Je ne l’ai jamais vu ouvert ce musée, sauf pour les fêtes d’Halloween », déplore le jeune Taylan Demir. Engagé sur la liste Mieux vivre à Marignane, il témoigne d’un grand vide à combler : « j’ai tellement galéré pour trouver des occupations sportives ou culturelles dans ma ville. Il y a des structures pour les petits et les anciens, mais rien entre les deux. Les jeunes n’ont rien d’autre à faire que bloquer chez eux sur des écrans ou traîner leur ennui ».
Devant le portail de l’ancien musée Raimu, verrouillé depuis plus d’un an et demi, Taylan Demir avait rejoint la tête et les membres de cette liste qui fait l’union de la gauche et le trait d’union entre les générations. Ils y ont organisé un happening, pancartes revendicatives en main, pour proposer d’y créer un centre social et culturel, « dans cette ville où ils font cruellement défaut », regrette Ariane Lombardi. Au-delà du symbole d’une politique ambitieuse pour la jeunesse, la candidate souhaite que « ce site devienne le cœur battant de notre ville ».
Aux fenêtres de la villa des affiches scotchées à l’effigie de l’acteur ont commencé à se décoller. Cette belle bâtisse en cœur de centre-ville, à l’entrée du Cours Mirabeau, n’attend qu’une nouvelle affectation pour que la vie raisonne entre ses murs. C’est aux anciens qu’il faut s’en remettre pour connaître l’histoire de la villa Tiflis. « C’est un cuisinier marignanais parti travailler en Géorgie, à la fin du XIXe siècle à Tiflis, aujourd’hui Tbilissi, qui, de retour l’a faite construire, explique Jean-Louis. Également appelée maison Monchablon après son rachat par un médecin, qui y a pratiqué jusque dans les années 1980, « elle est devenue un centre médical, puis un centre de radiologie et la Ville l’a racheté et a offert à la petite-fille de Raimu d’y installer son musée ».
Non pas que l’acteur ne mérite pas qu’on lui consacre un musée, mais plutôt que Marignane avait moins de légitimité à l’accueillir que Cogolin où il a vécu. Mais surtout, en peine de dynamisme, Marignane a de grand besoin d’animations culturelles. Parmi les quatre anciennes maisons bourgeoises du centre ancien, celle-ci côtoie un bar historique aux trompe-l’œil défraîchi, également fermé, et fait front au chantier de réhabilitation de l’îlot moyenâgeux de 6 000m2, coin de ville fantôme depuis 2010, qui doit accueillir le futur bâtiment de l’École des Arts.
Moteur d’un renouveau
Enseignante en histoire géographie depuis une vingtaine d’années dans le 14e arrondissement de Marseille, Ariane Lombardi est d’abord une enfant de Marignane revenue au pays il y a dix ans. Elle propose d’accueillir dans cette villa « un véritable pôle jeunesse, un espace dédié à l’information, l’orientation, pour trouver un stage, un premier emploi, pour ne laisser aucun jeune sans solution ». Il s’agira également de développer l’accès au sport et à la découverte pour tous « en augmentant le nombre de places dans les activités de loisir et en centres de vacances ». L’extension de l’amplitude horaire du périscolaire et l’accompagnement des parents seront encore un des axes de travail du futur centre.
Véritable lieu « de culture populaire, de dialogue entre les habitants, pour aborder les difficultés du quotidien », l’équipement municipal pourrait ainsi devenir le « moteur d’une dynamique » destinée à « refaire vivre le cœur de Marignane avec des services publics accessibles, un centre ancien dont il faut accélérer la réhabilitation, des événements festifs, des commerces soutenus et diversifiés, un marché replacé sur le cours Mirabeau, avec une place pour les producteurs locaux », complète la tête de liste. Dans cette ville qui connaît des divisions, « ce projet correspond aux attentes et aux besoins », estime Jérémy Bacchi. Le sénateur communiste était venu soutenir « la campagne dynamique menée par la liste Mieux vivre à Marignane, qui tranche avec celle du maire sortant ».
De quoi changer de cap pour les 33 000 habitants qui « ont besoin d’autre chose que d’une cité-dortoir », considère Ariane Lombardi, déterminée à sortir Marignane de la torpeur dans laquelle des décennies de politiques conservatrices l’ont plongée. Contre ce « repli sur soi », la candidate propose une alternative progressiste, convaincue qu’il « est grand temps de commencer à envisager de construire une ville accueillante, ouverte sur son territoire », bassin d’emplois où se redessine une industrie décarbonée.









