Tag: Bouches-du-Rhône

  • « Le château des Carpathes » swingue à Arles

    « Le château des Carpathes » swingue à Arles

    « Ce projet laisse une place importante à la musique et la composition afin que les deux dramaturgies, théâtrale et musicale, se répondent et se complètent. On sait que Jules Verne était un mélomane et qu’il a travaillé à développer le théâtre musical en son temps », rappelle à juste titre Emilie Capliez, qui adapte et modernise le roman gothique publié en 1892, Le château des Carpathes. Visible mardi 14 et mercredi 15 octobre au Théâtre d’Arles, un spectacle qui fait dialoguer la comédie à une partition jazz composée par la trompettiste Airelle Besson, autour de l’histoire originelle et fantastique d’une cantatrice nommée Stilla, « dont on cherche à immortaliser et emprisonner l’image et la voix ».

    Émancipations

    « Avec ce roman », estime Emilie Capliez, « Jules Verne s’attaque à un genre littéraire qui me fascine : le roman gothique, la littérature fantastique. Il nous plonge dans l’ambiance inquiétante d’une forêt au fin fond de la Transylvanie, avec ce mystérieux château d’où s’évapore de la fumée et autour duquel va se déployer la fable ». Une toile de fond dont la metteur en scène s’empare pour un conte musical au rythme effréné, porté par huit interprètes dont « trois instrumentistes, une actrice-chanteuse et quatre comédiens », situe Emilie Capliez qui réactualise l’œuvre de Jules Verne en émancipant ses figures féminines et en questionnant leur indépendance.

    P.A.
  • Théo Challande Névoret s’adresse au préfet après la garde à vue du LGBT éborgné

    Théo Challande Névoret s’adresse au préfet après la garde à vue du LGBT éborgné

    L’adjoint au maire de Marseille en charge de la démocratie et de la lutte contre les discriminations reste mobilisé et demande des comptes. Dans un communiqué, Théo Challande Névoret indique que Alexandre Georges, militant écologiste et LGBTi, « a été placé ce matin du lundi 13 octobre en garde à vue, selon un proche d’Alexandre Georges ». Membre du service d’ordre d’un rassemblement citoyen en février 2024, Alexandre Georges est accusé d’avoir usé d’un gaz lacrymogène de poche contre un homme « qui violentait des manifestants et qui s’est avéré ultérieurement être un fonctionnaire de police en civil », rappelle le communiqué (notre édition du 4 septembre). Il est reproché à ce policier en civile d’être l’auteur présumé de propos homophobes et d’un coup de poing ayant causé une infirmité à l’œil de Georges. Théo Challande Névoret dénonce une injustice : « Un policier est fautif de violences inexcusables, délictuelles et pénalement répréhensibles, mais c’est la victime qui est en garde à vue. J’apporte à Alexandre Georges tout mon soutien dans cette épreuve ». L’élu demande un rendez-vous urgent « avec le Préfet et la Préfète de Police déléguée ».

  • #DisMoiPourquoi: Est-ce que toutes les parties du cerveau fonctionnent en même temps ?

    #DisMoiPourquoi: Est-ce que toutes les parties du cerveau fonctionnent en même temps ?

    Toutes les parties du cerveau sont toujours plus ou moins actives en même temps, de façon très organisée et précise dans le temps. Ce qui est important, c’est le niveau d’activité de chacune. Il y a une partie qui sert à voir, et qui va plus s’activer quand on ouvre les yeux, la zone du cerveau pour entendre, qui s’active plus quand il y a du bruit etc. Souvent, on fait plein de choses en même temps, on voit, on entend, on bouge, on parle, on réfléchit… pour éviter les embouteillages, on a deux astuces. D’abord, il y a des parties du cerveau qui font comme les feux rouges. Elles décident qui parle avec qui, ce qui est important à faire, ce à quoi on doit faire attention etc. Ensuite, les zones du cerveau parlent en rythme. Ces rythmes du cerveau, c’est comme les rythmes dans la musique, mais en beaucoup plus vite, plein de fois par seconde. Grâce à eux, dans un moment très court, certaines zones peuvent s’activer en même temps et donc parler entre elles, alors que d’autres, avec lesquelles elles ne doivent pas communiquer, se taisent. »

    Pierre-Pascal Lenck-Santini, chercheur à l’Inserm.

  • À Cassis, le collège Gilbert-Rastouin a été équipé d’une entrée sécurisée

    À Cassis, le collège Gilbert-Rastouin a été équipé d’une entrée sécurisée

    Accolé à une pinède, le collège, situé avenue des Gorguettes, a été, dans les années 1960, conçu par « René Egger, qui a construit beaucoup de bâtiments scolaires et universitaires dans la région », éclaire Sylvia Doudekova. Elle-même architecte à i-lot architecture, son agence (Marseille) « a gagné le concours de maîtrise d’œuvre du collège fin 2019, début 2020. Les études ont été réalisées jusqu’en 2022, et le chantier de mai 2023 à fin 2024 ».

    Sur ce site singulier, où René Egger a positionné 4 plots, situés sur différents plans, « le projet portait notamment sur la réorganisation de l’entrée de l’établissement, ni identifiable ni sécurisé. La loge était par exemple à l’étage du bâtiment A, nous l’avons redescendue. Des portiques ont été installés à l’entrée du collège », amorce-t-elle.

    « Boîte aux maux »

    Entourée, lundi matin, notamment par Béatrice Bonfillon-Chiavassa, conseillère départementale déléguée aux collèges, et Marie-Pascale Zanettin, l’architecte poursuit la visite. Entre la cour haute et la cour basse, « nous avons créé une liaison élargie, avec un emmarchement plus large, prolongé par des gradins », commente-t-elle. L’extension créée, « un socle en béton brut qui soutient une charpente en acier galvanisé elle-même support d’un complexe de couverture végétalisé sur bac acier », l’a été sur l’espace de la cour, triangulaire. Dans ce bâtiment, la vie scolaire donne sur la cour haute, et sur un toit végétalisé lui aussi en forme de triangle et une salle polyvalente, sur la cour basse.

    « Ce projet répondait à de véritables besoins », a souligné la principale du collège. « Il nous manquait une salle polyvalente, la mise aux normes handicap, la rationalisation de certains espaces comme la loge, le bureau des surveillants. Le préau fait aujourd’hui près de 630 mètres carrés, alors qu’on n’en avait pratiquement pas… » « Les travaux, qui ont coûté 6,7 millions d’euros, ont été d’envergure, dans un site occupé, ce qui n’est jamais facile », a observé la conseillère départementale. Un peu avant, le Département des Bouches-du-Rhône a offert une nouvelle « boîte aux maux », qui se trouve, au collège, dans un local dédié. « L’intérêt du dispositif est que l’élève peut informer de sa situation en toute discrétion. Chaque fois que quelque chose est signalé, les membres de l’équipe Phare qui lutte contre le harcèlement scolaire, s’en emparent », précise la principale.

  • Gaby Charroux prône l’unité au congrès de l’UD CGT 13

    Gaby Charroux prône l’unité au congrès de l’UD CGT 13

    « À Martigues, terre de luttes, de résistance, de solidarité, la CGT est ici chez elle. Elle l’a toujours été. Et elle le restera », a lancé le maire communiste de Martigues, Gaby Charroux (PCF), en ouverture du 59e congrès de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, qui se déroule de lundi à mercredi, à la Halle de Martigues. « Le congrès d’une organisation syndicale n’est jamais un simple rituel ou une formalité à expédier. C’est un moment fort, un moment de démocratie réelle », a entamé l’édile.

    Gaby Charroux est également revenu sur la réindustrialisation du pays de Martigues, soulignant que « la CGT est une organisation sur laquelle il faudra compter, en particulier pour relever les nombreux défis qui s’imposent à nous ». Il évoque « une réindustrialisation qui doit se faire dans l’intérêt des travailleurs, qui doit permettre le maintien des emplois existants, mais aussi la création de nouveaux emplois, dans les proportions qui ont pu être annoncées ».

    Avant de lancer un appel à « l’unité ». « Ce combat pour une industrie vertueuse et socialement juste, pour des services publics de qualité qui accompagnent et soutiennent ce développement industriel, nous devons le mener ensemble. Comme nous devons être unis face à la situation nationale que nous traversons », tonne-t-il. Et de développer : « Nous avons plus que jamais besoin d’unité. Unité politique. Unité syndicale. Unité dans nos organisations qui sont le cœur battant de la démocratie sociale dans notre pays. »

    Notons enfin que la présence de La Marseillaise n’était pas souhaitée à ce congrès qui se déroule à huis clos pour la plupart des débats. La couverture de l’événement sera donc incomplète. Une première dans l’histoire du journal.

  • L’audience des meublés Airbnb reportée, la Ville de Marseille s’attaque aux boîtiers

    L’audience des meublés Airbnb reportée, la Ville de Marseille s’attaque aux boîtiers

    Attendu lundi après midi en référé devant le tribunal judiciaire, le procès de 4 investisseurs de meublés saisonniers assignés par la Ville de Marseille pour infraction au règlement sur le changement d’usage, a été renvoyé au 24 novembre. Des militants des collectifs Anti-Airbnb assistaient à l’audience. La Ville de Marseille a fait savoir qu’elle s’opposait aux demandes de médiation présentées par des propriétaires.

    Pour afficher un message de fermeté, la Ville a annoncé hier qu’elle procéderait mercredi matin à une nouvelle opération d’enlèvement de boîtiers à clé dans le quartier des Catalans en présence de Patrick Amico (GRS), l’adjoint au maire en charge de la politique du logement.

    Pour lutter contre la prolifération de ces boîtiers illégalement accrochés sur les poubelles, les bancs, les gouttières, les barrières, etc., dans les secteurs très touristiques comme le Panier, le Cours Julien ou les plages, la Ville de Marseille poursuit ses opérations d’enlèvement. Après les premiers retraits à la disqueuse en octobre dernier dans le quartier du cours Julien, et une opération en juin dernier dans le quartier du cours d’Estienne d’Orves, la Ville récidive mercredi pour tenter par ses outils de contrer le développement massif des locations de meublés de tourisme.

    En 2023, un collectif Anti-Airbnb était passé à l’action et avait revendiqué avoir « kidnappé » 40 boîtiers et dégradé une vingtaine d’autres. À Marseille, on estime que 6 200 des 12 937 meublés de courte durée identifiés fin 2024 ne sont pas en règle.

  • Les écolos vont choisir leur chef de file aux Municipales

    Les écolos vont choisir leur chef de file aux Municipales

    Trois candidats pour une orientation ? Les écologistes marseillais, toujours sous la tutelle de la direction nationale, sont appelés à s’exprimer sur leur stratégie pour les Municipales. Un ultime « débat » a eu lieu lundi en visioconférence. Le vote se fera en présentiel à la Maison arménienne de la jeunesse et de la culture (13001) ce mardi entre 18h30 et 21h.

    Un premier scrutin permettra de désigner un chef de file pour la campagne. Trois noms sont en lice : Hassen Hammou, membre du bureau politique exécutif national, Mirabelle Lamoureux, fondatrice d’une start-up spécialisée dans le reconditionnement informatique, et Christine Juste, adjointe au maire de Marseille, en charge de l’environnement, candidate du Nouveau Front Populaire aux législatives de 2022.

    Quel qu’il soit, sa marge de manœuvre sera étroite. « Le chef de file ne négociera pas, sa mission sera surtout d’animer l’équipe en fonction de lignes établies par les militants », précise Christine Juste. Le candidat devra en effet suivre « la trajectoire programmatique » élaborée par des groupes de travail ayant défini une dizaine de lignes rouges et vertes pour encadrer les discussions. Elles sont en finalisation.

    Sur la stratégie globale, trois options devraient être sur la table. Le ralliement au Printemps marseillais, l’union avec les Insoumis et la candidature autonome. « À ce stade, la majorité des militants souhaite le rassemblement autour du Printemps marseillais, il ne devrait pas y avoir de suspense », estime un responsable du parti. « D’après les échos de la tutelle, les choses se passent bien. On a compris que LFI ne souhaitait pas faire partie de l’union et les discussions sont bonnes avec nos partenaires », reprend Christine Juste. « Il faut que cette promesse d’une ville plus verte soit portée dans un Printemps 2 (…) Plusieurs chantiers ont été lancés, nous devons aller plus loin et plus vite. »

    « Adhésions suivies »

    Un autre vote doit aussi permettre de valider une liste de vingt noms désignés pour intégrer la liste des candidats à la mairie centrale. Ils ont été sélectionnés par la tutelle en fonction des différentes tendances. « On nous a assuré que toutes les tendances s’y retrouveront », précise encore un responsable écologiste.

    Toutes sauf une. Celle de Sébastien Barles, adjoint à la transition écologique. Ce dernier s’est lancé en solitaire dans la course aux municipales avec le collectif Vaï Marseille. Dénonçant « un simulacre de démocratie », le candidat écologiste aux municipales de 2020 critique « une assemblée où il n’y a aucun débat d’orientation » et « une opération de ralliement sans exigences politiques à la liste du Maire sortant ». Lui regarde du côté de LFI, dont des cadres l’ont soutenu, il y a cinq ans. Et de pointer des « opérations d’entrisme » et « la multiplication de cartes de complaisance ».

    Tout a été contrôlé par la tutelle, rassure-t-on dans le camp des « loyalistes ». « À partir du moment où il y avait une interrogation, on a fait une procédure d’adhésions suivies, on a vérifié les réalités des adhérents, leur domiciliation, leur engagement dans les quatre groupes locaux et il n’y a aucun doute, en tout cas sur ce qu’on a constaté », explique Olivier Bertrand, délégué aux élections pour le bureau national. À Marseille les écologistes comptent environ 450 adhérents. Selon lui 350, ayant fait vérifier et valider leur inscription, participeront vote.

  • RTE lance les études pour déplacer et enfouir des lignes

    RTE lance les études pour déplacer et enfouir des lignes

    C’est « l’aboutissement de douze ans de travail », pour René Raimondi. Alors président du Syndicat d’agglomération nouvelle, le maire de Fos-sur-Mer (ex-PS) avait initié une étude visant la disparition des lignes électriques sur les Salins, situés au sud de la commune. Ce projet passe une étape cruciale avec la signature d’une convention entre la Ville et RTE.

    L’énergéticien lance ainsi des études pour déplacer partiellement la liaison électrique aérienne de 400 000 volts, enfouir en partie les lignes 225 000 volts et déposer les câbles qui surplombent le secteur des Carabins. « C’est une grande victoire pour notre territoire parce que, même s’il est consacré à l’industrie, il y a des habitants et un secteur remarquable que sont les Salins qu’il faut protéger et préserver, note l’édile. Cet espace, qu’on a travaillé avec les ingénieurs des marais du Vigueirat, est très riche en termes de biodiversité et a été classé “Life + envoll”.(…) Ce projet permettra de diminuer la nuisance visuelle pour les riverains, et écologique pour les oiseaux. »

    RTE souhaite profiter du chantier du contournement autoroutier de Martigues/Port-de-Bouc pour enfouir les lignes 225 000 volts à proximité directe du nouvel axe. « Pour déplacer la ligne 400 000 volts, il faut que les 225 000 disparaissent, précise Christophe Berassen, directeur du développement ingénierie Marseille de RTE. Le projet routier, c’est 2030, donc ça se fera au plus tard à ce moment-là. »

    Le budget global devrait atteindre 25 millions d’euros. « RTE prendra à sa charge l’enfouissement des lignes, précise René Raimondi. Pour le dévoiement de la 400 000 volts, on se débrouillera entre collectivités, industriels et les autres acteurs. »

  • [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    Ce mardi à 18h30, l’association Provence Mémoire du monde ouvrier (Promemo) et l’Université populaire du pays d’Aix organisent une conférence-débat à l’institut d’études politiques (25 rue Gaston-de-Saporta) sur « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre » avec Yannick Bosc, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen, auteur, notamment, de La liberté contre le capitalisme, Le républicanisme du XVIIIe siècle et les révolutions à venir et Robespierre. La fabrication d’un mythe.

    Dans votre ouvrage, « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre », vous revisitez l’idée (et la pratique) de « république » entre 1789 et 1794. De quelle république sommes-nous les héritiers ?

    Yannick Bosc : Nous vivons, aujourd’hui, sur une idée très appauvrie de la République, souvent réduite à être définie négativement par rapport à la monarchie. En France, elle est essentiellement construite à partir de nos représentations de la Troisième République, celle de Jules Ferry. En revanche, ses devancières, la Première (pendant la Révolution française) et la Deuxième république (1848), sont la plupart du temps ignorées et renvoyées au magasin des curiosités historiques dans lesquelles il serait vain de chercher une quelconque aide concrète pour penser le monde d’aujourd’hui.

    Vous analysez l’action de Robespierre, qui œuvra sans relâche au triomphe d’une République démocratique et sociale. Les Thermidoriens qui écrasèrent le mouvement populaire au nom de la bourgeoisie possédante nommèrent (après coup) « Terreur » le gouvernement révolutionnaire (1793-1794)…

    Y.S. : La Première République, et plus précisément la Première République dans son moment démocratique, entre 1793 et 1794 (l’an II), a de surcroît l’inconvénient majeur d’être qualifiée de « Terreur », un qualificatif répulsif, conçu pour l’être, qui n’incite guère à investir ce moment républicain pour réfléchir sur notre actualité. Or, Robespierre incarne cette « Terreur ». Le mot « terreur », au sens de la crainte que doit ressentir l’ennemi face à la détermination de ceux qui le combattent, est d’un usage très courant pendant la Révolution française. Tous les camps l’utilisent, tous cherchent à terroriser l’autre dans ce temps de guerre. Mais ce sont ceux qui ont réprimé l’expérience politique démocratique de l’an II, dont Robespierre est une des figures emblématiques, qui ont forgé la notion de « Terreur », au sens d’un système politique. Jamais ceux qui sont alors désignés comme des « terroristes » ne se sont réclamés d’un « système de Terreur ». Les qualificatifs « Terreur » ou « terroriste » ont été des moyens très efficaces pour occulter la nature de cette expérience républicaine. La vision des vainqueurs a en grande partie effacé celle des vaincus.

    En quoi consistait donc ce républicanisme des vaincus, dont Robespierre a été l’un des porte-parole, et que l’on s’est efforcé d’initialiser ? Au-delà, en quoi ce républicanisme peut-il nous aider à interroger nos sociétés actuelles ?

    Y.S. : La société française s’affirme républicaine et la tradition républicaine repose sur un contrôle très strict des pouvoirs délégués et le refus de la domination (la soumission arbitraire à la volonté d’un autre). Pourtant, la souveraineté populaire et la décision politique sont aujourd’hui confisquées par ce que l’on nomme « la représentation nationale » et par les « experts », ce qui est une source importante de la défiance des citoyennes et citoyens vis-à-vis de leurs représentants. La crise politique que traverse la France, aujourd’hui, en est une des manifestations. La tradition républicaine repose également sur le contrôle des ressources, qui permettent de garantir l’existence de la communauté et de ses membres. En quoi le républicanisme porté par Robespierre peut-il nous aider à interroger les normes de nos sociétés fondées sur la propriété privée exclusive et le marché (le capitalisme) ? Un capitalisme dont on nous explique aujourd’hui qu’il est compatible avec les principes républicains et la Déclaration des droits, mais plus encore, dont on a pris l’habitude de considérer qu’il en serait l’expression même. Quel était, à l’époque, le sens de cette devise, fondée sur la Déclaration des droits et formulée pour la première fois par Robespierre : Liberté, Égalité, Fraternité ?

  • [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    Ce mardi à 18h30, l’association Provence Mémoire du monde ouvrier (Promemo) et l’Université populaire du pays d’Aix organisent une conférence-débat à l’institut d’études politiques (25 rue Gaston-de-Saporta) sur « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre » avec Yannick Bosc, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen, auteur, notamment, de La liberté contre le capitalisme, Le républicanisme du XVIIIe siècle et les révolutions à venir et Robespierre. La fabrication d’un mythe.

    Dans votre ouvrage, « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre », vous revisitez l’idée (et la pratique) de « république » entre 1789 et 1794. De quelle république sommes-nous les héritiers ?

    Yannick Bosc : Nous vivons, aujourd’hui, sur une idée très appauvrie de la République, souvent réduite à être définie négativement par rapport à la monarchie. En France, elle est essentiellement construite à partir de nos représentations de la Troisième République, celle de Jules Ferry. En revanche, ses devancières, la Première (pendant la Révolution française) et la Deuxième république (1848), sont la plupart du temps ignorées et renvoyées au magasin des curiosités historiques dans lesquelles il serait vain de chercher une quelconque aide concrète pour penser le monde d’aujourd’hui.

    Vous analysez l’action de Robespierre, qui œuvra sans relâche au triomphe d’une République démocratique et sociale. Les Thermidoriens qui écrasèrent le mouvement populaire au nom de la bourgeoisie possédante nommèrent (après coup) « Terreur » le gouvernement révolutionnaire (1793-1794)…

    Y.S. : La Première République, et plus précisément la Première République dans son moment démocratique, entre 1793 et 1794 (l’an II), a de surcroît l’inconvénient majeur d’être qualifiée de « Terreur », un qualificatif répulsif, conçu pour l’être, qui n’incite guère à investir ce moment républicain pour réfléchir sur notre actualité. Or, Robespierre incarne cette « Terreur ». Le mot « terreur », au sens de la crainte que doit ressentir l’ennemi face à la détermination de ceux qui le combattent, est d’un usage très courant pendant la Révolution française. Tous les camps l’utilisent, tous cherchent à terroriser l’autre dans ce temps de guerre. Mais ce sont ceux qui ont réprimé l’expérience politique démocratique de l’an II, dont Robespierre est une des figures emblématiques, qui ont forgé la notion de « Terreur », au sens d’un système politique. Jamais ceux qui sont alors désignés comme des « terroristes » ne se sont réclamés d’un « système de Terreur ». Les qualificatifs « Terreur » ou « terroriste » ont été des moyens très efficaces pour occulter la nature de cette expérience républicaine. La vision des vainqueurs a en grande partie effacé celle des vaincus.

    En quoi consistait donc ce républicanisme des vaincus, dont Robespierre a été l’un des porte-parole, et que l’on s’est efforcé d’initialiser ? Au-delà, en quoi ce républicanisme peut-il nous aider à interroger nos sociétés actuelles ?

    Y.S. : La société française s’affirme républicaine et la tradition républicaine repose sur un contrôle très strict des pouvoirs délégués et le refus de la domination (la soumission arbitraire à la volonté d’un autre). Pourtant, la souveraineté populaire et la décision politique sont aujourd’hui confisquées par ce que l’on nomme « la représentation nationale » et par les « experts », ce qui est une source importante de la défiance des citoyennes et citoyens vis-à-vis de leurs représentants. La crise politique que traverse la France, aujourd’hui, en est une des manifestations. La tradition républicaine repose également sur le contrôle des ressources, qui permettent de garantir l’existence de la communauté et de ses membres. En quoi le républicanisme porté par Robespierre peut-il nous aider à interroger les normes de nos sociétés fondées sur la propriété privée exclusive et le marché (le capitalisme) ? Un capitalisme dont on nous explique aujourd’hui qu’il est compatible avec les principes républicains et la Déclaration des droits, mais plus encore, dont on a pris l’habitude de considérer qu’il en serait l’expression même. Quel était, à l’époque, le sens de cette devise, fondée sur la Déclaration des droits et formulée pour la première fois par Robespierre : Liberté, Égalité, Fraternité ?