Une première. L’hôtel Maliverny ce vendredi grouille d’avocats issus du barreau d’Aix, de Paris et d’ailleurs, réunis pour les « Premières rencontres du droit de l’environnement ». Organisée par les commissions droit de l’environnement et droit public du barreau aixois, en partenariat avec l’École des avocats du Sud-Est (Edase), le colloque a réuni associations, magistrats, avocats et grand public confondus pour faire le point sur ce droit autonome par le prisme de la Charte de l’environnement (2005), vingt ans après. « Cette charte a le mérite d’exister, elle a une valeur constitutionnelle, ce sont de grands principes qui sont extrêmement importants pour nous, rappelle Me Monika Mahy-Ma-Tsonga, bâtonnière du barreau d’Aix. Néanmoins on s’aperçoit déjà, nous, praticiens, que nous ne l’évoquons pas suffisamment, qu’elle n’est pas assez appliquée. Il y a encore beaucoup de choses à faire, mais nous sommes là pour y réfléchir ensemble et pour aller dans le courant en matière de droit de l’environnement. Nous devons tous, nous, praticiens, nous saisir de ce droit. » Pour alimenter les réflexions, plusieurs intervenants, dont Yann Aguila, ancien membre du Conseil d’État, ou Arnaud Gossement, spécialiste en droit de l’environnement, tous deux issus du barreau de Paris ou Me Didier Del Prête, président de la commission de droit de l’environnement du barreau d’Aix-en-Provence. « C’est un regard croisé qui est proposé autour de ce sujet, précise Me Michel Samourcachian, l’un des organisateurs du colloque. Lui espérait 80 inscrits, ce sont finalement une centaine de personnes qui ont répondu présent. « L’enjeu est aussi de promouvoir le droit de l’environnement auprès des juristes, du public, des étudiants, c’est une matière qui est en développement, en construction (…) Je suis ravi qu’on puisse travailler sur un sujet majeur, sujet pour les jeunes générations, les futurs confrères. Il y a beaucoup de choses à créer. On a besoin de juristes qui s’en emparent », constate de son côté Me Didier Del Prête. « Aujourd’hui, le droit de l’environnement est un droit ou il faut être spécialiste (…) et ou l’on manque énormément de juristes. C’est une matière qui est riche et transversale », complète Me Xavier Pietra, bâtonnier élu, qui prendra ses fonctions d’ici janvier.
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« Les soldats ont fait la guerre en la maudissant »
La Marseillaise : Que s’est-il passé à la Courtine en 1917 ?
Jean-Yves Le Naour : C’est un événement un peu exceptionnel, une sorte de prolongement de la révolution russe en pleine Creuse. En 1914, la France a moins d’hommes que l’Allemagne et demande donc au tsar russe des hommes contre des fusils. La Russie envoie donc 40 000 hommes, bien que la France en ait voulu 500 000. Ces hommes se sont bien comportés mais lorsque la révolution russe survient en février 1917, ils n’ont qu’une envie, rejoindre la Russie pour participer au partage des terres. Ils n’ont plus du tout envie de faire la guerre. Ils commencent alors à s’organiser en soviet et à questionner l’autorité. On les retire donc du front et on les met dans une caserne au centre de la France, à la Courtine, en Creuse. On les oublie un peu, mais ils s’organisent et prennent le contrôle de leur caserne. Pour les soumettre, la France va les encercler et les bombarder, faisant une dizaine de morts en septembre 1917. Quand ils se sont rendus, ils ont été envoyés dans un bagne en Algérie.
Y a-t-il eu d’autres mutineries de cette ampleur lors de la Grande Guerre ?
J.-Y.L.N. : Il y a eu des Tunisiens qui ont refusé d’obéir en décembre 1914, parce qu’ils sont épuisés. C’est l’hiver, il fait froid, ils pataugent dans l’eau, ils ne dorment pas. Quand on leur a demandé d’attaquer, ils n’ont pas pu. Il y a donc eu plusieurs fusillés, pour l’exemple, mais peut-on parler de mutinerie ? Je ne sais pas. Il y a aussi les mutineries de 1917 des poilus qui sont très documentées.
Quels sens ont ces mutineries ?
J.-Y.L.N. : Il y a le désir de paix. Mais pour les Français, le désir de paix est inatteignable, en dehors d’un renversement de l’ordre politique. Ils se replient donc vers des revendications acceptables : comme davantage de permissions. Les Français ne veulent pas la défaite de la France. Lénine lui, prône le défaitisme révolutionnaire, qu’il a théorisé. Mais ce défaitisme révolutionnaire n’est pas porté par les socialistes français. Ils veulent sortir de la guerre, mais pas au prix de la défaite de leur pays. Ils sont donc coincés. Les soldats français ont fait la guerre tout en la maudissant, mais ils l’ont faite. À gauche, on a consenti à la guerre en imaginant que c’était la dernière et qu’on allait tuer la guerre en renversant les trônes, les Kaisers, les Césars, l’impérialisme. Mais on s’est aperçus, trop tard, que c’était la guerre elle-même, la barbarie. Ces mutineries elles disent une part de résistance à cela.
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Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire
Comment s’est-on opposé aux conflits dans le monde depuis la Première Guerre mondiale ? C’est la question que vont se poser historiens, déserteurs et objecteurs de conscience les 4 et 5 octobre à Vitry-sur-Seine. Organisé par l’association La Courtine 1917 en partenariat avec La Marseillaise, ce colloque veut mettre en avant ces femmes et ces hommes qui ont refusé d’aller ou de continuer le combat.
C’est un parcours chronologique que propose de suivre les organisateurs de cet événement. Le point de départ sera la mutinerie des 10 000 soldats russes en 1917, dont l’association qui organise l’événement est le porteur de mémoire. C’est donc l’historien Rémi Adam, spécialiste de l’événement qui ouvrira le colloque le samedi. Une première journée consacrée aux oppositions pendant la première guerre mondiale. Il y aura notamment « le maire de Gentioux où se trouve un monument aux morts célèbre où un enfant lève le poing face à une inscription “Maudite soit la guerre” », déroule Jean-Paul Gady, membre du conseil d’administration de l’association La Courtine 1917 et organisateur de l’événement.
Refuser les guerres colonialesLe dimanche sera plutôt l’occasion d’évoquer le refus de certains de prendre part aux guerres coloniales. L’historien Victor Pereira évoquera le cas des Portugais. « Ce sont des travailleurs et jeunes Portugais qui ont refusé de partir dans l’armée coloniale dans les années 1965 jusqu’à la révolution portugaise des années 1974. Ils étaient 250 000 à avoir donc fui leur pays pour ne pas être enrôlés », précise l’organisateur de l’événement.
Les opposants à la guerre d’Algérie seront également mis en avant. à travers le témoignage de Thomas Liechti, petit-fils du premier soldat qui refusa la guerre d’Algérie. Il évoquera la vie de son grand-père. Enfin la chercheuse et historienne Armelle Mabon évoquera le massacre par l’armée française de tirailleurs sénégalais. « Ce sont des interventions prévues extrêmement variées, insiste l’organisateur. Mais en même temps, tout ramène à une chose : comment la réaction individuelle et collective peut se faire quand on refuse la guerre. »
Cet ensemble de conférences sera accompagné de ventes de livres et de dédicaces de tous les historiens présents. L’association La Courtine 1917 tiendra également un stand pour vendre leurs différentes revues et livres. Une soirée est également prévue le samedi soir de 20h à 23h aux 3 cinés Robespierre, à Vitry-sur-Seine.
Echos à l’actualitéElle débutera avec une pièce de théâtre intitulée Vincent Moulia, évadé pour survivre. Dans un seul en scène, un acteur retracera la fuite de cet homme accusé de mutinerie. Cela sera suivi à 21h30 par la projection d’un film documentaire qui évoque la mutinerie de La Courtine.
Un cycle de conférences qui sera ponctué de témoignages de déserteurs ukrainiens, russes ou israéliens qui refusent de participer aux guerres actuelles. « Ce colloque a un écho avec l’actualité mortifère, insiste le membre du conseil d’administration. Notamment en France où des centaines de milliards d’euros sont programmés pour la dépense militaire. Face à cette situation de tension et de guerres qui ne manquera pas d’arriver en Europe, nous souhaitons faire de l’éducation populaire pour montrer que ces déserteurs, souvent minoritaires avaient raison. Il ne sert à rien d’abonder dans une logique capitaliste. »
Inscription nécessaire par mail : lacourtine1917@gmail.com
