Tag: austérité

  • Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse inquiet mais pas résigné côté projets

    Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse inquiet mais pas résigné côté projets

    Si ce n’est la victoire à la primaire de son favori
    pour l’Élysée, Raphaël Glucksmann, on ne peut pas dire que le contexte actuel ravisse Michaël Delafosse.

    Face à la presse, le maire PS de Montpellier confie volontiers sa double préoccupation du moment : l’austérité du gouvernement qui guette et la menace de l’extrême droite qui plane. « L’extrême droite est mon combat. Je ne veux pas que mon pays tombe entre ses mains. R. Glucksmann a la sincérité de ses engagements. » S’il ne porte pas J.-L. Mélenchon dans son cœur, M. Delafosse tranche. « Le candidat le plus à gauche ou le plus à droite du champ républicain aura mon soutien au second tour face au RN. »

    Voilà qui a le mérite de la clarté quand d’autres jouent aux apprentis sorciers. L’édile PS redit aussi son indignation face à la répression des lycéens. « Il n’est pas acceptable que des jeunes aient perdu la vue ou une main. On a besoin de dialogue », insiste-t-il, solidaire des manifestations sans cautionner les quelques débordements.

    40 M€ pour le Corum

    Ce qu’il juge « inquiétante », c’est aussi la prochaine cure d’austérité d’un État exsangue qui menace les dotations et donc les futurs investissements des collectivités locales. Si le plan du gouvernement est appliqué tel quel, la Métropole de Montpellier perdra 27 millions d’euros de crédits et la Ville, qui a « la dotation la plus faible » rapportée à sa population, 6 millions. Dur mais pas assez pour céder à la résignation. « Soit on se lamente, soit on est churchillien. On va s’adapter, on va y arriver », positive le maire et président. Sans renoncer à ses projets, il prévient toutefois qu’il « va falloir phaser, prioriser nos choix ». Voire réduire la voilure.

    D’autant qu’une tuile n’arrivant jamais seule, les travaux de remise en état du Corum (fermé entre deux et trois mois) sont évalués à 40 millions d’euros. Pas question de renoncer à la promesse de création de 30 000 emplois. Pour cela, le socialiste compte mener à bien les grands chantiers : Service express régional métropolitain (Serm), Ligne à grande vitesse (LGV), Contournement routier ouest (COM)… en mettant en concurrence les répondants souvent gloutons aux marchés publics.

    Des écoles climatisées

    « Il n’y a pas d’acquis, ni de rente à Montpellier. On n’est pas la bête sur qui on vient se servir. » Grâce aux industries culturelles et créatives, au numérique (sortie de la dépendance à Microsoft en vue) ou à la santé (rénovation du CHU), M. Delafosse, qui s’apprête à mener une mission économique au Québec, espère devenir le « territoire le plus rapide pour les implantations d’entreprises ». Il attend aussi une « bonne nouvelle » pour le projet de reprise d’anciens salariés de la librairie Sauramps, liquidée cet été.

    Pour faire des économies, l’édile compte se débarrasser au plus vite du bâtiment de l’ancienne mairie. « Il nous coûte 400 000 euros par an en énergie. » À long terme, il projette d’ouvrir l’espace entre l’Esplanade et Antigone. Dans ce mandat sera mené le réembélissement de la place du Peyrou. Face aux risques climatiques accrus, il promet de poursuivre la « désimperméabilisation » de la ville et pour la première fois, accepte de « climatiser » les écoles trop exposées aux canicules.

    Le logement restera prioritaire. En lançant l’Office foncier solidaire, M. Delafosse s’engage à produire 4 000 logements via le Bail réel solidaire (BRS). Il promet de construire 4 résidences sociales pour les seniors, plus de logements étudiants et, via Altemed, des logements à loyers modérés aux salariés (dispositif In Medio). S’il rappelle que « l’hébergement d’urgence est de la responsabilité de l’État », le maire promet 7 nouvelles pensions de famille et d’ouvrir l’été des lieux frais de repos pour offrir aux sans-abri « quelques heures de sommeil ».

    Enfin, tandis que l’expérimentation sur l’encadrement des loyers arrive à échéance en novembre, M. Delafosse va demander à la poursuivre. « Au-delà des quolibets sur les réseaux sociaux, on me remercie dans la rue de l’avoir fait. Ce n’est pas un frein. Comme la mutuelle communale et maintenant la multirisque habitation communale que nous proposons, c’est une mesure qui protège le pouvoir d’achat de la France qui travaille et peine à se loger. »

  • Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    « Grande souffrance morale », « On est épuisé », « Une détresse psychologique incommensurable », « On risque de liquider l’association »… Ces phrases sont extraites d’une enquête réalisée par les syndicats des employeurs du spectacle vivant de la région Paca (Synavi, Syndeac, SMA, Scène ensemble) visant à sonder la situation financière de leurs adhérents. Les conclusions ont été présentées à la presse, mercredi, à la Friche la Belle de Mai.

    Alors que la Métropole Aix-Marseille, réunie en conseil ce jeudi tente de faire face aux contraintes liées à sa situation budgétaire, les acteurs de la culture boivent la tasse. 23 structures ont répondu à l’enquête, avec les résultats suivants : 252 000 euros de subventions en moins, 8 licenciements actés ou envisagés, 64 contrats d’intermittents supprimés et 2 200h de travail perdues.

    Les syndicats évoquent notamment le dispositif PAM, qui devait permettre la diffusion de spectacles gratuits dans 50 communes métropolitaines. Alors que « des engagements avaient déjà été pris auprès de troupes sur les montants alloués, certains collectifs ont appris l’annulation en septembre ». Opening Nights, un collectif de compagnies proposant des spectacles dans la Métropole, a « annulé quinze dates et perdu 70% de son budget avec la suppression de sa subvention », selon Marie Didiez, de Syndeac.

    Érosion des financements

    « On l’a pas encore dit aux enfants, car on espère encore que ça change », se désole Agnès Loudes, directrice du théâtre Antoine-Vitez, où devait être organisé un festival de théâtre engageant 200 jeunes lycéens du département. La directrice dit avoir pris connaissance « du gel des 23 000 euros de subventions de la Métropole en septembre ».

    « Les copains vont très très mal autour de nous, jamais on a autant entendu parler de reconversions professionnelles », déplore Wilma Levy, représentante syndicale Synavi. Le secteur n’en est en effet pas à sa première déconvenue. Depuis 2023, l’État et les collectivités territoriales réduisent régulièrement les budgets alloués au service public de la culture, souvent considéré comme une variable d’ajustement dans la lutte contre les déficits.

    Dans ce contexte, certains acteurs du secteur estiment que les subventions publiques peuvent devenir un outil de pression. Les syndicats citent l’exemple de la suspension de la subvention départementale de 90 000 euros au festival Actoral, qui se tenait en septembre, à Marseille. Cette décision, prise par la présidente du Département Martine Vassal (DVD) faisait suite à des critiques d’élus d’extrême droite visant la venue de l’essayiste Louisa Yousfi.

    Alors que le projet de loi de finances (PLF) entre en débat au Parlement et prévoit de nouvelles coupes, le Syndeac a annoncé demander un moratoire à l’État pour stopper ces réductions et de se rapprocher de l’objectif de consacrer 1% du budget à la culture (0,67% actuellement).

  • [Exclusif] Les maires menacent d’une fronde face aux nouvelles coupes budgétaires

    [Exclusif] Les maires menacent d’une fronde face aux nouvelles coupes budgétaires

    Lors de son avant-dernier déplacement à Marseille, le 23 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu, avait reconnu que la dernière copie budgétaire du gouvernement pour 2026 était « dure pour les intercommunalités ». « Il est certain que les intercommunalités devront faire l’objet d’une méthode complètement différente pour le budget de l’année prochaine, où alors on viendrait abîmer des territoires où il y a des projets économiques », s’engageait-il. Six mois plus tard, la promesse n’est que très partiellement tenue.

    Comme elle s’y était engagée lors de sa dernière conférence des maires, le jeudi 8 octobre, la Métropole Aix-Marseille a ainsi chiffré précisément, commune par commune, l’impact du projet de loi de finances pour 2027 qui arrive ce mardi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Selon ce document, que La Marseillaise a pu consulter, l’addition s’élève à 93,4 millions pour les communes de l’intercommunalité – dont plus d’un tiers pour la seule Ville de Marseille – auxquels s’ajoutent 45 millions d’euros pour la Métropole elle-même. Et cela sans compter la hausse des cotisations payées à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), qui ajoute quelque 25,5 millions d’euros à l’addition.

    La crainte d’ordonnances sévères

    Certes, comme l’avait promis le Premier ministre, il n’y a plus de contribution spécifique aux territoires industriels, concède le vice-président (LR) de la Métropole chargé des finances, David Ytier. « Mais le projet de loi de finances est hypersévère, plus particulièrement pour le bloc communal, s’alarme-t-il. Pour le territoire, c’est une perte d’environ 170 millions d’euros, c’est colossal ! On double notre contribution au redressement des finances nationales, une contribution qu’on nous prend seulement pour payer les intérêts de l’État. » Le choc est dur pour l’intercommunalité, qui s’attendait à des coupes deux fois moins élevées. D’abord parce qu’elles arrivent après une année budgétaire chaotique de laquelle l’institution ne sort que par un jeu d’écritures comptables, après avoir refusé au mois d’avril de voter son budget face à déjà environ 60 millions d’euros de ponctions de l’État. Ensuite, parce qu’elles s’ajoutent à un mur financier pour l’année à venir qui était déjà chiffré a minima à 150 millions d’euros à trouver. Surtout, « les mesures que l’on vote sur nos recettes sont immédiatement reprises par l’État, on ne peut plus y arriver », soupire David Ytier. Ainsi les 40 millions d’euros cumulés attendus à travers la hausse de la fiscalité sur les entreprises et celle des tarifs de la RTM sont immédiatement aspirés par ces coupes budgétaires.

    « Nous sommes tétanisés, je ne sais pas comment cela va se terminer, souffle aussi l’adjoint (PS) aux finances de la Ville de Marseille, Joël Canicave. Nous préparons le budget 2027 avec des kilos d’incertitude. » D’autant plus qu’il craint un effet domino avec la Métropole, après avoir réussi à éviter une coupe de 36 millions d’euros dans la dotation de solidarité communautaire perçue par la municipalité. « Ce que vont faire les collectivités, c’est qu’elles vont emprunter un peu plus, cela va augmenter la dette, et elles vont réduire leurs investissements, explique-t-il. Cela entraînera une spirale négative, 70% des investissements publics sont faits par les collectivités locales en France ! »

    Une autre inconnue ajoute à l’inquiétude. « En général, le gouvernement passe de premiers documents un peu durs, et ensuite l’Assemblée et le Sénat rectifient un peu les choses », raconte Joël Canicave. « Mais si le budget est adopté par ordonnances, c’est le projet de départ qui est adopté », alerte David Ytier. À l’inverse des projets de loi de finances adoptés par 49.3, où le gouvernement pouvait conserver les amendements qu’il souhaitait. La précision du document original présenté par le gouvernement ne fait que renforcer cette hypothèse, pour le grand argentier de la Métropole.

    Une motion votée

    « Nous sommes arrivés au point de non retour, maintenant, nous allons organiser des actions, annonce tout de go le président des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani. Nous n’allons plus nous laisser faire, c’est terminé. » Tandis que le conseil métropolitain doit voter ce jeudi une motion dénonçant ces coupes budgétaires, il a été chargé lors de la dernière conférence des maires de recueillir les suggestions pour répondre au projet de loi de finances. Avec des propositions qu’il espère rendre à la fin de la semaine. « Des actions sans violence, sans révolution, ce n’est pas notre style, précise-t-il. Mais nous allons bloquer l’état, cela c’est sûr. Nous avons beau essayer de calmer les collègues, ils n’y arrivent plus, ils sont asphyxiés. »

    Et de rappeler les services publics qui risquent d’être touchés : « Derrière ces milliards qu’ils nous volent, ces pourcentages qu’ils nous balancent, il y a la vie ! ».

  • À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    Eh, les gars, on lâche rien ! » Le cri fuse devant les grilles du lycée Alphonse-Daudet. Ce mardi 6 octobre, il est à peine 8 heures et le boulevard Victor-Hugo a des allures de cour de récréation insurgée. Une centaine de lycéens occupent les abords de l’établissement. Pancartes brandies, slogans repris en chœur, un barrage filtrant tient lieu de blocus. « T’as pas cours, toi ? », lance un garçon à son camarade. « Si justement, mais aujourd’hui c’est à nous de tout leur apprendre ! » Éclats de rire. Sous le regard de la police, l’ambiance est bon enfant : « On veut le bac, pas la BAC », ironisent les lycéens. La détermination, elle, ne faiblit pas.

    Après une semaine de blocages et d’interpellations dans les lycées nîmois, les jeunes entendent reprendre la main sur leur mouvement. « On nous fait passer pour des casseurs, mais vous croyez qu’on se lève à 6h pour venir regarder des poubelles ? », s’agace une élève. « On voudrait juste être écoutés pour une fois. » Dans la foule, une pancarte résume l’état d’esprit : « Dans la rue aujourd’hui pour ne pas y être demain. »

    L’école de la désillusion

    Car derrière la colère, il y a du concret. Les salles transformées en fournaises l’été, les plafonds qui s’effritent, les enseignants absents et jamais remplacés. « Au dernier étage, l’été, c’est un sauna. On n’est pas là pour transpirer, on est là pour apprendre ! », ironise un lycéen. Sa voisine enchaîne : « Et après on vient nous parler de nos téléphones comme si c’était le problème numéro un. C’est du foutage de gueule ! » « Et encore, nous, à Daudet, on est plutôt bien lotis, faut être honnête », reconnaît un lycéen. « Allez voir dans les lycées des quartiers populaires, à Mistral ou Darboux. Là-bas, c’est encore pire. On se bat aussi pour eux. »

    Sans oublier Parcoursup, cette machine à sélectionner qui cristallise les angoisses. « On nous répète de travailler pour réussir. Mais même avec de bonnes notes, t’es pas sûr d’avoir une place après le bac. On fait comment, nous ? » À 17 ans, l’avenir a déjà un goût d’incertitude. « On ne demande pas la lune. Juste des profs, des classes correctes et une chance de s’en sortir. »

    La veille, Carole Delga est venue rencontrer une délégation de lycéens à Philippe-Lamour. La présidente de Région a évoqué les travaux à engager contre la chaleur, sans annonce nouvelle. « C’est bien de discuter, mais nous, on veut du concret », résume un garçon.

    Les heures passent. Des élèves d’autres établissements convergent vers Daudet, les chants reprennent de plus belle. Direction le Carré d’art, où quelque 1 500 manifestants se retrouveront à 14h avant de gagner la préfecture, aux côtés des enseignants et des syndicats. « Bon, on y va ? », lance une voix. Les sacs remontent sur les épaules. Ce 6 octobre, les lycéens ont choisi leur salle de classe : la rue. Et leur leçon du jour ressemble furieusement à un cours de lutte sociale.

  • [Entretien] Chloé Barbey, MJCF : « Nous sommes à bout et essayons de faire passer un message fort »

    [Entretien] Chloé Barbey, MJCF : « Nous sommes à bout et essayons de faire passer un message fort »

    La Marseillaise : D’où vient le mouvement des lycéens et quelles revendications portez-vous ?

    Chloé Barbey : Dès l’été, avec l’annonce de la grève de la fonction publique et la mobilisation des fonctionnaires, qui a eu lieu mardi, nous avions décidé de suivre ce mouvement au MJCF. Dès la rentrée, nous tractions et appelions à bloquer les lycées pour cette mobilisation du 29 septembre. Aujourd’hui, la colère s’exprime suite à toutes les réformes macronistes et face à l’état de l’Éducation nationale. Être 35 par classe dans toutes les classes, ce n’est pas possible ! La recommandation, c’est autour de 25 élèves. Il y a le problème des professeurs non remplacés, tout comme celui des assistants d’éducation (AED) et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Il y a aussi la question de l’état des bâtiments des établissements. Au lycée Fourcade à Gardanne, par exemple, notre cantine est beaucoup trop petite. On se retrouve à avoir une heure pour manger, mais nous n’avons pas le temps : entre la queue et le temps que les gens sortent et rentrent… Ce jeudi matin, on bloquait le lycée Valabre, toujours à Gardanne. Et les lycéens parlaient de leur internat, qui est tellement insalubre qu’ils n’en pouvaient plus.

    Ces conditions d’apprentissage pèsent-elles dans la vie quotidienne ?

    C.B. : Imaginez un cours de deux heures de philosophie, de 16h à 18h, quand on est 35 ou 40 dans la classe… C’est dur ! Quand un prof n’est pas remplacé, que ça dure des semaines ou des mois, comment on fait pour le bac ? En réalité, on se rend compte que tout est donné aux établissements privés, les subventions notamment. Tous nos ministres viennent du privé. Parcoursup privilégie le privé. Et le privé, quand on n’a pas les moyens, on n’y va pas. Moi, le privé ne m’intéresse pas, je crois en l’éducation publique.

    In fine, ce sont les mesures austéritaires qui ont touché l’Éducation nationale que
    vous dénoncez
     ?

    C.B. : Oui. Par exemple, il y a cette réforme du bac où l’on doit choisir des spécialisations très tôt. Et quand on n’a pas certaines spécialisations, comme les maths, beaucoup de filières deviennent inaccessibles. Et c’est compliqué de se dire qu’en 1re, il faut savoir exactement ce que l’on veut faire et qu’on ne pourra pas changer d’avis. Petits, nous avons vu les Gilets jaunes puis les mobilisations pour la retraite. Déjà au collège, ça m’inquiétait. On voit que ça ne va pas mieux. Notre mouvement découle un peu de tout ça. Aujourd’hui, les lycées ne fonctionnent plus.

    Il y a eu des débordements autour des blocus ce jeudi, notamment
    à Marseille. Quel est votre regard sur ces évènements
     ?

    C.B. : Le mouvement partait d’un bon fond. Dans beaucoup d’endroits, les lycées ont été bloqués « comme il faut » et sans problème. Je pense qu’il y a une part de médiatisation : rapidement, beaucoup de médias ont voulu orienter les débats sur les violences plutôt que sur nos revendications. Et dès le début, le gouvernement a expliqué qu’il ne laisserait rien passer. Ça a attisé la colère. Il ne faut pas tomber dans le piège de ne plus parler des revendications. Il faut aussi parler de la répression, des violences policières contre les lycéens. Utiliser des armes contre des mineurs… Il ne faut pas abuser. Dans beaucoup d’endroits, les blocages sont pacifiques et ça n’a pas empêché des violences de la part des forces de l’ordre. Ce n’est pas un hasard s’il y a une démonstration de force du pouvoir et une diabolisation de la jeunesse le jour où le gouvernement présente son budget. Oui, il y a eu des débordements et des choses qui auraient dû être évités. Mais nous ne sommes pas juste des lycéens qui ont la flemme d’aller en cours. Nous sommes à bout, nous essayons de faire passer un message fort.

  • Sans surprise, le budget, s’il passe, sera austéritaire

    Sans surprise, le budget, s’il passe, sera austéritaire

    « Pyromane », c’est ainsi que le gouvernement est qualifié par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et le sénateur communiste Ian Brossat. Et pour cause : le projet de budget présenté ce jeudi en Conseil des ministres puis à la presse, prévoit un « effort » affiché de 54 milliards d’euros pour ramener le déficit public de 5,4% à 5% du PIB. Dans le détail c’est « 43 milliards d’euros de mesures de redressement » des finances publiques auxquelles s’ajoutent « la montée en charge de mesures de redressement prises en 2026 » et « antérieurement », amenant l’ensemble à « 54 milliards d’euros » l’an prochain.

    « C’est un effort important », concède le ministre de l’Économie Roland Lescure. « Il n’y a pas, dans ce budget, de hausse générale d’impôts », promet pour sa part le ministre des Comptes publics David Amiel. Puis, avant d’assurer que « nous avons l’une des Sécurités sociales les plus généreuses du monde, et c’est normal », il annonce deux milliards d’euros d’économie. Les retraités feront partie des plus impactés car l’exécutif propose que les pensions supérieures à 1 260 euros ne soient plus indexées intégralement sur l’inflation. Mais aussi de ramener à 3 000 euros le plafond de l’abattement fiscal de 10% sur l’impôt sur le revenu dont bénéficient nos aînés (contre 4 439 euros actuellement).

    Le baiser de la mort

    Alors que la fonction publique a manifesté ce mardi contre le gel du point d’indice, le gouvernement confirme la mesure. La revalorisation des APL est également gelée. L’aide publique au développement (APD) se voit entaillée de 1,85 milliard d’euros. L’écologie et l’agriculture ont, à ce stade, été épargnées par les coupes. Les crédits alloués à la sécurité augmentent de 600 millions d’euros pour atteindre 25,4 milliards d’euros.

    Le PCF compare le chef de gouvernement au président d’extrême droite argentin Javier Milei, actuellement en France : « 54 milliards d’euros de casse sociale : voilà le budget à la tronçonneuse annoncé par Sébastien Lecornu pour 2027. (…) Il faudrait payer toujours plus pour vivre toujours moins bien. Pendant ce temps, les grandes entreprises bénéficient de 2,5 milliards d’euros de contribution en moins. Les niches fiscales sont protégées et les actionnaires se gavent. Refusons ce massacre social. »

    A contrario, l’extrême droite elle, se félicite du plan dévoilé : « Deux nouvelles victoires ! Depuis que j’ai lancé ces combats contre les gabegies de France Travail et de l’aide publique au développement à vos côtés, nous avons contraint le gouvernement à baisser ces dépenses », glousse l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo. Le baiser de la mort pour la macronie.

    « Ce budget est une provocation, rien ne tend la main aux socialistes alors que le gouvernement et le Premier ministre nous a envoyé une lettre il y a peu de temps nous appelant à un compromis », fait valoir Estelle Mercier, députée PS cheffe de file sur le budget de l’État pour son groupe. Reste à savoir qui de l’opposition acceptera de s’allier à l’exécutif pour faire passer ce budget aux mesures inflammables à seulement quelques mois de l’élection présidentielle. Ou si le gouvernement activera le sempiternel article 49.3.

    Nicolas Isnard monte au créneau

    « L’addition est trop lourde » : le constat unanime des élus rassemblés au Congrès de France Urbaine, l’association regroupant les Métropoles et grandes Villes de France, qui s’est tenu jeudi à Paris en même temps que la présentation du projet de budget par le gouvernement. Parmi eux, Nicolas Isnard, président de la Métropole Aix-Marseille Provence, a clamé : « L’heure est grave pour les Métropoles de France. Nous sommes plusieurs institutions à avoir été placées financièrement dans le rouge par un État ruiné qui redistribue un argent dont il ne dispose pas ! » Et de demander « que les territoires industriels comme le nôtre soient mieux protégés. Participer à l’effort national me paraît normal mais à condition que l’on nous donne les moyens de nous réformer en profondeur ».

  • Colère légitime, violences intolérables

    Colère légitime, violences intolérables

    De nombreux lycéens se sont mobilisés hier dans toute notre région, marquant un véritable changement d’échelle du mouvement qui proteste à la fois contre le manque de professeurs, de personnels et de moyens, mais aussi contre l’état de certains lycées ou encore contre Parcoursup, un système de sélection injuste où l’orientation des élèves est confiée à un algorithme opaque.

    Dans ce contexte de colère légitime, des violences graves ont éclaté notamment à Marseille : des personnels de l’Éducation nationale et un marin-pompier blessés, un véhicule des pompiers et un bus incendiés, causant un retrait des agents de la RTM et une paralysie de tout le réseau de transports.

    Ces violences sont intolérables d’autant plus qu’elles touchent des personnes et des biens essentiels aux services publics. Elles sont instrumentalisées pour semer le discrédit et justifier les violences policières.

    Priorité à la jeunesse

    Les provocateurs, les casseurs, les violents, n’ont pas leur place dans un mouvement qui exprime une colère et des revendications légitimes.

    La décision d’imposer des cours en distanciel et de mettre la pression sur les rassemblements spontanés ne règle rien des questions de fond posées par ce mouvement.

    Le gouvernement, minoritaire à l’Assemblée nationale, s’est déjà mis à dos les automobilistes, les fonctionnaires, les retraités, les collectivités territoriales… Le voilà confronté à la jeunesse.

    Aucune des vieilles ficelles libérales, pas plus que la potion amère de l’austérité ne sont en mesure de calmer sa colère et – c’est encore pire – de lui tracer un avenir désirable.

    Ce devrait pourtant être la priorité de notre société.

  • L’exigence d’un meilleur accès aux services publics à Digne

    L’exigence d’un meilleur accès aux services publics à Digne

    « Avant, on avait des services publics qui étaient organisés en fonction des besoins de la population. Aujourd’hui, ils sont organisés en fonction des besoins du capital. Cela crée une inégalité de traitement des citoyens, puisque les services qui ne sont pas rentables sont fermés », a regretté Cédric Volait de la CGT Santé 04, mardi, en marge de la manifestation organisée notamment pour défendre les services publics, déplorant la fermeture régulière des services d’urgence du département pendant la nuit.

    Le syndicaliste était présent lorsque l’Anap (Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux) a présenté les conclusions de son rapport pour identifier de potentielles mesures d’efficience, le 9 juillet. « L’Anap, qui était là uniquement dans un objectif d’économie, a dit qu’ils recommandaient de ne pas rouvrir les urgences la nuit à Manosque, parce que ça coûtait trop cher », regrette-t-il.

    « Nous ne sommes pas agents de l’hôpital public pour générer des profits ou faire des économies », a ajouté Anne-Laure Collado, la secrétaire de la CGT de l’hôpital de Digne. « L’hôpital de Digne est en déficit, pas parce que nous coûtons trop cher, mais parce que les gouvernements successifs ont tout fait pour ne plus le financer », a-t-elle lancé au micro. « Plutôt que de financer le soin et la vie, Macron décide de financer la guerre et la mort. »

    Une délégation reçue

    par la préfète

    Sylvie Mouffok, la secrétaire de Sud PTT 04, alerte de son côté sur deux bureaux de poste « menacés de fermeture » : celui d’Allos et celui de la Javie. « Cet été à Digne a été catastrophique pour la distribution de courrier. Un jour sur deux, il n’y avait pas de tournée », déplore-t-elle. « On est sur un territoire ultra-rural, qui est pénalisé, comme tous les territoires excentrés. Les différentes réformes n’ont pas aidé », regrette Bertrand Perrin, secrétaire départemental du PCF.

    Lionel Lasfargues, secrétaire du Snes-FSU 04, a de son côté déploré le manque d’accès aux cours de français langue étrangère pour les élèves non francophones, pour certains réfugiés politiques. « L’éloignement géographique et les contraintes de transport en milieu rural conduisent à l’affectation de ces élèves dans des établissements de proximité dépourvus » de dispositifs adaptés.

    Une délégation de cinq personnes de FO a été reçue, à midi, par la préfète pour alerter sur « les services publics dégradés » dans le département rural, les fermetures de classe et le manque de moyens de l’hôpital de Digne. « Tous ceux qui dépendent des services publics souffrent, sans parler de l’augmentation du prix du gasoil et de la fermeture des urgences », regrette Agnès Campanella, secrétaire départementale FO 04.

  • Le moment de dire stop

    Le moment de dire stop

    Les sénatoriales qui ont lieu ce dimanche dans nos départements sont, dit-on, des élections de spécialistes. Seul scrutin indirect de notre République, elles mobilisent des « grands électeurs » qui sont pour l’essentiel des élus municipaux.

    Et pourtant, la campagne fut étonnamment dépolitisée. De nombreux candidats ont tenté de convaincre en proclamant leur amour du territoire, leur soutien aux communes ou leur proximité personnelle avec tel ou tel maire.

    Un peu court alors que les collectivités ploient sous le poids des contraintes budgétaires imposées par les budgets d’austérité votés au plan national par les députés et… les sénateurs.

    Révolte

    Les candidats de la droite et du centre ne pourront pas esquiver longtemps le débat. S’ils venaient à être élus, c’est sur la copie budgétaire du gouvernement Lecornu qu’ils auront à se prononcer. Voteront-ils les 54 milliards d’économies et les nouvelles coupes notamment sur les moyens dédiés aux collectivités ?

    Les candidats d’extrême droite ont, quant à eux, bien du mal à cacher les votes du RN à l’Assemblée nationale qui ont validé la perte de 4,9 milliards sur la dotation globale de fonctionnement des collectivités en 2026 avec toutes les conséquences connues sur les services publics locaux et la vie quotidienne des habitants dans la ruralité comme dans les grandes villes.

    Alors, austérité stop ou encore ? C’est la question posée aux grands électeurs ce dimanche. Les communes vont-elles se révolter dans l’intérêt de leurs habitants ? Elles disposent des bulletins de rassemblements des progressistes pour le faire.

  • Crescendo

    Crescendo

    La journée de mobilisation des énergéticiens et gaziers, à laquelle se sont joints les enseignants du supérieur et dans notre région les professionnels de santé, est le premier jalon d’une rentrée sociale qui s’annonce particulièrement combative cette année.

    Le dernier budget de l’ère Macron promet en effet de jeter beaucoup d’huile sur le feu de la colère sociale.

    Après avoir considérablement creusé la dette par leur politique d’injustice sociale, les libéraux qui gouvernent par défaut depuis la dissolution ratée de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, expliquent désormais qu’il faudrait taper les retraités au portefeuille. Des robins des bois à l’envers !

    Retraités « privilégiés »

    Tout en distillant l’idée que les retraités seraient des « privilégiés » par rapport aux actifs, le gouvernement abandonne les travailleurs aux hausses des prix des carburants. Pire, depuis le premier janvier, il a ajouté une taxe aux taxes déjà existantes.

    De quoi ressusciter les Gilets jaunes ? De premiers rassemblements sont déjà annoncés dans les prochains jours, sans attendre le 17 octobre désigné comme une date de mobilisation nationale.

    Avant cela, le 26 septembre, les professionnels de la culture seront dans la rue pour la défense des droits des intermittents notamment. Les agents des services publics et les pompiers ont, quant à eux, prévu de défiler le 29 septembre.

    Pour mettre l’urgence sociale au cœur du débat public, le mouvement social devra créer des convergences et mobiliser crescendo !