Tag: amiante

  • Les vies avant les profits

    Les vies avant les profits

    C’est une bataille qui a fait beaucoup trop de morts. La lutte pour la reconnaissance des maladies professionnelles causées par l’exposition à l’amiante et à d’autres substances toxiques progresse. D’importantes victoires ont été remportées dans notre région sur ce sujet, grâce à la mobilisation collective et à l’opiniâtreté de travailleurs qui ont été confrontés à ces fléaux et qui ont fait admettre le « préjudice d’anxiété ».

    Cette notion, reconnue par la justice depuis une quinzaine d’années, permet de dédommager des travailleurs qui ont été exposés à des matières nocives et qui vivent dans l’angoisse de développer une maladie grave comme nombre de leurs collègues disparus.

    Démarche collective

    C’est le sens de la démarche collective menée par 180 travailleurs de la pétrochimie. Dans une France où les Comités d’hygiène, de sécurité et conditions de travail (CHSCT) ont été supprimés pour complaire au patronat, cette action a le mérite de remettre au cœur de l’actualité la santé au travail.

    Alors que l’industrie doit profondément changer pour répondre à l’exigence de décarbonation, elle pose aussi une série de questions de fond : produire pour quoi, pour qui, dans quelles conditions ?

    La protection des travailleurs ne peut s’entendre qu’à l’échelle globale. Elle percute le dogme libéral du moins-disant social et environnemental.

    Oui, les vies doivent être placées avant les profits. C’est une bataille qui ne peut se mener que sur le terrain judiciaire.

    C’est une prise de conscience profonde de la nécessité de changer de mode de production.

  • Benzène, amiante… Le combat continue

    Benzène, amiante… Le combat continue

    « On a vu beaucoup de copains mourir de maladie, et on en voit encore aujourd’hui. » Devant l’entrée du conseil de prud’hommes de Martigues, Julien Granato, secrétaire général adjoint du syndicat CGT de la plateforme TotalEnergies de La Mède, illustre par ces mots le combat mené par les travailleurs de ce site pétrochimique pour faire reconnaître l’angoisse suscitée par la perte de ses collègues de travail. Mercredi matin, 180 salariés et sous-traitants ont déposé leur requête individuelle avec le cabinet d’avocats TTLA et associés, représentant syndicats et travailleurs anciens comme actuels.

    Car sur cette plateforme industrielle ayant abrité une raffinerie de pétrole pendant 80 ans, l’exposition à des substances toxiques comme l’amiante et le benzène est quotidienne, selon le syndicaliste. « Quand je rentre chez moi je sens encore le pétrole », détaille Julien Granato, qui souhaite « obtenir la même reconnaissance que les mineurs et les travailleurs de l’amiante », par cette procédure collective aux Prud’hommes pour faire reconnaître un préjudice d’anxiété (lire ci-dessous). À défaut de pouvoir solutionner en interne : « la situation est dénoncée à chaque fois en CSE et il n’y a pas un jour sans incident », tance le responsable.

    « Pour tous les travailleurs »

    Les interrogations ne sont pas qu’internes. « L’actualité récente fait encore parler de nous avec de fortes odeurs sur le site », reprend Julien Granato, pour qui cette procédure « est importante pour tous les travailleurs, car elle bénéficiera aussi aux intérimaires et sous traitants qui sont les premiers exposés et qui ne le font souvent pas reconnaître ». L’Union locale CGT ainsi que la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic-CGT) sont associées à la procédure comme équivalent de parties civiles.

    La procédure prud’homale découle de la plainte déposée au pénal par le syndicat début février 2025 en raison de l’exposition avancée par le syndicat au benzène, réputé cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR) et ce en dépit du démantèlement des anciennes installations de raffinage en 2019. « L’inspection du travail a relevé de nombreux manquements de Total dans la protection individuelle et collective des travailleurs » ainsi que « dans la mise en œuvre des règles de prévention en matière d’exposition aux CMR », argue le syndicat dans son communiqué de lundi. La maladie, elle, sévit souvent plus tard. « L’exposition à l’amiante génère une maladie souvent 20 ou 30 ans après, et il est parfois déjà trop tard » indique Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, du cabinet TTLA. Alors qu’« avec 15,2 milliards d’euros de bénéfice net en 2024, Total a largement les moyens de protéger les salariés. [On] protégera l’environnement en même temps », affirmait Fabien Cros, secrétaire du syndicat CGT de la Mède à ce propos en février 2025.

    Contactée, la direction de TotalEnergies n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais. Les requêtes passeront en Bureau de conciliation et d’orientation prud’homal dans entre six mois et un an, selon les avocats.

    Le préjudice : « l’angoisse de développer une maladie grave »

    Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, avocat du cabinet TTLA associés, explique le principe juridique du préjudice d’anxiété. « Lorsqu’on a été exposé à des substances nocives, associées à un risque élevé de développer une pathologie, on a le droit de solliciter une indemnisation par peur de la développer. » Il s’agit d’une « jurisprudence, issue d’un arrêt de la Cour de cassation de 2010 », reconnaissant le préjudice des travailleurs de l’amiante au départ, puis étendue substances nocives autres que l’amiante par un arrêt du 11 septembre 2019. Selon l’avocat, la notion est restrictive : « Si l’on connaît la substance, il faut démontrer une exposition importante en intensité et en durée. » De même pour « caractériser l’anxiété des requérants », les travailleurs.

    Et aussi

    L’amiante dans le bâti scolaire visé

    Le collectif « Stop amiante éducation », qui réunit une dizaine d’organisations, syndicats, associations de parents d’élèves et de victimes de l’amiante, a déposé une plainte contre X pour mise en danger d’autrui en novembre dernier. Et pointe notamment le « scandale sanitaire » de la présence « de l’amiante dans le bâti scolaire », écoles comme collèges et lycées dans le département.

    Alerte dans l’éducation

    Ce jeudi 12 février, les organisations syndicales FO de l’enseignement du Vaucluse font une conférence de presse, également sur la présence d’amiante dans les établissements scolaires. Et expliquent que, comme dans les Bouches-du-Rhône, « des milliers d’élèves de Vaucluse continuent d’être exposés quotidiennement ! ».

    25 ans de combat ouvrier

    Le Comité amiante « prévenir et réparer » (Caper 04) et sa cheville ouvrière, René Villard (PCF), devenu maire de la ville Château-Arnoux-Saint-Auban, s’est mobilisé pour l’indemnisation des travailleurs face à l’exposition à l’amiante. Et a notamment obtenu celle de 650 salariés d’Arkema.

    L’État jugé coupable

    Comme pour les chantiers navals de La Ciotat, l’État a été jugé coupable de ne pas avoir contrôlé ceux de la Seyne-sur-Mer dans le Var. Dans un arrêt d’avril 2019, la Cour de Cassation a permis l’indemnisation du préjudice d’anxiété pour les travailleurs, sous certaines conditions. Et notamment suite à une procédure d’un ancien contremaître de la Normed (Société des chantiers du Nord de la Méditerranée) qui y a travaillé de 1964 à 1987.

  • La réponse à l’amiante en milieu scolaire à la peine

    La réponse à l’amiante en milieu scolaire à la peine

    Une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui et manquement à la réglementation a été déposée le 19 novembre 2025 par le collectif. Si l’enquête est en cours, le collectif alerte sur « l’absence de réponse concrète » des communes, du Département, de la Région et de l’Éducation nationale. « Cette plainte a eu le mérite de provoquer de l’émoi, du débat », se félicitent les membres du collectif qui réunit les organisations syndicales départementales CGT Éduc’action, FSU-SNUipp, Snuidi-FO, SUD Éducation, Snes-FSU Aix-Marseille, rejointes par CNT-SO, la Fédération des parents d’élèves et l’association Avalé. Pour autant, ils déplorent que la prise de conscience ne soit pas suivie d’actes.

    Pour un plan national

    Il y a le temps des procédures, qui n’est pas celui de la fibre léthale. « Les bâtiments concernés datent des années 70. Il y a urgence à travaux. Le risque lié à l’amiante est exponentiel au fil du temps », rappelle Tristan Navailh-Hamza de SUD éducation. Or, à Fonscolombes à Marseille la situation reste sensible, à Cuges-les-Pins les enseignants de l’école Pierre-Cornille ont fait valoir un droit de retrait, à Marignane, à Eyguières… dans « 80 des 132 collèges », « partout, les diagnostics sont difficiles à obtenir », témoigne un parent. Un livret pour former les personnels face au risque sur lequel ils travaillent depuis 2022, validé par l’inspection académique, « n’est toujours pas publié », dénonce Sébastien Fournier (FSU-SNUipp 13).

    Une lenteur qui laisse personnel éducatif, agents territoriaux et élèves potentiellement exposés au poison. L’exposition passive est difficile à faire reconnaître, mais l’amiante tue encore « 60 personnes par an », relève Monia Haddaoui de la CGT Éduc’action. Localement ce sont « 6 cas avérés depuis 2019 », précise Nathalie Laclau, responsable d’Avalé 13, qui préconise un plan national, « les communes n’ont pas à porter cette charge qui devrait être un budget de l’État ».

  • La difficile gestion des déchets amiantés en Vaucluse

    La difficile gestion des déchets amiantés en Vaucluse

    Malgré une rencontre entre le Collectif Amiante Pays des Sorgues (CAPS) et la préfecture de Vaucluse en avril dernier, l’association revient à la charge pour demander la mise en place d’un schéma de récupération de l’amiante sur le département.

    Aucune déchèterie n’accepte de déchets contenant de l’amiante. Dans une lettre adressée à la préfecture en septembre dernier, le collectif vise notamment la récupération chez les particuliers. « Ils sont confrontés à l’insuffisance du réseau de déchetteries habilitées à recevoir des déchets d’amiante », pose le CAPS. Et poursuit ensuite en affirmant que le Plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD) recommandait une augmentation des points de collecte de l’amiante. Conséquence, « le nombre de dépôts sauvages qui polluent notre environnement augmente et représente une charge financière importante pour les municipalités chargées de nettoyer leur commune », précise la lettre.

    Le CAPS est également appuyé par le maire de Sorgues, Thierry Lagneau (LR). Dans une lettre adressée en mai dernier, que nous avons pu consulter, ce dernier demande au préfet de Vaucluse de « porter un regard attentif et bienveillant » sur les actions de l’association. Et ce notamment parce que le soutien de la préfecture pourrait « constituer un levier déterminant pour encourager une mobilisation plus large des décideurs publics sur le sujet » et « faire progresser ce combat d’intérêt général ».

    Crainte partagée

    Questionné sur le sujet le jeudi 4 décembre dernier, le préfet de Vaucluse, Thierry Suquet, a confirmé « une crainte partagée » à propos des décharges sauvages de déchets contenant de l’amiante. Mais souhaite également rappeler que « tous les grands chantiers qui le nécessitent prévoient un désamiantage ». « La gestion de la collecte de proximité est dans les mains de l’intercommunalité. Nous sommes auprès d’elles pour travailler sur le sujet, mais nous ne sommes pas directement compétents », assure de son côté Thibaut de Cacqueray, directeur de cabinet du préfet.

  • ArcelorMittal redémarre l’acier après deux mois d’arrêt

    ArcelorMittal redémarre l’acier après deux mois d’arrêt

    L’enthousiasme n’est pas partagé. La production d’acier a repris au haut-fourneau n°2 du site ArcelorMittal de Fos-sur-Mer dans la nuit de dimanche 21 à lundi 22 décembre, après un arrêt de plus de deux mois causé par un incendie le 8 octobre dernier.

    Le directeur de la branche Méditerranée d’ArcelorMittal François Sgro s’estime « très heureux de pouvoir retrouver le cours normal de nos activités et reprendre les livraisons pour nos clients ». La nouvelle du redémarrage est « bonne », selon Zidane Merabet, élu au CSE de l’entreprise. Mais « les équipements sont vétustes et il manque d’investissements à la hauteur des enjeux » selon le syndicaliste. Rappelons que l’usine a ouvert en 1974.

    Pour Zidane Merabet et la CGT, « il faut arrêter de simplement réparer à chaque fois qu’il y a une panne ou un incendie », comme dans le cas du convoyeur d’additifs pour l’acier endommagé par le feu en octobre. « C’est comme si on mettait des rustines à chaque fois qu’on crève à vélo », schématise le syndicaliste, qui insiste sur le besoin « de financer de nouvelles installations modernes, comme un four électrique, pour assurer le virage de la décarbonation ». L’enjeu pour l’élu est « de sortir de l’acier vert, de pérenniser l’usine » et les 2 500 emplois dans le temps.

    Un effort en plus pour la sécurité des travailleurs

    La direction d’ArcelorMittal précise que « les investissements s’élèvent à de plus de 370 millions d’euros sur 5 ans », dont celui du four poche mis en service en 2024. Ce four « permet de réduire l’empreinte carbone de près de 10% dès 2025 » au prix de « 76 millions d’euros de l’entreprise, soutenue de 15 millions d’euros par l’État ».

    L’aciériste mise également sur la remise en route du haut-fourneau n° 1 à l’arrêt depuis l’été 2024. 53 millions d’euros ont été programmés pour « allonger la durée de vie de cette unité » et « redémarrer au cours du premier semestre 2026, de façon à prendre le relais du n° 2 », dont la production reprend après l’incendie.

    Il y a encore des efforts à faire pour la CGT. « Notre but n’est pas de mettre des bâtons dans les roues, mais d’être intransigeants sur la sécurité des travailleurs » affirme Zidane Merabet. « L’exposition à l’amiante et la présence d’agents cancérigènes mutagènes et reprotoxiques (CMR) dans la production imposent cette transition », justifie le syndicaliste.

    Et alerte : « les budgets de maintenance ont baissé de 38% depuis 2021 », et depuis l’incendie « des salariés interviennent quotidiennement en manuel pour les ajouts d’additifs à l’acier. Cela fait craindre des risques en plus de ceux existants et des accidents sur ces nouveaux postes créés il y a 2 mois, dont les analyses de risque sont incomplètes ».

  • Amiante à Arcelor : la CGT interpelle l’État

    Amiante à Arcelor : la CGT interpelle l’État

    La CGT d’ArcelorMittal Fos passe la seconde. Après avoir demandé le classement du site comme amianté, le syndicat avait été reçu au ministère du Travail le 17 novembre et avait obtenu un délai pour apporter des pièces justificatives supplémentaires prouvant l’exposition « quasi quotidienne » de près de 600 travailleurs au matériau cancérogène.

    Ces documents ont été envoyés le 2 décembre. « Ils ont accusé réception le 5 décembre par mail », détaille Stéphane Martins De Araujo, représentant CGT de l’aciérie.

    En attendant la décision, l’organisation syndicale n’est pas restée les bras croisés. Elle a adressé une lettre au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, lue dans l’hémicycle par la députée LFI Alma Dufour lors des questions au gouvernement, mardi 9 décembre.

    Des preuves

    Elle rappelle que, « depuis près de trente ans », les travailleurs du site « ont œuvré dans l’ignorance du danger, contraints par la nécessité de faire fonctionner l’usine, tandis que la protection élémentaire qui aurait dû leur être garantie était systématiquement absente », accusant : « Aucune cartographie fiable n’a été produite avant 2025, aucun repérage systématique avant 2019, les documents techniques dérayent et sont incomplets et les fiches d’exposition n’ont été délivrées que très tardivement et à trop peu de salariés. »

    La CGT affirme que les éléments remis à la direction générale du Travail « comprennent des attestations de salariés, des rapports de désamiantage lourds, des données médicales attestant d’expositions intermédiaires répétées, ainsi que des constats établis par l’inspection du travail ». « Si, malgré ces preuves, le ministère devait s’orienter vers une décision défavorable, elle ne pourrait reposer ni sur le droit, ni sur l’expertise technique », et serait « en opposition complète avec l’avis favorable de l’inspection du travail (…) à classer notre site », prévient-elle, arguant : « Elle ne pourrait être que
    politique.
     »

  • Une plainte inédite contre l’amiante dans le bâti scolaire

    Une plainte inédite contre l’amiante dans le bâti scolaire

    « L’omerta, le déni et les mensonges, ne peuvent plus durer. » Devant le palais de justice de Marseille, Nathalie Laclau, présidence de l’Avalé 13 (Association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’éducation des Bouches-du-Rhône) tire la sonnette d’alarme sur un « scandale sanitaire » dans le bâti scolaire. Entourée de représentants syndicaux d’enseignants, d’agents territoriaux, d’association de parents d’élèves, elle dénonce : « Il n’y a jamais eu de politique d’éradication de l’amiante dans les locaux scolaires depuis son interdiction. Mais le bâti s’est usé et libère immanquablement des fibres d’amiante. »

    D’où un dépôt de plainte inédit, contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, auprès du procureur de la République du pôle santé publique de Marseille, ce mercredi par la dizaine d’organisations et les plusieurs dizaines de parties civiles réunies sous la même bannière pour cette action. L’objectif affiché est simple : « Demander justice et faire la lumière sur les responsabilités politiques et institutionnelles. Que plus personne ne puisse se défiler sans rendre des comptes », résume Arnaud Dupleix pour la FCPE 13. Pour les travailleurs des établissements scolaires comme les parents d’élèves, la présence d’amiante et leur exposition ne font aucun doute. « Il y a eu des droits de retrait et des mobilisations d’ampleur dans plusieurs établissements sur la question », rappelle Laurence Rouvière, pour le Snudi-FO. « L’éducation et les collectivités territoriales refusent de se confronter à l’ampleur du phénomène », abonde Sébastien Fournier, pour la FSU-SNUipp.

    « Des expositions passives et actives »

    Et s’ils posent la question de la responsabilité, c’est car le collectif fait face à un labyrinthe institutionnel où se mêlent l’intervention de l’Éducation nationale et les compétences des collectivités territoriales sur le bâti scolaire : les écoles dépendent des communes, les collèges du Département et les lycées de la Région. « On a 12 exemples : des écoles maternelles et élémentaires, des collèges et un lycée dans les Bouches-du-Rhône où il y a une défaillance dans la production et la communication des diagnostics techniques amiantes. Ils sont parfois inexistants, parfois incomplets », précise Me Julie Andreu qui porte le dossier. Avant de conclure : « Il y a des expositions actives et passives : quand on est enseignant et qu’on perce un mur, on peut être exposé à l’amiante. Quand on est élève et qu’on dort dans une salle où il y a des dalles de plafond dégradées et amiantées, on n’est pas informé.»

  • Un délai pour classer Arcelor comme site amianté

    Un délai pour classer Arcelor comme site amianté

    La CGT crie au scandale sanitaire. Après avoir engagé une procédure pour faire classer l’usine fosséenne d’ArcelorMittal comme site amianté en mars dernier, ce lundi 17 novembre, le syndicat a évité de peu un refus du ministère du Travail et a obtenu un délai pour pouvoir apporter des pièces justificatives supplémentaires.

    Zidane Merabet, responsable syndical CGT au pôle juridique, explique : « On avait 479 salariés bénéficiant d’un suivi médical renforcé en lien avec l’amiante début 2025 sur les 2 300 du site. » Près de 150 travailleurs se seraient rajoutés à cette liste dans le courant de l’année. « Sur ces 600 personnes, le ministère a dit qu’il ne savait pas combien étaient exposées de manière quasi quotidienne aux matériaux amiantés. »

    Dans un courrier envoyé à La Marseillaise le 14 novembre, la direction d’Arcelor détaillait : « Les salariés de l’établissement dont le classement est demandé doivent en effet effectuer une activité significative de calorifugeage [une isolation thermique ou acoustique appliquée aux tubes ou conduits, Ndlr] à l’amiante. Or, les salariés de l’établissement de Fos [n’en] effectuent pas. »

    Un mensonge, selon la CGT, qui accuse l’aciériste de faire de la « rétention d’informations ». Le syndicat affirme avoir des preuves « factuelles et irréfutables » de l’exposition « quasi quotidienne » à l’amiante de 30% de la masse salariale. « Ce sont des documents qui nous ont été présentés par la direction lors de comités sociaux et économiques ou de commissions de santé, sécurité et conditions de travail qui montrent des carences, suite à des alertes de danger grave et imminent et des alertes de droits environnementaux qui émanaient de la CGT », assure Zidane Merabet.

    Au-delà du classement du site, qui permettra aux travailleurs exposés d’obtenir réparation, le syndicat demande une cartographie amiante complète du site et son renseignement dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.

  • La CGT se bat contre l’amiante à ArcelorMittal

    La CGT se bat contre l’amiante à ArcelorMittal

    Pas plus tard qu’hier, un salarié est venu nous voir au local syndical : il a un cancer dû à l’amiante, à 57 ans. » Le ton grave, Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, rappelle les conséquences concrètes de la présence d’amiante dans les sites industriels.

    Son organisation, engagée de longue date dans un combat pour le classement du site de l’étang de Berre comme « amianté », espère prochainement voir le bout du tunnel. Entre un communiqué de presse diffusé cette semaine, qui fait part « d’un scandale sanitaire » et l’envoi d’une délégation syndicale à la Caisse primaire de l’assurance maladie (CPAM), elle met les bouchées doubles avant un rendez-vous déterminant, ce lundi, au ministère du Travail.

    « Ce n’est pas une faveur qu’on demande : quand on est touché par ces maladies, on ne voit pas la retraite, ou on ne la voit que pour quelques années », martèle le syndicaliste. Il donne des chiffres qui font froid dans le dos : « Plus de 150 salariés ont été reconnus et mis en suivi médical renforcé pour l’amiante, seulement pour le courant de l’année 2025. […] 7 maladies professionnelles sur 10 sont en lien étroit avec l’amiante sur le site. » Au total, son organisation dénombre « plus de 600 salariés en suivi médical renforcé ». Pour rappel, le suivi médical renforcé est un dispositif qui prévoit une batterie de consultations médicales. « Il y a des examens à faire régulièrement, au départ, des scanners tous les 6 mois, puis étalés tous les 5 ans. À chaque fois, on a peur d’avoir une mauvaise nouvelle, l’inquiétude est réelle », développe Stéphane Martins de Araujo.

    Un combat pour un départ plus tôt à la retraite

    Contactée, ArcelorMittal précise que « ce suivi médical ne signifie pas que les salariés ont été exposés au risque, mais est mis en place dans un souci de prévention ». Et assure que c’est « conformément à la réglementation et en coordination avec la médecine du travail, pour certains salariés affectés à des postes à risques compte tenu de leur période d’emploi et des postes occupés ». Reste que, pour la CGT, derrière ces chiffres et ces dispositifs, il y a « des familles brisées, des malades, des futurs malades et des morts ».

    Concrètement, l’organisation demande « que le site soit classé amianté, au titre de l’Acaata ». L’Acaata est l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante. Ce dispositif permet aux salariés exposés à l’amiante de bénéficier d’une retraite anticipée. « Si le site est classé, au lieu de partir à 64 ans, c’est 60 ans. Et ensuite, c’est un an de moins d’âge de départ pour tous les 3 ans d’ancienneté sur la période, avec un seuil maximum à 50 ans », explique Stéphane Martins de Araujo.

    Il avance un autre argument : « L’inspection du travail a validé, après enquête cet été, la demande de classement et la période qui va de 1997 à 2025 », explique Stéphane Martins de Araujo. Là encore, ArcelorMittal tient à apporter des précisions : « Le ministère du Travail avait refusé l’inscription de l’établissement de Fos-sur-Mer sur la liste des établissements susceptibles d’ouvrir droit à l’Acaata, pour la période 1972-1997, décision confirmée par la Cour administrative d’appel de Marseille et le Conseil d’État. » Avant de conclure : « Les salariés de l’établissement n’effectuent pas de travaux de calorifugeage sur des matériaux contenant de l’amiante. » Or l’entreprise note que le classement d’un site comme amianté nécessite « une activité significative de calorifugeage à l’amiante », selon « des critères précis qui résultent de la loi et de la jurisprudence ».

    Dans tous les cas, la balle est dans le camp du ministère.

  • Le collectif Verne-Mabily dénonce la présence d’amiante à l’école Verne

    Le collectif Verne-Mabily dénonce la présence d’amiante à l’école Verne

    Après avoir appris par voie de presse la suspension, puis l’abandon du projet de nouvel établissement, prévu depuis 2017 – d’abord sur le site de l’ancien commissariat, puis du collège Curie, avant de se reporter définitivement sur le site de l’ancien CCAS – pour suppléer les vétustes écoles Mabily (maternelle) et Verne (élémentaire), la colère est à son comble du côté du collectif Verne-Mabily. « On est scandalisé. On déplore l’absence de dialogue. Depuis juin, on a envoyé des demandes de rencontres avec le nouveau maire Minniti, on n’a eu aucune réponse », fulmine Cédric Turco, porte-parole du collectif, militant FSU, et enseignant à l’école Victor-Hugo.

    Raisons invoquées par la mairie : une démographie en baisse. « À Mabily, il y a 24 à 27 élèves par classe, 23 à Verne. Les élèves sont là. Des écoles comme Anatole-France ont aussi beaucoup d’élèves, construisons un nouveau groupe scolaire pour désengorger », répond Cédric Turco. Mais surtout, le prix des travaux, qui a presque doublé avec l’inflation et les coûts additionnels (de 7 millions d’euros en 2019, à plus de 13 millions en 2025). « Je préfère que la somme profite à toutes les écoles », indique Joseph Minniti, qui a proposé de créer un cinéma sur le terrain désert, où un parking provisoire va d’abord voir le jour. Inaudible pour le collectif : « Quand on entend qu’on veut arrêter un projet vital et qu’on annonce un port à 16 millions [à l’espace Grimaud, Ndlr.], ce sont des choix politiques qu’on ne comprend pas. De plus, il y a des missions qui ont basculé sur TPM, comme l’entretien des voiries, les ordures ménagères… La municipalité peut donc mettre de l’argent », fustige Cédric Turco.

    25 points d’amiante à l’école Jules-Verne

    D’autant plus qu’ « il y a des financements, comme le prouve la construction de l’école à La Valette, cofinancée avec des aides de la Région, de l’État, du Département et de TPM », ajoute Sophie Grimaud, représentante UNSA, enseignante en maternelle à Victor-Hugo. Quant à la répartition des moyens entre les écoles, pour des travaux débutés cet été, « à Victor Hugo, c’est une catastrophe. Ils veulent végétaliser la cour, ils ont fait des trous dans le béton. Il y a des pavés qui traînent, les enfants se les jettent dessus. Garçons et filles se partagent le même sanitaire, et la liste est encore longue », dénonce Cédric Turco.

    Situation encore plus alarmante à l’école Jules-Verne, où 112 élèves continuent d’étudier (ceux de Mabily ont été réaffectés à l’école Cotton, malgré « un manque criant d’espace », commente Cédric Turco), dans des bâtiments délabrés et des préfabriqués, sans solution interne de restauration, sans salle de motricité. Et surtout, au contact de l’amiante, comme révélé par France 5, qui a recensé sa présence, ou non, dans toutes les écoles françaises, dans le documentaire Vert de Rage, en 2023. Un fait corroboré par le Dossier Technique Amiante, réalisé dans l’école en 2020, qui fait état de 25 points contaminés : « C’est inacceptable. La municipalité est-elle au courant de l’histoire seynoise ? Sur les chantiers navals, des centaines d’ouvriers sont morts à cause de l’amiante », s’indigne le porte-parole.

    Malgré tout, le collectif se dit « uni, mobilisé et déterminé », et annonce une opération de sensibilisation devant l’école Verne ce jeudi, et une mobilisation après les vacances de la Toussaint. « Nous ne nous interdisons aucun moyen d’action. On est depuis 2017 sur le dossier, on ne lâchera pas, l’enjeu est trop important », martèle Cédric Turco.