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  • [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    Pierre Dharréville est journaliste et écrivain, auteur d’essais mais aussi des fictions comme En l’absence de Monsieur J ou L’enlumineur. Il est également connu pour son engagement politique en tant qu’élu communiste sur notre territoire et notamment comme député de la 13e circonscription.

    Pour ces périodes de fêtes, La Marseillaise vous propose Autobiographie d’un menteur, un texte inédit situé dans le milieu journalistique. Une fable romanesque à retrouver chaque jour de la semaine jusqu’à la fin des vacances.

    Il y a une jouissance certaine à voir son nom dans le journal. Aussi, la première chose que fit Patrice Quiniond en s’installant devant son café, comme tous les matins, fut d’ouvrir L’Impertinent pour vérifier que sa griffe figurait bien au bas de son article, en élégants caractères italiques, et de s’assurer que son patronyme n’avait pas été écorché au fil des transmissions jusqu’à l’imprimeur. Ses demi-lunes au bord du précipice, la truffe jetée en avant, après avoir aspiré une bouffée de tabac brûlé, il scruta. Réflexe narcissique, un peu puéril peut-être, mais irrépressible.

    Il ne suffit pas de venir au monde, il faut y exister. Ce qu’on cherche dans ses reflets, c’est la preuve de soi, puisse-t-elle s’imposer aux autres.

    L’homme se tenait voûté, comme s’il avait été habitué à faire le dos rond. Sa veste de lin froissé se tendait comme une voile au vent, manifestant une envie d’en découdre qui collait mal avec le personnage. Deux pièces de velours désuètes ornaient ses coudes endurcis : la bête avait quelques heures de vol au compteur.

    Quiniond avait tout vu.

    Et pour ce qui le concernait, il avait tout lu : « Quignon », évidemment, mais aussi « Quiniont », qui le mettait en joie en raison des élucubrations d’Hergé avec les Dupond et Dupont, sans parler de « Guignond », qui semblait faire de lui un envieux alors même qu’il se voyait plutôt dans le statut d’enviable, un malchanceux alors qu’il avait forcé le destin…

    Évidemment, après avoir scanné la feuille noircie, Quiniond fut de méchante humeur, ainsi que l’indiquaient ses sourcils déjà broussailleux d’ordinaire. Sa main un peu gonfle, avec ses accents de marbre brun, s’abattit sur le papier dans un clappement sourd, tandis qu’il rejetait la tête en arrière. Il jura.

    Il fallait quand même le faire, au bout de vingt-cinq ans de maison… On avait encore jugé bon de retoucher son papier. Pourquoi diable fallait-il que des individus se croyant plus perspicaces que les autres s’autorisent à modifier ce qui avait été mûrement réfléchi et relu ? Pourquoi fallait-il que l’on remette en cause sans cesse la lucidité du reporter, qui certes travaille dans l’urgence, mais finit, bon sang de bois, par s’y habituer ? Pourquoi fallait-il, en somme, que des incompétents viennent lui gâcher son bonheur matinal… Correcteurs malappris, gardiens d’une langue tristement rigide et invariable. Incorrigibles correcteurs.

    Patrice Quiniond respirait bruyamment en tournant désormais les pages du journal sans le lire. Il aurait une journée de ruminant. À tous les étages de L’Impertinent, on louait la prose de « Paq » avec fierté, et ce diminutif était prononcé avec respect dans toutes les rédactions et sur les principaux plateaux de télévision. Ces trois lettres signaient sa consécration. Alors dans son cerveau fumant, fulminant, fumerollant, il hurlait au sacrilège, au sabotage et à toutes autres sortes de choses du même acabit.

    Sa plume se trempait dans la boue comme la cartagène, dans le sang des victimes ou les yeux des bourreaux… La plume est une arme pour qui sait s’en servir. Elle peut détruire presque plus sûrement qu’une grenade et ses arabesques peuvent si bien maquiller les coups de bâton. Elle pénètre les têtes molles, pour retoucher les paysages intérieurs, elle applique le vernis des puissants. Qui n’a pas de mots, pas de parole, n’a pas de pensée, n’a pas de bannière, n’a pas d’empreinte… Qui n’a pas de mots n’existe pas.

    Se penchant à nouveau sur son objet fétiche, il jaugea la taille du titre, ainsi que la place occupée par son article et pesta, cette fois-ci, contre le maquettiste qui avait voulu faire rentrer trois papiers dans cette page, mésestimant sans doute la taille du bandeau de publicité qui en barrait le pied sur toute la longueur.

    À coté, l’édito était indigent. C’était un fait. Jean-Michel Barnard n’avait ni la plume ni les idées pour mieux faire. Et il ne s’était pas foulé, le petit père… En réunion de rédaction, Patrice Quiniond n’en dirait rien ou peut-être le contraire, et, comme tous les matins, s’épancherait en douce dans les couloirs dès que l’occasion lui en serait donnée, car c’est si bon. Pour lui, la place de Jean-Michel Barnard était à prendre. D’ailleurs, titrer « Crime et châtiment », révélait soit la prétention la plus crasse, soit le vide le plus sidérant.

    Patrice Quiniond grommelait, comme de triste habitude. Son journal en portait la marque : une tache rondâtre à l’endroit où avait résidé sa tasse d’élixir matinal. Le serveur le débarrassa et lui proposa « un autre café, monsieur Paq ? ». Il en prit un autre, comme tous les matins. Il faut se cramponner fermement à ses habitudes lorsque l’on travaille le matériau toujours en mouvement de l’actualité.

    « Si l’info ne vous fait pas bander, vous pouvez sortir d’ici tout de suite », s’était-il entendu dire élégamment lors de son premier cours de journalisme, qui commençait à dater. Il était resté… Il avait appris à « bander » pour l’info, à ne plus être obnubilé que par elle, à déprimer de ses accalmies, à ne jamais se détacher des événements quels qu’ils soient, à afficher une passion toujours renouvelée pour le moindre élément nouveau afin de lui faire dire souvent bien plus qu’il ne faudrait sur l’époque, à se parfumer de l’air du temps… L’info remplissait sa vie comme l’eau une carafe. Lui et l’info ne faisaient qu’un.

    Mieux : il était l’info.

    Comme pour réfréner sa colère, par de petits mouvements aériens, il se passa la main sur les cheveux pour s’assurer qu’ils étaient bien rangés en arrière au-dessus de son visage poupon, n’étaient-ce les cernes qui gonflaient le ressac de ses yeux. Une vieille odeur de tabac macéré lui tapissait la langue.

    L’Impertinent, comme son nom ne l’indiquait pas, avait toujours été le quotidien de référence, le temple du grand sérieux et, pour tout dire, plutôt une école de la retenue. C’est pourquoi le rêve de tout journaliste qui se respectait était de forcer le pont-levis qui lui servait d’entrée.

    Le jour où Patrice Quiniond avait accompli ce prodige, il avait rejoint le cercle restreint de l’excellence. Il était devenu une huile, il avait intégré le gratin. Il avait trouvé son Graal, gravi son Everest, atteint l’inaccessible étoile, comme on voudra. Le souvenir de ses premiers pas venait à cet instant de lui traverser l’esprit. Aujourd’hui, tout lui semblait naturel, mais cela n’empêcha pas un léger sourire d’orgueil de lui zébrer le visage. Il rejeta ses épaules en arrière et étendit les jambes, croisées juste par les chevilles. La contrariété de l’aube semblait s’être évaporée. Il imaginait les nouveaux défis qui s’offraient à lui et donneraient à son talent de nouvelles occasions de surgir et d’éclabousser le monde.

    ACTE PREMIER

    1- Où l’on se frotte à un vieux loup de mer

    — Holà, confrère ! Les nouvelles sont-elles bonnes ?

    L’homme était légèrement en avance, ce qui était pour Patrice Quiniond autant une tare que d’être en retard. Et comme l’entrée en matière du garçon lui avait semblé un peu trop familière, il n’avait pas jugé utile de répondre.

    L’importun venait de lui gâcher son plaisir matinal. Un plaisir qui faisait partie de son rituel de travail. Car, l’air de rien, tel qu’on pouvait le voir, avachi sur sa chaise, tout en se laissant aller à quelque rêverie, Quiniond travaillait déjà… il méditait, il écoutait les conversations, il observait la rue…

    Une bonne moitié d’emmerdeurs était en vacances, et il y avait de l’espace, dans les rédactions désertées, pour s’arrêter sur des sujets plus badins et se lancer, gaillard avant, dans de vaines polémiques. C’était l’époque où de jeunes pousses mal dégrossies pointaient le bout de leurs stylos, prêtes à toutes les envolées lyriques pour briller.

    Tous les héros naissent d’une imposture.

    Ainsi cheminait le monde, à la va-comme-je-te-pousse. Et c’est ainsi que Grégoire Charvin avait débarqué à L’Impertinent comme en terrain conquis, désireux disait-il d’être « utile à la manifestation de la vérité », volontaire pour une presse « moins coupée des réalités ».

    Quiniond avait levé les yeux au ciel, avant de tracer un signe de croix.

    — Hé bé ! On en reparlera de la vérité, avait-il marmonné.

    Pas de cravate, mais un costume sombre ajusté sur un tee-shirt blanc impeccable. Une fausse note bien étudiée pour éclairer l’ensemble : sa barbe de trois jours qui trahissait le contraire d’une négligence et qui semblait constituer la racine de cette chevelure noire savamment désordonnée dont il avait le crâne bien arboré. Ce mélange de fougue et de conventions en disait long sur le personnage, ou plutôt sur ce qu’il voulait laisser paraître.

    Comme il l’avait raconté incidemment pour meubler les silences, sur le ton d’une anecdote ingénue, sa première visite dans la capitale avait été le Cimetière des Illustres, ce qui donnait une petite idée du bonhomme. Il présentait ce geste comme une sorte de révérence, de marque de fascination, de culte des grands anciens. Et cette prétention contenue et retenue énervait d’autant plus Quiniond qu’elle lui rappelait le jeune homme qu’il n’était plus depuis longtemps. Il se souvenait avoir lui-même gravi jadis les buttes de Siège, et, là-haut, tel Rastignac, avoir pensé que la capitale, un jour, serait pour de bon à ses pieds, déraisonnablement éprise de lui. Lui, unique et génial, empli de son destin (et de sa vanité). Mais Siège, perle du Septentrion, ne se donnait à personne. Ville-phare, elle avait besoin de matière noire pour étendre son halocité.

    Donc. « Confrère », qu’il avait dit, le blanc-bec, en arrivant. Quiniond n’avait pas oublié, et il n’écoutait qu’à demi ses babillages, en se repassant régulièrement le film de son irruption, ce qui accentuait les traits de sa mine renfrognée. Non, le maître, quelle que fût sa supposée sagesse, n’avait pas encaissé l’innocente comparaison de l’élève. Le maître s’était retenu sur le moment, mais l’oisillon allait regretter cette expression joviale. Il allait déguster.

    Le premier jour, Quiniond le laissa silencieusement regarder les dépêches pour se familiariser avec l’outil. Grégoire Charvin vit les informations défiler sous ses yeux et ce fut tout. Et Quiniond pensa que cela était bon. Le deuxième jour, le novice fut chargé de rédiger une brève sur les déclarations d’un édile critiquant la présence du loup dans les alpages, sujet auquel il n’entravait pas grand-chose. Et Quiniond pensa de nouveau que cela était bon. Le troisième jour enfin, l’impétrant fût envoyé en reportage sur le terrain, pour couvrir un sujet qui méritait à peine le déplacement. Et cela fit un jour de repos à Quiniond.

    *

    Titre

    Une héroïne modeste

    Chapô

    Dans la petite bourgade de Tibourg-lès-Loinville, une enfant rend service à tous ses voisins. Elle vient d’être décorée par l’Académie du Mérite.

    De notre envoyé spécial.

    Texte

    Désignée super-voisine de l’année, Jeanne Chapiron, quatorze ans, ne triomphe pas. Elle se dit simplement « contente » et prend la récompense comme un « encouragement à continuer ». Un manteau rouge un peu élimé sur les épaules, deux tresses bien soignées, un petit regard noisette : elle est à croquer. Pas mutine pour un sou, elle va faire les courses pour la mémé Ghislaine, qui habite au bout d’un sentier ; elle apporte du pain rassis à l’âne de Monsieur Gerbier ; elle s’applique à dire bonjour d’un air enjoué à toute personne qu’elle croise sur son chemin ; elle aide les plus petits à gravir les escaliers, et les plus âgés à traverser. La liste de ses gentillesses serait trop longue à égrainer. C’est comme si le titre de super-voisine avait été créé pour elle.

    Jeanne est issue d’un milieu défavorisé ; elle a grandi dans une famille d’immigrés sans le sou ; elle a connu les coupures d’électricité, les repas que l’on saute, les huissiers matinaux. À sa place, d’aucuns auraient mal tourné. Comme quoi, ce n’est pas une raison…

    Abandonnée par son père, maltraitée par son beau-père, elle fut victime d’un grave accident de voiture, dont elle a pu réchapper sans séquelles. Sa mère en garde une jambe abîmée qui la fait boitiller. Alors, comme pour compenser, Jeanne sautille, parsemant l’allégresse sur ses pas. Dans la petite habitation à loyer modéré de Tibourg, elle est connue comme le loup blanc. Elle semble réussir à échapper à la fatalité qui est le lot de nombreux jeunes du quartier. Quand ils ne sombrent pas dans la drogue, ceux-là chahutent bêtement, se lancent des insultes plus ou moins créatives, pratiquent le feu de poubelles à l’occasion, et déambulent comme des âmes en peine en shootant dans des canettes de soda.

    Sans trop le savoir, Jeanne représente un modèle, et peut-être un espoir. « Elle est adorable, elle est notre petit rayon de soleil quotidien », déclare cette femme emblématique du quartier que les gens appellent plus ou moins affectueusement « la Paulette ». Les petits sont invités à prendre exemple, et une saine émulation semble devoir prospérer dans la bourgade. Cela n’est pourtant pas sans créer de jalousies : « Faut qu’elle arrête de faire la belle, cette connasse », tempêtait hier un jeune à casquette. Sur ces entrefaites, la lauréate pointait le bout de son nez, et lui offrait le dernier polo à la mode, compris dans son lot de gagnante et dont, disait-elle, elle ne ferait rien…

    Signature

    Léo Jalès

    *

    Charvin -qui, malgré le sourire narquois de Quiniond, avait choisi pour pseudonyme Léo Jalès en hommage à son grand-père d’une part et à un haut-lieu chargé d’histoire de sa région d’origine de l’autre-, avait réécrit cinq ou six fois son papier à la demande de son tuteur. Ce dernier lui avait fait observer tour à tour les défauts de son attaque (qui n’en venait pas au fait), ceux de ses explications savantes (mais confuses), ceux de ses phrases (à rallonge), ceux de ses ellipses (obscures), ceux de sa conclusion (pompeuse)… Au fond, ceux de son article tout entier (depuis son économie générale jusqu’à ses virgules mal placées). Charvin avait supporté sans broncher, mais il était tout estransiné. Tout ça pour un article de seconde zone, sur un sujet sans grand intérêt, avait-il pensé…

    — Il n’y a pas de petit sujet, l’avait sermonné le maître, qui lisait dans ses pensées comme dans un journal ouvert. Nous rendons compte du monde tel qu’il va dans toutes ses dimensions. Si la réalité ne t’intéresse pas toute entière, tu n’as rien à faire ici, tu comprends ?

    — C’est ça, ouais, s’était marmonné Charvin, ou quelque chose comme.

    Il hochait la tête comme on bêche. Il bêchait la tête, si l’on veut. Dans ces conditions, comment ne pas rendre une copie quelconque et truffée d’accents mièvres, puisque le sujet l’était déjà en soi. Tandis que l’autre le priait de ne pas faire le délicat, il s’était accroché à ses points-virgules, convaincu que l’inventivité de sa langue valait bien tous les académismes. Lassé, Quiniond l’avait gratifié d’un : « Allez, on a plus le temps, on envoie ! » Et hop, il avait balancé le papier dans les tuyaux qui conduisaient jusqu’au marbre et aux rotatives. Ça faisait vachement plaisir, tiens ! Son premier article pour cette grande institution de la République qu’était L’Impertinent envoyé à l’impression avec aussi peu de cérémonial…

    Au fond, Grégoire Charvin conservait de l’admiration pour le journaliste, mais il commençait à douter sévère des qualités de l’homme. Pourquoi avait-il instauré entre eux une distance intergalactique ? Le brio de son style ne collait pas avec ses égards ronchons et ses petites manœuvres entre les uns et les autres. Par la porte entrouverte, le jeune homme s’était complu à observer l’animal dans sa tanière, ses flatteries, ses veuleries, ses ragots. Celui-ci l’avait toutefois impressionné par sa culture et sa facilité éblouissante à développer des idées sur tout et n’importe quoi, sans paraître jamais tâtonner, frappant juste et fort. Avec lui, l’art de la conversation était un combat de boxe.

    Pendant un repas méridien, il fallait voir comment il avait défendu d’un ton péremptoire les récentes évolutions de l’art contemporain, qu’un des convives conspuait avec légèreté, s’appuyant sur Marcel Duchamp jusqu’à le citer abondamment dans le texte pour le discuter. Un peu plus tard, il avait expliqué le détail du débat picrocholin entre quelques spécialistes de la majorité parlementaire sur le projet de loi en cours d’examen et prédit avec assurance la façon dont la controverse se solderait au bout du compte. Il discutait la tactique mise en place par le nouvel entraîneur du club de la capitale et pouvait pérorer sur la nouvelle révolution numérique qui s’amorçait avec l’intelligence artificielle, sans en avoir rien pratiqué peut-être…

    Rien ne semblait lui échapper.

    Et puis il fallait voir comment il disait en se pinçant les lèvres : « demain, je vais écrire… »

    Ecriiiire. Avec trois ou quatre « i ».

  • Papin entre dans le patrimoine provençal

    Papin entre dans le patrimoine provençal

    Dans la multitude de santons possibles et imaginables, il manquait un homme qui a marqué les Marseillais balle au pied. Jean-Pierre Papin, légende de l’OM, fait désormais partie de la liste des personnages représentés sur ces petites figurines en argile. « Ça fait bizarre mais je suis très fier », sourit l’ancien attaquant aux 182 buts sous le maillot olympien. Il était présent entre 14h et 15h samedi après-midi à la Foire aux santons, sur le Vieux-Port, pour dédicacer « le petit Papin ». Des Italiens et des Belges ont rapidement fait la queue pour obtenir le précieux symbole.

    Emily fait des progrès

    Une partie des ventes de ce santon sera reversée à l’Association Neuf de Cœur, fondée par Jean-Pierre Papin lui-même, papa d’une fille qui présente un handicap dû à des lésions cérébrales. « Emily va très bien, elle a fait plein de progrès. On ne sait que ce ne sera jamais comme les autres, mais à chaque progrès, on est content », souligne le n°9 de cœur.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Fos-sur-Mer, le coup de pouce d’un chèque municipal

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Fos-sur-Mer, le coup de pouce d’un chèque municipal

    La mairie n’est pas encore ouverte qu’une file se forme devant ses baies vitrées. À 8h20, le 1er décembre, une trentaine de Fosséennes et de Fosséens patientent déjà dans le vent glacial pour obtenir leurs bons d’achat d’une valeur de 100 euros.

    Lancée en 2014, l’opération « Je défends ma commune, je soutiens mes commerces » est devenue une tradition de fin d’année. Le principe est simple : « Juste avant les fêtes de Noël, on offre un chéquier à chaque foyer de la commune à dépenser en proximité », explique Pascale Brémond, conseillère municipale (SE) déléguée à la dynamisation du commerce et de l’artisanat, soit un budget de près de 650 000 euros pour la Ville. « À ce jour, on a 87 commerces partenaires, ça va de la grande surface à l’offre de service », précise Magali Laurent, cheffe de service en charge du dispositif.

    Bénéfique pour l’économie locale, ce dispositif est aussi, et avant tout, pensé comme un coup de pouce aux habitants, alors que le pouvoir d’achat des Français est en berne. « C’est une priorité pour nous, affirme Pascale Brémond. Tout le monde n’a pas de 13e mois ni de prime de fin d’année, or on sait que c’est une période où on dépense beaucoup. »

    Une aide pour la vie quotidienne

    Assise sur un siège en attendant son tour, une main sur la poussette de son enfant qu’elle est en train de bercer, Malvina, 26 ans, ne se servira pas de ces 100 euros pour acheter des cadeaux. Elle a anticipé tout au long de l’année pour ne pas avoir de trou dans la trésorerie. En revanche, « ces sous m’aident pour le repas de Noël, ça me permet d’aller en boucherie acheter des produits de bonne qualité pour faire plaisir à ma famille que je reçois. Ça fait vraiment la différence par les temps qui courent, où la viande est devenue chère ». Une tendance qui n’est pas isolée. En lien avec les commerces partenaires, Magali Laurent confirme : « Les bénéficiaires se servent de ces sous plus pour la vie quotidienne que pour acheter des cadeaux. »

    Stéphanie, arrivée à Fos-sur-Mer des Alpes-de-Haute-Provence en 2023, compte aussi utiliser ces bons d’achat « pour les courses de Noël » ce mois-ci, en sachant très bien qu’elle peut les dépenser dans les commerces jusqu’au 31 mai 2026. Décembre a beau être synonyme de chaleur humaine et de retrouvailles en famille, c’est bien souvent un mois compliqué. « Pour les personnes qui ont un budget serré, comme moi, c’est un bon coup de pouce », confie cette célibataire maman de trois enfants. « Toutes les villes ne mettent pas en place ce dispositif, loin de là, et franchement on a de la chance », salue-t-elle.

    Jusqu’en 2022, Joëlle n’allait pas chercher son chèque. « Je n’en avais pas forcément besoin, je n’y pensais pas », explique-t-elle sans rentrer dans les détails. Désormais, « les choses ont changé » et cette aide est « vraiment la bienvenue » pour limiter les dépenses.

  • L’église Saint-Martin d’Arenc : un scénario à l’horizon 2033

    L’église Saint-Martin d’Arenc : un scénario à l’horizon 2033

    « C’est encore lent et encore long mais de l’argent public est mis sur la table pour que ce quartier un peu endormi vive. C’est vrai qu’il faudra encore trouver un porteur de projet » a reconnu la conseillère métropolitaine Solange Biaggi (LR), vendredi, lors de la réunion publique présentant les jalons d’une renaissance de l’église Saint-Martin d’Arenc en péril rachetée en 2018 au diocèse.

    « Le Département a pris l’engagement de réhabiliter ce bâtiment, de conforter sa structure et ses fondations avec des micropieux. En parallèle des marchés de travaux, on lancera un appel à manifestation d’intérêt avec un cahier des charges qui aura été écrit en fonction de ce que vous, riverains, CIQ, élus, Euromed et le Département, souhaitez pour ce bâtiment et son jardin » a ajouté la conseillère départementale déléguée à l’aménagement du territoire, aux équipements structurants, Laure-Agnès Caradec (LR) qui évalue à 10 millions d’euros la seule phase de confortement.

    Les études des besoins pilotées par PR’Optim, l’agence de programmation architecturale et urbaine, convergent pour un aménagement de l’église en 4 unités fonctionnelles, une visibilité de la nef jusqu’au chœur. La concertation est unanime « pour conserver ce patrimoine, en faire un lieu fédérateur, une forme de cœur de village avec une mixité d’usages ». Une fois l’édifice consolidé, ce ne sera pas un équipement public. Il s’agit après validation de créer un lieu ouvert 7 jours sur 7, sur le quartier valorisant le jardin, confié à un gestionnaire privé avec plusieurs exploitants.

    Le calendrier prévisionnel livre les jalons d’une opération de longue haleine : lancement en 2026 d’un marché de maîtrise d’œuvre pour des travaux de confortement et sur le clos et couvert en 2028 et 2029, une longue phase d’observations de la stabilité de l’ouvrage et de son clocher avant le choix, en 2030, d’un porteur privé. Un marché de restauration finale serait alors lancé en 2031 pour une livraison en 2033. On l’a compris, l’impatience n’est pas permise.

  • Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Ils ont pris l’avion dimanche en direction de Berlin pour un rendez-vous qui fera date. Ce lundi une délégation du « Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 » est l’invitée de l’ambassade de France, pour une table ronde intitulée : « Marseille 1943, les rafles oubliées ».

    Face à eux, un auditoire constitué de quelque 120 élèves allemands qui viendront écouter leur histoire d’enfant et celle de leurs familles qui, entre le 22 et le 24 janvier 1943, comptèrent parmi les 20 000 Marseillais raflés, internés au camp de Fréjus puis déportés par centaines dans les camps nazis parce qu’ils étaient juifs, résistants ou habitants d’un lieu jugé « criminogène ».

    « C’est Marseille qui est mise à l’honneur. Se retrouver 80 ans plus tard à l’ambassade de France en Allemagne pour témoigner comme survivant, est un symbole pour les enfants du quartier Saint-Jean », explique l’avocat Pascal Luongo, porte-parole du collectif. « Que les anciens qui sont les enfants d’hier, viennent raconter à ceux d’aujourd’hui, en Allemagne, dans une transmission directe, cette histoire restée longtemps effacée des mémoires, c’est très fort. »

    à ses côtés, ils seront quatre témoins : Antoine Mignemi, président du collectif qui milite pour faire reconnaître les rafles de Marseille et la destruction des quartiers du Vieux-Port comme crime contre l’humanité, Suzanne Fritz, Gérard Agresti dont le père a été déporté à Sachsenhausen d’où il a pu revenir et témoigner, et Claude Arovas dont la famille a été déportée et exterminée à Sobibor.

    Les héritiers retapent

    à la porte du pouvoir

    L’invitation a été lancée par la Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites dont une antenne est rattachée à l’ambassade. Le contact s’est noué en 2024 à Berlin où Pascal Luongo était invité par le Mémorial des juifs assassinés d’Europe, pour l’exposition « Les Indésirables » dans laquelle les rafles de 1943 étaient traitées.

    « Les Allemands travaillent la question de cette catégorie de déportés dans les camps qui n’a pas été jusqu’ici l’objet de nombreux travaux. Ils avaient appris notre existence lors du procès du nazi Schütz, gardien du camp de Sachsenhausen, deux ans auparavant », raconte Me Luongo.

    Cette table ronde sur les rafles oubliées à Marseille sera le point d’orgues du cycle mémoriel des 80 ans de la libération des camps nazis qui a marqué l’année 2025 en Allemagne. Un nouveau cycle s’ouvrira en 2026. Et Marseille y trouvera encore sa place, puisque l’expo « Marseille se souvient » présentée sur le Vieux-Port en 2023, sera montée à Hambourg dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

    « Ce symbole très fort d’union des mémoires de nos deux pays, prend tout son sens dans un moment particulièrement troublé où les héritiers de ce qui s’est passé à Marseille, l’extrême droite nazie et l’extrême droite française de Vichy, retapent à la porte du pouvoir », insiste Pascal Luongo. « Ce temps très républicain est aussi important dans notre combat pour la reconnaissance des crimes contre l’humanité commis à Marseille ». La procédure est d’ailleurs observée de près outre-Rhin, et l’enquête du parquet national ouverte en 2019 est sur le point d’aboutir selon l’avocat marseillais qui a bon espoir pour 2026.

    En attendant, le collectif poursuit à Marseille ses conférences auprès des lycéens, collégiens et écoliers, avec la volonté que la Ville inscrive cette mémoire dans l’espace public à travers des lieux de commémoration. « Le quartier Saint-Jean disparu, la gare d’Arenc… Il y a un besoin de faire vivre cette mémoire. On a reçu des signaux très positifs de la municipalité sur un changement de nom de place, un travail sur des lieux de commémoration. Tout le monde doit jouer le jeu. On construit patiemment mais vaillamment », reprend l’avocat qui espère s’appuyer sur ce qui est fait avec les Allemands pour faire avancer les choses.

    La commémoration du 83e anniversaire de ces rafles aura lieu le 24 janvier, une semaine avant les « officielles ». En février, un moment autour de la paix est prévu par le collectif avec la communauté de Sant’Egidio, un mouvement d’éducation populaire italien.

  • Quatre grands projets dans l’esprit de Laurent Belsola

    Quatre grands projets dans l’esprit de Laurent Belsola

    Le square Agard-Escavi était bien rempli samedi matin, alors que près de 300 personnes sont venues assister à l’inauguration du local de campagne du maire communiste sortant Laurent Belsola, situé quelques mètres plus loin au 22 rue Charles-Nédelec et avec la présence notable du maire (DVG) de Fos-sur-Mer René Raimondi.

    Laurent Belsola s’appuie sur « plus de 10 000 permanences, 45 rencontres dans les quartiers et des week-ends entiers passés à vos côtés » pour son bilan mais aussi pour construire son projet électoral.

    Ouverture d’un collège Michel-Vaxès

    Avant de finir son premier mandat de maire, Laurent Belsola a « à cœur de parachever quatre projets » après mars 2026. Au premier rang desquels le contournement autoroutier de Martigues-Port-de-Bouc « que nous avons arraché grâce à un combat mené par les élus, les syndicats et la population durant plus de 50 ans ». « Il faudra repenser notre mobilité et réaménager la RN568 en boulevard urbain », indique le candidat.

    D’autre part, l’élu cite la rénovation des quartiers des Comtes, de la Lèque, des Aigues Douces, du Tassy et de Bellevue, « les premières démolitions auront lieu dès 2026 ». La création d’un tout nouveau cimetière dans le nord de la commune est aussi à l’ordre du jour.

    L’ouverture du collège Michel-Vaxès [député-maire communiste 1940-2016] figure à l’agenda. « Nous travaillons avec les services du Département pour améliorer les conditions d’accueil et d’apprentissage de nos collégiens » affirme Laurent Belsola, qui convie la population à un premier atelier citoyen sur la santé et l’environnement le 8 janvier 2026 à 18h salle Gagarine.

  • À la Métropole, une valse à deux temps pour les transports

    À la Métropole, une valse à deux temps pour les transports

    L’avenir de la RTM se décide ce lundi en conseil métropolitain. Du moins pour les huit prochaines années, à travers le nouveau contrat d’obligations de service public dévoilé dans nos colonnes, qui vise à exposer la régie « aux aléas du marché » par un système de bonus-malus. Avec l’exigence de réaliser 25 millions d’euros de recettes supplémentaires dès 2026 (notre édition du 10/12). D’ores et déjà, la CGT de la RTM a interpellé les élus métropolitains, pour leur demander de s’opposer à ce contrat qui « derrière un discours de modernisation, impose en réalité des restrictions budgétaires qui fragilisent le service public ».

    Alors que la municipalité marseillaise monte elle aussi au créneau, la Métropole est finalement sortie du bois à travers un long communiqué qui s’en prend à « la campagne de désinformation menée par certains agitateurs mal intentionnés » en promettant ne pas vouloir privatiser la régie. « La RTM est recentrée sur son cœur de métier : l’exploitation, la qualité de service et la satisfaction des voyageurs », défend-elle en mettant en avant les 1,2 milliard d’investissements qui seront désormais portés par l’intercommunalité sur la période 2026-2033, notamment dans le cadre du plan Marseille en grand. Et de cantonner la concertation des usagers à l’évolution de l’offre « mais non sur les relations contractuelles, qui ne peuvent être rendues publiques ».

    Régie de fret ferroviaire

    Mais de nouvelles missions pourraient être confiées à la régie. Une délibération présentée à l’hémicycle ce lundi met aussi à l’ordre du jour les premiers pas vers la création d’un service de proximité de fret ferroviaire. Une première étude technique et commerciale avait été réalisée en décembre 2019, puis une seconde lancée fin 2023. Désormais, trois corridors sont identifiés, entre Fos et Gardanne, Miramas et Marseille ainsi que Fos et Marseille. « Il y a lieu d’engager la phase de création du service pour une opérationnalité à court terme », indique la délibération, qui en confie l’exploitation à la RTM. Alors que les études pour les deux dernières liaisons doivent être finalisées d’ici la fin de l’année, l’hémicycle devra valider après les municipales leur lancement officiel.

    Enfin, après le conseil régional et la commission permanente du conseil départemental, c’est au tour de la Métropole d’approuver le projet partenarial d’aménagement pour la réindustrialisation du golfe de Fos. Avec une déclinaison concrète, l’approbation des financements pour les études préalables de la liaison Fos-Salon, et ses premiers travaux d’aménagement pour 22,5 millions d’euros, dont 16% pour la Métropole.

  • [Entretien] Jean-Marc Coppola : « Une grève qui portait des choix de société »

    [Entretien] Jean-Marc Coppola : « Une grève qui portait des choix de société »

    La Marseillaise : Vous étiez au cœur de l’action lors des grèves de 1995, quel était le contexte et quels souvenirs en gardez-vous ?

    Jean-Marc Coppola : J’étais secrétaire des cheminots CGT au niveau régional, donc je coordonnais les 30 et quelques syndicats qu’il y a sur la région. Et depuis le congrès de 1993 à Tours, j’avais des responsabilités au bureau fédéral. Au moment de l’annonce de Juppé, le 15 novembre 1995 à l’Assemblée nationale, on était au premier jour d’un conseil national des cheminots CGT. Et comme j’avais en charge de la protection sociale pour la fédération, donc le régime spécial, j’étais directement concerné par la réforme. Au deuxième jour du conseil national, on propose une déclaration de la fédération CGT des cheminots. C’est là qu’on a appelé à la grève, pour le 24. 1995, c’est avant tout le résultat d’un fort mécontentement sur la situation sociale. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein : il y avait eu de nombreuses grèves tout au long de l’année, sur l’emploi, les salaires, les conditions de travail… La grève est partie chez les cheminots, de manière très forte, déterminée et unitaire, pour deux raisons principales. La première, sur la remise en cause du régime spécial de protection sociale, le régime spécial des cheminots. Et deux, contre le contrat de plan état-SNCF qui visait au démantèlement du réseau ferroviaire. Plus globalement, il y avait un contexte politique ambivalent : avec l’élection de Chirac en mai sur la « fracture sociale » d’un côté, et de l’autre Juppé qui annonce ces attaques contre les retraites et l’instauration d’un régime universel d’assurance maladie.

    Comment expliquez-vous l’ampleur des grèves à l’époque ?

    J-M.C : La clé de l’efficacité de ce mouvement tient en trois éléments. Un, la démocratie : parce qu’on l’a lancée, en connaissant l’état d’esprit des cheminots. Deux, l’unité d’action. Et trois, une convergence avec les usagers et à un niveau interprofessionnel. On était quasiment dix ans après la grève de l’hiver 86-87. Et on en avait tiré des enseignements. Pour qu’une grève soit populaire, il faut qu’elle soit portée aussi par les usagers, la population. Pendant dix ans, on avait travaillé ces liens pour expliquer que lorsque les cheminots revendiquaient un meilleur service public, c’était bien aussi pour les usagers. C’est pour cela que certains parlaient de grève par procuration, mais c’était en fait une convergence. Et le 24 novembre, la grève commence et à Marseille, on a une manifestation de 50 000 travailleurs, chômeurs, retraités, étudiants, sur le slogan « Tous ensemble ». Et je me souviens qu’au bout de trois semaines, on était à 120 000. On était loin d’une grève corporatiste puisqu’elle portait des choix de société, entre la solidarité et l’individualisme.

    Il y a des comparaisons avec le mouvement contre la réforme des retraites en 2023, qu’est ce qui a changé depuis ?

    J-M.C : Depuis, on fait face à un pouvoir qui est très autoritaire. On a une maturité dans le mouvement syndical, avec cette volonté d’unité sur des revendications justes de haut niveau. Mais en même temps, on est dans un contexte où le monde du travail est fragmenté, comme la société d’ailleurs. Il y a de plus en plus de petites et moyennes entreprises, un développement de la sous-traitance, de la précarité, ce qui rend plus compliqués les mobilisations et les actions. La SNCF est très bon exemple de ça : ils ont appliqué le « diviser pour mieux régner ». Ce qui fait la force des chemins de fer, c’est son unité. En les fragmentant, on fragilise le service public et on le rend moins performant. Et en fragmentant, on rend plus compliqué les mobilisations, la convergence. Et ça a été fait dans chaque branche d’activité, télécommunication, énergie, etc… Autant de points qui ont pourtant fait la force de notre pays, des piliers qui ont été créés au lendemain de la guerre avec le Conseil national de la Résistance. Et en 30 ans, il y a eu une grosse financiarisation de l’économie aussi, une mondialisation des pouvoirs économiques. Reste qu’en matière de mobilisation, la comparaison entre 1995 et 2023 est loin d’être excessive, au contraire. Le problème, c’est qu’on a certainement, dans le prolongement du mouvement social et syndical, des leçons à tirer sur l’engagement politique. Quelques années après 95, on avait un nouveau mandat de Chirac et Le Pen au second tour… Il faut qu’on ait, au niveau politique, une gauche qui soit à la hauteur de ces défis.

  • À Marseille, le Secours populaire a offert des repas étoilés aux jeunes

    À Marseille, le Secours populaire a offert des repas étoilés aux jeunes

    Velouté de panais au miel en entrée, cuisse de poulet rôtie accompagnée de polenta, de courge et de crème à la châtaigne et banana bread. C’est le repas que les chefs étoilés Aurore Danthez et Ilane Tinchant, ancien participant de Topchef, ont concocté ce samedi pour 250 étudiants et jeunes marseillais. Organisé par le Secours populaire, le but de l’événement est simple : offrir un repas de fête et un peu de convivialité à ces jeunes qui sont souvent précaires et parfois seuls à ce moment-là de l’année.

    Pour cette 5e édition de distribution de repas de Noël, le Secours populaire a choisi de permettre aux participants de manger sur place, grâce au centre social de Malpassé, qui leur a prêté gratuitement une salle. Avant même que les repas arrivent, ils sont déjà une dizaine à être installés sur de grandes tables, décorées de guirlandes et de boule de Noël avec Mariah Carey en fond musical. Invités par mail, via leur école, le Secours populaire ou la mission locale, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement, seuls ou à plusieurs.

    Kamelia, Ouassim, Walid et Abdelkrim, tous en master d’informatique sur le campus de Luminy, sont venus ensemble, pour partager ce moment. C’est Kamelia qui a amené la petite troupe jusqu’ici. « Moi et Abdelkrim, nous sommes inscrits au Secours populaire depuis un an pour avoir accès à l’aide alimentaire, explique la future informaticienne. On l’avait loupé l’année dernière. C’est bien ce qu’ils font, surtout que ce soit halal, ça nous permet d’en profiter aussi », précise-t-elle.

    « Un repas en plus »

    Contrairement au petit groupe, beaucoup ne resteront pas pour manger sur place, par timidité ou par manque de temps. Mais ce repas offert est d’une grande aide pour eux. « ça me fait un repas en plus à la maison, explique Emeline, 24 ans en recherche d’emploi. J’habite seule, et je n’ai que l’aide de la mission locale, donc c’est assez compliqué. Mais je ne reste pas, parce que je ne connais personne ». Amir et Mohammed prennent également le repas à emporter. « On va aller à la bibliothèque, parce qu’on a des examens la semaine prochaine », confient ces étudiants en BTS de conception des processus de réalisation de produits. Mais Amir, qui est également bénévole au Secours populaire tenait à venir. « L’association m’a beaucoup aidé quand je suis arrivé à Marseille, donc j’essaye d’aller à tout ce qu’elle organise, et quand j’ai du temps j’aide aussi. »

    Un moment de rencontre pour les usagers mais aussi pour les bénévoles. Dont Romuald, alternant en éco-énergétique et bénévole depuis 6 mois au sein de l’association. « Ce genre de moment c’est bien pour nous, ça nous permet de rencontrer d’autres jeunes comme nous, et on peut s’amuser ». Une sociabilité importante pour ce Béninois qui ne rentrera pas voir sa famille pendant les fêtes.

    Alors que l’isolement et la précarité augmentent partout, et en particulier chez les 18-30 ans, l’événement a attiré du monde. Jusqu’à 18h, plus de 200 personnes sont venues récupérer leur repas étoilé. À l’occasion des 80 ans du Secours populaire, ils ont tous pu partir avec une carte-cadeau Cultura d’un montant de 20 euros.

  • Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    « Ça sera notre prochain refuge ». Avant même de visiter les travaux qui transforment l’ancienne usine de farine du 32 rue Loubon en médiathèque, Wassila en est certaine : ça va lui plaire. La jeune mère, ambassadrice du livre de l’association Peuple et Culture, est venue avec ses collègues découvrir, vendredi dernier, l’évolution des travaux. Un projet qu’elles suivent depuis un an, afin d’apporter leurs idées et leurs besoins.

    Des habitantes du 3e arrondissement et membres de l’association Mot à mot les accompagnent pour visiter le lieu. Les fils qui pendent, les échafaudages et les isolants qui traînent ne semblent pas les empêcher de se projeter. « On s’y voit parfaitement », s’exclame Wassila. En découvrant le puits de lumière et les charpentes apparentes du lieu, Mounira lâche un petit « c’est trop beau ».

    Un peu plus loin, elles pénètrent dans l’espace prévu pour la cuisine et le restaurant, séparé par une baie vitrée de la zone prévue pour la jeunesse. « C’est ce qu’on voulait : un café pour se retrouver où on voit nos enfants », s’enthousiasme Fatiha, mère de 5 enfants, qui suit le projet avec l’association Peuple et Culture depuis un an.

    Puis direction l’étage pour voir les volumes qui deviendront des salles de danse, de lecture, d’éveil sensoriel pour les bébés. Le moment décidé par la directrice de la médiathèque, Coline Meirieu, pour annoncer qu’il y aura des tables de ping pong en extérieur. Ce qui fait germer des idées. « Pourquoi on ne ferait pas des tables pour les échecs aussi ? », propose Fatiha, provoquant l’engouement des participantes. Une idée à laquelle n’avait pas pensé la directrice.

    La parole des habitants

    « On voit qu’il y a eu la parole des habitants qui a été écoutée, applaudit Mounira. Je n’ai jamais vu un projet de bibliothèque aussi varié. ça va vraiment faire vivre le quartier ! ». Elle regrette cependant qu’il n’y ait pas eu plus de communication en amont autour de la concertation, car elle aurait souhaité y participer. Mais c’est enthousiastes que toutes ressortent de la visite. « C’est bien, parce qu’il manquait d’un lieu comme ça dans le secteur. Parce qu’Alcazar, c’est quand même un peu loin », confie Nesrine, habitante du 3e arrondissement.

    Une nouvelle concertation avec les habitants et les associations est prévue le mardi 27 janvier au centre social de la Belle de Mai à 14h pour réfléchir au fonctionnement de l’établissement.