frais d’énergie ».

    Un désengagement sur Fos représenterait « une perte de 7 milliards par an pour l’État avec les dizaines de milliers d’emplois supprimés », fait le compte le syndicaliste. Les salariés et leur syndicat travaillent depuis plus d’un an avec des experts à un projet alternatif de décarbonation dans lequel avec « 4,5 milliards d’investissements, on repart sur 20 ans ». La convergence de tous les groupes de gauche en leur faveur a permis une première victoire « mais on a besoin de conforter ce rapport de force » pour un coup de pression sur le gouvernement… et sur Mittal.

  • Gaby Charroux face à la presse

    Gaby Charroux face à la presse

    La candidaturE

    Norhène Ouerfelli : C’est une liste citoyenne, avec 50% de renouvellement, que vous proposez ?

    Gaby Charroux : La liste est diverse, citoyenne, comme elle l’a toujours été. C’est drôle d’entendre le contraire, alors Paul Lombard avait décidé, en 1989, que la majorité communiste et socialiste allait s’ouvrir aux citoyens, dont je faisais partie par mes engagements professionnels et associatifs sportifs. C’est une liste citoyenne avec des gens du PCF, du PS, de Génération écologie et de Place publique, et des gens sans engagement politique. Ils sont à mon image : ils n’ont pas de dogme et prennent des décisions dans l’intérêt des Martégaux. Par exemple, je défends dans le même temps la clinique privée et l’hôpital, car on a besoin de ces médecins et chirurgiens dans ces deux pôles, avec les deux maisons de santé.

    Norhène Ouerfelli : Vous parlez souvent du bouclier martégal. De quoi s’agit-il concrètement ?

    G.C. : Ce sont toutes les actions sociales portées par la municipalité, comme le maintien à domicile avec portage de repas, ou le développement des foyers avec un cinquième ouvert au début du mandat, par exemple. Ce sont toutes les crèches municipales. C’est les gratuités, le prix du repas à la cantine de 2,30 euros, les colonies de vacances… Nous avons calculé une moyenne 400 euros de dépenses en moins par mois et par famille. Les centres d’initiation sportive, gratuits, permettent aux plus jeunes de découvrir le sport, dès 2 ans avec des activités adaptées, sans oublier l’inclusion des enfants handicapés. L’accès à la culture aussi, au conservatoire Picasso, où l’on peut apprendre un instrument jusqu’à 12 ans gratuitement.

    Philippe Boccara : Quelle est votre stratégie de succession ?

    G.C. : Ma seule stratégie est d’être au service de l’intérêt général des habitants de ma ville. Vous me voyez me présenter aux électeurs pour passer la main dans six mois, un an ? Les accidents de la vie, Il y en a pour tout le monde, tout peut arriver. Moi, j’ai la forme et la santé. On verra la suite en avançant. Ça fait 10 ans que je regarde autour de moi pour savoir qui pourra être là 24h sur 24, comme moi, et j’ai des idées. Des échéances électorales vont venir, comme les législatives au moins dans 2 ans, Pierre [Dharréville] sera notre candidat sans aucun doute et j’espère qu’on regagnera cette circonscription.

    La Sémivim

    Philippe Boccara : L’affaire de la Sémivim (Société d’économie mixte immobilière de la Ville de Martigues) a empoisonné votre mandat. Aujourd’hui, vous êtes encore mis en examen ?

    G.C. : Je rappelle qu’il s’agit d’une mise en examen seulement au motif de favoritisme. La corruption, l’enrichissement ou tout autre sujet ont été éliminés. Je remarque aussi qu’on parle de l’affaire Sémivim, alors que la victime, c’est la Sémivim ! Car des personnes ont considéré qu’elles pouvaient détourner de l’argent par le lien établi entre des agents et des entreprises, auxquelles elles ont fait croire que, pour bénéficier de marchés, il fallait les intéresser. La mise en examen repose essentiellement sur les fonctions occupées alors par quelques élus, membres de la CAO [commission d’appel d’offres], et moi en tant que président directeur général, à ce moment-là. Et aucun élu, ni moi, sommes concernés par la corruption ou la prise illégale d’intérêts. Nous sommes aujourd’hui partie civile. Nous avons été reconnus comme victime, également la Ville et la Sémivim.

    Léo Purguette : Est-ce que cela a abîmé le lien de confiance avec la population ?

    G.C. : J’ai chaque jour des preuves de la confiance que m’accorde la population. Elle a compris la réalité de cette affaire. Les entreprises ont reconnu leurs fautes et ont versé des indemnités à la Sémivim et la Ville. Le procès traitera de la corruption et je n’ai aucun lien avec ça. Sur la question qui me concerne, oui, j’étais PDG de la société, mais complètement étranger à ces agissements et je n’ai rien à me reprocher.

    La Santé

    Norhène Ouerfelli : Il est parfois difficile de trouver un médecin spécialiste aujourd’hui. Quelles mesures pour y arriver ?

    G.C. : L’accès à la santé n’est pas égalitaire pour tous aujourd’hui. J’ai l’exemple de quelqu’un qui s’est fait opérer de la cataracte par un ophtalmo à Châteauneuf, il a payé 400 euros de dépassement d’honoraires. Il peut payer, il le fait. Mais combien d’autres renoncent aux soins ? Mon obsession, c’est l’accès au droit à la santé égal pour tous.

    Thierry Bezer : Martigues est parfois vue comme un désert médical…

    G.C. : Au contraire ! Quand je vois des villes comme la nôtre et non loin sans les mêmes moyens… On a une perspective, pour l’hôpital, de mettre à disposition le foyer de l’Adret. La Chrysalide va déménager et les internes seront à 100 mètres de l’hôpital. Nous avons une politique d’acquisition de locaux commerçants pour les mettre à disposition des cabinets à loyer très bas, pas comme le privé. Il y a deux cas : un en centre-ville avec des médecins généralistes, l’autre à Croix-Sainte avec le cabinet dentaire.

    La sécurité

    Philippe Boccara : Vous proposez une brigade de police de centre-ville dans votre programme. Dans quel but ?

    G.C. : La brigade de centre-ville a pour but de remplacer la police de proximité. Les gens sont contents, même dans les quartiers, car ça vient contrecarrer les dealers. On a perdu 50 policiers nationaux depuis 15 ans. Je l’ai dit au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez : je veux plus de police. L’Assemblée nationale travaille un projet de loi qui donnera plus de compétences à la police municipale. Ça veut dire plus de moyens humains à la charge des communes et moins pour la police nationale ? Ça donne une sécurité à deux vitesses : les villes qui peuvent donner des moyens et celles qui ne peuvent pas.

    Philippe Boccara : Et les caméras, elles fonctionnent toutes ?

    G.C. : On a 180 caméras de surveillance et 18 lectures automatiques de plaques d’immatriculation, qui ont permis de résoudre beaucoup d’affaires, et elles marchent toutes. On a des agents au central devant les caméras de 6h à 1h du matin. On est aussi exemplaires sur la prévention que sur la répression.

    Le Logement

    Norhène Ouerfelli : Martigues est au-delà du seuil légal de logements sociaux. Est-ce qu’il faut arrêter d’en construire ?

    G.C. : Nous avons 28% de logements sociaux, soit 6 000 sur les 25 000 de Martigues. Il y a 12 000 demandes, car 72% des Français sont éligibles au logement social. Sur les 12 000 demandes, 5 000 concernent des Martégaux. Faut-il arrêter de construire ? Au domaine de Manon, il y 250 logements sociaux, mélangés avec de l’accession à la propriété, du locatif à coût maîtrisé, et vous ne faites pas la différence quand vous passez devant. C’est fini les cités de 745 logements comme avant.

    Philippe Boccara : Est-ce que ça marche, les contrôles sur les ventes pour garantir que ce sont des martégaux qui achètent ?

    G.C. : Oui ça marche, on contrôle, les promoteurs doivent nous dire à qui ils vont vendre et on vérifie que ce soient des Martégaux. C’est un accord avec le promoteur. Cette préférence n’est pas contre ceux qui viennent d’ailleurs, mais contre les autres maires qui ne construisent pas les logements ! Ça explique aussi les 12 000 demandes, car les gens savent où chercher. Pas comme sur le reste la Côte bleue…

    L’industrie

    Léo Purguette : Martigues est un territoire industriel historique concerné par les projets de décarbonation. Comment faire pour accueillir les 10 000 nouveaux travailleurs qu’on nous promet ?

    G.C. : Depuis 100 ans, Martigues a une zone industrielle pétrochimique à Lavéra. Nous en sommes fiers et nous voulons préserver ce qui existe. Soit des milliers d’emplois, avec de bons salaires car les syndicats luttent. On y est attaché. La décarbonation pourra peut-être enfin réconcilier l’industrie et l’environnement. J’ai proposé une organisation de la gouvernance au Président de la République, à territoire d’exception, loi d’exception. Il l’avait acté. Même si la gouvernance n’est pas encore mise en place.

    Léo Purguette : Pour décarboner, il faut de l’électricité. Pour ou contre la ligne à très haute tension ?

    G.C. : Je suis pour, y compris pour préserver l’environnement. On peut enterrer tout ou partie, c’est toujours une question d’argent. Il faut préserver la Camargue, mais aussi la richesse du territoire.

    Léo Purguette : Martigues est aussi une terre de cinéma…

    G.C. : Le cinéma offre une opportunité extraordinaire, avec les studios d’Olivier Marchetti. Il y a un projet d’hôtel 4 étoiles de 80 chambres en cours, sur le boulevard maritime, au bord du canal, c’est acté. Accor est dessus, mais je voudrais mieux, on discute pour augmenter d’un cran.

    La Métropole

    Norhène Ouerfelli : Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans le bras de fer que vous avez engagé avec la Métropole ?

    G.C. : Le sujet qui fâche, c’est les ordures ménagères : c’est catastrophique. Quand on était en responsabilité, on gérait Port-de-Bouc, Saint-Mitre et Martigues, ça marchait parfaitement. Avec la Métropole, on éloigne les décideurs de la population et ça produit le résultat qu’on avait prédit. À l’automne, sur 24 bennes dédiées aux trois communes, 20 avaient besoin de réparations et ne sont pas envoyées au garage. J’en veux aux services de Martine Vassal qui ne nous entendent pas quand ça va mal. On a dû suppléer et engager de nouvelles équipes à la propreté urbaine de Martigues. C’est la multi-peine ! J’ai demandé qu’on nous rende la compétence, les trois communes sont d’accord. La réponse, c’est « on peut pas c’est la loi ». Il y a une autre solution, nous rendre seulement l’organisation locale. Peut-être peut-on arriver à faire changer la loi avec la grande ville centrale, Marseille.

    Léo Purguette : Vous avez été candidat à la présidence de la Métropole. Le serez-vous encore ?

    G.C. : Je ne crois pas que je serai candidat. On n’en est pas là, on prépare des municipales, on verra ce qui en ressort, car la seule Ville de Marseille n’a pas la majorité à la Métropole. C’est un enjeu très important sur l’eau et l’assainissement, aujourd’hui, on voit l’alignement du prix alors qu’on avait les plus bas du département et tout le bénéfice était réinvesti. Les partages de subventions devraient être équitables pour tous. Ça n’est pas le cas.

    L’étang de Berre

    Antonin Maja : Vous avez soutenu le classement de l’étang de Berre à l’Unesco. Quelle est la suite ?

    Gaby Charroux : L’étang de Berre est le cœur de notre métropole et de notre département. La candidature à l’Unesco a réveillé tout le monde. On n’a pas réussi, mais l’essentiel est de sauver l’étang et poursuivre sa réhabilitation, pour la pêche ou le tourisme. On a besoin de rouvrir le tunnel du Rove, mais surtout de la dérivation de l’eau de la Durance, qui ne va pas coûter 16 millions, mais 2 milliards d’euros. Il faut que la Région aide quand elle aura fini de financer les JO. Je suis pour, en tant que passionné de sport.

    La presse

    Léo Purguette, président et directeur éditorial – La Marseillaise

    Norhène Ouerfelli, journaliste – Maritima

    Philippe Boccara, grand reporter – Ici Provence

    Thierry Bezer, journaliste – France 3

    Antonin Maja, journaliste – La Marseillaise

  • Un appel à projets pour décarboner le maritime

    Un appel à projets pour décarboner le maritime

    Deux ministres qui jettent l’ancre ce jeudi à Marseille mais pour des annonces aux airs de goutte d’eau dans l’océan. Au salon Euromaritime qui se déroule au parc Chanot depuis mardi dernier, Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche et Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie étaient particulièrement attendus pour officialiser un soutien au secteur. « Ça y est, on a un budget ! Et on a inscrit la décarbonation du secteur maritime dans celui-ci via la déclinaison nationale d’un appel à projets », lance Catherine Chabaud, avec un grand sourire devant le gratin des acteurs et industriels locaux (lire notre article du 05/02). Un soutien ou une redistribution ? « Il va y avoir un fléchage de la taxe carbone pour le maritime, qu’on appelle les ETS [système d’échange de quotas d’émission carbone auquel est soumis le secteur depuis 2024, Ndlr] pour soutenir la filière industrielle dans sa décarbonation. »

    Cet appel à projets sur l’ensemble du territoire sera lancé « d’ici fin mars avec le ministère des Transports » et « opéré par l’Ademe [Agence de la transition écologique, Ndlr] ». Il porte sur « trois thématiques : le déploiement de technologies de décarbonation à bord des navires, le soutien aux chantiers navals pour les flottes et le financement d’infrastructures portuaires ». Un sujet qui pourrait paraître technique pour les marins d’eau douce mais qui va avoir une forme très terre à terre. « C’est 70 millions pour financer des projets très concrets : acquisition de navires à propulsion décarbonée, développement de la filière vélique ou décarbonation des infrastructures portuaires », résume le ministre délégué à l’Industrie. « On ne fait pas de cadeau au secteur, on soutient une dynamique. Il y a une concurrence internationale », précise la ministre. Le tout, avec le traditionnel arrivage d’aides et crédits divers et variés puisque Catherine Chabaud annonce aussi « la mobilisation de garanties de projets stratégiques jusqu’à 20 millions d’euros et le renforcement des financements mobilisables via un dispositif de certificats d’économie d’énergie ».

    « Les meilleurs gagneront »

    De quoi mettre du vent dans les voiles des acteurs du maritime ? « C’est une très bonne nouvelle pour la filière, on travaille depuis un an avec l’administration pour mettre en place ce dispositif. Union des ports français, le Gican [Groupement des Activités Navales, Ndlr] et armateurs sont ensemble sur le sujet », se réjouit Laurent Martens, délégué général d’Armateur de France, organisation professionnelle regroupant les entreprises armatrices. Avant de nuancer : « Mais c’est un peu normal : on paie une taxe pour décarboner, on doit t’aider à décarboner… Et il était prévu initialement qu’une partie des ETS reviennent au secteur. »

    La mesure est amenée à être reconduite sur les années selon la ministre de la Mer. « 70 millions, c’est pas beaucoup. On est sur 90 millions au total avec le reste et ça va augmenter avec les années », espère-t-il. Détail d’importance : qui dit appel à projets dit candidats, lauréats mais aussi projets non retenus… « Les meilleurs gagneront », conclut Laurent Martens, par ailleurs ancien de la CMA CGM, premier armateur français et employeur privé de Marseille. Reste que l’idée du gouvernement est « d’irriguer toute la filière ». Jakob Sidenius, directeur général de Seayard Terminal Fos se disait justement « demandeur d’une feuille de route » notamment sur la question de l’électricité dans les ports. « Les besoins sont énormes, il y a une nécessité d’investir dans les infrastructures », plaide-t-il, en faisant référence à la ligne Très Haute Tension en projet, qui doit arriver à Fos. Et in fine du coût de l’électricité. « Il y a des pistes de financements : les ETS et l’Europe. Si on veut que notre produit soit attractif, mais qu’on a pas les aides ni les ETS, on aura beau se regarder avec les autorités portuaires… », laisse-t-il en suspend. Et de prévenir : « L’électricité sera un élément décisionnel pour faire venir les navires. »

  • La ministre de la Mer et de la Pêche lance un vaste appel à projets pour la décarbonation du secteur maritime

    La ministre de la Mer et de la Pêche lance un vaste appel à projets pour la décarbonation du secteur maritime

    « Ça y est, on a un budget ! Et on a inscrit la décarbonation du secteur maritime dans celui-ci via la déclinaison nationale d’un appel à projets », explique-t-elle. Ces appels sont en lien avec le marché carbone européen (ETS)* du secteur en place depuis 2024 et seront lancés « d’ici fin mars avec le ministère des transports » et « opéré par l’ADEME ». Ils portent sur « 3 thématiques : le déploiement de technologies de décarbonation à bord des navires, le soutien au chantiers navals pour les flottes et le financement d’infrastructures portuaires ».

    Concrètement, la ministre pointe « un soutien de 70 millions au bénéficie du secteur, via des autorisations d’engagements et 30 millions de crédit de paiement », développe-t-elle. Elle évoque aussi « deux dispositifs complémentaires, l’un avec la mobilisation de garanties de projets stratégiques jusqu’à 20 millions d’euros pour des projets de décarbonation, l’autre le renforcement des financements mobilisables via un dispositif de certificats d’économie d’énergie ». Elle cible des « technologies matures, comme le vélique ou les batteries ». « On veut lancer une vraie dynamique industrielle avec ces appels à projets. On œuvre pour un fléchage des ETS dans le secteur, il y a une légitime attente de ceux qui versent l’ETS mais il faut une vision stratégique pour que la décarbonation irrigue la filière », conclut elle.

    *Système de quota d’émission carbone comme il existe ailleurs, depuis 2024 les entreprises du secteur sont soumises au système d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’UE

  • Deux ministres en visite à Marseille pour décarboner le port

    Deux ministres en visite à Marseille pour décarboner le port

    « Mettre Marseille au cœur du jeu méditerranéen. » Jean-Pierre Cochet (PS), l’adjoint au maire de Marseille en charge du dynamisme économique, résume l’enjeu du salon Euromaritime qui a débuté mardi, et prend fin ce jeudi, au parc Chanot à Marseille. Un grand raout qui réunit « industries navales, armateurs, ports, logisticiens, énergéticiens, start-up ou institutionnels », de 16 pays différents.

    Et surtout des visites ministérielles prévues aujourd’hui pour la clôture. Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, doivent y tenir le « comité stratégique de filière des industriels de la mer » et y faire quelques annonces de taille en lien avec la décarbonation. Lesquelles sont particulièrement attendues par les acteurs économiques. « C’est un enjeu pour le territoire, en matière de croissance économique, de souveraineté industrielle et de réorganisation des routes commerciales mondiales », rappelle Jean-Luc Chauvin, le président de la Chambre de Commerce et d’Industries. Dans son viseur, des parts de marché à conquérir pour la zone Marseille-Fos et toute l’économie qui en découle. « À côté de la route de la soie de la Chine, il y a l’Inde et le Moyen Orient qui se réorganisent avec l’Imec [Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, Ndlr.]. C’est une route d’avenir pour recréer une souveraineté, il y a plusieurs points de croissance à prendre. » De quoi faire le lien avec l’objectif dessiné par Jacques Hardelay, président d’honneur du salon et de Marseille Provence Croisières  : « Développer de nouveaux partenariats et nouer des coopérations industrielles et commerciales. »

    Plus facile à dire qu’à faire à l’heure où les voies maritimes font les frais de la géopolitique mondiale. « La convergence espérée dans un monde globalisé n’aura pas lieu, il y a un retour des impérialistes et des distorsions de concurrence », juge Timothée Moulinier, délégué à la recherche et développement au Gican (Groupement des industries de construction et activités navales), principal syndicat professionnel du secteur.

    « Préservation des modèles sociaux »

    La CGT des Marins de Marseille appréciera (lire article ci-contre). « Il y a des enjeux de préservation de nos modèles sociaux, d’emplois. Il faut réfléchir à quelles sont les industries de demain et la décarbonation en est une. C’est l’occasion de faire de nouvelles usines », plaide Timothée Moulinier, appelant à un « protectionnisme intelligent ». En résumé, les patrons du secteur maritime français, historiquement construit sur le mantra du libre-échange et largement exportateur, en appellent à la planification et au « soutien de l’État » face à la concurrence américaine et asiatique. « Développer des énergies alternatives, des navires plus sobres, des systèmes propulsifs innovants, suppose plus d’un milliard d’investissements par an », insiste Jacques Hardelay.

    D’où la venue des ministres et d’où l’attente des industriels pour des actions très concrètes sur les infrastructures de Marseille-Fos en lien avec l’Axe Méditerranée-Rhône-Saône (MeRS). « On ne parle plus de lignes maritimes mais de corridors et on a la chance d’avoir un hinterland élargi avec l’axe MeRS. On travaille à le développer avec des questions d’intermodalité, sur le fleuve et sur le rail », résume Amal Louis, directrice du développement commercial du port Marseille-Fos. Jean-Luc Chauvin ajoute : « On a 6% de trafic fluvial par le Rhône contre 20% en Europe en moyenne dans les corridors fluviaux. Tant qu’on n’est pas connecté de façon fiable, on ne pourra pas prétendre à rendre nos infrastructures indispensables pour rejoindre l’Asie et l’Orient. »

    Mais la réindustrialisation verte de Marseille-Fos reste suspendue à des mesures concrètes, à l’instar de la ligne électrique à très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Vitale pour les projets industriels décarbonés, la ligne doit être construite par RTE à qui l’État, bien qu’ayant validé le projet le 18 décembre, demande la poursuite du débat public sur le volet environnement. « On a la nécessité de disposer d’une alimentation électrique sécurisée, rénovée et quantitativement adaptée aux besoins des industriels », précise auprès de La Marseillaise, le préfet de région, Jacques Witkowski. Il rassure : « Des industriels cherchent des tours de table financiers. Les délais seront ce qu’ils seront. Nous rechercherons des voies d’acceptabilité. Notre mission est de construire un dossier solide. » Et accepté par les citoyens.

    Repères

    Un salon incontournable pour les acteurs de la mer

    Euromaritime est un salon majeur pour le secteur puisqu’il rassemble pas moins de 300 exposants et reçoit plus de 5 000 visiteurs venus du monde entier dont moults consuls et ambassadeurs. On y retrouve un stand XXL de la Norvège, un autre de l’île indonésienne Batam mais aussi des chantiers navals de Marseille, de la CMA-CGM, de l’Université de Toulon, de la Région Sud…

    Une décarbonation porteuse d’emplois

    La réindustrialisation verte du golfe de Fos et du pourtour de l’Étang de Berre comporte une trentaine de projets au coût estimé autour des 20 milliards d’investissements au total. Lesquels concernent principalement l’acier vert, l’hydrogène, la chimie et évidemment les activités portuaires à l’instar de l’éolien flottant. Les premières prévisions tablaient sur la création de 60 000 emplois mais le préfet de région, Jacques Witkowski, a évoqué 115 000 emplois récemment. De quoi renflouer les flux du port de Marseille-Fos.

    500 000

    Selon Jacques Hardelay, président de Marseille Provence Croisières, la filière maritime en France représente 500 000 emplois pour une production estimée à 120 milliards d’euros. Pour la seule industrie navale c’est 57 000 emplois directs.

    50

    La filière mer française réalise plus de 50% de son chiffre d’affaires à l’export, dont 95% pour la construction navale civile, selon les chiffres gouvernementaux. C’est 43% pour le versant Énergies Marines Renouvelables (EMR), selon Business France cette fois.

  • Vaucluse : l’aménageur du Rhône presse une relance du renouvelable

    Vaucluse : l’aménageur du Rhône presse une relance du renouvelable

    La pluie et le beau temps constituent le quotidien et le modèle économique de la CNR, premier producteur français d’énergie renouvelable. Mais l’expression reflète aussi l’état d’esprit actuel de l’entreprise.

    Lors des vœux de l’aménageur du Rhône, tenus ce jeudi 29 janvier à Avignon, dans le Palais des Papes, Laurence Borie-Bancel, présidente du Directoire de la CNR, a d’abord souhaité revenir sur une « année 2025 contrastée car marquée par l’instabilité institutionnelle et politique qui nous impacte ».

    La structure se félicite d’avoir produit près de 15 TWh d’électricité renouvelable, dont 13,2 TWh d’hydroélectricité, le reste provenant de l’éolien et du solaire, « soit l’équivalent de 6,4 millions de personnes alimentées », précise la présidente. Elle regrette toutefois « l’absence de feuille de route énergétique ». Selon elle, si « l’hydroélectricité bénéficie d’un consensus sur sa place centrale dans le mix électrique français, ce n’est plus le cas de l’éolien et du solaire ». Deux filiales de la CNR exploitent ces énergies : Vensolair et Solarhona.

    Transport fluvial

    Convaincue que « la décarbonation et la souveraineté passeront par l’électrification », la dirigeante évoque des projets majeurs lancés o ou en passe de l’être, notamment en Vaucluse. Avec, par exemple, la volonté de doubler le déploiement de l’éolien et du photovoltaïque d’ici 2030 pour atteindre 2 000 MW. La construction d’une « petite » centrale hydroélectrique va également bientôt démarrer à Caderousse.

    L’un des points les plus attendus reste toutefois l’examen de la proposition de loi sur l’hydroélectricité à l’Assemblée nationale. Déposée par la députée socialiste Marie-Noëlle Battistel, elle sera discutée en séance ce mardi 3 février. Le texte vise à permettre la mise en concurrence des concessions de barrages, propriétés de l’État, que celui-ci refuse pour l’instant, malgré les exigences de la Commission européenne. Il prévoit également d’ouvrir davantage le marché de l’hydroélectricité.

    La présidente de la CNR n’a par ailleurs pas évoqué uniquement des projets énergétiques. Le démarrage des travaux à l’écluse à grand gabarit de Bollène, où le doublement des portes est programmé, en témoigne. Ces travaux, échelonnés sur six ans, « permettront de fiabiliser le transport fluvial », indique la CNR. Une opération similaire est prévue à Châteauneuf-du-Rhône. L’investissement total est estimé à 90 millions d’euros.

    Parallèlement, la structure ambitionne de doubler le fret fluvial et ferroviaire sur le Rhône à l’horizon 2035, tout en favorisant l’implantation d’entreprises.