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  • Bayrou renversé, Macron au pied du mur

    Bayrou renversé, Macron au pied du mur

    Le rideau est définitivement tombé sur François Bayrou à l’issue d’un dernier acte provoqué par lui-même, lundi 8 septembre, à l’Assemblée nationale. Une écrasante majorité de députés, 364 sur 558 suffrages exprimés, ont refusé de lui accorder la confiance, faisant, de facto, tomber le gouvernement. Ils ont été seulement 194 à voter « pour ». Comme le stipule la Constitution, François Bayrou doit remettre sa démission au président de la République, neuf mois à peine après sa nomination. Il le fera ce mardi. Dans un communiqué, l’Élysée précise qu’Emmanuel Macron « prend acte » du résultat et nommera un nouveau Premier ministre « dans les tout prochains jours. »

    En engageant sa responsabilité, François Bayrou savait qu’il allait à l’échec, ne disposant pas de majorité. « Cette épreuve de vérité, je l’ai voulue », a lancé, bravache, le maire de Pau avant d’enfourcher son dada : la dette. « La France n’a pas connu de budget à l’équilibre depuis 51 ans », a-t-il déclaré pour justifier son « plan pour aller vers le désendettement ». Une cure d’austérité budgétaire de 44 milliards d’euros pour 2026 qu’il avait révélée le 15 juillet. « Vous avez le pouvoir de faire tomber le gouvernement, mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel », a-t-il conclu, en guise d’oraison funèbre. Côté soutiens, Bayrou a reçu celui de son groupe, les Démocrates. Son président, Marc Fesneau, a fustigé les « déficito-spectiques ». Autre allié, le groupe Horizons et Indépendants, par la voix de Paul Christophe, a asséné sa potion amère, celle d’Édouard Philippe : « Nous devons dépenser moins et travailler plus ». Pour les macronistes, Gabriel Attal (Ensemble pour la République), a joué la carte du dialogue avec les socialistes, mais sans les nommer. « Je tends la main et je vous le demande, dialoguons » . Voilà pour les soutiens. Car du côté de la droite LR, pourtant au gouvernement avec Bruno Retailleau, contraint de quitter Beauvau, les votes se sont partagés. Bayrou n’a même pas réussi à faire le plein chez les députés du socle commun : 194 voix sur 210 potentielles. Un désaveu dans le désaveu. Quant à l’extrême droite RN et son supplétif, l’UDR d’Éric Ciotti, Marine Le Pen a martelé son obsession : la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce à quoi Macron se refuse, pour l’instant.

    Si les gauches ont été unies dans le vote « contre », les stratégies pour l’après Bayrou divergent fortement. Boris Vallaud (PS) a déclaré que « les socialistes sont prêts, avec la gauche et les écologistes, à gouverner ». Il se tourne vers les députés du socle commun : « Acceptez le désir de changement des Français. Comme socialistes, nous ne nous déroberons pas ». Pour les députés écologistes, Emmanuel Macron doit « nommer un premier ministre issu du Nouveau front populaire », la coalition des gauches arrivée en tête aux législatives anticipées en juin 2024. Mais la présidente du groupe, Cyrielle Châtelain, prévient : « Le dialogue, toujours, la compromission, jamais ». La présidente du groupe FI, Mathilde Panot, a été plus cinglante : « Tous ceux qui tenteront de sauver le soldat Macron tomberont ». Pour la députée insoumise, avec la chute de François Bayrou, « le mouvement du 10 septembre aura obtenu une victoire avant son commencement ».

    Le mouvement social ne peut, en effet, rester en marge. Stéphane Peu (PCF), rappelle que les Français « souhaitent que l’on change de politique ». Le président du groupe Gauche démocrate et républicaine estime ainsi majeurs les rendez-vous sociaux des 10 et 18 septembre, avec notamment une intersyndicale à nouveau unie pour la justice sociale. « L’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi grand depuis 30 ans », a insisté le député, remettant au mitan un enjeu cardinal.

    « Les socialistes sont prêts, avec la gauche et les écologistes, à gouverner. Qu’il vienne nous chercher ! »

  • Le Premier ministre François Bayrou renversé par les députés

    Le Premier ministre François Bayrou renversé par les députés

    Le rideau est définitivement tombé sur François Bayrou à l’issue d’un dernier acte provoqué par lui-même, lundi 8 septembre, à l’Assemblée nationale. 364 députés ont voté « contre » la confiance, dont l’ensemble des députés des quatre groupes de gauche : PS, FI, Les Écologistes, Gauche démocrate et républicaine (qui comprend les communistes). Ils ont été 194 députés à voter « pour ». Très largement insuffisant pour François Bayrou, qui doit quitter Matignon. Comme le stipule la Constitution, François Bayrou doit, en effet, remettre sa démission et celle de son gouvernement, au président de la République, à peine neuf mois après sa nomination. Il devrait le faire mardi 9 septembre.

    En engageant sa responsabilité, le Premier ministre savait qu’il allait à l’échec, ne disposant pas de majorité. « Cette épreuve de vérité, je l’ai voulue » a lancé, bravache, le maire de Pau avant d’enfourcher son dada : la dette. « La France n’a pas connu de budget à l’équilibre depuis 51 ans », a déclaré le Premier ministre pour justifier son « plan pour aller vers le désendettement ». Un plan d’austérité budgétaire d’un montant de 44 milliards d’euros pour l’année 2026 qu’il a révélé le 15 juillet. « Vous avez le pouvoir de faire tomber le gouvernement, mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel », a-t-il encore déclaré aux députés en guise d’oraison funèbre.

    Désormais, la balle est dans le camp du président de la République. Emmanuel Macron, qui exclut de démissionner, a deux options : nommer un nouveau Premier ministre ou dissoudre l’Assemblée nationale.

  • Enterrer le « musée des horreurs » de Bayrou

    Enterrer le « musée des horreurs » de Bayrou

    Suppression de deux jours fériés. Monétisation de la 5e semaine de congés payés. Déremboursements et franchises. Détricotage des droits à l’Assurance chômage. Restriction du champ de l’Aide médicale d’État (AME)… Balancée le 15 juillet sans aucune concertation, la grenade dégoupillée par François Bayrou semble sur le point de lui exploser en pleine figure.

    Depuis le dévoilement de son projet de budget d’austérité sous couvert de réduction d’une dette que les macronistes ont eux-mêmes contribué à creuser, la colère sociale n’a cessé de monter. À la journée d’initiative citoyenne « Bloquons tout » du mercredi 10 septembre s’est ajoutée une journée de grèves et de mobilisations intersyndicales jeudi 18 septembre. Pour couper l’herbe sous le pied des citoyens et des travailleurs, le Premier ministre tente un coup de poker désespéré. Le 8 septembre, son gouvernement demandera un vote de confiance de l’Assemblée nationale.

    Autant dire que les jours à Matignon du président du Modem sont comptés. À gauche, ni le PCF, ni Les Écologistes ni même le PS – qui avait pourtant refusé de voter la censure en laissant une chance au conclave d’aboutir sur la réforme des retraites (en vain) – n’accorderont pas davantage de crédit à François Bayrou (lire p.8). Il en va de même de La France Insoumise (LFI) qui, à la différence des autres formations de gauche, appelle Emmanuel Macron (qu’elle rêve de voir destitué) à dissoudre une seconde fois l’Assemblée nationale. Pas davantage de confiance à attendre du Rassemblement national. Loin de s’opposer à l’austérité ou de vouloir mener une politique sociale plus juste, l’extrême droite a fait ses petits calculs et espère sortir vainqueur du chaos démocratique.

    Un socialiste à Matignon ?

    Après avoir prétexté n’avoir pu recevoir les chefs de partis politiques cet été en raison des vacances, François Bayrou, en plus de sa tournée désespérée des plateaux TV, vient de lancer avec eux une série de rencontres de la dernière chance. Un probable chant du cygne. Car si les Républicains restent divisés sur le sujet, l’issue du vote du 8 septembre ne fait guère de doute. Le président de la République, qui pourrait être refroidi à l’idée d’une nouvelle dissolution, cherche déjà son prochain Premier ministre. Sera-t-il enfin issu de ce qu’il reste du Nouveau Front populaire (NFP), bloc de gauche qui, bien que sans majorité absolue, était arrivé en tête des élections législatives 2024 ? Le PS d’Olivier Faure croit son tour arrivé. Ces derniers jours, le « contre-budget » des socialistes a été mis en avant. Plutôt que 44 milliards d’euros d’économies sur le dos des seules classes populaires et moyennes, le PS vise 29,9 milliards de recettes en mettant à contribution les ultra-riches (taxe Zucman, Gafam…). Pour redonner de l’air et du pouvoir d’achat, le PS souhaite en injecter 19 dans les services publics à l’os. Une feuille de route budgétaire qu’il faudrait dans tous les cas négocier point par point à l’Assemblée…

    De toute évidence, le scénario reste incertain et la balle sera bientôt dans le camp d’Emmanuel Macron. Mais quoi qu’il advienne, le mouvement social a son mot à dire et tout intérêt à maintenir la pression pour n’encourager personne à conserver « le musée des horreurs » de François Bayrou, comme le qualifie l’intersyndicale. Avec l’espoir d’insuffler enfin un changement de ligne politique pour plus de justice sociale. Le mécontentement est perceptible. Il a pris une première forme en août avec l’initiative citoyenne d’une journée de blocage le 10 septembre. Parti des réseaux sociaux sous l’influence de réseaux souverainistes, l’appel semble avoir évolué pour mettre en avant des revendications progressistes. En témoignent les débats des assemblées générales qui se sont tenues à Montpellier notamment (p.6).

    La CGT prépare déjà le 18

    À l’instar de la CGT, plusieurs syndicats appellent eux aussi leurs salariés à mener des actions dans les entreprises mercredi 10 septembre. Deux rassemblements sont déjà prévus à Montpellier (11h, place de la Comédie) et Béziers (11h, Bourse du travail). Mais dans l’Hérault, Serge Ragazzacci reconnaît travailler davantage en intersyndicale à la grande journée de grèves et mobilisations du jeudi 18. « On a déjà beaucoup de préavis dans le public. On veut des appels dans le privé et gagner la grève. 100% de mécontents, ça ne fait pas 100% de grévistes. Il y a parfois de la résignation… », rappelle le secrétaire héraultais de la CGT. Pour lui, Bayrou ou un autre, c’est le moment de se faire entendre pour changer d’axe politique. « En 30 ans, la fortune des plus riches a été multipliée par trois, le PIB par deux. Pas le Smic. Ce n’est pas un problème de dette mais de répartition des richesses. Il est temps de redonner du pouvoir aux contre-pouvoirs. »

  • François Bayrou, seul en scène, s’enferre

    François Bayrou, seul en scène, s’enferre

    Depuis lundi et son annonce surprise et théâtrale d’engager la responsabilité de son gouvernement le lundi 8 septembre devant l’Assemblée nationale pour faire admettre une purge budgétaire XXL (44 milliards d’euros de coupes en 2026), François Bayrou déroule son scénario qu’il nomme volontiers « moi ou le chaos ».

    Pour l’heure, c’est peu dire qu’il ne convainc pas. Ni la majorité des députés (où ses soutiens sont minoritaires), ni les citoyens. Les Français, dans deux sondages, sont seulement 27% à « espérer » que le Premier ministre reste à son poste (Elabe) et 63% réclament une nouvelle dissolution (Ifop), après celle, rocambolesque, décidée en juin 2024 par le président de la République.

    Sur TF1, mercredi soir lors du 20h, François Bayrou a joué une nouvelle scène de son drame en plusieurs actes en exhortant la représentation nationale à partager son constat : « Oui ou non, est-ce que la situation de la France -écrasée sous la dette- mérite qu’on y réponde ? »

    « Entier soutien »

    du président Macron

    Pour le locataire, en sursis, de Matignon, le 8 septembre n’est pas un vote de confiance. « C’est une déclaration de politique générale par laquelle le gouvernement s’adresse à l’Assemblée nationale pour dire voilà notre volonté. C’est sur ce constat de situation qu’ils doivent voter. La question est simple et ma conviction est qu’il est impossible de porter la politique de redressement du pays s’il n’y a pas un minimum d’accord sur ce choix. » S’opposer à son constat reviendrait à être irresponsable, selon lui. Dans cette commedia dell’arte, que le syndicat CGT qualifie de « diversion » pour ne pas répondre à l’urgence de la question sociale, le président Emmanuel Macron épaule son allié centriste depuis 2017. Mercredi matin, lors du conseil des ministres -qui a formellement autorisé François Bayrou a engagé la responsabilité de son gouvernement via l’article 49-1-, le chef de l’État a apporté « son entier soutien à la démarche selon laquelle il faut qu’on se mette d’accord sur la nécessité de retrouver une trajectoire des finances publiques plus conforme avec l’idée que nous nous faisons de notre souveraineté budgétaire », a rapporté la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas. Et de reprendre l’argumentaire de son Premier ministre selon lequel le vote du 8 septembre sera un vote « sur les principes » des économies budgétaires et non sur les mesures détaillées le 15 juillet dont la suppression de deux jours fériés, de 3 000 postes de fonctionnaires, d’une année blanche sur les retraites etc. François Bayrou est prêt à recevoir les chefs de partis et des groupes parlementaires à partir de lundi prochain. Mais « il y a une question a posé avant les négociations : est-ce qu’on est d’accord sur la gravité des choses ? », a-t-il encore martelé. Le patronat lui apporte son soutien. Dans son discours d’ouverture de la 7e Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef, le président de l’organisation patronale Patrick Martin s’est dit « consterné » par « les premières réactions politiques » négatives à l’annonce du Premier ministre. Elles « surajoutent à notre inquiétude et nous éloignent de l’acte offensif indispensable au rétablissement de notre pays », a-t-il lancé. François Bayrou est attendu parmi les patrons cet après-midi. Il y confirmera sans doute sa volonté de ne pas toucher à la politique de cadeaux fiscaux qui depuis 2017 a pourtant mis le pays et les Français dans l’ornière.