Tag: Culture

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, blafarde et minérale, la Vénus de Dubuffet

    Elle fut peinte à l’huile sur une planche de staff. Les Anglo-saxons la privent injustement de son macadam puisqu’ils l’appellent Vénus Sreet. Parmi ses hasardeuses composantes, on identifie au milieu de ses craquelures, de ses taches d’humidité, de son inévitable empoussièrement et de son apparence phallique, des éléments parfaitement disparates : des fragments de verre et du bitume, du mastic, du goudron, des rebuts, du sable et des graviers. Son ultime séduction, ce seraient sur ses bas-côtés les acharnements d’un soupçon de très ancienne incandescence, des enfouissements d’étoiles totalement éteintes. En surface, quelques-uns de ses reliefs de contour imitent les écorces d’un tronc d’arbre.

    On la date de juin 1946, elle fut acquise pour les collections du musée Cantini en 1989. En face de cette Vénus du trottoir sage ou bien repoussante, les critères du beau, du laid ou du tragique, ce qui plaît et ce qui rebute, l’amour ou bien le désamour, les catégories que nous continuons de pratiquer ne sont pas opérantes. Pareille œuvre fait entrer dans des zones de sensibilité très peu familières. Pour simplifier et se guider mieux, on se souviendra d’un fragment d’une lettre que Jean Dubuffet adresse en novembre 1946 à l’un de ses grands amis de l’après-guerre, Jean Paulhan : Vénus du trottoir nous introduit « dans un pays où les mots triste et gai n’ont plus de sens ».

    Sans trop vouloir ramener des brindilles d’érudition, on évoquera à son propos d’autres effigies, les menhirs du musée Fenaille de Rodez ou bien les déesses de fécondité qui se dressent sur des parois de grottes paléolithiques. Bien que la voix de Serge Reggiani pourrait réveiller cet étrange ramassis, on refusera les ressources de l’attachement baudelairien envers celle qui n’a plus vingt ans depuis longtemps. On reviendra apprécier les colères, le cynisme, les trouvailles et la passion de l’une des plus belles et des plus mémorables machines de guerre de Jean Dubuffet.

    Vénus du trottoir de Jean Dubuffet

    Toile 102 x 82 cm

  • Association Dar Yumi : la maison qui rassemble les mémoires

    Association Dar Yumi : la maison qui rassemble les mémoires

    La porte grande ouverte est une invitation à entrer. Les têtes passent. Promettent de ne pas rester trop longtemps et finalement s’installent autour de la table baignée de soleil, juste derrière la baie vitrée, avec un thé à la menthe. À peine rouverte après plus de six mois de fermeture, la boutique Dar Yumi, inaugurée par Amel Ben Messaoud en 2021 sur la place du Docteur Igonet, redevient un lieu de vie où les visiteurs se sentent comme à la maison. C’est d’ailleurs la signification de Dar Yumi. « La maison de ma mère », traduit la Port-de-Boucaine.

    À l’intérieur, des tapis amazighs chatoyants jonchent le sol, de la vaisselle en céramique faite à la main garnit les armoires, des livres et des affiches de calligraphies arabes habillent les murs. « Au départ, je voulais absolument remettre en lumière les objets avec lesquels j’avais grandi, qui m’ont été transmis par ma mère et ma grand-mère, qui étaient vraiment issus de mon patrimoine culturel », raconte Amel, qui s’est donc associée avec des coopératives de femmes au Maroc et en Algérie pour mener à bien ce projet.

    Une culture populaire vivante

    Pour la jeune mère de famille, ces artefacts ne sont pas de simples biens matériels. Ils sont le témoin d’une histoire intime, familiale tout en étant universels. Ils appartiennent à la culture, celle du geste du quotidien. « Pour moi, le devoir de mémoire se fait aussi par l’objet », confie-t-elle.

    Amel veut désormais aller plus loin. Elle qui a vécu au Canada, à New York et qui a fait ses études à Montpellier puis à Paris explique : « J’ai voulu rentrer à Port-de-Bouc parce que c’est un des rares endroits où le multiculturalisme a un vrai sens. La proximité avec les gens ici est dingue, c’est un village et les personnes de différents milieux sociaux, de différentes origines évoluent ensemble. Je le vois dans ma boutique, où les gens de tous horizons s’installent et me racontent leurs histoires. Maintenant il faut que je fasse quelque chose de ces récits, c’est plus possible que je les garde pour moi. » Pour y parvenir, le statut de Dar Yumi change pour passer de commerce à association.

    Désormais, la trentenaire veut travailler avec les différentes structures et associations présentes à Port-de-Bouc et encadrer des projets culturels intergénérationnels, à mener sur une année entière, pour aboutir à une exposition. Amel illustre : « Ça peut être une maman sénégalaise et un jeune d’origine marocaine qui travaillent ensemble sur un livre de recettes qu’ils ont chacun l’habitude de faire chez eux, avec des ateliers cuisine pour échanger et se transmettre leurs secrets. Ça peut aussi être un projet musical, dans lequel le rap old school et le rap actuel se répondent. La culture populaire doit être vivante. L’idée c’est que les adhérents se nourrissent les uns des autres. Chacun a un patrimoine culturel, a une mémoire individuelle qui, mis en commun, devient une mémoire collective. »

    La Port-de-Boucaine veut faire rayonner sa ville et son histoire ouvrière liée à l’immigration, mais cette association est aussi pour elle un moyen de rompre l’isolement des personnes âgées et d’aider la jeunesse à ne pas céder à l’appel du narcotrafic. « Il faut les faire sortir des quartiers, assène-t-elle. Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Ça nous donne de la valeur. Et souvent, on apprend de nos aînés, qui représentent la sagesse et sont parfois un refuge. »

    Les premiers événements de Dar Yumi auront lieu le 10 décembre, avec un petit-déjeuner offert aux seniors à partir de 8 heures, puis un goûter à destination des jeunes à partir de 15 heures.

    Le prix de l’adhésion varie en fonction de paliers, voir sur place à la boutique Dar Yumi.

  • Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Le premier temps fort de l’année, débuté vendredi soir et qui continue samedi, est l’occasion de participer à deux conférences et rencontrer trois grands chercheurs, ainsi que la projection de deux films d’animation sur la question centrale de l’alimentation.

    « Penser l’alimentation aujourd’hui » est l’intitulé du premier temps fort de cette 11e saison. Depuis 2015, l’association Opéra Mundi propose de nombreuses conférences sur un thème central, suivies des « apéros mundi ». « En déconstruisant l’espace, les gens se permettent de s’exprimer plus librement. On remarque que quand ils prennent la parole, ils parlent au nom de tous et non pas pour leur propre individualité », explique Cécile Arnold, cofondatrice de l’association, revenant sur la richesse des temps d’échanges entre le public et les intervenants. Durant ces deux jours, deux conférences et deux projections ont lieu, dont Patate et le jardin potager pour les enfants, en présence de maraîchers locaux. L’événement est d’ores et déjà complet. En février, s’ensuivra le festival Mundi, le cœur de chaque saison. Du 3 au 7 février, une conférence aura lieu chaque jour, avec la présence de chercheurs à portée nationale voire internationale de haut vol.

    Échanges et réciprocité

    Une « conférence, performance surprise », clôturera le festival lors d’une rencontre entre un chef cuisinier et un philosophe qui synthétiseront cette dense semaine, suivie par une « fiesta » pour danser sur un DJ set de Radio grenouille. Au printemps, le programme n’est pas encore dévoilé, mais le cofondateur d’Opéra Mundi, Éric Giraud, souhaite ouvrir de nouvelles perspectives à l’événement et étendre son rayonnement dans le Var. La ville de Toulon « se développe fortement au niveau de la culture » et sera probablement la prochaine destination de l’association explique-t-il, ajoutant son désir de revenir sur ces terres natales.

    L’approche d’Opéra Mundi se fonde sur la réciprocité. « On fait le choix d’inviter des orateurs capables de véhiculer une pensée forte avec des termes simples, sans pour autant vulgariser. » Cette pensée mouvante permet aussi aux experts de se confronter à la société, dans un milieu restreint où les discussions se font habituellement entre pairs. Tout cela permet aux chercheurs comme au public de « revenir à une simplicité dont chacun a besoin » conclut Cécile Arnold, pour encrer concrètement ces discussions dans les pratiques.

    Toutes les conférences et événements sont gratuits sur réservation sauf la fiesta Mundi.

    La Fabulerie, 10 bd Garibaldi, 13001 Marseille.

  • Gaby Charroux (PCF) candidat pour « défendre le modèle martégal »

    Gaby Charroux (PCF) candidat pour « défendre le modèle martégal »

    « On a une forte envie et une forte énergie ! » Le « je suis candidat » prend une tournure plurielle pour Gaby Charroux, ce jeudi soir, à l’heure de présenter sa candidature pour les prochaines élections municipales de 2026, à Martigues.

    Entouré de sa majorité et de près de deux cents soutiens issus du monde politique, économique, associatif, culturel et sportif, l’actuel édile martégal, candidat à sa succession, l’affirme : « C’est une aventure collective que nous menons avec notre équipe, qui se constitue dans le plus large rassemblement citoyen et républicain, comme nous le faisons depuis 1989. » Et d’insister : « Notre ambition est toujours la même, faire de Martigues une ville qui protège ses concitoyens. »

    « Une liste citoyenne »

    Cette candidature se veut participative. Gaby Charroux appelle d’emblée : « Chacun d’entre vous, dans votre secteur, sportif, économique ou culturel, que vous soyez jeune, ou vieux, femmes ou hommes, nous avons besoin de vos propositions, y compris vous qui faites partie des près de 1 000 associations de Martigues. Notre liste sera citoyenne », affirme le candidat.

    « Nous sommes à une étape charnière pour le développement de notre territoire et nous cherchons à ce que notre ville donne à chacun un avenir dont il a envie », poursuit Gaby Charroux, parlant d’un « travail avec la majorité et les services municipaux pour les années à venir, une vision de Martigues 2050 ».

    Dans « un monde de plus en plus violent », « quand à l’extérieur du pays il y a la guerre et à l’extérieur le narcotrafic, ce fléau », Gaby Charroux considère que « les communes sont devenues les vrais pôles de stabilité dans le pays », face à « un État qui a oublié sa boussole ». Mais il demeure « positif et optimiste, car j’ai foi en la nature humaine ».

    De nombreux défis

    Le mandat remis en jeu en 2026 est celui « des défis » pour l’actuel maire. Ceux « du service public, notamment postal, pour lequel nous avons bataillé avec le comité de vigilance pour maintenir la Poste de Ferrières ». Mais aussi « le défi majeur de l’hôpital public qui se pose actuellement ». Comme celui de conjuguer « la réalisation du contournement autoroutier avec notre exigence de compensation territoriale sur le territoire martégal, en figeant 70 hectares d’espaces naturels intouchables », détaille Gaby Charroux. Sans oublier l’enjeu « de la décarbonation. Nous voulons conforter les emplois industriels de notre territoire, dans lesquels se trouvent les meilleurs salaires. »

    Ces défis convergent, selon l’édile, vers « la préservation du modèle martégal et la transition écologique », pour « continuer à faire de Martigues une ville pas comme les autres », où l’« on porte la solidarité, la fraternité, l’égalité, où tous les combats sont les nôtres, dont celui des femmes ».

    Les outils pour y parvenir ? « Les services publics, les associations, l’industrie et le cinéma, qui sont les pôles d’attractivité de notre ville que nous devons protéger comme des joyaux », conclut Gaby Charroux.

    TÉMOIGNAGES

    Olivier Marchetti, président de Provence Studios

    « Martigues est un territoire incroyable, le cinéma prospère. Plein de films y sont tournés, dans des espaces naturels, des décors variés, tout en étant proche d’une grande ville, sans les contraintes. Toutes les conditions sont réunies pour développer la filière cinéma. En 2023, on est monté à 1 600 personnes travaillant sur site. Il reste le défi de pouvoir se déplacer plus facilement, particulièrement quand on accueille un gros tournage avec de gros castings. »

    Clémence Calvin, athlète de course de fond

    « La ville prend soin de ses habitants sans laisser personne de côté. On est gâtés. La singularité tient à la politique sociale et ça me tient à cœur qu’elle dure, en premier lieu pour mes enfants. C’est pour eux que je suis là et que je soutiens Gaby Charroux. Mes enfants font les centres d’initiation sportive (CIS), font du VTT sans être empêchés par l’argent, ont des cours d’art plastique. Tout le monde n’a pas accès à ces activités, mais à Martigues, c’est le cas ! »

    Thomas Vaïsse, doctorant en sociologie

    « Il y a deux originalités à Martigues. La diversité du territoire d’abord, avec un centre-ville provençal traditionnel marqué par les canaux, aux côtés du rural et de l’industrie. Une richesse et une possibilité d’imaginer plein de choses. L’enjeu de la gratuité est aussi central, elle permet d’installer une base pour tout le monde. La société décide qu’il y a certains éléments communs et tout le monde doit participer à son existence et sa reproduction. »

    Florence Dantin, militante du droit au logement

    « Gaby Charroux et son équipe sont très sensibles et réactifs sur le sujet du logement. Quand les gens ont de graves problèmes, il faut aller les voir chez eux, ce qu’on a pu voir à Notre-Dame-des-Marins. Le collectif est bon, le volet social de Martigues est énorme, le maire a beaucoup donné pour les associations. Son discours est aussi très ouvert, on sent que tout le monde peut venir et participer. Il y croit, et ça s’entend ! »

  • Alès d’antan à redécouvrir en cartes postales

    Alès d’antan à redécouvrir en cartes postales

    Les éditions Hervé Chopin poursuivent avec Alès leur collection « Images d’Antan » lancée en 2004. Depuis 20 ans, cette collection compile les cartes postales d’une période s’étalant de 1880 au début de la Première Guerre mondiale. Pour la capitale des Cévennes, c’est Valérie Alamo, native du Gard mais plus habituée à écrire des biographies de chanteurs, qui s’est occupée des textes accompagnant les cartes postales fournies par les Archives municipales.

    « J’ai découvert un nouvel Alès »

    « J’ai fait beaucoup de découvertes en faisant mes recherches, comme le fait que Vauban n’avait jamais mis les pieds au fort Vauban ou l’ancienne gare démolie qui était sublime. Il y avait aussi un marché sous des arcades que beaucoup d’anciens n’ont pas connu. J’ai découvert un nouvel Alès. Avec ces cartes postales, on voit que même si presque tout a changé, puisque même le crassier n’existait pas encore, on comprend beaucoup de l’histoire actuelle de certains quartiers », explique l’autrice. À travers les 96 pages du livre, Valérie Alamo retrace l’histoire d’une cité industrielle – marquée par les mineurs, les blanchisseuses – mais aussi agricole, puisque les champs venaient à l’époque jusqu’aux portes de la ville.

    Pour découvrir l’ouvrage et échanger avec son autrice, un lancement est prévu en public le samedi 29 novembre à la médiathèque Alphonse Daudet (14h).

  • À Aix, associations et collectifs se mobilisent aussi contre les violences faites aux femmes

    À Aix, associations et collectifs se mobilisent aussi contre les violences faites aux femmes

    À l’occasion de la journée de sensibilisation à l’égard des violences faites aux femmes, deux événements majeurs sont organisés sur Aix. À commencer par un colloque transversal, organisé par l’association VFF et l’Université, au Cube, (campus Robert-Schuman), de 9h, jusqu’à 16h, ponctué de diverses interventions et ateliers. Sur ce lieu culturel, la journée démarrera par une conférence sur le consentement, dans laquelle Isabelle Chaume de la Ligue des Droits de l’Homme interviendra. La conférence sera suivie, à 14h, de la pièce On brûle de dire, créée par Compagnie La Champignonière pour mettre en lumière les violences incestueuses. En soirée, dès 17h30 c’est la Mareschale (avenue de Tübingen), qui accueille une soirée dédiée aux femmes en exil avec « Exkiz Poupées », une performance en collaboration avec Le Relais des Possibles et la compagnie pluridisciplinaire ThéZart et l’exposition itinérante « L’atelier des femmes fortes », réalisée par 15 femmes exilées accompagnées par la photographe Fatoumata Diabaté et La Cimade. Suivra la lecture théâtralisée de Fragments de Femmes, inspirée de la pièce Baraî Cham Ast, portée par la compagnie amateure On Verra ça Demain. Les deux événements sont gratuits, les liens d’inscriptions sont à retrouver sur le site Aix ma Ville, ou le détail des manifestations est également annoncé.

  • François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    François Bazzoli à Luminy : l’enseignant majeur

    C’était un Diogène du XXe siècle : né en 1947, ce célibataire drôle et éclectique, fut inventif et curieux en face des brèches de son époque. Avant de devenir un insatiable découvreur-recenseur d’images contemporaines, il explora plusieurs registres. Dans son logis, 13 boulevard Longchamp, on heurtait des empilements de livres, des accrochages furieusement discrets. Les DVD et les cassettes d’enregistrements de films rares et d’émissions improbables se multipliaient. La littérature du côté de Buzzati et d’Alphonse Allais, la science-fiction, les bandes dessinées, Charlie Hebdo, les monstres, les fous et la transversalité le passionnaient ; pour Pilote, Métal Hurlant et Caza, il rédigea des scénarios. Un accident de voiture avait tué son père, il fut employé par la Caisse d’Épargne des Chartreux, libraire à la Touriale où il organisa une exposition de Roland Topor, rédacteur assidu du Breteuil boulevard Notre-Dame, coprogrammateur de la Cinémathèque de Marseille basée en Maison Diamantée.

    Avant d’œuvrer à Luminy entre 1984 et 2012, ses activités d’enseignant débutent en 1976 à l’École d’Art de Toulon. Il noue amitié avec Marie-Claude Beaud (1946-2024) qui lui demande d’aider au musée pour Louis Pons et Georges Bru ou bien d’offrir une première chance à Judith Bartolami. De 1984 à 2008 il donne des cours à l’École nationale de photographie d’Arles.

    Levé à cinq heures du matin, jusqu’au bout clivant-blaguant, François Bazzoli travaillait prodigieusement, pour confier à ses auditeurs l’énorme iconothèque, les complicités qu’il avait croisées. En sus de ses cours pendant plusieurs années joyeusement orchestrés avec Gérard Traquandi, il siégeait dans des jurys et commissions afin de frayer la voie aux artistes : ses amitiés électives, ce sont entre autres Anne-Marie Pêcheur, Caccavale, Gérard Fabre, Eric Pasquiou, Olivier Rebufa, Patrick Sainton.

    En dépit de ses innombrables publications et des amis qui sollicitaient ses conférences depuis Bruxelles jusqu’à Saint-Étienne-les-Orgues, depuis l’Algérie de son enfance en passant par La Clayette en Bourgogne, malgré ses greffes aux Bains-Douches de la Plaine qu’il a cofondés, sa place sur l’échiquier fut celle d’un outsider. Son diabète engendra chutes, désastres, amputation, hospitalisations. Dans l’émotion d’un ultime retournement grâce à l’écoute à Digne de Nadine Gomez, Sandra Cattini et Lydie Rekow-Fond, ses donations furent menées jusqu’au terme. Des camions arrivèrent au port qu’il souhaitait : 3 000 ouvrages pour la bibliothèque de Luminy, sa collection d’œuvres d’art offerte au musée Gassendi.

    Obsèques samedi 22 novembre, 9h30 cimetière Saint-Pierre, 11h au crematorium.

  • [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    [Exposition] Nîmes en mutation sous l’œil des photographes

    Depuis le 15 octobre, l’exposition TransUrbaNîmes investit les murs de la Faculté d’éducation de Nîmes. Présentée dans le cadre de la mission photographique Regards sur la Ville, cette édition 2025 réunit dix artistes gardois autour d’un thème aussi poétique qu’essentiel : les métamorphoses urbaines. Cinéma disparu, collège fantôme, sites industriels ou quartiers en reconstruction… leurs œuvres racontent une ville en perpétuel mouvement. Le 4 novembre, les visiteurs avaient pu rencontrer les artistes lors d’une soirée d’échanges organisée par NegPos, structure à l’origine du projet. Pour Patrice Loubon, son directeur artistique, « TransUrbaNîmes interroge les états transitoires de notre espace urbain, les traces qui résistent et celles qui s’effacent ».

    L’urbanisme en transition

    De la démolition des tours de Pissevin captée par Jocelyn Banabera à la fermeture du cinéma Le Forum, immortalisée par Chantal Auriol, chaque série d’images documente un morceau de mémoire. Gwenaëlle Bourriaud explore la poésie du quotidien dans le même quartier, tandis que Marcelle Boyer saisit l’atmosphère d’un collège déserté. Sarah Malclès s’attarde sur la mobilisation citoyenne face à la bétonisation de certains secteurs, et Yann Roubeau fixe sur pellicule les vestiges industriels du site de la Sernam. Entre regards documentaires et approche sensible, TransUrbaNîmes dresse le portrait d’une cité en mutation, où la photographie devient archive vivante d’un patrimoine souvent éphémère. Une exposition à la fois esthétique et citoyenne, qui rappelle combien les images peuvent préserver ce que la ville efface.

    Jusqu’au 15 janvier 2026
    à la Faculté d’Éducation de Nîmes (62 rue Vincent-Faïta). Entrée libre du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Fermeture du lundi 22 décembre 2025 au 5 janvier 2026

  • [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    [Exposition] Un voyage dans le temps entre Aden et Marseille

    En pénétrant dans la première salle d’exposition du musée de la Vieille Charité, le visiteur plonge dans l’Antiquité. « À la genèse de ce projet, on a un ensemble de pièces archéologiques originaires du Yémen qui ont été offertes aux musées de Marseille par la Compagnie des Messageries maritimes et par la famille Riès, présente Ann Blanchet, conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille, dont cette magnifique dalle en albâtre, fragment d’un trône du VIIe siècle avant JC, venue d’un temple au sein du royaume de Saba », ajoute-t-elle. « Pour la première fois à Marseille, c’est l’occasion de présenter cette civilisation qui s’est épanouie au Sud de la péninsule arabique et avec laquelle il n’y a cessé d’y avoir des interactions. » Les prêts ont été consentis par le Louvre et par des grands musées européens tel que le British Museum.

    Quatre salles d’envergure, quatre espaces-temps qui remontent le fil de l’histoire. Les œuvres exposées témoignent des influences culturelles, sociales, économiques qui se sont tissées entre Marseille et la ville portuaire d’Aden. Dès le premier millénaire avant notre ère, les routes caravanières reliaient le sud de l’Arabie au monde méditerranéen et mésopotamien. L’écriture, centrale, y revêtait des formes originales et artistiques, au point que des marchands découpaient et revendaient les inscriptions esthétiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces territoires deviennent projections de fantasmes exotiques. Le développement de la consommation de café, d’encens, les rend attractifs. L’Alcazar de Marseille a fait le prêt de manuscrits retraçant les expéditions d’explorateurs sur ces terres de plus en plus cosmopolites. Le Yémen deviendra société coloniale, notamment sous l’influence d’Antonin Besse, homme d’affaires français au XIXe siècle.

    Rimbaud au Yémen

    Il y a des pièces inattendues. « Rimbaud a porté cette montre à gousset. Et nous avons ici l’un des rares portraits de l’artiste », explique Juliette Honvault, chargée de recherche à l’Institut de recherche et d’études sur les Mondes arabes. « Rimbaud a atteint le port d’Aden en août 1880 avant de s’associer avec de puissants hommes d’affaires européens sur place », développe-t-elle. L’exposition se poursuit avec la période industrielle. « La main-d’œuvre yéménite bon marché était embauchée dans les cales de navires marseillais, poursuit Juliette Honvault, ce qui a donné des destinées rares comme celle du yéménite Hayel Saees An’am qui finira par construire un groupe industriel avec ses compétences accumulées. » Il rentrera au Yémen et continuera de nourrir le lien en faisant connaître Marseille.

  • À Marseille, un autre avenir se dessine sur l’espace du centre Bourse

    À Marseille, un autre avenir se dessine sur l’espace du centre Bourse

    « Si c’est bien animé, que ça crée des flux et que les Marseillais vont se retrouver dans cet espace, pourquoi pas ? » réagit Guillaume Sicard président de la fédération Marseille Centre, à l’annonce de la reprise du site des Galeries Lafayette au centre Bourse par la Ville fermé définitivement depuis samedi. Benoît Payan (DVG) a annoncé dans notre édition de ce week-end qu’il rachète les 22 000 m2 pour créer « une cité des sciences et de la mer, et une partie de la philharmonie. » En attendant que cela se réalise, il veut faire un tiers-lieu afin que le site ne soit pas en friche. « Il faut vraiment que ce soit un lieu dynamique, où l’on puisse se retrouver de manière régulière », insiste le fondateur de Marseille en vacances, Guillaume Sicard.

    Pour Sophie Camard (GRS) maire du 1/7 arrondissement, le bad buzz créé par la droite autour du centre-ville, se referme « comme un piège car ils n’ont rien à proposer ». « Depuis le début, on a affaire à une fausse polémique alimentée par la droite qui n’a rien à dire sur le centre-ville, et qui a fait croire que c’était de notre faute si les Galeries Lafayette disparaissaient. Et de manière plus insidieuse, que le départ du grand magasin était de la faute des pauvres » analyse la maire de secteur.

    Elle revient sur le référendum en ligne lancé par Martine Vassal (DVD) candidate aux municipales. « Lancer une concertation sur un foncier qui n’appartient pas à la ville, pour moi c’est du grand n’importe quoi ! » lâche-t-elle avant de poursuivre : « Moi, je suis très contente de cette décision qui permet de montrer qu’il peut y avoir différents discours économiques sur le centre-ville. On prend l’optique de rééquiper le premier arrondissement d’un lieu tourné vers les arts et les sciences ». Pour elle, parler d’art et de science n’est pas anodin. « La droite et le RN ne savent pas imaginer que quand on remet des arts et sciences, on tire vers le haut la 2e ville de France. ça va être un modèle de développement économique plus solide et beaucoup plus durable que de simplement parler de l’arrivée d’un magasin suédois. » Mais de souligner que « dans le centre Bourse, il y aura toujours des magasins pour tout le monde. Le centre-ville, c’est de la mixité ».

    Si à ce jour, le projet refusé par la ville reste inconnu, Sophie Camard assure que « c’était bel et bien un magasin de mass market, pour faire du chiffre. Mais pas Shein, on n’a jamais eu ça ». Et rappelle que « le centre Bourse, c’est trois copropriétés dont la ville qui a déjà le Musée d’histoire. On est tout à fait légitime à aller plus loin, à développer cette partie-là ».

    À la question du tiers lieu, Sophie Camard répond « une fois acquis, le temps que le projet définitif soit monté, on fera ce que l’on sait faire avec des occupations transitoires ». En guise de conclusion, la maire confie être aux réunions avec la préfecture depuis le début, et que « le plan social des Galeries a toujours été piloté depuis Paris, même l’État local n’était pas saisi du dossier. Mais jamais, il n’a jamais été question de laisser une friche ». Et de protester « On ne peut pas nous reprocher de prendre des décisions sans concertations, ni de rien proposer ».

    Du côté de la droite, le communiqué de Martine Vassal (DVD) arrive dans la foulée de l’annonce. Cinglant. Ire de la candidate de droite à la mairie de Marseille, qui fustige la décision du maire sortant. « Rien n’est préparé… » « argent du contribuable… » « échec flagrant de la politique menée pour le centre-ville… » « vision low-cost de Benoît Payan ». Enfin quant à la question du tiers lieu, l’interprétation est sans appel : « Cela signifie entre les lignes qu’il y aura des périodes de vacances commerciales, et qu’il n’y a en attendant aucune vision concrète et que le risque de voir les Galeries Lafayette se transformer en un squat géant en plein centre-ville existe bel et bien ».

    Parmi les habitants du quartier, l’avis n’est pas tranché. « Il faut trouver l’argent. Mais oui, je suis soulagée par ce projet. S’inspirer de la philharmonie de Paris, peut-être que ce n’est pas complètement idiot » apprécie Marie propriétaire dans les tours Labourdette depuis 13 ans. « Il faudra des projets en collaboration avec le fonds communal de la Ville, le fond Régional, le Mucem avec des lieux de culture. Théoriquement la philharmonie, c’est un lieu de pratique, de concert et d’expo ». Avant de conclure : « Il faudra surtout arriver à mettre en adéquation le quartier avec ce projet ».