Tag: Cinéma

  • La cinémathèque repère ses futurs locaux phocéens

    La cinémathèque repère ses futurs locaux phocéens

    Il faut se projeter pour le moment entre les grues, les parpaings et les isolants. Mais c’est bien au 50 chemin de la Madrague-ville à Marseille (15e) que la cinémathèque française posera ses valises, en janvier 2027. Ce mercredi, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, le président de la cinémathèque française et réalisateur, Costa-Gavras, et le directeur général de l’institution, Frédéric Bonnaud, sont venus visiter ce qui deviendra une salle de projection, un auditorium et une salle d’exposition pour leur antenne marseillaise.

    C’est au sein du campus de 18 000 m2 de l’école d’informatique la Plateforme, fondée et dirigée par Cyril Zimmermann, que l’institution va prendre ses quartiers. Avec une salle de projection de 124 places, une salle d’exposition de 400 m2 et un pôle éducatif, l’institution du 7e art bénéficiera d’un espace de 1 500 m2 sur le campus. Un auditorium pouvant accueillir jusqu’à 550 personnes pourra également être utilisé par la cinémathèque, lors de grands événements.

    Pas de hasard

    « Le but est de faire de cet endroit un village apprenant, explique Cyril Zimmermann. Les projections et les expositions pourront attirer les étudiants, mais aussi les résidents du quartier et tous les habitants de Marseille. » Originalement prévue aux docks des suds, c’est finalement en plein centre du quartier des crottes que l’antenne prendra vie. Ironique pour le réalisateur et président de la cinémathèque, Costa-Gavras, qui aimait beaucoup travailler avec Yves Montand, né dans ce quartier. « J’étais souvent venu le visiter avec Yves Montand », se souvient le cinéaste âgé de 92 ans.

    Créée en 1936, avec comme mission de collecter, restaurer et diffuser le patrimoine cinématographique mondial, c’est la première fois de son histoire que cette institution se délocalise. Et Marseille n’a pas été choisie au hasard.

    « Il y avait un enjeu à reconnaître ce que l’on doit à Marseille dans le domaine du cinéma et de l’image animée, insiste Gaëtan Bruel, président du CNC. C’est une ville, un territoire, qui, de [Marcel] Pagnol à [Jean] Giono jusqu’à [Robert] Guédiguian et [Cédric] Jiménez, a donné à notre pays certains de ses plus grands talents. » Un domaine qui s’est d’ailleurs développé dans la cité phocéenne avec l’arrivée de la Cinéfabrique, une école d’audiovisuel gratuite, ou encore la base logistique créée il y a deux ans, CinéMabase, dans le cadre du plan Marseille en grand.

    Une richesse et un dynamisme que la cinémathèque tient à mettre en avant, en faisant de Marseille le sujet de la première exposition qui aura lieu au 50 chemin de la Madrague-ville. « Le but sera de montrer la ville elle-même à travers le 7e art et la télévision, explique le directeur général de l’institution, Frédéric Bonnaud. Et il y en aura des choses à montrer », s’enthousiasme-t-il.

    Ouverture prévue pour janvier 2027 pour les séances de cinéma, et au printemps de la même année pour la première exposition de l’antenne marseillaise de la Cinémathèque française.

  • L’envers du décor tisse sa toile au Canebière film festival

    L’envers du décor tisse sa toile au Canebière film festival

    Appartenant depuis plus d’un an aux mêmes propriétaires, Philippe Dejust et Alexis Dantec, les cinémas les Variétés et l’Artplexe lancent la première édition du Canebière film festival. « On voulait créer un événement commun entre les deux salles pour que les spectateurs de l’un puissent se familiariser à l’autre », rappelle Emmanuelle Meilhoc, coordinatrice de cette manifestation qui démarre mercredi 8 octobre.

    Piochant aussi bien du côté des films d’art et essai que grand public, le festival entend souligner « le travail des techniciens de cinéma. Des postes rarement valorisés. En plus, après l’Ile-de-France, on est la deuxième région en termes de jours de tournage. Ce vivier de compétences, il fallait le mettre en avant », constate-t-elle.

    Chaque édition se focalisera sur un métier en particulier. Pour la première, place aux décorateurs, avec une invitation particulière faite à Katia Wyszkop. Les spectateurs auront l’occasion d’échanger avec cette cheffe décoratrice ayant notamment travaillé avec Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan, Palme d’or controversée du festival de Cannes 1987. Ou, plus récemment, Vie privée, film réalisé par Rebecca Zlotowski, avec Jodie Foster et Daniel Auteuil au casting, projeté en avant-première aux Variétés. « Katia Wyszkop a commencé à travailler dans les années 1980. Elle avait fait
    les Beaux-Arts ainsi que des études d’architecture
     », situe Emmanuelle Meilhoc. « Elle a vécu des débuts difficiles auprès de Maurice Pialat, qui n’était pas si simple que ça », euphémise-t-elle. « D’autant plus que les femmes décoratrices se faisaient rares à l’époque. »

    De « Météors »

    à « L’Engloutie »

    En ce qui concerne les longs-métrages en compétition au Canebière film festival, chaque projection sera accompagnée de techniciens ayant officié sur l’œuvre. Parmi ceux-ci, le réalisateur Hubert Charuel ainsi que le chef décorateur Thomas Grézaud pour Météors, fruit d’un « travail incroyable pour reconstituer un site de déchets nucléaires », ou encore Louise Hémon et Anna Le Mouël pour L’Engloutie. « Un film qui parle d’une jeune institutrice au XXe siècle qui vient enseigner dans un village reculé des Alpes françaises. C’est presque un huis clos qui a été tourné à plus de 2 500 m d’altitude, dont les décors ont nécessité beaucoup de neige et d’éléments naturels. Le décor est encore plus important dans ce genre de dispositif », éclaire Emmanuelle Meilhoc. « Et avant chaque séance », précise son alter ego Antoine Bertrand, « on projettera un court-métrage réalisé par des élèves d’écoles de la région, issus du master d’écriture documentaire d’AMU, de la CinéFabrique, de Kourtrajmé, de la classe préparatoire cinéma du lycée Marseilleveyre, et de la Satis, à Aubagne ».

  • [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    À Sète, l’association Salsa (Sète Amérique latine semaine artistique) organise chaque année les Rencontres du cinéma latino-américain. Son président Americo Bollati et Robert Chaluleau, programmateur, nous livrent les dessous de cette 19e édition qui se déroule du 4 au 10 octobre.

    Louis Dupin : Pouvez-vous nous parler de votre association, Salsa ?

    Americo Bollati : Salsa a été créée par Michel Maillet en 2006. C’est parti de sa passion pour l’histoire des pays d’Amérique latine, notamment Cuba. À l’origine, il est allé à Cuba plusieurs fois où il a fait deux documentaires. Il est revenu à Sète avec l’envie de faire une association autour de Cuba puis, finalement, l’idée s’est élargie sur
    toute l’Amérique latine. Malheureusement, Michel Mailly nous a quittés en 2016 et à ce moment-là, qu’on m’a mis la casquette de président.

    Louis Dupin : Vous organisez les Rencontres qui proposent 14 projections de films, dont cinq qui seront
    en compétition ?

    Americo Bollati : Pendant des années, notre festival ne donnait pas de prix. On a commencé l’année dernière avec le prix du public. Ça a très bien fonctionné, aussi bien comme une façon d’intégrer le public dans la dynamique de la projection que comme un moyen pour le réalisateur de mettre en valeur son film. Cette année, c’est tout nouveau, nous avons fait appel à des cinéastes, des réalisateurs pour constituer un jury qui remettra son prix.

    Louis Dupin : Comment s’opère cette sélection ?

    Robert Chaluleau : Ça prend du temps. Nous faisons notre marché en quelque sorte, parce qu’il faut quand même savoir d’où viennent les films. On va sur le festival Cinélatino à Toulouse, on prend des idées au Viva Mexico de Paris, le festival de Biarritz. On prend des contacts avec des réalisateurs, des acteurs ou des distributeurs, ce qui nous facilite souvent les choses. Il y a quelques années, on courait toujours, nous, pour aller chercher des films et maintenant il y a des distributeurs qui nous les proposent. Donc pour nous c’est quand même un gage de reconnaissance, de notoriété du festival.

    Olivier Nottale : Ces Rencontres permettent aussi de faire venir des acteurs, réalisateurs à Sète pour parler de leur travail et de leur pays ?

    Americo Bollati : Absolument. Cette année, on a deux réalisateurs invités, Jean-Louis Gonterre et Victor Excoffier, qui viennent à la médiathèque de Sète pour présenter leurs films dans un registre tout à fait inattendu. Il y a un documentaire sur la pomme de terre, réalisé par Jean-Louis Gonterre. Victor Excoffier a réalisé Apapachar, documentaire sur la Colombie, sur la quête du bonheur, comment être heureux. Ce sont des pièces uniques, parfois un peu fait à la main donc ce n’est pas le cinéma qui nous sort de l’industrie.

    Olivier Nottale : Il y a également d’autres événements autour du festival, de la musique, des rencontres littéraires…

    Robert Chaluleau : Pour la musique, on fait l’ouverture du festival avec un groupe cubano-français, Chamacos. Et pour la soirée de clôture, nous avons prévu un quatuor à cordes avec une cinquième personne qui jouera du bandonéon, instrument emblématique de l’Argentine.

    Americo Bollati : À Salsa, il n’y a pas que du cinéma. Mais aussi un club de lecture où des amateurs de la littérature latino-américaine se réunissent pour commenter des auteurs qu’ils ont lus. Chaque année, ils sélectionnent un invité pour une rencontre littéraire. Cette année, l’auteur argentin Diego Mucio présentera son dernier livre, L’œil du Goliath. Un livre non seulement très bien écrit, mais très intéressant, très original.

    Louis Dupin : L’Amérique latine a connu grand nombre de dictatures
    au cours du XX
    e siècle, impliquant un devoir de mémoire qui doit occuper une grande place dans
    le cinéma
     ?

    Robert Chaluleau : Oui, il y en a eu beaucoup. Et ça continue. Donc il nous semble important de faire reconnaître d’une part l’Histoire, mais d’apporter par ce biais-là aussi un soutien. Il y a des pays comme la Colombie ou même le Mexique, dirigés par des gens de gauche qui ont quand même besoin d’un soutien populaire chez eux, mais aussi vu de l’extérieur. Ils ont besoin d’une reconnaissance internationale. Donc ça nous semble en fait important de parler de tout ça et d’appuyer et de supporter ça.

    Louis Dupin : Le retour
    de l’extrême droite dans certains pays d’Amérique latine met-il en danger
    la culture ?

    Americo Bollati : Ça fait beaucoup de dégâts. L’Argentine avait créé l’Institut cinématographique des arts audiovisuels, l’INCAA. [Le président] Milei l’a tout simplement démantelé.

    Or, c’était une référence non seulement pour la création et la réalisation de films argentins, mais qui finançait aussi beaucoup de travaux de post-production, des films de l’Amérique latine en général. Des réalisateurs chiliens, mexicains, colombiens profitaient de cette expertise. Et pour l’Argentine, même dans une logique économique purement capitaliste, c’était un avantage.

    À écouter sur divergence-fm.org

  • Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Élégant dans son costard, lunettes de soleil sur le nez, Éric Cantona, en ce début d’après-midi, enchaîne les prises de vues sous la direction du réalisateur Philippe Dajoux.

    Dans un décor de rêve, entre la Grande Bleue, le paysage des Trois Secs et les portiques des chantiers navals au loin, « The King », surnom du Marseillais pour ses exploits de joueur de foot, remonte l’allée, à proximité du Neptune Club et du port St-Jean. Cantona est reconnaissable entre mille. Avec sa carrure et sa manière si caractéristique de se tenir parfaitement droit, les épaules en arrière.

    « Un peu une comédie à l’italienne »

    Après plusieurs essais, le réalisateur, Marseillais lui aussi, qui a un peu vécu, enfant, à La Ciotat, juge que la prise est bonne. Éric Cantona confie : « Le tournage se passe très bien. Les paysages sont magnifiques. Je prends beaucoup de plaisir à tourner ici, avec mon ami Philippe Dajoux. Je joue un commissaire qui revient à Marseille et la série mêle enquêtes et histoires familiales. C’est un peu une comédie à l’italienne, il y a des moments émouvants, d’autres plus drôles. J’adore jouer les scènes où il se dégage une certaine émotion. »

    Directeur de production sur la série, Jean-Paul Nogues, juste après, commente : « On a tourné une séquence. On a fait une mise en place avec les comédiens, les décorateurs, la caméra, le réalisateur. On a regardé comment on pouvait articuler le texte et se déplacer dans l’espace. On a défini un cadre et un mouvement. » Il développe : « Le réalisateur intervient sur la direction d’acteurs, avec des indications de jeu, et quand il est satisfait, on passe à la prise de vue. La scripte est à côté du retour vidéo. Elle a le scénario en mains, et vérifie que le texte est bien dit. »

    Philippe Dajoux – il a réalisé le film Les collègues en 1998 – se dit « très satisfait du tournage. On a tout ce qu’il faut comme il faut. À Marseille, dans le Sud, à La Ciotat, on est gâté pour tourner ». Diffusée en trois soirées de deux épisodes l’an prochain sur TF1 (on ignore encore à quelles dates), la série campe « un policier [Joseph Batista, alias éric Cantona, Ndlr.] associé à un avocat [Samy Kaddourian, alias Bruno Sanches] qui enquête. C’est surtout une comédie familiale policière », consent à dire le réalisateur.

    Venu assister au tournage de la séquence, Renaud Muselier (Cap sur l’avenir), président de la Région Sud, ne cache pas son enthousiasme. Entièrement tournée en Provence, de mai à octobre 2025, produite par Quelle aventure ! et Empreinte digitale, la série sera soutenue, après un vote d’aide à la production le 17 octobre prochain à la Commission permanente, à hauteur de 100 000 euros. Parce que le cinéma et l’audiovisuel représentent, pour l’élu, « une économie non délocalisable, qui attire des investisseurs et fait rayonner nos territoires ». La Région apporte à la filière un financement de 7,4 millions d’euros, « de la formation à la diffusion, de la production à l’éducation à l’image ». Avec plus de 5 000 jours de tournage par an, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur« est devenue la deuxième région pour les tournages, après l’Île-de-France ».

  • Le cinéma n’ouvrira pas cet automne

    Le cinéma n’ouvrira pas cet automne

    Le cinéma des 3 Casinos ne rouvrira finalement pas ses portes à temps pour le Festival cinématographique d’automne, inscrit à l’agenda culturel pour octobre. Dossier culturel épineux depuis près de dix ans, totalement fermé depuis novembre 2022, l’actuelle majorité avait assuré, lors de sa campagne en 2020, prendre à bras-le-corps les rénovations du lieu.

    En conseil municipal, jeudi 25 septembre, le dossier a de nouveau été mis sur la table après une question posée par Jean-Marc La Piana (SE), chef de file d’un des deux groupes d’opposition de gauche : « Est-ce qu’on pourrait avoir un état des lieux sur le cinéma ? ». Dossier d’huissier à l’appui, projeté face à la salle de conseil, le premier adjoint, Antonio Mujica, s’est appliqué à détailler les raisons de ce retard, sur cet « ouvrage ancien » pour lequel il existe une « part d’aléas conséquents, d’un autre type de nature », selon l’élu.

    Première surprise, la présence d’amiante a été découverte lors des premiers travaux de diagnostic. Après désamiantage des zones, l’entreprise chargée d’une dépose découvre « des dizaines et dizaines de mètres cubes de gravats dissimulés sous la scène [fermée en 2013, Ndlr], visiblement issus du chantier de 2011. Le plus grave étant que la majeure partie des déchets étaient constitutifs de déchets amiantés », poursuit Antonio Mujica. Devant la gravité de la situation, nous avons rapidement fait réaliser un constat d’huissier. Ces aléas ne révèlent pas d’un aléa technique classique, mais d’un aléa d’un autre registre que nous vous laissons apprécier. Tant sur le suivi de cette opération que sur la gestion du domaine public », assène le premier adjoint, sans pointer explicitement l’ancienne municipalité. Des défaillances dans la structure ont également été soulignées dans la présentation.

    Ouverture fin décembre

    « Quand vous voyez comment étaient montés les murs, on se demande comment ça a pu tenir autant de temps sans qu’il n’y ait un drame (…) la mise en danger d’autrui se fait à double titre », conclut le premier adjoint. « On ne va pas commencer à faire le procès de l’ancienne mairie, intervient Hervé Granier, maire (LR) de la commune. Les entreprises mandatées par l’ancienne mairie sont, elles, les responsables. Soyons factuels et honnêtes (…), on se retrouve aujourd’hui avec une structure fragilisée. » «  On a l’habitude qu’on dise que c’est de notre faute », intervient de son côté, Jean-Marc La Piana, élu d’opposition de gauche et ancien adjoint à la culture sous Roger Meï (PCF). Ce n’est pas la question, pour Hervé Granier. « On peut juste se dire : tant mieux qu’il n’y ait pas eu d’accident. Je veux juste que les gens comprennent pourquoi on est en retard (…) Par contre, (ces surprises) auraient pu impliquer la responsabilité pénale de M. Meï s’il y avait eu un accident », conclut le maire. La volonté de la municipalité est que ce cinéma sorte rapidement. (…) On a des délais fin décembre, début janvier. Honnêtement, que ce soit ouvert avant ou après les élections, on s’en fiche. »

    En attendant, une salle provisoire reste ouverte en face du chantier toujours en cours.

  • Provence Studios en vitrine du 7e art

    Provence Studios en vitrine du 7e art

    Pour la première fois, Provence Studios s’invite à la Foire Internationale de Marseille. Et ce n’est pas un hasard : 2025 marque les 100 ans de la Foire, les 130 ans du cinéma et les 10 ans de Provence Studio. Une triple célébration que son président fondateur, Olivier Marchetti, a imaginée comme un premier plan réussi.

    « On a produit un petit film de 100 secondes qui retrace un siècle de cinéma à Marseille, depuis l’arrivée du train en gare de La Ciotat qu’on a modernisé », explique-t-il. « On communique habituellement sur les Journées du patrimoine mais cette année on est venu à la Foire pour montrer un peu l’arrière des coulisses ». Sur un immense espace de 750 m2, installé au fond du Hall 3, après avoir traversé les stands d’équipements de la maison, les visiteurs les découvrent comme rarement.

    Décors, costumes, effets spéciaux, tout y est jusqu’à la célèbre « Peugeot 406 blanche » de Taxi 3, ou le carrosse de Catherine de Médicis, utilisé dans la série américaine The serpent queen. « C’était l’un des éléments principaux de la série sur l’histoire de Catherine de Médicis, tournée chez nous. Le château de Chambord a été refait à 100% à Martigues. Tous les décors ont été construits par des techniciens marseillais, le carrosse, le trône, la tapisserie… », détaille avec passion Olivier Marchetti.

    « Montrer ce que le cinéma est capable de créer »

    Les enfants, eux, montent les marches du Festival de Cannes comme des stars et peuvent tester en avant-première le jeu The memory thieves, pendant que les adultes s’essaient à la présentation météo sur fond vert, découvrant les secrets de l’incrustation en temps réel. « On voulait montrer ce que le cinéma est capable de créer et rendre hommage à Marseille, à Pagnol », confie-t-il.

    Un petit décor de bar permet ainsi aux visiteurs de rejouer sa célèbre partie de cartes, dans une ambiance conviviale. « On n’a pas refait le bar de la Marine parce qu’il est inimitable mais on a créé un petit set et on a volontairement laissé la partie arrière visible avec les béquilles, pour montrer que l’illusion est assez forte quand on regarde l’écran. »

    Parmi les pépites du stand, on découvre Clémentine, jeune costumière marseillaise passée du cosplay au cinéma, ou encore les costumes du film Megalopolis de Francis Ford Coppola. Un clin d’œil à l’envergure internationale de Provence Studio, qui a accueilli des tournages prestigieux comme Titane, Bac Nord, ou The Amateur avec Rami Malek.

    « Si vous n’êtes pas fils ou la fille de, c’est compliqué »

    Installé à Martigues, Provence Studios est devenu en dix ans un acteur majeur de la filière française. Avec ses 17 plateaux, ses décors monumentaux et son écran LED de 14 mètres, il attire productions françaises et américaines. Mais au-delà, Olivier Marchetti défend une vision inclusive et créative. Parmi les partenaires présents sur l’espace, Provence Campus occupe ainsi une place particulière. L’association accompagne des personnes éloignées des réseaux du cinéma pour leur permettre d’y accéder. « Si vous n’êtes pas le fils ou la fille de, c’est compliqué », reconnaît le boss des studios. Des ateliers d’écriture et de jeu d’acteur, des rencontres et même des castings organisés sur place chercheront à ouvrir ces portes.

    Le stand ne désemplit pas. « Les gens sont heureux de découvrir un univers qu’ils ne soupçonnaient pas. On a énormément de messages de sympathie de la part de gens qui ne savaient pas que Provence Studio existait. Certains nous cherchent pendant une heure, mais une fois là, ils ne veulent plus repartir », sourit le fondateur.

    À la Foire, Provence Studios ne vend rien que son image. Il partage d’abord une passion, une ambition et une promesse : celle d’un cinéma marseillais ouvert, inventif et accessible à tous.

  • L’œuvre de Claude Chabrol sonde l’âme humaine à Aix

    L’œuvre de Claude Chabrol sonde l’âme humaine à Aix

    « Moraliste gourmand et lucide sur les humains que nous sommes, Claude Chabrol a construit une œuvre qui, avec humour et cruauté, fait tomber les masques et tire à vue sur les puissants, les arrogants, les bien-pensants… et les cons », écrit Cécile Maistre-Chabrol. La fille et assistante pendant 25 ans de ce maestro des films noirs et des comédies de mœurs disparu il y a 15 ans, auquel l’Institut de l’image d’Aix-en-Provence consacre un cycle pendant le mois d’octobre.

    Avec 58 bobines réalisées en un demi-siècle, qui comportent « des chefs-d’œuvre, des films de commandes et même des navets », retrace-t-elle avec lucidité, Claude Chabrol a entre autres marqué cinéphiles et grand public avec sa capacité à gratter le vernis du charme, a priori si discret, de la bourgeoisie. Illustration éloquente en 1969 La femme infidèle, triangle amoureux incarné par Stéphane Audran, Michel Bouquet et Maurice Ronet, révélateur de sa fascination pour Alfred Hitchcock, autour de l’histoire d’un mari cocu qui engage un détective privé sur les traces de l’amant. Il faut dire que le cinéaste aime percer les dehors flatteurs de l’âme humaine, pour en extraire à l’écran toute la substantifique dramaturgie.

    « Auteur populaire »

    « Chabrolien ». Le mot s’est immiscé dans les pages de certaines encyclopédies pour évoquer « une exploration critique de la société et des comportements humains ». C’est dire son influence dans le monde du cinéma et parfois au-delà. Un credo notamment arpenté dans Le boucher (1970), chronique de « la vie quotidienne d’un village du Périgord, bouleversée le jour où une fille d’un bourg voisin voisin est retrouvée assassinée, la directrice de l’école suspectant le boucher, avec qui elle est encore amie », indique le programme de l’Institut de l’image d’Aix. Ou encore dans Les bonnes femmes, réalisé 10 ans plus tôt, qui s’inscrit dans les pas de quatre travailleuses parisiennes dans un magasin ménager, filmées avec une sociologie froide et un cœur chaud.

    « Parce qu’il n’a jamais brandi la carte du génie, il est devenu un auteur populaire », affirme Cécile Maistre-Chabrol, présente à Aix les 4 et 5 octobre pour présenter certaines pièces maîtresses de Claude Chabrol comme Que la bête meure, Juste avant la nuit et Les noces rouges.

    Le cycle initié par l’institution aixoise sera également l’occasion de voir ses deux premiers films : Le beau serge (1958) considéré par certains critiques comme le premier long-métrage de la Nouvelle vague, ainsi que Les cousins (1959), avec les performances de Gérard Blain et Jean-Claude Brialy, pour une cohabitation a priori banale mais qui va se révéler électrique.

    Programme complet sur www.institut-image.org

  • « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    La Marseillaise : La particularité narrative de votre film s’inscrit dans la rencontre entre Marcel Pagnol et son double enfantin. Comment cette clef de lecture s’est imposée à vous ?

    Sylvain Chomet : Il y a 8 ans, j’ai rencontré Nicolas Pagnol [petit-fils de Marcel Pagnol, Ndlr], qui m’a proposé de faire un documentaire avec l’utilisation d’archives, mais aussi des bouts d’animation. Je lui ai donc fabriqué une petite scène et, de fil en aiguille, les investisseurs et personnes auxquels on l’a présenté ont fait part de leur envie de revivre cette époque à travers un dessin animé. Moi, j’avais écrit un documentaire, plus traditionnel. J’avais donc besoin de trouver un déclic et Nicolas Pagnol m’a invité à visiter l’hôtel particulier de Marcel Pagnol, qu’on voit beaucoup dans le film. Quand je suis arrivé dans son bureau, chichement décoré, je me suis dit que ça serait formidable qu’il y soit attablé, en train d’essayer de se remémorer ses souvenirs. C’est là qu’intervient le petit Marcel. Une conversation s’engage entre eux et il va revivre sa vie avec son petit alter ego sur l’épaule.

    Plus qu’à Pagnol, votre film est une déclaration d’amour au cinéma. Quelque chose qui traverse le public, comme un sentiment. En ce qui vous concerne, celui qui vous habite le plus est-il la nostalgie de l’enfance ?

    S.C. : Je ne voulais pas que le film soit nostalgique. L’idée était de dépeindre une époque, très différente de la nôtre, où il y avait énormément plus de liberté. Marcel Pagnol disait d’ailleurs que c’était une époque bénie, pendant laquelle on pouvait se lancer dans des projets fous. C’est pour cela que j’ai voulu faire un film très coloré. Je ne voulais pas d’un film sépia pour rendre hommage à cette époque qui, selon moi, allait dix fois plus vite qu’aujourd’hui. Marcel Pagnol a vécu l’époque de l’apparition des voitures, des avions, du téléphone. Et il est surtout né au moment de l’invention du cinéma. Son année de naissance correspond à celle de la sortie de L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat [réalisé par Louis Lumière en 1895]. Ces inventions ont changé le quotidien des gens. De nos jours, il ne s’invente pas vraiment grand-chose et quand c’est le cas, cela va plus dans le sens de leur malheur. On le voit avec l’intelligence artificielle. Ce n’est pas rassurant, alors qu’à l’époque, il y avait quelque chose d’enthousiasmant.

    Qu’est-ce qui permet de retrouver cet enthousiasme ? L’enfance, qui est un guide chez Pagnol ?

    S.C. : L’enfance est un guide pour lui et c’est surtout ce qui l’a fait renaître. Quand il avait 62 ans et qu’il n’en avait plus l’envie, il a commencé à écrire La gloire de mon père. C’est grâce à cet enfant qu’il s’est remis à avoir du plaisir à écrire. Une facette que la plupart des gens connaissent beaucoup plus que le Marcel Pagnol dramaturge ou cinéaste.

    Quelle était votre relation à l’œuvre de Pagnol avant de faire ce film ?

    S.C. : Quand j’avais 10 ans, on avait encore la chance d’avoir Pagnol au programme scolaire et j’ai découvert le plaisir de la lecture grâce à La gloire de mon père. ça parlait d’un petit garçon de mon âge, né à une époque différente, mais surtout dans un endroit mythique à mes yeux : la Provence. Pour moi, le petit banlieusard, c’était complètement exotique. C’est donc par La gloire de mon père que le soleil de Provence est entré chez moi. « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban… ». Ça commence par ça et le film finit aussi de la sorte.

    Finalement, le cinéma d’animation était le meilleur moyen de faire revivre Pagnol…

    S.C. : C’est une renaissance, a dit Nicolas Pagnol. On parle quand même de la vie de quelqu’un qui est devenu ce qu’il est, simplement parce qu’il écrivait des poèmes, des pièces pour le théâtre ou pour le cinéma. Si tout cela pouvait redonner aux enfants l’envie d’écrire… Marcel Pagnol parle de lui, mais est tellement universel qu’on a presque tous le sentiment d’être nés sous le Garlaban. Je pense aussi à la belle lettre d’amour signée par le rappeur SCH [lui aussi né à Aubagne] pour la fin du film, où il reprend cette phrase. L’œuvre de Pagnol, ce n’est pas forcément des histoires gaies. Mais il y a toujours cette chaleur humaine dans le texte, à laquelle j’ai voulu rendre hommage.

    Comment avez-vous apprivoisé le passage du muet, qui caractérise vos deux films majeurs, « Les triplettes de Belleville » et « L’illusionniste », à la faconde pagnolesque ?

    S.C. : Cela a nécessité un gros travail. Si j’avais fait un film sur Pagnol en muet, j’aurais fini en asile. J’ai beaucoup utilisé de dialogues originaux de Marcel Pagnol et je me suis aussi fait des plaisirs de dialoguiste en écrivant des dialogues pour Raimu et Fernandel. Les faire revivre en écrivant des scènes avec des parties de pétanque, c’est extraordinaire. Pagnol est un monument de la langue française, mais il ne fallait pas que je me sente inhibé face à lui.

    Le public vous connaît aussi pour avoir réalisé la séquence animée d’ouverture de « Joker : Folie à deux » (2024). Marcel Pagnol a, lui, vu naître son amour pour le cinéma parlant après la vision de la comédie musicale « Broadway Melody » (1929). La musique des instruments et du verbe vous réunit-elle ?

    S.C. : J’ai toujours pensé que l’animation, c’était de la musique en images. Et il se trouve que Pagnol jouait aussi du piano et de la guitare. On a peut-être ce sens du tempo en commun : savoir où exactement faire démarrer une scène, à quel moment changer de plan… C’est aussi pour cela qu’il y a beaucoup de musique dans le film, surtout du piano, un instrument romantique qui fonctionne très bien pour cette occasion.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • La foire de Marseille souffle ses cent bougies

    La foire de Marseille souffle ses cent bougies

    À l’initiative d’une coopérative des représentants et voyageurs de commerce, la première édition de la foire voit le jour en septembre 1925. Elle se déroule dans les 5 000m2 du Grand Palais du parc Chanot et accueille 350 exposants et 75 000 visiteurs. Intitulée « quinzaine industrielle et commerciale des représentants et commerçants », la mention marché méditerranéen donne l’orientation que Marseille a su garder au fil des ans : l’international.

    L’année suivante, elle réunit deux fois plus d’exposants et quatre à cinq fois plus de visiteurs. En 1929, forte de son succès, la manifestation est admise au sein de l’Union des foires internationales et prend le titre de Foire internationale de Marseille. Interrompue que deux fois en 100 ans, soit à cause de la guerre (1943-1945) car les locaux à Chanot étaient très endommagés, ou par la pandémie du Covid en 2020, cet événement est un incontournable pour les Marseillais. Le Grand Palais a été reconstruit en 1951, plus grand et plus moderne. Cette année, pour la première fois, son 1er étage se transforme en espace immersif retraçant 100 ans de jeux de la partie de carte à l’e-sport.

    D’abord essentiellement agricole, la foire, véritable reflet de la société, évolue et les premiers appareils électroménagers font leur apparition après la Guerre. Elle devient ensuite un rendez-vous immanquable pour découvrir la pointe de la technologie. Les générations s’y succèdent et transmettent pour le moins un récit, si ce n’est un frigidaire, un poêle à bois à moins que ce ne soit une marmite si possible magique, vendue par un bonimenteur à un prix forcément avantageux. Aujourd’hui sur ses 130 000m², la foire internationale de Marseille réunit plus d’un millier d’exposants et accueille plusieurs centaines de milliers de visiteurs.

    En 2025, suite à un nouvel appel d’offres, la Ville devient propriétaire de la marque et délègue à GL events (75%) et la CCI (25%) la gestion du parc Chanot tout entier soit les 17 hectares avec ses espaces d’exposition fermées. « Pour ce 100e anniversaire, on a voulu mettre en avant, les talents locaux. On s’est dit, c’est la fierté d’être Marseillais qu’il faut mettre en avant », explique Pierre Arvis direction général de Marseille Events (organisateur de la foire). Et de poursuivre : « Ici, plus qu’ailleurs, c’est un événement. Dès l’entrée un très grand village Fabriqué à Marseille accueille les visiteurs. Mais aussi un autre intitulé Innova qui permet aux start-ups locales de proposer leurs produits, leurs inventions. » Sans oublier le hall 3 dédié au cinéma où Provence studio peut montrer l’étendue des métiers.

    « La foire de Marseille est la deuxième foire de France, mais si on la ramène à la population, probablement, c’est la plus importante », positionne Pierre Arvis. Argumentant : « GL envents dirige 9 foires, mais comme dit notre responsable : “C’est la plus foire, des foires !” » Proximité avec le centre-ville, festive et populaire, c’est aussi l’essence du commerce, celui que l’on peut toucher. Du côté des réservations, là encore Pierre Arvis s’affiche optimiste : « Sur les pré-réservations, on est sur des tendances de 20% d’augmentation. »

    Foire internationale de Marseille jusqu’au 6 octobre au Parc Chanot

    « La foire
    de Marseille
    est la deuxième foire
    de France »

  • Les horizons féministes du cinéma espagnol à Marseille

    Les horizons féministes du cinéma espagnol à Marseille

    « Ce qui est paradoxal dans le cinéma espagnol, c’est que le grand réalisateur féministe est un homme depuis les années 1980, et qu’il a créé la femme espagnole au bord de la crise de nerfs, personnage devenu très populaire en France et dans le monde », amorce dans un rire presque jaune, la réalisatrice et scénariste chevronnée Marcia Romano, Pedro Almodovar en tête. « Mais parallèlement, a commencé à sortir de terre une autre cinématographie réalisée par des femmes qui racontent une autre histoire avec un regard féminin », explique cette marseillo-argentine, bénévole du festival de cinéma espagnol CineHorizontes, dont la 24e édition investit du 7 au 18 octobre des salles marseillaises comme Le Prado, Les Variétés, la Baleine, l’Artplexe, le Chambord et l’Alhambra.

    Illustration suprême avec un « hommage » à Iciar Bollain, marraine de la manifestation, qui y dispensera une « masterclass ». Cinq films de cette réalisatrice majeure de la péninsule ibérique seront également projetés, parmi lesquels Te doy mis ojos (2003), autour des violences conjugales subies par une femme qui va finir par s’épanouir loin de son mari colérique, et son dernier film, Soy Nevenka (2024), d’après l’histoire de Nevenka Fernandez, conseillère municipale qui s’était révoltée en 2000 contre le harcèlement sexuel d’un maire aux dents longue, au prix d’une mise à l’index de son entourage. La préfiguration du mouvement #Metoo, bien avant son retentissement.

    « No pasaran ! »

    Une cinquantaine de films jalonne le programme de CineHorizontes. Avec des œuvres, dans la compétition Fiction, qui plongent dans la grande histoire comme dans « les histoires intimes », situe Bernard Bessière, membre de l’équipe du festival. Au menu notamment, La infiltrada, de Arantxa Echevarria, qui « décrit le cas authentique d’une jeune policière, à qui sa hiérarchie avait confié la mission d’infiltrer l’ETA, mouvement terroriste basque ayant causé jusqu’en 2011, moment où il a déposé les armes, 85 assassinats et 1 200 blessés ». Ou encore de Sorda, dans lequel Eva Libertad – qui participera par ailleurs à Marseille à la table ronde « Quand les femmes s’emparent de la caméra » – « décrit les tourments d’une jeune mère sourde, angoissée par la perspective d’avoir un enfant bien entendant ». La compétition documentaire permettra quant à elle, entre autres, de se remémorer, avec Dolores Ibarruri, Pasionaria, le courage de cette figure majeure du Parti communiste espagnol entre les années 1940 et 1980, à laquelle le fameux slogan antifranquiste et pro-républicain « No pasaran ! » est associé. Et que dire encore de la « fenêtre argentine » proposée par CineHorizontes, avec la diffusion de Reas, de Lola Arias, elle qui « met en scène des détenues d’une prison de Buenos Aires qui rejouent leur détention en musique », résume Marcia Romano.