Tag: assemblée nationale

  • Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    « Maintenant, au travail », répète Sébastien Lecornu en quittant l’Assemblée nationale direction l’hôtel de Matignon. Le Premier ministre peut souffler, il a échappé ce jeudi, et par deux fois, à la censure. Le texte porté par LFI et soutenu par et soutenu par le PCF, EELV et Génération.s, a été rejeté par 271 voix sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité. Seules 18 voix ont manqué pour faire chuter le gouvernement. Le texte déposé par le RN n’a recueilli que 144 voix.

    « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte. (…) Nous ne renonçons à rien et si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet », a justifié durant le débat le député socialiste Laurent Baumel, au nom de son groupe. Après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites, le PS avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. Si sept élus ont néanmoins désobéi aux consignes, ces voix n’ont pas réussi à faire basculer le vote.

    À gauche, peu croient au pari du PS. « Ce que vous appelez suspension n’est en réalité qu’un ralentissement cosmétique », affirme la députée écologiste Léa Balage El Mariky. Pour Aurélie Trouvé, ce « n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge », conspue la députée insoumise. D’autant que le camp présidentiel, du moins ce qu’il en reste, n’a pas l’intention de lâcher sa seule réforme d’ampleur. « Nous nous exprimerons sans trembler, sans hésiter, sur la suspension de la réforme des retraites que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière », prévient à la tribune Paul Christophe, député Horizons. « Ne pensez pas que nous pourrons accepter tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites », renchérit Jean-Didier Berger, député LR.

    « La direction du Parti socialiste porte une responsabilité historique », lance à la sortie de l’hémicycle Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI. Elle appelle les militants, électeurs et « la jeunesse » socialiste à « rompre les rangs avec la direction du Parti socialiste et à venir aider le pôle de résistance ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé le dépôt, dans la foulée, d’une troisième motion de destitution visant Emmanuel Macron.

    Désormais, place au débat budgétaire, qui débute lundi et s’annonce pour le moins tendu. Les premières annonces du gouvernement font craindre le pire. Car il prévoit 30 milliards d’euros « d’effort » à travers le gel des prestations sociales, le doublement des franchises médicales, les suppressions de milliers de postes dans l’Éducation nationale… En bref, « un budget à l’image de ces huit dernières années : dur pour le monde du travail et les services publics, doux pour le capital et les plus riches, juteux pour l’industrie de la guerre et l’armement. Il faut tout faire pour le combattre, par tous les moyens, au Parlement comme dans la rue !  », fait valoir Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

    Journée d’action des retraités prévue le 6 novembre

    Face à un budget austéritaire et antisocial, la fronde s’organise. « Le budget présenté par M. Lecornu est catastrophique. Il est même sur certains points encore plus violent que le budget de François Bayrou. (…) Il faut absolument le modifier en profondeur », estime Sophie Binet ce jeudi matin, sur France 2. « Il va falloir se mobiliser. (…) La mobilisation va commencer dès le 6 novembre prochain, avec les retraités, qui organisent une journée d’action », annonce la secrétaire générale de la CGT. « Ça va être les premières victimes de cette explosion des frais de santé, parce que c’est eux qui ont besoin de se soigner le plus. En plus, ils ont une désindexation de leurs pensions pour 2026. Et en plus, cette désindexation, elle est gravée dans le marbre », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Et la dernière chose, c’est que les retraités aussi auraient une forte augmentation de leurs impôts, avec une remise en cause des abattements. »

    « Si on fait le cumul de ces trois mesures, on voit que les retraités sont dans le viseur. Tout ça parce qu’on refuse d’aller taxer les plus riches et d’affronter les multinationales et les rentiers », martèle la dirigeante syndicale.

    Dans un communiqué, l’USR CGT réclame, entre autres la revalorisation de toutes les pensions de retraite de 10%.

  • Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Le calcul est simple : pour renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu ce matin, la motion de censure déposée par les députés insoumis, communistes et écologistes doit recueillir 289 voix, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Si les députés RN et UDR la votent, le résultat sera de 265 voix. La motion sera rejetée et le sursis de Lecornu prolongé. Le groupe socialiste et ses 69 membres, qui a obtenu la suspension de la réforme des retraites contre une non-censure, devrait en effet manquer à l’appel. Sauf que des dissidences sont toujours possibles. Mais seuls trois députés socialistes sur 69, selon le patron du PS Olivier Faure, devraient voter la censure, malgré la consigne du parti, et répondre ainsi l’appel « à désobéir » lancé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Y aura-t-il des dissidents chez les LR ? Même si le gouvernement compte six ex-membres LR (ils ont été exclus), Bruno Retailleau a dit que son parti se battra « pied à pied pour combattre » la suspension de la réforme des retraites.

    « Suspendre ce n’est pas renoncer »

    Aussi, sans surprise, l’accueil du Premier ministre mercredi au Sénat pour sa déclaration de politique générale a été glacial. Il a notamment proposé de confier la gestion du système de retraites aux syndicats et organisations patronales. Face à un hémicycle dominé par une alliance entre la droite et les centristes, où les macronistes sont très peu nombreux, Sébastien Lecornu a été très peu soutenu, applaudi seulement par une vingtaine de parlementaires. Sa proposition mardi de suspendre la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle a notamment fait grincer les sénateurs LR. Le Premier ministre a fait valoir que « suspendre, ce n’est pas renoncer » à la réforme et mis en avant la « stabilité » générée par cette initiative après des journées de crise politique arguant de la non-censure des socialistes. Le sénateur communiste Ian Brossat a fait part de sa crainte de voir la droite sénatoriale s’entendre avec les députés LR et macronistes pour enterrer la suspension. « La suspension de la réforme des retraites sera remise en cause en Commission mixte paritaire, où la droite est majoritaire » a déclaré sur X le porte-parole du PCF.

    Les petits calculs

    de l’extrême droite

    La présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, qui a vu son recours contre sa peine d’inéligibilité rejeté hier par le Conseil d’État, estime que si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ». L’extrême droite mise sur des législatives anticipées et des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir, appliquer son programme xénophobe de « préférence nationale » et s’accorder surtout, en priorité, une amnistie judiciaire.

    Le Parlement va dans les prochains jours entrer en terrain inconnu avec la promesse du Premier ministre de lui laisser le dernier mot. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a-t-il répété aux parlementaires. Le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution qui a permis l’adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022.

    « Maintenant que la balle est dans le camp de l’Assemblée ce serait quand même assez abracadabrantesque qu’on ne puisse pas aller au vote de notre fait », a averti la présidente de la chambre basse Yaël Braun-Pivet. Les majorités risquent en outre d’être variables en fonction des sujets et de… l’assiduité des parlementaires. « Les semaines qui viennent vont être très dures, j’ai dit à mes députés qu’il faudra être là tout le temps », anticipe le patron du groupe PS Boris Vallaud. Déjà la suspension de la réforme des retraites n’est à ce stade qu’une annonce. Sébastien Lecornu s’est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait « dès le mois de novembre » aux députés par un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Face à l’opposition ou a minima l’abstention d’une large partie du socle commun – camp présidentiel et LR -, le RN et LFI n’ont pour l’instant pas confirmé qu’ils voteraient cette suspension alors qu’ils accusent les socialistes de « trahison » et qu’ils y voient un renoncement par rapport à l’abrogation qu’ils défendent. Pour Manuel Bompard, passer par un amendement veut dire que le PS devra voter le PLFSS « le plus brutal de ces 30 dernières années ». Le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée Éric Coquerel a lui demandé au gouvernement qu’il « s’engage sur une loi spécifique » si le PLFSS n’aboutissait pas. Mais pour les socialistes, « peu importe le véhicule », « sans suspension il n’y a pas de gouvernement », a prévenu Boris Vallaud.

    Au-delà de leur « victoire » revendiquée sur les retraites, les socialistes entendent mener bataille, vote par vote, contre le gel du barème de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales ou encore le doublement des franchises médicales. Ces mesures font partie de l’effort budgétaire prévu par le gouvernement d’une trentaine de milliards d’euros, dont 14 milliards de nouveaux prélèvements obligatoires.

  • Le PS conditionne la non-censure à la suspension de la réforme des retraites

    Le PS conditionne la non-censure à la suspension de la réforme des retraites

    Censurera, censurera pas ? Quelques heures avant la déclaration de politique générale de Sébastien Lecornu, le Parti socialiste conditionne la chute du gouvernement à une suspension de la réforme des retraites.

    « Nous demandons clairement la suspension immédiate et complète de la réforme des retraites. Il faut que les choses soient claires et que chacun prenne ses responsabilités. Alors que les Français ont donné la priorité à la gauche, depuis un an, trois Premiers ministres de droite se sont succédé, et aujourd’hui nous en sommes au quatrième. Il est temps que le Président accepte une idée simple : quand on a perdu les élections, on ne peut pas vouloir imposer ses décisions », assure Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste sur France 5 ce lundi soir.

    Lors d’une réunion avec les chefs de parti vendredi, Emmanuel Macron avait esquissé une concession : un décalage dans le temps de « la mesure d’âge » de départ à la retraite (passage progressif à 64 ans), symbole de son deuxième quinquennat. Un geste insuffisant aux yeux du PS, qui veut à la fois une suspension de la mesure d’âge légal et de l’accélération de la hausse du nombre de trimestres cotisés. Sur ce point, les socialistes vont plus loin que la CFDT.

    La CGT demande l’abrogation

    La CGT elle, demande l’abrogation de cette loi contre laquelle des millions de Français ont manifesté. « Le décalage reviendrait à confirmer les 64 ans dont l’application ne serait que décalée de quelques mois, au mépris de la mobilisation de millions de travailleurs et de travailleuses. La seule réelle suspension de la réforme des retraites c’est le blocage immédiat, par la loi, à 62 ans et 9 mois et 170 trimestres, qui doit ensuite permettre au parlement de voter son abrogation », pousse la centrale syndicale de Montreuil dans un communiqué.

    Une fois de plus, les socialistes sont faiseurs de roi, attendus au tournant par leurs (ex) partenaires du Nouveau front populaire. Une motion de censure a été déposée ce lundi matin par les insoumis, communistes, écologistes et Génération.s. Reste à savoir ce que feront les Roses. Leurs voix seront déterminantes pour faire chuter (ou pas) le gouvernement.

    Accusés d’avoir scellé un accord de non-censure avec la présidence, ils nient en bloc et qualifient l’information élyséenne « d’intox ». « Une partie des socialistes sont prêts à se faire acheter », a accusé le chef du RN, Jordan Bardella, dont le parti d’extrême droite réclame la dissolution. « Si nous devons aller aux urnes dans les prochaines semaines, nous irons sans crainte. Nous sommes prêts. Et nous vous battrons, comme nous vous avons déjà battus en juillet 2024 », rétorque le secrétaire général du parti Pierre Jouvet.

  • Lecornu II : dernières heures avant la chute ?

    Lecornu II : dernières heures avant la chute ?

    Comme à l’accoutumée depuis la dissolution ratée de juin 2024, c’est une semaine cruciale qui s’ouvre pour le gouvernement en place. Le premier Conseil des ministres de cette équipe fraîchement nommée se tient ce mardi matin à l’Élysée, autour du président. Seront ainsi présentés les deux projets de budget, de l’État et de la Sécurité sociale, afin qu’ils puissent être transmis dans les temps au Parlement.

    « Notre seul objectif et seule mission » est « de surpasser et de dépasser cette crise politique » qui « sidère », et ce avec « sobriété » et « humilité », en mettant « les ego de côté », a déclaré le Premier ministre, en introduction d’une réunion de son nouveau gouvernement à Matignon, lundi après-midi. Il avait auparavant demandé des passations de pouvoir « sobres » qui se sont déroulées au moment du déjeuner, sans presse ni invités. Et, a fortiori, sans règlements de compte… La priorité pour le chef de gouvernement est de « donner un budget à la France d’ici la fin de l’année », assène Sébastien Lecornu. Parallèlement, la commission des Finances de l’Assemblée nationale, présidée par le député LFI éric Coquerel, commence ses auditions ce mardi.

    Puis, vient le moment de vérité. Le Premier ministre est ensuite attendu à l’Assemblée nationale, où il prononcera son discours de politique générale à partir de 15 heures. Les socialistes y attendent notamment la suspension « immédiate et complète » de la réforme des retraites de 2023. Si tel n’est pas le cas, les députés PS pourraient voter la censure déposée par leurs partenaires de gauche (lire ci-contre).

    Macron s’en prend

    aux oppositions

    De son côté, comme à son habitude, l’artisan du chaos en cours renvoie la responsabilité à ses opposants. « Je trouve que beaucoup de ceux qui ont nourri la division, les spéculations, n’ont pas été au niveau du moment où vit la France et de ce qu’attendent les Françaises et les Français », a insisté le chef de l’État à son arrivée en Égypte, pour assister à un « sommet pour la paix » à Gaza. « Les forces politiques qui ont joué la déstabilisation de Sébastien Lecornu sont les seules responsables de ce désordre », a-t-il osé. Les réactions ne se sont pas fait attendre. « Comment cet homme méprisant le peuple, plus préoccupé par les marchés que par les Français, peut-il encore se dédouaner de ses responsabilités. Emmanuel Macron est le seul responsable et coupable du chaos », conspue Stéphane Peu, co-président du groupe communiste à l’Assemblée.

    Le locataire de l’Élysée persiste et signe, demandant « à tout le monde de se ressaisir, de travailler avec exigence, respect ». Interrogé sur une possible dissolution en cas de nouvelle chute du gouvernement, il a assuré ne « faire aucun pari ». « Je souhaite que le pays puisse avancer dans l’apaisement, la stabilité, l’exigence et le service des Français », a encore déclaré le président.

    130 ministres nommés depuis 2022

    Ces nouvelles accusations en irresponsabilité ne passent pas. « L’arrogance et l’absence totale de remise en question d’Emmanuel Macron sont des cas d’école à enseigner sur la toxicité de la Ve République. Son refus d’admettre sa défaite est le seul responsable du chaos actuel, mais il prétend incarner la stabilité. Hallucinant », tacle la patronne des Écologistes Marine Tondelier.

    En réunissant pour la première fois ses troupes, Sébastien Lecornu les a remerciés « d’avoir accepté de rentrer au gouvernement de la République dans un moment qui, on le sait, est difficile ». Et pour cause, cette nomination a des airs de mission d’intérim. Celui qui a participé à tous les gouvernements depuis 2017, sans discontinuer, le sait mieux que quiconque. Peu de doutes subsistent sur la durée de vie de ce nouvel effectif. Hasard du calendrier ou pas, l’AFP a compilé, lundi, des données qui donnent le vertige. Depuis la réélection d’Emmanuel Macron en mai 2022, 130 personnalités se sont succédé au gouvernement, brisant déjà, à un an et demi de la prochaine présidentielle, le record absolu de ministres nommés sous un mandat présidentiel sous la Ve République. Une énième preuve, s’il en fallait, de l’instabilité chronique dans laquelle Emmanuel Macron a plongé le pays.

  • L’extrême droite RN veut « tout censurer »

    L’extrême droite RN veut « tout censurer »

    Le Rassemblement national rejoue la même scène que lors de la dissolution de juin 2024, décidée de façon ubuesque par Emmanuel Macron, au soir des résultats des élections européennes où le RN était arrivé en tête de ce scrutin à un tour. Le risque d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite avait alimenté le débat public et avait poussé les gauches à s’unir pour les législatives anticipées, au sein du Nouveau front populaire (NFP). Une union qui arrivera en tête, le 7 juillet 2024, mais sans être appelée à Matignon par Macron.

    Plus d’un an après, et alors qu’il fait son miel de l’instabilité politique et de la crise de régime, le RN ne change pas de disque et se dit toujours « prêt à gouverner ». Mais pour cela, une nouvelle dissolution est un préalable indispensable. Or, elle dépend, comme le stipule la Constitution, du seul chef de l’État. Aussi, entendre, mercredi matin, Sébastien Lecornu dire que la perspective d’une dissolution s’éloignait, a fait sortir de ses gonds l’héritière de Montretout. Elle a déclaré dans la foulée qu’elle « censurerait tout » ce qui émane du gouvernement, même si elle a dit prudemment être favorable à une suspension de la réforme des retraites, avancée par le dernier carré des macronistes. « Je suis heureuse de cette suspension si elle intervient », a-t-elle déclaré en marge d’une visite au sommet de l’élevage, à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme). Pour autant « je censure tout. Là, maintenant, stop. La plaisanterie a assez duré », a-t-elle ajouté. Le président du RN Jordan Bardella a déclaré dans quasiment les mêmes termes sur le réseau X que « la seule solution, c’est le retour aux urnes. Stop aux tractations, place aux élections et à la dissolution de l’Assemblée nationale ».

    Marine Le Pen, qui a refusé de rencontrer Lecornu, a également précisé que « si les Français nous veulent, nous sommes prêts et nous enverrons Jordan Bardella qui constituera un gouvernement de coalition. »

    Coalition avec qui ? Pour l’heure, le parti lepéniste n’entre pas dans les détails mais à droite, les digues sont en train de rompre, Bruno Retailleau (LR) en tête, mais aussi la sénatrice LR Sophie Primas, ancienne porte-parole du gouvernement Bayrou, qui a dit mercredi sur RTL qu’elle était prête à gouverner avec l’extrême droite, en affirmant que « nous n’avons pas que des désaccords avec le Rassemblement national ». Gravissime et symptomatique d’une bascule de la droite dite traditionnelle.

  • Les gauches divisées sur la stratégie à mener

    Les gauches divisées sur la stratégie à mener

    Ira, ira pas ? Si la nomination d’un ou d’une Premier(e) ministre issue de la gauche relève, formellement, du choix du président de la République, Emmanuel Macron pourrait finir par y être contraint. Une option qu’il a toujours refusée avec entêtement, bien que la coalition du Nouveau front populaire (NFP) soit arrivée en tête le 7 juillet 2024 à l’issue du second tour des législatives anticipées.

    L’hypothèse est sur la table, mais le paysage au sein des gauches est morcelé et des différences stratégiques majeures éclatent. La menace de l’extrême droite, de plus en plus avide de pouvoir, ressoudera-t-elle les rangs ? À voir.

    « Mener une politique

    de progrès »

    Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion, mercredi, tous les représentants des formations de gauche, à l’exception notable de la France insoumise, se sont déclarés « prêts à gouverner ensemble pour mener une politique de progrès social et écologique et de justice fiscale, où nous redonnerons toute sa place au Parlement ». Du côté des insoumis, la stratégie est de pousser le président de la République à la démission. Mais sa motion de destitution d’Emmanuel Macron, soumise au Bureau de l’Assemblée, a été jugée irrecevable mercredi. La présidente des députés de la France insoumise, Mathilde Panot, a assuré que son groupe censurerait « tout gouvernement qui continuerait la politique macroniste », estimant qu’Olivier Faure n’obtiendrait « que des miettes » en négociant avec Lecornu.

    De son côté, Marine Tondelier, qui tente de rabibocher PS et insoumis, a mis en garde contre l’« ultime provocation » que constituerait la nomination d’un Premier ministre macroniste. Il ne « ne tiendrait pas une minute. Ils le savent, on le sait, tout le monde le sait, donc on va arrêter de faire semblant. La seule solution aujourd’hui, c’est un premier ministre de gauche et écologiste », qui aurait « un soutien populaire », a-t-elle assuré, plaidant pour « une cohabitation ». Elle a précisé qu’être en cohabitation signifiait avoir « un gouvernement avec des ministres issus des groupes de gauche et écologistes », écartant l’hypothèse de tout ministre macroniste au gouvernement.

    La perspective d’une suspension de la réforme des retraites, premier pas vers son abrogation réclamée notamment par le responsable du PCF Fabien Roussel (lire par ailleurs), est au cœur du débat. Une réforme rejetée par les Français et un combat cardinal à gauche et dans le mouvement social.

  • [Entretien] Fabien Roussel: «Nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites»

    [Entretien] Fabien Roussel: «Nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites»

    La Marseillaise : Qu’avez-vous dit ce mercredi matin à Sébastien Lecornu ?

    Fabien Roussel : Nous lui avons réaffirmé, pour la troisième fois, que si nous étions là, c’est parce que nous voulons trouver des solutions pour le pays, sortir de la crise économique, sociale, mais aussi politique. Dans cet état d’esprit, nous sommes ouverts au dialogue. Mais surtout, nous lui avons redit que nous voulons un changement politique. Et nous avons réaffirmé deux points qui nous semblent essentiels : nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites et nous voulons un Premier ministre de gauche. Mais bien sûr, nous sommes prêts à travailler à des compromis, à des majorités, en laissant le Parlement travailler sans utiliser le 49.3.

    Quelle réponse vous a-t-il adressée ?

    F.R. : Il prend note et il dira ce soir [mercredi, Ndlr.] au président de la République s’il y a matière à construire une coalition, ou s’il faut dissoudre l’Assemblée nationale en l’absence de compromis possible ou d’accord de non-censure possible. La question de la censure se pose non pas à nous, qui sommes prêts à faire des compromis, mais plutôt aux députés Renaissance qui eux, depuis Gabriel Attal, ont toujours dit qu’ils censureraient a priori un gouvernement de gauche. Je demande aux députés Renaissance : quel prix sont-ils prêts à payer pour ne pas avoir de dissolution ? Sont-ils prêts à accepter l’abandon de la réforme des retraites qu’ils ont défendue pour donner de la stabilité au pays ? C’est à eux que je pose la question.

    À quels compromis êtes-vous prêts ?

    F.R. : À partir du moment où il n’y a pas de 49.3, il faut accepter qu’il y ait des débats à l’Assemblée nationale. Chaque camp doit accepter qu’il gagnera des débats, mais qu’il en perdra aussi. Chaque groupe doit accepter qu’il ne pourra pas mettre en œuvre tout son programme et rien que son programme, à moins d’avoir une majorité absolue. Le Parlement sert à cela, à construire des majorités sur des textes. Les députés de gauche et écologistes se battront tous ensemble contre le doublement des franchises médicales, et nous verront bien comment les députés de droite et d’extrême droite se positionneront. De la même manière, si l’abrogation de la réforme des retraites est soumise au vote, nous verrons bien qui la vote ou pas. Nous, nous disons qu’il y a une majorité à l’Assemblée nationale pour la voter. Et enfin, quand il y aura le débat sur la taxation du capital, via l’ISF, taxe Zucman, ou autre forme de fiscalité, en l’absence de 49.3, il y aura forcément un vote majoritaire. La gauche défendra ces mesures de justice, mais que voteront les députés du Rassemblement national, eux qui ont toujours été les alliés du capital ? L’absence de 49.3 sur tous ces sujets est quelque chose d’important qu’il faut défendre, c’est un acquis. Mais nous disons que cela ne suffit pas si nous ne pouvons pas débattre de l’abrogation de la réforme des retraites, donc nous l’avons demandé au Premier ministre Lecornu. L’abandon du 49.3 peut nous permettre tous les débats, mais pas de débattre de l’abrogation de la réforme des retraites, il n’y a que le gouvernement qui peut décider de déposer un projet de loi dessus.

    Quelles sont vos lignes rouges ?

    F.R. : S’il n’y a aucune possibilité de revenir sur la réforme des retraites, nous n’allons pas servir de caution à un gouvernement ultralibéral qui met en place des mesures d’austérité. Si nous n’avons aucune victoire à arracher pour le peuple, le monde du travail, nous n’avons aucun intérêt de permettre à un gouvernement de mettre en place ces mauvais coups. Nous censurerons.

    Quel gouvernement de gauche est possible ?

    F.R. : D’abord, il faut la nomination d’un Premier ministre issu des forces de gauche qui se sont réunies ce mardi, et qui ont toutes exprimé ce choix. Les socialistes, les écologistes, les communistes, l’Après, Génération.s, GRS : nous étions tous ensemble hier [mardi, Ndlr.] pour appeler le président de la République à nommer un Premier ministre issu de nos rangs.

  • [Entretien] Fabien Roussel: «Nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites»

    [Entretien] Fabien Roussel: «Nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites»

    La Marseillaise : Qu’avez-vous dit ce mercredi matin à Sébastien Lecornu ?

    Fabien Roussel : Nous lui avons réaffirmé, pour la troisième fois, que si nous étions là, c’est parce que nous voulons trouver des solutions pour le pays, sortir de la crise économique, sociale, mais aussi politique. Dans cet état d’esprit, nous sommes ouvert au dialogue. Mais surtout, nous lui avons redit que nous voulons un changement politique. Et nous avons réaffirmé deux points qui nous semblent essentiels : nous voulons l’abrogation de la réforme des retraites et nous voulons un Premier ministre de gauche. Mais bien sûr, nous sommes prêts à travailler à des compromis, à des majorités, en laissant le Parlement travailler sans utiliser le 49.3.

    Quelle réponse vous a-t-il adressée ?

    F. R. : Il prend note et il dira ce soir [mercredi, ndlr] au président de la République s’il y a matière à construire une coalition, ou s’il faut dissoudre l’Assemblée nationale en l’absence de compromis possible ou d’accord de non-censure possible. La question de la censure se pose non pas à nous, qui sommes prêts à faire des compromis, mais plutôt aux députés Renaissance qui eux, depuis Gabriel Attal, ont toujours dit qu’ils censureraient a priori un gouvernement de gauche. Je demande aux députés Renaissance : quel prix sont-ils prêts à payer pour ne pas avoir de dissolution ? Sont-ils prêts à accepter l’abandon de la réforme des retraites qu’ils ont défendue pour donner de la stabilité au pays ? C’est à eux que je pose la question.

    A quels compromis êtes-vous prêts ?

    F. R. : A partir du moment où il n’y a pas de 49.3, il faut accepter qu’il y ait des débats à l’Assemblée nationale. Chaque camp doit accepter qu’il gagnera des débats, mais qu’il en perdra aussi. Chaque groupe doit accepter qu’il ne pourra pas mettre en oeuvre tout son programme et rien que son programme, à moins d’avoir une majorité absolue. Le Parlement sert à cela, à construire des majorités sur des textes. Les députés de gauche et écologistes se battront tous ensemble contre le doublement des franchises médicales, et nous verront bien comment les députés de droite et d’extrême droite se positionneront. De la même manière, si l’abrogation de la réforme des retraites est soumise au vote, nous verrons bien qui la vote ou pas. Nous, nous disons qu’il y a une majorité à l’Assemblée nationale pour la voter. Et enfin, quand il y aura le débat sur la taxation du capital, via l’ISF, taxe Zucman, ou autre forme de fiscalité, en l’absence de 49.3, il y aura forcément une vote majoritaire. La gauche défendra ces mesures de justice, mais que voteront les députés du Rassemblement national, eux qui ont toujours été les alliés du capital ? L’absence de 49.3 sur tous ces sujets est quelque chose d’important qu’il faut défendre, c’est un acquis. Mais nous disons que cela ne suffit pas si nous ne pouvons pas débattre de l’abrogation de la réforme des retraites, donc nous l’avons demandé au Premier ministre Lecornu. L’abandon du 49.3 peut nous permettre tous les débats, mais pas de débattre de l’abrogation de la réforme des retraites, il n’y a que le gouvernement qui peut décider de déposer un projet de loi dessus.

    Quelles sont vos lignes rouges ?

    F. R. : S’il n’y a aucune possibilité de revenir sur la réforme des retraites, nous n’allons pas servir de caution à un gouvernement ultra-libéral qui met en place des mesures d’austérité. Si nous n’avons aucune victoire à arracher pour le peuple, le monde du travail, nous n’avons aucun intérêt de permettre à un gouvernement de mettre en place ces mauvais coups. Nous censureront.

    Quel gouvernement de gauche est possible ?

    F. R. : D’abord, il faut la nomination d’un Premier ministre issu des forces de gauche qui se sont réunies ce mardi, et qui ont toutes exprimé ce choix. Les socialistes, les écologistes, les communistes, l’Après, Génération.s, GRS : nous étions tous ensemble hier [mardi, ndlr] pour appeler le président de la République à nommer un Premier ministre issu de nos rangs.

  • L’enfumage de Lecornu démasqué

    L’enfumage de Lecornu démasqué

    Pendant que la droite LR et les macronistes remettent en selle l’extrême droite dans les instances de l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre tente d’éteindre la colère sociale à coups d’annonces farfelues.

    Puisqu’il refuse de stopper la politique de son mentor Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu expose les recettes éculées du libéralisme : baisse des impôts, baisse de ce qu’il nomme, comme le Medef, « les charges sociales », pourtant vitales au financement de la santé.

    Sur la fiscalité, sa volonté de supprimer l’impôt sur le revenu des ménages au salaire minimum, serait risible si elle n’était pas aussi cynique. Les couples percevant deux salaires minimum sont pour la plupart déjà exonérés ! En revanche, l’idée d’augmenter ce salaire plancher n’a pas traversé l’esprit de l’ancien militant LR. Les primes sont aussi, pour lui, la solution miracle pour augmenter le pouvoir d’achat. Il entend remettre la prime Macron en marche ! La mesure a montré toutes ses limites.

    Arnaque

    Quant à la baisse des cotisations sur les salaires, c’est une arnaque de première : ces cotisations sont du salaire différé, indispensables au financement de la Sécurité sociale et donc aux soins de toutes et tous. La manœuvre, grossière, vise à priver notre modèle social de ses recettes et à dérouler le tapis rouge aux assurances privées.

    Ces annonces ont tout de l’enfumage de la part d’un Premier ministre dont les jours sont comptés. Face à cette stratégie, le mouvement social entend s’inscrire dans la durée. Le budget 2026 n’est pas encore ficelé et la pression doit s’accentuer.

  • Déterminés

    Déterminés

    La tambouille entre les droites LR et macroniste pour permettre à l’extrême droite RN de retrouver, mardi, deux vice-présidences au bureau de l’Assemblée nationale, illustre le fossé abyssal entre les aspirations à la justice sociale, qui se manifestent avec ampleur depuis la rentrée, et les petits calculs politiciens. Un vote aussi décalé que dangereux, dénoncé par les gauches, intervenu la veille d’une nouvelle journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles à l’appel d’une intersyndicale toujours unie et déterminée pour arracher la justice sociale et fiscale.

    Un plan antisocial

    L’essentiel n’a pas lieu dans les couloirs du Palais Bourbon, mais dans la rue. Rien n’est venu entamer, ces derniers jours, la détermination du mouvement social, qui exige un budget 2026 à la hauteur des enjeux sociaux et écologiques. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, toujours sans gouvernement, tente de ranimer le « conclave » sur les retraites pourtant conclu sur un échec cuisant. Le voilà qu’il évoque la retraite des femmes sans remettre en cause une réforme inique passée en force. Sur le cœur du budget 2026, aucune réponse. Ni sur les franchises médicales, ni sur les suppressions de 3 000 emplois dans la fonction publique, ni sur le financement de la Sécurité sociale. Ni sur le niveau d’investissements pour les services publics. En repoussant la taxe Zucman sur les très hauts revenus, l’homme lige de Macron a envoyé un message limpide : la politique qui a asséché les recettes publiques va continuer. Un plan antisocial dont les travailleurs ne veulent pas. Ils le diront ce jeudi.