Jean-Yves n’est pas descendu. Les appels de la foule massée devant la Direction des services de l’éducation nationale à l’arrivée de la manifestation, ne l’ont pas convaincu. Jean-Yves Bessol, le directeur académique, a refusé de venir rencontrer les lycéens. Une contre-proposition validée par un vote à main levée au départ de la manifestation, après que l’interlycéenne se soit vue proposer d’être reçue en délégation dans les locaux de la DSDEN.
Jean-Yves Bessol, qui a fait photographier l’an dernier des lycéens mobilisés contre la réforme des lycées pour leur mettre un coup de pression, aurait pourtant pu faire de belles images. Ils étaient plusieurs milliers, 30 000 selon les organisateurs, 4 800 selon la police (sic), à réclamer des moyens pour l’éducation. Dans le calme et la bonne humeur, avec de l’enthousiasme et une ferme détermination, malgré la répression policière opérée dans le pays.
Cette violence était sur beaucoup de pancartes. « 1 prof pour 35 élèves, 5 CRS pour 1 élève », peut-on lire sur ce carton tenu par une élève. « On ne sait plus si on est en manif ou dans GTA », affiche sa voisine. « Gazez les violeurs pas les mineurs » ou « Trop jeunes pour se faire écouter, assez grands pour se faire violenter », lit-on encore là. Cette « génération 67 » (lire six/seven), disposée à refaire mai 68 avant un 69 (« La nuit c’est pour baiser, pas pour travailler »), a été exemplaire ce mardi matin.
La foule massive s’est élancée à 10h des Réformés. Un rendez-vous bien travaillé la veille, lors d’une réunion à la Bourse du travail avec les organisations syndicales. Dans le cortège, encadré par le service d’ordre de la CGT, des lycéens, des étudiants, des parents, des professeurs. Autocollant du Snes-FSU sur l’épaule, Séverine partage « des revendications qu’elle porte depuis des années ». « Le non-remplacement des personnels se retrouve partout dans le second degré », justifie cette enseignante du collège Malraux (13e). Là-bas, plus d’assistante sociale, ni de secrétaire général. « C’est émouvant de voir cette jeunesse qui s’engage pour défendre ses conditions d’études et son avenir. »
« Des années que nos profs manifestent »
Soline et Anaïs sont venues du lycée Nelson Mandela (11e) avec d’autres camarades et des professeurs. « Dans notre lycée, les toilettes n’ont jamais été réparées et quand il pleut, l’eau coule sur les panneaux électriques. On est souvent dans des classes à 35, sans chauffage ni clim, avec des ventilateurs qu’on doit éteindre parce qu’ils sont trop bruyants », explique la première. « ça fait des années que nos profs manifestent sans être entendus, c’est dommage qu’on ne parle de nos problèmes que parce qu’il y a une violence… qu’on condamne. »
Amandine et Lili, scolarisées en première à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac (2e), sont venues en soutien des autres lycées. Le leur, ouvert en septembre 2024, est en bon état, mais le sujet du non-remplacement des profs est le même qu’ailleurs. Depuis la rentrée, leurs cours d’histoire en anglais ne sont pas dispensés. « L’Éducation nationale ne veut pas investir, on manque de budget ici aussi, les photocopieuses et les ventilateurs ne fonctionnent plus », ajoute son amie.
Plus loin dans le cortège, Thomas marche avec d’autres camarades de Marseilleveyre (8e), « un lycée de bourges assez privilégié », mais qui « manque d’enseignants aussi ». « J’ai en tête une prof de spécialité SVT qui ne sera pas là une bonne partie de l’année », note le jeune. « Puis on est là en soutien des lycéens des quartiers populaires qui se font beaucoup réprimer. »
à Thiers (1er), Ysé, élève en terminale, déplore le manque de personnel de vie scolaire, AED et psychologues. « On est dans les années bac et on a des profs de SES, SVT ou philosophie qui ne sont pas remplacés sur des mois », glisse-t-elle encore avant de pointer des locaux de plus en plus délabrés. Milo étudie à Montgrand (6e). 100 heures de demi-groupe et d’options y ont été supprimées au printemps, rappelle le garçon qui a vu son option provençale amputée d’une heure par semaine : « C’est quand même coefficient quatre au bac… »
Jules, 19 ans, est étudiant en droit. « Lycéens, étudiants, on est tous ensemble, nos galères sont les leurs et vice versa. On demande juste à étudier dignement », explique le jeune homme. Lui a fait sa scolarité à Muret, du côté de Toulouse. « J’ai des collègues en terminale STMG qui n’ont pas eu de prof dans leur matière principale sur tout le second semestre. C’est récurrent dans tous les lycées de France. Le budget 2027 prévoit 1 500 suppressions de professeurs, il y a un trop grand écart entre ce qu’on vit et ce que les politiques veulent faire pour nous. »