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  • [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    La Marseillaise : Le refus par le conseil métropolitain de voter la baisse des dotations de solidarité aux communes – à une voix près – a été un séisme pour l’institution. Où en est-on aujourd’hui ?

    Benoît Payan : Le rôle du maire de Marseille, c’est d’abord de protéger les Marseillais et les Marseillaises. On s’acheminait vers un choix inacceptable pour moi, parce que je suis maire, Marseillais et que je dois défendre cette ville, qui consiste à nous faire perdre 36 millions d’euros. Marseille seule aurait porté 70% des économies de cette Métropole. J’avais prévenu : c’était inacceptable. Je crois à la solidarité métropolitaine, je pense qu’il faut être attentif à d’autres communes et j’avais proposé un chemin qui permettait aux 92 communes de ne rien perdre. Ma proposition a été balayée d’un revers de main. En le faisant j’ai prévenu que ceux qui la balayaient se mettraient dans une situation difficile car je me battrai pour ma ville. C’est ce que j’ai fait. On a réussi a gardé 36 millions d’euros.

    L’histoire n’est pas terminée… Marseille fait-elle toujours partie de cette « gouvernance des maires » ?

    B.P. : Ça a toujours été très particulier la relation de Marseille avec sa Métropole. Quels que soient les maires et les présidents, cette relation a toujours été très difficile parce que Marseille est une grande ville. Elle est tellement plus grande que toutes les autres villes qu’elle fait presque, à elle toute seule, la moitié de cette Métropole. Longtemps elle a été vue comme l’ogre qui allait se servir sur la bête. En réalité, c’est le contraire qui s’est passé. Ce sont les Marseillais qui paient le plus d’impôts métropolitains, pas seulement en millions d’euros mais en pourcentage. Ce sont les Marseillais qui paient la taxe d’enlèvement des ordures ménagères la plus chère. Et pourtant on n’a aucun équipement métropolitain, les politiques métropolitaines sont beaucoup trop absentes de la ville. Pourquoi j’ai souhaité entrer dans la gouvernance de la Métropole ? Parce que cette ville ne peut pas être sans cesse le bouc émissaire des uns et des autres. On n’a jamais revendiqué une hégémonie mais on revendique d’être respectés comme n’importe quelle autre commune. C’est un message qui doit passer.

    Ce message, estimez-vous qu’il est passé auprès de Nicolas Isnard ? La gouvernance de la Métropole restera-t-elle dans un statu quo ?

    B.P. : Il appartient désormais au président de dire ce qu’il veut faire de cette gouvernance, s’il désire en changer, j’ai toujours dit que j’étais prêt à l’accompagner et que je serai là si les choses doivent évoluer. Non pas parce que je serai candidat à la présidence, je ne le suis pas, je ne le serai pas. Quand je dis quelque chose je m’y tiens, je sais qu’en politique ce n’est pas commun. Je n’étais pas candidat il y a un an, six mois, je ne serai pas candidat demain, mais s’il doit y avoir des changements, je les accompagnerai.

    La Métropole a donc un budget élaboré hors des élus. Est-ce supportable ?

    B.P. : C’est un budget qui va peser sur les communes. Je suis allé rencontrer le président, notamment avec Gaby Charroux, pour lui dire « ne commets pas l’erreur de monter les communes les unes contre les autres ». Ce n’est pas parce que la Chambre régionale des comptes ou que le préfet disent quelque chose que nous, élus, sommes dépossédés de notre pouvoir de décision. Nous avons été choisis pour cela. Il y avait des moyens d’économiser ces 50 millions d’euros, de les lisser. Un budget en déséquilibre aurait ouvert un dialogue avec la chambre régionale des comptes. Ses magistrats sont des gens intelligents, ils comprennent qu’on est presque au bout de l’année budgétaire et que ces 50 millions sont lissables sur plusieurs années. C’est ce qu’il fallait faire, cela aurait évité une crise politique et budgétaire, or, là, nous les avons.

    La Métropole a-t-elle un avenir financier et fiscal ? N’est-elle pas déjà enterrée ?

    B.P. : Il ne faut pas se mentir : cette Métropole est mal née, elle est née en siège, dans la douleur et elle ne s’en sort pas. Structurellement, systémiquement, elle est malade. Sa capacité a développer des politiques publiques est inexistante par ce que sa construction, financière, fiscale, budgétaire, l’en empêche. Il m’est arrivé de le dire, Martine Vassal, elle-même, n’était pas en mesure de changer les choses. On ne peut pas faire avec cet outil, ce à quoi il devrait servir. Quand on voit l’état des équipements à Marseille, l’état de la voirie, ce sont des dizaines de millions d’euros qu’il faudrait investir. Il n’y a pas 40 solutions : soit une augmentation massive de la fiscalité mais les habitants sont-ils aujourd’hui en mesure de perdre du pouvoir d’achat ? Soit il faudrait renoncer à l’effet redistributif et contre-péréquateur de cette Métropole qui a sans cesse été pointé par les magistrats de la chambre. On en arrive à une situation insolvable. On ne pourra pas longtemps faire croire que cette Métropole est vivable. Elle ne l’est plus. J’appelle solennellement le gouvernement à se pencher sur cette Métropole. 2026 a été difficile mais 2027 sera apocalyptique. Toutes les circonvolutions, toutes les belles paroles du monde ne suffiront pas à remplir les caisses de la Métropole. Qui va-t-on faire payer ? Les entreprises avec le versement mobilité ? Vous croyez qu’elles sont prêtes à payer pour combler des trous ? Et les particuliers ? Il faut un consentement à l’impôt. L’impôt, c’est un effort pour vivre en collectivité parce qu’il permet de fabriquer des politiques publiques. On ne paye pas d’impôts pour les intérêts de la dette…

    Quelle alternative ?

    B.P. : Tout refaire ! Il faut tout repenser. Il ne peut y avoir ni totem ni tabou. Une Métropole telle qu’elle existe aujourd’hui est vouée à l’échec. À la fin ce sont les Marseillais qui vont trinquer. Je l’ai dit sur tous les tons pendant 6 ans : nous n’avons jamais réussi à faire Métropole, il n’y a que des intérêts particuliers, chacun défendant sa commune. Il ne peut pas y avoir de projet métropolitain dans un ensemble institutionnel sans argent. C’est comme si on jetait quelques subsides dans un cirque romain et qu’on demandait à des gladiateurs de se battre pour les récupérer. Ça ne fonctionne pas ! Les gens sont des adultes, ils se sont choisi des maires dans lesquels ils ont confiance. L’État ne peut pas nous laisser dans cette situation.

    Ça peut vouloir dire une fusion avec le Département ?

    B.P. : Ça peut vouloir dire beaucoup de choses mais je ne pense pas que le bloc communal soit fongible dans le Département, on a vu ce que ça a donné à Lyon. C’est voué à l’échec. On recommencerait à faire un gros machin qui ne fonctionnerait pas. Je crois aux compétences de proximité. Mais cette Métropole ne fonctionne pas. Non pas que Martine Vassal ait vidé les caisses, mais on apprend les choses au compte-goutte. Un établissement de coopération intercommunal doit d’abord être fondé sur la confiance. Ce n’est pas une collectivité, nous sommes les représentants de nos communes, nous sommes les élus de leurs habitants. Cet ensemble institutionnel n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Je vis dans une ville qui fait 5 fois Lyon, 2,5 fois Paris et où le dernier métro a été inauguré avant ma naissance, il y a 48 ans ! Tout ça parce que l’argent a été servi à d’autres. Les attributions de compensation ont été calculées il y a 30 ans, à l’époque Marseille perdait des habitants, des emplois, les entreprises fermaient. Aujourd’hui j’ai des fleurons internationaux à Marseille, une ville qui attire des millions de touristes, qui produit énormément de richesses et nous ne bénéficions pas de tout cela. On me dit « c’est le fruit de l’histoire » mais je préfère regarder l’avenir que d’être tanqué dans un passé qui ne correspond plus à la réalité.

    En participant à la gouvernance métropolitaine dans ces conditions, notamment avec Samia Ghali, l’une de vos adjointes à la présidence de la RTM, n’est-ce pas un piège qui se referme sur vous ?

    B.P. : Elle travaille le plus possible pour améliorer les conditions de transports des usagers, elle fabrique de la tarification sociale, elle essaye de réfléchir à une nouvelle répartition des lignes aériennes, aux cadences des transports. On est en train d’avancer sur ces sujets mais on va se heurter à une réalité financière dans les années qui viennent. La RTM, à mon sens, doit peut-être devenir un établissement public autonome.

    Sur le modèle de la RATP ?

    B.P. : Pourquoi pas ? Il ne faut rien s’interdire. Le modèle tel qu’on l’a connu est éculé, terminé.

    Sentez-vous en cette rentrée, l’exaspération qui monte sur le pouvoir d’achat ?

    B.P. : J’aimerais bien fixer le prix de l’essence ou le niveau des salaires. Ce n’est pas la compétence d’un maire. En revanche, sur la question de la rentrée scolaire, je me suis mobilisé pour que les familles marseillaises aient des conditions meilleures qu’ailleurs avec un kit de rentrée scolaire, avec des grilles tarifaires de la restauration scolaire qui permette à 15 000 petits Marseillais de manger gratuitement, soit 5 000 de plus qu’avant. De la même manière on va augmenter le nombre de petits-déjeuners gratuits pour ne plus jamais avoir des petits qui ont le ventre vide à l’école. On ne peut pas tout, mais tout ce qu’on peut, il faut le faire. Un petit Marseillais, quel que soit son quartier, son histoire, sa religion, sa couleur de peau, il doit avoir les mêmes chances que les autres. L’école c’est fondamental pour moi, c’est là qu’on devient une femme, un homme, émancipés. Nos décisions sont prises avec une seule boussole : qu’est-ce qui est juste ?

    Qu’avez-vous envie de dire au gouvernement qui craint de voir renaître les Gilets jaunes et constate un calendrier syndical qui se remplit un peu plus chaque jour ?

    B.P. : Il est entre des feux contradictoires. Choisir c’est renoncer. Je crois profondément que la fiscalité dans ce pays est injuste. Celles et ceux qui gagnent le plus d’argent ne sont pas des ennemis mais ils ont des devoirs envers leur patrie. Quand on gagne beaucoup d’argent, c’est un honneur. Je ne dis pas de tout prendre mais que chacun contribue à sa juste mesure. On nous explique que les gens vont partir, ce sont des histoires à dormir debout, des berceuses des années 1980. Je crois que quoi qu’il en coûte, il faut aider les Français sur le pouvoir d’achat.

    Amine Kessaci, mécontent de ne pas pouvoir choisir la directrice de Marseille habitat dont il est le président vous a présenté sa démission. Comment avez-vous reçu cette nouvelle ?

    B.P. : D’abord je comprends qu’il puisse être affecté par ce vote. Ce ne doit pas être simple de se retrouver seul, mis en minorité par l’ensemble des administratrices et administrateurs d’un bailleur que l’on préside. Je le recevrai dans les prochains jours pour discuter de ce qu’il s’est passé. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a poussé à faire ce choix. Aujourd’hui encore je ne comprends pas. J’ai entendu que c’était « le bureau de recrutement » que je ne connais pas qui avait motivé son choix. À partir du moment où il a souhaité mettre fin au contrat du directeur général qui a donné toute satisfaction jusqu’à présent, en tant que nouveau président, après tout pourquoi pas, je lui ai dit : « le choix devra se faire dans la plus grande transparence et qu’il n’y ait aucun doute sur la personne choisie ». Je pense que ni l’une, ni l’autre des conditions posées n’ont été remplies.

    Vous lui en voulez ?

    B.P. : La question n’est pas de savoir si je lui en veux ou pas. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a amené à faire un choix aussi baroque. Il semble qu’il n’ait pas été convaincu par les multiples alertes données sur cette personne.

    Des alertes données par qui ? La mairie ?

    B.P. : Des alertes données par pas mal de personnes dont moi-même.

    Quand le verrez-vous ? Il a même proposé d’assumer lui-même le rôle de directeur général et, dit-il, à faire économiser de l’argent au bailleur.

    B.P. : Dans les prochains jours. Je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire. Amine Kessaci est quelqu’un de très intelligent, mais le dernier conseil que je lui donnerais c’est d’être président-directeur général. Cela l’exposerait juridiquement. Quand je vois la fougue et l’emportement qui sont les siens, je lui conseille de savoir raison garder. Je suis maire de Marseille, pas directeur général des services de la Ville. Il ne faut pas tout confondre.

    Cela signifie-t-il qu’il pourrait ne plus être votre adjoint ?

    B.P. : Je crois qu’il faut décorréler la situation à Marseille Habitat que j’ai besoin de comprendre et la confiance que je peux lui accorder par ailleurs. Si demain il devait démissionner de son poste d’adjoint, il faudrait qu’il m’en explique la raison.

    Dans notre région, ce sont dans les Bouches-du-Rhône que la gauche est dans la meilleure posture pour les sénatoriales. Quel est votre pronostic et où se porte votre soutien ?

    B.P. : Vous m’avez demandé 27 fois mon pronostic sur les municipales et 27 fois je vous ai répondu que je n’en faisais pas. C’est pareil pour ces sénatoriales. J’espère que cette liste d’union, solide, qui représente les territoires, les sensibilités, avec des histoires différentes, des horizons et des enracinements différents, arrivera en tête. Ce serait un très beau signal pour la gauche dans le pays, pour tout ce à quoi je crois. Le rôle des sénateurs va s’accroître dans un pays instable qui peut connaître le pire. Le rôle du Sénat doit être celui de garant de l’État de droit et de la continuité républicain, celui d’une vigie. Pour cela, il faut des sénateurs qui ont la conviction profonde que la République est une et indivisible, que sa devise est « Liberté, Égalité, Fraternité », que ses racines plongent dans la Révolution française, dans les forces de la lumière contre celle de l’obscurité. J’y crois avec force. Les listes de gauche qui n’ont aucune chance de faire un siège, vont prendre des voix à la liste d’union et à la fin c’est quoi ? Un siège en plus pour l’extrême droite. Je leur dis les yeux dans les yeux.

    Votre famille politique d’origine organise une primaire, vous intéresse ? Vous positionnerez-vous ?

    B.P. : Non.

    Pourquoi ?

    B.P. : Mon travail est d’être maire de Marseille. Je reste un homme de convictions. J’entrerai dans la danse si je sens un danger arriver. Je ne m’occupe pas des partis. Ça ne m’intéresse pas. Je dis simplement une chose : vous n’avez pas le droit de vous diviser. Je n’aurais pas l’outrecuidance ni la vacuité de penser que c’est duplicable. Mais c’est un exemple comme un autre. On nous a expliqué que le Printemps marseillais c’était des rigolos. Il se trouve qu’on a été élus en 2020 et réélus en 2026 sur un totem, celui de l’union. Les divisions permanentes pour savoir qui est le plus à gauche, qui est le moins gauchiste, le plus écologiste, le plus raisonnable, le plus révolutionnaire… Ce sont des débats de chambre. Les gens veulent une seule proposition. Je dis : ne partez pas en ordre dispersé parce qu’à la fin c’est l’échec.

    À Marseille, votre conception du rassemblement c’était sans LFI. Quand vous parlez d’une seule candidature, c’est avec ou sans LFI ?

    B.P. : C’est Jean-Luc Mélenchon qui a déjà répondu à cette question. Il est parti, il croit en son destin, l’ambition de sa vie n’est rien d’autre que d’occuper le fauteuil de François Mitterrand. Il se fout pas mal de ce qui se passera à la fin, il espère être président de la République quel qu’en soit le coût. C’est triste.

    Renaud Muselier a confié à « La Marseillaise » que vous lui aviez donné votre accord pour travailler à une cérémonie de clôture des JO 2030 à Marseille. Vous n’étiez pas en si bons termes auparavant ?

    B.P. : Le président Muselier est un pragmatique. Il m’a demandé si j’étais d’accord pour que ça se passe à Marseille. J’ai lui ai naturellement répondu oui parce qu’on sait faire, on sait organiser des événements internationaux. Renaud Muselier sait que ça sera réussi si c’est à Marseille. Mieux qu’ailleurs !

  • Métropole Aix-Marseille : la CGT appelle à la raison, le patronat inquiet

    Métropole Aix-Marseille : la CGT appelle à la raison, le patronat inquiet

    Une nouvelle fois, la Métropole Aix-Marseille se retrouve dans une impasse, suite à l’échec du vote pour imposer 53 millions d’euros de coupes dans sa dotation de solidarité aux communes, lors du conseil du 10 septembre dernier. Tandis que le budget modifié par l’assemblée doit retourner devant la chambre régionale des comptes, la CGT des agents métropolitains appelle les élus, dans une lettre ouverte qui leur est adressée ce lundi, « à revenir à la raison et aux responsabilités pour lesquelles vous avez sollicité le suffrage des habitants de notre territoire ».

    « Depuis des mois, les agents métropolitains survivent sans budget, sans perspectives, sans réponses, sans missions, dans une insécurité permanente et avec un grand sentiment d’être méprisés », dénonce le syndicat, qui s’indigne de voir les fonctionnaires territoriaux faire les frais de cette crise métropolitaine.

    Tandis que la « Métropole des maires » promise par son président (LR) Nicolas Isnard se perd dans l’arbitrage entre les communes de ses coupes budgétaires, « la Métropole cesse progressivement d’être un projet collectif pour devenir un lieu de négociation entre intérêts particuliers », s’inquiète la CGT.

    L’UPE 13 contre les impôts

    Alors le syndicat répète son aspiration à « l’élaboration d’un projet commun digne des services publics » et lance un appel à « tourner la page des divisions stériles ». « Les agents métropolitains, qui œuvrent chaque jour pour faire vivre nos services publics, méritent mieux que l’incertitude », partage la lettre ouverte.

    De son côté, c’est à travers un communiqué publié également ce lundi que l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13), la branche locale du Medef, dénonce les hausses de 26 millions d’euros d’impôts votées pour 2027. « Les entreprises contribuent déjà à la fiscalité économique à la Métropole. Elles prennent leur part, et largement, écrit son président Jean-Christophe Amarantinis. Nous comprenons les contraintes budgétaires, mais leur réponse ne peut pas être de solliciter toujours davantage ceux à qui nous demandons parallèlement d’investir, de recruter et de décarboner. » L’organisation patronale rappelle le refus explicite du préfet d’augmenter les taux de cotisation foncière au moment d’arrêter le budget de l’intercommunalité, le 16 juin, et souligne que la fiscalité économique contribue déjà à hauteur de 900 millions d’euros aux finances métropolitaines.

    Si l’UPE 13 réclame une stabilité des taux et une maîtrise des dépenses, elle n’en demande pas moins de préserver les investissements structurants de la Métropole. Ceux-là même dont le fonctionnement pèse aujourd’hui sur les budgets de l’institution. Et de demander à son président « de la visibilité et des réponses concrètes » lors de sa venue au Forum des entrepreneurs, le 8 octobre.

  • Le jour d’après pour la Métropole Aix-Marseille

    Le jour d’après pour la Métropole Aix-Marseille

    Retour à la case départ. Au lendemain de l’approbation d’une modification budgétaire assumée comme insincère par l’hémicycle métropolitain, les services de l’État confirment que le préfet saisira logiquement la chambre régionale des comptes, dès lors que la délibération lui sera notifiée. Une décision sans surprise. Le vote qui modifiait le budget arrêté par la préfecture au mois de juin ignorait délibérément la disparition de 53 millions de recettes issues des coupes prévues dans la dotation de solidarité versée aux communes. À une voix près ce jeudi, le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan a imposé une minorité de blocage, échappant à une perte sèche de 36 millions d’euros pour sa ville.

    « Benoît Payan et les élus du Printemps marseillais se sont battus pour défendre Marseille, les Marseillaises et les Marseillais », rappelle encore ce jeudi la majorité marseillaise, qui reproche à la droite et l’extrême droite d’avoir « marqué contre Marseille » en approuvant cette délibération. Le RN et ses alliés de leur côté remercient encore le président (LR) de la Métropole Nicolas Isnard « qui a très clairement annoncé lors de cette séance budgétaire sa volonté de travailler avec nous » sur un nouveau plan de coupes sombres de 100 millions d’euros.

    Trois options

    « Le Département continuera d’accompagner les communes, de soutenir la Métropole lorsqu’elle agit dans l’intérêt général », réagit sa présidente Martine Vassal (DVD) face à ce « blocage institutionnel ». Et d’insister sur son vote en faveur de la délibération coupant dans la dotation de solidarité, appelant le président à « prendre ses responsabilités ». « Nous voulons faire une délibération en octobre sur des aides complémentaires aux structures et communes en très grande difficulté », annonçait lui aussi le président (Ren.) de la Région Renaud Muselier, en campagne pour les sénatoriales, sur BFM Marseille jeudi soir. Il promet d’ores et déjà de modifier la loi spéciale qui a créé la Métropole, ce « truc en plomb qui ne peut pas avancer ». Les Insoumis de leur côté rappellent qu’ils veulent la supprimer.

    Reste à savoir ce qui va advenir dans l’immédiat à cette Métropole. Dès lors que la chambre régionale des comptes sera saisie, c’est le budget arrêté par le préfet au mois de juin qui de nouveau s’applique, avec ses coupes dans les attributions de compensation versées aux communes. Les magistrats financiers ne pourront que constater l’insincérité assumée du budget, qui présente des recettes inexistantes, et donc son déséquilibre réel. « À partir de là, l’incertitude est totale », reconnaît le vice-président (LR) aux finances David Ytier. Trois options se profilent déjà dans la copie qui doit être rendue un mois après la saisine : les magistrats pourraient réitérer leur proposition initiale ou reprendre le budget arrêté par le préfet. Mais la municipalité marseillaise espère aussi qu’ils proposeront une trajectoire pluriannuelle pour résorber ce déficit, comme cela a été le cas pour le Département de Gironde. Des propositions qui devront être soumises au vote. « On regrette d’en être arrivés là », souffle-t-on dans l’entourage du maire, face à « un défi lancé à des institutions qui ne nous feront pas de cadeau ». Si un départ de l’exécutif n’est pas à l’ordre du jour, « nous avons été déçus par l’absence de dialogue et de considération de Nicolas Isnard », reproche-t-on dans les couloirs de l’hôtel de ville. « Cela va ajouter beaucoup de complexité à l’exercice de 2027 », craint de son côté l’argentier de l’institution. « On décale le problème, on ne le fait pas disparaître », pointe David Ytier, en rappelant que chaque commune peut saisir aussi les magistrats financiers pour solliciter des dépenses obligatoires. Mais la réunion du pacte financier et fiscal prévue ce mardi à Aix-en-Provence reste maintenue. « Nous continuons à travailler », insiste-t-il, et en bonne entente avec Marseille. Le même jour, Nicolas Isnard présentera l’édition 2027 de son marathon. Une épreuve que la Métropole doit désormais courir.

    « Nous décalons
    le problème. »

  • Une déflagration politique pour la Métropole

    Une déflagration politique pour la Métropole

    Les résultats ne sont pas encore proclamés dans l’hémicycle métropolitain, que le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan lance à la cantonade : « ça s’appelle à la honte et le déshonneur ! » Ce jeudi après-midi, il n’a fallu qu’une seule voix pour que la minorité de blocage fasse échouer les coupes prévues dans la dotation de solidarité communautaire. La délibération à l’ordre du jour pour modifier le budget arrêté par le préfet nécessitait en effet une majorité des deux tiers pour retirer 53 millions d’euros – dont 36 millions pour la seule ville de Marseille – dans ces fonds versés aux communes depuis l’accord de 2022. Les services de l’État avaient eux préconisé de les retirer dans les attributions de compensations versées aux municipalités sur la base de l’ancienne taxe professionnelle, dont bénéficient surtout les communes industrielles. Mais au moment où les résultats du scrutin à bulletins secrets tombent, le verdict est sans appel : face aux 79 voix contre et 2 abstentions, les 156 suffrages qui se prononcent en faveur de la délibération n’ont pu être obtenus qu’avec le soutien de l’extrême droite. Sans que cela ne suffise.

    « Pas en danger »

    Cette même extrême droite assurait que jamais elle ne soutiendrait les délibérations budgétaires quand la Métropole s’apprête à augmenter la cotisation foncière des entreprises pour 2027. « Nous avons pris nos responsabilités pour les Provençaux et les Marseillais », justifiait le député RN Franck Allisio, satisfait de voir « un exécutif prêt à travailler avec nous ». Le président de son groupe Jean-Baptiste Rivoallan (UDR) nie tout lien avec les sénatoriales. « Nous sommes bien au-delà de tout ça », balaie-t-il.

    En plein hémicycle, alors que se prolongeait le débat sur la révision du pacte fiscal et financier métropolitain, Nicolas Isnard partageait son envie de tourner la page de l’année écoulée pour traiter le budget de l’année à venir. « Écoutons toutes les propositions, celles du RN, celles de Sophie Joissains, de Jean-Pascal Gournès, de Georges Cristiani », énumérait-il. « En ce qui me concerne, les convictions sont moins malléables que l’adoption ou non d’un budget », lance Benoît Payan en réponse.

    Mais avec l’échec du vote sur la dotation de solidarité, c’est tout le château de cartes de la modification du budget qui menace de s’effondrer. Sans les 53 millions de coupes prévues, « nous sommes en train de présenter un budget insincère », alerte Benoît Payan. « Si nous ne votons pas aujourd’hui, nous ne rajoutons pas les crédits dont nous avons besoin », répond le vice-président (LR) aux finances, David Ytier. Reconnaissant « un doute juridique ». Bravache, Nicolas Isnard veut prendre le risque, et l’hémicycle, sans le vote de la gauche métropolitaine, accepte de modifier un budget qu’il sait insincère.

    Pour les maires, la calculatrice tourne dans les esprits, qui comptent combien ils peuvent perdre dans les attributions de compensations qui leur sont versées. « J’avais proposé d’actionner le levier fiscal dès le mois d’avril », déplore le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux, pointant le pari « pas gagnant » d’avoir confié le budget à la chambre régionale des comptes et refusant de répéter l’opération. « Notre Métropole ne peut se construire ni contre les communes, ni sans elles, et particulièrement contre Marseille. Mais l’addition des intérêts communaux ne fait pas à elle seule l’intérêt métropolitain », avertit-il face aux enjeux du territoire.

    « Je suis en train de regarder mon budget communal, j’ai un trou de 2,4 millions dans ma section de fonctionnement, cette logique m’empêche de réfléchir à chaud », réagit les nerfs à vif le maire (PS) de Vitrolles Loïc Gachon, au milieu du débat juridique qui se lance sur les conséquences des votes successifs. De quoi exprimer l’émotion de nombreux maires. « L’avenir de la Métropole n’est pas en danger », se rassure Nicolas Isnard à l’issue des échanges en se vantant d’avoir le soutien « massif » de près de deux tiers de l’hémicycle. Qui n’a pas suffi ce jeudi. « Il n’y avait rien à négocier », assure-t-il face au soutien de l’extrême droite dont il refusait les voix pour son élection. Seul compte le fait de n’avoir pas augmenté cette année les impôts, peu importe la fracture dans son exécutif. « Ce n’est pas ma préoccupation », lâche-t-il. « J’ai toujours considéré que les communes n’avaient pas à faire les frais des turpitudes métropolitaines », défendait pour sa part Benoît Payan à la sortie de l’hémicycle.

  • [Aix Marseille Provence] Le conseil métropolitain rejette les coupes dans la dotation de solidarité d’une voix

    [Aix Marseille Provence] Le conseil métropolitain rejette les coupes dans la dotation de solidarité d’une voix

    «La délibération est rejetée et la Dotation de solidarité communautaire est maintenue, pour une voix», annonce le président (LR) de la Métropole, Nicolas Isnard. Par 79 voix contre, 156 pour et 2 abstentions, le conseil métropolitain ce jeudi après-midi a rejeté la décision de couper 53 millions d’euros – dont 36 millions pour la seule ville de Marseille – la dotation de solidarité communautaire versées aux communes, la majorité des deux tiers n’étant pas atteinte. Une solution qui était portée par le président de l’institution au moment de reprendre le budget arrêté au mois de juin par le préfet après la mise sous tutelle de l’intercommunalité.

    «Nous avons trouvé une idée qui semblait jusqu’à il y a peu de jour satisfaire le plus grand nombre si ce n’est la totalité d’entre nous», plaidait Nicolas Isnard. La conférence des maires le 8 juillet dernier avait acté la création d’un fonds de concours pour financer les investissements des communes à la hauteur des dotations perdues.

    «La perte pour Marseille est extrêmement importante : c’est 9 euros par habitant pour Aix, pour nous c’est 40 euros», dénonçait l’édile marseillais Benoît Payan (DVG), qui réclamait le report de la séance pour proposer une troisième voie, de voter un budget modifier en déséquilibre pour ne toucher aucune des dotations aux communes.

    «Je ne considère pas comme une victoire pour ma commune une décision qui consiste à préserver nos ressources en faisant porter l’essentiel par la commune de Marseille», alertait pour sa part le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux. En refusant de retourner par les fourches caudines des magistrats financiers comme le propose Marseille, après le pari perdu du refus de voter le budget.

    «L’enveloppe de la dotation de solidarité communautaire a la capacité d’être régénérée d’une année à l’autre, alors que si les attributions de compensations [versées aux communes pour compenser l’ancienne taxe professionnelle, que le préfet voulait réduire, ndlr] si elles sont diminuées ne peuvent pas être restaurées l’année d’après», expliquait de son côté la maire (UDI) d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains.

    «Ca s’appelle la honte et le déshonneur», lançait à la cantonade Benoît Payan. Le décompte prouvant que les voix de l’extrême droite se sont ajoutées à la droite.

  • [AMP Métropole] Jean-Pierre Squillari : « Il ne faut pas choisir entre la peste et le choléra »

    [AMP Métropole] Jean-Pierre Squillari : « Il ne faut pas choisir entre la peste et le choléra »

    « J’espère que nous allons reporter ce conseil d’une dizaine de jours, pour que l’on puisse se retourner et faire des propositions », explique-t-il. Après la réunion lundi soir des édiles de la gauche métropolitaine, il refuse lui aussi d’arbitrer des coupes entre les différentes ressources versées aux différentes communes. « Il ne faut pas choisir entre la peste et le choléra », résume-t-il, alertant sur « le piège de la division ». « La priorité étant de défendre mes administrés, je préfère que l’on prenne le temps de réfléchir une dizaine de jours, que l’on puisse convaincre le président et son responsable financier de trouver une troisième voie, de voter ce budget en déséquilibre, explicite-t-il. Je comprends qu’il y a une crainte que le préfet reprenne la main, mais il faut avoir le courage de le faire. » Il reprend ainsi l’exemple du conseil départemental de Gironde : «C’est le préfet et la chambre régionale des comptes qui ont pris leurs responsabilités, il y a eu un lissage et ils ont épongé toutes leurs dettes sur trois ans. »

    Les enjeux sont d’autant plus forts que les problèmes de l’intercommunalité doivent toujours être réglés. « Beaucoup de personnes se plaignent de la Métropole et il va falloir y réfléchir, avec des priorités : la collecte des déchets laisse à désirer », partage l’édile. Surtout, ils sont aggravés par les coupes imposées par le budget arrêté par le préfet au mois de juin, sur les préconisations de la chambre régionale des comptes. « Nous nous posons des questions avec les missions locales, alerte Jean-Pierre Squillari. Je les ai rencontrés à Aubagne, ils se font un sang d’encre, cela risque d’avoir pour conséquence des licenciements, des jeunes que l’on ne prend plus en compte. »

    Cette situation est d’autant plus difficile à accepter que la majorité aubagnaise n’a pas été suffisamment prise en compte dans la construction de cette « Métropole des maires » promise par son nouveau président, Nicolas Isnard. « Dès le premier vote, nous étions partis sur une position bancale, déplore-t-il. On nous a refusé des vice-présidents alors que nous y avions droit : le protocole d’accord, c’est qu’il y en avait pour les quatre premières villes. Nous avons été shuntés, et nous l’avons aussi été dans les différentes commissions. » Alors il tape du poing sur la table : « Aubagne n’est pas satisfaite de la Métropole, Aubagne a été galvaudée, il faut que cela change d’une manière ou d’une autre. »

  • La Métropole Aix-Marseille face à l’inconnu

    La Métropole Aix-Marseille face à l’inconnu

    Pour la deuxième fois cette année, les élus de la Métropole Aix-Marseille menacent de ne pas voter un budget à l’équilibre. Après plusieurs heures d’échanges ce mercredi après-midi entre les équipes du président (LR) de l’institution Nicolas Isnard et celles du maire (DVG) de Marseille Benoît Payan, chacun campe sur ses positions. Malgré les demandes de report, l’ordre du jour du conseil métropolitain qui se tient ce jeudi après-midi reste donc inchangé, avec en point d’orgue la modification du budget arrêté au mois de juin par le préfet après la mise sous tutelle de l’institution. Et le choix de reporter sur Marseille l’essentiel des coupes dans l’argent reversé aux communes, à hauteur de 36 millions d’euros.

    Quelles communes touchées ?

    Après le refus, le 28 avril dernier, de l’hémicycle métropolitain de voter son budget, le préfet avait imposé 91 millions d’euros de coupes sombres dans les dépenses de l’intercommunalité, et 53 millions dans les attributions de compensations reversées aux municipalités sur la base de l’ancienne taxe professionnelle. Une solution qui touche les communes industrielles en premier lieu. L’ordre du jour du conseil métropolitain reprend, elle, la proposition de la chambre régionale des comptes : la deuxième délibération ponctionne le même montant mais sur la dotation de solidarité créée en 2022 pour compenser les inégalités entre communes. Si Marseille paie l’essentiel, « pour d’autres communes l’incidence est plus forte », pointe le vice-président aux finances David Ytier. Mais l’option du préfet pesait plus encore sur les budgets des municipalités concernées. Cette délibération, sur laquelle repose l’équilibre de la modification budgétaire, nécessite une majorité des deux tiers. 80 voix suffisent donc pour la bloquer, moins s’il y a des abstentions.

    Le fonds de concours questionné

    Pour faire passer la pilule, la conférence des maires le 8 juillet proposait un fond de concours pour les investissements des communes, qui compense « euro par euro » la perte de leur dotation. Si 90 communes ont déposé leur demande, la préfecture a averti, dans une note datée du 2 septembre, que celles-ci « sont sans valeurs » sans vote des conseils, et que ne sont pas concernés les projets déjà achevés. D’autres sont exclus, comme les 2,75 millions d’euros demandés par Marseille pour le verdissement de sa flotte automobile. Si elle sème le trouble chez les maires, la note précise bien que si la demande de subvention respecte le cadre légal rappelé, « elle est recevable ».

    Le retour des magistrats financiers ?

    Lors de la réunion lundi des maires de la gauche métropolitaine, Benoît Payan a proposé de ne toucher à aucune des dotations reversées aux communes. Et donc assumer un trou dans le budget de 53 millions d’euros. « Un nouveau dialogue pourrait s’ouvrir avec la chambre régionale des comptes sur les conditions du retour à l’équilibre », explique le maire de Marseille dans un courrier au président de la Métropole. Reconnaissant que le résultat est incertain. « Si la majorité des maires est prête à se faire hara-kiri et sauter dans les bras des magistrats, on l’entendra », tance l’argentier métropolitain. À gauche, on avance le précédent du Département de Gironde avec un plan de retour à l’équilibre jusqu’en 2029 sous le retour de la chambre régionale des comptes. Et des coupes budgétaires sévères qui entraînent de nombreux licenciements dans le secteur social.

    Aménagements budgétaires

    Pour David Ytier, ce retour par la case des magistrats financiers risque de faire perdre les aménagements budgétaires proposés ce jeudi à la marge des 91 millions d’euros de coupes. « Nous allongeons les crédits [à hauteur de 1,8 million, ndlr] pour ne pas mettre en péril la paie des salaires », témoigne-t-il. En cas de blocage, ce montant sera répercuté sur les communes. La décision modificative sanctuarise aussi 3,5 millions d’euros en plus de subventions aux associations, ainsi que 2 millions pour sécuriser les parkings, 1,6 million pour l’entretien de la voirie.

    Bloc contre bloc

    Après le courrier de Benoît Payan, Nicolas Isnard a réuni ce mercredi matin en visioconférence l’ensemble des maires, hors le groupe de la gauche métropolitaine. De quoi s’assurer de leur soutien. En soirée, les communes de gauche ont acté aussi leur approbation, sauf Aubagne et surtout Marseille. « Si ce jeudi la proposition est de tirer une balle dans le pied de Marseille, je ne tiendrai pas le pistolet », annonce Benoît Payan dans les colonnes de La Provence. « Côté gauche marseillaise, pas une voix ne manquera à l’appel », prévient son entourage. Ce n’est pas le cas à droite : «A un moment, il y a le mur de la réalité », défend Romain Simmarano (Ren.).

    Les impôts questionnés

    « Je ne voterai pas d’augmentation de fiscalité si la ville de Marseille perd au passage près de 40 millions d’euros », lance aussi Benoît Payan. L’ordre du jour prévoit de revenir sur les exonérations accordées depuis le Covid pour les créations d’entreprises, que la Métropole était la dernière à appliquer, ainsi que pour celles qui louent des meublés. Il est proposé de baisser leur cotisation foncière pour les plus petites, l’augmenter pour les autres. Au total 26 millions de recettes sont attendues en 2027, une « ligne rouge » pour l’extrême droite qui annonce donc ne pas soutenir les délibérations budgétaires. De quoi renforcer la minorité de blocage marseillaise.

    Quel exécutif ?

    Avec ce refus, les Marseillais voteraient donc contre l’exécutif métropolitain, où ils ont pourtant cinq sièges. De quoi rebattre les cartes ? « Si le président considère qu’il faut revoir l’exécutif, alors il me trouvera à ses côtés pour revoir l’intégralité de l’exécutif », avance Benoît Payan.

    EN CHIFFRES

    53 millions

    C’est la somme qui doit être ponctionnée sur la dotation de solidarité communautaire (DSC) sur les 66 millions d’euros initialement prévus dans le pacte financier et fiscal de la Métropole, dont 36 millions sur la dotation marseillaise, 1,3 million pour Aix-en-Provence, 1 million pour Salon-de-Provence . Une délibération promet de rétablir les montants initiaux en 2027.

    26 millions

    C’est le montant des hausses d’impôts proposées à l’ordre du jour du conseil, applicables au 1er janvier 2027. L’essentiel, à hauteur de 19 millions d’euros, est assuré par la revalorisation de la cotisation foncière des entreprises, qui n’avait pas évolué depuis 2016 et était plus lourde pour les petites entreprises. 74 600 d’entre elles verront leur taux baisser.

    12 millions

    C’est le montant des crédits supplémentaires inscrits en fonctionnement sur le budget principal de la Métropole dans sa décision budgétaire modificative. Une augmentation de seulement 0,8% par rapport au budget du préfet. 4,4 millions sont inscrits «pour permettre d’assurer le fonctionnement a minima du service public», et 3,5 millions pour les associations.

    240 millions

    C’est le trou budgétaire attendu pour 2027 si la Métropole devait respecter la trajectoire de son pacte financier et fiscal. Une réunion est prévue le 15 septembre à Aix pour redéfinir ces objectifs, avec un besoin estimé entre 100 et 150 millions d’euros. Quant au budget des transports, il devrait être modifié le 15 octobre. Avec en ligne de mire la révision des tarifs et de la gratuité.

  • La Métropole toujours au bord du déséquilibre

    La Métropole toujours au bord du déséquilibre

    Comme un retour vers le futur pour les difficultés financières de la Métropole Aix-Marseille. Son hémicycle doit ce jeudi reprendre la copie budgétaire arrêtée par le préfet au mois de juin, après la mise sous tutelle de l’institution. Mais tandis que sont déjà parties les convocations, le groupe de la gauche métropolitaine a demandé au président (LR) de la Métropole Nicolas Isnard d’ajourner la séance, sans succès pour l’instant.

    « Nous ne sommes pas à dix jours près », plaide le maire (DVG) de Marseille dans un courrier adressé ce mardi, en assurant que ces dix jours « peuvent en revanche être déterminants pour éviter de prendre, dans l’urgence, une décision qui déstabiliserait immédiatement les budgets de nos communes ». Et pour cause. Comme le révélait La Marseillaise, la copie révisée pendant l’été fait porter la plus grosse part des coupes dans les dotations reversées aux communes à la Ville de Marseille, à hauteur de 36 millions d’euros. En échange, la Métropole créait un fonds de concours, inscrit à l’ordre du jour ce jeudi, pour compenser « euro par euro » ces pertes en soutenant les investissements de chaque commune.

    Retour sous la tutelle ?

    Mais une note préfectorale datée du 2 septembre, a semé le trouble. Alors que 90 communes – dont Marseille – avaient déjà déposé leurs demandes, celles-ci « sont sans valeur » avant le vote des conseils, écrit la préfecture, qui cadre les dépenses pouvant être financées face à une formulation de la délibération qui « prête à confusion ».

    Alors le maire de Marseille en profite pour proposer de n’inscrire aucune coupe dans les dotations aux communes, que ce soit les attributions de compensation (AC) reversées sur la base de l’ancienne taxe professionnelle ou la dotation de solidarité (DSC). Et donc d’adopter un budget modifié en déséquilibre, à rebours des obligations légales. La décision aurait pour conséquence de faire intervenir de nouveau la chambre régionale des comptes pour formuler « en concertation avec la Métropole les mesures qu’elles estimeront nécessaires au rétablissement de l’équilibre » avant un vote de l’hémicycle, écrit-il, écartant toute « mise sous tutelle ».

    « Décaler d’une semaine ne changera rien sur le fond », soupire le vice-président (LR) aux finances, David Ytier. Et d’interpeller : « Est-ce que nous sommes prêts tous ensemble à redonner les clés du budget au préfet et à la chambre régionale des comptes ? Il y a de fortes chances qu’il se passe la même chose, voire pire, et ils ne proposeraient pas un fond de concours pour compenser ce que les communes perdraient en fonctionnement ». Lui met en avant les rectifications de la décision budgétaires modificatives notamment pour payer les salaires des agents (1,8 million d’euros), soutenir des associations (3,5 millions). Et les concessions faites aux Marseillais avec une baisse annoncée de leur taxe d’enlèvement des ordures ménagères et un vote immédiat de la dotation de solidarité pour 2027. « À un moment il faut voter », appuie David Ytier. Un vote à risque : pour tailler la dotation de solidarité, il faut une majorité des deux tiers. Mais hors de question pour les élus marseillais d’assumer une perte de 36 millions, tandis que deux élus à droite manifestent déjà leur opposition. L’extrême droite quant à elle cultive l’ambiguïté stratégique. « Nous ne soutiendrons aucune augmentation d’impôts », répète Jean-Baptiste Rivoallan (UDR) qui « réserve [son] vote pour la séance » alors qu’est inscrite à l’ordre du jour une révision de la cotisation foncière des entreprises et la suppression d’exonérations « que nous étions les seuls à appliquer » souligne le vice-président aux finances. Faute de majorité, la Métropole ne pourra pas verser les attributions de compensation qui profitent surtout aux communes industrielles. Un déséquilibre financier qui risque de faire voler en éclat le fragile équilibre politique, alors qu’une réunion le 15 septembre à Aix du pacte financier et fiscal doit fixer des perspectives pour la Métropole.

  • La Métropole Toulon-Provence-Méditerranée entend prioriser les projets structurants du territoire

    La Métropole Toulon-Provence-Méditerranée entend prioriser les projets structurants du territoire

    Avant d’entamer l’examen du compte financier, un nouveau pacte de gouvernance à élaborer entre la collectivité et les communes qui la composent était à l’ordre du jour. La présidente de TPM, Josée Massi, proposant une méthode basée sur l’écoute et la concertation avant la décision, donnant ainsi une place pleine et entière aux vice-présidents, maires et élus de la collectivité.

    Les maires RN qui n’ont toujours pas digéré d’avoir été écartés des vice-présidences ont affirmé leur souhait justement que soient respectées les particularités et les aspirations de toutes les communes « C’est tout à fait ce que je vous propose de faire », leur a-t-elle répondu.

    Sur la partie finances ensuite, la patronne de la Métropole a décrypté le document compatible, qui reflète « une situation saine et maîtrisée ». Avec des recettes de fonctionnement en progression qui permettent de couvrir les dépenses, elles aussi, sous contrôle. Et ce malgré un contexte encore marqué par des tensions sur les prix.

    L’épargne de 59 millions d’euros dégagée, poursuit-elle, permet de financer les investissements tout en maintenant un recours raisonnable à l’emprunt. « Notre capacité d’endettement est autour de six années, et ça reste largement en dessous des seuils d’alerte. Surtout, nous continuons à investir massivement », précise Josée Massi.

    L’occasion de mettre en avant les 216 millions d’euros d’investissement au service de la mobilité, l’aménagement, la transition écologique et le cadre de vie. « Ces résultats ne doivent rien au hasard. Ils sont au prix de gestion rigoureuse, de pilotage attentif, et d’une stratégie financière cohérente depuis plusieurs années », ajoute-t-elle.

    Une situation saine

    et maîtrisée

    Mais le satisfecit s’arrête là. « Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une lecture uniquement positive, car derrière ces résultats apparaissent des signaux de fragilité structurelle », tempère la présidente de TPM. Les dépenses progressant plus vite que les recettes. « Si cette tendance se prolonge ça aura pour conséquence mécanique, l’érosion massive de notre épargne », pointe-t-elle.

    En cause, entre autres, la baisse des dotations et un environnement inflationniste.

    Et de prévenir : « Si nous ne faisons rien, cette situation entraînera une dégradation progressive de nos capacités d’action. Moins d’épargne, en effet, c’est moins de capacité à financer nos investissements. C’est plus de retours à l’emprunt et à terme une tension sur la solvabilité. »

    Rien de tel dans l’immédiat, rassure la présidente de Toulon Provence Méditerranée. Mais tout faire pour éviter cet écueil doit être « un enjeu stratégique pour les années à venir ». « Il faut anticiper plutôt que subir », insiste-t-elle.

    Ce qui suppose reprend Josée Massi de « maîtriser durablement les dépenses », sans rogner sur les services publics. Mais aussi en sécurisant les recettes, « en envisageant tous les leviers et priorisant les investissements pour concentrer les moyens sur les projets structurants du territoire ».

    Et de conclure : « Ce travail, nous l’avons engagé et nous le poursuivrons. C’est précisément en ces moments où la situation est encore favorable que les décisions les plus utiles doivent être prises. »

    Pour continuer à avancer.

    EN BREF

    Ligne Nouvelle, à quand le RER métropolitain ?

    Après le compte rendu de la situation d e la Société de la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur pour l’année 2025 dont le conseil métropolitain a pris acte, l’élu d’opposition RN Amaury Navarranne a déploré « l’entêtement initial à ne faire que de la grande vitesse », avec le projet LGV. « Le résultat aujourd’hui, c’est que les phases 1 et 2, qui sont très positives pour notre territoire métropolitain, sont encore très poussives », insiste-t-il.

    Et de poursuivre : « Si on n’avait pas perdu autant de temps avec des majorités régionales, départementales et locales arc-boutées, initialement, que sur la grande vitesse, peut-être qu’on aurait pu réaliser plus tôt ce train du quotidien nécessaire et attendu. »

    Josée Massi lui répondra : « Nous avons besoin de ce fameux RER métropolitain cadensé tous les quart d’heure. Et donc, je n’imagine pas qu’on n’arrive pas à trouver un accord pour l’intérêt général. »

    Contrat local de solidarité 2026/2027

    Dans le cadre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté présentée par la Première Ministre en septembre 2023, des contrats locaux de solidarité ont été signés entre des collectivités et les préfets.

    Le conseil métropolitain a voté jeudi matin la délibération ayant pour objet d’autoriser la signature de l’avenant n°2 au Contrat Local des Solidarités 2024-2027 afin de fixer le soutien financier de l’Etat à hauteur de 465 500 euros.

    Ce contrat signé initialement le 11 juin 2024 prévoit en effet une dotation annuelle de l’Etat pour le territoire métropolitain de 465 500 euros maximum par an sur 4 ans. Et selon 4 axes :

    – prévenir la pauvreté et lutter contre les inégalités dès l’enfance ;

    – amplifier la politique d’accès à l’emploi pour tous ;

    – accès aux droits essentiels ;

    -transition écologique solidaire.

  • La crise métropolitaine « au point avant le paroxysme »

    La crise métropolitaine « au point avant le paroxysme »

    L’œcuménisme porté en étendard par le président (LR) de la Métropole Aix-Marseille, Nicolas Isnard, en a pris un coup ce mercredi après-midi. À l’occasion du conseil qui se tenait dans l’hémicycle du Pharo, seule une minorité des élus métropolitains ont approuvé le report au mois d’octobre du versement aux municipalités de la dotation de solidarité communautaire (DSC). Une délibération intégrée à l’ordre du jour en début de séance en faisant adopter une procédure d’urgence.

    « Elle devait être versée avant le 30 juin, conformément à ce qui avait été voté le 28 avril, expliquait Nicolas Isnard. Compte tenu des turpitudes qui sont les nôtres, et pour ne pas verser une DSC qu’il faudrait re-réclamer en partie aux communes, il est proposé de la verser en octobre maximum, peut-être avant si nous trouvons une solution d’ici là. » De quoi mettre les pieds dans le plat des coupes budgétaires. Après le refus des conseillers métropolitains de voter leur budget, la chambre régionale des comptes avait en effet préconisé de sabrer 53 millions d’euros dans cette dotation de solidarité, qui bénéficie en premier lieu à Marseille, tandis que le budget finalement arrêté par le préfet imposait de les retirer parmi les attributions de compensations reversées aux communes sur la base de l’ancienne taxe professionnelle.

    « Si un effort devait être demandé, il ne pourrait être supporté de la même manière par une commune populaire confrontée à d’importants défis sociaux et par une commune disposant de ressources plus importantes. La solidarité métropolitaine doit continuer à jouer pleinement son rôle », avertit d’emblée le maire (PCF) de Septèmes-les-Vallons, André Molino. Dans la foulée, le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan s’en prend aux 91 millions d’euros d’économies imposés par la chambre régionale des comptes et la préfecture. « Ils y sont allés avec une hache émoussée, ils ont tapé dans tous les sens et il y a du sang sur tous les murs », dénonce-t-il. Surtout, il prévient que ceux qui ne paieront pas cette année devront l’assumer dans les années à venir, face à un déficit structurel en raison du développement des transports. « Marseille est prête à faire des efforts, même si elle a des charges de centralité », annonce-t-il. « Mais nous voulons un travail qui ne soit pas une boucherie », réclame l’édile, ne croyant pas à une augmentation par le Parlement du taux de versement mobilité payé par les entreprises pour financer les transports pour les années à venir.

    Bientôt le paroxysme

    Fasse aux hausses d’impôts esquissées, « augmenter la fiscalité n’apparaît pas comme une solution responsable, il faut préserver le pouvoir d’achat », s’oppose le maire (DVD) de Cuges-les-Pins, Bernard Destrost. Une opinion partagée par le président (DVC) des maires des Bouches-du-Rhône Georges Cristiani, qui implore : « J’ai un chemin, simple, étroit : restons très unis. »

    Alors le président de l’intercommunalité retrace le discours déroulé depuis le refus de voter le budget, s’escrime contre l’État qu’il accuse une nouvelle fois de « semer la zizanie ». Mais il promet : « Nous réfléchissons à des solutions pour atténuer la casse, et je crois que des solutions sont possibles, surtout si l’on entend les mots d’apaisement que nous avons entendu. »

    Après le scrutin public réclamé par la gauche marseillaise, ils sont malgré tout 125 à s’abstenir sur le report du versement de la dotation de solidarité, seulement 98 à l’approuver. Et dix à s’y opposer. La droite marseillaise se répartit entre les trois blocs.

    « Dire que ce n’est pas possible de toucher aux attributions de compensation, c’est tourner en rond comme un poisson rouge dans un bocal », tempête à la sortie Benoît Payan. En bousculant la position du président de la Métropole : « Quand on appelle au secours l’État, on ne déchire pas sa copie. » Mais face aux dissensions exposées au grand jour, il paraphrase François Mitterrand : « Une crise ne se résout que quand elle atteint son paroxysme. » Et de compléter : « Ce qu’on a vu, c’est que nous avons atteint le point avant le paroxysme. »