Tag: Amine Kessaci

  • Après la sidération

    Après la sidération

    La proximité des commémorations du 13 novembre est là pour le rappeler. Face à l’horreur et l’injustice, le meilleur des remparts reste l’union. Après la sidération, état d’anéantissement soudain sous l’effet d’un violent choc émotionnel, vient le temps de la réaction. La sidération était l’état de Marseille en apprenant qu’un jeune qui avait rompu le silence sur les narcotrafics pouvait être ainsi menacé et attaqué en tuant son frère, un frère exemplaire à en croire les différents témoignages qui se sont exprimés. Un frère qui représentait la vie qu’Amine Kessaci voulait pour tous les jeunes des quartiers de Marseille, aujourd’hui trop souvent en coupe réglée des trafics de drogue.

    Réaction républicaine

    Vient maintenant le temps de la réaction. Et celle-ci, comme face aux attentats du 13 novembre, ne pourra qu’être collective. Entre les institutions avec un engagement à la hauteur de l’État à l’échelon municipal, de la police à la justice en passant par les services sociaux. Entre les élus de terrain qui doivent se rappeler, quand ils le sont, qu’ils sont avant tout des élus
    de la République. Que cela passe avant les querelles politiques, même quand celles-ci ont pourtant lieu dans l’arc républicain. Que cela ne permet plus les écarts anti-républicains. Que si la haine et la peur ont fait le terreau de l’extrême droite, elles nourrissent également des logiques mafieuses.

    De Paris à Marseille, du champ politique à celui de la justice, le mot « bascule » a été prononcé. Il n’a rien de définitif. Il contient une notion d’aller-retour qui permet d’espérer le meilleur. À Marseille, dans toutes ses composantes, d’appuyer sur la partie républicaine de la balance pour osciller vers un avenir libéré de la pègre.

  • « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    « Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements »

    La Marseillaise : Quel a été votre sentiment en apprenant cet assassinat ?

    Mathieu Croizet : Celui d’une immense tristesse. J’ai tenté d’appeler Amine pour lui transmettre mes sincères condoléances. Je connais bien Amine qui est le premier à se rendre sur place quand quelqu’un se fait tuer, qui refusait de quitter le quartier où il vit. C’est horrible pour sa maman qui perd un nouveau fils. Je ne parle pas au nom de la famille que je n’ai pas pu joindre mais je vous livre mon sentiment personnel. Son petit frère n’était pas lié à du trafic de stupéfiants, n’était pas connu de la police et de la justice comme l’a dit le procureur. Il voulait d’ailleurs devenir policier. S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites.

    Saviez-vous si Amine nourrissait des craintes pour lui et ses proches ?

    M.C. : Amine est quelqu’un d’assez discret. J’ai appris qu’il bénéficiait avec sa mère d’une protection policière. Mais on peut tous avoir des inquiétudes quand on voit les victimes collatérales dans les coups de force entre réseaux, la balle perdue qui a tué Socayna [étudiante de 24 ans, fauchée en 2023 d’une balle dans sa chambre par un tir en rafale de jeunes à scooter voulant récupérer un point de deal]. Des confrères avocats ont été agressés à l’arme blanche au sein de leur cabinet. Là, le ciblage est incontestable sur un pourfendeur des narcotrafiquants, un responsable associatif et militant politique. C’est une étape nouvelle dans l’horreur. Le cap a en réalité déjà été franchi depuis longtemps quand on voit des quartiers entiers placés sous la coupe réglée des narcotrafiquants qui règnent en maître et disposent de plus en plus de moyens. Des degrés dans l’horreur ont déjà été franchis pour arriver à tuer quelqu’un comme son premier frère qui a subi le « barbecue marseillais ». Est-ce un ensauvagement de notre société, peut être ?

    En quoi Amine Kessaci peut-il constituer une réelle menace pour le crime organisé au point qu’il leur faille abattre son frère ?

    M.C. : À force de parler, d’écrire, de demander le retour de la police dans les quartiers pour protéger les habitants qui sont les premiers et les plus frappés, cela remet à chaque fois un jeton dans le jukebox médiatique. Et tout le monde sait qu’il faut l’appui des médias pour obtenir des réponses de l’État. Amine, c’est un grain de sable dans un rouage, c’est un moustique mais ils ont utilisé la bombe nucléaire en tuant son frère. On sait qu’il y a des gradations pour intimider. Il y a le trolling, les menaces téléphoniques, la « jambisation ». Mais là il n’y a plus de limite pour eux. Ils considèrent que « si ce n’est pas toi c’est donc ton frère ». Le mode opératoire révèle un sang froid et un professionnalisme. Ce n’est pas l’aspersion kalashnikovienne, là c’est une arme de poing donc quelqu’un de plus professionnel. Les narcos sont capables de recourir au « uber-hit » en recrutant des jeunes en région parisienne pour venir tuer quelqu’un pour 5 000 ou 10 000 euros. C’est vraiment une triste journée pour les Marseillais. J’y vois aussi la démonstration de l’incapacité de l’État à prendre en compte les narcotrafiquants. Les autorités ont toujours un train de retard. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel Amine se trouve. Cet assassinat est un malheur qui fait peur pour la suite des événements.

  • La piste d’une exécution pour semer la terreur

    La piste d’une exécution pour semer la terreur

    L’assassinat, jeudi, du frère d’un militant écologiste menacé de mort pour avoir dénoncé l’emprise du narcotrafic sur la cité phocéenne est unanimement interprété comme un cap franchi dans l’horreur. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, voit aussi dans ce drame « un point de bascule effrayant qui doit faire prendre conscience du danger de cette mafia du narcobanditisme à l’ensemble de la société française ». Car cet assassinat s’inscrit, selon lui, « probablement dans la stratégie de terreur et d’intimidation contre tous ceux qui, courageusement, luttent contre le narcotrafic ».

    Le jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de 9 mm par un commando à moto alors qu’il stationnait devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Le corps de Mehdi a été autopsié, vendredi, à l’institut médicolégal de la Timone. Le garçon était « absolument inconnu des services de police et de la justice », a redit le procureur de la République, Nicolas Bessone. Ce dernier n’exclut pas l’hypothèse d’un « assassinat d’avertissement », un crime par procuration dirigé contre son frère Amine Kessaci, 22 ans, militant écologiste qui a fondé l’association Conscience pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, tué fin 2020. Il avait interpellé Emmanuel Macron, en 2021, venu lancer « Marseille en grand », pour lui demander de prendre en considération les habitants. Amine venait de sortir, le mois dernier, le livre Marseille, essuie tes larmes, centré sur l’exécution de son premier frère et qui fustigeait le narcotrafic et la carence de l’état à défendre les habitants victimes premières dans les cités.

    « Une jeunesse fauchée par une violence sans limite »

    « Si l’enquête confirme qu’il s’agit d’un assassinat d’intimidation, une volonté de faire taire Amine, nous passons collectivement dans une autre dimension et cela est très préoccupant », a réagi le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), venu la veille sur la scène de crime soutenir des membres de la famille, dont la mère et la tante d’Amine.

    Ce sentiment est partagé par la fédération du PCF 13 : « L’idée même qu’un assassinat d’avertissement soit envisagé par le parquet montre à quel point la violence a franchi un seuil intolérable », écrit la fédération, horrifiée de voir « cette jeunesse fauchée par une violence sans limite dans une société qui accumule les problèmes et où les inégalités se creusent ». Cette tragédie est « la conséquence d’un désengagement continu de l’État, qui laisse nos quartiers sans moyens, sans prévention, sans perspectives ».

    « Nous ne céderons rien face à l’intolérable », déclare la préfète de police Corinne Simon, qui « réaffirme la détermination totale de l’État » à retrouver les auteurs et les présenter à la justice. L’enquête pour « assassinat en bande organisée », confiée à la Division de la criminalité organisée et spécialisée, est une « priorité ». Une « trentaine d’enquêteurs » sont mobilisés, indique le parquet. Vendredi, la moto des auteurs a été retrouvée incendiée dans le 13e arrondissement.

    « Amine n’est pas un simple militant », se dresse Katia Yakoubi, sa colistière d’Europe Écologie aux dernières élections européennes : « C’est un jeune qui s’est levé avec courage pour dénoncer la violence du narcotrafic et défendre l’honneur de notre ville. Il a écrit, témoigné, mobilisé. Et parce qu’il ose parler, il vivait sous protection, menacé de mort. » Le président de Région, Renaud Muselier (Ren.), a aussi souligné que ce « terrible drame » touche la famille d’un « acteur politique de Marseille ».

    Amine et sa mère bénéficient d’une protection du ministère de l’Intérieur depuis août et Amine a dû quitter Marseille. « S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites », répond Me Mathieu Croizet, conseil d’Amine, constitué partie civile dans la procédure visant à conduire sept personnes devant les assises pour l’assassinat de son premier frère, en 2020.

  • Un autre frère d’Amine Kessaci froidement abattu

    Un autre frère d’Amine Kessaci froidement abattu

    Un jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de calibre 9 mm, au volant d’une Audi blanche. Le véhicule venait de s’immobiliser devant la pharmacie du rond-point Claudie-Darcy, près du siège de 13 Habitat (4e). Alors que le passager était sorti pour se rendre à la pharmacie, un commando à moto a surgi. Le passager arrière a ouvert le feu criblant de balles le conducteur, qui est décédé malgré les efforts de réanimation.

    Jeudi, vers 18h, l’Identité judiciaire procédait toujours aux différents relevés sur la scène de crime. Le maire de Marseille, Benoit Payan, était sur place, se tenant aux côtés de la conseillère départementale Nora Preziosi, proche de la famille de la victime qu’elle réconfortait.

    Le parquet a ouvert une enquête des chefs d’assassinat en bande organisée et d’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et a saisi la Division de la criminalité organisée et spécialisée.

    La jeune victime est le frère de Amine Kessaci, ce militant politique de 22 ans, colistier sur la liste Europe Écologie aux élections européennes 2024, qui a fondé en 2020 l’association Conscience d’aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, retrouvé carbonisé avec un autre homme le 29 décembre 2020 dans une Audi, sur l’A55 à hauteur des Pennes-Mirabeau, exécution perpétrée sur fond de narcotrafic. L’instruction a conclu, en février 2025, au renvoi de sept personnes devant les assises.

    Amine Kessaci ne se trouvait pas sur place, jeudi soir, aux côtés de ses proches. Le jeune homme venait de publier, le mois dernier, un livre en hommage à son frère tué, Marseille, essuie tes larmes, aux éditions Le Bruit du Monde. Amine Kessaci et sa mère se trouvaient sous protection policière, mais pas son frère, confie l’entourage politique du militant. L’hypothèse d’un assassinat commis pour lui infliger une punition est évoquée. « Ce n’est pas une formule choc, c’est la réalité : la narcocratie s’installe jusque dans nos élections » avait posté, la semaine dernière, le militant sur son compte X.

    Soutien de la classe politique

    L’annonce du drame a provoqué des réactions de soutien à Amine Kessaci dans la classe politique. Du maire Benoît Payan (DVG), qui s’est rendu sur place et a affirmé sur X : « Cette violence insupportable n’a pas et n’aura jamais sa place à Marseille. » « Le narcotrafic est sans pitié. Ne le laissons pas triompher », a renchéri la maire (GRS) du premier secteur Sophie Camard. « Nous exigeons que justice soit rendue », a pour sa part twitté la co-responsable de l’Après 13, Katia Yacoubi. Plus à droite, enfin, c’est Maxime Boudet, responsable com de Renaissance qui a salué « son courage et son engagement pour offrir d’autres voies à nos jeunes ». Sans oublier la secrétaire nationale d’EELV Marine Tondelier qui lancé un « Amine : nous serons là pour toi » à celui qui a porté ses couleurs aux dernières législatives.

  • Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère du militant Amine Kessaci abattu jeudi après-midi à Marseille

    Le frère de l’ex-candidat EELV aux dernières législatives et fondateur de Conscience, association d’aide aux familles victimes du narcotrafic, Amine Kessaci, a été abattu ce jeudi à 14h30, dans le 4ᵉ arrondissement, près de l’Hôtel du Département.

    Il a été tué par le passager d’une moto qui a tiré à plusieurs reprises. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête des chefs d’assassinat en bande organisée et d’association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et a saisi la Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS).

  • Les nouvelles pages de la maison d’édition phocéenne

    Les nouvelles pages de la maison d’édition phocéenne

    Cela ne fait que 4 ans et demi que la maison d’édition le Bruit du monde existe. Pourtant, une cinquantaine de livres porte déjà le nom de la maison d’édition. Et le 2 octobre, ce sont trois nouveaux livres qui vont rejoindre son catalogue, dont deux non-fictions écrites et pensées à Marseille.

    C’est en mars 2021 que Marie-Pierre Gracedieu et Adrien Servières, tout deux salariés chez des grands éditeurs à Paris, montent leur propre édition dans la cité phocéenne. « Nous voulions publier peu mais mieux », explique la fondatrice. L’ambition, comme l’indique son nom, est de faire voir aux lecteurs « des mondes qui leur sont inconnus », d’après les mots de l’éditrice. Tout en mettant l’accent sur la narration.

    Si c’est à Marseille qu’ils ouvrent leur boutique, ce n’est pas un hasard. « On a choisi la ville pour son histoire, qui remonte à l’antiquité et ses migrations, explique Marie-Pierre Gracedieu. C’est aussi pour sa dimension internationale que l’on est venu. Ici, on entend parler de nombreuses langues. C’est ce que l’on espérait, et ça s’est concrétisé en allant au-delà de nos espérances », affirme-t-elle.

    La publication le 2 octobre du récit d’Amine Kessaci Marseille essuie tes larmes est un aboutissement pour la petite maison d’édition. « On suit depuis le tout début de notre maison d’édition l’écriture de ce livre. On a rencontré Amine Kessaci grâce à Philippe Pujol il y a quatre ans, se souvient Marie-Pierre Gracedieu. Pour nous, il traduit ce que l’on voulait faire avec notre édition : faire voir des univers inconnus et casser les préjugés. » Ce récit à la première personne prend la forme de lettres adressées à son frère mort d’un narcomicide. L’auteur y raconte les conséquences de ce trafic sur sa vie et celle des habitants de son quartier.

    Le deuxième ouvrage, Mazan, anthropologie d’un procès pour viol, d’un collectif de 14 chercheurs et chercheuses sort également le 2 octobre. Un livre né entre les murs de la veille charité, où travaille le collectif. Il donne à voir « un sujet que l’on pense connaître d’une autre façon », explique l’éditrice. « Le but était de s’intéresser aux interstices, d’aller voir là où personne ne va voir : au café en face du tribunal, dans le procès d’à côté… Pour raconter les conséquences de ce procès pour les gens », explique Riwanon Gouez, l’une des autrices.