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  • [Entretien] Mehdi Medjati : « La personnalisation du débat à Cabriès est inquiétante »

    [Entretien] Mehdi Medjati : « La personnalisation du débat à Cabriès est inquiétante »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur votre campagne, avant le premier tour ?

    M.M. : On a mené jusqu’ici, et on va continuer jusqu’au bout, une campagne basée sur la proximité et donc
    sur des visites de quartiers. Essentiellement du porte-à-porte. J’ai voulu ajouter aux méthodes traditionnelles de réunions publiques et tractage, le côté rencontre chez les gens. C’est très instructif parce qu’on se rend compte que les problèmes qui remontent, dans certains quartiers, ne sont pas forcément ceux auxquels on s’attend. Dans 70% des cas, les gens posent des questions précises sur leurs besoins précis. Ils vont donc rationnellement comparer les programmes et faire leur choix.

    Quel est l’objectif de ce dernier meeting ?

    M.M. : Je vais rappeler les mesures phares et dévoiler le second volet de mesures particulières que nous avons prévues. Quelques colistiers devraient aussi parler. Moi, j’animerai en posant des questions. Parce que la personnalisation du débat est assez inquiétante. On vote pour un collectif, je ne suis pas tout seul. Ils vont voter pour un conseil municipal et pas pour un maire. Il y a certes un leader, une locomotive, mais il y a aussi des talents et une intelligence partagée.
    Je veux montrer ça aux habitants.

    Avez-vous des regrets sur cette campagne ?

    M.M. : J’aurais aimé pouvoir débattre avec Madame Ventron. L’idée, ça aurait été de piocher des questions de citoyens où chacun aurait pu y répondre sans se couper la parole. Je pense qu’elle l’a perçu comme un piège. J’ai été étonné qu’elle n’y réponde même pas. Il est vrai qu’on a des rapports exécrables. Elle m’avait fait un procès en diffamation publique qu’elle a perdu. Au conseil municipal, elle n’a jamais été capable de garder son calme quand je prends la parole. J’aurais aimé débattre parce qu’on est les deux seuls candidats avec des projets opposés sur plein de points.

    Et quels sont ces points
    de divergence
     ?

    M.M. : Par exemple sur l’aménagement du territoire. Elle a demandé, à la place de l’ancien Renault Club, de faire une cité des sciences. J’y suis opposé. Aussi sur la question du demi-échangeur à Bouc-Bel-Air. Je lui reproche, depuis le départ, de ne pas avoir voté contre. Elle n’a pas participé au vote alors qu’elle était présente quand le PLU a été voté. Sur l’éclairage public, partout, on m’a dit qu’il fallait remettre l’éclairage le soir. Madame Ventron a décidé que tout devait s’éteindre à 23h. Moi, j’estime qu’on pourrait baisser l’intensité à partir de 23h et éteindre plus tard dans la nuit, pour que les gens puissent simplement voir où ils marchent la nuit. Beaucoup de gens s’en plaignent. On est sur deux conceptions complètement radicales de comment vivre dans le village.

  • À Marseille, Martine Vassal se veut la « dame du faire »

    À Marseille, Martine Vassal se veut la « dame du faire »

    Frustrée par une campagne « de caniveau », où « le débat de fond est confisqué aux Marseillaises et aux Marseillais », la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal (DVD) a décidé de « mettre un coup d’accélérateur » avec notamment ce mercredi, à quelques jours de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, la question de l’égalité. Réunies à la Coque, place Henri-Verneuil (2e) ce soir-là, on retrouve des amies, des colistières, des cheffes d’entreprise, des ex-avocates… Bref des femmes entrepreneuses qui réussissent à conjuguer « vie quotidienne et professionnelle » et qui mettent évidemment en avant Martine Vassal, « la dame du faire » qui avant « de vouloir être un maire, est une mère ». Alors qu’elle décroche dans les sondages, créditée selon les derniers chiffres de 18% des suffrages à peine dans une ville longtemps sous la coupe de Jean-Claude Gaudin, son mentor, la candidate ne lâche rien et donne sa vision de la femme, entre tradition et réussite toute libérale.

    « On ne nous pardonne rien »

    Pour arriver « à jongler avec nos responsabilités familiales, professionnelles et personnelles » pose-t-elle, après quelques blagues sur « ces messieurs, bien curieux de savoir ce qu’on allait raconter » dans cette soirée exclusivement féminine. « Il faut être un peu plus douées que les autres, affirmer nos compétences parce qu’on ne nous pardonne rien », assène-t-elle.

    Revenant sur son parcours à la tête du Département et de la Métropole, elle raconte avoir vu « des maires engagés pour leur commune », rappelle qu’elle a été choisie « car j’étais issue de la société civile et parce qu’on était des femmes. Il a fallu qu’on prouve qu’on avait des compétences ». Si le « combat municipal est un combat difficile car le maire est le dernier rempart dans la démocratie », elle assure s’être lancée dans la bataille pour lutter contre le « Marseille bashing ». « J’en avais assez de voir ces hommes, car ce sont majoritairement des hommes » appuie-t-elle, « qui faisaient des promesses », lasse « des combats de coqs ».

    Persuadée que « les femmes sont les piliers silencieux de Marseille », elle leur promet de « protéger les plus vulnérables », d’accompagner « les mères isolées » de faire en sorte « que tout le monde ait les mêmes chances de réussite ». Si elle affirme ne briguer qu’un seul mandat, c’est pour « préparer l’avenir du territoire, la jeune génération ». « On ne s’invente pas président d’un exécutif » estime-t-elle, forte du soutien de cette jeunesse, « une chance » pour la candidate.

    Concrètement, elle évoquera la création d’une académie de sports pour les femmes, de mettre le paquet sur l’accès au logement « pas que pour les femmes célibataires » ou de permettre aux femmes de circuler « en toute sécurité dans la ville ».

  • Débat sur les dangers de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir à Marseille

    Débat sur les dangers de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir à Marseille

    C’était mercredi à la une de La Marseillaise : pour la première fois, un sondage, commandé par les médias de la sphère Bolloré (CNews, Europe 1 et Le Journal dimanche), donne le candidat Franck Allisio (RN) vainqueur au second tour des municipales à Marseille, dans l’hypothèse d’une quadrangulaire.

    C’est dans ce contexte que le Printemps des jeunes, qui regroupe les jeunes soutiens de la liste d’union des gauches (hors LFI) de Benoît Payan (DVG), a organisé, mercredi, un débat centré sur les dangers qu’impliquerait l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

    Rejet des étrangers…

    « Aujourd’hui, le vrai danger, c’est la banalisation. C’est quand l’extrême droite devient une opinion comme une autre. C’est quand on relativise l’exclusion au nom du ras-le-bol. Un projet qui hiérarchise les citoyens, que ce soit par leur religion ou par leur origine, ça n’est pas un projet comme les autres », se sont indignés les jeunes militants en ouverture de soirée. Et quoi de mieux, pour rappeler les fondements haineux de l’idéologie du Rassemblement national, que le témoignage Fatima Maoulia, cousine d’Ibrahim Ali, assassiné à 17 ans en 1995 par un militant du Front national : « Le RN n’est pas qu’un parti politique. Il incarne la haine, le racisme, la discrimination et c’est là que je l’ai compris [au moment la mort d’Ibrahim Ali, Ndlr] ». C’est aussi ce qu’est venu rappeler Hanifa Taguelmint, militante antiraciste et membre du collectif Mémoire en marche. « Ce qui m’interpelle, c’est qu’après tant d’histoires qui nous ont portées, tant de livres qui ont été faits sur ce sujet, tant de films qui nous ont montré l’horreur, nous en soyons encore là », s’est-elle alarmée.

    …et tant d’autres

    Et d’ajouter : « Les noirs et les arabes seraient les premiers à avoir une cible dans le dos. Mais il y en aura beaucoup d’autres : les femmes, les personnes LGBT, les pauvres… ».

    Yves Souben, journaliste de La Marseillaise invité au débat, souligne l’existence d’une autre cible : celle du monde associatif. Co-auteur, avec le collectif de journalistes indépendants, le collectif Presse Papiers, le Poing, Street Press et l’Arlésienne d’une enquête sur la gestion des subventions associatives dans les municipalités qui ont basculé à l’extrême droite, note que l’on constate « une baisse des subventions dans 9 des 10 communes étudiées ». Pourtant, la réalité et l’accompagnement de certains profils est intrinsèquement lié au bon fonctionnement du monde associatif. « Que se passe-t-il est quand on passe d’une ville de gauche à une ville de droite ou d’extrême droite ? Je pense à des lieux comme le centre LGBT, qu’est-ce qu’il en sera ?, s’est à son tour inquiétée Célia Raspati, militante féministe. Quels seront les budgets alloués à la lutte contre la discrimination, quelles seront les formations proposées aux agents de la ville ? ». Et de reprendre : « Je pense aussi aux associations qui accompagnent les femmes étrangères. Qu’est-ce qu’il en serait si, pour pouvoir être en centre d’hébergement, on avait des critères ou des quotas de personnes irrégulières ? ».

    C’est à Moussa Camara, président de Guinée à Marseille, association de lutte pour l’insertion des personnes étrangères dans la ville et lui-même secouru par SOS Méditerranée pendant son immigration, que sera donné le dernier mot : « C’est grâce à SOS Méditerranée et aux financements de la Ville que je suis ici aujourd’hui. Avec toutes les personnes que l’ONG secoure chaque, je vous laisse imaginer les conséquences si elle n’avait plus de moyen. Je veux que Marseille la solidarité qu’elle avait quand je suis arrivé, et rappeler que l’humain passe avant tout ».

  • Des citoyens appellent à l’union à gauche à Marseille

    Des citoyens appellent à l’union à gauche à Marseille

    Des similitudes dans les programmes qui donnent de l’espoir pour une union à gauche… Pour le groupe citoyen « Faisons Front Commun », créée en juin et qui rassemble notamment les associations des Hirondelles, des amis du programme du Printemps marseillais, Réinventer la gauche, les collectifs du Nouveau front populaire, ou encore la Réserve citoyenne, rien n’est perdu.

    « La seule alternative politique de lutte contre l’extrême droite, c’est une gauche unie dans sa totalité, dans le respect de ses composantes, sur la base d’un projet résolument de gauche, construit avec le monde associatif, syndical et avec l’expertise du monde universitaire », pose Alexandre Jurado, membre du conseil d’administration de Faisons front commun.

    Une convergence « nette »

    Après un comparatif minutieux entre les propositions insoumises et du Printemps marseillais, de l’école aux questions sanitaires et sociales en passant par le logement, les transports ou la culture, « la convergence est nette », assène un autre adhérent, José Rose, sans nier des « divergences, mais qui ne sont pas rédhibitoires ».

    Avec une grande mobilisation, ce dimanche 1er mars à 11h sur le Vieux-Port, « ce que nous voulons faire, c’est préparer la discussion du second tour », explique Hélène Goldet, membre du CA. Si, au soir du premier, il s’agira forcément de négociations d’appareil, estime-t-elle, « nous devons avoir ce débat avant ». Pour elle, Marseille est majoritairement de gauche et ces municipales auraient pu être le moment de l’emporter dès le 1er tour, mais cette occasion ratée ne doit pas empêcher d’être « responsable » au second.

    Au sein de l’association, le résultat des sondages avec un RN potentiellement en tête, en cas de quadrangulaire, inquiète. « Il s’agit de redonner de l’espoir quand une partie de l’électorat en a marre de la guerre des gauches et de cette campagne de bas niveau », ajoute Pauline Delage (Ensemble !), adjointe à la maire d’arrondissement des 6-8.

  • Les communes face au défi de la voiture

    Les communes face au défi de la voiture

    Au rayon des sujets épidermiques, le stationnement figure en tête de gondole. Tarif prohibitif en surface ou en parking souterrain, galère pour trouver la seule place disponible du quartier quand les communes en réduisent sans cesse le nombre dans les rues… Ce sujet du quotidien soulève en creux des problématiques bien plus vastes quand il s’agit, de fait, de questionner la place de la voiture en ville. Le stationnement devient ainsi un levier de poids dans les politiques d’aménagement de la ville.

    D’abord parce que l’automobile reste « un objet de clivages et de polarisation », note une en quête menée par Roole et l’Institut Bona Fidé auprès de 1 500 Français et plus de 500 maires, rendue publique le 12 février. Pas moins de 70% des sondés et 63% des maires considérant que la voiture sera un enjeu « important » des élections municipales.

    Si plus de 70% des personnes interrogées et des maires considèrent que les politiques de réduction de la voiture en ville « constituent des leviers efficaces pour réduire la pollution de l’air, les nuisances sonores et favoriser la promotion des mobilités douces », que 55% approuvent cette politique dans les grandes métropoles, c’est tout l’inverse dans les villes moyennes et petites. Et ce qui peut être considéré comme positif pour les autres ne l’est pas forcément pour soi. Testée à l’échelle de la vie quotidienne, la volonté de réduire la place de l’auto en ville est considérée comme négative par 57% des personnes interrogées. Ces dernières pointant notamment l’absence de mode de transports et de déplacement alternatifs. Un sondé sur deux estimant que, là où il habite, il n’y a pas assez de transports en commun et de pistes cyclables, que ce soit à la campagne (87%), dans les villes moyennes (75%) ou les grandes villes (53%).

    Penser global

    « Pour que les gens lâchent leur voiture, il n’y a pas d’autre solution qu’une offre importante, de qualité, confortable… », rappelait dans nos colonnes Florence Sautejeau, déléguée générale de l’UTPF (Union des transports publics ferroviaires), les transports s’avérant être un sujet phare pour 94% des personnes interrogées par l’UTPF en Paca.

    Opposés « largement à toutes les mesures de restriction du stationnement », les sondés réclament aussi des mesures d’accompagnement pour se passer de leur voiture. Des mesures « incitatives » plutôt que « punitives ». On se souvient, par exemple, de la tentative de mise en place des ZFE (Zone à faibles émissions) dans les grandes villes de la région. Une mesure jugée discriminatoire par certains, qui pointent la relégation des classes populaires en périphérie, ces dernières n’ayant d’autre choix que la voiture pour se déplacer. Effective à Marseille pour les véhicules munis de vignettes Crit’Air 3 et davantage, mais uniquement en cas de pic de pollution sous peine d’amende, minimaliste dans le Grand Avignon car elle ne concerne que les poids lourds, reportée à Toulon… Le gouvernement a repoussé le vote définitif sur cette mesure sine die, faute de majorité assurée à l’Assemblée nationale.

    Reléguer la voiture aux abords des villes reviendrait aussi à tuer le petit commerce pour bon nombre des sondés. Une préoccupation qu’ils placent, pour 60% d’entre eux, devant celle de la pollution de l’air. Les maires suivent leurs administrés : 68% estiment que ne plus permettre l’accès au cœur de ville en voiture est dangereux pour l’attractivité commerciale… Une idée reçue. Le Cerema, établissement public pour la transition écologique et la cohésion des territoires, qui a analysé les déplacements des ménages, a établi que 74% des clients des commerces de centre-ville dans les grandes agglomérations s’y rendent à pied, à vélo ou en transports en commun. Mieux, la création de parkings relais judicieusement placés pouvant même faciliter la vie des habitants, estime le Cerema, qui cite l’exemple du P+R Krypton à Aix-en-Provence, avec 900 places et une mini-gare routière de 12 quais.

    « Pour les élus, il s’agit donc d’être en mesure de faire bouger les lignes pour créer davantage d’espaces publics de proximité dans leurs centres, et de déplacer du stationnement plutôt que d’en créer », notent, dans un article du Cerema, Nicolas Pelé, responsable d’études foncier et territoire, et Sylvain Michelon, chef du groupe aménagement urbain. Aménagement du territoire, mobilité, cadre de vie, lutte contre la pollution… Réfléchir à la place du stationnement, c’est finalement « changer de système de pensée », résume le Cerema.

    En chiffres

    1,5

    euro de l’heure à Marseille,

    1 euro dans le centre d’Avignon, 3,8 euros de l’heure à La Ciotat après deux heures gratuites… Les tarifs varient du simple au double dans les grandes villes de Paca.

    8, 3

    millions d’euros. C’est ce qu’ont rapporté, en 2024, les forfaits de post-stationnement (FPS), en clair les PV, à la Ville de Marseille. Depuis 2018, ce sont les communes qui décident du montant du FPS.

    15

    fois plus cher… Selon les professionnels du secteur, le prix d’une place de parking en surface était de 2 000 euros en 2025, hors acquisition du terrain, contre 30 000 euros en parking souterrain.

  • Une « feuille de route » pour l’agriculture locale

    Une « feuille de route » pour l’agriculture locale

    Juillet dernier, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, passait deux jours en Paca. À l’issue d’échanges avec Georgia Lambertin, présidente de la Chambre régionale d’agriculture, il a été convenu « d’organiser les premières Assises de la souveraineté alimentaire, en Région Paca », indique Georgia Lambertin. L’initiative, qui découle de la loi d’orientation agricole du 25 mars 2025, a pour objectif d’identifier des solutions territoriales pour renforcer la souveraineté alimentaire sur le territoire. Alors, ce mardi 17 février, au siège du Crédit Agricole Paca, les représentants de diverses filières agricoles se sont réunis autour de la Chambre régionale et départementale de l’agriculture et de la Région, pour « une réunion d’information », amorce pour « écrire la feuille de route pour notre agriculture. Il y a urgence », rappelait Georgia Lambertin. Une série de rencontres sont prévues, et permettront de recueillir des données en vue, justement, des Conférences de la souveraineté alimentaire. Objectif : analyser les dispositifs agricoles qui apportent des résultats « positifs, pour mieux les faire connaître au sein de différentes filières » de l’agriculture locale, mais aussi les moins efficaces : une base de travail pour sécuriser une souveraineté alimentaire et favoriser l’installation de jeunes agriculteurs. Le mois de juin, au moment de la tenue du salon Agrimed, pourrait être l’occasion de fournir les premiers rendus nés de ces rencontres. « Il s’agit de définir des actions concrètes que nous mettrons en œuvre (…) pour renforcer nos filières dans l’amont, dans l’aval, en fournissant une alimentation locale, saine, durable et de qualité », ajoute Georgia Lambertin. Pour Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Paca en charge de l’agriculture « nous ne sommes pas condamnés à vivre dans une dépendance alimentaire ». Pour ce faire, l’un des enjeux majeurs pour conserver une production régionale indépendante : l’eau et l’irrigation. « On prend des engagements, assure Bénédicte Martin. Je plaide, et j’espère que l’état m’entend, pour que dans le contrat de plan, l’hydraulique soit un pilier. » Alors, après une longue caractérisation de l’agriculture régionale, qui fait l’état des lieux de huit comités filières mis en place, au tour des producteurs, de proposer : « Si on veut atteindre l’autonomie alimentaire, je pense qu’il faudra développer les entreprises qui font de la transformation et de la mise en marché, pointe ce producteur. Dans l’agriculture de notre région, on perd ces outils-là. Il faudra absolument mettre en marché, puisque tout le monde ne peut vendre à côté de chez lui, tout le monde ne peut pas entrer dans un magasin de production. On a une obligation de réussir une organisation de filière et travailler sur les entreprises qui vont mettre en marché ou transformer les produits pour aller vers l’export. » Pour cette maraichère de la Confédération paysanne, « il faut aller chercher les clients là où ils vont. [Le supermarché] quand il va au marché de gros, à l’intermédiaire, achète au même prix que ce que cela me rapporte dans un magasin de producteur. Le mythe que l’on a, celui qu’en vendant en supermarché on va perdre de l’argent et ne pas valoriser notre production est faux. Il faut retravailler cela. » « Oui, mais il faut aider les producteurs à produire, il n’y a pas d’autre issue (…) ce n’est pas à nous de subir les choix des consommateurs », lâche un autre dans la salle. Autrement dit, une série de remarques qui devraient nourrir une stratégie pérenne.

    « Définir des actions que nous mettrons en œuvre »

  • [Entretien] Julien Talpin : « Traiter autrement les associations »

    [Entretien] Julien Talpin : « Traiter autrement les associations »

    La Marseillaise : Les associations marseillaises sont-elles aujourd’hui menacées ?

    Julien Talpin : De ce que je sais, on a encore peu de cas d’entraves aux libertés associatives à Marseille pour l’instant. Par contre, on sait qu’à l’échelle de la région Paca, il y a des difficultés, notamment émanant du conseil régional. Une charte des valeurs républicaines a été votée par la Région et impose aux associations de la signer pour bénéficier de financements. Cette charte impose des obligations pas vraiment légales ; il y a des recours actuellement. Il y est par exemple prohibé l’utilisation de l’écriture inclusive. L’association « Kourtrajmé » s’est vue refuser ses subventions parce qu’elle l’utilisait.

    Quel constat fait votre enquête sur le monde associatif ?

    J.T. : Une association sur dix déclare avoir connu des sanctions institutionnelles pour des prises de position qui auraient déplu aux pouvoirs publics. Cela peut être des coupes de subventions, des refus de locaux, des procès, des amendes etc… Cela concerne des dizaines de milliers de structures associatives. Un quart des associations déclarent des formes d’autocensure et ne font plus certaines actions pour éviter des sanctions. C’est le cas dans l’éducation populaire. On ne va pas organiser telle conférence sur le conflit Israélo-palestinien, on ne va pas faire tel débat sur la laïcité, où on ne va pas signer telle pétition pour éviter les problèmes. Cela pose un problème démocratique parce que, précisément, la mission de l’éducation populaire, c’est de mettre en débat les sujets qui animent la société et les déconstruire. C’est un travail de conscientisation qui est en partie tué dans l’œuf par ce contexte défavorable.

    Comment en est-on arrivé là ?

    J.T. : On observe une dérive : on a de plus en plus recours aux associations pour assurer des missions de service public, car l’État se décharge sur le monde associatif, et applique aux associations des règles réservées aux institutions publiques. Il y a un flou, alors que le cadre légal permet aux associations de ne pas être neutres. C’est important que les pouvoirs publics respectent le droit.

    Quelles solutions proposez-vous pour lutter contre ce « tournant autoritaire » ?

    J.T. : Le problème n’est pas uniquement lié à l’austérité. La question est : comment on attribue le financement ? Il y a un fonctionnement discrétionnaire en France, inscrit dans le droit : le maire, le préfet, le président du conseil régional ou départemental décident de manière unilatérale. On plaide pour un fonctionnement pluraliste. Si les décisions d’attribution des financements étaient décidées de manière plus collective, par exemple aussi par des élus d’opposition ou des citoyens tirés au sort, ça dépersonnaliserait la relation. Du coup on jugerait la contribution à l’intérêt général des associations et pas si on est d’accord ou non avec leurs idées.

    Est-ce que la fragilisation du tissu associatif que vous évoquez empêche en partie les revendications « populaires » de s’exprimer de manière organisée ?

    J.T. : Les formes de désorganisation de l’expression des colères et leur dimension spontanée, comme les Gilets jaunes ou les émeutes après la mort de Nahel, ne sortent pas de nulle part. C’est en partie parce que les formes d’expression collective comme les associations et les syndicats sont fragilisés par leur relation avec le pouvoir public. Si on veut pacifier la société et permettre que les attentes et colères de la population soient entendues par l’État, cela s’organise. Il faut traiter autrement les corps intermédiaires.

  • Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des portuaires de Marseille mais aussi de Fos-sur-Mer ont assisté nombreux ce jeudi 22 janvier aux vœux de la CGT. L’occasion pour leur secrétaire général, Pascal Galéoté, de contextualiser ce traditionnel exercice. D’abord, la situation internationale qui concerne au premier chef un port ouvert sur le monde.

    Santé, paix, solidarité, « ces mots peuvent paraître simples mais ils prennent aujourd’hui une résonance toute particulière dans un monde traversé par l’instabilité, les conflits et les dérives autoritaires » pose-t-il. Et de revenir sur un « Donald Trump qui se pose en arbitre du monde et en tuteur autoproclamé des nations ». Il rappelle à quel point le « discours politique s’est décomplexé, glissant sans retenue d’une droite conservatrice vers une extrême droite agressive, autoritaire et prédatrice ». Déplorant la multiplication des interventions militaires, en dehors « du droit international, du rôle de l’ONU et de la souveraineté des peuples », le syndicaliste souligne le cas du Venezuela, revient sur les velléités de Trump de capter les ressources fossiles du Groenland.

    La domination par la force. Une logique « que nous retrouvons en France » décline Pascal Galéoté déplorant « la concentration des pouvoirs, l’arrogance et l’autoritarisme » qui entraîne le pays vers « l’impasse démocratique ». Jusqu’à user du 49-3 faute de pouvoir voter un budget, après avoir « refusé de nommer un Premier ministre issu du Nouveau front populaire pourtant arrivé en tête aux dernières législatives ».

    Remise en cause du 1er mai

    Et de dénoncer le creusement des inégalités, les aides aux entreprises qui atteignent des sommets « sans aucune contrepartie sociale, salariale, environnementale ou industrielle ». Il enchaîne sur la remise en cause des « repères sociaux, des droits collectifs et de nos symboles ». Il entend par là le détricotage du 1er mai avec une proposition de loi LR, soutenue par les macronistes et le RN, pour autoriser ce jour-là le travail de certains secteurs, restaurants, fleuristes ou culture, en débat ce jeudi à l’Assemblée nationale. Pas question pour lui de « s’attaquer aux droits sociaux et à l’histoire ouvrière ».

    En matière de dérive, il revient aussi sur cette Une du journal La Provence le 14 janvier, sur les « grands procès de 2026 », le mettant au même niveau notamment que le chef du clan Yoda. Si depuis, le directeur de la rédaction, Olivier Biscaye, s’est fendu d’une adresse aux lecteurs, réfutant « l’idée d’avoir voulu porter atteinte à l’honneur » du responsable CGT, une rencontre a eu lieu ce jeudi matin indique Pascal Galéoté, entre « notre fédération, l’Union départementale » et « la numéro 2 de CMA et le directeur du pôle média ». « Profondément attaché à la liberté de la presse », il estime qu’elle « implique des responsabilités ».

    Fort de 42 500 emplois portuaires pour 54 métiers, soit « des dizaines de milliers de familles », il s’inquiète aussi de l’avenir, alors que la campagne des municipales bat son plein. « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs », assène-t-il. Sans industrie, le port deviendrait « une coquille logistique fragile, soumise à la volatilité des trafics et à une concurrence internationale féroce », prévient-il, « la transition écologique ne peut se résumer à une opposition simpliste entre la fin du monde et la fin du mois ». Malgré un chiffre d’affaires en hausse de 245 millions d’euros, le bilan d’activité reste contrasté analyse-t-il, « le port doit beaucoup à ses activités passagers, à la réparation navale et à la fourniture de ses services essentiels comme l’eau et l’électricité ».

    « Une conjoncture instable », qui ne doit pas faire oublier que ce résultat est celui d’une « capacité collective à produire de la richesse » martèle Pascal Galéoté, fier de revendications qui ont permis la création de 37 emplois supplémentaires en 2025, « dont 4 négociés hier soir pour l’activité voyageurs », de « 87 nouvelles adhésions en 2025 pour atteindre les 867 syndiqués ».

    « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs »

  • Une boussole

    Une boussole

    Le débat obtenu par la gauche qui se déroule ce soir au Parlement est plus que bienvenu. Parce que la réponse d’Emmanuel Macron à l’attaque de Caracas par Donald Trump a été déplorable mais aussi parce que réfléchir au-delà du cas vénézuélien à ce que peut être « le rôle de la France dans la prévention et la résolution des conflits internationaux » est urgent. Bien sûr, les situations internationales n’ont jamais été manichéennes mais la fracturation du monde après ce premier quart du XXIe siècle rend plus difficile que jamais la compréhension d’enjeux où aucun des principaux acteurs ne permet une adhésion sans retenue. D’autant plus que l’institution centrale d’une sécurité humaine collective, l’ONU, est chaque jour un peu plus mise hors jeu, chacun piétinant et bafouant
    les principes qui permettaient de contrer la loi du plus fort et de la prédation des richesses.

    Pas d’amnésie

    À défaut de camps, il faut absolument garder une boussole. Celle qui garde le nord en mettant invariablement les peuples au centre, souverains. Celle qui ne vise qu’à trouver le chemin vers la paix.
    Et refuser l’amnésie.
    À quoi sert-il d’avoir commémoré la Libération et la capitulation des nazis
    si c’est pour oublier comment l’extrême droite arrive au pouvoir, oublier que « la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas
    au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas
    »,
    oublier que ce n’est que l’expression de la loi du plus fort et des logiques de prédation des richesses. Que ce débat puisse donc permettre à la France de retrouver une boussole qui lui permette d’agir pour prévenir et résoudre
    les conflits.

  • Venezuela : un débat pour y voir clair ?

    Venezuela : un débat pour y voir clair ?

    Les députés sont attendus à 17 heures dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour un débat sans vote, convoqué par le gouvernement en vertu de l’article 50-1 portant sur « le rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises politiques internationales, notamment au Venezuela ». Un échange organisé sous forme de questions/réponses qui se poursuivra à 21 heures au Sénat.

    Après l’attaque militaire américaine le 3 janvier sur le Venezuela dans le but de kidnapper son président Nicolás Maduro et son épouse la députée Cilia Flores, la France a été critiquée pour sa réaction. Pour rappel, une centaine de personnes sont mortes dans ces bombardements visant Caracas. Et pourtant, dans sa première intervention, Emmanuel Macron écrit sur X « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir » suivi d’un long message qui, a aucun moment, n’évoque l’intervention de Washington. Le président français a, par la suite, repris ses déclarations sous la pression de la gauche qui, dans une rare unanimité a condamné avec fermeté cette agression.

    Les partis demandent d’éclaircir la position de Paris face aux appétits impérialistes de Donald Trump. Pour le PCF, « cette politique de force ouverte est de nature à aggraver les tensions internationales et les risques de guerre. Elle appelle la plus large riposte internationale des forces progressistes et l’émergence d’un grand mouvement mondial pour la paix, pour défendre le droit international et la démocratie », dit le parti qui a appelé aux rassemblements dans tout le pays pour soutenir le peuple vénézuélien. Plusieurs se sont notamment tenus à Marseille. La France insoumise qui y a participé continue d’exiger « la libération immédiate de Nicolás Maduro et de son épouse, la garantie pleine et entière de leur sécurité, ainsi que leur retour immédiat et sans condition sur le sol vénézuélien, conformément au droit international ». Le dirigeant vénézuélien est actuellement emprisonné à New York, accusé de trafic de drogue.

    Olivier Faure dénonce : « Sous le faux nez de la lutte contre le narcotrafic, les États-Unis de Donald Trump renouent avec leur stratégie d’ingérence dans la vie des nations du sous-continent latino-américain qu’ils considèrent historiquement comme leur “arrière-cour” », insiste le chef du PS. Le président américain a d’ailleurs rapidement menacé la Colombie, le Mexique et Cuba du même sort. Et si Maduro est conspué au sein même de son pays (lire entretien ci-contre), « la condamnation de ces dérives internes ne saurait en aucun cas justifier des ingérences extérieures. La défense de la souveraineté des peuples implique de s’opposer à toute intervention militaire unilatérale, sans complaisance à l’égard des régimes autoritaires », fait valoir la porte-parole des Écologistes Aminata Niakaté.

    Repères

    L’UD CGT 13 en soutien aux travailleurs vénézuéliens

    Dès le 3 janvier, l’Union départementale de la CGT des Bouches-du-Rhône a condamné l’agression militaire américaine et appelé à la solidarité internationale rappelant que « ce sont toujours les peuples qui paient le prix des guerres et des interventions militaires : destructions, morts, appauvrissement, recul des droits sociaux et syndicaux », insiste le syndicat. Le soir même, des rassemblements étaient organisés.

    La LDH du Var condamne l’agression américaine

    Dans une prise de parole lors d’un rassemblement à Toulon, le président de la Ligue des droits de l’Homme du Var Roland Bianche a condamné l’attaque américaine sur Caracas. Selon lui, « la solution à la profonde crise vénézuélienne doit être civile et démocratique par les Vénézuéliens et les Vénézuéliennes eux-mêmes sous les auspices de l’ONU et des espaces multilatéraux compétents », martèle-t-il.

    No Pasaran 84 alerte sur l’ingérence en Europe

    Le collectif antifasciste No Pasaran 84 a participé au rassemblement en soutien au peuple vénézuélien à Avignon. Il appelle à rester vigilant « Trump a déjà menacé d’autres territoires et États : le Groenland, la Colombie, Cuba… Ses sbires menacent d’ingérences dans les élections européennes afin de favoriser l’arrivée au pouvoir de gouvernements d’extrême droite. Mobilisons-nous contre les fascistes et leurs guerres. »